jeudi 19 novembre 2015

"Des Amis" de Baek Nam-Ryong

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L'histoire : Ce livre nous invite à partager les investigations d'un magistrat qu'une femme a saisi d'une demande de divorce – et qui se trouve donc confronté à un dysfonctionnement social. Là-bas, en effet, les affaires privées engagent l'intérêt public. Et en l’occurrence, la requête est rendue particulièrement délicate par les professions respectives des époux : la demanderesse est cantatrice, et elle se plaint de l'incompréhension "culturelle" de son mari – qui est ouvrier. L'enquête menée par le juge dans l'entourage du couple va donc prendre rapidement un tour quasi politique…

la critique de Mr K : Lors de son édition par les éditions Actes Sud en septembre 2011, Des amis de Baek Nam-Ryong a été le premier roman d'origine nord-coréenne traduit en français ce qui a présenté une mini-révolution dans le domaine de l'ouverture culturelle. En effet, une mince fenêtre s'ouvre sur le pays le plus secret du monde, ultime dictature stalinienne survivante encore au pouvoir, vestige d'une Guerre Froide terminée depuis bien longtemps. Passez votre chemin si vous cherchez un manifeste anti-communiste ou un exemple de propagande pro-régime, l'auteur s'attache ici à nous raconter une histoire intime et sociale à la fois. Vous voila prévenus!

Jong Jin-Woo est juge dans le tribunal municipal populaire de son agglomération. Respecté et craint, il applique les préceptes du pouvoir en essayant d'être juste et impartial. Un jour, Chaï une jeune femme de sa circonscription vient déposer une demande de divorce car elle ne s'entend plus avec son mari. Débute une discussion sur les causes de cette demande et l'évolution de leur mariage. En effet, en Corée du Nord, se marier est un acte social fort, la cellule familiale est sacrée et constitue le maillon de base de la société. En cela, elle doit être préservée à tout prix et chérie de tous pour soutenir le pouvoir en place et garantir la stabilité de la société. Le juge va tour à tour rencontrer les différents partis concernés, rentrer dans l'intimité du couple et tenter de raisonner tout le monde.

Il souffle un vent très particulier sur les 245 pages qui composent cet ouvrage. Bien qu'habitué à la littérature asiatique, on sent qu'on rentre dans un monde, un état d'esprit différent de mes lectures japonaises ou chinoises habituelles. L'auteur suit au plus près notre investigateur de héros dans ses déplacements et ses pensées. On partage ses repas, ses nuits sans sommeil, ses rencontres, ses espérances (notamment dans la possibilité de rabibocher le couple en péril) et ses déceptions. Ce qui pourrait paraître terre à terre et à intérêt limité devient fascinant quand on recontextualise. Par petites touches, au détour de certains paragraphes, Baek Nam-Ryong nous livre quelques parcelles de son pays. Loin des fantasmes et des clichés qui nous habitent, le quotidien nord coréen étonne par sa banalité affichée mais pensée comme partie prenante de la révolution prolétarienne. C'est surprenant car complètement différent de la pensée individualiste qui règne de part chez nous.

Encartés et enserrés dans le système, les personnages néanmoins nous captivent par les déchirements intérieurs qui les habitent et la quête incertaine qu'ils mènent vers le bonheur espéré. Il est beaucoup question dans ce livre d'amour et de confusion des sentiments, il y a l'ordre social établi d'un côté et la vraie nature des sentiments qui unissent cette femme et son mari. Une tension sourde s'insinue, les élans du cœur et les déceptions attendues s’enchaînent entraînant le lecteur dans une ronde incessante de sentiments contradictoires. Entre documentaire et pur roman à fleur de peau, le mélange prend très bien et nous emporte très loin pour très longtemps.

La lecture est très aisée. L'immersion est quasi immédiate et le style simple, détaillé et pur de l'auteur marche à merveille. Il se démarque de mes autres lectures asiatiques par un attachement fort au réalisme sans passage lyriques trop poussés. Ouvrier d'origine, Baek Nam-Ryong s'attache à rendre compte le plus précisément possible de toutes les situations et tiraillements qu'il nous livre ici. On passe vraiment un moment à part avec cette lecture à la fois touchante et enrichissante. Une expérience à tenter pour les plus curieux d'entre vous!

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samedi 29 novembre 2014

"A girl at my door" de July Jung

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L'histoire: Young-Nam, jeune commissaire de Séoul, est mutée d'office dans un village de Corée. Elle se retrouve confrontée au monde rural avec ses habitudes, ses préjugés et ses secrets. Elle croise une jeune fille, Dohee dont le comportement singulier et solitaire l'intrigue. Une nuit, celle-ci se réfugie chez elle…

La critique de Mr K: 5/6. Une fois n'est pas coutume c'est seul que je me bougeais pour voir ce métrage, Nelfe n'étant pas du tout tentée par ce film. C'est donc dans une salle obscure très clairsemée (environ une dizaine de personnes) que j'allais voir ce A girl at my door, premier film d'une réalisatrice d'origine coréenne July Jung, une œuvre singulière et poignante au possible malgré quelques légères scories.

Young-Nam, jeune policière a été mutée dans un village côtier loin de la grande ville. C'est une sorte de punition suite à un comportement dit "inapproprié" dans la société de Corée du sud notamment quand on est fonctionnaire. Refermée sur elle-même, traînant sa tristesse et sa mélancolie, le comportement d'une adolescente du crû -Dohee- l'interpelle. Esseulée, harcelée par les jeunes du village, elle est aussi victime de violences répétées de la part de son père et de sa mère. Un soir, la petite vient toquer à sa porte, Young-Nam l'accueille pensant remplir son devoir. Sa position va en être fragilisée dans cette communauté rurale où ragots et vieilles habitudes sont tenaces...

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L'immersion est immédiate et totale. Peu ou pas d'images de la ville mais seulement un climax poisseux autour de la petite communauté campagnarde. Très vite, les lieux et figures locales sont plantés: le port dont dépend l'essentiel de l'économie, les femmes qui parlent en faisant des travaux subalternes, le père de Dohee -Yong-Ha- (seul jeune resté sur place quand les autres ont rejoint la Capitale) qui emploie nombre de personnes et fait survivre la bourgade, la police locale qui gère au mieux entre menace et petits arrangements avec la loi... En filigrane, cette société repliée sur elle-même est mère de tous les vices avec notamment l'alcool, la violence, l'exploitation de l'être humain, le sexisme et l'homophobie. Peu engageant je vous l'accorde pour une jeune policière perdue qui se retrouve nommée chef des forces de l'ordre locales.

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Dès son installation, la suspicion est de mise face à cette jeune femme effacée et peu causante. Très vite, l'hostilité grandit face à celle qui menace le fonctionnement local et s'en prend à Yong Ha. Admiré (et craint?) par tous, c'est l'icône du village qui est ici attaquée. Tout le monde ferme les yeux face à ces débordements verbaux liés à l'alcool, sa violence extrême envers ses employés clandestins et sa propre fille. Young-Nam va tenir sa route malgré tout, seule et droite et va finir par accueillir Dohee chez elle. Une relation étrange et touchante va se créer entre ces deux âmes abîmées. Malheureusement, la jalousie et la cruauté vont les rattraper, la seconde partie du film s'apparente alors clairement à un drame, à un véritable chemin de croix.

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La grande réussite de ce film réside dans les deux héroïnes du film qui sont traitées avec une finesse inégalable. Les apparences sont bien trompeuses et sous le vernis de la policière intègre et de la jeune fille martyre se cachent une complexité de situations de vie et de sentiments. Il faut donc bien deux heures de métrage pour lever le voile entre pudeur typiquement asiatique et ficelles plus classiques de film policier. Cette relation unique est filée avec maestria et on est emporté par un souffle intimiste d'une rare beauté. Certains passages vous mettrons la larme à l'œil et on ne ressort pas indemne de cette séance. Mention spéciale donc aux deux actrices principale avec une tendresse toute particulière pour Doona Bae déjà vue et appréciée dans l'excellent Cloud Atlas.

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La tension est palpable durant tout le film mettant le spectateur de plus en plus mal à l'aise avec des scènes chocs qui retourne l'estomac (violences envers Dohee filmée de façon brute mais jamais complaisante, l'évocation du travail clandestin et la manière dont les traite Yong-Ha) et l'incompréhension qui règne entre la jeune policière et les habitants frustres déconnectés du monde moderne et de l'évolution des mœurs. C'est filmé avec justesse avec parfois des moments d'une grande beauté notamment la scène où l'adolescente s'entraine à danser sur la jetée du port. La BO est elle aussi à l'image du film discrète et efficace, elle souligne à merveille l'évolution de l'histoire.

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Seul bémol qui me conduit à ne mettre qu'un 5/6 à ce film est le personnage de Yong Ha que j'ai trouvé vraiment poussé à la limite du crédible. On adore le haïr, le détester mais c'est parfois trop. Caricatural, manquant donc d'épaisseur, il alourdit le propos. La fin s'oriente alors vers un règlement de compte certes mérité mais pas forcément moral où les méchants se doivent d'être châtier sévèrement. Il entache quelques peu la petite leçon de vie et de tolérance que représente ce métrage. Pour autant, la toute fin même si elle est attendue ne gâche pas le plaisir et A girl at my door reste un excellent film.

De l'émotion, un mélange de calme asiatique et de violence quotidienne qui explose en plein visage, voilà un film qui détonne et impressionne. À voir absolument pour tous les amateurs du genre!

dimanche 27 octobre 2013

"Les petits pains de la pleine lune" de Gu Byeong-mo

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L'histoire: Comme dans toute bonne boulangerie-pâtisserie, il y en a pour tous les goûts dans ce petit livre : du mystère, des choses graves, de l'humour (noir), de la tendresse (cachée).
Le héros est un jeune garçon coréen, sa mère s'est suicidée quand il était enfant et sa belle-mère le harcèle moralement. Un jour, il s'enfuit de chez lui et trouve refuge dans une pâtisserie, lui qui n'était pourtant pas fan de gâteaux !
Là il fera la connaissance d'une fille pas comme les autres, Oiseau-Bleu, et d'un pâtissier un peu sorcier.
Car dans cette boutique vraiment banale en apparence, on confectionne des gâteaux aux pouvoirs étonnants, qui sont vendus sur Internet. Mais attention ! N'oubliez pas que la magie peut toujours se retourner contre vous.

La critique de Mr K: La lecture de ce livre est un pur hasard. Nous déambulions Nelfe et moi dans un magasin discount quand je tombai sur un bac remplis de livres brochés de chez Picquier qui est réputé pour la traduction et l'édition de livres asiatiques (Corée, Japon, Inde, Pakistan essentiellement). J'ai bien accroché à la quatrième de couverture et ne lisant pas beaucoup de littérature jeunesse (tant de livres à lire et si peu de temps!), j'y vis un signe et me portai acquéreur du présent titre pour un prix modique.

Un jeune coréen marqué durement par l'existence va trouver refuge dans un magasin pas comme les autres. Tout est résumé en ces quelques mots mais n'allez pas croire que vous vous trouvez devant un conte pour enfants classique. D'ailleurs, je m'étonne encore d'avoir lu au dos de l'ouvrage, "niveau de lecture collège" tant certains passages sont d'une dureté et crudité estomaquantes pour un adulte. Certainement, les différences culturelles y sont pour quelque chose, peut-être parle-t-on plus librement de certaines choses aux enfants par là-bas... Ainsi, lors des flashback qui parsèment les 200 pages de ce livre, des sujets très graves sont abordés comme le suicide, la pédophilie et la violence domestique. Loin d'être seulement évoqués, l'auteure a décidé de les traiter frontalement. Le choix est osé, le résultat est formidable d'intelligence et d'ingéniosité malgré des propos rudes et des passages éprouvants. J'ai adoré détester la belle-mère qui s'apparente aux marâtres classiques de Cendrillon ou Blanche Neige, j'ai vomi l'attitude détestable du père à la fois absent et responsable du mal être de son fils. D'une manière générale, les adultes qui entourent le héros sont soit lâches, soit cyniques, soit profondément mauvais (mention spéciale aux professeurs du collège).

Tout est contrebalancé par l'irruption du merveilleux qui prend ici la forme d'un pâtissier et de son employée. Que se cache-t-il derrière ces étranges produits vendus sur internet? Hébergé pendant un temps dans la boutique, il va pouvoir se reconstruire intérieurement et grâce à la gestion du site web de la pâtisserie, il va comprendre un peu mieux la nature humaine. En effet, quoi de mieux pour connaître nos penchants secrets que la vente de filtres d'amour, de poupées vaudous et autres sorts-pâtissiers. Cela donne lieu à de merveilleuses pages de littérature pour enfants qui m'ont irrémédiablement fait penser au Roal Dahn de Charlie et la chocolaterie. Le personnage de Oiseau-bleu est une merveille de tendresse et de douceur que vient contrebalancer le personnage de bourru au grand cœur du pâtissier. Bien évidemment, ces deux là savent ce qui arrive au héros et vont l'aider à affronter sa vie.

Très bien écrit, le langage est ici mis au service de deux causes pourtant radicalement opposées: le réalisme et le merveilleux. L'auteure réussit sur les deux tableaux et nous offre un portrait d'une beauté et d'une mélancolie rare avec ce jeune coréen bègue et esseulé. On est pas loin de verser sa larme par moment même si certains passages plus fantastiques nous arrachent par moment un sourire. Une lecture atypique que je vous conseille vivement malgré les passages parfois cruels qu'elle contient.

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lundi 16 septembre 2013

Le tourbillon d'un vent de foliiiiie / 광 기의 바람의 소용돌이

Ca se passerait presque de mots! Vous remarquerez l'intensité de l'interprétation qui frise par moment la démence, la chorégraphie sacadée mais on ne peut plus en rythme et les regards caméra de chanteuses qui semblent vouloir nager la brasse dans les plantes vertes... Mr K m'a même confié qu'elles lui faisaient peur...

Du grand art tout droit venu de Corée. Du grand n'importe quoi et avec l'accent s'il vous plait!

Posté par Nelfe à 21:56 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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