dimanche 10 novembre 2019

"Joker" de Todd Phillips

Joker affiche

L'histoire : Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Il brosse le portrait d’Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société.

La critique Nelfesque : J'avais très envie de voir Joker. Pourquoi ? Alors que je n'aime pas les super héros et que Batman m'indiffère passablement... Pour Joaquin Phoenix ? Pas faux, il est vrai que certaines de ses prestations, notamment dans l'excellent Her, m'avaient bluffée. Pour la Mostra de Venise ? Non, puisque j'avais prévu de le voir avant que l'acteur décroche le Lion d'or. J'ai eu fortement envie de voir Joker, tout simplement en voyant la bande annonce qui m'a scotchée à mon siège lorsqu'elle est sortie. Mr K n'était pas trop chaud pour aller le voir au départ et petit à petit j'ai réussi à le convaincre. Comme j'ai bien fait !

On suit le quotidien d'Arthur Fleck, un gars lambda avec des problèmes d'argent qui vit avec sa mère handicapée. Il s'occupe d'elle, la chérit et vit de petites missions de clown auprès d'enfants à l'hôpital et en tant qu'homme sandwich dans les rues de Gotham City. Lui-même présente un handicap, il rit nerveusement dans certaines situations, et on ne peut pas dire qu'il soit respecté par les gens qui l'entourent. De ses collègues de travail à son patron, en passant par les gens qu'il croise, il n'inspire que moqueries et méfiance. Car oui, Arthur Fleck est étrange et incompris.

Joker 1

Sous traitement médicamenteux, qu'il se procure auprès de son assistante sociale dans un centre d'aide social, il est sans cesse sur un fil et peut à tout moment tomber. Cette tension est extrêmement bien rendue dans le film et nous tient à la gorge du début à la fin. Un faux pas et il tombe. Un licenciement, un passage à tabac, un mépris de plus et il bascule.

Dans un contexte social lui aussi à deux doigts de sombrer, le terreau est propice ici à un pétage de plombs en règle. Arthur veut aller de l'avant, a des rêves plein la tête, tente des choses, s'efforce de sourire en toutes circonstances comme sa mère lui a enseigné, mais arrive un moment où tout est trop dur et seul face à son mal, il va basculer et franchir la frontière qu'il tentait jusque là de garder à distance.

Joker 5

Joker est à mes yeux beaucoup plus un film social qu'un long métrage en lien avec les super-héros. Vous n'avez pas vu Batman ? Vous vous fichez de tout ça et ce type d'univers ne vous parle pas ? Ici, on en est bien loin. On suit juste un homme qui arrive en bout de course et va complètement craquer face à une enfance traumatisante, une vie personnelle frustrante et un quotidien fait d'épreuves. Quand tout dans l'existence d'un homme semble lui mettre des bâtons dans les roues, quand le contexte économique et social est au diapason et que la gouvernance ne semble pas écouter le peuple, on en arrive à des situations extrêmes qui soulèvent les foules. Cela ne vous rappelle rien ?

Avec un film viscéralement prenant, qui tire la larme plus d'une fois, Todd Phillips surprend en proposant un long métrage diaboliquement actuel qui parle d'une époque, d'une génération, de la désespérance et du mal de vivre. L'acteur principal, par sa tension permanente et sa sensibilité à fleur de peau, porte le film qui ne serait pas celui qu'il est sans lui. Magnifique !

Joker 3

La critique de Mr K : 5/6 : un sacré bon film qui ne passe pas loin de la case chef d’œuvre. Un acteur en état de grâce, un discours politique qui me parle, un ascenseur émotionnel d’une grande intensité font de ce film un métrage dont on se souvient longtemps après le visionnage même si pour ma part je trouve que la réalisation n’est pas exempte de défauts et empêche à mes yeux le film de côtoyer des œuvres cultes.

Joaquin Phoenix est tout bonnement fabuleux dans le rôle de ce grand benêt atteint de troubles psychotiques. Arthur Fleck vit seul avec sa vieille mère dont il s‘occupe avec fidélité. Clown de métier, il fait de la publicité dans la rue en soulevant une pancarte. Étrange et différent, il inquiète ses collègues car il est souvent pris de fous rires incontrôlables et tient des propos parfois décousus. Sous perfusion chimique, rendant visite à son travailleur social toutes les semaines, il ne se voit pas exister et patauge dans la galère. Son rêve ? Devenir humoriste. Le problème comme le dit sa mère, c’est qu’il n’est pas drôle et manque de confiance en lui.

Joker 7

La routine n’est donc pas rose et les événements vont se précipiter à la suite d’un enchaînement de coups du sort qui vont faire basculer Arthur du côté obscur. Face à l’incurie des hommes, une société qui aliène les personnes les plus fragiles tout en les contrôlant via les médias, un homme pète les plombs et le Joker est cet homme ci. Mais que son chemin de croix est long et douloureux avant la libération anarchique qui va le mettre sur orbite !

Joaquin Phoenix porte tout le film sur ses épaules. Sa prestation est magistrale et nul doute que l’Oscar ne lui échappera pas. Littéralement possédé par son rôle, il joue à merveille et rend crédible un personnage tourmenté pour qui l’empathie fonctionne à plein. J’ai rarement vu quelqu’un jouer les psychopathes ou l’aliéné avec autant de brio. Dès les dix premières minutes, il me tirait déjà les larmes des yeux et je peux vous dire que ce n’était pas les dernières ! Il faut dire que le scénariste n’y va pas de main morte avec lui entre agressions, moqueries, complexes et une ambiance apocalyptique dans une Gotham City révoltée et au bord de l’implosion. Et si l’étincelle qui faisait tout sauter, c’était lui ?

Joker 2

Il y a du Fight club et du V pour Vendetta dans ce film. La critique est acerbe et pointe du doigt l’impunité des puissants, la manipulation et l’exploitation des plus faibles. La société est malade, sous perfusion et l’explosion n’est plus loin. On est bien loin des films de super héros qui ne m’ont jamais séduit à cause de leur manichéisme exacerbé et l’absence de toute originalité. Ici, le mal se tapit partout, le récit sert un message politique fort avec comme aboutissement une superbe scène finale qui met le monde actuel face à ses contradictions : une démocratie qui n’en est plus vraiment une et la folie en guise de raison. Je peux vous dire que les frissons vous gagnent lors du visionnage et que l’on ne peut s’empêcher de penser à l’autoritarisme larvé de notre gouvernement, la culpabilisation et la paupérisation des plus fragiles, l’arrogance des riches et au final une société fracturée où l’on ne sait plus vivre ensemble. C’est la grosse surprise du film, une grande major se permet de tenir un discours aussi revendicatif, ça faisait un bail qu’on n’avait pas vu ça. Bien sûr la teneur est moindre que les deux œuvres suscitées mais franchement j’adhère à 100%.

Joker 6

Comme dit plus haut, Joker n’est cependant pas parfait. j’ai lu ici ou là que le métrage avait des accents scorcesien. Je trouve cela exagéré avec notamment un manque d’originalité de certains effets, de certaines scènes. Sans inventivité, des scènes manquant parfois de panaches sont contrebalancées par de purs moments de bravoure... C’est aussi ça Joker, un film étrange qui met mal à la l’aise et sort des sentiers battus. Je m’attendais vraiment à moins bien moi qui ne suis pas du tout fan du réalisateur (notamment depuis le très calamiteux Very bad trip 2). À part ce défaut, tout le reste vaut le détour avec notamment une musique qui accompagne magnifiquement la mue du personnage principal. Un film à ne pas louper donc, à voir au cinéma pour bénéficier d’émotions multipliées par dix et voir un spectacle total et révolutionnaire à sa manière.

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samedi 26 octobre 2019

"Downton Abbey" de Michael Engler

DA afficheL'histoire : Les Crawley et leur personnel intrépide se préparent à vivre l'événement le plus important de leur vie : une visite du roi et de la reine d'Angleterre. Cette venue ne tardera pas à déclencher scandales, intrigues amoureuses et manigances qui pèseront sur l'avenir même de Downton.

La critique Nelfesque : En bonne grosse fan de Downton Abbey, j'attendais ce long métrage avec la plus grande impatience. La série, je l'ai regardé deux fois. Une première fois, pour une immersion en VO dans la langue anglaise et la seconde en incitant fortement Mr K à se joindre à moi. Je n'exclue pas la voir une 3ème fois mais on va attendre un peu pour ne pas faire peur à mon entourage...

Toujours est-il que lorsqu'il a été annoncé qu'une fin sur grand écran était en tournage, je trépignais d'impatience. Puis le jour est venu de se diriger vers le cinéma et au générique, j'en ai eu des frissons. Il faut voir celui-ci comme un gros "épisode spécial", ni plus ni moins. Je ne vois pas l'intérêt d'aller voir ce film si on n'a pas suivi la série (bien que j'ai discuté avec des spectateurs pour qui c'était le cas et qui ont fortement apprécié la séance) mais pour les habitués, c'est un très chouette point d'orgue à l'ensemble.

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Dans la continuité de la série donc on retrouve tout le casting habituel, que ce soit du côté des domestiques que du côté de la noblesse. Comme un dernier au-revoir, aucun à mon sens n'est là pour faire plaisir aux fans mais tous ont une utilité dans les intrigues ici proposées. Plusieurs s'imbriquent et ne dérogent pas aux règles déjà connus. Il n'y a pas de grosses surprises, c'est cousu de fils blancs mais ça ne vient pas non plus en contradiction avec des situations ou des caractères auxquels nous sommes habitués.

Venue de la famille royale à Downton, spoliation d'héritage, amour naissant, conquête de droits sociaux... sont autant de thèmes abordés dans le respect de l'ensemble de l'oeuvre. Nos chouchous restent nos chouchous, chacun a sa petite part de tendresse. Une page se tourne et les larmes pointent en fin de visionnage. Un peu pour la fin d'une histoire, beaucoup pour la fin d'un personnage que je voyais arriver mais qui m'a fendu le coeur... Ca n'est pas fait frontalement et je remercie le scénariste et réalisateur pour ça, sinon j'aurais fait une dépression (j'exagère ? à peine !), c'est subtil et bien amené mais ce n'est pas moins douloureux pour mon petit coeur de fan.

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L'humour est toujours au rendez-vous, au détour d'une scène avec Violet très souvent et lors de joutes verbales entre cette dernière et Isobel. C'est un véritable régal de retomber dans l'ambiance Downton Abbey et à entendre les rires et réactions des autres spectateurs dans la salle, on réalise que ça fait mouche chez tout le monde. Nous qui sommes habitués aux séances quasi privées, ici le public est venu nombreux.

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Il n'y a pas grand chose à rajouter. Si vous aimez la série, allez voir le film (je pense que vous l'avez déjà fait d'ailleurs !). Si vous êtes curieux, même si il y a pas mal de saisons, regardez la série avant d'enchaîner sur le film, vous ne le regretterez pas. Tout cela en VO bien entendu ! Si vous avez vu le film (déjà sorti il y a 1 mois, oui je suis longue pour écrire des chroniques en ce moment, je sais) et l'avez apprécié, vous avez tout intérêt à tout reprendre depuis le début. Vous n'imaginez pas toutes les surprises qui vous attendent... "Donwton Abbey" c'est terminé et tout cela est passé beaucoup trop vite !

DA 6

La critique de Mr K : 6/6. Quel plaisir de retrouver les Crowley et leurs serviteurs dans ce film qui ponctue à merveille une série que m’a fait découvrir Nelfe et que j’ai tout autant adoré qu’elle ! J’ai lu ici ou là qu’on pouvait aller voir ce film sans même connaître la série. Pour le coup, je pense que ces spectateurs sont passés à côté de nombreuses références et le film ne doit être qu'une bonne évocation de la vie de château chez les rosbifs. Si par contre, comme nous, vous êtes férus de la série et totalement addicts, courez-y, le film vaut vraiment le détour, propose des trames secondaires riches et ponctue magnifiquement la série sans en rajouter ou faire d'effets de manche artificiels.

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Au cœur du métrage, la venue du couple royal à Downton Abbey ! Ça c’est de la nouvelle pour les Crowley mais aussi un gros chamboulement ! À visite royale, exigences royales et dans cette demeure où chacun sait où est sa place et les règles qui lui incombent, le choc sera parfois dur à encaisser. On navigue donc entre le haut et le bas, poursuivant les protagonistes de notre curiosité et de notre intérêt. On est vraiment servi dans le domaine avec notamment un très bel arc narratif autour de Thomas Barrow (my number one in my heart, j’ai un côté midinette dès qu’on aborde son sujet !) ou encore une Violet déchaînée comme on l’aime à propos d’une captation d’héritage. On est donc en terrain connu mais quand on le cultive avec passion et talent, on ne peut que récolter de beaux fruits et je suis sorti ravi de cette séance de 2h qui m’a paru bien trop courte !

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On retrouve tous les bons ingrédients de la série avec l’avantage de voir le récit sur grand écran. Ça passe bien, les acteurs assurant tous leur partition avec talent. On reprend l’action quelques années après la dernière saison et tout s’intercale parfaitement. On retrouve nos personnages sans qu’ils aient vraiment changé, c’est comme si on retrouvait notre famille après quelques mois d’absence. Il y a l’événement de la visite qui provoque des réactions, des adaptations nécessaires mais au final on poursuit le visionnage surtout pour suivre le devenir de chacun. Passions, jalousies, amour, lutte d’influence, besoin de reconnaissance, convenances et désirs personnels se mêlent pour notre plus grand plaisir. Le format court impose un rythme plus rapide, des intrigues parfois seulement survolées mais franchement, le compte y est.

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Techniquement le film est irréprochable. On ne tombe pas dans le génie ou l’innovation mais le réalisateur fait le job et plutôt bien. Parcourir les jardins, couloirs et pièces de Downton Abbey sur grand écran est un plaisir de tous les instants et même si la facture classique de la réalisation manque d’ambition, on reste dans la continuité de la série. C’est avec émotion qu’on retrouve des lieux chéris, qu’on réentend le thème musical de la série et que l’on se replonge dans l’ambiance unique des lieux. Pas de regrets ou de récriminations à attendre de ma part pour le coup, le film s’apparentant à une douce sucrerie au parfum de nostalgie qu’il fait bon déguster et qui apportera son lot de surprises et de satisfaction aux amateurs de la série.

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lundi 7 octobre 2019

"Ad astra" de James Gray

ad astra afficheL'histoire : L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.

La critique Nelfesque : Passe de deux ce soir avec de nouveau Brad Pitt au premier rang, après "Once Upon a Time... in Hollywood" de Quentin Tarantino vu au cinéma le mois dernier. Avec "Ad astra", on le retrouve, dans un futur proche, dans la peau d'un astronaute. La date n'est jamais évoquée mais il est fort probable que nous nous situions ici aux alentours de 2100. Roy McBride est un caïd dans sa discipline. Reconnu et respecté pour ses précédentes missions et sa personnalité, il va se voir confier une tâche particulièrement éprouvante et dangereuse.

Des phénomènes magnétiques importants sont de plus en plus comptabilisés à la surface de la Terre et dans l'espace. Provoquant d'importants dégâts, il est urgent de les faire cesser. Pour ce faire, il n'y a pas d'autre solution qu'envoyer une expédition dans l'espace afin d'en neutraliser la cause. Celle-ci est connue puisque les signaux viennent de la base la plus reculée de la galaxie, celle pour laquelle le père de Roy a pris le départ lorsqu'il était jeune et dont il n'est jamais revenu. Déclaré mort, personne n'a jusqu'alors pris sa suite et plus aucun contact n'est aujourd'hui établi entre cette base et le commandement sur Terre.

Ad astra 1

Roy McBride va alors être appelé pour tenter l'impossible et entrer en contact avec cette base. Peut-être y retrouvera-t-il son père, peut-être ne la rejoindra-t-il jamais, toujours est-il qu'en l'état actuel, si rien n'est tenté, la Terre et l'Homme sont voués à leur perte.

Ne vous attendez pas à voir un film catastrophe en allant voir "Ad astra". Malgré l'urgence de la situation, le film est lent mais les rares scènes de suspens sont assez efficaces. En revanche, ce long métrage est beau et si vous aimez les histoires se déroulant dans l'espace, les plans risquent de vous plaire grandement. Pour ma part, je l'ai plus vu comme un objet visuel que comme un film qui laissera en moi une trace indélébile.

Ad astra 4

En effet, contre toute attente et malgré un pitch allant en ce sens, je n'ai à aucun moment été touchée. J'ai trouvé l'ensemble bien lisse et assez fade côté sentiments. Je n'ai pas accroché aux questionnements de Roy, je n'ai pas été émue par les différentes étapes le menant à cette base si lointaine. Pour le dire clairement, je me fichais un peu de savoir si il retrouverait son père, si il arriverait à endiguer la catastrophe annoncer ou même si psychologiquement il en ressortirait indemne. Je ne saurais véritablement pointer du doigt la cause de cette indifférence (peut-être le ton monocorde de Brad Pitt et sa gestion des sentiments inhérente à sa fonction) mais on est ici bien loin d'un film tel que "Interstellar" de Christopher Nolan ou encore "Premier contact" de Denis Villeneuve. Il faut dire aussi que côté réalisateur, on ne joue pas non plus dans la même cour (tout cela étant évidemment une question de goût, bien entendu).

Pour autant, je ne me suis pas ennuyée, "Ad astra" étant un film facile à regarder avec des acteurs qui jouent très bien. Il n'y a pas de parti pris fort dans le choix de la réalisation ou de la narration et on passe un moment agréable tout de même. Ce n'est malheureusement pas l'idée que je m'étais faite en allant voir ce film, ayant en tête des références bien plus marquantes. A voir donc par un après-midi pluvieux, pour passer le temps...

Ad astra 3

La critique de Mr K : 4/6. Nous sommes donc allés voir le dernier James Gray qui s’offre avec Ad Astra une incursion dans le monde de la SF intimiste avec en star principale un Brad Pitt toujours aussi magnétique. Un réalisateur que j’adore, un acteur que j’admire énormément... Tout était réuni pour une séance dantesque, finalement je n’aurais vu qu’un bon film qui ne laissera pas un souvenir impérissable.

De mystérieuses ondes magnétiques font des ravages sur Terre et elles auraient pour origine une expédition ancienne menée aux confins du système solaire par le père du héros porté disparu depuis. On charge Brad Pitt d’aller sur Mars pour essayer de contacter le paternel qui serait devenu fou. Entre un voyage éprouvant avec son lot d’impondérables, les questions existentielles qui l’assaillent dans la perspective de revoir son géniteur et le face à face tant attendu, on peut dire que Gray ne ménage pas son personnage principal.

Ad astra 5

Le film au niveau de la technique est sublime. Les images et plans sont léchés mais ce n’est pas étonnant quand on connaît l’esthète aux manettes, on a le droit à de très belles images des astres croisés par le héros, de beaux plans sur les vaisseaux empruntés et des scènes d’action bien menées même si comme je le dirai plus tard, je m’interroge encore sur leur utilité. Ce qui m’a encore plus bluffé que le visuel, c’est le score du film. La musique est vraiment à tomber par terre et accompagne merveilleusement bien cette odyssée intimiste.

Ad Astra doit aussi beaucoup à son interprète principal. Brad Pitt est impeccable comme toujours et il porte le métrage sur ses épaules. Il campe un astronaute maître de lui-même en toute situation (superbe scène d’introduction) mais qui commence à être soumis à une pression inhabituelle pour lui l’homme de glace qui contrôle tout. Il pourrait revoir un père parti depuis plusieurs décennies pour un voyage exploratoire, lui le héros d’une nation dont le travail prime sur la vie privée. Au fil du voyage qui le rapproche de son père, Brad s’interroge sur lui, sa relation avec un père absent et finalement sur le sens global de tout cela, notamment les objectifs cachés par l’agence spatiale qui lui a demandé d’essayer de retrouver son père (Tommy Lee Jones pas mal du tout).

Ad astra 2

Au détour du déroulé de la trame, certains détails et évocations marquent l’engagement du réalisateur avec une dénonciation à peine voilée de la société de consommation qui s‘installe sur les bases lunaire ou encore la reprise des hostilités entre grandes puissances pour la recherche de ressources (l’histoire se répète encore et toujours). Le film en lui-même s’apparente tout de même plus à un voyage initiatique dans l’intimité d’un homme qui réfléchit sur lui, ses liens biaisés avec sa femme (Liv Tyler toujours aussi quiche) et le sens qu’il veut donner à son existence.

Mais voila, l’équilibre n’est pas trouvé. On monte en pression en terme d’enjeux personnels pour le héros mais finalement le scénario accouche d’une souris. La confrontation attendue ne donne vraiment pas le résultat escompté et fait tomber à plat les attentes légitimes du spectateur. On est bien loin de la puissance évocatrice et réflexive d’œuvres comme Interstellar de Nolan, Premier contact de Villeneuve ou encore l’indépassable 2011 L’Odyssée de l’espace de Kubrick. Les scènes d’action ne m’ont pas paru utiles si ce n’est pour meubler un récit lent et accrocher au passage les plus jeunes. Bref, ça sonne un peu creux.

Reste un film quand même bourré de qualités et qui est un beau spectacle à voir en salle. Et puis, il y a Brad...

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samedi 14 septembre 2019

"Once Upon a Time... in Hollywood" de Quentin Tarantino

One upon a time affiche

L'histoire : En 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus.

La critique Nelfesque : Comme tout Tarantino qui sort au cinéma, doit-on vraiment encore le présenter ? Rien qu'avec son nom, le réalisateur est assuré de remplir les salles. Souvent, c'est justifié, parfois, on se dit que non (ou alors, je suis devenue très exigeante avec le monsieur). Il a ses fans et ses détracteurs. On peut lui reprocher tout ce que l'on veut, Tarantino est un passionné et avec "Once upon a time in... Hollywood", il nous fait une fois de plus une démonstration de cinéma.

Le duo Leonardo DiCaprio / Brad Pitt fonctionne parfaitement. Quel plaisir de retrouver ces deux grands acteurs côte à côte et constater qu'ils étaient faits pour être réunis. Outre le fait qu'ils soient extrêmement beaux gosses (mention spéciale pour Brad Pitt... (Oh Mon Dieu, il est de plus en plus beau avec le temps ! (*parenthèse midinette off*))) et les hommes qu'ils sont dans la vie de par leurs engagements (si toutes les "stars" pouvaient mettre à profit leurs notoriétés comme ils le font...), leurs qualités d'acteurs ne sont plus à prouver. Avec un côté décalé et une touche savamment dosée d'humour, on ne peut que savourer ce moment.

One upon a time 2

Car de l'humour, il y en a dans "Once upon a time..." ! Sans se prendre au sérieux, la fine équipe nous offre ici des moments à la fois tendres et grinçants. DiCaprio dans son rôle d'acteur en voie d'"has-beenisasion" et en pleine crise existentielle concernant sa carrière va de pair avec un Brad Pitt, cascadeur à la force tranquille qui mène sa vie sans prise de tête. Ni loosers pour autant, ni caricaturaux, ces personnages nous montrent bien toute l'ambivalence de la célébrité, ses revers et les angoisses que peuvent éprouver les acteurs par moments.

En parallèle, c'est toute l'industrie du cinéma qui est abordée avec notamment la carrière d'actrice et la vie privée de Sharon Tate avec le lancement de son dernier film, Matt Helm règle son comte en 1968. Sur le papier, j'avais un peu peur de ce volet là du long métrage, connaissant bien l'issue funeste de son histoire... Tarantino a pris un parti assez osé ici et j'en suis ressortie absolument ravie, "Once upon a time..." terminant ainsi sur une note radicalement différente de celle à laquelle je m'attendais et me donnant la larme à l'oeil tant celle-ci est loin de la réalité. Trash, jouissive mais aussi mélancolique et extrêmement triste dans ses ultimes instants. Une belle réussite.

One upon a time 1

Et puis il y a le talent de Tarantino. La beauté des plans, la direction d'acteurs, la restitution de l'époque, le choix de la BO... Les 2 h 40 que comptent le film passent à une vitesse folle et la lumière se rallume avec nos exclamations ("Déjà !?"). J'étais moyennement motivée pour aller le voir en salle et un ami nous y a fortement incité. Il a bien fait !

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La critique de Mr K : 6/6. Quentin Tarantino revient aux affaires avec un très bon métrage, son meilleur à mes yeux depuis Jackie Brown. Pendant 2h45, le spectacle est total avec un scénario séduisant, une technique parfaite et des acteurs au diapason. Rajoutez un soupçon de mélancolie avec une fin inattendue et vous obtenez un pur moment de cinéma comme on aimerait en voir plus souvent.

Le postulat de base est simple, on suit le quotidien de deux potes évoluant dans le Hollywood des années 60, âge d’or d’une certaine idée du cinéma. L’un est un acteur de seconde zone (DiCaprio), l’autre est sa doublure-cascade officielle (Brad Pitt) aux fonctions variées et multiples (chauffeur, réparateur d’antenne, confident...). On suit donc les préparations de tournage, les atermoiements de DiCaprio, les soirées enlevées et les bonnes bitures qui rassurent. En parallèle, on croise régulièrement Sharon Tate qui se révèle à Hollywood, s’est mariée récemment avec Polanski et attend un enfant. On a alors tous en tête l’horrible fait divers la concernant avec son meurtre sordide par la Manson family (que l’on va croiser aussi). L’appréhension ne fait donc que grimper durant tout le film mais j’avais oublié qu’avec Tarantino, on pouvait s’attendre à tout et je peux vous dire que je n’ai pas été déçu.

One upon a time 5

J’ai été tout d’abord épaté par le duo de buddy guys servi sur un plateau par DiCaprio et Pitt. Ces deux là étaient vraiment fait pour tourner ensemble. Certaines âmes chagrines ont parlé dans leurs critiques de cabotinage, il y en a souvent chez Tarantino, je dirai même que c’est un peu sa marque de fabrique notamment avec les longues scènes de dialogues. Ici aucune des deux têtes d’affiche ne prend le pas sur l’autre, ils se complètent à merveille, on aime suivre les aléas émotionnels de DiCaprio qui passe vraiment par tous les états et campe une star en plein doute assez touchante et drôle à la fois. Brad Pitt, c’est la force tranquille, le personnage solaire sûr de lui malgré une vie chiche et sans réel relief. Employé par DiCaprio, il est plus qu’un employé à tout faire et le film se déroulant, on en a de plus en plus de preuves, et cette relation d’amitié est magnifiquement peinte par un Tarantino toujours aussi attentionné envers ses personnages. Les seconds rôles ne sont pas en reste avec une peinture d’une rare justesse sur le milieu du cinéma et notamment des hommes et femmes de l’ombre. On croise avec plaisir Al Pacino, Kurt Russel ou encore Michael Madsen pour un petit passage éclair. Margot Robbie est éclatante en Sharon Tate. Casting de rêve !

One upon a time 3

La reconstitution de l’époque est incroyable. Chaque plan, chaque scène est léchée nous plongeant dans la fin des sixties dans un réalisme de tous les instants. Les voitures, les fringues, la musique omniprésente (la BO est une tuerie !), le mobilier, les mœurs... tout est là. Belle peinture aussi de la Manson family qui fait vraiment froid dans le dos avec un gourou complètement cintré qui a osé croisé l’idéal peace and love avec le nazisme. Le propos du film ne porte pas entièrement sur eux mais les moments les mettant en scène sont glaçants. Et puis, il y a Hollywood avec ses producteurs, ses acteurs névrosés, ses tournages, ses espoirs et ses désillusions. L’hommage est beau et prend aux tripes durant tout le métrage. Enfin, il y a tout ce qui tourne autour de Sharon Tate. Là où certains ont trouvé le principe malsain, j’ai trouvé au contraire Tarantino diablement malin avec une fin très ingénieuse et pour le coup encore plus triste que si il avait relaté les faits réels. À chacun de juger mais sachez que j’ai été entièrement convaincu trouvant Tarantino sur l’ensemble de ce film beaucoup plus fin que d’habitude.

Once upon a time... in Hollywood est à voir absolument au cinéma où toutes les qualités susnommées sont transcendées par un cinéaste au sommet de sa forme tant au niveau du contenu que de la forme. Je ne vous cache pas ma satisfaction de le voir revenir à un tel niveau d’exigence, j’en viens même à espérer son prochain film avec impatience.

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jeudi 22 août 2019

"Midsommar" de Ari Aster

Midsommar afficheL'histoire : Dani et Christian sont sur le point de se séparer quand la famille de Dani est touchée par une tragédie. Attristé par le deuil de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre à la laisser seule et l’emmène avec lui et ses amis à un festival estival qui n’a lieu qu'une fois tous les 90 ans et se déroule dans un village suédois isolé.
Mais ce qui commence comme des vacances insouciantes dans un pays où le soleil ne se couche pas va vite prendre une tournure beaucoup plus sinistre et inquiétante.

La critique Nelfesque : Voilà un film sur lequel je suis tombée par hasard via les réseaux sociaux (parfois ça a du bon !). Après avoir vu le teaser et pris connaissance du nom du réalisateur, Ari Aster qui avait déjà accouché de l'excellent "Hérédité", j'avais une certitude : il fallait absolument que je vois "Midsommar" ! Et au cinéma bien sûr !

Je ne connaissais pas grand chose sur ce film, si ce n'est qu'il y avait une histoire de grande cérémonie traditionnelle sur fond de secte. Bien m'en a pris car j'ai accueilli l'ensemble d'une façon particulière et ai été surprise de bout en bout. Dès le départ, happée par l'histoire avec un début de film angoissant et extrêmement violent, j'ai immédiatement compris que j'étais en présence d'un long métrage qui faisait la part belle aux émotions. J'ai été littéralement scotchée et émue aux larmes par la force des images. Cela ne s'est pas départi par la suite.

Midsommar1

Visuellement d'une grande beauté, "Midsommar" fait appel à nos sens, notre sensibilité. Dans cette communauté très proche de la nature et toute de blanche vêtue, chaque couleur, chaque fleur est un ravissement. Les plans sont léchés et les sens en éveil. Une grande claque visuelle.

Nous suivons 5 amis en voyage en Suède mais très vite l'accent est mis sur Dani, interprétée par une Florence Pugh bluffante, qui focalise toute l'attention. Dans une grande détresse psychologique (on le serait à moins), elle vit cette expérience entre curiosité et angoisse. Au plus près de ce personnage, on ressent ses tourments, ses douleurs et on la suit avec peur et fascination dans l'acceptation de ceux-ci. "Midsommar" est un film sur le deuil, sur la réalisation de soi, sur le sens de la vie. Même si pour cela, il faut passer ici par la mort, le meurtre et autres déviances qui sont bien éloignés de notre morale. Dani va passer par tous les états, ressentir chaque parcelle de sa peau, chaque minute au grand air et littéralement revivre. Une résurrection dans la douleur. C'est beau, poétique, puissant.

Midsommar3

Loin d'adhérer au chemin présenté ici (je parle ici du fond), force est de constater que le réalisateur nous mène dans des contrées loin de notre petit confort pour au final nous parler de l'existence, de la religion, du sens du sacrifice, de la famille, de l'amour en faisant un pas de côté. Original, "Midsommar" ne ressemble à aucun autre film et la vision du réalisateur et sa façon de l'amener nous bouscule et nous colle longtemps à la peau. Du cinéma comme on aimerait en voir plus souvent !

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La critique de Mr K : 6/6, attention chef d’œuvre ! 2 h 27 qu’on ne voit pas passer pour un film qui clairement rentre dans le cercle très fermé des films de genre que l’on peut ériger au rang de classique au même titre que les récents It follows ou encore Grave. Beau, puissant, complexe et truffé de références et de thématiques abordées, c’est le genre de film dont on ne sort pas intact et sur lequel on réfléchit des heures après le visionnage. C’est bien simple, on me proposerait de retourner le voir aujourd’hui, je le ferai sans hésiter !

Dani ne va pas bien du tout. La jeune femme est en pleine dépression suite à la mort brutale de ses parents et de sa sœur. N’arrivant pas à surmonter son chagrin, aidé à minima par son compagnon qui clairement en a plus qu’assez, elle va cependant se retrouver intégré à son petit groupe de garçons pour un voyage très particulier. Les gars ont décidé de se rendre en Suède pour assister à un événement peu commun, une fête qui a lieu tous les 90 ans célébrant le solstice d’été (Midsommar). Une fois sur place, le groupe se retrouve plonger au sein d'une communauté très refermée mais cependant accueillante mélangeant attitudes et activités new-age voire hippies. Mais derrière la façade, on se doute bien que des vérités sont bien cachées et que la secte ne montre que ce qu’elle veut bien révéler...

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Avec ce film, le réalisateur contribue à donner du cachet aux films de genre, en proposant un véritable film d’auteur qui au-delà de la peur qu’il peut susciter via les sujets abordés propose une véritable analyse des protagonistes. La dépression ainsi est remarquablement traitée à travers le personnage de Dani qui n’arrive pas à surmonter sa peine et va se retrouver embarquée dans une aventure qui la changera à jamais. Dès le départ du métrage, lorsqu’elle apprend une terrible nouvelle, la violence mentale est là et frontale. Avec Nelfe nous avons même essuyé une larme à cette occasion, c’est à l’image du film qui en soi ne fait pas vraiment peur, on ne sursaute pas. Loin des jumpscares sans âme qu’on nous sert et ressert jusqu’à l’ennui profond, le réalisateur réussit ici à distiller le malaise durant les deux heures et quelques de Midsommar. Du coup, le spectateur ne se sent vraiment pas à l’aise et tout peut arriver. Malgré une bande annonce qui annonce la couleur (le teaser est bien plus énigmatique), on est surpris durant tout le métrage.

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Au bout de vingt minutes, le groupe se retrouve donc en Suède dans une sorte de secte qui célèbre le solstice. Inspiré de traditions réelles, l’auteur a brodé autour de cette communauté tout un univers étrange et fascinant. Au départ, tout roule, la communauté est accueillante, bienveillante et proche de la nature. On irait même y faire un tour pour se ressourcer et apprendre sur soi. Cependant, derrière le rêve se cache un culte païen qui n’est pas exempt de sauvagerie et nos héros vont en faire l’amère découverte... enfin, pas tous car certains pourraient y trouver leur compte. Deux d’entre eux notamment sont étudiants en anthropologie et profitent de l’occasion pour construire et essayer de traiter leur thèse de fin d’étude. L’aspect anthropologique est très bien traité avec une approche de la communauté et de son environnement d’une grande finesse. J’ai d’ailleurs retrouvé nombre d’éléments que j’ai pu aborder en cours lors de mes sessions d’Histoire des religions et croyances à la fac. Pas de pathos, ni de raccourcis faciles ici : l’appartenance à la communauté, la foi, les dogmes, le rapport aux autres, le fanatisme sont autant d’aspects traités avec respect, détachement et un savoir faire d’historien tout en rendant l’ensemble ludique et fascinant. Inutile de vous dire que j’ai adoré !

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Au contact de cette secte, les personnages vont évoluer très rapidement. La frontière entre mal et bien se fait plus ténue, les aspirations de chacun ressortent et pour Dani les changements seront impressionnants. Malgré des débuts difficiles, elle va peu à peu prendre conscience de certaines choses et commencer à se rapprocher de personnes qui pourraient bien lui apporter une guérison inespérée. Clairement, le personnage de Dani est hypnotisant, remarquablement interprété par une jeune actrice pleine d’avenir. Elle m’a fait penser au personnage principal du film Grave que nous avions beaucoup aimé lors de sa sortie. Les autres protagonistes sont moins poussés comme Dani est au centre du récit mais ils complètent parfaitement la liste des personnages avec son lot d’aidants et d’obstacles avec des personnalités nuancées et des réactions logiques. L’ensemble prend donc une densité hors norme et propose un spectacle total et d’une grande intelligence.

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Le tout est magnifié par la mise en scène vraiment impeccable. À l’instar de son précédent métrage (Hérédité) et même encore plus, le moindre plan est léché, travaillé et certains sont d’une imagination folle. L’adéquation entre propos, action et sens cachés des scènes est parfaite, nourrissant une trame qui révèle peu à peu ses tenants et ses aboutissants. Le film est donc magnifique, très bien joué, accompagné d’une ambiance sonore aux petits oignons et l’on se prend à réfléchir bien après le visionnage au sens du film, aux destins alambiqués des personnages et à la place donnée à la spiritualité dans nos civilisations. Une sacrée claque pour un très grand moment de cinéma. À ce jour, Midsommar concourt toujours pour la place de film de l’année à mes yeux.

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mercredi 3 juillet 2019

"Parasite" de Bong Joon-Ho

Parasite afficheL'histoire : Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne...

La critique Nelfesque : Cela fait déjà plusieurs semaines que nous sommes allés voir "Parasite" au cinéma et je n'ai pas pris le temps de venir vous en parler jusqu'à présent. Il est toujours à l'affiche dans quelques salles si vous ne l'avez pas encore vu et "au pire" il restera la version DVD à découvrir d'ici quelques mois.

"Parasite" est le dernier film de Bong Joon-Ho, la Palme d'Or du dernier Festival de Cannes. Le moins que l'on puisse dire c'est que ça décoiffe et que ça a étonné plus d'un spectateur dans notre salle de projection qui sans doute s'étaient déplacés grâce au label "cannois". C'est sûr que côté Palme, ces dernières années, les amoureux de cinéma étaient plus habitués à des choses plus conventionnelles (ce qui ne présage en rien de la qualité des films primés d'ailleurs). Avec "Parasite", on dépoussière Cannes et ça fait du bien ! Film coréen trash dans les idées et les images parfois, comme souvent sous cette bannière, avec lui on est bousculé et on sent la tension monter petit à petit tout au long du film pour atteindre son apogée dans la scène finale. Et croyez-moi, le terme "apogée" prend ici tout son sens.

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Le cinéma asiatique est particulier. Fait de lenteurs et d'ambiances, on accroche complètement ou on y est allergique. Je ne suis pas adepte de tous les cinémas de ce continent mais je dois dire que j'ai une tendresse particulière pour les films qui viennent de Corée, à la croisée des chemins entre tradition et provocation de bon aloi.

Nous suivons ici une famille de coréens désargentés qui va peu à peu s'immiscer dans la vie de la famille Park, bourgeois navigant dans d'autres sphères que la leur. Le fils a l'opportunité de rentrer au service des Park en tant que prof d'anglais pour leur fille. Flairant le bon filon, il va progressivement faire embaucher toute sa famille sous de fausses identités, des références usurpées et d'habiles stratagèmes. Tout d'abord pour assurer à tous une meilleure condition, un travail régulier et des rentrées d'argent plus que correctes, les membres de cette famille vont aussi afficher leur opportunisme et leur jalousie. Mais qui peut-on réellement blâmer dans ce cas ? La société est ainsi faite que des fossés se creusent entre les riches et les pauvres et on en a ici une illustration criante de réalisme et d'émotions vives.

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Le poids des convenances, le mépris des classes, la survie, l'opportunisme et les limites morales de chacun sont autant de sujets soulevés par Bong Joon-Ho avec finesse mais aussi avec force lors de certaines scènes. On est littéralement pris à la gorge par la détresse qui émane de la pellicule, par le manque de respect et les signes de dédain ordinaire. Pour autant "Parasite" ne fait pas dans le manichéisme puisque les actes choquants se retrouvent à part égale chez les deux familles et on ne peut véritablement se ranger dans un camp ou dans l'autre tant certains aspects humains sont répugnants des deux côtés.

Dans le Larousse, "Parasite" a 4 définitions : Organisme animal ou végétal qui se nourrit strictement aux dépens d'un organisme hôte d'une espèce différente, de façon permanente ou pendant une phase de son cycle vital / Personne qui vit dans l'oisiveté, aux dépens d'autrui ou de la société / Dans l'Antiquité, individu qui était admis à la table d'un riche, en échange de sa clientèle ou de ses mots d'esprit / Perturbation ou bruit électromagnétique qui trouble le fonctionnement d'un appareil ou superpose un bruit à un signal utile. Jamais un film n'aura aussi bien porté son nom. Absolument brillant sous tous les aspects !

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La critique de Mr K : 6/6. Encore une sacrée Palme d’Or à mon actif avec ce film coréen primé cette année. Joon-Ho Bong avec Parasite propose un superbe métrage entre rires, larmes et dénonciation sans fard de l’évolution de nos sociétés et notamment du clivage entre classes pauvres et classes supérieures. Durant plus de deux heures, on ne s’ennuie à aucun moment, passant d’un état à un autre sans vergogne avec un effet final assez bluffant qui donne à réfléchir longtemps après le visionnage.

On suit au départ une famille très pauvre qui habite dans un appartement semi-enterré. Tous au chômage, vivant d’expédients et de menues arnaques, ils vivent en harmonie, chacun avec son caractère plus ou moins affirmé. Une occasion en or se présente au fils d’aller donner des cours particuliers d’anglais à une jeune fille de bonne famille. Une fois accepté, il va réussir à faire embaucher sa sœur comme thérapeute artistique auprès du plus jeune enfant des Parks, famille de nantis vivant dans une splendide demeure. Le plan est en marche, je n’en dirais pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue qui devient vite retorse et déviante. Sachez simplement que comme tout plan, il a ses failles et quand elles se révéleront tout ce qui s’est construit auparavant va s’écrouler comme un château de carte. Gare à la casse !

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Le film est jubilatoire à souhait. Tout est quasiment parfait à commencer par les personnages qui soufflent constamment le chaud et le froid. On alterne admiration, empathie et dégoût car finalement ici chacun essaie de survivre à sa manière. Deux mondes se côtoient quotidiennement sans vraiment se comprendre. Derrière les façades affichées, se jouent des tourments intérieurs très forts (mention spéciale pour le papa pauvre) et une volonté de s’en sortir coûte que coûte. On sourit beaucoup durant la première partie du film, les aventures racontées sont rocambolesques et font appel à des codes humoristiques qui fonctionnent à plein (personnages bien contrastés, situations ubuesques et quiproquo permanent). Puis, un aspect plus sombre fait son apparition (les coréens adorent explorer les noirceurs de l’âme, courez voir Old Boy version originale c’est une tuerie !) et l’inquiétude naît au cœur de l’esprit du spectateur. L’engrenage va clairement trop loin, les tensions s’accumulent et le final sans appel laisse sur les fesses. Personne n’est épargné et ne ressortira indemne d’un film se terminant de manière dramatique mais logique.

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Cet œuvre est aussi un beau décorticage du fonctionnement de nos sociétés modernes capitalistes. Tour à tour, ce film nous parle d’individualisme forcené qui se fait généralement au détriment de la morale élémentaire, les conditions de vie épouvantables dans lesquelles vivent certaines familles et ce vers quoi cela les mène (c’est extrême ici !), l’indifférence des puissants face à la souffrance des plus fragiles et leur existence en vase clos. Très bien caractérisé sans pour autant en faire trop, tout dans la nuance, la démonstration est éloquente et même si quelques saillies sont un brin exagérées, on se prend au jeu et finalement on s’attend à tout... On va de surprise en surprise, on est désarçonné et franchement j’aime ça.

Au niveau de la technique, il n’y a rien à jeter. Ce film n’a pas eu la Palme d’Or pour rien. D’une grande beauté formelle avec une image magnifique, des plans inventifs, une musique particulièrement bien choisie (de belles références au classique comme souvent dans le cinéma asiatique), une rythme soutenu qui ne se dément jamais, on en prend plein les mirettes et les vasouilles. Rajoutez une brochette d’acteurs confirmés ou non qui s’investissent au maximum dans leurs rôles respectifs et vous obtenez un film assez unique. À voir absolument pour tous les amateurs du cinéma d’Asie et aux amateurs de films bien réalisés et au message fort.

 

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mardi 18 juin 2019

"Godzilla 2 : Roi des monstres" de Michael Dougherty

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L'histoire : L'agence crypto-zoologique Monarch doit faire face à une vague de monstres titanesques, comme Godzilla, Mothra, Rodan et surtout le redoutable roi Ghidorah à trois têtes. Un combat sans précédent entre ces créatures considérées jusque-là comme chimériques menace d'éclater. Alors qu'elles cherchent toutes à dominer la planète, l'avenir même de l'humanité est en jeu...

La critique de Mr K : 4/6. Aaaah les joies du blockbuster ! Quand c’est bien fait, on peut laisser son cerveau au vestiaire et profiter d’un spectacle total. J’avais regretté de ne pas avoir vu certain gros cartons du box office au cinéma ces dernières années, le prix des places étant parfois prohibitif, on se doit de faire des choix et se concentrer sur les sorties qui nous intéressent vraiment. Mais voila, en mars 2019, je me suis porté acquéreur d’une carte d’abonnement qui me permet d’y aller pour moins cher ce qui m’autorise quelques écarts et plaisirs régressifs. Godzilla 2: King of the monsters fait partie de cette catégorie de film complètement cons mais qui font du bien ! Suivez le guide.

L’histoire tient sur un ticket de métro, un méchant pas beau décide de réveiller des titans éparpillés à travers le monde pour détruire l’humanité qui ne mérite que de crever vu la gangrène qu’elle se révèle être pour la planète bleue. L’éco-terrorisme a le vent en poupe en ce moment dans les fictions littéraires et on se prend à rêver que pour une fois le machiavélique de l’histoire (Charles Dance tout de même !) gagne et que notre espèce disparaisse. Mais non, ici pas de danger, Godzilla va venir à la rescousse. S'enchaînent recherches, bastons, focus sur les ersatz d’humains qu’on nous donne à voir puis re-baston et re-recherche. C’est balisé, guidé, pas moyen de se paumer...

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Commençons directement par les éléments qui fâchent : le scénario est indigent et les dialogues dignes parfois d’un enfant de huit ans. Cela donne quelques passages bien ridicules où les adultes ne le sont que d’apparence. D’ailleurs de manière générale, tous les rôles humains sont caricaturaux, mal écrits, incohérents et d’une rare stupidité. Ça pose beaucoup, ça cause peu et finalement on se prend à bien se marrer ce qui est toujours dommage quand on est sensé frissonner face aux destins effroyables qui les attendent. Bon, je vous avouerai qu’on s’en fiche un peu, on sait très bien qu’en allant voir ce film, on va tomber sur du pur entertainment pour gamins (en témoigne la faible moyenne d’âge dans la salle). Aucune surprise donc durant le métrage, pas de révélations fracassantes pour une histoire cousue de fil blanc avec cependant un soupçon de propos écologique misanthrope qui n’est pas pour me déplaire.

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C’est bon la régression ! Déjà, on est aucunement déçu par les bestiaux. Franchement, ils sont de toute beauté et on prend claque sur claque dès qu’ils apparaissent. Les amateurs de monstres cyclopéens seront comblés, et même si certains plans sont perfectibles, franchement c’est de la pure adrénaline en barre. Je me suis surpris à retrouver mon âme d’enfant devant les apparitions, bastons et passages plus calme mettant en scène Godzilla and co. Le pire, c’est que j’ai plus éprouvé d’empathie à leur endroit qu’envers les humains au casting ! On l’aime notre Godzilla même s’il est légèrement radioactif sur les bords et quelques peu pataud parfois ! Et puis, il y a Mothra qui s’avère bien plus expressive que certains acteurs et qui provoque un petit pincement au cœur de l’amoureux de monstres que je suis. Bref, ça envoie du pâté, c’est efficace et niveau SFX on est servi. Du bon plan brut pour les truands !

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Niveau réalisation, on est donc dans du spectaculaire maîtrisé, les acteurs font le minimum sans vraiment briller (même la gamine de Stranger things est plutôt quelconque) reste des monstres digitaux parfois plus justes et plus émouvants. Bon climax général, la musique et le son sont aux petits oignons et clairement on en a pour son argent. Sûr qu’il ne restera pas dans les annales mais niveau plaisir pur, j’y ai trouvé mon compte. À voir au cinéma en tout cas pour ceux qui apprécient le genre et veulent s’en mettre plein la tête (un petit conseil, restez jusqu’à la fin du générique). Les autres pourront passer leur chemin...

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jeudi 6 juin 2019

"The Dead Don't Die" de Jim Jarmusch

The Dead don't die afficheL'histoire : Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l’évènement le plus étrange et dangereux qui allait s’abattre sur Centerville : les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants pour s’en nourrir. La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville.

La critique Nelfesque : "The Dead Don't Die" faisait l'ouverture à Cannes et était présenté en compétition. Une mini révolution que ce film de genre débarquant dans l'antre du cinéma d'auteur. Je ne vous cache pas que j'étais assez étonnée, même si franchement ravie de voir les genres être ainsi décloisonnés. Il y a une vraie richesse cinématographique dans les films d'horreur, les amateurs le savent bien, cela ne se résume pas au jump scare et aux litres d'hémoglobines. Il n'est pas rare de tomber sur des pépites de sensibilité et de beauté visuelle. Paroles de fan du genre (et également amoureuse du Festival de Cannes, comme quoi, l'un n'empêche pas l'autre !). Toujours est-il que ce présent long métrage a beaucoup fait parler sur la croisette et avec Jim Jarmush derrière la caméra, on comprend tout de suite pourquoi c'est CE film de genre précisément qui a monté les marches cette année.

Jim Jarmush n'est pas un inconnu dans le milieu du cinéma. C'est même un habitué de Cannes puisqu'il a remporté en 1984 la Caméra d'Or pour "Stranger Than Paradise". "Only Lovers Left Alive" (avec déjà un fond fantastique) fut également sélectionné et "Broken Flowers" remporta le Grand Prix en 2005. "Paterson" et "Gimme Danger" furent également présentés là-bas. On est loin du Festival de Gérardmer donc et je ne pense pas que ce film-ci ouvrira véritablement la voie aux films de cette nature sous le ciel cannois mais ne boudons pas notre plaisir. Même si c'est par l'entremise d'un réalisateur chouchou du festival, c'est quand même un grand kif. Et puis si ça a permis à certains non initiés de se rendre en salle pour voir le film d'ouverture parce qu'ils font confiance à la sélection du festival alors c'est très bien. Open your eyes, open your mind, open your heart !

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Mais revenons-en au film. Bien évidement dès l'annonce de la sélection de "The Dead Don't Die", j'ai eu envie d'aller le voir. Pour son casting de rêve, pour le réalisateur que j'ai très souvent apprécié (pas toujours mais quand même) et pour la bande annonce qui laissait voir quelque chose de décalé et fun à la fois. Sans parler de la bande son...

"The Dead Don't Die" est tout à fait un film qui peut plaire aux non habitués de films de genre. Le rythme est lent, les personnages sont M et Mme Tout-le-monde, il n'y a pas de scènes véritablement choquantes (bon si, peut-être une ou deux si on débute mais c'est du Jarmush alors on peut lui faire confiance pour ne pas tomber dans le too much) et même les cardiaques peuvent voir ce film sans frôler l'infarctus. Le rythme est ce que je retiendrai en premier lieu. Le comique de situation, parce que oui ce film est à mourir de rire par moment, vient de ce rythme lent et un peu halluciné, provoqué par des événements totalement inattendus, dans une petite ville tranquille. Ici, les gens mènent leur vie pépère, loin du tumulte des grandes agglomérations. Tout le monde se connaît, la vie est douce même si ici aussi chacun pense bien ce qu'il veut et vit à sa façon. On côtoie aussi bien l'ermite des bois que le ségrégationniste parano, le vendeur sans histoire et l'alcoolique patentée. La vie suit son cours et la police de Centerville ne croule pas sous les faits divers.

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Alors que les morts se réveillent et commencent à décimer la population, la réaction des forces de l'ordre est à l'image de leur rythme de vie : tranquille ! Bill Murray est parfait dans son rôle et Adam Driver toujours stoïque (il y a un petit côté Paterson qui demeure ici). On rit beaucoup mais très vite on voit plus loin que le simple fait que les morts reviennent à la vie. C'est une vraie critique de notre société qui est présentée ici, avec la distance nécessaire pour que chacun tire ses propres conclusions. Qui peut-on véritablement qualifier de mort ou de vivant ici ? Qui est le plus à plaindre et quel constat pouvons-nous en tirer ?

L'humour souvent absurde nous mène vers la clairvoyance et le film oscille sans arrêt entre rire et prise de conscience. Oui notre monde réel est un film d'horreur et "The Dead Don't Die" nous montre intelligemment l'étendue des dégâts. Ce long-métrage avait tout à fait sa place à Cannes...

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La critique de Mr K : 6/6. Quel film ! Il confirme tout le bien que je pense de ce réalisateur vraiment à part qui m’avait déjà séduit avec Dead Man, Broken Flowers, Only Lovers Left Alive ou encore plus proche de nous, Paterson. Film de genre assumé mais pas que, on passe vraiment un très bon moment entre comédie d’horreur et coup de gueule engagé contre la marche mortifère du monde.

L’invasion zombie qui nous est contée ici se déroule dans une petite ville paumée au milieu de nulle part aux USA. Dans cette bourgade où jamais rien ne se passe, les policiers locaux n’ont pas grand chose à faire si ce n’est des rondes quotidiennes monotones et discuter de tout et de rien. Quand le pire arrive, c’est tout d’abord la stupéfaction qui l’emporte et clairement ils ne savent pas comment réagir. Quand les choses empirent chacun des protagonistes dont on a fait la connaissance va connaître des destinées diverses entre drame et comédie.

Le rythme comme souvent avec Jarmusch est très lent. Il prend le temps de ciseler ses personnages, de nous les faire connaître avec un humour lorgnant vers le no-sense cher aux anglais. Un ermite totalement allumé vivant seul dans la forêt, un duo de policiers bouseux adepte du stoïcisme à leur manière (Bill Murray et Adam Driver), une croque mort étrange aux mœurs décalés (Tilda Swinton), un fermier suprémaciste à côté de la plaque (Steve Buscemi), un tenancier d’hôtel à la recherche de ses chats disparus, un quincaillier gentleman (Danny Glover), une fliquette en pleine panique (Chloë Sevigny), des gamins en maison de correction qui observent les événements depuis leur prison pour délinquants et toute une pléthore de personnages peuplent ce métrage décidément bien étrange et à mille lieux des poncifs habituels du genre. La peinture de cette petite communauté est d’une justesse et d’une drôlerie de tous les instants.

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Et puis il y a les zombies avec en premier rôle un Iggy Pop en pleine forme, incarnant un monstre assoiffé de sang et de café ! Car les zombies ne reviennent que pour reprendre ce dont ils étaient accros de leur vivant. On voit clairement le lien avec l’œuvre de Roméro qui dénonçait la société de consommation et la course au consumérisme. Le message est clair et sans appel dans ce film, l’humanité court à sa perte et toute cette affaire finira mal comme se plaît à le répéter le personnage d’Adam Driver. Sous ses oripeaux de petit film sympathique, la charge est lourde sur nos travers et tous les aspects négatifs du développement humain (le réchauffement climatique, l’épuisement de la planète, la consommation à outrance, les nationalismes...) sont plus ou moins traités sur un ton léger puis parfois plus sérieux, voire très noir avec notamment les dix dernières minutes tout bonnement magistrales.

La technique est formidable avec un film très beau, une musique omniprésente qui accompagne merveilleusement bien le propos et les scènes souvent contemplatives. Les acteurs s’en donnent à cœur joie (et quels acteurs !), sans cabotinage et avec un plaisir réel de participer à l’aventure. Pas très sanglant pour ne pas tomber dans la surenchère, très drôle et décalé, on passe vraiment un très bon moment. À voir absolument !

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jeudi 9 mai 2019

"Us" de Jordan Peele

Us afficheL'histoire : De retour dans sa maison d’enfance, à Santa Cruz sur la côte Californienne, Adelaïde Wilson a décidé de passer des vacances de rêves avec son mari Gabe et leurs deux enfants : Zora et Jason. Un traumatisme aussi mystérieux qu’irrésolu refait surface suite à une série d’étranges coïncidences qui déclenchent la paranoïa de cette mère de famille de plus en plus persuadée qu’un terrible malheur va s’abattre sur ceux qu’elle aime. Après une journée tendue à la plage avec leurs amis les Tyler, les Wilson rentrent enfin à la maison où ils découvrent quatre personnes se tenant la main dans leur allée. Ils vont alors affronter le plus terrifiant et inattendu des adversaires : leurs propres doubles.

La critique Nelfesque : Tension est le mot qui me vient lorsque je me remémore le visionnage de ce film que nous avons été voir en salle lors de sa sortie. Après avoir aimé le précédent long métrage du réalisateur, "Get out", c'est tout naturellement que nous avons décidé d'aller voir cette nouvelle production. Ici, il est encore une fois question d'identité mais les problématiques et le ton sont différents.

Un malaise plane sur la vie d'Adélaïde, cette femme qui enfant a vécu un événement traumatisant, et ensuite tu, lors d'un séjour à Santa Cruz. Aujourd'hui mariée et mère de deux enfants, elle revit cette angoisse à l'approche des lieux de son traumatisme. L'angoisse va aller crescendo et se révéler fondée. Que s'est-il réellement passé dans cette fête foraine de son enfance ? Quel jeu se rejoue aujourd'hui dans la maison de son enfance ? Et qui sont ces gens qui au beau milieu de la nuit vont les prendre pour cible ?

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"Us" n'est pas un film comme les autre, un énième film d'horreur cliché jouant sur le jump scare jusqu'à la nausée. "Us" est fin, intelligent, angoissant. Il prend le spectateur en otage, lui faisant se poser mille et une questions. Bien plus qu'un simple home invasion, ce film joue sur les ambiances. On ne saute pas littéralement de peur dans nos sièges mais la tension nous prend aux tripes.

Imaginez voir apparaître chez vous, dans votre maison de vacances, des gens vous ressemblant étrangement mais présentant des troubles certains. Ces personnes vous attaquent, sans dire un mot, se comportent d'une façon qui n'est pas naturelle et semblent vouloir vous faire du mal. La situation est incompréhensible, la peur surgit. On est ici dans l'étrange, l'inconnu et la peur de cet autre qui pourrait être nous.

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Et c'est dans la seconde partie du film que "Us" dévoile tout son intérêt. Lorsque l'on commence à comprendre qui sont ces gens, pourquoi ils sont là et surtout d'où ils viennent. Je n'en dirai pas beaucoup plus pour ne pas dévoiler l'intrigue mais sachez que vous allez alors avoir affaire à des scènes en miroir superbement construites et brillamment orchestrées. La photographie est bluffante, l'idée fait froid dans le dos et les acteurs sont bluffants. Quant à la bande son, elle accompagne avec brio l'image. Loin de la caricature et de la facilité, Jordan Peele nous livre ici un long métrage qui marque l'histoire du film de genre. Un film bien plus intelligent qu'il n'y parait et qui hantera longtemps votre esprit.

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La critique de Mr K : 6/6. Sacrée claque à nouveau avec ce réalisateur qui décidément renouvelle bien le film de genre avec chacun de ses films successifs. Get out m’avait bien plu (surtout la première partie) et réussissait le tour de force de conjuguer bon film d’horreur avec satire sociale féroce. Jordan Peele remet le couvert avec Us qui met une famille américaine black aux prises avec des doubles mal-intentionnés auxquels ils vont devoir échapper.

La première partie du film s’apparente clairement à un Home invasion. On commence par une vingtaine de minutes où le spectateur découvre une petite famille qui part en vacance dans la résidence de vacances familiale. Sans clichés et plutôt bien ficelée, la caractérisation nous présente un papa très cool, une maman un peu flippée à l’idée de revenir sur les lieux d’un drame qu’elle a vécu gamine (scène d’introduction terrible) et deux enfants qui se chamaillent mais s’aiment beaucoup. On les apprécie, on aime le ton léger qui se dégage des dialogues, des situations. Bref, on les aime bien ! Mais voila que pendant la première nuit, une étrange famille apparaît dans le jardin et commence à les séquestrer. Tension psychologique, courses poursuites avec effets de scare jump… on est dans le classique. C’est efficace mais au final ça ne casse pas des briques.

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Lorsque l’action finit par changer de lieu (difficile de ne pas spoiler, mais rassurez vous ce sera le cas jusqu’au terme de cette chronique), le film prend une toute autre dimension. Derrière une histoire qui pourrait s’apparenter au thème classique de maniaques attaquant des innocents ou une énième variation autour du doppelgänger se cache un film drôlement malin qui va très loin dans les révélations successives. Derrière des détails qui paraissaient au départ anodins, il y a une vérité terrifiante à laquelle vont être confrontés les héros. Le film reste axé film de genre mais en filigrane on devine un certain nombre de thématiques très contemporaines liées aux USA. Jordan Peele n’a pas pu s’empêcher de traiter en parallèle la césure qui existe dans nos sociétés avec les notions d’exploitation et d‘individualisme, la déshumanisation du monde du travail notamment ou encore le consumérisme excessif (compétition savoureuse entre les deux amis pères de famille).

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Je n’en dirai pas plus sur le contenu, attendez-vous simplement à une surprise de taille et à un film finalement très dense sous ses aspects de slasher basique. Remarquablement réalisé avec des plans inventifs, une photo superbe (le même responsable que le cultissime It follow), une musique splendide qui trotte longtemps dans l’esprit du spectateur, un scénario retors et un switch final plus que génial, des acteurs au diapason avec notamment une Lupita Nyong’o au charme magnétique, ce film est un petit bijou d’inventivité et d’intelligence. Seul bémol, je n’ai pas vraiment eu peur une seule fois mais l’ambiance glauque et le background sont assez flippant dans leurs implications. Du bon et du grand cinéma comme on aimerait en voir plus souvent !

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dimanche 24 juin 2018

"L'Homme qui tua Don Quichotte" de Terry Gilliam

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L'histoire : Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste : ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité ? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie ? Ou l’amour triomphera-t-il de tout ?

La critique de Mr K : 6/6. On pourra dire qu’on l’a attendu celui-là ! Plus de vingt ans exactement suite à de nombreuses péripéties et déconvenues subies par l’équipe de tournage qui a parlé à raison de film maudit. Un documentaire en a d’ailleurs été tiré avec brio : Lost in la mancha. Rochefort n’étant plus de ce monde, Johnny Depp n’étant plus aussi enthousiaste, Gilliam s’est rabattu sur Jonathan Pryce et Adam Driver pour reprendre les deux rôles principaux de ce film complètement fou, véritable ode à la passion et à la rêverie dans un monde de plus en plus tourné sur lui-même.

Toby (Adam Driver) est le digne enfant prodigue de son époque. Il est bien loin le jeune apprenti cinéaste qui rêvait de cinéma inspiré que l’on aperçoit lors de quelques flashback. Devenu clippeur aseptisé et cynique, il a ce qu’il veut et évolue dans un univers basé sur les apparences et les arrangements où la morale n’a plus le droit de citer. Au cours d’un tournage, lors d’une balade à moto, il va retourner dans un petit village où il avait tourné un film de fin d’étude avec des amis sur le thème de Don Quichotte de Cervantès. Cette expérience a laissé des traces et a eu des conséquences à long terme sur les lieux et les habitants du cru notamment sur un vieux cordonnier qui ne s’est pas remis du tournage et se prend pour Don Quichotte lui-même ! À la suite d’un concours de circonstances délirant, voila Toby transformé en Sancho Panza à l’insu de son plein gré, forcé de suivre le vieux fou pour un voyage décalé entre délire psychotique, voyage initiatique et redécouverte de soi.

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Je suis un amoureux de Terry Gilliam dont j’ai adoré tous les films (sauf Les Frères Grimm, une bouse à mes yeux) dont tout particulièrement Brazil, un de mes trois films préférés et le tout aussi fabuleux Fisher king. On retrouve son goût pour les scènes survitaminées, la truculence de certains personnages complètement barrés et son engagement de longue date pour le droit de rêver, de se comporter différemment des autres. Aidé par deux acteurs principaux habités par leurs rôles respectifs (les seconds couteaux ne sont pas mal non plus !), Gilliam nous offre une fois de plus une œuvre hybride et profondément bouleversante. C’est bien simple, on passe par tous les états, rires et larmes se mêlent avec des moments à l’intensité forte. Malgré des scènes bien space, on ressent une empathie profonde pour la quête de sens du personnage principal. Derrière les visions faussées, les humiliations subies et les découvertes improbables, on ressent intensément le décalage entre l’individu ivre de liberté et une société trop rigide et autoritaire qui brise les rêves. L’échappatoire ne semble alors résider que dans la mort ou la folie. Rappelez vous la fin de Brazil...

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Magnifiquement réalisé (on n’en attend pas moins de ce génie), le rythme trépidant est constant, sans temps mort, seulement émaillé parfois de scènes ubuesques et de moments plus intimistes qui frappent fort. Les moments d’échange, de confrontation et de communion en sortent transcendés, transportant le spectateur loin, très loin dans une Espagne contemporaine mâtinée de fantastique au fil du périple accompli. On s’attend à tout avec un scénario pareil et franchement, on n’est pas déçu. 2H12 d’envolées dans une spirale d’émotions doublée d’une réflexion unique sur notre monde, un programme comme je les aime et que je vous conseille de voir urgemment si vous voulez sortir des sentiers battus en matière de cinéma !

Posté par Mr K à 18:04 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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