lundi 20 novembre 2017

"Le Jour où mon pénis est tombé" de David Duranteau

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L’histoire : Je m’appelle Fabrice Carmen, j’ai 43 ans, je suis le présentateur vedette de la matinale d’une grande radio française.

J’ai du fric, je suis connu, les meufs m’adorent, je suis le mec que tout le monde rêve d’être... Sauf que récemment les petits désagréments s’accumulent... Mon pénis, par exemple... Il est tombé, un matin, sous la douche... Ça fait un choc de le voir à côté de la savonnette... Et cette nouvelle animatrice à la radio qui ne porte jamais de culotte, c’est la fille d’un cinéaste connu, je crois qu’elle essaie de me piquer ma place... Et comme une apothéose, à l’instant où je vous parle, une femme est allongée sur mon canapé hors de prix, une coupe de champagne plantée dans la gorge... Je m’allumerais bien une clope, moi...

La critique de Mr K : Lecture étonnante dans son genre aujourd’hui avec Le Jour où mon pénis est tombé de David Duranteau qui a directement contacté le blog pour savoir si nous étions intéressés par la lecture de son livre que l’on trouve à l’achat sur certaines plate-formes internet. Le message débridé de contact et le résumé du bouquin m’ont de suite convaincu et c’est sur la liseuse de Madame que j’entreprenais cette lecture.

Appelons un chat un chat, Fabrice Carmen est un con. Impossible de pouvoir trouver quoique ce soit de positif ou d'engageant chez cet animateur imbu de lui-même, d’une suffisance rare et phallocrate assumé. Monsieur vit dans son monde, sans réelle attache et se comporte de façon abjecte avec les gens, notamment les femmes. Tout bascule le jour où il perd malencontreusement son membre viril dans la douche. Les événements vont s’enchaîner avec pour commencer la rencontre avec une chirurgienne au charme certain (très gênant pour un mec sans attache comme Carmen), le meurtre d’une concurrente dans son propre logement et les emmerdeurs qui semblent s’accumuler dans ses relations. La vie bien étriquée et gérée du héros devient un véritable enfer pour le grand plaisir sadique des lecteurs.

Ne perdant pas de temps avec les préliminaires (ce qui convient très bien à un personnage comme Fabrice), David Duranteau rentre de plein pied dans son sujet. Placé dans la tête de l’animateur radio, on se rend très vite compte à qui on a affaire. Détestable, le personnage est d’un cynisme de tous les instants et démolit tout ce qui passe : les personnes, le moindre concept, la vie, la mort... bref, rien n’échappe à sa hargne et à sa détestation. Véritable filtre de notre société actuelle, Fabrice n’aime rien ni personne si ce n’est sa petite personne (on n’est pas loin d’American Psycho par moment, la drolitude en plus !). On se fend évidemment bien la poire devant tant de verbiage et de critiques assumées ou non (puisqu'oon pénètre dans son esprit par moment).

Pour autant, l’auteur multiplie les angles et la temporalité du récit. Très vite, on passe de personnages en personnages en faisant à l’occasion de légers flashback, le temps est alors distendu pour ajouter quelques éléments de plus à l’intrigue. C’est très malin et assez original, une fois le pas pris, on s’amuse beaucoup surtout que le moindre personnage n’hésite pas à dévider ses états d’âmes. Dans le genre, on est gâté entre des flics bien barrés qui à l’occasion dansent la valse dans le hall du commissariat, une collègue de la radio qui n’a pas froid aux yeux (ni aux fesses d’ailleurs), un chauffeur de taxi amoureux fou de sa femme et légèrement mono-maniaque (mais alors très légèrement...), une voisine de palier gothique timbrée sur les bords et une foule de personnages plus décalés les uns que les autres. C’est une des grandes forces de l’ouvrage qui propose des personnages et des situations vraiment ubuesques, le tout agrémenté à l’occasion d’un no-sense à l’anglaise qui fait mouche.

On rigole donc énormément mais pas seulement. Derrière la gaudriole, les vannes et les critiques acerbes, c’est un beau panorama de notre société que brosse l’auteur avec des passages bien corsés sur le monde de l’entertainment et du spectacle, le consumérisme, l’individualisation des esprits. Sans morale (bien au contraire d’ailleurs), tous les aspects de nos vies sont décortiqués et livrés en pâture à un personnage repoussoir qui livre quelques vérités, assénées sans ambage ni gants. Sans tomber dans la surenchère (c’est le risque avec ce genre d’ouvrage), tout est digeste et se glisse au bout d’un moment parfaitement dans un trame policière plus classique qui permet de prolonger le plaisir.

logo-epubQuant à l’écriture, elle sort des sentiers battus aussi. Je pense qu’elle peut plaire autant que l’inverse, personnellement j’ai apprécié ce ton libre et familier. Sorti en auto-édition, cet ouvrage n’est pas parfait en terme de forme pure (pas mal de coquilles à déplorer dans la première moitié du livre) mais le rythme, les situations barrées et le contenu valent le détour. Si vous aimez être surpris, vous faire peur si vous êtes un homme (ben ouais le titre fait mal quand même !) et surtout rigoler tout en vous moquant du monde actuel, foncez. C’est frais et efficace.

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lundi 6 novembre 2017

"La Servante écarlate" de Margaret Atwood

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L’histoire : Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, "servante écarlate" parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler... En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

La critique de Mr K : Attention chef d’œuvre ! Cet dystopie féministe et glaçante est un piège à lecteur amateur de SF. Une fois la lecture débutée, impossible de lâcher l’ouvrage tant on est happé par l’univers proposé et la langue envoûtante de l’auteure. Je me suis laissé tenter à cause du succès grandissant de la série qui a été adaptée depuis ce livre et comme Nelfe possédait l’e-book, c’était aussi l’occasion pour moi de lire en virtuel sur la liseuse de ma douce. À ce propos, même si je n’ai pas été à 100% converti, j’ai apprécié le changement malgré le manque d’odeur de papier et d’encre ! Mais revenons à ma lecture de l’ouvrage de Margaret Atwood.

Nous suivons le récit à travers les yeux d’une servante écarlate, une de ces femmes dont la fonction est la reproduction. Dans ce monde dictatorial où les intégristes chrétiens ont pris le pouvoir, la fécondité est en berne et les plus riches peuvent avoir sous leur coupe une servante vêtue de rouge pour avoir un enfant, elles ne sont qu’un réceptacle vide qui doit concevoir un enfant lors de ses phases d'ovulation avec le maître des lieux lors d’une cérémonie rigide et codifiée. L’héroïne nous fait part de son quotidien très routinier et à travers lui les changements qui ont été opéré par l’instauration de ce nouveau régime patriarcal et impitoyable envers tous ceux qui n’obéissent pas au dogme. S’intercalent entre ces passages narratifs quelques flashback sur sa vie d’avant, celle qu’elle vivait dans un monde libre et sans entraves. Peu à peu, on apprend à mieux la connaître et quelques menus changements dans son existence vont bouleverser sa vision du monde et sa volonté de suivre les préceptes. Le grain de sable fera boule de neige et va précipiter les événements...

Étrange ambiance que celle tissée par l’auteure durant tout l’ouvrage, l’approche intimiste adoptée par la focalisation interne donne lieu à un rythme lent et posé très dérangeant. À travers les souvenirs et expérience de l’héroïne, on prend connaissance d'un certain nombre d’atrocités qui paraissent presque banales vu la façon de les relater de la fameuse servante écarlate. La première partie est surtout consacrée à la vie dans la maison du commandant avec ses règles, ses personnels et les rapports instaurés entre chacun. Le monde est devenu froid, impersonnel et terriblement clos. Nulle place pour les sentiments ou le moindre loisir ou amusement, tout le monde est à plaindre entre les serviteurs dévoués corps et âmes à leurs employeurs (un rêve pour le MEDEF -sic-) et des femmes-épouses désespérées de ne pouvoir avoir d’enfants qui s’abrutissent à l’alcool, jalouses des prérogatives du mari sur les servantes écarlates. La tension est palpable tout au long du roman, le lecteur navigue en eaux troubles se demandant bien comment la situation va évoluer tant on sent que l’équilibre instauré par la famille et les autorités est instable et précaire.

Le monde qui nous est donné à voir est assez effroyable dans son genre. La dictature aliène les individus et ici plus particulièrement les femmes qui se retrouvent du jour au lendemain reléguée au bas de l’échelle sans plus aucune possibilité de s’émanciper et sans droits réels, cantonnées à vivre à travers leur père, leur frère, leur mari ou leur employeur. La dénonciation est ici forte et sans appel sans pour autant être frontale. Elle est plutôt insidieuse, grandissante au fil du récit lors des différentes révélations qui nous sont faites lors des journées de la servante ou de ses flashback relatant sa vie d’avant le changement. Le souffle est à la fois puissant et précis, d’une redoutable efficacité. L’unité de lieu contribue à cette puissance, l’action se déroulant essentiellement dans la maisonnée qui en elle-même est le symbole de la nouvelle société parfaite voulue par un pouvoir réactionnaire.

Ce livre est aussi une belle dénonciation des rouages d’un système totalitaire avec en premier lieu la mollesse des foules et des démocrates de tout bord au moment de la prise du pouvoir, cette tendance à se dire que finalement ce n’est pas si grave et que ça passera. Sauf qu’ici (comme en 1922 en Italie, en 1933 en Allemagne ou dans une moindre mesure en 2016 aux USA) le résultat est terrifiant avec la suppression de toutes les libertés individuelles, le flicage généralisé et la répression féroce qui en découle avec des humiliations et exécutions publiques. Pour autant, rien de moralisateur ou de grossier dans cette condamnation, simplement l’observation froide des faits et du déroulé. Je vous garantis qu’on en a les tripes et le cœur chamboulés, quand on voit l’évolution du monde contemporain, on se dit qu’il est plus que temps de lire un tel livre.

logo-epubL’action finit par s’accélérer avec son cortège de circonvolutions scénaristiques où l’on retrouve des ficelles classiques mais efficaces comme l’alliance de deux personnages, de la jalousie et de la trahison, des drames épouvantables mais aussi de petites joies. Tout coule et découle à merveille avec une science de la narration hors pair et une écriture fluide, simple et accessible. On ressort à la fois choqué, émerveillé et conquis par un ouvrage vraiment réussi. Un must dans son genre, ne passez pas à côté. Quant à moi, je vais au plus vite regarder l’adaptation pour voir si elle est à la hauteur de sa réputation.

mardi 28 mars 2017

"Chanson douce" de Leïla Slimani

Chanson douce

L'histoire : Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.

La critique Nelfesque : Cela fait un petit moment que j'avais entendu parler de "Chanson Douce" de Leïla Slimani. En premier lieu parce qu'il avait fait grand bruit lors de sa publication en pleine Rentrée Littéraire 2016, ensuite parce que ce roman a reçu la même année le célèbre Prix Goncourt. Ce qui a engendré encore plus de lectures, dont la mienne. Après le très bon Goncourt des Lycéens, "Petit pays" de Gaël Faye, j'avais envie de voir si son aîné était tout aussi bien mérité.

"Chanson douce" a la réputation d'être un roman très fort. Beaucoup de mamans lectrices n'ont pas pu le lire ou ont été choquées par son histoire et notamment la scène très dure qui débute ce roman. Et pour cause, on commence ici avec la découverte d'une scène macabre où les deux enfants en bas âge d'un jeune couple ont été massacrés par leur nounou. Pourquoi cet acte et comment est-il arrivé ?

Je n'ai pas d'enfants et j'aime les romans noirs, les scènes chocs et les romans qui font réfléchir sur la nature humaine. Avec cet ouvrage de Leïla Slimani j'ai été servie ! L'écriture est simple et tout à fait accessible. N'ayez donc aucune crainte en voyant le bandeau "Prix Goncourt" ici, il est très facile à lire de par sa construction et le vocabulaire employé. L'auteure nous présente ici une histoire ordinaire, banale, un drame qui pourrait arriver dans n'importe quel foyer. Et c'est sans doute cela qui glace le plus le lecteur...

La recherche d'une nounou c'est une rencontre qui nait d'un besoin. Ici Myriam va reprendre son métier d'avocat et une solution doit être trouvée pour permettre à toute la petite famille de continuer à fonctionner correctement. Après plusieurs entretiens, le choix se porte sur Louise, une femme plus âgée, douce et très proche des enfants. Avec elle tout parait naturel. Très arrangeante, elle aime faciliter la vie de ses employeurs et va au delà de ce pour quoi elle a été engagé. La famille de Myriam, c'est sa famille. C'est ainsi que petit à petit elle va prendre de plus en plus de place dans ce foyer jusqu'à y faire planer une ombre malsaine. Lorsque les jeunes parents se rendent compte que la situation dérape, il est déjà trop tard et le drame implacable et froid des premières pages est inéluctable.

Cette lecture est forte car elle va chercher chez chaque lecteur sa capacité de compréhension. Il n'y a pas de suspens ici, un meurtre a eu lieu et on connaît déjà le nom du coupable. La seule question qui subsiste est "pourquoi ?". Sur 220 pages, ce qui est finalement très court, Leïla Slimani va nous présenter la situation, nous faire rentrer dans la bulle de cette famille, nous donner à voir son mode de fonctionnement et surtout nous présenter Louise. En peu de pages, elle détourne le cerveau du lecteur sans jamais donner de réponses précises. L'homme n'est pas une machine avec des fonctions bonnes ou mauvaises, la nature humaine est bien plus complexe et les "et si..." sont légion. Etait-il possible d'éviter ce drame ? Si oui, à quel moment ? En n'engageant pas Louise ou bien plus tôt dans sa vie personnelle ? Chaque acte extrême a un point de départ, une racine, un terreau à analyser pour qui veut bien y mettre les mains et essayer de comprendre.

logo-epubDans ce roman humain par les sentiments qu'il dégage et pourtant tout ce qu'il y a de plus factuel dans son approche, l'auteure questionne l'homme avec pudeur et discrétion. Elle met le doigt sur nos souffrances, nos ambiguïtés et nos contradictions. Ambiance glaçante, drame inéluctable, le lecteur est happé dans cette histoire sordide et cette atmosphère malsaine dont on ne peut plus détacher le regard avant la dernière page. Un roman qui fait froid dans le dos...

mardi 28 février 2017

"Orgueil et préjugés" de Jane Austen

Orgueil et préjugésL'histoire : "Orgueil et préjugés" est le plus connu des six romans achevés de Jane Austen. Son histoire, sa question, est en apparence celle d'un mariage: l'héroïne, la vive et ironique Elizabeth Bennett qui n'est pas riche, aimera-t-elle le héros, le riche et orgueilleux Darcy ? Si oui, en sera-t-elle aimée ? Si oui encore, l'épousera-t-elle ? Mais il apparaît clairement qu'il n'y a en fait qu'un héros qui est l'héroïne, et que c'est par elle, en elle et pour elle que tout se passe.

La critique Nelfesque : "Orgueil et préjugés" est un classique qu'il faut absolument avoir lu selon les amateurs de littérature anglaise. C'est le roman préféré de nombreuses lectrices que j'ai pu croiser et je dois avouer que j'étais quelque peu intriguée. Soit, je me lançais donc dans la lecture de ce "must read" de Jane Austen, pleine d'entrain et d'envie même si les romances XIXème s'éloignent de mes lectures habituelles (bon, j'ai adoré la série "Downton Abbey" alors ça devrait le faire). Je suis une gue-din ! J'y vais !

On suit ici l'histoire de la famille Bennett et plus particulièrement les filles de Mr et Mrs. Bennett. Au nombre de cinq, elles sont toutes différentes. L'une est discrète et posée, l'autre est gaie et téméraire, une autre studieuse et ennuyeuse et les deux plus jeunes écervelées et inconséquentes. Leur mère n'a qu'une idée en tête : marier ses filles avec des hommes bien pourvus afin de leur assurer un bel avenir. Car pour Mrs. Bennett, un bel avenir et le bonheur passent par une bonne condition sociale et une bonne rente. Au milieu de ces piaillements, considérations féminines et emphases grandiloquentes, Mr. Bennett attire la sympathie du lecteur avec son ironie et ses touches d'humour même si lui aussi n'est pas exempt de défauts...

Bien que n'ayant pas complètement adhéré à l'oeuvre de Jane Austen, je suis contente d'avoir découvert ce roman. Je connaissais de nom l'adaptation faite pour la BBC avec Colin Firth mais je ne m'étais pas plus penchée dessus, me disant qu'un jour je lirai le roman avant de voir la série. C'est maintenant chose faite et j'ai pu dans la foulée visionner l'adaptation télévisée diffusée en 95.

Le principal défaut que j'ai trouvé à "Orgueil et préjugés" c'est sa redondance. Tout tourne inlassablement autour de la quête du mari ou du gendre. Les conversations ne sont que médisance, calculs et apparences. Par la même, Jane Austen dépeint la société de son époque et avec ironie pointe du doigt cet aspect là et le fait qu'une femme doit à tout prix épouser quelqu'un. Personnellement, ça ne m'a pas passionnée et ça m'a même perdue en route quelques fois. Heureusement, les répliques pleines de second degré de Mr. Bennett et les piques d'Elizabeth ont sauvé ma lecture.

J'ai bien conscience ici de faire bondir les austeniens mais svp ne me jetez pas des pierres (ou alors des tout petits cailloux (merci, c'est gentil)). La première partie de lecture fut laborieuse, il y a beaucoup de redites, l'auteure insistant énormément sur l'occupation principale des dames de cette époque. Du coup, on tourne autour du pot et c'est très cucul. Les féministes d'aujourd'hui peuvent bondir sur leurs sièges, c'est cadeau ! J'ai trouvé l'ensemble bien plat et sans intérêt (ou du moins, très loin des miens qui sont encore plus loin de ceux des femmes du XIXème siècle). Le dernier tiers est plus intéressant à mon sens et on se laisse prendre au jeu. Au fil des pages, on s'attache aux personnages et on a envie de connaître le fin mot de l'histoire mais globalement je peux dire que je me suis ennuyée (Aïe ! Non j'avais dis, pas des pierres !). Les pratiques courantes de l'époque sont tellement éloignées des nôtres aujourd'hui qu'il m'a fallu fournir un gros effort de contextualisation. Non mais imaginez un peu qu'aujourd'hui votre mère vous vende au plus offrant et fasse des oeillades et des ronds de jambes, jusqu'à vous en faire honte, à un prétendant non pas pour ses beaux yeux ou sa sympathie mais pour son argent !? Hum, perso, je manque de m'étouffer en lisant ça...

Je me suis tout de même amusée à noter les références et similitudes avec "Bridget Jones" pour son personnage de Darcy, son caractère et les quiproquos présents dans les deux ouvrages. Toute fière de moi, j'ai appris par la suite que Helen Fielding s'était largement inspirée de Jane Austen pour construire son histoire et ne s'en cachait pas du tout (ahah, pour le scoop, je peux repasser !). Toujours est-il que ce petit jeu des 7 différences m'a pas mal divertie et encore plus en visionnant tout de suite après la série de la BBC où Colin Firth endosse le rôle de Darcy (également Darcy, dans Bridget). Une anecdote sympa.

"Orgueil et préjugés" est un ouvrage incontournable lorsque l'on évoque la littérature anglaise du XIXème. Ce n'est pas une lecture aisée pour ceux qui comme moi ne sont pas habitués à lire des classiques ou n'ont pas une âme très fleur bleue mais c'est tout de même satisfait que l'on tourne la dernier page. Moi aussi je pourrai dorénavant dire "je l'ai lu" !

logo-epubCet ouvrage ainsi que tout ceux de Jane Austen sont dans le domaine public et peuvent être téléchargés en toute légalité ici.

mercredi 25 janvier 2017

"Autre Monde T1 : L'Alliance des Trois" de Maxime Chattam

Autre-Monde T1

L'histoire : Personne ne l'a vue venir. La Grande Tempête : un ouragan de vent et de neige qui plonge le pays dans l'obscurité et l'effroi. D'étranges éclairs bleus rampent le long des immeubles, à la recherche de leurs proies, qu’ils tuent ou transforment... Après leur passage, Matt et Tobias se retrouvent sur une Terre ravagée, différente. Désormais seuls, ils vont devoir s’organiser. Pour comprendre. Pour survivre... à cet Autre-Monde.

La critique Nelfesque : Lors de mes dernières lectures de romans de Chattam, à savoir respectivement "Que ta volonté soit faite" et "Le Coma des mortels", j'avais crié haut et fort que l'on ne m'y reprendrait plus jamais avec cet auteur tant ses deux dernières parutions m'ont déplu, agacée et mise en colère (oui rien que ça, je vous invite à lire les chroniques dédiées pour voir le détail). C'était sans compter sur le Book Club de ce mois ci et l'avis de nombreux lecteurs m'affirmant que cette saga "Autre-Monde" n'avait absolument rien à voir avec les autres thrillers de Chattam et que c'était vraiment très chouette. J'ai hésité (pas trop longtemps), ladite saga fait tout de même 7 tomes (!) puis je me suis laissée tenter. Une lecture jeunesse dans un monde fantastique pour la période des fêtes de Noël, ça ne se refuse pas !

Me voici donc plongée dans cet "Autre-Monde" qui a fait tant d'adeptes. Effectivement ici point de meurtres sanglants, point de propos moralisateurs ou d'égo démesuré de la part de l'auteur (je vous ai dit que j'étais en colère) mais un monde intrigant où roman jeunesse et monde fantastique se côtoient. J'ai fait fi de mon a priori négatif et me suis plongée dans cette aventure, comme j'aurais pu le faire à 14 ans et j'ai dévoré ce premier tome assez rapidement.

Matt et Tobias sont deux adolescents. Amis depuis qu'ils sont tout petits, ils vont devoir faire face ensemble à un événement sans précédent et lutter pour leur survie. Cet événement est des plus surprenants et incompréhensibles. Lors d'une tempête de neige, d'étranges éclairs bleus vont zébrer le ciel de New-York et faire disparaître les adultes de la surface de la Terre. Les enfants sont alors livrés à eux-même, dans l'incompréhension la plus totale. Nous suivons donc un groupe de pré-ados et d'ados dans une nouvelle communauté où tous les repères ont changé.

L'histoire est intrigante, l'auteur maîtrise le suspens et les retournements de situations et globalement cette "Alliance des Trois" se lit très bien. L'ouvrage compte presque 500 pages mais on ne voit pas le temps passer. Très efficace donc dans son déroulé et avec des personnages attachants, l'ensemble n'en est pas moins perfectible. Les sagas jeunesse pullulent ces derniers temps, les auteurs et les maisons d'édition ayant bien compris que les plus jeunes avaient de plus en plus d'appétence pour les sagas fantastiques. Cela est heureux mais il est aussi de plus en plus difficile de faire dans l'originalité... Lorgnant clairement du côté de Stephen King dès les premières pages, l'ouvrage s'en éloigne ensuite (et encore pas totalement, si on se réfère à des oeuvres telles que "Ça" où les enfants se liguent contre une entité maléfique) pour donner au lecteur un goût d'Harry Potter dans l'apprentissage de pouvoirs qu'il va falloir dompter. Voilà voilà...

logo-epubRien de nouveau sous le soleil donc mais un premier tome qui donne envie d'en voir davantage et de laisser sa chance à la saga qui peut-être par la suite s'éloignera des ouvrages et auteurs cultes pour tracer son propre chemin. "L'Alliance des Trois" est un tome que j'aurais préféré lire plus jeune, vierge de références incontournables dans le domaine du fantastique, et ainsi me laisser plus surprendre par cet "Autre-Monde" qui de par ses personnages est tout à fait intrigant. A suivre !

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jeudi 6 octobre 2016

"Miss Peregrine et les enfants particuliers" Tome 1 de Ransom Riggs

miss peregrine t1L'histoire : Jacob est un ado comme les autres, excepté qu'il se pose des questions sur son mystérieux grand-père. Quelles sont ces étranges photos d'enfants qu'il lui montrait quand il était petit ? Les histoires qu'il lui contait sur eux étaient-elles vraies? Et pourquoi disparaissait-il aussi souvent ?
Tout s'accélère le jour où il le retrouve blessé dans son jardin. Jacob a vu des monstres, il en est sûr, et personne ne veut le croire. Il ne lui reste qu'à suivre les dernières instructions qu'a murmuré son grand-père avant de rendre son dernier souffle...

La critique Nelfesque : C'est à l'approche de la sortie en salle du film de Tim Burton, adaptation du premier tome de la saga du même nom, "Miss Peregrine et les enfants particuliers", que j'ai eu envie de découvrir l'ouvrage de littérature jeunesse originelle. Depuis que j'ai vu la bande annonce, j'ai fortement envie de le voir (d'ailleurs RDV est pris ce week-end !) et cette lecture s'est faite sur un coup de tête.

Nous suivons l'histoire de Jacob, jeune pré-adolescent qui va perdre son grand-père dont il est très proche dans des circonstances particulières et quelques peu obscures. En effet, depuis sa plus tendre enfance, ce dernier lui a raconté des histoires de monstres, d'orphelinat et d'enfants particuliers. Des histoires qui, petit, le fascinaient, mais qui, en grandissant, lui ont laissé quelques doutes quant à leur véracité. Perturbé par sa perte, il va entreprendre de retrouver cet endroit magique dont son grand-père lui a toujours parlé et faire la connaissance des enfants particuliers, en apprenant ainsi un peu plus sur ses origines et sur lui-même...

Le lecteur est tout de suite pris dans l'histoire. On rentre rapidement dans le vif du sujet, l'auteur éveillant notre curiosité dès les premières pages, et c'est un voyage fantastique que l'on s'apprête alors à faire entre découvertes mystérieuses, univers singulier et fond historique.

J'ai vraiment été séduite par ce premier tome et je compte bien enchaîner rapidement sur les deux suivants. L'ambiance est soignée, on s'attache aux personnages et l'entrée dans l'univers de Ransom Riggs est passionnante. On découvre dans ce monde des personnages merveilleux aux capacités étranges, une kyrielle d'enfants énigmatiques suscitant la curiosité du lecteur et on se surprend à vouloir accompagner Jacob dans cet autre monde. J'aurais adoré découvrir cet univers et cette saga à l'âge du personnage principal !

Curieuse de découvrir maintenant l'adaptation de Burton, je ne rentrerai ici pas plus dans les détails pour ne pas dévoiler trop d'éléments de l'intrigue à ceux qui vont courir au cinéma cette semaine. Je n'ai qu'une chose à dire et un conseil à donner : lisez le roman ! Il vaut vraiment le coup d'oeil tant l'imaginaire du lecteur est sollicité et alimenté d'images foisonnantes. C'est presque dommage de poser bientôt à jamais les images de l'adaptation sur cette oeuvre évocatrice et féerique. Verdict dans quelques jours !

logo-epubJ'ai lu ce roman dans le cadre d'une LC mise en place par Love_sets et partagé avec Orianne, Chatauxlivres, addictolivres, Manon, valouantoine, SapereAude, lectures de rêveusecoffeebook, LecturesenB, mandorla, Fille-de-lecture, lulusque, Leeloo lit tout et CharlotteBoKeuse, autant de lectrices / blogueuses que je ne connaissais pas et que j'ai pris plaisir à rejoindre le temps d'une lecture.

Posté par Nelfe à 17:15 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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lundi 27 juin 2016

"L'Aîné" de Christopher Paolini

l'aine paoliniL'histoire : Eragon et Saphira, sa dragonne, sont à peine sortis vainqueurs de la bataille de Farthen Dûr que des Urgals attaquent de nouveau et tuent le chef des Vardens. Nasuada, sa fille, est nommée à leur tête. Après lui avoir porté allégeance, Eragon entreprend avec Saphira un long et périlleux voyage vers Ellesméra, le royaume des elfes, où ils recevront les enseignements du fameux Togira Ikonoka, l'Estropié qui est Tout.
Pendant ce temps, Roran, le cousin d'Eragon, organise la défense de son village contre les Ra’zacs. Le jeune homme est persuadé qu’il veulent récupérer la mystérieuse pierre trouvée par Eragon sur la Crête. De son côté, le royaume du Surda est toujours en lutte contre l'Empire de Galbatorix.
Eragon, Roran, les Vardens et les rebelles du Surda poursuivent désormais un seul et même but : détruire les forces du Mal.

La critique Nelfesque : Une à deux fois dans l'année, une envie de fantastique et de littérature jeunesse se fait sentir. Vous savez que d'ordinaire, c'est plutôt Mr K qui est friand de cet univers mais de mon côté je ne boude pas mon plaisir de croiser le fer et voler à dos de dragon à l'occasion. La lecture d'"Eragon" datant un peu, j'ai décidé de poursuivre ma découverte de la saga "L'Héritage" de Christopher Paolini avec ce second volet, "L'Aîné".

Cette saga est une aventure pure. L'Aventure avec un grand A avec péripéties, combats, créatures, dragons et paysages grandioses qui vont bien. Se lancer dans la lecture d'un Christopher Paolini, c'est la garantie d'être transporté dans un autre monde fait de magie, de complots et de grandes épopées.

Dans ce tome-ci, nous suivons d'un côté l'apprentissage d'Eragon et Saphira chez les elfes, à Ellesméra, et de l'autre l'exode de Roran, le cousin d'Eragon, et des habitants de Carvahall suite à la destruction de leur village. Le rythme se fait ici plus syncopé. Après un début sur les chapeaux de roues faisant immédiatement suite aux évènements survenus à la fin du tome précédent, c'est le moment de se poser et d'emmagasiner un maximum de connaissances pour Eragon et sa dragonne. Cela donne lieu à de nombreux passages d'apprentissage qui cassent quelque peu la dynamique de l'histoire et, bien qu'utiles pour la suite, font pointer un peu de lassitude du côté du lecteur. D'autant plus que les passages plus nerveux et haletants sont expédiés très rapidement en fin d'ouvrage. La grosse baston finale tient trop peu de place dans ces 804 pages (et oui, quand même !), déséquilibrant quelque peu l'ensemble.

Mais rassurez-vous, "L'Aîné" est tout de même un bon roman qui tient plus de l'ouvrage charnière que de l'épisode déterminant. On sent que l'auteur fait ici une transition et donne à voir une suite des plus appétissantes pour qui aime les situations tendues et les grandes batailles.

Le voyage de Roran et des habitants de Carvahall vers le Surda avec les Ra’zacs à leurs trousses est quant à lui beaucoup plus intéressant et passionnant. Sous la plume imagée de Paolini, on sent bien toute la tension présente au sein de cette troupe et tout l'enjeu de ce voyage. Longs périples et voyages en mer se côtoient donnant ici à "L'Aîné" un petit air des grands romans d'aventure classiques. Délectable à souhait et à haut pouvoir évocateur !

Du haut de mes 34 ans, j'ai pris beaucoup de plaisir à parcourir ces terres et je pense que je l'aurais encore plus apprécié si j'avais été dans l'âge ciblé ici (on peut conseiller cette saga à des lecteurs aux alentours de 10/11 ans, selon l'enfant) notamment pour ce qui concerne l'histoire d'amour qui pointe son nez du côté d'Eragon et qui me laisse de marbre. Mon coeur de pré-ado aurait peut être fondue...

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Avec ce second volet, le plaisir de lecture ne faiblit pas et la saga prend un nouveau tournant qui s'annonce passionnant pour la suite. Voici un cycle fantasy jeunesse bien dense et qui a tout pour plaire. Merci aux auteurs de donner autant envie aux enfants de lire ! Ce cadeau est précieux...

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mardi 7 juin 2016

"Confessions d'un gang de filles" de Joyce Carol Oates

confessions d'un gang de fillesL'histoire : Un quartier populaire d’une petite ville de l’État de New York dans les années 1950. Cinq lycéennes, pour survivre et se venger des humiliations qu’elles ont subies, concluent un pacte, à la vie, à la mort : elles seront le gang Foxfire. La haine, et surtout celle des hommes, va les entraîner dans une impitoyable équipée sauvage.

La critique Nelfesque : Cela faisait un petit moment que je ne m'étais pas plongée dans un roman de Joyce Carol Oates. J'aime le côté torturé qui émane de son écriture, ses histoires qui prennent aux tripes... On ne ressort par indemne d'un roman de cette auteure. Ses écrits vous collent à la peau et restent longtemps dans votre esprit. C'est avec cette attente que je suis entrée dans "Confessions d'un gang de filles" et je n'aurais peut-être pas dû...

Nous suivons ici l'histoire d'un groupe d'amies. Adolescentes vivant dans une petite ville où tout le monde se connaît, Maddy, Goldie, Lana, Rita et Legs décident d'unir leurs forces, leurs espoirs et leur rage. Ensemble elles forment le gang "Foxfire". Seules, elles sont peu de chose, à 5, elles croquent la vie à pleine dent, prêtes à tout affronter, à s'imposer et à lutter. Une lutte contre le système, une lutte contre les injustices et les incompréhensions, une lutte contre les hommes, une lutte pour la liberté.

"Confessions d'un gang de filles" est le journal de Maddy. Un journal qu'aujourd'hui elle relit au lecteur pour lui faire comprendre les liens qui l'unissaient à ses compagnes de route. Amies / ennemies, choisies parce qu'elles ont toutes une faiblesse qui une fois mises ensemble n'existent plus, ces 5 jeunes filles s'aiment comme on s'aime à l'adolescence avec toute la naïveté, la fidélité et l'excès que cela implique.

Dans ce roman féministe, Joyce Carol Oates nous dépeint des personnages qui tiennent tête aux hommes, qui les défient et décident de ne pas s'y soumettre. Excessives parfois, elles sont l'anti-thèse de la femme au foyer des années 50. Leur rêve n'est pas de se marier et de fonder une famille. Elles veulent rester ensemble, ne compter que sur elles-même et dicter leurs lois. Oui mais voilà, leurs lois va parfois à l'encontre de "la" loi et ces gamines, qui ne sont que des écorchées de la vie, vont se retrouver confrontées au bâton, à l'injustice, au totalitarisme patriarcal et à un système qui tolère des gangs de mecs mais certainement pas des bandes de nénettes. De ce point de vue là, "Confessions d'un gang de filles" est un ouvrage salutaire mais, à mon sens, il manque une étincelle pour que le feu de Foxfire prenne.

Là où je m'attendais à une histoire poignante, à un jusqu'au-boutisme cathartique comme seule Joyce Carol Oates sait le faire, je n'ai trouvé qu'effleurement et superficialité. Ce sentiment vient en très grosse partie du choix qu'a fait l'auteure de nous relater les faits sous forme de journal. La narratrice est l'une de ces jeunes filles, ce n'est pas une professionnelle de l'écriture et Oates a construit tout son roman avec ce postulat de départ. Certains y trouveront la fraîcheur de la jeunesse et un amateurisme touchant. De mon côté, cela a été un frein à l'empathie. On ne retrouve pas ici la boule d'angoisse, le malaise grandissant à chaque page que l'on a pu ressentir avec d'autres romans de cette auteure. On voit poindre la violence sous chaque acte, dans chaque dialogue. J'aurai voulu qu'elle explose et qu'elle se ressente véritablement. Ce n'est pas l'histoire qui est en cause mais réellement ce choix d'écriture. Dommage pour moi...

logo-epub"Confessions d'un gang de filles" est une belle histoire d'amitié, un instantané de l'Amérique des années 50, un drame ordinaire. Vous l'aurez compris, je ne me suis pas sentie assez impliquée dans l'histoire pour réellement l'aimer mais les problématiques que cet ouvrage soulève sont intéressantes : sexisme, violence, perte de repères, démission parentale... Ce roman a été adapté au cinéma par Laurent Cantet (Palme d'Or pour "Entre les murs"). Je suis curieuse de voir qu'elle a été son approche de l'histoire. Peut-être accrocherai-je plus à sa vision qu'à celle de Joyce Carol Oates par les yeux de Maddy.

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mardi 15 décembre 2015

"Casse-Noisette" d'E. T. A. Hoffmann

Casse_noisetteL'histoire : Le soir de Noël, Marie s'endort, entourée de ses cadeaux. Elle a couché Casse-Noisette, le pantin de bois, dans un lit de poupée. Mais, lorsque l'horloge sonne le douzième coup de minuit, les jouets s'animent ! Casse-Noisette se prépare à affronter le terrible Roi des Rats pour sauver une princesse victime d'une affreuse malédiction. Marie, qui assiste au combat, se retrouve entraînée dans une aventure fantastique et périlleuse...

La critique Nelfesque : Décembre oblige, le Book Club de ce mois-ci a pour thème "L'Hiver". "Casse-noisette" de Hoffmann est la lecture idéale en cette période de fin d'année tant elle mêle esprit de Noël, enfance et rêverie.

Marie Stahlbaum est une petite fille ordinaire. Le soir de Noël, elle se voit offrir un pantin de bois qui la fascine et pour lequel elle développe tout de suite un amour sans bornes. Son frère, quant à lui, reçoit des petits soldats. A l'heure d'aller se coucher, Marie préfère rester un peu avec ses jouets afin de les admirer et leurs souhaiter bonne nuit. Minuit sonne alors à la grosse horloge de l'habitation et les jouets jusqu'ici inanimés commencent à bouger...

Ce conte date du début du XIXème et fait partie des "Contes fantastiques" de l'auteur, Ernst Theodor Wilhem Hoffmann. L'écriture est datée, les réactions des personnages sont bien loin de celles d'aujourd'hui mais il flotte sur ces pages un parfum de poésie. Tout d'abord interpellé par le style surannée de l'ouvrage, le lecteur se laisse emporter par la magie du conte.

Casse-Noisette va devenir au fil des pages un être vivant devant affronter les plus grands dangers. En effet, le Roi des Rats à sept têtes, souhaitant la mort de Casse-Noisette, va tout mettre en oeuvre pour se débarrasser de lui. Marie va alors aider ce dernier dans ce combat et faire en sorte qu'il retrouve sa place de Prince, en chair et en os. La morale de l'histoire est tout de suite lisible et l'adage "l'habit ne fait pas le moine" prend tout son sens ici. Les personnages sont stéréotypés, la petite fille est une "vraie" petite fille qui adore ses poupées, son petit frère est un "vrai" petit garçon qui joue aux petits soldats... Cela reste un conte pour enfants, ne le perdons pas de vue et la théorie du genre n'était pas sur toutes les lèvres à l'époque. Tout est là : une princesse, un méchant, un homme bon sous ses airs repoussants, un mystérieux conteur...

"Casse-Noisette" réserve de belles surprises au lecteur qui veut bien laisser ses certitudes d'adulte de côté et replonger le temps de quelques heures en enfance. Avec ce conte traditionnel, on se laisse peu à peu porter par la magie de l'histoire et ce voyage au pays des rêves est des plus agréables. A lire au coin du feu, un chocolat chaud à la main !

logo-epubCe conte ainsi que tous les "Contes fantastiques" d'Hoffmann sont dans le domaine public et peuvent être téléchargés en tout légalité ici. Quant au ballet, il a été diffusé il y a 2 ans pendant les fêtes de fin d'année sur Arte et est visible ici (l'histoire diffère quelque peu de l'oeuvre originelle mais personnellement j'ai été captivé par les tableaux proposés). Bonnes fêtes !

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mercredi 25 novembre 2015

"Les Hauts de Hurle-Vent" d'Emily Brontë

Emily-Bront--Les-Hauts-de-Hurle-VentL'histoire : Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l'ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s'approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste.

La critique Nelfesque : "Les Hauts de Hurle-Vent" est un classique de la littérature anglaise que je n'avais encore jamais lu. Pourtant ce dernier avait tout pour me plaire : un amour contrarié, une histoire de famille lourde, une ambiance pesante... C'est donc à l'occasion d'un Book Club (où chacun lit le même roman dans le mois pour en discuter tous ensemble à une date choisie) que j'ai décidé de me plonger dans ce roman culte d'Emily Brontë. Et j'ai bien fait !

Ce roman a été publié pour la première fois en 1847 et c'est le seul et unique roman d'Emily. Ces autres soeurs, Anne et Charlotte, ont quant à elles écrit plusieurs ouvrages et après avoir terminé ma lecture de celui-ci, je n'avais qu'une envie, découvrir l'écriture de cette fratrie ! Je me plongerai donc prochainement dans un nouveau roman d'une soeur Brontë mais autant vous le dire tout de suite, je suis triste de ne pas pouvoir envisager une autre lecture d'Emily tant l'univers dépeint ici m'a plu.

Dans ce roman, nous suivons l'histoire de Heathcliff. Jeune bohémien, sans famille et sans le sou, il est recueilli dans la famille Earnshaw par le père de Catherine et Hindley. Ce dernier voit d'un mauvais oeil son arrivée et lui mènera la vie dure durant toute son enfance. Catherine et Heathcliff vont quant eux développer une grande affection et une complicité qui ne trouvera de limite que dans la différence de condition sociale entre eux. Rejeté par sa famille d'adoption à l'âge adulte, il va fuir les Hauts de Hurle-Vent pour mieux revenir quelques années plus tard et mener à bien une vengeance ne laissant plus de place à la compréhension. Avec "Les Hauts de Hurle-Vent", le lecteur passe par toutes les émotions et bien qu'écrit au XIXème siècle, ce roman se lit avec beaucoup de facilité. C'est souvent la crainte du lecteur quand il s'attaque à un classique. Peur de formulations trop lourdes, d'un vocabulaire désuet, perte d'intérêt... C'est en tout cas la mienne et elle a été balayé dès les premières pages.

Emily Brontë nous plonge très vite dans une ambiance sombre, dans cette lande battue par les vents. Lockwood vient d'arriver à La Grange et loue cette demeure à Heathcliff. De nature sociable, il cherche à nouer contact avec son propriétaire mais comprend très vite qu'un secret plane sur le domaine et que les habitants de ces lieux ne sont pas très enclins au dialogue. Rustres, fermés et discourtois, ils démotivent toute tentative d'approche. C'est vers Mrs Dean, longtemps domestique à Hurle-Vent et maintenant au service de Lockwood, que celui-ci se tourne pour comprendre l'attitude de cette famille. C'est donc par sa voix que le lecteur plonge dans le passé des Earnshaw. Commence alors une immersion dans un passé trouble, froid et pavé de mauvaises intentions.

"Les Hauts de Hurle-Vent" est un roman qu'il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie. Les personnages ont tous leur part d'ombre et de lumière. Loin du manichéisme, ils sont complexes, parfois incompréhensibles mais profondément humains dans leur démesure. Le lecteur tour à tour monte sur ses grands chevaux, se laisse attendrir, déteste l'un et éprouve une infinie tendresse pour l'autre. Rien n'est figé et les nuances dans les personnalités des uns et des autres font évoluer le lecteur tout le long du roman. Le final est magistral, les personnages sont puissants et l'écriture envoûtante.

logo-epubUne très belle histoire d'amour, une histoire de famille passionnante qui plaira à tous les amoureux de destins torturés, une nature sauvage et hostile, ce roman d'Emily Brontë, à l'écriture fluide et évocatrice, en angoissera certain tant la mort et la souffrance y sont omniprésentes mais il est indéniable que cet ouvrage est un roman clé de la littérature anglaise de l'époque. Je vous encourage vivement à le découvrir !

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