lundi 13 mars 2017

"Split" de M. Night Shyamalan

Split affiche

L'histoire : Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

La critique Nelfesque : Ah ! Un nouveau Shyamalan au cinéma ! Chouette ! Au Capharnaüm éclairé, on aime beaucoup ce réalisateur. Il donne dans le film grand public mais il le fait sacrément bien, avec de bons acteurs, de bons scénarios qui souvent nous laissent sur le cul et une réalisation vraiment sympa. Allons donc voir ce qu'il nous propose aujourd'hui avec son tout dernier film "Split" dont la bande annonce nous a fait nous lécher les babines...

Kevin n'est pas un homme comme les autres. Suivi par une psychiatre depuis plusieurs années, il a la particularité de posséder 23 personnalités différentes. Tour à tour enfant de 9 ans, femme mystique, homme maniaque... dans une même journée, il revêt différentes tenues, différentes attitudes, différentes singularités. Ces 23 personnalités cohabitaient jusqu'alors relativement bien, avec l'aide du docteur Fletcher, mais voilà qu'une crainte s'empare d'elles. Celle de voir apparaitre une bête sauvage et obscure, tapie dans l'ombre, au plus profond de Kevin, et qui s'apprête à prendre le pas sur l'ensemble de son être. Pour la nourrir, il(s) va(vont) kidnapper trois jeunes filles et les séquestrer jusqu'à la venue du monstre...

Split 1

James McAvoy, dans le rôle principal, est saisissant de justesse. Il montre ici toute l'étendue de son talent et objectivement, sans une performance telle que la sienne ici, le film aurait pu très vite tourner au ridicule. Mais rien de tout cela ici ! Le spectateur croit réellement à chacune des personnalités qui est jouée. Pas de caricatures ou d'effets de manche pour cacher une faiblesse d'interprétation : ici tout est maîtrisé dans le jeu d'acteur et on a bien 24 personnages différents sous les yeux. Hypnotisant ! Bravo à James McAvoy pour cette performance qui, en plus d'être bluffante, nous permet d'avoir de l'empathie pour ce personnage effrayant et chacune des entités en son sein. Un peu comme pour Jerry dans "The Voices", j'ai vraiment été touchée ici par un homme qui, de l'extérieur, a tout d'un monstre mais qui lorsque l'on gratte sous les apparences est un être blessé.

Split 5

Le côté angoissant du kidnapping est de lieu de rétension est contrebalancé par les séances chez la psy et les recherches de cette dernière. Au début, j'ai trouvé dommage que l'on soit ainsi tiré de la stupeur mais peu à peu ces escapades se révèlent bienfaisantes et permettent de donner du rythme au film qui navigue sans cesse entre le thriller et le fantastique, jusqu'à la scène finale qui, comme souvent chez ce réalisateur, fait pousser un "Ah ouais !!!" au spectateur. Pour ma part, je n'ai pas été ici complètement bluffée par la révélation (qui pour moi n'en est pas une du coup) comme ce fut le cas avec "Le Sixième sens" ou plus récemment "The Visit" qui nous laisse avec un profond malaise. Et tant mieux ! J'aime ce réalisateur qui sait nous surprendre en n'allant pas forcément là où on l'attend. Oui, Shyamalan est le roi des fins qui nous laissent sur le cul mais il est aussi capable de ne pas jouer sur la surprise et apporter de la profondeur à son propos. Bravo !

Jeu d'acteurs impeccable (mention spéciale aussi à Anya Taylor-Joy), suspens, tension : tout est ici réuni pour faire de "Split" un très bon thriller navigant entre psychologie, horreur et fantastique. C'est bientôt le Printemps du Cinéma, pensez-y ! Vous ne regretterez pas !

Split 2

La critique de Mr K : 5/6. La dernière production de Shyamalan s'est révélée être un très bon crû et malgré quelques imperfections, on passe un excellent moment entre histoire bien tordue et acteurs en état de grâce au premier rang desquels James McAvoy extraordinaire dans un rôle aux multiples facettes.

Trois lycéenne sont enlevées par Kevin, un jeune homme plus que perturbé. Souffrant d'une dissociation d'identités multiples (23 puis 24 identités différentes cohabitent dans le même corps), il attend l'avènement de la Bête. Nous suivons donc la claustration des filles qui se rendent vite compte que leur ravisseur est sérieusement dérangé et change de personnalité de façon impromptue entre le séquestrateur pervers, le styliste maniéré, la femme mystique zen, un jeune garçon fragile et au bon fond entre autre. Cette partie lorgnant vers le survivor est contrebalancée par des passages mettant en scène la psy qui suit le jeune homme et des flashback concernant l'héroïne principale. Comme dans les principaux films de ce maître du suspens, les pièces du puzzle vont s'assembler au fil du déroulé pour éclairer les motivations et passés de chacun des personnages.

Split 4

Je dois avouer que depuis la série de films mettant en scène Hannibal Lecter et l'injustement méconnu Identity (à voir absolument !), je n'avais pas été aussi saisi par un esprit criminel (sauf peut-être le bad guy Joe Caroll de la superbe série The Following). McAvoy a un talent fou pour jouer cet esprit perdu qui tour à tour inquiète, questionne et même émeut profondément. D'un simple regard, d'une posture changeante, il incarne à merveille la folie galopante de Kevin. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser avec ce personnage déroutant. Le contre-point des passages avec la psy permettent des allers-retour incessants entre le monstre persécuteur et l'être brisé qui se débat avec sa vie. Jamais caricatural, toujours juste, on se prend au jeu de ces identités interchangeables protégeant un secret et surtout une souffrance jamais vraiment guérie. Il porte véritablement le film et en est un point fort indéniable.

Split 3

Il est aussi très bien mis en valeur grâce à l'actrice Anya Taylor-Joy qui sous son apparente fragilité et un certain mutisme cache elle aussi quelque chose qui le temps venu prendra son importance. Loin de se contenter de filmer des filles apeurées, Shyamalan leur donne une certaine profondeur, une volonté de se battre et de résister au monde qui semble s'écrouler autour d'elle. La psy ferme ce trio hors du commun avec une figure maternelle qui peu à peu (bien que conscient du mal qui ronge son patient) va se rendre compte de la nature du mal et de ses conséquences. Le dernier acte est assez haletant et livre un déchaînement de révélations et de scènes chocs qui scotchent littéralement le spectateur à son siège. Seul bémol majeur de ce film (d'où le point en moins sur ma note), je n'ai pas été vraiment surpris par le final (comme dans 6ème sens d'ailleurs) que j'ai vu venir assez vite. Plutôt classique la révélation fait quand même son effet et fait retomber le film de manière logique.

On retrouve tout le talent de Shyamalan pour raconter une histoire, son sens de la narration croisée qui distille un suspens montant crescendo qui prend aux tripes. Les images sont belles, la musique oppressante à souhait et certains cadrages originaux achèvent de donner à voir un film idéal pour une séance cinéma riche en émotions et en rebondissements. Un film qu'on ne peut que conseiller si vous aimez les thrillers, les scénarios biscornus et les sensations fortes.

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vendredi 3 février 2017

"Moi, Daniel Blake" de Ken Loach

Daniel Blake afficheL'histoire : Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l'obligation d'une recherche d'emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au "job center", Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d'accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider...

La critique Nelfesque : "Moi, Daniel Blake" est un film que j'avais très envie de voir depuis la dernière édition du Festival de Cannes où il a remporté la Palme d'Or. Mais voilà, on ne fait pas toujours ce que l'on veut et lors de sa diffusion en octobre dernier, je n'ai pas pu y aller. C'est maintenant chose faite grâce au Festival Télérama qui permet chaque année d'aller à la repêche (ça me rajeunit !) à tout petit prix. C'est seule que je me suis dirigée vers notre salle obscure, Mr K n'étant pas friand de ce type de films...

Daniel Blake 4

... Et ça peut se comprendre tant le cinéma de Ken Loach s'inscrit dans le présent et dans le cinéma dit social, dont "Moi, Daniel Blake" est un parfait exemple. Ici, on ne va pas vraiment au cinéma pour se changer les idées et pour passer un bon moment de détente joyeuse. Ah ça non ! Ken Loach nous plonge dans la société contemporaine, sans bouée de sauvetage et n'hésite pas parfois à nous mettre la tête sous l'eau.

On suit ici Daniel Blake qui, quasi soixantenaire, ne peut plus travailler suite à un accident cardiaque sur un chantier. Ironie de l'histoire, le Job Center (équivalent du Pôle Emploi britannique) l'oblige à prouver qu'il est en recherche d'emploi pour lui verser les indemnités auxquelles il a droit. Du travail, de l'argent à la fin du mois. Plus de travail, place à la galère administrative et aux situations kafkaïennes qui vont avec. C'est au Job Center qu'il rencontre un jour Katie, mère célibataire de deux enfants qui arrivant en retard à son RDV avec son "conseiller", suite à un problème de bus, voit ses versements d'indemnités suspendus et menacée de radiation.

Daniel Blake 3

"Moi, Daniel Blake" fait l'état des lieux de ce qu'est la couverture sociale actuelle en Angleterre. Situations ubuesques, technocratie, déshumanisation, ce film fait mal au coeur et met le spectateur en situation de malaise entre indignation, tristesse et résignation. Les vies de Daniel et Katie sont totalement bousculées par leurs problèmes de travail, de santé et d'argent. Malgré tout, ils vont se soutenir, avec le peu qu'ils ont et faire en sorte que la vie soit un peu moins difficile (toute proportion gardée).

Certaines scènes sont effroyables et nous tombent dessus comme des coups de massue. Je pense notamment à celle où Katie doit se rendre avec ses enfants à la Banque Alimentaire. Un moment éprouvant où honte, désarroi et abattement envahissent le personnage devant les yeux inquiets de ses enfants. Cette scène m'a littéralement prise à la gorge. Comment la misère sociale peut toucher tout le monde, combien il est difficile de garder la tête haute lorsque les obstacles sont si élevés... Impossible de rester insensible aux trajectoires de vie que "Moi, Daniel Blake" nous donne à voir.

Daniel Blake 2

Certains diront que cette force de dénonciation est aussi une faiblesse, celle de tomber dans le misérabilisme. Chacun peut être tenté de penser qu'il est plus facile de plaindre que de se relever. Mais après avoir vu ce film, comment ne pas être convaincu que les personnes touchées par la pauvreté pour x raisons ne cherchent pas à s'en sortir par tous les moyens ? Comment ne pas voir le parcours du combattant qu'ils doivent arpenter ? Débrouille, entraide et surtout bienveillance entourent ce film. Daniel devient le grand-père que les enfants de Katie n'ont jamais eu, Katie trouve une aide précieuse en Daniel et ce dernier, une raison de vivre et d'être utile.

Daniel Blake 1

"Moi, Daniel Blake" est un très joli film qui montre que la vie est dure, que tout est fait pour la rendre encore plus compliquée parfois mais qu'ensemble, avec des petites choses et une bonne dose de solidarité, nous pouvons améliorer un peu l'ordinaire. Ce n'est pas la panacée mais ça met du baume au coeur dans un quotidien parfois très gris pour certains. Une bouffée d'oxygène salvatrice et indispensable. Les petits bonheurs de chaque instant, la simple présence, l'attention portée viennent contrebalancer l'aspect rude du film. C'est la première fois que je vis une séance de cinéma, hors avant-première, qui se termine sur un générique silencieux sous les applaudissements de spectateurs émus dans la salle. Tous ont applaudi tous les Daniel Blake pour ce qu'ils étaient, sont et seront : des hommes debout.

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vendredi 27 janvier 2017

"Paterson" de Jim Jarmusch

Paterson affiche

L'histoire : Paterson vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes, de William Carlos Williams à Allen Ginsberg, aujourd’hui en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas...

La critique Nelfesque : Drôle de film que ce "Paterson"... Entre beauté des plans et vacuité du propos, il m'a laissée quelque peu sur ma faim...

Visuellement, "Paterson" est soigné et immersif et certains plans sont de toute beauté. En plaçant sa caméra au plus près des personnages, Jim Jarmusch nous plonge dans leurs états d'esprit. Ambiance contemplative, nous sommes ici spectateur de la vie de Paterson, comme il est lui-même spectateur de la sienne tant le personnage est indolent.

Pendant 2h, Paterson se regarde descendre la rue pour aller travailler, conduire son bus, manger, aller dans le sens de sa compagne, promener son chien, boire une bière au bar... Et pendant ce temps là, on baille...

Paterson 1

Mais Paterson est un artiste, du moins c'est ce que pense sa copine et ce qu'il s'imagine. Tous les jours, il consigne dans son carnet des poèmes sur son quotidien. De son petit dej' à la boite d'allumettes de la cuisine, tout y passe. Il faut adhérer à ce genre de poésie pour vraiment apprécier le film. Ce n'est pas mon cas et c'est de là, je pense que vient mon manque d'intérêt pour "Paterson". Voir quelqu'un se regarder le nombril et faire des vers sans rimes à la gloire de son radio-réveil, perso, ça me passe complètement au dessus de la tête (bon, ok, je sais, pour le coup j'avoue ne pas être très objective).

Paterson 4

Paterson vit à Paterson, ville de poètes connus, et par là même sent le poids de la "tradition" locale peser sur ses épaules. Il écrit ses poèmes pour lui seul, dans un carnet personnel que personne ne lit jamais. Il ne compte pas en faire son métier, freine des quatre fers lorsqu'on lui soumet l'idée d'envoyer ses textes à une maison d'édition. C'est son petit plaisir, son besoin vital pour affronter son quotidien terne et vide. Sa copine fantasque est complètement différente, s'éparpille dans tous les sens et finalement ne va pas plus loin que lui. Comme si la ville de Paterson était un aspirateur à velléités créatrices mais où chacun erre sans but.

C'est donc toute désoeuvrée que j'ai quitté la séance de "Paterson", sans avoir vraiment l'impression d'être passée à côté de ce film mais avec le sentiment d'avoir perdu 2h de ma vie devant un long métrage creux qui ne m'a pas du tout touché et qui ne m'a rien apporté. Il y a un petit côté asiatique dans ce film, dans le sens où tout est contenu, où rien ne dépasse des bords et où l'excès de sentiments et de réactions n'a pas sa place. Le genre de film qui me laisse un sentiment de malaise et d'étouffement. Vous allez voir que ce n'est pas du tout le cas pour Mr K...

Paterson 6

La critique de Mr K : 6/6. Une belle claque cinématographique de janvier après ma déception de Rogue one. Pour le coup, on ne peut pas faire plus différent que ces deux films !

On suit une semaine de la vie de Paterson, un conducteur de bus de la ville portant son nom où il est né et a grandi. À ses heures perdues, il aime écrire des poèmes dans son carnet secret qui l’accompagne où qu’il aille. Il partage sa vie avec Laura, une jeune femme fantasque qui multiplie les projets, rayonne de vie et un bouledogue anglais nommé Marvin aussi taciturne que farceur à sa façon. Le réalisateur nous invite à suivre une semaine d’existence de Paterson entre son travail, ses moments d’intimité en famille et ses promenades du soir en sortant Marvin.

Paterson 5

Passez votre chemin si vous les aimez les films virevoltants aux multiples rebondissements, le dernier Jarmusch s’apparente plus à une œuvre japonisante dans sa manière d’être développée. Le rythme est lancinant, très très lent, l’attention du spectateur étant concentré sur la splendeur du métrage avec des plans de toute beauté, une musique hypnotisante et une répétition des journées qui laisse peu de place à d’éventuels événements. Plus que la vie de Paterson en elle-même, c’est plus le contexte, ce qui l’entoure et nourrit ses poésies qui sont le sujet du film : les discussions des passagers du bus, le bruit de la cascade de Paterson (attraction touristique de la ville), les rues embouteillées, un écureuil qui traverse la route, la vie nocturne dans un bar (dont un couple déchiré hilarant) et toutes une série de mini événements qui donnent à voir une ville américaine en crise mais qui essaie de survivre malgré tout.

Les personnages dans cet écrin très bien ficelé ressortent nettement du lot entre un Paterson limite neurasthénique à la sensibilité à fleur de peau et qui égraine les mots comme autant de témoignages de sa réelle vision du monde, Laura qui est bien cintrée dans son genre, obnubilée par les motifs noirs et blancs de ses cupcakes, de la déco de la maison en passant par une guitare qu’elle vient d’acquérir. Tous les éléments sont ponctués par les phases d’assoupissement et les grognements de Marvin qui n’est pas loin d’être la star du film. Les acteurs à tous les niveaux sont très justes dans leurs registres et donnent une densité incroyable aux rapports humains et chaque mot / geste / ou intention est perceptible et apporte sa pierre à l’édifice de cette fable poétique plus complexe qu’elle n’y parait.

Paterson 2

Car la poésie transpire de partout dans ce film de deux heures. Il y a les mots de Paterson, les influences qui le nourrissent entre paysages et activités humaines, les références littéraires d’une ville qui a connu un certain nombre de poètes reconnus outre atlantique. Loin d’être la poésie ultra-codifiée et versifiée, les textes récités au cours du film sont de la pure souche US avec une poésie du quotidien où il peut être question de prunes au frigidaire, de la boite d’allumettes du foyer ou encore d’une cascade de cheveux tombant sur les épaules d’une femme. C’est parfois déroutant mais assez inspirant pour faire décoller le film malgré finalement un scénario où il n’y a presque pas de rebondissements.

On se laisse conduire tranquillement par un Jim Jarmusch au sommet de sa forme en terme de technique, chaque plan ou travelling est une petite merveille et les pistes de lecture sont multiples. Ode à la vie tranquille, au calme, à l’introspection (le héros n’a pas de portable), Paterson est d’une délicatesse inouïe et nous invite à partager une vison zen et apaisée de l’existence malgré les aléas qui peuvent nous atteindre. Tout bonnement lumineux !

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mercredi 18 janvier 2017

"Rogue One" de Gareth Edwards

Rogue One affiche

L'histoire : Situé entre les épisodes III et IV de la saga Star Wars, le film nous entraîne aux côtés d’individus ordinaires qui, pour rester fidèles à leurs valeurs, vont tenter l’impossible au péril de leur vie. Ils n’avaient pas prévu de devenir des héros, mais dans une époque de plus en plus sombre, ils vont devoir dérober les plans de l’Étoile de la Mort, l’arme de destruction ultime de l’Empire.

La critique Nelfesque : Depuis sa sortie en salle mi-décembre dernier, tout le monde, ou presque, a vu "Rogue One". Tous les fans de Star Wars en tout cas. De notre côté, on a fait durer le plaisir et on ne l'a vu au cinéma que la semaine passée. Pourquoi cette attente ? Les fêtes de Noël tout d'abord où on a profité plus de la famille que des salles obscures et on procède ainsi en général pour tous les blockbusters qui sortent en fin d'année et que l'on souhaite voir. Ainsi, on n'est pas les uns sur les autres dans la salle, on ne se coltine pas les bouffeurs de pop-corns et on n'a pas besoin de réserver sa place à l'avance (non mais réserver pour voir un film, ça je ne m'y ferai pas !). Oui, je sais, je suis une râleuse !

Ces considérations mises à part, qu'ai-je pensé de "Rogue One" ? Je trouve l'idée de nous faire passer derrière les célèbres lignes qui défilent à chaque début d'épisode de Star Wars très bonne. Pas de petites lignes jaunes cette fois ci donc (et ça fait bizarre (conditionnement quand tu nous tiens)) mais plus de 2 heures d'explications et de mises en situation sur le pourquoi du comment de la saga. A réserver aux fans donc, d'autant plus qu'il y a certains clins d'oeil ou franches références qui ne seront pas accessibles à ceux qui n'ont pas vu les épisodes précédents (ou à suivre... enfin, bref, ceux diffusés avant mais qui sont dans le futur de l'histoire présente (STOOOOOOP !)).

Rogue One 2

Côté spectacle, on y est. Visuellement, c'est chouette. Les bastons sont spectaculaires, les vaisseaux aussi, l'étoile noire n'en parlons pas. Mais ça s'arrête à peu près là en ce qui me concerne. De toute façon, je ne suis pas allée voir "Rogue One" pour autre chose que passer un bon moment et j'en ai eu pour mon compte. Si vous cherchez de la profondeur, vous pouvez repasser, c'est creux. Mais bon, à la vue de la bande annonce, on s'y attendait un peu. Je ne crierai donc pas au scandale ni au génie, je dirai juste que ça fait le job.

Rogue One 7

Parce que si on creuse, et notamment du côté des dialogues et des jeux d'acteurs, on va tomber sur pas mal d'os et niveau psychologie et empathie, "Rogue One" est zéro. Les scènes dramatiques me sont passées au dessus de la tête, les phrases chocs ne donnent pas le frisson et quand certains perso meurent, je suis limite en train de me refaire les ongles... Ou alors je me marre parce que non vraiment côté dialogue c'est nullissime parfois.

Je ne m'étalerai donc pas plus sur le sujet et je vais laisser la place à Mr K. "Rogue One" est pour moi un bon divertissement, un film du dimanche, un film que l'on peut effectivement aller voir avec son paquet de pop-corns (mais c'est le seul hein, on est bien d'accord) et pour passer une soirée entre potes c'est parfait. C'est d'ailleurs ce que l'on a fait et en rentrant, on s'est jeté sur l'épisode IV, parce que rien ne le remplacera jamais ! Allez, que la force soit avec vous !

Rogue One 8

La critique de Mr K : 3,5/6. Belle déception pour ma part, ce premier spin-off étant aussi beau que creux et pour ma part inutile si ce n’est pour remplir le tiroir caisse de Mickey et compagnie. Et pourtant, je m’étais laissé convaincre par la bande annonce qui laissait augurer d’un beau spectacle, des références multiples à la trilogie originelle et notamment l’épisode 4. Je suis fan de l’univers de George Lukas mais sur ce coup là... ça a du mal à passer !

Rogue One 4

La faute tout d’abord à un scénario hyper prévisible et à des personnages caricaturaux jusqu’à la nausée. Je me suis par exemple surpris à esquisser un sourire lors de pseudos scènes dramatiques tellement le pathos était de rigueur : sortez la guimauve et les attitudes de poseurs pour des personnages au final très peu attachants. Ainsi lorsqu’un protagoniste disparaît, aucune émotion ne transparaît vraiment et perso, je me fichais de leur destin. Pour revenir à l’histoire et notamment les dialogues, c’est le minimum syndical écrit par un gamin de douze ans. Très décevant surtout quand on regarde l’épisode 4 juste après et qu’on se rend compte qu’au moins les dialogues étaient plus poussés, les personnages ne se contentant pas de balancer une punchline à deux balles à chaque dialogue.

Rogue One

Ça sent aussi le réchauffé et certains choix esthétiques m’ont laissé pantois et limite en colère tant j’ai trouvé cela épouvantable. Ainsi, ils ont osé faire revenir Peter Cushing sous forme numérique. Dès sa première apparition, le malaise s’installe tant la créature virtuelle ne possède pas 1% du talent de cet incroyable acteur. C’est plat, c’est moche et carrément irrespectueux. Sachez qu’ils font la même chose avec un autre perso clef en toute fin de métrage et vous obtenez des aigreurs d’estomac garanties pour tous les authentiques Fanboys. Sinon, on peut quand même saluer la présence au générique de Mads Mikkelsen, toujours impeccable avec une classe de dingue même s’il cabotine un peu dans ce métrage. Forest Whitaker n’est pas mal non plus. Il relève le niveau tant j’ai trouvé de manière générale les scènes plutôt surjouées.

Rogue One 3

Bon alors ? Pourquoi la moyenne ? Le spectacle tout simplement ! Le film est très beau avec un voyage épatant à travers la galaxie sur un nombre assez conséquent de mondes bien reconstitués et au charme terrible. Inspirés de ce que l’on peut trouver sur Terre avec un mix de fantasmes purement SF, on s’amuse beaucoup entre créatures bizarres, paysages dépaysants et civilisations bien différentes. La claque est magistrale à ce niveau et quand l’action se met en branle, clairement on en a pour son argent. La scène finale est digne des plus belles bastons de la saga et quel plaisir de revoir les X-Wings en action. J’ai toujours rêvé d’en piloter un, c’est comme si c’était fait avec cette bataille spatiale immersive à souhait. Un sacré trip ! Bien que trop courtes, les apparitions de Vador font toujours leur petit effet même si ça pourrait apparaître comme gadget pour les plus extrémistes des contradicteurs.

Rogue One 5

Vous l’avez compris, je suis mitigé. Personnellement, je ne crois pas que je reverrai ce film tant il manque cruellement de finesse et surtout de souffle épique. C’est un très bon divertissement mais il ne faut pas en attendre beaucoup plus par rapport aux ressorts dramatiques que l’on a pu voir dans les épisodes de la saga et surtout il manque d’originalité et se contente de suivre le cahier des charges. Inutile de vous dire qu’il perdra tout son intérêt sur petit écran...

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jeudi 5 janvier 2017

"Premier contact" de Denis Villeneuve

premier contactL'histoire : Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.
Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain...

La critique Nelfesque : "Premier contact" est le dernier film que nous sommes allés voir au cinéma en 2016 et je ne sais pas si c'est mon coup de coeur de l'année (je n'ai pas regardé ça de plus près) mais une chose est sûre c'est que ce film m'a énormément marquée. Histoire, ambiance, réalisation, bande son, rythme, jeux d'acteurs... Tout est là, tout est cohérent.

Et ce sentiment d'être devant un film qui compte, qui ne ressemble à rien de ce que l'on peut voir actuellement sur nos écrans et qui va me taper en plein coeur, je l'ai ressenti dès les premières minutes. On découvre Louise, dans des moments de sa vie passés en accéléré, des moments forts et durs où elle va apprendre la maladie de sa fille et la perdre. C'est très court, c'est silencieux et pour autant c'est d'une efficacité terrible sans s'encombrer de pathos. Je me suis dis à ce moment précis que j'étais au bon endroit et que j'allai prendre une sérieuse claque. Avoir la larme à l'oeil en moins de 2 minutes, parce que viscéralement une oeuvre vous parle par son esthétique, son approche et les sentiments qu'elle véhicule, c'est une expérience très forte.

premier contact 3

"Premier contact" est l'histoire d'étranges objets / vaisseaux arrivés en même temps à différents endroits de la planète. Ils sont "posés" là, en lévitation à quelques mètres du sol, ne bougent pas, n'émettent aucun son. Sont-il habités ? Pourquoi sont-ils là ? Que va-t-il se passer ? La parano envahit le monde, les populations se fractionnent, les états doivent réagir vite. Dit comme ça, c'est un banal film de SF. Détrompez-vous, "Premier contact" est beaucoup plus que cela.

Finalement, nous ne voyons que très peu cet aspect extérieur et le film est focalisé sur l'étude d'un de ces objets aux Etats-Unis. Avec un parti pris très intimiste, le réalisateur Denis Villeneuve, qui m'avait déjà scotchée avec "Prisoners", fait un focus sur l'équipe de recherche dont Louise, linguiste, fait partie. Le premier contact entre cette linguiste et ce physicien, nouvellement arrivés sur place, et le vaisseau est magistral ! Le spectateur ressent l'appréhension, la fascination, la curiosité, l'angoisse des protagonistes dans une scène à la réalisation parfaite autant par les choix de cadres que par la quasi absence de son. Superbe !

premier contact 1

Et tout le reste du film est à l'avenant. De mon point de vue, il n'y a rien à jeter ici, rien qui fait tiquer la spectatrice que je suis. On suit le travail linguistique et le dialogue qui est entrain de s'instaurer entre Louise et les créatures (superbes créatures et superbe façon de communiquer (promis j'arrête les superbes !)) avec passion. Pendant ce temps là, les autres pays réagissent d'une autre façon et l'urgence est palpable...

Pour autant, l'ensemble de ce long métrage n'est pas abscons, incompréhensible, froid et désincarné. Bien au contraire ! Plusieurs thèmes sont ici abordés tels que l'inconnu, le langage, le féminisme, le deuil... Tout un panel de sujets s'imbrique judicieusement et le personnage de Louise, jouée par Amy Adams, est savoureux. Un vrai rôle de femme dans un film de SF, à l'égal de l'homme et non pour le mettre en valeur. Une femme qui a un cerveau, qui s'en sert et qui ne se contente pas de courir avec des talons aiguilles. Ça fait du bien ! Merci Denis Villeneuve ! Un scénario original aussi bien foutu ça fait plus que plaisir, c'est indispensable au Cinéma !

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La critique de Mr K : 6/6. Quelle claque! Typiquement le genre de film qui marque durablement l’esprit et le cœur. On rentre ici dans ce que je préfère en film de SF : intimisme et universalisme se mêlent pour proposer un film hors norme, redoutablement scénarisé, d’une beauté à couper le souffle, l’ensemble laissant le spectateur complètement tremblant dans son siège, conscient d’avoir vu une œuvre à part qui rentre immédiatement dans le cercle fermé des films cultes de science-fiction.

Premier contact se déroule essentiellement via le point de vue du personnage de Louise, une linguiste surdouée qui est appelée par les autorités américaines pour tenter de communiquer avec des extra-terrestres qui viennent tout juste d’atterrir dans d’étranges vaisseaux dans 12 endroits bien distincts sur Terre. On ne voit pas l’arrivée des aliens à proprement parlé, le réalisateur préférant s’attarder sur les réactions des gens et surtout celle incrédule de Louise, une femme que la vie semble ne pas avoir épargnée. C’est lorsqu’elle se rend pour la première fois sur un des sites qu’on voit clairement à quoi a affaire l’humanité.

premier contact 2

En cela, ce film détone par rapport aux grosses productions en vogue du type Star Wars où l’action est au cœur de la SF et souvent au détriment de la profondeur du propos. Ici, malgré la gravité des faits entre présence alien imposante et réactions en chaîne dans le reste du monde (vues par des écrans que peut consulter l’héroïne à l’occasion), on se retrouve dans la bulle intimiste de la jeune femme entre éléments traumatiques personnels, prises de conscience et poursuite de ses recherches malgré une pression de plus en plus forte. Amy Adams explose l’écran par sa présence, son jeu d’actrice fin et son incarnation totale d’un personnage si fragile et si solide à la fois. Les autres acteurs ne sont pas en reste et crédibilisent Louise et le background installé avec finesse et rapidité par un réalisateur surdoué.

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Car ce film se veut réaliste par la façon de représenter la gestion de cette "crise". On imagine très bien que si demain le même postulat se présentait à la Terre, nous réagirions de la même manière entre puissances curieuses et avides de connaissances, celles qui ne réagiraient pas ou encore celles qui tenteraient d’éliminer cette présence malgré sa passivité. Tout est donc très bien rendu ici depuis la fac désertée par des étudiants fascinés par le phénomène à l’arrivée de Louise sur la base où elle va travailler et où toutes les mesures de sécurité sont respectées à la lettre et donnent à voir un protocole de mission tel qu’il pourrait être mis en place. Ce pendant pragmatique renforce lui aussi le personnage principal habité par sa foi absolue en la matière et la primauté du langage sur tout le reste.

Nous avions aimé Prisoners, j’ai personnellement adoré Enemy (Nelfe un peu moins), avec ce film  Denis Villeneuve nous a littéralement conquis et emporté loin. Pas de doute, ce réalisateur est un des plus doués de sa génération. Il est peut-être moins connu que d’autres comme Christopher Nolan par exemple mais ce film est une véritable prouesse scénaristique (à part un ultime retour de situation un peu short à mes yeux) et d’une beauté / inventivité de quasiment tous les instants. On ne compte plus les plans improbables et originaux qu’il donne à voir, l’alternance de pression et de relâche de la tension, ces longs silences qui saisissent le spectateur et lui donnent à penser, à réfléchir sur nombre de choses comme sa propre vie, le but d’une existence humaine et sur l’humanité en elle-même. Le véritable but des extra-terrestre une fois révélé apporte un début de solution ou du moins des pistes à suivre.

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On passe donc un excellent moment avec un réalisateur qui aime balader son public, lui propose un film magnifique en terme formel et l’incite à réfléchir, le tout sans jamais sacrifier au plaisir simple du cinéma : c’est à dire divertir et faire rêver. Un grand et beau moment à voir absolument au cinéma.

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lundi 19 décembre 2016

"Les Animaux fantastiques" de David Yates

les animaux fantastiques afficheL'histoire : Les aventures de Norbert Dragonneau, l’auteur du livre Les Animaux Fantastiques qu’étudiait Harry Potter.

New York, 1926. Le monde des sorciers est en grand danger. Une force mystérieuse sème le chaos dans les rues de la ville : la communauté des sorciers risque désormais d'être à la merci des Fidèles de Salem, groupuscule fanatique des Non-Maj’ (version américaine du "Moldu") déterminé à les anéantir. Quant au redoutable sorcier Gellert Grindelwald, après avoir fait des ravages en Europe, il a disparu... et demeure introuvable. Ignorant tout de ce conflit qui couve, Norbert Dragonneau débarque à New York au terme d'un périple à travers le monde : il a répertorié un bestiaire extraordinaire de créatures fantastiques dont certaines sont dissimulées dans les recoins magiques de sa sacoche en cuir – en apparence – banale. Mais quand Jacob Kowalski, Non-Maj’ qui ne se doute de rien, libère accidentellement quelques créatures dans les rues de la ville, la catastrophe est imminente. Il s'agit d'une violation manifeste du Code International du Secret Magique dont se saisit l'ancienne Auror Tina Goldstein pour récupérer son poste d'enquêtrice. Et la situation s'aggrave encore lorsque Percival Graves, énigmatique directeur de la Sécurité du MACUSA (Congrès Magique des États-Unis d'Amérique), se met à soupçonner Norbert… et Tina. Norbert, Tina et sa sœur Queenie, accompagnés de leur nouvel ami Non-Maj’ Jacob, unissent leurs forces pour retrouver les créatures disséminées dans la nature avant qu'il ne leur arrive malheur. Mais nos quatre héros involontaires, dorénavant considérés comme fugitifs, doivent surmonter des obstacles bien plus importants qu’ils n’ont jamais imaginé. Car ils s'apprêtent à affronter des forces des ténèbres qui risquent bien de déclencher une guerre entre les Non-Maj’ et le monde des sorciers.

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La critique Nelfesque : Pfiou quel résumé ! Désolée, je n'ai pas trouvé plus court ^^ pour autant cela donne un bon aperçu de ce qui nous attend dans ce nouveau film estampillé "J.K. Rowling". Une production originale basée sur son livre-somme "Bestiaire des animaux fantastiques" que tout bon sorcier a dans sa bibliothèque (Harry Potter en tête bien sûr !). Une nouvelle trilogie cinématographique a donc débuté sur nos cinéma français le 16 novembre dernier. Et c'est tout guillerets que nous avons emprunté le chemin de notre salle obscure préférée !

Tout d'abord, c'est vraiment une joie de retrouver l'univers fantastique de Rowling au cinéma. Même si ici l'histoire des "Animaux fantastique" est transposée aux États-Unis et que nous étions habitués à vivre les aventures Potteriennes en Angleterre, l'adaptation se fait sans problème et les équivalences US / UK sont vraiment bien trouvées et savoureuses. Les Moldus deviennent les Non-Maj', les consignes du ministère sont bien plus drastiques aux États-Unis... Cela permet de rendre universel son univers (même si nous avions déjà pu rencontrer des élèves sorciers de différents horizons et différentes nationalités dans "La Coupe de feu"). Le spectateur se retrouve projeté dans un univers crédible et il n'y a plus qu'à savourer l'histoire qui nous est proposée et découvrir en tête ces fameux Animaux fantastiques !

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Visuellement superbe, le film évolue dans une ambiance qui lui est propre, faite de moments merveilleux et de passages sombres. Une menace plane sur le monde des sorciers et ces derniers sont sur le point d'être découverts par les Non-Maj'. Des événements inexpliqués se multiplient au centre de New-York, les "Fidèles de Salem", groupuscule fanatique, tente de semer la discorde et les forces des ténèbres grondent, s'apprêtant à déclencher une guerre. C'est ce moment que choisit Norbert Dragonneau pour débarquer aux États-Unis avec ses animaux fantastiques dans sa valise. Avec lui, le spectateur apprend à connaître le niffleur, l'éruptif, le focifère, le botruc, le démonzémerveille...  Tout un monde animalier s'ouvre à nous et l'univers "parallèle" contenu dans son bagage à main est on ne peut plus merveilleux. Les animaux sont incroyables, leurs caractéristiques sont fouillées, leurs apparences étonnantes et on se surprend à y croire vraiment tellement tout cela est bien fait.

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Le personnage de Norbert Dragonneau, joué par Eddie Redmayne et très différent des américains présents dans ce long métrage, lui confère une place à part, en plus d'être celle du gardien du bestiaire. Passionné par son métier, investit d'une mission (la sauvegarde d'animaux fantastiques parfois en voie d'extinction), il est d'un naturel effacé. Parfois gauche et "habité" par sa passion, il est très anglais et apporte de la douceur et une touche d'espoir dans un long métrage où la menace est omniprésente. Quant aux autres acteurs du film, tous sont justes et correspondent parfaitement à leurs personnages. J'en retiendrai volontiers cependant deux autres en particulier, Colin Farrell en Percival, ténébreux et énigmatique et Dan Fogler en Jacob, moldu tel un enfant dans un magasin de bonbons qui apporte de la fraîcheur au film.

On ne voit pas passer les plus de 2h de film que compte ce long métrage, tant on est happé par l'histoire et l'univers qui nous sont ici proposés. C'est rudement bien fait, ça fait réfléchir tout en divertissant le spectateur, ça met du baume au coeur et ça donne envie de voir la suite. "Les Animaux fantastique" a tout bon ! Courrez-y !

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La critique de Mr K : 6/6. Une bonne surprise pour un spectacle vraiment magique et réussi de bout en bout. Je n’ai personnellement pas vu passer les 2h15 du film, pris dans un tourbillon d’émotions, des personnages charismatiques et un scénario qui tient largement la route, annonçant d’ailleurs le début d’une nouvelle franchise vraiment séduisante.

Quel plaisir de suivre Norbert Dragonneau, sorcier décalé, viré de Poudlard pendant sa formation, qui écrit un futur ouvrage de référence sur les animaux magiques. Eddie Redmayne est tout bonnement parfait dans ce rôle d’homme au passé douloureux, possédé par sa passion et à la posture marginale par rapport au monde magique et celui des hommes. Doté d’une forte présence, le personnage n’est pas dénué de nuances et annonce de beaux développements pour la suite. J’ai aimé le duo atypique qu’il forme avec Jacob, un Moldu qui va se retrouver plongé dans un monde insoupçonné et nous fait redécouvrir à travers ses yeux de grand enfant le monde des magiciens. Le procédé est certes classique mais très bien mené ici et ce personnage humain est lui aussi très réussi, faire-valoir de luxe et touchant au possible notamment avec le flirt qui se met en place avec une habitante du monde magique. De manière générale, tous les personnages secondaires sont bien plantés, utiles malgré le regret de voir passer au second plan le personnage de la directrice de la ligue anti-sorcière que j’ai trouvé traité un peu légèrement. Et puis, il y a Colin Farrell ! J’adore cet acteur !

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En terme de spectacle, le film est magnifique. Beaucoup d’effets spéciaux mais très réussis, bien placés et sans overdose. La reconstitution du New-York des années 20 est criant de réalisme des bâtiments, aux costumes en passant par les mœurs. Le réalisateur réussi à américaniser son film tout en gardant l’esprit de J.K Rowlings. C’est assez bluffant et j’ai adhéré. On n’en sacrifie pas pour autant les personnages et mêmes les fameuses créatures fantastiques ont été soignées en terme de psychologie, elles ne sont pas là simplement pour ravir les petits et les grands (vous m’auriez vu avec mon sourire béat dans la salle !) mais font partie des ressorts dramatiques de l’histoire principale. Leur existence elle-même est en danger et croyez-moi, quand vous les aurez vues, vous prendrez fait et cause pour elles ! Comment résister au Niffleur, ornithorynque complètement branque qui ne peut s’empêcher de voler tout ce qui brille ! Il obtient à mes yeux la palme du monstre le plus délirant du film qui en compte pourtant beaucoup !

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J’entends déjà les âmes chagrines me dire que c’est une grosse cylindrée commerciale et sans âme. Et ben non ! Facile de critiquer sans l’avoir vu, oui il y a du fric derrière tout cela mais franchement le contrat est rempli haut la main en terme de spectacle (images, rythme, musique, jeu des acteurs) et en plus, le sous-texte est loin d’être stupide. En filigrane, le film traite de l’intolérance naturelle de l’esprit humain envers ce qui est différent. Derrière cette chasse aux sorcières, on retrouve les mécanismes de la peur qui mène au racisme et à la haine au détriment de la raison et de l’empathie. Dis comme cela, ça peut paraître pédant mais l’emballage mirifique du film cache une belle œuvre humaniste qui devrait faire son chemin dans l’esprit des plus jeunes à défaut de toucher réellement les irrécupérables. Seul bémol à mes yeux, la révélation finale que j’avais vu venir dès le premier tiers et l’apparition d’un acteur qui décidément devrait arrêter de toujours tenir le même genre de rôle (et dieu que je l’adore à la base !).

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Bon j’arrête là, si vous êtes fans d’Harry Potter comme moi et même d’ailleurs si vous ne l’êtes pas (j’ai préféré ce film à la série de films consacrés au jeune sorcier, les bouquins sont bien meilleurs), courrez voir ce film pour retrouver une âme d’enfant, passer un bon moment avec votre moitié et / ou votre descendance. C’est drôlement bien fait, malin et épatant techniquement.

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mardi 1 novembre 2016

"Miss Peregrine et les enfants particuliers" de Tim Burton

miss peregrine afficheL'histoire : À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs... et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre "particularité" peut sauver ses nouveaux amis.

La critique Nelfesque : J'ai terminé ma lecture du premier tome de la saga Miss Peregrine de Ransom Riggs quelques jours avant la sortie de l'adaptation de Tim Burton. J'avais clairement entamé ce roman dans l'optique d'aller voir le film au cinéma. C'est donc tout naturellement que nous nous sommes dirigés très vite vers notre salle obscure habituelle pour découvrir la nouvelle production Burton !

Je ne vous ferai pas ici la liste des différences qui existent entre l'oeuvre originelle et l'adaptation cinématographique. Tout d'abord parce que c'est rébarbatif et sans intérêt et parce que le film s'écarte beaucoup trop du matériau livresque pour tenir un pointage exhaustif. Sachez seulement que certains pouvoirs d'enfants sont intervertis et que la fin a été totalement revue. Toutefois, l'âme de l'oeuvre de Ransom Riggs a été conservée, l'ensemble est tout à fait crédible et Burton respecte l'univers de la saga. De ce côté là, pour moi c'est une vrai réussite. Une adaptation tout à fait correcte et qui propose des choses ! C'est couillu et ça me plaît. Si vous voulez donc lire le roman après avoir vu le film, c'est tout à fait envisageable et le plaisir ne sera pas entaché.

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Venons-en maintenant au film. On retrouve ici tout ce qui fait l'univers de Burton. C'est sombre, c'est beau visuellement et ce n'est pas un film de commande gratuit comme pourraient l'être ses derniers films qui ont un peu entaché mon amour du réalisateur. Une réconciliation tout à fait bienvenue ! On suit ici le jeune Jacob partant à la découverte du passé de son grand-père récemment disparu dans une folle aventure fantastique dans un monde parallèle où tout repère est chamboulé. Dans le monde de Miss Peregrine, les enfants ont des pouvoirs particuliers et pour le moins farfelus. L'un est invisible, l'autre peut faire pousser les végétaux à loisir, l'un encore projette ses rêves sur grand écran ou abrite des abeilles en son sein. Les personnages sont attachants, énigmatiques et originaux et cette petite bande courageuse et solidaire donne envie aux spectateurs d'aller faire un tour dans leur monde.

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Les acteurs sont bons et bien dirigés. Eva Green est fantastique dans tous les sens du terme et ses mimiques aviaires maîtrisées et savoureuses. Y a pas à dire, cette nana est une grande actrice ! Les enfants sont justes en n'en font ni trop ni trop peu. Le contexte historiques et la justification de l'orphelinat dans lequel les enfants sont contraints de séjourner sont vraiment bien vus et trouvent auprès des spectateurs les plus âgés un écho particulier. C'est aussi une façon ludique de présenter le contexte de la seconde guerre mondiale aux plus jeunes sans que cela soit trop pesant ou traumatisant. Un premier contact intelligent et bien mené.

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Je laisse la parole à Mr K, vierge de toute référence livresque vous en parler plus en détail mais de mon côté j'ai passé un très agréable moment en compagnie de Miss Peregrine et de ses protégés et je suis heureuse de retrouver un Burton en grande forme. Univers, décors, costumes, ambiance : tout est réuni ici pour plonger le spectateur dans une histoire envoûtante. Sur grand écran, on en prend plein la vue et les adultes que nous sommes retrouvent leur âme d'enfant avec émotion. Un chouette divertissement et un film que je reverrai avec plaisir.

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La critique de Mr K: 5/6. Comme annoncé sur IG, le dernier Tim Burton vaut le coup. Même si on n'atteint pas les sommets d'un Edward aux mains d'argent, d'un Beetlejuice ou encore d'un Frankeenweenie (tous des scénarios originaux soit dit en passant), le réalisateur semble revenir dans le droit chemin après quelques déceptions pour ma part dont son adaptation chatoyante mais creuse d'Alice au pays des merveilles. Je tiens à préciser avant d'aller plus loin que je n'ai pas lu le livre dont est tiré le film (au contraire de Nelfe) mais que je pense m'y diriger tout droit tant l'univers abordé est attrayant et à priori plus dense que dans le métrage.

L'histoire tout d'abord est séduisante. Bon, je vous l'accorde rien de vraiment original avec ce jeune garçon un peu paumé qui va se découvrir un destin et des amis. Mais comment ne pas tomber sous le charme de son mystérieux grand-père campé par un Terence Stamp magnétique. Et puis, le jeune premier joue à la perfection et je pense qu'il a une belle carrière devant lui. La première partie du film s'attache donc à tisser ce personnage avec ses soucis de relations avec son entourage et ses premiers émois d'ados. On retrouve le goût de Burton pour les anti-héros un peu gauches et rejetés même si ici le trait reste léger.

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Le film bascule ensuite dans un pur univers fantastique avec son lot de personnages charismatiques. Je passe vite sur Eva Green qui me subjugue à chaque apparition (Sin City : j'ai tué pour elle ou encore la superbe série Penny Dreadful) et qui campe une directrice habitée par sa mission. J'ai surtout aimé les gamins particuliers qui sont tous très attachants à leur manière. La grande histoire croise la petite en filigrane (seconde guerre mondiale, exil et enfants à cacher) et donne une densité forte à ces êtres différents obligés de revivre indéfiniment la même journée pour rester en vie. Les bad guys sont eux aussi réussis avec un Samuel L. Jackson cabotin mais efficace, à l'humour noir bien senti qui est un pendant séduisant à la mièvrerie et l'innocence inhérente à l'enfance.

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Le mix des deux donne un film bien burtonien avec des phases d'émerveillement et des plongées parfois cauchemardesques. Étonnant en effet de voir dans ce type de grosses productions des créatures semblant sortir tout droit de la licence vidéoludique Resident Evil (Les écorcheurs et les Sépulcreux : même look facial !). Chacune de leur apparition est assez dantesque et donne de pures scènes d'action mâtinée d'horreur. J'ai aussi aimé cette plongée dans les années 40 dans cette portion du Pays de Galles un brin fantasmée, un brin réaliste. On a l'impression de parcourir un livre d'images à l'ancienne avec le sentiment de ne jamais trop savoir à quoi s'attendre en terme d'illustration et de technique filmique. Rien à redire à ce niveau, Burton est un très beau faiseur et il revient à moins d'effets spéciaux pour plus d'émotions. Le pari est largement gagné.

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Je ne lui mets pour autant pas la note maximum car j'ai trouvé la fin trop convenue et la saveur guimauve malvenue suite au défilé de péripéties précédentes. On verse dans le spectacle familial consensuel de mauvais aloi à mon avis avec notamment une scène finale sur les docks assez horripilantes (sauf le caméo rigolo de Burton sur le manège). Et puis de manière générale, on est rarement surpris par le scénario durant tout le film...

On passe cependant un sacré bon moment. Le film est un ravissement pour les mirettes et les vasouilles, le divertissements est au RDV et le réalisateur enfin de retour ! À voir absolument au cinéma pour profiter au maximum du spectacle !

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mercredi 5 octobre 2016

"Free state of Jones" de Gary Ross

Free state of jonesL'histoire : En pleine guerre de Sécession, Newton Knight, courageux fermier du Mississippi, prend la tête d’un groupe de modestes paysans blancs et d'esclaves en fuite pour se battre contre les États confédérés. Formant un régiment de rebelles indomptables, Knight et ses hommes ont l'avantage stratégique de connaître le terrain, même si leurs ennemis sont bien plus nombreux et beaucoup mieux armés... Résolument engagé contre l'injustice et l'exploitation humaine, l'intrépide fermier fonde le premier État d'hommes libres où Noirs et Blancs sont à égalité.

La critique Nelfesque : Ah Matthew... Matthew... Voir son nom au casting d'un film n'est peut-être pas pour vous une raison suffisante pour aller voir un long métrage en salle mais pour ma part, on n'en est pas loin. Matthew McConaughey est un acteur que j'aime beaucoup. Non, je ne suis pas une midinette, je ne le trouve pas spécialement beau et si j'avais l'âge je ne mettrais pas non plus de posters de lui dans ma chambre mais c'est un des acteurs actuels dont le jeu me procure le plus d'émotions. A chacune de ses apparitions dans un film ("Mud" par exemple) ou une série (regardez la première saison de "True Detective" !), il insuffle une dimension dramatique et une telle intensité de jeu me scotche littéralement à mon écran.

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Voilà, ça c'est dit ! Mais qu'en est-il de "Free state of Jones" Matthew mis à part ? Nous sommes ici dans l'Amérique du milieu du XIXème siècle, en plein Mississippi. Époque charnière qui préfigure l'abolition de l'esclavage, nous suivons ici les habitants de la ville de Jones et plus particulièrement Newton Knight qui en plein champs de bataille va déserter et rentrer dans sa ville natale où il va résister aux troupes des confédérés.

"Free state of Jones" est basé sur une histoire vraie, celle d'un homme qui a refusé de se battre pour protéger des propriétaires d'esclaves, un homme qui ne faisait pas de distinction entre un noir et un blanc, un homme qui a pris sous son aile des veuves et des orphelins évitant les pillages de leurs récoltes. Je ne connaissais pas cette histoire avant d'aller voir ce film mais je dois dire que ce dernier m'a fortement donné envie de me pencher sur cette période de l'Histoire des États-Unis et sur des récits ou romans se déroulant à cette époque (d'ailleurs si vous avez des références, n'hésitez pas à me donner quelques conseils en commentaire).

Le traitement du réalisateur, Gary Ross, est superbe et plonge le spectateur dans l'Amérique des années 1860. Les paysages sont magnifiques, les marais dans lesquels se réfugient Knight et ses camarades, sont sublimés et l'ensemble plonge le spectateur dans une ambiance à la fois oppressante, protectrice et pleine d'espoir. Dans leur cocon humide, ils vont mettre en place une riposte et vont faire de Jones, une ville où esclaves et hommes libres cohabitent en ayant les mêmes droits.

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Mais tout cela ne va pas sans son lot de drames... On s'attache aux personnages et certains vont mourir, il y a des injustices, des trahisons, les horreurs de l'Histoire mais toujours en trame de fond la liberté, la dignité et l'espoir. "Free state of Jones" nous fait passer par toutes les émotions. De la joie d'une naissance à la tristesse d'un deuil, de l'optimisme de jours meilleurs à la résignation face aux obstacles...

Qu'il est long le trajet vers la tolérance et l'égalité. L'histoire qui nous est contée dans ce film n'en est qu'une toute petite partie mais elle nous permet de mesurer le chemin parcouru et celui qui est encore à faire. Une belle leçon d'humilité, sans grande surprise et convenue, mais un focus nécessaire sur l'Histoire dans un bel écrin.

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La critique de Mr K : 5/6. Une sacrée bonne surprise pour ce film tiré d'une histoire vraie davantage connue outre-atlantique que par chez nous. Un homme va s'engager pour libérer son comté (le Jones du nom) du joug des puissants qui l'exploitent et tenter de faire changer les mentalités notamment vis-à-vis des noirs. Dans une Amérique plongée dans la guerre de Sécession entre le Nord Yankee et le sud esclavagiste, vous imaginez que ce n'est pas si facile !

Une fois de plus, les productions US (et ici chinoises) s'appliquent à retranscrire une fresque historique avec une foule de détails et une cohérence d'ensemble réussie. On vit littéralement l'histoire à travers de superbes reconstitutions de batailles, de belles oppositions entre antagonistes exacerbés (riches propriétaires terriens et fermiers puis les esclaves) et des décors à couper le souffle. Mention spéciale aux marais où se réfugie le héros dans un premier temps et où il va monter sa troupe de mutins avant de passer à l'action. C'est naturaliste par moment et au détour de certaines scènes, on apprécie de se voir décrire une époque et des coutumes bien particulières.

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Matthew McConaughey est omniprésente et il se révèle une fois de plus impressionnant en leader charismatique. On n'oubliera pas de si tôt sa composition pleine de passion, son regard pénétrant et son aspect hirsute. On sent bien que cette figure héroïque déviante (loi du talion oblige) va aller jusqu'au bout de son combat qui semble perdu d'avance. L'acteur est littéralement rayonnant et même s'il accuse plusieurs fois le coup (j'ai eu les yeux humides plus d'une fois), ce personnage ayant vraiment existé méritait d'être revisité par le cinéma. Autour de lui gravite toute une galerie de personnages forts comme ses nouveaux amis afro-américains qu'il essaie de sortir comme il peut de leur condition en accompagnant l'Histoire en marche et qu'il va réhumaniser par sa compassion et le partage (magnifiques scènes sur l'importance de la lecture et de l'instruction notamment). La dénonciation de l 'esclavage est claire et sans appel, elle m'a même davantage touché que dans 12 years a slave qui pourtant était déjà très bon.

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Au rayon des défauts, on peut évidemment arguer du fait que l'ensemble est plutôt convenu en terme de mise en scène et que les éléments de surprises sont quasiment absents. Que le film est un bel enrobage à l'américaine... Et pourtant quelques saillies scénaristiques s'écartent clairement du manichéisme primaire que l'on retrouve trop souvent dans ce genre de productions. Ainsi, une fois la guerre de Sécession terminée, on se rend vite compte que les libérateurs du Nord s'arrangent avec les anciens esclavagistes et que la situation perdurera encore longtemps, que le mariage entre un blanc et une noire restera impossible dans certains états pendant des décennies... Bien maligne l'idée d'ailleurs de croiser le récit principal avec celui d'un des descendants de Newton Knight confronté à la justice inique d'un état du sud. Non, nous sommes vraiment loin du consensus à tout crin, nous sommes face à une œuvre certes académique et parfois très pédagogique mais on est aussi face à un film bouillonnant de rage et de révolte. Mission réussie pour cela !

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On passe donc un excellent moment avec Free state of Jones entre intimisme nuancé et introspections régulières de chacun, scènes d'action sauvages et efficaces, et un message de fraternité et d'entraide qui fait du bien par les temps que nous traversons. Courrez-y, il perdra de sa saveur et de sa beauté sur petit écran.

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mercredi 21 septembre 2016

"Un Petit boulot" de Pascal Chaumeil

Un petit boulot afficheL'histoire : Jacques habite une petite ville dont tous les habitants ont été mis sur la paille suite à un licenciement boursier. L'usine a fermé, sa copine est partie et les dettes s’accumulent. Alors quand le bookmaker mafieux du coin, lui propose de tuer sa femme, Jacques accepte volontiers...

La critique Nelfesque : Voilà un film que j'ai eu envie de découvrir suite au visionnage de sa bande annonce. J'aime beaucoup Romain Duris (encore plus maintenant qu'il a pris de l'âge) et j'ai une grosse tendresse pour Michel Blanc. De bons arguments de départ pour aller voir "Un Petit boulot" au cinéma non ?

Cela fait un moment que je ne m'étais pas déplacée en salle. Ces derniers temps, mis à part un film cet été, peu de longs métrages ont trouvé grâce à mes yeux ou m'ont donné envie d'aller au cinéma. Et pourtant je suis cinéphile... Avec "Un Petit boulot", film sans prétention et loin des blockbusters, au ton léger et au sujet sensible, j'ai retrouvé le plaisir de ressortir d'une salle obscure avec le sentiment d'avoir vu un film atypique. On est loin des énièmes sorties de comédies françaises qui utilisent toujours les mêmes ficelles comiques et ne me font plus rire depuis longtemps. Ici, la subtilité, l'humour, le second degré et le cynisme sont au rendez-vous. Servis avec des dialogues qui font mouche et une brochette d'acteurs doués, c'est un peu plus d'1h30 de sourires aux lèvres et d'éclats de rire qui nous attendent.

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Suite à un plan social et à la fermeture de son usine, Jacques (Romain Duris) se retrouve au chômage. Alors que certains de ses anciens collègues et amis ont retrouvé une activité (légale ou non), Jacques reste sur le carreau et voit son couple se briser. Des conditions de vie difficiles que de plus en plus de français connaissent aujourd'hui. Joueur, il fait quelques parties de poker dans le cercle de jeux clandestin de Gardot (Michel Blanc) et lui doit de l'argent. Pour le sortir des ennuis, ce dernier lui propose de tuer sa femme. Un moyen pour lui de joindre l'utile à l'agréable en se débarrassant de sa moitié qui vient de le tromper tout en épongeant les dettes de Jacques. Intègre, Jacques a du mal avec cette idée mais peu à peu se laisse séduire par cette proposition. Commence alors une série d'actions et d'événements tous plus WTF les uns que les autres !

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L'humour est omniprésent dans ce film. Michel Blanc, qui est à l'adaptation du roman de Iain Levison (qu'il faut que je lise !), au scénario et aux dialogues, réussit à détourner des sujets graves (précarité, chômage, désespoir...) et s'en servir pour amener le spectateurs à rire de situations ubuesques. "Un Petit boulot" donne à réfléchir sur notre époque, sur les choix manageriaux de certaines sociétés, le sens de la vie, la notion de bonheur. Comment un honnête homme, avec des principes de vie, peut-il en arriver à tuer pour de l'argent ? Jusqu'où peut aller l'humiliation sociale sur un père de famille avant qu'il ne choisisse d'en finir avec la vie ? Tous les acteurs, premiers et seconds rôles, sont impressionnants de crédibilité et de naturel ici : Romain Duris en tueur amateur, Michel Blanc en mafieux de seconde zone, Kervern en mari dépassé et Alex Lutz en petit cadre odieux et tête à claque...

"Un Petit boulot" est un petit film qui fait du bien. Donnant à réfléchir tout en divertissant, il ne prend pas le spectateur pour un idiot et, même si il ne surprend pas dans son déroulement, souffle un vent de fraîcheur sur la comédie française et les films grand public. Une vraie réussite !

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La critique de Mr K : 4/6, une bonne comédie noire qui a le mérite de fonctionner à plein régime et qui remplit pleinement sa mission de divertir. Tout est réuni pour la réussite entre scénario bien huilé, acteurs talentueux et répliques efficaces.

Un ouvrier au chômage se voit proposer par le caïd local un petit boulot d'un genre particulier : tuer sa femme, une ex stripteaseuse qui s'envoie régulièrement en l'air avec un pilote de ligne (sic). Difficile de dire non quand on n'arrive plus à joindre les deux bouts (les dettes s'accumulent) et que la vie ne nous sourit plus depuis longtemps (la copine s'est barrée). Jacques va enfiler les habits de tueur à gage et le pire c'est que ce n'est pas pour lui déplaire !

Un petit boulot 2

Derrière ce scénario prétexte qui ne garantit pas beaucoup de surprises (c'est le seul gros point noir du métrage), on retrouve des thématiques plus sérieuses en sous-texte : la précarité sociale, le mépris des puissants envers les petits (le passage avec Alex Lutz est génial), la nécessité de s'entraider. Pas de pathos ici, mais des références à dose homéopathique qui permettent de brosser un portrait au vitriol d'une société française bien malade. La comédie est le terrain idéal pour faire passer quelques messages et ce film n'en fait pas l'économie. Un très bon point.

Et puis, il y a l'aspect comédie pure qui marche parfaitement avec un Michel Blanc au top de sa forme, sa composition de parrain de troisième zone flirte avec la perfection, ça en devient presque naturel. Il est magnifique, chaque phrase qu'il prononce claque littéralement et c'est pour ma part mon personnage préféré entre humour à froid et chaleur humaine envers Jacques. Romain Duris n'est pas en reste et c'est une surprise pour moi qui ne goûte guère à cet acteur depuis quelques années, le trouvant souvent répétitif dans ses choix de rôle et enfermé dans un certain jeu d'acteur. Il est ici une fois de plus barré mais ajoute une dimension sensible non dénuée de nuances qui m'a touché. Bon ça reste tout de même de la grosse rigolade les 3/4 du film mais il est vraiment bon dans celui-ci. Mention spécial au grolandais Gustave Kervern (mon beau !) toujours aussi juste dans son jeu et que je découvrais, surpris, dans ce film (je n'avais pas vu le casting avant d'entrer dans la salle de cinoche).

Un petit boulot

On passe donc un excellent moment avec quelques passages vraiment bien délirants où l'humour noir se dispute aux situations cocasses voir totalement délirantes. Certainement pas le film du siècle mais une belle réussite que vous pouvez aller voir en toute circonstance car il fait mouche à tous les coups entre thriller, fable sociale et cynisme assumé.

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dimanche 4 septembre 2016

"Star trek : sans limites" de Justin Lin

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L'histoire : Une aventure toujours plus épique de l’USS Enterprise et de son audacieux équipage. L’équipe explore les confins inexplorés de l'espace, faisant face chacun, comme la Fédération toute entière, à une nouvelle menace.

La critique de Mr K : 4/6. C'est avec l'ami Yann que je suis allé la semaine dernière voir le dernier opus de la licence à succès Star Trek. Nelfe ne goûtant guère au space opera, elle n'est pas venue avec nous et ne chroniquera pas ce film. Pour ma part, j'ai passé un bon moment devant un film certes pas très original mais qui ne se prend pas trop au sérieux ce qui fait toute la différence avec les grosses machineries habituelles du style Independance day (que je n'ai pas vu et que je ne verrai pas d'ailleurs).

On retrouve donc l'équipage de l'Entreprise dans son exploration de l'espace. Après plus de quatre ans de vol ininterrompu, les voilà qui se posent sur une station spatiale de Starfleet du tout dernier cri. Mais ils n'ont pas le temps de se reposer qu'ils sont appelés à aller secourir un vaisseau perdu dans une mystérieuse constellation suite à la captation d'un signal de détresse. Très vite, ils se font attaquer par de mystérieux engins spatiaux et ils se retrouvent séparés les uns des autres sur une planète inhospitalière...

Je vous l'accorde le scénario est léger et ultra-classique. Ce n'est pas du Kubrick, du Tarkowski ou du Nolan, clairement Simon Pegg (acteur dans le film et surtout Shaun de l'énormissime Shaun of the dead) s'inspire de ce qu'il a pu aimer en SF pour écrire le troisième opus des nouvelles aventures de l'Entreprise. Malgré tout, on se prend au jeu grâce notamment aux personnages qui se renvoient la balle de manière jouissive. L'humour est omniprésent, dédramatise les péripéties et donne un bon bol d'air frais dans les productions SF qui ont tendance souvent à jouer la carte de la froideur et à militariser à outrance. Il détend largement l'atmosphère dans une salle conquise par le spectacle servi.

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Et quel spectacle ! Un déluge d'effets spéciaux vraiment bluffants (c'est de moins en moins surprenant, mais ça fait toujours son petit effet), des créatures diverses et variées, des paysages vraiment splendides et des technologies futuristes (notamment les vaisseaux spatiaux) que l'on explore et ré-explore à l'envie. Les amateurs adoreront notamment les séances de course-poursuite nombreuses et inventives en terme de mise en scène. On est vraiment plongé dans l'action (et dieu sait qu'il y en a dans le métrage) et on se prend à s'accrocher à son siège par moment. Musique efficace quoique commune sauf au moment clef de l'intrigue avec le super morceau Sabotage des Beastie Boy qui a fait se dresser les poils du dos du fan que je suis. Un pur moment de bonheur !

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On n'échappe pas par contre aux passages niaiseux obligés de ce genre de production avec des dialogues WTF par moment, le déroulé de bons sentiments à l'américaine (malgré une production en grande partie chinoise) mais le tout est bien emballé et le message humaniste général passe admirablement notamment l'acceptation des différences et le vivre ensemble que prône Starfleet. Pas de cynisme du tout, mais une naïveté générale touchante qui fait oublier le temps de deux heures notre monde de brutes qui part à vau-l'eau. Petit caméo au passage aussi pour Léonard Nimoy disparu l'année dernière et le jeune acteur d'origine russe présent au générique malgré sa tragique disparition au début de l'été. Les acteurs servent la soupe à la perfection avec une préférence marquée pour ma part pour Pegg, Urban et Pinto dont les personnages sont drôles et charismatiques.

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Star trek sans limites est un bon film de SF au final. Il n'invente rien mais recycle parfaitement les attentes du spectateur et offre un spectacle virevoltant, touchant et vraiment magnifique. Idéal pour se détendre et rêver quelque peu. C'est déjà beaucoup, non ?

Posté par Mr K à 20:01 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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