mercredi 21 septembre 2016

"Un Petit boulot" de Pascal Chaumeil

Un petit boulot afficheL'histoire : Jacques habite une petite ville dont tous les habitants ont été mis sur la paille suite à un licenciement boursier. L'usine a fermé, sa copine est partie et les dettes s’accumulent. Alors quand le bookmaker mafieux du coin, lui propose de tuer sa femme, Jacques accepte volontiers...

La critique Nelfesque : Voilà un film que j'ai eu envie de découvrir suite au visionnage de sa bande annonce. J'aime beaucoup Romain Duris (encore plus maintenant qu'il a pris de l'âge) et j'ai une grosse tendresse pour Michel Blanc. De bons arguments de départ pour aller voir "Un Petit boulot" au cinéma non ?

Cela fait un moment que je ne m'étais pas déplacée en salle. Ces derniers temps, mis à part un film cet été, peu de longs métrages ont trouvé grâce à mes yeux ou m'ont donné envie d'aller au cinéma. Et pourtant je suis cinéphile... Avec "Un Petit boulot", film sans prétention et loin des blockbusters, au ton léger et au sujet sensible, j'ai retrouvé le plaisir de ressortir d'une salle obscure avec le sentiment d'avoir vu un film atypique. On est loin des énièmes sorties de comédies françaises qui utilisent toujours les mêmes ficelles comiques et ne me font plus rire depuis longtemps. Ici, la subtilité, l'humour, le second degré et le cynisme sont au rendez-vous. Servis avec des dialogues qui font mouche et une brochette d'acteurs doués, c'est un peu plus d'1h30 de sourires aux lèvres et d'éclats de rire qui nous attendent.

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Suite à un plan social et à la fermeture de son usine, Jacques (Romain Duris) se retrouve au chômage. Alors que certains de ses anciens collègues et amis ont retrouvé une activité (légale ou non), Jacques reste sur le carreau et voit son couple se briser. Des conditions de vie difficiles que de plus en plus de français connaissent aujourd'hui. Joueur, il fait quelques parties de poker dans le cercle de jeux clandestin de Gardot (Michel Blanc) et lui doit de l'argent. Pour le sortir des ennuis, ce dernier lui propose de tuer sa femme. Un moyen pour lui de joindre l'utile à l'agréable en se débarrassant de sa moitié qui vient de le tromper tout en épongeant les dettes de Jacques. Intègre, Jacques a du mal avec cette idée mais peu à peu se laisse séduire par cette proposition. Commence alors une série d'actions et d'événements tous plus WTF les uns que les autres !

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L'humour est omniprésent dans ce film. Michel Blanc, qui est à l'adaptation du roman de Iain Levison (qu'il faut que je lise !), au scénario et aux dialogues, réussit à détourner des sujets graves (précarité, chômage, désespoir...) et s'en servir pour amener le spectateurs à rire de situations ubuesques. "Un Petit boulot" donne à réfléchir sur notre époque, sur les choix manageriaux de certaines sociétés, le sens de la vie, la notion de bonheur. Comment un honnête homme, avec des principes de vie, peut-il en arriver à tuer pour de l'argent ? Jusqu'où peut aller l'humiliation sociale sur un père de famille avant qu'il ne choisisse d'en finir avec la vie ? Tous les acteurs, premiers et seconds rôles, sont impressionnants de crédibilité et de naturel ici : Romain Duris en tueur amateur, Michel Blanc en mafieux de seconde zone, Kervern en mari dépassé et Alex Lutz en petit cadre odieux et tête à claque...

"Un Petit boulot" est un petit film qui fait du bien. Donnant à réfléchir tout en divertissant, il ne prend pas le spectateur pour un idiot et, même si il ne surprend pas dans son déroulement, souffle un vent de fraîcheur sur la comédie française et les films grand public. Une vraie réussite !

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La critique de Mr K : 4/6, une bonne comédie noire qui a le mérite de fonctionner à plein régime et qui remplit pleinement sa mission de divertir. Tout est réuni pour la réussite entre scénario bien huilé, acteurs talentueux et répliques efficaces.

Un ouvrier au chômage se voit proposer par le caïd local un petit boulot d'un genre particulier : tuer sa femme, une ex stripteaseuse qui s'envoie régulièrement en l'air avec un pilote de ligne (sic). Difficile de dire non quand on n'arrive plus à joindre les deux bouts (les dettes s'accumulent) et que la vie ne nous sourit plus depuis longtemps (la copine s'est barrée). Jacques va enfiler les habits de tueur à gage et le pire c'est que ce n'est pas pour lui déplaire !

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Derrière ce scénario prétexte qui ne garantit pas beaucoup de surprises (c'est le seul gros point noir du métrage), on retrouve des thématiques plus sérieuses en sous-texte : la précarité sociale, le mépris des puissants envers les petits (le passage avec Alex Lutz est génial), la nécessité de s'entraider. Pas de pathos ici, mais des références à dose homéopathique qui permettent de brosser un portrait au vitriol d'une société française bien malade. La comédie est le terrain idéal pour faire passer quelques messages et ce film n'en fait pas l'économie. Un très bon point.

Et puis, il y a l'aspect comédie pure qui marche parfaitement avec un Michel Blanc au top de sa forme, sa composition de parrain de troisième zone flirte avec la perfection, ça en devient presque naturel. Il est magnifique, chaque phrase qu'il prononce claque littéralement et c'est pour ma part mon personnage préféré entre humour à froid et chaleur humaine envers Jacques. Romain Duris n'est pas en reste et c'est une surprise pour moi qui ne goûte guère à cet acteur depuis quelques années, le trouvant souvent répétitif dans ses choix de rôle et enfermé dans un certain jeu d'acteur. Il est ici une fois de plus barré mais ajoute une dimension sensible non dénuée de nuances qui m'a touché. Bon ça reste tout de même de la grosse rigolade les 3/4 du film mais il est vraiment bon dans celui-ci. Mention spécial au grolandais Gustave Kervern (mon beau !) toujours aussi juste dans son jeu et que je découvrais, surpris, dans ce film (je n'avais pas vu le casting avant d'entrer dans la salle de cinoche).

Un petit boulot

On passe donc un excellent moment avec quelques passages vraiment bien délirants où l'humour noir se dispute aux situations cocasses voir totalement délirantes. Certainement pas le film du siècle mais une belle réussite que vous pouvez aller voir en toute circonstance car il fait mouche à tous les coups entre thriller, fable sociale et cynisme assumé.

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dimanche 4 septembre 2016

"Star trek : sans limites" de Justin Lin

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L'histoire : Une aventure toujours plus épique de l’USS Enterprise et de son audacieux équipage. L’équipe explore les confins inexplorés de l'espace, faisant face chacun, comme la Fédération toute entière, à une nouvelle menace.

La critique de Mr K : 4/6. C'est avec l'ami Yann que je suis allé la semaine dernière voir le dernier opus de la licence à succès Star Trek. Nelfe ne goûtant guère au space opera, elle n'est pas venue avec nous et ne chroniquera pas ce film. Pour ma part, j'ai passé un bon moment devant un film certes pas très original mais qui ne se prend pas trop au sérieux ce qui fait toute la différence avec les grosses machineries habituelles du style Independance day (que je n'ai pas vu et que je ne verrai pas d'ailleurs).

On retrouve donc l'équipage de l'Entreprise dans son exploration de l'espace. Après plus de quatre ans de vol ininterrompu, les voilà qui se posent sur une station spatiale de Starfleet du tout dernier cri. Mais ils n'ont pas le temps de se reposer qu'ils sont appelés à aller secourir un vaisseau perdu dans une mystérieuse constellation suite à la captation d'un signal de détresse. Très vite, ils se font attaquer par de mystérieux engins spatiaux et ils se retrouvent séparés les uns des autres sur une planète inhospitalière...

Je vous l'accorde le scénario est léger et ultra-classique. Ce n'est pas du Kubrick, du Tarkowski ou du Nolan, clairement Simon Pegg (acteur dans le film et surtout Shaun de l'énormissime Shaun of the dead) s'inspire de ce qu'il a pu aimer en SF pour écrire le troisième opus des nouvelles aventures de l'Entreprise. Malgré tout, on se prend au jeu grâce notamment aux personnages qui se renvoient la balle de manière jouissive. L'humour est omniprésent, dédramatise les péripéties et donne un bon bol d'air frais dans les productions SF qui ont tendance souvent à jouer la carte de la froideur et à militariser à outrance. Il détend largement l'atmosphère dans une salle conquise par le spectacle servi.

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Et quel spectacle ! Un déluge d'effets spéciaux vraiment bluffants (c'est de moins en moins surprenant, mais ça fait toujours son petit effet), des créatures diverses et variées, des paysages vraiment splendides et des technologies futuristes (notamment les vaisseaux spatiaux) que l'on explore et ré-explore à l'envie. Les amateurs adoreront notamment les séances de course-poursuite nombreuses et inventives en terme de mise en scène. On est vraiment plongé dans l'action (et dieu sait qu'il y en a dans le métrage) et on se prend à s'accrocher à son siège par moment. Musique efficace quoique commune sauf au moment clef de l'intrigue avec le super morceau Sabotage des Beastie Boy qui a fait se dresser les poils du dos du fan que je suis. Un pur moment de bonheur !

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On n'échappe pas par contre aux passages niaiseux obligés de ce genre de production avec des dialogues WTF par moment, le déroulé de bons sentiments à l'américaine (malgré une production en grande partie chinoise) mais le tout est bien emballé et le message humaniste général passe admirablement notamment l'acceptation des différences et le vivre ensemble que prône Starfleet. Pas de cynisme du tout, mais une naïveté générale touchante qui fait oublier le temps de deux heures notre monde de brutes qui part à vau-l'eau. Petit caméo au passage aussi pour Léonard Nimoy disparu l'année dernière et le jeune acteur d'origine russe présent au générique malgré sa tragique disparition au début de l'été. Les acteurs servent la soupe à la perfection avec une préférence marquée pour ma part pour Pegg, Urban et Pinto dont les personnages sont drôles et charismatiques.

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Star trek sans limites est un bon film de SF au final. Il n'invente rien mais recycle parfaitement les attentes du spectateur et offre un spectacle virevoltant, touchant et vraiment magnifique. Idéal pour se détendre et rêver quelque peu. C'est déjà beaucoup, non ?

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lundi 4 juillet 2016

"Alice de l'autre côté du miroir" de James Bobin

Alice afficheL'histoire : Les nouvelles aventures d'Alice et du Chapelier Fou. Alice replonge au pays des merveilles pour aider ses amis à combattre le Maître du Temps.

La critique Nelfesque : Qui dit Fête du Cinéma dit visionnage de film que nous n'aurions peut-être pas été voir sans cela. C'est le cas ici avec "Alice de l'autre côté du miroir" labellisé Disney. Nous avions beaucoup attendu "Alice au Pays des Merveilles" lors de sa sortie en 2010 et nous n'avions pas été complètement séduits. A 4€ la séance, c'était l'occasion de voir ce que valait ce second volet.

Visuellement, ce nouvel Alice est une fois de plus très beau. Les décors, les couleurs, les personnages, les costumes, tout est ici mis en place pour éblouir le spectateur. On en prend plein les yeux et les presque 2 heures que comptent ce film passent à une vitesse folle. On ne peut pas le nier, c'est féérique, ça claque, c'est beau !

Oui mais... (parce qu'il y a un maiiiiiis) le scénario est creux, niais et très "bas de plafond". Sérieusement ? Tout ça pour une histoire de tartelettes !? ... OK, c'est peut-être une franchise destinée aux enfants mais quand même, nos gamins ont un cerveau (enfin la plupart... (du moins j'espère !)). Autant vous dire que si vous avez plus de 4 ans, la désillusion est grande... Niveau point de départ d'histoire, on est proche de Oui-oui... Navrant...

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Les personnages tels que le Chat du Cheshire, le Loir, le Lièvre de Mars, sont clairement là pour faire joli et servir la soupe. Concrètement niveau intrigue, ils ne servent à rien. Lewis Carroll doit se retourner dans sa tombe tant son oeuvre est réduite en bouillie prémâchée pour dégénérés de base. Enfin, Disney et le réalisateur l'annoncent : ce film est basé non pas sur son oeuvre mais sur ses personnages. Ah ben oui, d'accord, autant pour moi, on ne galvaude pas l'oeuvre originelle ici mais on y prélève les éléments qui nous intéressent pour en faire de la soupe étiquetté "Alice". Et puis comme ça, on pourra vendre plein de peluche Chess à Disneyland ! C'est merveilleux !

Si vous n'êtes pas trop regardant sur le fond, "Alice de l'autre côté du miroir" passe très bien. Je l'ai moi-même plus vu comme un divertissement et une grande attraction colorée et de ce point de vue là c'est une réussite. Pensez au pop-corn avant d'entrer en salle, ce film s'y prête bien. Je râle mais les défauts précités m'ont permis de bien me marrer (même si ce n'était pas le but premier du réalisateur) et comme la séance était à moindre coût, je n'ai pas arraché mon siège. Pour le reste, on  n'en retiendra pas grand chose.

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La critique de Mr K : 2,5/6. A l'occasion de la Fête du Cinéma, la programmation nous a paru quelque peu décevante à Nelfe et moi. Mais il y avait cette suite du film de Tim Burton qui déjà ne m'avait pas pleinement convaincu. Beaucoup de spectacle en effet pour un fond creux et une trahison en bonne et due forme de l’œuvre originelle. Je réaffirme d'ailleurs pour l'occasion mon amour immodéré pour le dessin animé Disney qui n'a pas vieilli et reste incontournable. Dans le genre frappadingue, on ne fait pas mieux.

Mais revenons au métrage de 2016 qui n'a pas que des défauts même si pour moi ils ont primé sur les qualités. On retrouve avec un certain enchantement le pays des merveilles qui ici est foisonnant de couleurs, de paysages incroyables et d'êtres différents. J'ai aimé aussi le Maître du temps campé par un Sacha Baron Cohen à la fois truculent mais aussi parfois touchant, les secondes qui gèrent la forteresse mécanique du temps, le lièvre de Mars et la petite souris avec une scène très sympa autour de l'heure du thé (le meilleur passage du film pour moi)… La musique de Elfman bien que calquée sur le premier opus convient à merveille au film et nous plonge dans une ambiance vraiment à part.

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Mais voila, à part ça, on a quand même affaire à un scénario convenu et parfois ridicule (la raison de la dispute entre les deux princesses est un grand moment de n'importe quoi). On prend vraiment les mômes pour les dindons de la farce et le nombre d'incohérences est assez flippant. Niveau acting, on atteint aussi des sommets de cabotinage avec des grimaces en veux-tu en voila, une Alice certes féministe et attachante mais jouant toujours sur les mêmes émotions. Au final, on préfère largement les mimiques des êtres virtuels qui touchent beaucoup plus au cœur que les acteurs en chair et en os... un comble ! Beaucoup d'ellipses aussi au niveau de la narration et de la caractérisation des personnages qui empêche vraiment de s'attacher à eux.

Certains me diront mais ce n'est pas trop grave, c'est beau ! Oui et non... C'est beau mais l'avalanche d'effets spéciaux fait retomber toute forme de poésie dans un trop plein qui finit par lasser. Le mieux est l'ennemi du bien, l'adage se vérifie ici une fois de plus. On passe finalement deux heures dans une belle attraction mais passé la séance (qui passe très vite je vous l'accorde), l'impression de vide persiste laissant un goût légèrement amer dans la gorge. Au final, voila un film vite vu et vite oublié.

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dimanche 19 juin 2016

"Demain" de Cyril Dion et Mélanie Laurent

demainLe contenu : Et si montrer des solutions, raconter une histoire qui fait du bien, était la meilleure façon de résoudre les crises écologiques, économiques et sociales, que traversent nos pays ? Suite à la publication d’une étude qui annonce la possible disparition d’une partie de l’humanité d’ici 2100, Cyril Dion et Mélanie Laurent sont partis avec une équipe de quatre personnes enquêter dans dix pays pour comprendre ce qui pourrait provoquer cette catastrophe et surtout comment l'éviter. Durant leur voyage, ils ont rencontré les pionniers qui réinventent l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation. En mettant bout à bout ces initiatives positives et concrètes qui fonctionnent déjà, ils commencent à voir émerger ce que pourrait être le monde de demain...

La critique Nelfesque : On a beaucoup entendu parler de "Demain". Réalisé grâce au crowdfunding, il y a eu pas mal de promo autour de sa sortie en décembre dernier. Dans le cadre de la "Semaine pour le développement durable" qui se tenait du 30 mai au 5 juin, une projection ciné en partenariat avec notre Biocoop a été mise en place, suivie d'un débat avec des intervenants du secteur. Nous avons sauté sur l'occasion pour enfin voir ce documentaire qui a fait, et fait encore, tant parler de lui ! Le jour J, la plus grande salle de notre cinéma (480 places) est comble. Les invitations sont parties comme des petits pains et tout le monde est ravi d'être là. Une bonne énergie se dégage déjà de la salle.

C'est cette même énergie que l'on retrouve dans "Demain". Nous connaissons l'état de notre planète, nous savons que nous allons droit dans le mur. Ceux qui s'intéressent au sujet (on en fait partie, vous l'aurez compris), sont acculés de messages alarmistes (à juste titre). Il est plus qu'urgent de faire quelque chose pour la Terre, pour nos enfants, pour nous. "Demain", bien que faisant un point sur l'état actuel des choses et nous alertant sur l'issue fatale qui nous attend à court terme si les choses ne changent pas rapidement, prend le parti du ton positif, fédérateur et bienveillant sans complaisance.

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Oui, les choses vont mal. On le sait. Oui, il faut agir. On le sait. Maintenant on fait quoi ? Qu'est-il possible de faire à notre niveau ? C'est ainsi qu'une bande de copains part à la rencontre d'hommes et de femmes à travers le monde qui ont mis en place des solutions que ce soit en terme d’agriculture, d’énergie, d’économie, de démocratie ou d’éducation (ces 5 secteurs étant intimement liés). Il se dégage de ce reportage une énergie incroyable. De l'humour, de l'humanité, une écoute de l'autre et un ton qui donne envie de se bouger encore plus au quotidien. A notre niveau, avec Mr K, on fait déjà pas mal de choses mais au sortir de la salle, on se dit que l'on peut encore mettre en place d'autres actions, de façon personnelle ou collectivement. Cela reste du local, cela peut paraître une goutte d'eau dans l'océan. On sait bien que les grosses industries et les politiques sont les décideurs essentiels mais comme dans beaucoup d'autres domaines, on se rend de plus en plus compte qu'une partie de notre avenir est entre nos mains et qu'à défaut d'avoir une réaction des gouvernements du monde entier, pantins de lobbies et de banques, nous pouvons agir avec nos moyens, nos espoirs, nos actions, nos décisions.

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C'est ainsi que l'on rencontre des acteurs (au sens de "ceux qui agissent") américains, indiens, français, finlandais, anglais... et que l'on prend une bonne dose de motivation. Un autre fonctionnement pour l'école, une démocratie participative, des jardins partagés, des potagers urbains, de la permaculture, une monnaie locale, une autre gestion des déchets, une usine fonctionnant en économie circulaire... Le champs d'actions est large et quand on veut, on peut ! De la bonne énergie à partager avec tout le monde et une super initiative qui file la pêche. Tout le monde devrait voir "Demain" (et pas seulement les personnes sensibilisées au sujet), un document vraiment accessible à tout un chacun.

La critique Mr K : 6/6. Sacrée claque que ce documentaire qui file la patate ! C'est étonnant de dire cela sur un film traitant du réchauffement climatique et de l'empreinte mortifère qu'imprime l'homme sur notre belle planète. Tout est une question de parti pris en fait. Mélanie Laurent et son pote Cyril Dion ont décidé suite à la lecture d'un rapport très inquiétant sur l'état de santé de la Terre de partir à la rencontre des personnes qui font en sorte que les choses changent à l'échelle locale et parfois même au niveau de régions entières (le cas de San Francisco est diablement intéressant). Alors même si parfois quelques données diagnostiques donnent le bourdon, on ressort avec le sourire et l'envie de transmettre un certain nombre de valeurs et d'idées.

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Après une brève introduction et les bases de la démarche posées, c'est par thématiques qu'on aborde les solutions proposées. On passe ainsi allégrement de l'agriculture à l'énergie, l'économie, la démocratie et l'éducation. On alterne les actions comme des expériences de reconquête de l'espace urbain déshérité en potagers urbains, le recyclage des ordures à San Francisco, une exploitation fonctionnant en permaculture, le développement des énergies renouvelables dans les pays du nord de l'Europe, la gestion des transports, la démocratie participative en Inde qui transcende les castes, les expérimentation pédagogiques en Finlande et tout plein d'autres actions menées aujourd'hui.

Au delà de ces rencontres, les réalisateurs questionnent des penseurs et philosophes qui nous éclairent sur la logique productiviste et matérialiste du monde, déconstruisent les contre-vérités dont on nous abreuve constamment et invitent à réfléchir à une autre façon de penser et de fonctionner. Caractériser par le désir et la volonté d'en vouloir toujours plus, la solution réside sans doute dans notre capacité à se contenter de ce dont nous avons réellement besoin, à partager et échanger entre nous et respecter les cycles de la vie et de la Nature. N'allez pas croire pour autant que l'on est face à un film moralisateur, culpabilisant, pointant pour une énième fois les travers des sociétés moderne. Ici on aborde les solutions possibles, à toutes les échelles (même si on est très souvent dans le local il faut bien l'avouer) et pas seulement pour les sociétés dites riches. Comme le dit fort justement en fin de métrage Mélanie Laurent, on ne guérira pas le monde qu'on livrera à nos enfants mais au moins des solutions existent et auront le mérite d'être connues.

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Le film en lui même est très bien fait : pédagogique mais jamais lénifiant, on alterne phases dialoguées (avec parfois de sacrés personnages !) et sublimes images de notre monde. Parfois la multiplication des informations peut égarer le spectateur (beaucoup de chiffres et données "incrustées" par moment) mais c'est toujours à bon escient et dans le but d'éduquer et éclairer. D'ores et déjà, il est en commande pour mon lycée pro et il sera étudié par un certain nombre de classes afin de nourrir les esprits et essayer d'ouvrir les consciences sans dogmatisme ni dirigisme. Un film à voir, revoir et partager car essentiel et admirable dans sa démarche. Bravo !

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lundi 4 avril 2016

"10 Cloverfield Lane" de Dan Trachtenberg

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L'histoire : Une jeune femme se réveille dans une cave après un accident de voiture. Ne sachant pas comment elle a atterri dans cet endroit, elle pense tout d'abord avoir été kidnappée. Son gardien tente de la rassurer en lui disant qu'il lui a sauvé la vie après une attaque chimique d'envergure. En l'absence de certitude, elle décide de s'échapper...

La critique Nelfesque : "10 Cloverfield Lane" est un film que nous sommes allés voir un peu à l'aveugle. La bande-annonce visionnée quelques jours avant donne envie, John Goodman (Walter forever) est au générique, l'affiche est top, c'est le Printemps du Cinéma ? Allez hop, on saute dans la voiture et on va se faire une toile. Moui, bon, heureusement que c'était 4€ la séance...

C'est dans un climat de huit-clos qui se veut angoissant que se déroulent les 1h45 de film. Michelle vient de quitter son copain et, la larme à l'oeil, a un accident de la route. Elle se réveille quelques temps plus tard dans une chambre spartiate, à même le sol et une perfusion dans le bras. Soit l'hôpital dans lequel elle se trouve a vu ses subventions coupées, soit elle a du mouron à se faire. Un rapide coup d'oeil vers sa jambe. Une chaîne la retient au mur de sa cellule. La seconde solution est sans doute la bonne !

Son "ravisseur-sauveur", John Goodman, est un homme étrange. Froid et paranoïaque, il prétend qu'une attaque chimique a eu lieu pendant sa convalescence. Que croire ? Ce qui semble évident ou un étranger solitaire et survivaliste ? Selon lui, il faudrait rester enfermer dans ce bunker pendant au moins 4 ans en attendant que les effets se dissipent à la surface. Peu à peu la tension monte chez Michelle et avec Emmett, également présent dans ce refuge souterrain, elle va monter un plan pour rejoindre la surface.

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Voici une histoire qui augurait du bon. Un thriller psychologique, huit clos oppressant où le spectateur doit démêler le vrai du faux n'est pas pour me déplaire. Malheureusement, la sauce ne prend pas et je n'ai pas vraiment ressenti quoi que ce soit pour les personnages du début à la fin du film. Qu'ils s'en sortent ou qu'ils crèvent dans d'atroces souffrances ne me faisait ni chaud ni froid. Zéro empathie pour Michelle, Emmett ou même Howard (aka Walter). Le temps passe, je ne trouve pas le film véritablement mauvais mais il manque la petite étincelle qui allume le coeur de la cinéphile que je suis.

Quand arrive la fin (oui déjà), mes yeux s'écarquillent, les bras m'en tombent et je me demande quelle drogue a pris le réalisateur... On tombe dans le grand n'importe nawak ! Le What The Fuck à l'état brut ! Michelle se transforme, c'est une putain de badass ! Pourquoi n'avons-nous pas pensé à elle plus tôt pour sauver la planète ou éradiquer la faim dans le monde !? Mais oui c'est ELLE notre sauveuse ! Un final qui frôle le ridicule (non en fait il s'y vautre tout à fait) et qui fait perdre toute crédibilité, déjà difficilement acquise, à l'ensemble.

"10 Cloverfield Lane" a une belle affiche (c'est déjà ça), une belle scénographie (un bunker aussi bien décoré moi je dis, ça se tente !) et un John Goodman inquiétant... Et c'est tout... Passez votre chemin, vous ne regretterez rien !

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La critique de Mr K : 2,5/6. Grosse déception avec un métrage qui ne tient vraiment pas ses promesses malgré une bande annonce plutôt prometteuse et la perspective de retrouver John Goodman (inoubliable Walter dans le cultissime The Big Lebowski des frères Coën) dans un rôle bien branque. Pour ma part la mayonnaise n'a jamais pris, le film étant cloué au sol par les clichés qui s'accumulent, un climax foireux et une fin what the fuck même pas surprenante et surtout moralisatrice! Seul iceberg surmontant cette demi bouse, Big John qui assure le service.

Pourtant, l'idée de départ est plutôt sympa, un survivaliste kidnappe une jeune femme et l'enferme dans un bunker en compagnie d'un autre gus. Il est persuadé que la fin du monde a été déclenché et qu'il leur a sauvé la peau. Goodman est assez impressionnant dans ce rôle tout en nuance qui ménage la chèvre et le chou, entre attirance et répulsion, clairvoyance et folie douce. Il sauve le film du naufrage définitif par son jeu fin qui égare à loisir le spectateur fasciné par ce colosse pas si solide que cela.

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Malheureusement, l'ambiance de claustration est très mal rendue. La faute à deux jeunes acteurs pas top top, une musique envahissante qui pourrit l'atmosphère avec des notes grandiloquentes qui court-circuitent l'ambiance glauque que le réalisateur souhaitait. Rajouter là dessus des clichés qu'on enfile comme des perles et vous obtenez un film sans surprise et finalement assez plat. Dommage car le décor quasi unique (les 3/4 du film se déroulent dans le bunker) est saisissant de réalisme, on y passerait presque un week-end entre potes (sans John Goodman quand même!). Mais voila, perso je me fichais complètement de ce qui pouvait arriver à Michelle, interchangeable avec nombre de figures héroïques féminines bien ricaines. Jolie, sensible mais à qui il ne faut pas la raconter et qui va finalement prendre les choses en main. À ce propos, la scène finale est assez risible tant on a l'impression qu'elle devient une Rambo des temps modernes.

La fin... Je m'y attendais comme je savais que ce film reprend l'univers abordé dans le film Cloverfield de 2008, found footage plutôt malin que j'avais apprécié sans pour autant crier au génie. Ici, la semi surprise vire rapidement au n'importe quoi avec des effets vus mille fois et ici inefficaces, on en montre un peu sans trop pousser pour accorder à l'ensemble une profondeur qui n'existe pas. La machine tourne à vide pour déboucher vers une fin absolument ringarde où un choix crucial s'offre à une Michelle épuisée mais guerrière et fière. J'ai failli en arracher mon siège tant on versait dans la morale à la Independance Day (Mon Dieu, la suite est pour cet été!).

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Vous l'avez compris, ce film est totalement dispensable sauf si vous êtes un(e) fan inconditionnel(le) de mister Goodman. Ça sent le ressucé et la bonne vieille propagande, la recette est éculée et on s'ennuie même par moment. Heureusement que c'était le Printemps du Cinéma et que nous avons payé nos places à un prix raisonnable...

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jeudi 24 mars 2016

"The Revenant" de Alejandro González Iñárritu

the revenant afficheL'histoire : Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption.

La critique Nelfesque : "The Revenant" n'est pas une nouveauté puisqu'il est sorti en salle il y a tout pile un mois. On en a beaucoup entendu parler, avant la diffusion du film au cinéma, au moment de la sortie et depuis. Le phénomène Oscars est aussi passé par là puisque tout le monde attendait Di Caprio en grand vainqueur de celui du meilleur acteur. Il l'a décroché haut la main et le moins que l'on puisse dire c'est qu'ici il l'a amplement mérité.

J'attendais la sortie de ce film. Je ne me suis pas laissée avoir par la promo, j'avais seulement vu la bande annonce et ne cherchais pas à en voir davantage. Je suis donc restée loin des critiques et des articles de presse vantant le génie de ce long métrage. Force est de constater que la grosse claque, je me la suis prise comme tout le monde ! Les plus de 2h30 du film passent à la vitesse de la lumière. Les acteurs prennent les spectateurs dans leurs filets et le réalisateur propose ici un film de toute beauté et incroyablement vivant.

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On ne peut pas parler de "The Revenant" sans évoquer la prestation de Leonardo Di Caprio tant il crève l'écran ici. Dire que c'est son meilleur rôle serait réducteur au regard de ses précédentes prestations dans d'autres longs métrages forts intéressants (ne serait ce que l'un de ses premiers, "Gilbert Grape", dans lequel il interprète le petit frère de Johnny Depp, souffrant de troubles mentaux). Ici Leo est plus mûr et sans doute plus habité. Mû par une vengeance viscérale, il va combattre la mort, combattre les éléments, survivre et mettre tout en oeuvre pour retrouver l'assassin de son fils.

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Le spectateur est heurté à plusieurs reprises par la violence du quotidien dans cette Amérique sauvage et glacée. Les villages indiens détruits et les hommes massacrés, la menace face aux animaux sauvages (la scène avec l'ours est une des plus effroyables et réalistes que j'ai pu voir au cinéma jusqu'alors), la nature déchaînée et menaçante, la noirceur des individus entre eux... Une vie d'effort, d'aventure et de dépassement pour ces trappeurs au milieu de paysages somptueux. "The Revenant" est aussi une ode aux grands espaces, à l'Amerique reculée faite de forêts, de rivières et de montagnes escarpées.

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L'histoire est effroyable, la nature est hostile et le réalisateur, Alejandro González Iñárritu, transcende ses acteurs en leur offrant des rôles intenses et sur mesure. On a beaucoup parlé de Leo mais, bien que très présent à l'écran, il n'est pas le seul à donner de sa personne. Tom Hardy, dans le rôle de John Fitzgerald, est un "méchant" que l'on aime haïr. Personnellement, j'ai adoré ce personnage. Il est moins viscéral que celui de Di Caprio mais il est loin d'être dénué d'intérêt. Trappeur solitaire, il n'a en tête que d'arriver à sauver ses peaux pour lesquelles il a fourni beaucoup d'efforts et qui lui rapporteront beaucoup d'argent. Pour sauver la sienne et récupérer son dû, il est prêt à tous les sacrifices et à toutes les bassesses. C'est sans doute le personnage le plus humain de ce long métrage, dans tout ce qu'il a de plus vil et d'égoïste. Un pragmatisme qui fait froid dans le dos et que nous côtoyons pourtant tous les jours. Tom Hardy était d'ailleurs nommé pour l'Oscar du meilleur second rôle et ce n'était pas pour rien...

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"The Revenant" est un film qui prend aux tripes, qui va chercher le spectateur au fond de son siège et l'attire dans des contrées froides et menaçantes. On se laisse porter par la beauté des images, par la pureté de la nature qui contraste ici avec l'horreur humaine. 2h30 de purs moments de cinéma entre frissons, éblouissements et émotions dans un long métrage jusqu'au-boutiste qui ne sacrifie ni ses acteurs, ni son propos, ni sa beauté, ni son réalisme. Un film maîtrisé de bout en bout et à l'intensité rare. Superbe !

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La critique de Mr K : Deuxième grosse claque cinématographique de l'année avec le dernier film d'Alejandro González Iñárritu, multi récompensé fort justement lors de la dernière cérémonie des Oscars. Il nous tardait vraiment d'aller le voir avec Nelfe depuis la sortie de la bande annonce qui nous faisait sérieusement saliver, promettant de superbes images sous fond d'histoire de vengeance. Le réalisateur a comblé toutes mes attentes et même encore plus... Suivez le guide et ceci sans spoilers!

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Inspiré d'un fait réel, l'histoire est terrifiante. Hugh Glass est éclaireur pour le compte d'un petit groupe de trappeurs liés à l'armée. Suite à une attaque indienne (ils recherchent une femme de leur clan qui a été enlevée), ils doivent partir dans la précipitation pour rentrer à leur fort sous la menace de la troupe indienne qui les suit. Glass est abandonné pour mort par ses compagnons d'infortune suite à une rencontre malheureuse avec une ourse vindicative. Commence alors le lent retour vers la civilisation du personnage de Di Caprio entre rémanence du passé, douleur physique, rigueur climatique et soif de vengeance insatiable. Nous suivons alternativement son parcours mais aussi celui de ceux qui l'ont abandonné entre rebondissements nombreux et plans larges sur le nord de l'Amérique plongé sous la neige et le vent.

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Les 2h36 du métrage passent à une vitesse folle. C'est l'apanage des grands films longs qui ne le paraissent finalement pas. Bien que plutôt lent, le rythme est prenant, le réalisateur passant de phases contemplatives planantes à souhait à des scènes d'action chocs et efficaces. Comme les péripéties sont nombreuses et la tension permanente, je vous laisse imaginer le résultat. Il y aurait trop de scènes à dévoiler pour en faire le tour mais la maestria du maître González Iñárritu s'exprime parfaitement avec notamment la scène avec l'ourse où l'on a vraiment l'impression que cette dernière va nous sauter dessus (et sans 3D!), la course-poursuite à cheval avec la chute surprise (j'avoue j'ai flippé!), l'attaque des indiens sur le campement des trappeurs, la tempête de neige, la scène de l'avalanche... Il y a trop de moments de bravoure pour tous les évoquer. Mais sachez que l'immersion est totale, qu'on caille vraiment durant tout le métrage et que les nerfs sont mis à rude épreuve.

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Il y a aussi l'aspect initiatique du film qui transpire de chaque plan, chaque scène. L'existence humaine est changeante et imprévisible, l'histoire de Glass en est la parfaite illustration. Bien qu'il ait payé un lourd tribut au destin, ce dernier le rattrape pour le frapper encore une fois. Le film devient une mine d'inspiration à partir de cet énième coup du sort: Comment survivre à la perte d'un être cher? La vengeance apporte-t-elle la sérénité à l'être torturé par la douleur? Profondément viscérale, l'expérience est assez unique et extrême. On pénètre vraiment dans l'esprit du héros brisé, on subit les affres de la douleur physique (beaucoup de scène crues et réalistes dans le film) et des errances mentales avec une rare intensité et c'est complètement rincé qu'on ressort de la salle.

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Les acteurs sont tous très bons avec deux antagonistes remarquablement interprétés par deux acteurs vraiment au sommet de leur art. Tout d'abord Di Caprio qui explose l'écran et impose son charisme avec brio. Son personnage est un savant mélange d'homme en peine, fort et sensible à la fois. Je n'oublierai jamais ses longs regards humides et tristes qu'il lance vers la résolution du métrage et qui imprègnent encore mon esprit à l'heure où j'écris ces lignes. Il mérite largement son Oscar et le confirme dans la catégorie des meilleurs acteurs en activité. Vraiment, il est bluffant. Pour lui donner la réplique, on retrouve Tom Hardy (Max dans le dernier film de George Miller tout de même!) qui plante un personnage de salopard magnifique, tout en nuance et en gradation. Chacun dans ce film a sa part d'ombre, loin du manichéisme outrancier dont sont coutumières les grandes productions made in USA. Chacun ses faiblesses, ses erreurs et après, sa nécessaire confrontation avec lui-même. C'est très réussi à ce niveau là aussi et les personnages sont ici poussés dans leurs retranchements les plus intimes, exposés à nu devant les yeux émerveillés du spectateur pris en otage.

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Le film est donc un bonheur de tous les instants: les moments crus très réalistes procurent des frissons et révèlent des conditions de vie et des mœurs que l'on avait oublié, c'est une époque rude et violente que l'on prend en pleine face dans cette œuvre épique et grandiose qui marque durablement le spectateur. Le titre de meilleur film de l'année se joue pour moi entre celui-ci et Knight of cup. Nous verrons les sorties à venir mais le niveau est ici très haut. À voir absolument au cinéma!

lundi 14 mars 2016

"Saint Amour" de Benoît Delépine et Gustave Kervern

saint amour afficheL'histoire : Tous les ans, Bruno fait la route des vins... sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui. Et s’ils trinquent au Saint-Amour, ils trinqueront bien vite aussi à l’amour tout court en compagnie de Mike, le jeune chauffeur de taxi embarqué à l’improviste dans cette tournée à hauts risques entre belles cuvées et toutes les femmes rencontrées au cours de leur périple...

La critique Nelfesque : Je laisse rarement passer un film avec Benoît Poelvoorde à l'affiche. Rajoutez à cela les deux acolytes grolandais, Benoît Delépine et Gustave Kervern, à la réalisation et cela donne un long métrage que l'on attend avec impatience et que l'on a hâte de découvrir.

Depuis longtemps déjà, les réalisateurs font dans le cinéma social. Avec une dose de second degré, un regard décalé à la fois sensible et avec beaucoup d'amour, ils croquent les "petites gens", les laissés-pour-compte, à la ville comme à la campagne. "Saint Amour" ne déroge pas à la règle et ici, nous suivons Bruno, agriculteur à la dérive entre crise existentielle professionnelle et vie privée proche du néant.

Poelvoorde crève l'écran. Touchant par ses fêlures et ses maladresses, il incarne parfaitement le rôle de Bruno. Le spectateur ressent ses peurs et son mal de vivre. Si il ne fallait en garder qu'un dans le casting de ce film ce serait lui. Indéniablement. Poelvoorde est un grand acteur de la scène francophone.

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Autre monstre sacré, Depardieu, qui se faisait rare au cinéma depuis sa délocalisation en Russie mais qui semble toutefois revenir en force en ce moment, est ici le père de Bruno. Jean souhaite prendre sa retraite et laisser sa ferme aux soins exclusifs de son fils mais il le sent en perdition et le voyage qu'ils entreprennent ensemble sera le moyen de faire revenir Bruno à la vie en laissant de côté sa passion excessive pour le rouge.

C'est un petit road movie viticole que nous proposent Delépine et Kervern. 3 hommes, 3 générations, une route, des coeurs à ouvrir aux autres. Il n'y a plus de réelle surprise tant ces deux là usent et abusent de ces codes mais c'est toujours avec une pointe de tendresse qu'il me plaît de voir leurs films. Petit bémol toutefois cette fois ci pour la fin que je trouve trop attendue, bisounours et quelque peu idéaliste sous certains aspects mais le traitement au plus près des hommes et de leurs faiblesses est toujours aussi bien senti tout du long.

"Saint Amour" est un film sensible et attachant qui prend le parti de mettre en lumière le métier d'agriculteur d'aujourd'hui dans le contexte que l'on connaît actuellement. C'est bien vu, ça tombe pile poil dans l'actualité mais ça manque d'objectivité. Pour le jeu d'acteur de Poelvoorde cependant, je vous conseille de vous laisser tenter. Quand on a des acteurs de telle qualité, on ne peut que savourer son plaisir. Avec un petit verre de vin pour l'occasion !

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La critique de Mr K : 3,5/6. Petite déception aujourd'hui avec le dernier film des comparses grolandais Kervern et Delépine. Chacun de leurs films précédents s'est révélé une belle réussite entre constat accablant sur notre époque et humour décalé mêlé de tendresse. On retrouve tous ces éléments ici mais un brio et un mordant moindre, la faute à un manque de surprise dans le développement des personnages et un étalage final des sentiments que j'ai trouvé trop appuyé, too much.

Derrière ce road movie arrosé, c'est l'histoire d'un père et de son fils qui ne se comprennent plus, l'un étant obsédé par la reprise de l'entreprise familiale par sa progéniture et l'autre lorgnant avec les rivages poisseux de l'alcoolisme et passant à côté de sa vie. La mère est décédée depuis déjà un petit bout de temps et le poids de cette disparition prématurée pèse en filigrane pendant tout le film. Petit à petit, les deux hommes vont se rapprocher à la faveur de rencontres hautes en couleur et de discussions à bâton rompu.

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Poelvoorde est une fois de plus extraordinaire dans ce rôle de ce quadra en perte de repères passant de l'ébriété joyeuse aux périodes de doute profond. Un regard, un sourire à la commissure des lèvres, une présence physique indéniable et juste donne une profondeur incroyable à la figure de ce fils désemparé. Il est bien soutenu par un Depardieu solide et sensible dans le rôle du père bourru et blessé au plus profond de lui. Pas de réelle révélation à ce niveau là, Mammuth est déjà passé par là. Le troisième lascar (un chauffeur de taxi mythomane campé par Vincent Lacoste) complète le trio avec toute une galeries de contradictions touchantes qui relèvent l'ensemble et donne une tonalité douce amère à un film qui touche la corde sensible du spectateur.

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J'ai adoré aussi les apparitions de guest complètement borderlines et qui bonifient ce film par leur présence. La palme revient à Michel Houellebecque que j'ai trouvé incroyable d'étrangeté et de mélancolie dans son rôle de père de famille obligé de louer sa maison pour subvenir aux besoins de sa famille. Personnage pitoyable, totalement branque, on ne le voit qu'une dizaine de minutes mais cela suffit pour marquer le spectateur. J'ai aussi aimé la prestation d'Ovidie en agent immobilier retorse qui cherche à se venger de sa compagne négligente ou encore, Chiara Mastroianni en tenancière de foodtruck en bord de route (quel changement de registre pour le coup!). Il se dégage de l'ensemble des scénettes parfois d'anthologie qui font progresser une histoire plutôt classique en elle-même.

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C'est là que le bas blesse avec un rythme progressif mais finalement très codifié. Pas de réelle surprise si ce n'est un aspect "guimauve" qui ne ressemble pourtant pas aux deux réalisateurs. J'ai trouvé qu'à partir du moment où le trio rencontre le personnage de Céline Sallette (une femme des bois qui cherche un homme pour faire un enfant), on tombait dans la facilité, le "dégoulinage". Pourtant l'idée de départ est bonne, la conclusion plutôt osée mais mal traitée et ne remplissant du coup pas son office première. De plus, les conditions de visionnage n'étaient pas optimales, la faute à une spectatrice bruyante, riant de tout et de rien (même quand la scène est dramatique) gâchant mon expérience. À noter qu'il s'agissait d'une senior et qu'elle n'avait rien à envier à des plus jeunes bordelisant une séance. Elle m'a littéralement saoulé ce qui, je vous l'accorde, était au diapason des verres consommés dans le métrage!

Au final, le film reste sympathique et doucement décalé. Des passages sont vraiment géniaux (Houellebecque, les dix stades de l'ébriété) et vous passerez sans doute un bon moment, terni seulement par un ensemble plutôt convenu ce qui est un comble quand on goûte à Groland depuis sa création. Ce n'est pas forcément un film à absolument aller voir en salle obscure mais un petit moment de plaisir sans prétention à découvrir pour tous les amateurs du genre.

mardi 23 février 2016

"Creed" de Ryan Coogler

creed afficheL'histoire : Adonis Johnson n'a jamais connu son père, le célèbre champion du monde poids lourd Apollo Creed décédé avant sa naissance. Pourtant, il a la boxe dans le sang et décide d'être entraîné par le meilleur de sa catégorie. À Philadelphie, il retrouve la trace de Rocky Balboa, que son père avait affronté autrefois, et lui demande de devenir son entraîneur. D'abord réticent, l'ancien champion décèle une force inébranlable chez Adonis et finit par accepter...

La critique Nelfesque : Rocky et moi c'est une grande histoire d'amour. J'ai été biberonnée à la saga du même nom, j'ai toujours aimé la boxe, j'ai regardé les retransmissions de matchs à la TV avec mon père et j'ai même voulu en faire à la Cité U lorsque j'étais étudiante (et puis j'y ai renoncé parce que je voulais surtout taper dans des sacs, sauter à la corde et faire des entraînements mais on ne pouvait pas s'inscrire uniquement pour ça). Bref, j'ai une vraie tendresse pour Rocky même si je suis consciente de ses faiblesses et quand j'ai vu qu'un nouveau volet arrivait au cinéma, j'avais à nouveau 12 ans !

Et pourtant j'ai failli ne pas le voir en salle, faute à un Mr K qui ne verse pas du tout dans la licence mais qui finalement à concéder à me faire plaisir. Vu l'effort que j'avais fourni pour "Knight of cup" quelques jours plus tôt, il me devait bien ça... Oui je sais, ce n'est pas du tout le même genre de film et je ne me risquerai même pas à les comparer. BREF ! Je suis bien contente d'avoir pu voir "Creed" au cinéma, dans la plus grande salle du coin d'ailleurs et de m'être pris les plus gros uppercuts de ma vie en pleine poire (oui en terme de taille, c'était bien les plus gros).

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"Creed", comme tous les "Rocky", ne déroge pas à certaines règles. Il est très codifié et pour ma part, je ne m'attendais pas vraiment à être surprise avec ce septième opus. Ce ne fut donc pas le cas, on a ici un jeune "quin'enveut", un peu foufou et pas au niveau mais qui a l'oeil du tigre (gné !) et de bons gènes puisqu'il s'agit du fils d'Apollo Creed, grand rival puis grand ami de Rocky par le passé (first they meet, second they fight and third they fuck). Contre l'avis de tous, il va poursuivre son rêve et va aller à Philadelphie pour y rencontrer Rocky et essayer de le persuader de devenir son entraîneur. No surprise, il va obtenir ce qu'il veut.

On a le droit aux training scenes qui n'ont pas à rougir des précédentes avec du sang, de la sueur et des larmes. Ça court dans les rues de la ville, ça monte les marches du musée des beaux-arts de Philadelphie, ça ne ménage pas sa peine et on revient aux fondamentaux de la licence, des entraînements roots dans des salles sobres, loin du tape à l'oeil et avec des entraîneurs efficaces et aux valeurs qui ne sont plus à prouver. La boxe dans son plus simple appareil, on se bat pour la gagne, pour soi-même, pour la beauté du ring et non pour de l'argent ou par fierté. C'est simple, c'est peut-être couillon ou too-much mais moi ça me plaît ! Et avec le "Gonna Fly Now" en fond, moi ça me fout toujours autant les poils et ça me donne envie de me lever sur-le-champ et d'aller courir 30 bornes (bon euh... je ne le fais pas pour autant, je tiens à ma vie).


Et hop une compil' de training scenes pour le plaisir (comme dirait Herbert)

Le jeune Michael B. Jordan qui interprète le rôle d'Adonis est très convaincant. Il joue bien et physiquement il a donné de sa personne pour nous offrir un jeune boxeur crédible et sculpté. On ne peut pas en dire autant de sa copine, Tessa Thompson dans le rôle de Bianca, qui non seulement à un nom de souris mais qui est particulièrement niaise (même si elle est extrêmement jolie). Mais bon, ça aussi ça fait partie des codes des Rocky. Les histoires d'amour sont un peu beaucoup gnian-gnian et la psychologie des rapports amoureux met toujours mal à l'aise (souvenez-vous d'Adrian... Non franchement, entre Rocky et elle c'est bien mignon mais c'est quand même du lourd...). 

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Et puis on retrouve Rocky, fidèle à lui-même, solitaire, un brin timide et toujours humble. Encore plus ici puisqu'il a pris de l'âge et n'est plus capable de monter sur un ring. Stallone n'a plus la même gueule, plus due à la chirurgie esthétique qu'aux coups de poing, mais il a toujours la posture et incarne toujours à merveille son personnage phare. L'ombre de Mickey plane sur ce long métrage. Un vieil entraîneur qui coache un petit jeune, forcément on y pense...

Bon, vous l'aurez compris, je suis allée voir "Creed" uniquement par amour pour Rocky. L'histoire au fond m'importait peu et même si ça avait été un documentaire sur la fabrication de la pâte à pizza dans l'arrière cuisine du restau italien de Balboa j'y serai allée la tête haute. Parce qu'on a tous nos madeleines de Proust dans la vie, parce que quand je sais qu'une œuvre va me faire du bien je ne boude pas mon plaisir et parce qu'un Rocky est un formidable booster de niaque ! Il parait qu'il va y avoir un "Creed II". Je l'attends avec impatience.

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La critique de Mr K : 3,5/6. Vous vous souvenez tous du désastre que ça a été pour Nelfe d'aller voir le dernier Malick. Elle avait passé un très mauvais moment et ceci uniquement pour me faire plaisir... C'est beau l'Amour! C'était à mon tour de lui prouver le mien en l'accompagnant voir un film dont je n'étais vraiment pas sûr d'en apprécier la forme et le fond, n'étant vraiment pas un fan des films de boxe et de Rocky en particulier. Plus jeune, j'étais plutôt Schwarzenegger que Stallone, guéguerre en cours à l'époque au collège entre fans de Prédator et de Rambo. Non mais franchement, ce dernier n'aurait pas tenu un round face au chasseur venu de l'espace... mais je m'égare!

Bref, me voilà dans la salle en compagnie de Nelfe pour voir le dernier volet en date de la saga Rocky avec en arrière plan l'idée d'un passage de témoin pour le fils caché d'Apollo Creed (figure marquante des films de base). Film de boxe oblige, il est question de rédemption par le sport, de filiation compliquée et d'épreuves personnelles et professionnelles. Clairement, on n'est pas face à une œuvre originale et novatrice mais malgré des ficelles scénaristiques minces, l'ensemble fonctionne plutôt bien. Pas de surprises au rendez-vous mais des passages obligés efficaces et porteurs de sens. Honnêtement, je ne me suis pas ennuyé. Croyez-moi, j'en suis le plus surpris!

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La réalisation est plutôt bonne avec des combats magistralement tournés qui nous plongent dans l'ambiance un peu folle qui entoure un combat de boxe: musique de cakos, show à l'américaine, explosion de violence et notion de respect mutuel. Sang, sueurs et larmes chères à Churchill sont au RDV pour des scènes d'anthologie et un jeune premier qui en prend vraiment plein la tronche! Malgré mon désintérêt profond pour la discipline, j'ai aimé la tension amenée par ce métrage et les fulgurances surgies de nulle part ici ou là. Le plaisir du spectateur est au RDV surtout que l'image est belle et que la musique accompagne à merveille le métrage.

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Les acteurs sont au diapason proposant des prestations très réussies notamment Stallone impeccable dans le rôle du boxeur vieillissant accablé par la maladie et le jeune premier, Michael B. Jordan, est charismatique à souhait et donne vraiment du corps à son personnage plutôt caricatural en lui conférant une âme. Il en devient touchant malgré son côté petit fils de bourge et c'est avec une certaine satisfaction qu'on suit ses doutes et sa quête de lui-même. Plus anecdotique, le personnage féminin que j'ai trouvé très cliché et assez creux malgré une beauté plastique indéniable et le bad guy grimaçant et méchant au delà du raisonnable. Il en devient ridicule et chacune de ses apparitions m'a fait doucement sourire.

Au final, un bon petit moment de cinéma même si je ne pense pas le revoir un jour tant le film reste trop fléché dans les codes inhérents au genre auquel il appartient. A voir au cinéma cependant pour quelques scènes choc vraiment efficaces!

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mercredi 27 janvier 2016

"Knight of cups" de Terrence Malick

Knight of cups

L'histoire : "Il était une fois un jeune prince que son père, le souverain du royaume d’Orient, avait envoyé en Égypte afin qu’il y trouve une perle. Lorsque le prince arriva, le peuple lui offrit une coupe pour étancher sa soif. En buvant, le prince oublia qu’il était fils de roi, il oublia sa quête et il sombra dans un profond sommeil..."
Le père de Rick lui lisait cette histoire lorsqu’il était enfant. Aujourd’hui, Rick vit à Santa Monica et il est devenu auteur de comédies. Il aspire à autre chose, sans savoir réellement quoi. Il se demande quel chemin prendre.

La critique de Mr K : 6/6. LA CLAQUE!

La critique Nelfesque : 0/6. LA LÉTHARGIE !

La critique de Mr K (la vraie) : Non mais je déconnais, j'ai plein de choses à vous dire sur ce film bien barré, hautement maîtrisé et à la portée métaphysique hors norme. Durant 2h, je n'étais plus là, je ne faisais qu'un avec le film entre fascination pour les destinées humaines évoquées et interrogations personnelles sur ma propre existence. Honnêtement, rarement un film ne m'a fait cet effet là et je me souviendrai longtemps du dernier Malick qui clôture magnifiquement le triptyque amorcé avec The Tree of life et À la merveille (toujours pas vu au moment où j'écris ces lignes, rooooooo la honte!).

Premier et seul conseil que je puisse vous donner, acceptez de vous laisser conduire par le film et de ne pas tout comprendre. Le procédé narratif est totalement indescriptible, savant mélange de contemplation, rencontres, changements intempestifs de narrateurs et sous-texte dense et multiculturel. Dit comme ça, je peux comprendre que ça puisse faire peur mais l'expérience proposée vaut vraiment le détour car elle est totale et éclairante sur soi. La preuve, nous étions dix personnes dans la salle et la moitié a déserté en cours de métrage! L'exigence et la profondeur ont un prix, celui de pouvoir rebuter et provoquer l'incompréhension. Ce film mérite qu'on s'y attarde tant il est riche et émouvant. On ne ressort décidément pas indemne de Knight of cups.

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Le film gravite autour du personnage de Christian Bale, un quadragénaire en roue libre qui est passé à côté de sa vie. Il traîne son ennui d'une existence morne entre rencontres d'un soir, fêtes somptueuses, misères familiales et introspection morbide. Pas question pour autant pour l'auteur de nous parler seulement de ce nouveau-riche plutôt superficiel, il est en fait question de nous, de la condition humaine en générale avec ses aspirations revues à la baisse, nos erreurs et notre capacité à rebondir. Ces questionnements sont en fait ceux de tout être humain de quelque origine ou extraction sociale que ce soit, ce film est un objet de réflexion ouvert au genre humain, nul doute qu'il sera décortiqué voir étudié dans les années à venir tant il se révèle complexe dans la réflexion qu'il pose avec des effets à tiroir qui s’emboîtent et forment une œuvre unique lorgnant vers l'art contemporain.

À travers un enchevêtrement de scènes intimistes, naturalistes (paysages et nature magnifiés), urbaines (l'activité humaine et son caractère exponentiel) et purement quotidiennes (fêtes, réveils, actes d'amour, discussions de travail, relations familiales), Malick nous délivre la vérité toute nue de ses personnages dans un syncrétisme aussi pur que fluide au rythme d'une bande originale hypnotique collant à merveille aux images. Le rythme lent mais progressif des trajectoires présentées pénètre le cortex dans un déluge de cadrages plus arty les uns que les autres, détails et vues aériennes, errances des corps et des esprits vers un but non fixé, si proche et si lointain à la fois. Wahou! Toujours pas remis de ce pèlerinage vers le bonheur et la sérénité. On retrouve cette sensation si particulière aux romans asiatiques de quête de soi, aux œuvres estampillées 70' sur les voyages intérieurs et la captation d'un temps / d'une société (Zabriskie Point par exemple) et à la culture américaine de la famille et du tout consumérisme.

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Du côté de la technique, on frise la perfection donc, les acteurs sont au diapason malgré le peu de dialogues du métrage. Là où un Tarantino va s'ingénier à proposer de longues scènes verbalisantes pour enrichir ses films, Malick demande à ses acteurs de véritables rôles de composition faisant appel essentiellement aux postures corporelles et à l'expression de leurs visages. Avec Christian Bale, ma chérie Cate Blanchett, Natalie Portman et tous les autres, inutile de vous dire qu'il ne prenait pas trop de risques. Chacun est à sa place et magnifie les plans qu'il occupe par un présence aérienne, naturelle et fragile. Les émotions sont à fleur de peau, envahissent le spectateur pris dans la tourmente des sentiments contradictoires qui lui sont donnés à voir. Ils raccrochent les réflexions poussées proposées par Malick à leur dimension humaine, concepts et voies d'apprentissage sont donc illustrés avec finesse et justesse. Chapeau bas!

Étude sur les apparences derrière lesquelles nous nous cachons, des règles et principes de notre modèle de développement personnel et professionnel, de notre recherche effrénée d'un lendemain épanouissant, Knight of cups est un conte moderne à part (parabole du prince ayant oublié son identité tiré d'un récit populaire), exigeant mais transcendant et jubilatoire bien des semaines après son visionnage. Un prétendant plus que sérieux pour le meilleur film de l'année à mes yeux, et pourtant 2016 commence à peine!

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La critique Nelfesque (la vraie) : Habituellement, c'est moi qui commence à m'exprimer sur les billets consacrés au cinéma. Pour une fois, c'est Mr K qui a pris la parole le premier, parce que vous l'avez vu, il a été particulièrement touché par ce film et qu'il était important que vous lisiez son avis en premier. Avant de lire mes bêtises, digressions et surtout avant que je vous dise que je me suis ennuyée au plus haut point pendant 2 heures. Je n'étais jamais sortie d'une séance pour aller aux toilettes, c'est maintenant chose faite. J'ai même regretté de ne pas être fumeuse pour aller m'en griller une petite...

Avant toute chose, j'ai envie de vous dire que si vous êtes intrigués par ce film, vous devez aller le voir ! Peut-être en ressortirez-vous également, époustouflés et aussi, et surtout, parce qu'il faut faire vivre le cinéma et encourager des productions qui sortent de l'ordinaire et proposent autre chose que des histoires prémâchées écrites avec une truelle et filmées avec les pieds.

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Je commence par les points négatifs, comme ça ça sera fait. J'ai hésité à écrire ma chronique ici. Parce que je ne voulais pas déprécier celle de Mr K, parce que je n'avais pas grand chose à dire sur ce long métrage qui m'est passé à 10.000 au dessus de la tête et parce que je me suis déjà fait chier pendant 2 heures et je n'avais pas envie d'en rajouter. Et puis, bon, je me dis pourquoi pas... Préparez-vous donc à lire un avis complètement subjectif et sans doute bourré de mauvaise foi mais il faut que ça sorte.

J'aime le cinéma. Je me déplace régulièrement en salle. J'aime me prendre la tête avec des films compliqués à cerner (parfois, pas tout le temps, il m'arrive aussi d'aller voir des productions "vide neurones" et y prendre beaucoup de plaisir). Je suis assidûment les festivals de cinéma et aime les films d'intellos ou de bobos que beaucoup détestent ou tournent en dérision. Cela vous donne une petite idée de la spectatrice que je suis. Mais alors là ! Comment dire... Je crois que je n'avais encore jamais vu un long métrage qui donne autant dans la branlette intellectuelle que celui ci ! Rien, absolument rien, ne m'a touchée. Rien, absolument rien, ne m'a parlé. Et je pense que c'est ici que se trouve le noeud du problème. Peut-être est-ce un film qui parlera plus particulièrement à la gente masculine (quoi que je ne verse pas dans la théorie du genre), peut-être suis-je complètement hermétique aux problématiques existentielles soulevées par ce long métrage et qui s'apparentent pour moi à une perte de temps et à une auto flagellation stérile ou peut-être (et je pencherai pour cette hypothèse) que je n'aime pas le cinéma de Terrence Malick... Il n'y a qu'à lire nos avis sur "The Tree of life", que nous avions vu à sa sortie, pour comprendre qu'il y avait déjà là des prémices à divergence de points de vue entre Mr K et moi concernant ce réalisateur et que je n'étais déjà pas véritablement emballée par le fond de ses productions.

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Pendant 2 heures, que se passe-t-il ? Nous suivons Rick dans ses errances amoureuses, dans son mal être au sens général, dans sa quête du bonheur, lui l'homme pas particulièrement jouasse et qui ne fait que constater que tout va mal et subit sa vie plus qu'il ne la mène. Une sorte de Droopy des sentiments. Un neurasthénique qui a une situation financière enviable et qui ne se lève que de magnifiques femmes que beaucoup rêveraient de mettre dans leurs lits. Oui, mais voilà, Rick, il va mal, il est malheureux et il n'est pas satisfait. Une belle gueule, un appart' superbe, un travail qui va avec, Natalie Portman ou Cate Blanchett dans ses bras, avec l'amour en prime, une situation enviable sur pas mal de points pour beaucoup mais ça ne lui suffit pas... Pauvre petite garçon riche... Rick, tu sais quoi ? Prends ton Prozac et va te coucher, ça ira mieux demain ! Sans déconner il y a largement plus malheureux et avec de bonnes raisons de l'être. J'ai beaucoup de mal avec les gens qui se regardent le nombril, se l'oscultent jusqu'à s'en rendre malade et ne sortent pas de ce minuscule trou pour regarder un peu plus loin, relativiser et sourire un peu à la vie (j'ai pas dit rire aux éclats mais juste essayer de sourire pour voir ce que ça fait (on peut y prendre goût, c'est dangereux)) et je pense que là aussi ce fut un frein à mon empathie pour le personnage principal. A partir de là, tout dégringole. Je n'arrive pas à faire abstraction de mon ressenti, de mon propre vécu et je ne rentre pas dans le film.

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Sinon, côté points positifs, parce qu'il y en a. Si si ! Il faut avouer que Terrence Malick filme à la perfection. Bien que n'adhérant pas au fond, la forme est superbe. Il n'y a qu'à voir les images qui illustrent cet article pour en avoir une petite idée. La photographie est démente, chaque plan est léché à l'extrême, on est vraiment dans une introspection qui ressurgit à l'image et transpire par tous les plans. C'est vraiment très beau et si il n'y avait pas eu cette beauté visuelle, je crois que je serais aller boire une bière au café du coin en attendant Mr K et la fin de la séance. Non vraiment, Terrence Malick n'est pas un débutant. Le casting est parfait, les acteurs sont tous très bons (ils n'ont pas beaucoup de répliques à apprendre mais ça se voit dans la façon d'être, dans leur gestuelle...) et l'ensemble est vraiment cohérent.

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On accroche ou pas, il n'y a pas de demi mesure possible. "Knight of cups" est un film très particulier qui ne laisse pas indifférent. Les avis sont forcément tranchés et vous le voyez ici encore. Pour ma part, j'ai été attirée par la bande annonce et par Natalie Portman qui est une de mes actrices préférées mais à l'avenir quand je verrai Terrence Malick à la réalisation, on ne m'y reprendra pas. Cet homme a beaucoup de talent mais j'y suis totalement hermétique. Je perds mon temps, je démonte ses films qui ne me plaisent pas et en plus je m'engueule avec mon mari qui l'adore ! Merci Terrence ! Voilà voilà... Ah si une dernière chose : jetez un oeil sur les magnifiques affiches américaines. Preuves supplémentaires si il en fallait que côté visuel ça envoie du lourd. Dommage que je n'accroche pas, je m'en voudrais presque... (Et je parle beaucoup pour quelqu'un qui n'a rien à dire non !?)

samedi 31 octobre 2015

"Crimson Peak" de Guillermo del Toro

crimson peak afficheL'histoire : Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : "Prends garde à Crimson Peak". Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse "imagination", Edith est tiraillée entre deux prétendants : son ami d’enfance et le docteur Alan McMichael.

La critique Nelfesque : Guillermo Del Toro est un réalisateur que nous aimons beaucoup au Capharnaüm éclairé pour son Labyrinthe de Pan. Ses films ont une esthétique particulièrement bien léchée et "Crimson Peak" ne déroge pas à la règle.

Nous ne sommes pas ici dans le film d'horreur à la mode et si vous êtes adeptes des longs métrages à sensations en vogue en ce moment pour leur effet "sursaut" mais souvent dépourvus de charme, vous pouvez passer votre tour. Dans "Crimson Peak", on ne sursaute pas vraiment, l'histoire se met en place tout doucement et on se rapproche plus ici du conte horrifique et de la romance tragique que du film à sensations. "Crimson Peak", c'est un retour au film de genre classique avec une esthétique gothique aux décors sublimes, à l'ambiance glaçante et à la photographie maîtrisée. Une vraie réussite pour les amoureux du genre.

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Dans ce long métrage, Del Toro nous transpose dans l'Amérique et l'Angleterre des premières années 1900. Edith est une jeune fille moderne pour son époque. Elevée par un père aimant et ouvert, elle souhaite faire éditer son premier roman faisant la part belle aux esprits auxquels elle croit et avec lesquels elle peut entrer en communication. Succombant aux charmes de Sir Thomas Sharpe, elle va s'installer avec lui en Angleterre, à Allerdale Hall, vieux manoir à l'architecture saisissante mais à l'isolation douteuse. Le domaine tombe en décrépitude et la vie au manoir est aussi froide par son apparence que par ses habitants.

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La demeure est un personnage à part entière dans ce film. A l'image du frère et de la soeur Sharpe qui occupent les lieux, la bâtisse à un charme ancien, vestige d'une gloire passée, mais apparaît comme souffrante, agonisante et par là même inquiétante. Avec ses carrières d'argile rouge en sous-sol, la terre du domaine suinte du sang sur cette vaste étendue enneigée l'hiver et, telle des sables mouvants, attire peu à peu le manoir dans ses profondeurs. Avec un budget de 50.000.000 $ (non je n'ai pas rajouté de zéros), Guillermo del Toro avait de quoi faire un truc bien et c'est exactement ce qu'il a fait ! Visuellement, ce film est une claque !

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Avec un scénario très classique, "Crimson Peak" est clairement un hommage aux films d'horreur d'autrefois. Une histoire d'amour compliquée, une rivalité larvée et des esprits égarés. Voici en quelques mots le résumé de ce long métrage. Le reste est un magnifique paquet cadeau où chaque plan est d'une beauté à couper le souffle et où chaque détail du décor, chaque tache sur la robe de l'héroïne, sont exactement au bon endroit. Un beau film, comme on aimerait en voir plus souvent. L'amour de Guillermo del Toro pour l'univers romantico-gothique crève l'écran.

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La critique de Mr K : 5/6, un très beau moment de cinéma que le dernier film de Del Toro qui remonte dans mon estime avec cette histoire mêlant subtilement chronique sociale du XIXème siècle, romance et un soupçon de fantastique-épouvante. Je n'avais guère goûter à son Pacific Rim (les robots géants ce n'est pas trop mon truc) mais Crimson Peak est une vraie bombe visuelle qui m'a rabiboché de suite avec le bonhomme.

Edith, fille d'une bonne famille américaine, aspirante écrivaine fascinée par les fantômes depuis une visite qu'elle a reçu de sa mère décédée, ne se sent pas à sa place dans la société huppée de son époque. Trop d'imagination, trop de liberté avec les convenances lui fait-on remarquer régulièrement sauf son père qui l'aime tendrement et souhaite ce qu'il y a de mieux pour elle. Son destin bascule quand elle fait la rencontre de Sir Sharpe, un jeune noble désargenté venu d'Angleterre pour trouver les fonds nécessaires pour la poursuite de ses travaux d'ingénierie et la remise en état du manoir familial de Crimson Peak. Une romance s'esquisse entre les deux jeunes gens mais une ombre semble errer autour d'eux: une sœur distante et froide, la mort mystérieuse du papa de la mariée et l'installation dans le manoir de Crimson Peak vont faire basculer le destin d'Edith.

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Ce qui frappe en premier lieu, c'est la beauté de ce film. On frise la perfection tant costumes, décors, paysages sont travaillés entre reconstitution plutôt fidèle de l'époque et envolées plus fantastiques comme les spectres et certains aspects de décoration intérieure. Del Toro joue beaucoup sur le contraste et sur les couleurs qui s'opposent allant du plus vif au plus sombre. Magnifique pour les yeux, le film émerveille par la virtuosité de tous les petits travailleurs de l'ombre qui contribuent à produire un spectacle d'une rare beauté seulement dépassé ces dernières années par Tales of tales que j'ai trouvé plus poétique à ce niveau là. Crimson Peak évolue dans un autre style plus ostentatoire et plus grand public, d'où sans doute cette débauche d'effets de style (y compris dans les cadrages parfois sublimes). Et puis, quoiqu'on pense de lui, Del Toro a toujours été très généreux avec son public qui ici trouvera tout ce qu'il attend.

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Les acteurs assurent bien leur rôle notamment Tom Hiddleton qui sort du personnage caricatural de Loki dans la série de films Marvel (je suis loin d'être fan!) pour camper un Sir Sharpe qui tour à tour nous séduit, nous inquiète et inspire la compassion. Personnage non lisse par excellence, l'acteur fait montre d'un grand talent d'interprétation et nous livre un personnage ambigu et fascinant. J'ai aussi beaucoup apprécié l'actrice d'Alice (Mia Wasikowska) qui apporte une douceur et un charme un peu désuet, sensible et non tapageur, une touche de grâce et de légèreté qui détonne avec le reste du film. La romance des deux tourtereaux est rondement menée entre pas en avant et reculs successifs, deux êtres qui se cherchent, se trouvent et se perdent. Loin d'être une histoire gnangnan, on rentre ici dans l'amour viscéral et romantique, le ton faisant penser au grandiose Dracula de Coppola ("Mina, vous êtes si proche"). L'amour est ce qui se dégage le plus de film, peu ou pas de passages d'épouvante. Pas de sursauts pour ma part, n'y allez pas pour cela vous seriez déçu!

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Deux raisons me font mettre seulement un 5/6 à cette belle entreprise. Le scénario tout d'abord, qui même s'il se révèle plus complexe qu'on ne le pense, reste plutôt classique et prévisible. Aucune surprise et j'ai eu plus l'impression de voir différents films plus vieux compilés (films de maison hantée avec des esprits en souffrance, romance à la Tim Burton et suspens hitchkokien entre le frère et la sœur). Beau produit mais pas de réelle imagination dans le contenu, c'est ballot. Puis pour moi, il y a le cas Jessica Chastain qui ici livre une prestation juste sympathique. Dommage car cela amoindrit, je trouve, la révélation finale pas piquée des hannetons.

Mais ne restons pas sur ces deux remarques négatives, Crimson Peak est de l'étoffe de ce qui se fait de mieux en terme d'évasion en ce moment. Vous vous émerveillerez devant la beauté du métrage et frémirez à l'occasion des mésaventures d'Edith. À voir absolument au cinéma pour en profiter au maximum.

Posté par Nelfe à 17:12 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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