dimanche 17 février 2019

"Tout le bleu du ciel" de Mélissa Da Costa

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L'histoire : Petiteannonce.fr: Émile, 26 ans, condamné à une espérance de vie de deux ans par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) pour partager avec moi ce dernier périple.

Émile a décidé de fuir l’hôpital, la compassion de sa famille et de ses amis. À son propre étonnement, il reçoit une réponse à cette annonce. Trois jours plus tard, avec le camping-car acheté secrètement, il retrouve Joanne, une jeune femme, qui a pour seul bagage un sac à dos, un grand chapeau noir, et aucune explication sur sa présence. Ainsi commence un voyage stupéfiant de beauté. À chaque détour de ce périple naît, à travers la rencontre avec les autres et la découverte de soi, la joie, la peur, l’amitié, l’amour qui peu à peu percent la carapace de douleurs d’Émile.

La critique de Mr K : Attention coup de coeur ! Je vais vous parler aujourd'hui de Tout le bleu du ciel de Mélissa Da Costa, premier roman d'une jeune auteure qui éclabousse de son talent la scène littéraire et livre un ouvrage qui m'a profondément transporté et ébranlé durant toute ma lecture. Malgré une quatrième de couverture qui laisse entrevoir des horizons funestes (et c'est le cas), on trouve une multitude de petits bonheurs dans les 649 pages qui composent ce pavé immédiatement addictif et qui proposent un voyage initiatique hors du commun à ses deux protagonistes principaux. Suivez le guide !

Émile est condamné à moyen terme par une maladie incurable qui va l'éloigner de ses proches et du monde des vivants au fil du temps. Refusant tout acharnement thérapeutique, ne voulant pas inspirer la pitié et le chagrin à ses proches, il décide de partir pour un dernier voyage en toute liberté sur les routes du sud, du côté des Pyrénées. Pour autant, il n'est pas fou, il sait qu'il ne pourra plus s'occuper de lui-même et qu'il aura besoin de soutien. À cet effet, il passe une petite annonce sur internet pour trouver quelqu'un qui l'accompagnera dans cet étrange road-trip. C'est Joanne qui va lui répondre, une frêle jeune-femme discrète qui semble porter un lourd secret. Les voilà partis en camping-car vers la montagne, les grands espaces. Malgré une échéance fatale qui se rapproche, Émile et Joanne vont apprendre à se connaître, se livrer sur leurs vies passées complexes, faire des rencontres marquantes et finalement s'épauler mutuellement.

Sur mon IG, je faisais un parallèle en début de lecture avec Anna Gavalda, je maintiens. On retrouve ce style unique pour caractériser des personnages qui sous leur apparente simplicité cachent des fêlures et des dysfonctionnements qui font ce qu'ils sont aujourd'hui. Au fil de la lecture, l'auteure, par le biais de flashback et de révélations, les épluche comme un oignon : les couches se défont les unes après les autres et je peux vous dire que ça pique les yeux ! On ne tombe par pour autant dans le larmoyant artificiel, c'est la vie dans toute sa simplicité, sa brutalité et ses multiples détours qui nous est ici livrée avec deux personnages que l'existence n'a pas gâtés certes, mais qui leur a apporté aussi son lot de bonheur. Au gré des étapes de leur voyage, de moments volés, de réflexions personnelles, d'écrits livrés à un carnet, on apprend à les connaître et l'on comprend de mieux en mieux ce qui les a irrésistiblement portés l'un vers l'autre. Relation unique, à multi-facette, on ne peut que succomber face à ces deux destins conjugués qui donnent à voir un parfait concentré d'humanité entre souffrance et petites joies du quotidien.

Le rythme est lent, épousant parfaitement l'allure de leur voyage : peu ou pas organisé, se laissant guidé par des rencontres et des envies du moment. L'auteure réussit à captiver ses lecteurs avec de tout petits riens, des détails qui mis bout à bout densifient une histoire à la portée universelle. D'ailleurs des citations multiples émaillent le récit (le papa de Joanne en était friand), des événements, des discussions et échanges avec des tierces personnes élèvent le récit vers le roman initiatique, une quête de l'apaisement pour chacun, le passage à l'étape suivante entre rédemption et acceptation. C'est beau, profond, émouvant et naturel, chacun s'y retrouvera et fera forcément des rapprochements avec sa propre existence sans pour autant avoir besoin de croire en quoique ce soit ou être de telle ou telle origine. Au delà de la mort annoncée d'Émile et le traitement thématique qui y est lié (notamment l'attente, le deuil et le carpe diem qui s'impose avant la fin), nombre de sujets sont abordés en filigrane avec notamment la famille et le poids du passé et les conséquences que l'on ressent bien après, le rapport de l'homme avec la nature avec de purs moments de félicité au milieu de paysages magiques et la communion qui s'instaure entre les personnages et elle (moi qui allait souvent chez ma grand-mère dans les Hautes Pyrénées, je me suis totalement retrouvé enfant dans ce roman), la déconnexion avec une civilisation occidentale aliénante et le retour aux sources, les vertus de l'entraide, de la compréhension entre êtres humains... Sans verser dans le moralisateur et l'exagération, Tout le bleu du ciel s'apparente à une parenthèse enchantée, une odyssée au cœur de l'humain dans ce qu'il pourrait avoir de plus beau...

Il faut bien tout cela pour contre-balancer la mort en attente d'un Émile qui voit son état se dégrader à mesure que les pages se tournent. Pudiquement et avec réalisme, Mélissa Da Costa exprime l'indicible, la longue plongée dans la nuit qui attend les malades victimes d'Alzheimer. Pour connaître un peu le sujet du fait d'un proche atteint de cette saloperie, je peux vous dire que l'auteure fait montre d'un talent incroyable pour décrire l'avancée de la maladie, les sentiments qui animent les malades et surtout les proches qui traversent une véritable épreuve au fur et à mesure que cette maladie neuro-dégénérative détruit l'être aimé. C’est poignant, parfois même décalé - les réactions d'Émile pour conjurer le mauvais sort au départ détonent - mais on reste dans la justesse et la mesure. C'est un sacré tour de force que de réaliser cela, bravo encore à l'auteure.

On est donc partagé entre de multiples sentiments durant toute la lecture : le rire se dispute aux larmes, l'aventure est belle malgré la maladie d'Émile qui progresse inexorablement. D'une lecture aisée et très plaisante, l’ouvrage finit donc de convaincre par son style lumineux, direct (les dialogues sont d'un naturel confondant) et prenant. C'est bien simple, on devient accro très vite et on ne peut s'empêcher d'y retourner tant on est pris aux tripes par ce road movie très particulier à la profondeur incroyable. Mon premier coup de cœur pour cette année 2019. À lire absolument !

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mercredi 13 février 2019

"Un Ciel radieux" de Jirô Taniguchi

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L'histoire : Mais qui croira mon histoire ? Moi-même, parfois, je me demande si tout cela est réellement arrivé...

La critique de Mr K : Je continue l'exploration de l’oeuvre de Jirô Taniguchi aujourd'hui avec Un Ciel radieux qui est ma deuxième incursion dans l'univers de ce mangaka décidément à part. Sous les conseils de ma douce, j'avais emprunté à la médiathèque il y a quelques temps déjà Quartier lointain qui m'avait littéralement subjugué par sa profondeur et la maîtrise de son récit. Je remets donc le couvert avec un titre que j'ai pris par hasard, sans consulter le moindre résumé (la quatrième de couverture est réduite au minimum comme vous avez pu le constater), histoire de partir à l'aveuglette. Comme vous allez le voir, je ne me suis pas trompé et j'ai vécu une lecture une fois de plus prenante et surtout ici très touchante.

Tout commence par un accident de la route dramatique par une nuit d'été dans une rue de la banlieue de Tokyo, entre un motard et une fourgonnette. 10 jours plus tard, le conducteur de la fourgonnette, Kazuhiro Kubota, 42 ans, meurt sans avoir repris connaissance. Au même instant, l'encéphalogramme du motard, Takuya Onodera, 17 ans, en état de mort cérébrale, montre à nouveau des signes d'activité. En une vingtaine de jours, il a repris connaissance et semble en voie de guérison totale : un vrai miracle. Mais celui qui se réveille dans le corps de Takuya, c'est Kazuhiro. Après un instant de surprise, il admet ce qui lui arrive et comprend qu'une deuxième chance lui a été donnée. Mais cette chance est temporaire : en effet, la mémoire du vrai Takuya lui revient petit à petit. Avant de rendre le corps de Takuya à son légitime propriétaire, Kazuhiro décide de transmettre coûte que coûte à sa femme et sa petite fille de 8 ans qu'il les aime et qu'il regrette de les avoir trop souvent négligées jusqu'à sa mort. Mais qui pourra croire son histoire ?

Un Ciel radieux 1

On retrouve dans cet ouvrage toute la finesse et le regard contemplatif que porte l'auteur à ses personnages. Le rythme est lent et prend le temps de suivre de près l'évolution du héros à la double personnalité. Bien que fantastique dans son postulat de base, le traitement des personnages est d'un réalisme de tous les instants. On se retrouve un peu dans une ambiance à la Haruki Murakami avec des êtres esseulés, qui réfléchissent intensément au pourquoi du comment de leur état avec un brin de folie, de fantaisie voir de fantastique ici. Au final, ce n'est pas forcément les raisons du processus qui importent mais plutôt ce qu'il va révéler sur chacun et les conséquences que cela aura sur leurs proches et eux-mêmes. Parcours intimistes atypiques, on suit avec curiosité et intensité cette expérience hors norme qui va voir les deux âmes s'opposer, se rapprocher et s'entraider. Très différents l'un de l'autre, certaines choses finalement les rapprochent et vont permettre à chacun de poursuivre sa route de son côté avec une relative sérénité.

Un Ciel radieux 3

Cette histoire nous parle donc de nous, de nos rapports complexes avec nos familles, des frustrations et tabous que l'on s'impose entre égoïsme, volonté de protéger l'autre mais aussi les sacrifices que cela induit. Chaque cellule familiale a son propre fonctionnement et ici nous en avons deux exemples bien distincts que l'auteur s'amuse à explorer en profondeur à la manière d'un chirurgien. Les non-dits sont nombreux, les rapports biaisés ont des conséquences que le héros va découvrir grâce à un nouveau regard, distancié et sans filtre. Cela donne des révélations qui prennent des proportions gigantesques et une émotion d'une force rare. L'amour est donc au centre de ce recueil mais le deuil y a aussi une grande part et Jirô Taniguchi aborde le sujet avec un talent magistral. Il retranscrit à merveille le trou béant que laisse derrière lui un être cher que l'on perd et la nécessaire guérison qui doit suivre pour pouvoir poursuivre sa vie en acceptant notamment la mort qui nous frappe, en la surmontant et finalement en prenant un nouveau départ. Pour ma part, j'ai fini liquide à la fin de ma lecture et croyez moi, il en faut pour y arriver. Touché par la grâce, la beauté mais aussi les tensions dramatiques en jeu, je me rappellerai longtemps de ce manga.

La mise en image est une fois de plus parfaite avec des traits épurés mais fourmillant de détails. Je ne suis pas forcément un gros adepte du genre à la base mais le contenu est tellement emballant et puissant que mes réticences initiales disparaissent dès les premières pages. Les 304 pages se lisent sans souci, d'une traite et l'on est submergé par une émotion prégnante et totalement insoutenable. Moi qui aime être bousculé, j'ai été servi et j'en redemande. M'est avis que je vais recroiser les pas de sieur Taniguchi d'ici quelques semaines...

Un Ciel radieux 2

La critique Nelfesque : (ou plutôt le petit grain de sel) Je viens de finir cette lecture à l'instant et sans être dans le même état de déliquescence que Mr K je dois avouer que ce "Ciel radieux" est très émouvant. Effectivement, par son côté universel, il touche profondément le lecteur. Tout le monde a connu un deuil. Tout le monde s'est dit qu'il n'avait pas tout dit à l'être aimé. Peut-être que nos disparus ont également pensé celà en nous quittant. Peut-être même nous lancent-ils des signaux de là où ils sont (chacun croit ce qu'il veut). En tout cas, je pense que bon nombre de lecteurs de ce présent manga se sont dit qu'ils auraient aimé avoir cette chance de pouvoir dire un dernier au-revoir.

J'avais découvert Taniguchi il y a quelques années avec "Quartier lointain", je suis ravie de faire cette passe de deux quelques années plus tard. Il a une vision poétique qui me parle, un côté simple et ouvert qui met du baume au coeur. J'aime cette part d'humanité que nos sociétés actuelles ont tendance à perdre, cette beauté dans toute chose, ces plaisirs simples et ces réflexions qui nous font prendre conscience que tout est éphémère et qu'il faut profiter de chaque instant au maximum. Carpe diem. On est en plein dedans ici et ça fait du bien à nos petits coeurs !

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lundi 7 janvier 2019

"Grace" de Paul Lynch

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L'histoire : Irlande, 1845. Par un froid matin d’octobre, alors que la Grande Famine ravage le pays, la jeune Grace est envoyée sur les routes par sa mère pour tenter de trouver du travail et survivre. En quittant son village de Blackmountain camouflée dans des vêtements d’homme, et accompagnée de son petit frère qui la rejoint en secret, l’adolescente entreprend un véritable périple, du Donegal à Limerick, au cœur d’un paysage apocalyptique. Celui d’une terre où chaque être humain est prêt à tuer pour une miette de pain.

La critique de Mr K : J'ai débuté l'année 2019 avec cette lecture et je peux vous dire que j'ai été gâté ! Première lecture, première claque ! Bon rendement ! Grace de Paul Lynch est un roman époustouflant qui alterne naturalisme et lyrisme dans son écriture pour nous livrer un portrait de jeune-fille hors-norme entre fuite en avant, hallucinations et quête de la lumière. Suivez-moi sur les traces de Grace mais attention vous n'en reviendrez peut-être pas...

L'action se déroule en Irlande, au milieu du XIXème siècle alors qu'une famine terrible s'abat sur le pays. Récoltes perdues, hiver précoce et pauvreté tentaculaire règnent en maître et pousse la mère de Grace à la mettre dehors pour la forcer à partir gagner sa vie toute seule alors qu'elle n'est encore qu'une adolescente. D'un caractère fort avec la langue bien pendue, elle résiste tout d'abord à l'injonction maternelle et finit par partir sur les routes bientôt rejointe par son jeune frère Colly au bagout intarissable. Travestie en homme pour ne pas attirer l'attention, la jeune fille commence un véritable voyage initiatique qui la verra se confronter au monde entre nature magnifique, impitoyable aussi et les hommes que la précarité extrême pousse dans leurs retranchements. Entre espérances, réussites, échecs et grands moments d'abattement, l'héroïne changera et se révélera à elle-même pour devenir femme.

Ce livre a vraiment un charme à part. Cela tient d'abord à son écriture qui n'est pas commune. Il faut un temps d'adaptation au départ pour s'habituer à la narration qui mêle sans prévenir observations, actes, pensées et allers-retour temporels. On commence par se perdre avec finalement la nécessité de lâcher prise pour pénétrer au mieux un univers total que le style étrange transcende par ses envolées riches de sens. Caractérisant à merveille la situation et son personnage principal, l'auteur ne cède jamais à la facilité en terme de forme, se renouvelle sans cesse et nous livre un récit bouleversant par sa générosité, l'épaisseur de son sous-texte et l'exploration chirurgicale de son personnage principal. Certains passages virent ainsi à l'onirisme, au cauchemar ou même au délire désarçonnant une fois de plus le lecteur pour mieux le garder captif et même si cette lecture se révèle exigeante, elle n'est jamais rébarbative et m'a de suite rendu dépendant !

Étonnamment, je suis partagé sur le personnage de Grace que j'ai trouvé tantôt attachante, tantôt flippante ou encore désagréable. C'est là encore un très bon point car comme dans l'ensemble du roman, il n'y a aucun manichéisme ici, chaque âme croisée étant constituée d'ombre et de lumière. Grace face à la difficulté va devoir se construire, grandir plus vite, en s'associant parfois avec des personnes de passage ou en utilisant des subterfuges mentaux détonants ! Grace part dans les tours, s'enfonce dans ses pensées régulièrement et montre un visage redoutable loin de l'image qu'elle renvoie malgré elle aux personnes qui croisent sa route. C'est justement ce mystère mais aussi cette énergie folle qui vont lui permettre à plusieurs reprises de se sortir de l'embarras. Vous verrez, le point de vue adopté parfois fait sortir certains personnages de l'ordinaire, du réel que nous éprouvons quotidiennement. C'est cet aspect des choses qui distingue fortement ce roman au postulat basique des créations littéraires classiques en lui insufflant un supplément d'âme et une passion qui vous dévorent littéralement. Personnage ultra-complexe, plein de contradictions, je me souviendrai longtemps de Grace en elle-même !

Il est bien dur ce périple qu'elle va endurer. L'auteur nous dresse un portrait effroyable et saisissant à la fois de l'Irlande de l'époque : la nature sauvage et indomptée avec notamment de très belles descriptions mêlées de poésie qui font écho aux états d'âme des personnages (le ruissellement d'un cours d'eau, un corbeau posé sur un piquet, le vent dans les arbres, le blanc manteau de la neige...), des populations hagardes qui se méfient de tout le monde car la violence larvée est partout, née de la famine et des tensions sociales. Lynch nourrit son récit de petites touches socio-culturelles au détour des péripéties et donne à voir un monde à l'agonie, où la paupérisation et la mort rode. L'inquiétude quant au sort de Grace étreint le cœur du lecteur gagné par le climax plombant de l'ouvrage et soumis à une empathie qui devient dévorante.

Au delà de l'aspect initiatique de ce chemin de croix éprouvant, ce roman nous interroge sur énormément d'aspects de nos vies avec pêle-mêle la notion de liens familiaux, la foi et le lien qui unit le croyant à son créateur, l'incurie des hommes et leur propension à devenir des loups pour leurs semblables, la raison et la folie qui parfois s'entremêlent quand un choc se révèle trop grand à supporter... Ceci n'est qu'une petite fenêtre sur le monde de Grace qui se révèle au fil de la lecture foisonnant, farouche et d'une beauté mortifère. Rarement, j'aurai lu un récit de ce genre aussi poignant et dégageant autant de profondeur. Un véritable bijou de littérature que je vous invite à découvrir au plus vite !

jeudi 8 novembre 2018

"Mississipi" de Hillary Jordan

mississippiL'histoire : Un amour interdit, une terrible trahison, une agression d'une sauvagerie inouïe ans le Mississippi des années 1940. Dans la lignée d'un Faulkner, un roman d'une puissance étonnante qui nous plonge dans la brutalité et les contradictions du Vieux Sud.

Lorsqu'elle découvre la ferme que son mari, Henry, vient d'acquérir, Laura McAllan comprend qu'elle n'y sera jamais heureuse. Pourtant, en épouse et mère dévouée, elle s'efforce d'élever leurs deux fillettes, sous l'oeil haineux de son beau-père, membre du Ku Klux Klan.

Alors que les McAllan luttent pour tirer profit d'une terre peu fertile, deux soldats rentrent du front :
Jamie, le jeune frère d'Henry, aussi séduisant et sensible que son aîné est taciturne et renfermé. Et soudain, Laura se sent renaître...
Ronsel Jackson, le fils des métayers, un descendant d'esclaves qui, pendant quatre ans, s'est permis de croire qu'il était un homme. Mais le Sud va se charger de lui rappeler qu'il n'est qu'un nègre...

La critique Nelfesque : Moi qui aime les sagas familiales, avec "Mississippi", j'ai été servi ! Hillary Jordan réussit en 360 pages ce que certains, dans ce genre de littérature, mettent 800 pages à faire : planter un décor, caractériser ses personnages et apporter un vrai plaisir de lecture.

Tout est ici réuni pour faire passer le lecteur par tous les états. L'histoire est campée en plein Sud de l'Amérique, à une époque où les tensions raciales et les mentalités sont exacerbées. Le racisme hante les maisons, parcourt les rues, le Ku Klux Klan exerce son funeste pouvoir pour encore quelques années de façon officielle. L'Etat du Mississippi n'est pas le plus raciste à l'époque et déjà les tensions font froid dans le dos. Laura, jeune mariée et maman va devoir composer avec ce nouvel environnement, elle qui a épousé sans le savoir un homme qui rêvait d'avoir sa propre ferme de coton et va, en bon époux qui contrôle tout, y compris la vie de sa femme, acquérir un domaine isolé et en ruines. Avouez que ça fait rêver...

La nature est omniprésente dans ce roman. Le travail aux champs est rude, on ne ménage pas sa peine. Laura est dévastée mais son mari donne tout, aveuglé par ses objectifs, pour qu'elle soit heureuse. Même si cette vie n'est pas celle qu'elle avait imaginé pour elle et sa famille, elle doit se montrer épanouie face à l'implication de son mari. C'est son devoir d'épouse. Son devoir d'épouse est aussi de composer avec un beau-père membre actif du Ku Klux Klan, aux paroles et aux actes donnant envie de vomir et vivant sous son toit. "Mississippi" commence avec l'enterrement de ce dernier. Que s'est-il passé pour que deux frères mettent en terre leur père une nuit d'orage sous une pluie battante ? Nous aurons tout le roman pour l'apprendre.

Les thèmes abordés dans cet ouvrage ne sont pas des plus originaux. Hillary Jordan nous parle de passion, de vie familiale, de ségrégation, de violence, d'alcoolisme... Et pourtant tout cela est tellement bien maîtrisé et dosé que dès les premières pages le lecteur est prisonnier de cette histoire qu'il sait d'avance dramatique et qui tient en haleine jusqu'au bout. Cet emballement, nous le devons aux personnages, aux liens qu'ils entretiennent les uns avec les autres, à leurs psychologies. On en aime certains, on en déteste d'autres et surtout on aime les détester. Terriblement bien caractérisés, ils sont chacun une composante majeure du tableau final. Chaque teinte, chaque coup de pinceau, doit être appliqué de cette façon précise pour que l'oeuvre dans sa globalité nous saute à la gorge. On rit avec eux, on pleure avec eux, on vit.

La force et le courage sont au coeur de "Mississippi", autant pour Laura que pour les soldats de retour du combat sévissant en France et qui s'apprêtent à en découvrir un autre, moins frontal, plus sournois mais tout aussi dangereux. Jamie, hanté par le conflit et ses images cauchemardesques, et Ronsel qui va retrouver le racisme en rentrant chez lui, traité pire qu'un chien bien qu'étant héros de guerre. Tour à tour le lecteur suit l'ensemble des personnages en changeant de point de vue à chaque chapitre, permettant ainsi d'être au plus près de leurs ressentis et de leur histoire personnelle.

Cette auteure est à suivre tant elle nous donne ici à voir un récit poignant, tendu et envoûtant. Avec des personnages attachants, une histoire prenante, des événements terribles et des thèmes forts, elle nous offre un moment de lecture intense et enthousiasmant malgré sa noirceur. Racisme, alcoolisme, guerre sont les ingrédients principaux mélangés dans une marmite en forme de ferme du Mississippi. Presque un huis clos dans ces grands espaces. Un premier roman saisissant.

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jeudi 27 septembre 2018

"Amours" de Léonor de Récondo

Amours

L'histoire : AMOURS. Nous sommes en 1908. Léonor de Récondo choisit le huis clos d'une maison bourgeoise, dans un bourg cossu du Cher, pour laisser s'épanouir le sentiment amoureux le plus pur - et le plus inattendu. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire, à prendre en mains sa destinée. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, tombe enceinte : cet enfant sera celui du couple, l'héritier Boisvaillant tant espéré.
Comme elle l'a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s'apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire n'a pas la fibre maternelle, et le nourrisson dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont elle martèle inlassablement les touches.
Céleste, mue par son instinct, décide de porter secours à l'enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s'éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre sous les combles...
Les barrières sociales et les convenances explosent alors, laissant la place à la ferveur d'un sentiment qui balayera tout.

La critique Nelfesque : "Amours" est un roman qui a fait pas mal parler de lui sur la blogosphère littéraire lors de sa sortie il y a 3 ans. Je l'ai vu passer à l'époque sur quelques blogs que je lis mais je ne m'y suis jamais arrêtée. Pourquoi ? Mystère. Jusqu'au jour où je l'ai vu chez ma copine faurelix et c'était là le signe pour que je me penche un peu plus dessus. Elle n'en disait pas trop sur son contenu, m'a indiqué en aparté qu'il fallait mieux ne pas lire la 4ème de couverture avant de commencer sa lecture et j'ai suivi ses conseils à la lettre. La route de ce roman a croisé la mienne en début d'année. J'ai pris le livre sous mon bras et je l'ai ramené chez moi. Au moment de le commencer cet été, je ne suis pas revenue sur la chronique de faurelix, je n'ai pas parcouru la 4ème de couverture, je m'y suis plongée sans rien savoir de ce qui m'attendait.

Que cette plongée fut douce...

Je vais copier ma copine de lecture mais clairement oui si vous pouvez laisser ce roman dans un coin de votre PAL et le ressortir un jour sans vous souvenir de ce qu'il va vous raconter alors faites-le. C'est une expérience intéressante en général et d'autant plus bouleversante lorsqu'il s'agit d'un roman de ce type. Nous sommes au tout début du XXème siècle, dans une maison bourgeoise du Cher. Victoire a épousé Anselme comme ce fut le cas parfois à l'époque, non pas par amour, mais de façon arrangée. De l'amour, elle ne connaît rien. Grisée par cette nouvelle situation, elle est contente et enjouée, jusqu'à ce qu'elle comprenne assez vite que son avenir dans cette maison, avec cet homme, ne la comblera pas de bonheur.

Léonor de Récondo aborde plusieurs sujets lourds de sens dans la vie d'une femme mais aussi tabou pour certains d'entre eux. Tous tournent autour d'un même thème : "l'amour" ou plutôt "les amours". L'amour sous toutes ses formes. La définition de l'amour, l'amour qu'un homme a pour une femme, la réciprocité de cet amour, les engagements qu'il implique, l'amour d'une femme pour une autre femme, l'amour maternel et filial, son apprentissage, l'empathie, l'amitié, l'amour de la vie... Le sujet est vaste et ce petit roman de 276 pages en esquisse tout juste les contours mais d'une très jolie façon. Tout en douceur, subtilité et élégance.

Avec Céleste, petite bonne au service de la famille, Victoire va apprendre ce que sont les amours. Qui aurait pensé qu'une domestique avait tant à apprendre à une grande dame, juste en vivant les choses telles qu'elle les ressent ? C'est un nouvel univers qui va éclore avec la rencontre de ces deux femmes, un nouveau futur que Victoire va entr'apercevoir, de nouvelles expériences pour Céleste. Et puis la découverte d'une puissance inattendue : celle de l'amour qu'est capable de faire naître un tout petit être dépendant de sa mère.

L'écriture de Léonor de Récondo est magnifique, l'histoire est poignante, les mots touchent et l'émotion est présente à chaque page. Il m'est arrivé de penser que j'aurai aimé plus de détails parfois, et donc un roman plus long, mais finalement "Amours" est tel une caresse. Il passe subrepticement entre nos mains, laissant une douce effluve dans son sillage. Il pose sur notre coeur de lecteur un petit baiser inoubliable, comme les tout premiers, et nous laisse poursuivre notre route. Le coeur apaisé.


jeudi 2 août 2018

"Ce que le jour doit à la nuit" de Yasmina Khadra

 

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L’histoire : Algérie, années 1930. Les champs de blés frissonnent. Dans trois jours, les moissons, le salut. Mais une triste nuit vient consumer l’espoir. Le feu. Les cendres. Pour la première fois, le jeune Younes voit pleurer son père.

Confié à un oncle pharmacien, dans un village de l’Oranais, le jeune garçon s’intègre à la communauté pied-noire. Noue des amitiés indissolubles. Et le bonheur s’appelle Émilie, une "princesse" que les jeunes gens se disputent. Alors que l’Algérie coloniale vit ses derniers feux, dans un déchaînement de violences, de déchirures et de trahisons, les ententes se disloquent. Femme ou pays, l’homme ne peut jamais oublier un amour d’enfance...

La critique de Mr K : C’est toujours un grand plaisir de replonger dans l’œuvre de Yasmina Khadra. Certes c’est souvent éprouvant mais on a affaire à un grand auteur qui a un don incroyable pour la narration romanesque et en même temps pour porter un regard sans concession sur l’Homme et sa propension à vouloir asseoir son pouvoir par la violence et l’injustice. Ce titre ne fait pas exception, Ce que le jour doit à la nuit va explorer, à travers le récit de la vie d’un jeune garçon, la société algérienne coloniale puis son émancipation du joug français. Plus apaisé malgré un background pas facile, cet ouvrage a été dévoré en deux jours avec aucune possibilité de revenir en arrière.

Durant les près de 500 pages de l’ouvrage, on suit donc le destin contrarié du jeune Younès qui se voit très vite confié à son oncle par un père désemparé de ne pas avoir réussi à reprendre la main sur l’existence de sa famille après la perte de leurs terres ancestrales. De la pauvreté dont il est issue, Younès a appris à se contenter de peu et à toujours respecter les anciens et l’ordre établi. Timide, réservé, peu sûr de lui, grâce à ce nouveau cocon familial, il ne manquera de rien. Vivant dans l’aisance (mais sans exagération), il va aller à l’école et se construire un bel avenir professionnel, chéri et aimé par son oncle et sa tante qui ne pouvaient pas avoir d’enfants.

En parallèle, il va se constituer une bande de copains où règne l’amitié indéfectible ou presque... C’est l’époque des sorties, des conneries et de l’éveil des sens (scène très sympathique et emblématique de la visite au bordel). L’irruption de la belle Émilie qui cristallise les passions de tout le village va fissurer le tableau. Crispations, tensions, rivalités et trahisons vont s’enchaîner autour d’elle au grand dam de Younès qui par sa tendance à ne pas choisir, à ne pas s’engager va se compliquer la vie et au final passer à côté de sacrées bonnes choses. Au delà des drames intimes narrés, l’irruption des événements algériens, la guerre civile (parfois fratricide) vont rajouter une dimension supplémentaire à une histoire qui explore sans fard et avec justesse la vie d’une communauté qui évolue inexorablement malgré les vents contraires.

Avec Khadra c’est bien simple, il suffit de deux / trois chapitres pour se retrouver happé par le souffle de l’histoire. On s’attache très vite aux personnages (même le héros qui personnellement m’a agacé plus d’une fois) que l’auteur cisèle à merveille sans pour autant tartiner des pages et des pages de descriptions et de flashbacks. Quelques mots, un ou deux paragraphes et les voila propulsés sur la scène et les événements feront le reste. C’est vivant, bouillonnant et d’une grande fraîcheur. Bon, ils ne sont pas épargnés et ils prennent un certain nombre de coups mais ils restent vivants dans le sens où chacun à sa manière essaie de surmonter les drames et les tensions. Une vie humaine est tellement riche et les épreuves sont nombreuses, Khadra en aborde beaucoup dans ce roman fleuve s’étendant principalement de 1930 à 1962 date de l’indépendance algérienne: l’ascenseur social à l’épreuve des déterminismes sociaux culturels, la posture paternelle et la nécessité de la dépasser, l’amitié qui s’effiloche avec les épreuves de la vie, le mystère de l’amour et ses innombrables méandres (désir, jalousie, obstacles innombrables), la soif de liberté de toute une nation et l’incurie de la puissance coloniale avec la nécessité pour chacun de prendre position... Vous l’avez compris, l’Histoire fait ici partie intégrante des destins contés. Jamais envahissante mais toujours éclairante et révélatrice, elle densifie les traits et donne à voir un monde en pleine mutation.

Ce roman est aussi un très beau miroir sur la société algérienne de l’époque et sa course ensuite à l’indépendance. Très nuancé comme à son habitude, Khadra s’attache avant tout à transmettre une vision réaliste et profondément humaniste de ce pays au passé complexe et toujours douloureux encore aujourd’hui. Des bidonvilles d’Oran aux quartiers bourgeois, en passant par quelques incartades en Europe, cet ouvrage nous fait partager une ambiance, des mœurs et des coutumes parfois dépaysantes. L’immersion est totale, les images mentales se bousculent et procurent une expérience de lecture optimum sans temps morts ni passages rébarbatifs. Il faut dire aussi que l’auteur a toujours une aussi belle plume, accessible, souple et maline à l’occasion. Un pur bonheur de lecteur que je vous convie à découvrir au plus vite si ce n’est toujours pas fait !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- L'Attentat
- Les Hirondelles de Kaboul
- Les Agneaux du seigneur

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lundi 29 janvier 2018

"Hôtel iris" de Yôko Ogawa

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L’histoire : Mari est réceptionniste dans un hôtel appartenant à sa mère. Un soir, le calme des lieux est troublé par des éclats de voix : une femme sort de sa chambre en insultant le vieillard élégant et distingué qui l'accompagne, l'accusant des pires déviances. Fascinée par le personnage, Mari le retrouve quelques jours plus tard, le suit et lui offre bientôt son innocente et dangereuse beauté.

La critique de Mr K : Petit voyage au Japon avec ma chronique du jour où je retrouve avec un bonheur non-feint la plume si fascinante et dérangeante de Yôko Ogawa, une auteure qui m’a déjà soufflé deux fois par le passé avec à chaque fois un univers décalé, une plume splendide et une belle exploration de l’esprit humain dans sa complexité. Après La Petite pièce hexagonale et Les Tendres plaintes, je m’attaquais avec Hôtel Iris à l’un de ses titres les plus sulfureux qui relate entre autre la relation sadomasochiste entre une jeune fille et un homme beaucoup plus âgé. Autant vous prévenir de suite, si vous êtes une âme très sensible et / ou une personne très prude, passez de suite votre chemin, ce livre n’est pas pour vous.

Mari travaille dans l’hôtel miteux de sa mère dans une station balnéaire japonaise. Cette jeune fille plutôt banale ne va plus à l’école et se coltine une génitrice assez tyrannique dans son genre, qui l’emploie comme réceptionniste et bonne à tout faire dans l’affaire familiale. L’atmosphère est étouffante pour Mari qui ne se voit autoriser quasiment aucune distraction. Elle a peu l’occasion de se mêler aux jeunes de son âge et se distraire. Suite à une violente altercation entre une prostituée et son client, le hasard va remettre sur la route de Mari ce client indélicat mais au charme trouble. Fascinée par les manières très polies, maniérées et pleine d’empathie du vieil homme à son égard, elle va se laisser séduire et rentrer dans une relation étrange, faite d’attirance et de répulsion, de plaisir et de souffrance...

Au centre de l’ouvrage donc, cette relation ambiguë qui se tisse petit à petit entre Mari et ce mystérieux traducteur de russe qui vit isolé sur une île au large. Sans réelle personnalité propre, la jeune fille candide et naïve se voit transformée par sa relation. Emportée par sa passion, peu à peu elle ne se limite plus, s’échappe des griffes de sa mère et adopte un comportement obsessionnel. Toute passion se vit pleinement mais entraîne des conséquences parfois redoutables. Mari n’y échappera pas. Le vieux traducteur est lui aussi bizarre dans son genre car à l’extérieur et en société, il emprunte les traits d’un homme courtois et bien éduqués. Il n’en est pas de même quand les deux amants se retrouvent dans le privé, il cède la place à un tyran autoritaire adepte de la soumission de sa partenaire. Belle dichotomie du personnage qui intrigue et dérange énormément le lecteur dans ses certitudes.

Ce couple atypique est très bien décrit par l’auteure qui soigne toujours énormément la caractérisation de ses personnages. Caractères, émotions, fêlures sont disséqués d’une plume habile par une Yôko Ogawa toujours aussi précise et amoureuse de ses personnages. Ne vous attendez pas à une débauche de scènes crues dans cet ouvrage, quelques passages sont olé olé mais rien de bien thrash si ce n’est dans certaines idées véhiculées et les rapports tortueux qui gèrent cette relation tumultueuse. J’ai lu ici ou là des critiques outrées sur le web, je pense que ces personnes n’ont tout simplement pas choisi la bonne lecture et beaucoup appuyaient leur argumentation sur des aspects moraux et souvent simplistes voir réactionnaires. Ce livre interpelle forcément un peu mais il n’y a pas vraiment de quoi fouetter un chat, cette fiction va d’ailleurs bien au-delà qu’une histoire de fesses, de bondage (oui, le traducteur russe aime entraver ses conquêtes) et de rapport dominé-dominant.

C’est avant tout la chronique d’une pré-adulte qui se cherche et va se confronter à une passion amoureuse pour la première fois de sa vie avec son lot d’incompréhensions, d’expériences malheureuses et de questionnements intérieurs. C’est aussi une belle réflexion sur le rapport à l’âge, au temps qui passe et inévitablement à la mort qui hante le récit à travers des personnages disparus dans des conditions troubles, un être cher qui vous manque et vous transforme, le rapport que l’on entretient aussi avec le concept de mort et son application à soi. On alterne dans ce récit des scènes vives (principalement celles où les deux protagonistes sont en présence) et rythme plus lent, très "japonais" dans les passages plus descriptifs qui donnent à voir le quotidien de la jeune fille, la vie qui défile dans cette ville de bord de mer (animations du quartier, les flots touristiques, le mauvais temps qui impacte les chiffres d’affaire) et la nature qui se retrouve magnifiée à chaque phrase ou paragraphe la mettant en scène. D’ailleurs les éléments font bien souvent écho à l’état d’âme des personnages et leurs actions, le lien est ici indubitable et apporte un souffle puissant à un récit dont on sait dès le début qu'il se terminera mal.

Cette lecture fut très riche en émotions. Souvent contradictoires, elles résonnent encore en mon esprit à l’heure où j’écris ces quelques lignes. J’ai très vite été emporté par la magie des mots, le cadre et ce rapport très ambigu entre Mari et son vieux soupirant. Difficile de reposer cet ouvrage avant la toute fin tant il est subtilement écrit et composé. Le plaisir de lire est vraiment optimum et les amateurs de sensations fortes, de relations déviantes et hypnotisantes seraient bien inspirés de tenter l’aventure. Un petit bijou dans son genre.

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vendredi 1 décembre 2017

"Dans la guerre" d'Alice Ferney

danslaguerrealiceferneyL’histoire : 1914. La guerre éclate et personne n’y croit. Personne ne croit à sa durée, à la douleur et à la violence, et personne n’imagine combien d’hommes vont périr, combien reviendront quatre ans plus tard avec un ineffable effroi dans les yeux. La jeune Félicité n’y croyait pas non plus, à la guerre, et maintenant que Jules, son mari, est parti, elle ne croit pas qu’il pourrait ne pas revenir. Elle l’attend donc, élevant leur tout jeune enfant et accomplissant son travail de paysanne, alors même qu’elle est en butte à la sourde hostilité d’une belle-mère jalouse. Félicité et Jules ne sont pas les seuls protagonistes du drame qu’Alice Ferney a mis en scène dans son roman, il y a aussi Prince, leur chien. Ce Colley, incapable de comprendre et de supporter l’absence de son maître, traverse la France entière pour le rejoindre. Arrivé au front, il apprend avec Jules l’art de tuer et la manière de transmettre des messages quand les soldats ne peuvent passer sous le feu. Incarnation même de la fidélité, Prince comprend alors comment l’homme qui souffre laisse en lui renaître la bête.

La critique de Mr K : Quelle claque mes amis, quelle claque ! Déjà que Grâce et dénuement m’avait cueilli à sa manière mais cette nouvelle lecture d’Alice Ferney m’a définitivement convaincu de l’immense talent de cette auteure à lire absolument. Dans la guerre est à la fois un magnifique hommage aux victimes de la barbarie, un hymne à l’humanité et une très belle chronique familiale.

L’ouvrage commence avec l’ordre de mobilisation placardé sur la place du village. La sanction est tombée : Jules va partir au front laissant derrière lui sa ravissante femme, son enfançon, sa ferme et son colley. Les adieux faits, le voila parti pour un voyage au bout de la nuit, il éprouvera la guerre sous toutes ses formes : en mouvement puis dans les tranchées. Pendant ce temps là, par intermittence, le lecteur retourne à la ferme où se joue une autre partie d’échec entre Félicité (la femme de Jules) et sa belle-mère Julia, assez épouvantable dans son genre. Quant à Prince, le colley de Jules, il va partir sur les routes pour retrouver son maître adoré qu’il secondera dans ces temps difficiles. Angoisses, douleurs, espérances mais aussi courts moments de joie émaillent un récit puissant au souffle intimiste qui éteindrait toute velléité de conflit si l’on se donnait la peine de le lire.

On s’attache immédiatement au couple Jules / Félicité, gens simples de la campagne qui ne sont pas dupes des risques encourus. Liés par un amour fou, ils ne cesseront de penser l’un à l’autre, de poursuivre leur existence chacun de leur côté en espérant un jour se revoir. Rien ne nous est caché de leurs états d’âmes respectifs et cet amour là est d‘une rare force, il transcende le lecteur et c’est souvent l’œil humide qu’on passe au chapitre suivant. C’est beau, c’est pur et tellement solaire comparé à l’horrible réalité de la guerre omniprésente le reste du temps.

Ce sont des regards croisés sur la Première Guerre mondiale qui nous sont ici offerts. Alice Ferney explore l’âme humaine tant au front qu’à l’arrière, des combattants embourbés enterrés jusqu’aux foyers délaissés où triment les femmes. Cela donne lieu à de très belles pages sur la vie au front avec le quotidien si difficile des poilus, l’installation d’un certain fatalisme qui s’inscrit dans les esprits et au final des hommes face à eux-mêmes, à leurs démons. Les descriptions sont fascinantes de réalisme et l’on sent bien que l’auteure a un sens aigu de l’Histoire qu’elle retranscrit à merveille et sans fausses notes. Clairement, moi qui suis un amateur de cette période historique en littérature, cet ouvrage n’a pas à rougir de classiques comme Les Croix de bois de Dorgelès, un de mes romans cultes sur le sujet. Ferney n’a pas son pareil pour donner corps et âme à ses personnages et les inscrire dans la réalité d’une guerre effroyable. Le récit est riche en références, éléments politiques et guerriers qui essaiment le roman sans pour autant l’alourdir. La petite histoire accompagne à merveille la grande.

Voyage sublime et atroce à la fois, c’est haletant et inquiet que l’on suit la vie des différents personnages : la vie de cantonnement au front de Jules avec ses camarades d’infortune dont Joseph et Brêle qui ressortent du lot, Jean Bourgeois un supérieur hiérarchique proche de ses hommes ou encore le colley Prince qui finit par les rejoindre et va servir d’estafette un temps. Camaraderie, solidarité mais aussi injustice et début de rébellion font monter la pression. On s’en doute la fin du roman est un déchirement et une telle histoire ne peut se terminer heureusement. Les atermoiements, hésitations et craintes de celle qui est restée au pays ne sont pas moindre, même si la mort ne guette pas Félicité à chaque minute, elle doit s’occuper du domaine et notamment supporter sa jalouse de belle-mère qui ne lui a jamais pardonné de lui avoir enlevé son fils. Psychodrames, tensions et clashs sont au menu avec en filigrane le grand absent que l’on attend et que l’on espère. Là encore, Ferney peint un tableau pudique et libérateur à la fois, comme si elle réussissait à travers cette famille à dépeindre une époque entière et toute une série de sentiments contradictoires nourris par l’expérience douloureuse que les personnages doivent traverser.

Autre élément présent dans le texte : les animaux. On sent que l’auteure nourrit un amour certain pour ses victimes collatérales du conflit. Au delà de la figure de Prince, modèle de loyauté et de fidélité, on retrouve à plusieurs moments des allusions aux massacres perpétrés par les différentes armées, l’auteure laissant libre court à l’expression d’incompréhension des bêtes face à la furie des hommes. Aussi original qu’efficace, ce procédé donne à voir un point vue supplémentaire sur les actes commis, certes ce n’est pas le plus fouillé dans ce texte mais il a le mérite d’être là et de proposer autre chose, une autre vision. La conclusion reste la même, la boucherie de 14-18 broie tous les êtres, les tuant ou les laissant amorphes sur le bord du chemin. Choc brutal, abrutissement et au final le broyage de l’âme est au rendez-vous.

Ce fut un bonheur de tous les instants que cette lecture. Malgré un thème difficile, des scènes chocs et une trame très pessimiste. On se plaît à parcourir ces mots, lignes, phrases et paragraphes à l’écriture aussi subtile que belle. L’art d’écrire est noble entre tous ici et c’est une très belle évocation de la Première Guerre mondiale que nous propose Alice Ferney. Sur cette thématique et dans l’amour des belles lettres, on ne fait guère mieux. Courez-y !

mercredi 30 août 2017

"La Nuit, la mer n'est qu'un bruit" d'Andrew Miller

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L’histoire : Tout oppose Maud et Tim. Fille unique de parents modestes, Maud est une scientifique brillante. Issu d’une famille nombreuse, aisée et fantasque, Tim passe ses journées à jouer et composer de la musique. Elle est secrète, réticente à la vie. Il est exubérant et exprime ouvertement ses sentiments. Réunis par leur passion commune, la voile, ils finissent pourtant par former un couple puis une famille. Lorsqu’une terrible tragédie les frappe, chacun réagit à sa manière. Il se réfugie chez ses parents, incapable de surmonter sa douleur. Elle décide de mettre le cap à l’Ouest pour traverser l’océan en solitaire.

La critique de Mr K : Voici pour aujourd’hui, un livre terrible et subtil. Le genre de lecture dont on ne ressort pas indemne et dont il est difficile de se dépêtrer quand on l’a débuté. Au cœur de l’indicible et des sentiments les plus intimes, l’auteur trace son sillon, emporte le lecteur avec lui et au final laisse le lecteur pantois devant tant de maestria déployée.

Au centre du récit de La Nuit, la mer n'est qu'un bruit, il y a Maud. Jeune femme effacée, froide et décalée de la réalité. Diplômée en science et passionnée de voile ; elle semble traverser son existence sans vraiment crocher dedans. Pourtant, au détour d’un accident de chantier, elle va rencontrer Tim, son futur époux. Autant, elle est distante et quasi muette ; autant le jeune homme est dynamique, volubile et empli d’espoirs. Malgré leur différence, le charme va agir et le couple va s’installer ensemble puis avoir une fille. On suit leur quotidien tranquillement, à un rythme lent et mesuré, construisant un cocon familial et des habitudes dans l’esprit du lecteur. Lorsque le malheur s’abat, tout va changer. Les rapports instaurés deviennent biaisés et c’est la lente dégringolade avec son lot d’expériences traumatisantes, de non-dits et de ressentiments larvés qui ressortent au grand jour.

La comédie humaine est ici bien cruelle et l’on se rend compte de l’intérêt pour Andrew Miller d’avoir bien développé ce qui précède. Liens familiaux, vie professionnelle, vie intimes s’entrechoquent et l’on comprend mieux la psyché des personnages même si Maud reste en permanence un mystère nébuleux. La souffrance est ici sourde, envahissante mais jamais frontale. Face à l’indicible, difficile de savoir vers qui se tourner et comment exprimer ce que l’on ressent vraiment. L’auteur pourtant y parvient avec beaucoup de pudeur, de tact mais sans rien omettre des conséquences graves qu’engendrent la perte d’un être cher avec une véritable dissection du processus de deuil pour plusieurs personnages. Les tensions familiales notamment sont très très bien rendues. Maud est différente, parfois agaçante, très intrigante en tout cas et son départ pour le grand large plonge l'ouvrage dans une autre dimension.

En effet, la chronique familiale et personnelle de Maud vire au voyage initiatique et au roman d’aventure. Seul à bord du voilier du couple, elle part outre-manche en quête de réponses et de vérités sur elle-même. L’écriture se détache alors de la psyché pour se concentrer sur la navigation, la routine de la traversée et les multiples observations que l’héroïne peut faire. Bluffant de réaliste, j’ai aussi aimé cette partie avec un passage en pleine tempête incroyable de réalisme, on sentirait presque le goût des embruns entre les pages ! Le voyage va finalement aboutir à un dénouement que l’on ne voit pas venir, qui fait la part belle à l’introspection et à la prise de conscience dans un milieu peu ordinaire et lourd de signification pour la jeune femme. Une sacrée idée pour un récit qui se termine en beauté toujours dans le sens de la finesse et de la richesse des émotions.

Malgré une certaine dichotomie dans l’ouvrage, les passages s’assemblent parfaitement, donnent une cohérence et une richesse au personnage de Maud qui pourtant par moment pourrait en agacer plus d‘un. L’univers de la voile, de l’océan rajoute une dimension supplémentaire à ce mille-feuille littéraire dense mais très digeste. L’écriture d’Andrew Miller est une merveille de concision, de dynamisme et de précision. Chaque scène, chaque sentiment exprimé semble ciselé par un orfèvre qui conjugue beauté de la langue et sens de la narration. Les pages se tournent toutes seules, le plaisir se renouvelle à chaque chapitre et même si au fond, il ne se passe pas grand-chose, on se plaît à errer dans le sillage de Maud, à échafauder des hypothèses pour les vérifier ensuite. On referme La Nuit, la mer n'est qu'un bruit touché en plein cœur. Une sacrée expérience que je ne peux que vous recommander.

mercredi 9 août 2017

Petit tour à la ressourcerie...

Avant notre départ en Périgord, Nelfe et moi sommes allés innocemment à la ressourcerie de Lorient pour voir un peu ce qu'ils proposaient. Plus précisément, nous recherchions quelques verres à vin, vu ma mauvaise habitude de les casser en faisant la vaisselle. Aucun verre nous ne trouvâmes mais par contre, le rayon livre était bien achalandé... Jugez plutôt des nouvelles acquisitions que nous avons ramené à la maison !

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(aie aie aie...)

Vous voyez où on en est arrivé ??? I.R.R.E.CU.P.E.R.A.B.L.E.S ! Enfin surtout moi comme vous allez pouvoir le constater, Nelfe s'étant une fois de plus illustrée par sa capacité de résistance à la tentation. Voici un traditionnel post de craquage comme nous en avons le secret, suivez le guide pour la présentation des petits nouveaux qui viennent rejoindre leurs congénères dans nos PAL respectives. 

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(THE trouvaille !)

- La Ligne verte de Stephen King. Un des derniers "vieux" titres de Stephen King qui m'avait échappé jusqu'ici. Comme beaucoup, j'ai adoré le film mais je souffrais de ne pas avoir lu ce titre paru sous forme de feuilletons et réputé comme très réussi dans l'oeuvre de cet ogre littéraire. Gros coup de chance donc de tomber sur les six volumes réunis au même endroit et dans la toute première édition. Sans doute, une de mes prochaines lectures tant l'attente fut longue !

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(Librio en force, again !)

- La Morte amoureuse de Théophile Gautier. Sans doute, le premier roman mettant en scène un mort-vivant, et féminin de plus ! Rajoutez là-dessus un auteur que j'adore, une bonne pincée de XIXème siècle, un prêtre amoureux, des esprits qui se déchaînent et vous obtenez un court récit que j'ai hâte de parcourir. Là encore, il ne devrait pas trop traîner dans ma PAL !

- Aurélia de Gérard de Nerval. Entre hallucinations et mystères, De Nerval propose ici un voyage subliminal dans son imagination au coeur de son romantisme à fleur de peau et de ses rêves éveillés mêlant femmes disparues, ancêtres regrettés et paysages merveilleux. Je ne sais pas pour vous mais personnellement, je suis plus que tenté !

- Le Prince de Machiavel. Un classique hors norme que je vais relire avec grand plaisir (emprunt au CDI dans mon année de terminale). Précurseur dans la pensée politique, cet ouvrage explique clairement et nettement le principe de realpolitik et le contrôle des masses. Rajoutez un bon ouvrage de Debord (La société du spectacle au hasard...) et vous obtenez la société actuelle. Pas le genre de lecture rassurante en soi mais comme on dit knowledge is power !

- Le Grand dieu Pan de Arthur Machen. Première incursion dans l'univers d'un auteur présenté comme un maître de la terreur et des mondes inconnus. L'action se déroule à Londres où une femme fatale sème la folie et l'effroi sur son sillage. Qui est-elle vraiment ? Que recherche-t-elle ? Navigant constamment entre réalité et déviances diaboliques, on promet au lecteur une lecture tumultueuse. Ça promet !

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(Un pot-pourri, bien sympathique !)

- L'Attente de l'aube de William Boyd. Un acteur se voit proposer de devenir agent secret par une commanditaire dont il tombe amoureux... J'aime beaucoup cet auteur qui à priori multiplie les surprises et les rebondissements dans un roman salué par la critique. Wait and read.

- Toutes les familles sont psychotiques de Douglas Coupland. Un récit dynamitant le roman familial traditionnel et qui met à mal l'American way of life. Connu pour sa subvertion, l'auteur s'amuse à envoyer une tribu de sympathiques cinglés dans une Floride de carte postale. Gare à la casse !

- Les Sirènes de Bagdad de Yasmina Khadra. Un Khadra, ça ne se refuse jamais, j'ai donc adopté celui-ci sans même regarder le résumé en dos d'ouvrage. On retrouve ici les thématiques chéries par cet auteur : le fanatisme, la violence et la confrontation entre tradition et modernité. M'est avis qu'une fois de plus, je ne sortirai pas indemne de cette lecture !

- Balade pour un père oublié de Jean Teulé. Road movie insolite qui voit un jeune père kidnappé son nourrisson à la naissance et partir revoir les différentes femmes qui ont jalonné sa vie ; je m'attends au meilleur d'un auteur que j'affectionne tout particulièrement. Vous lirez un peu plus bas que j'ai doublé la mise à son sujet !

- Les Carnassières de Catherine Fradier. Une ex flic virée pour bavure se retrouve projetée dans une enquête à haut risque dans le milieu russe des Baléares. Au programme : mafia sibérienne, ex du KGB et meurtres en série. C'est très engageant et le style incisif semble se rapprocher d'un Despentes. Tout pour me plaire donc !

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(Pot pourri de brochés pour changer !)

- Retour en absurdie de Stephane de Groodt. Là encore, un pot monstrueux que de tomber sur ce titre. Nelfe m'avait offert le premier tome il y a quelques années et j'avais adoré cette expérience bien branque et délectable à souhait. Je vais pouvoir rééditer cette lecture hautement plaisante avec ce volume deux des chroniques télévisuelles d'un as du calembourg et du jeu de mot.

- Héloïse, ouille ! de Jean Teulé. Teulé deuxième acte avec un volume consacré à Abelard et Héloïse, couple mythique que l'auteur va s'employer à démystifier dans le style si vert qu'on lui connait. Hâte de lire celui-ci aussi !

- La Tâche de Philip Roth. Troisième volume d'une trilogie thématique sur l'identité et l'histoire de l'Amérique d'après guerre (j'ai les deux autres volumes dans ma PAL), il est ici question de mensonge, d'honneur et d'amour. Le genre d'ingrédients qui bien mixés donnent souvent de grandes oeuvres et quand on connait les talents de Roth en matière de narration et de style, ça risque d'être très bon !

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(La sélection de Nelfe... Oui, elle est 10 000 fois plus raisonnable que moi!)

- Ni vu ni connu d'Olivier Adam. J'aime beaucoup Olivier Adam (là, c'est Nelfe qui parle) et je suis curieuse de découvrir celui-ci paru dans une édition jeunesse. Ça va se lire très vite mais je ne doute pas que ça soit encore une fois intense !

- Mississippi de Hillary Jordan. Un Belfond ! Une maison d'édition de qualité ! Limite je peux y aller les yeux fermés. Mississippi des années 40, "dans la lignée d'un Faulkner", nous dit la quatrième de couverture : ça donne envie !

- L.A. Requiem de Robert Crais. Encore un Belfond ! Une enquête, un flic en pleine rédemption mais au passé trouble. Miam miam !

Belle moisson d'ensemble, non ? Certes les livres sont encore plus serrés qu'avant dans nos PAL mais les promesses de lecture sont riches et nos chroniques prochaines et à venir en témoigneront certainement. Qu'il est bon d'être book addict, une passion dévorante mais pas vraiment ruineuse quand comme nous, on aime les livres de seconde main... À quand le prochain craquage ?