mardi 9 mars 2010

"King kong theorie" de Virginie Despentes

kktRésumé?

"J'écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n'ont pas envie d'être protecteurs, ceux qui voudraient l'être mais ne savent pas s'y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l'idéal de la femme blanche séduisante qu'on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu'il n'existe pas" V.D.

La critique de Mr K:

Hasard du calendrier, je chronique le présent ouvrage le lendemain de la journée de la femme. On ne pouvait mieux faire! Certes Virginie Despentes est dérangeante, déroutante... mais en voilà une qui écrit avec ses tripes et ne mâche pas ses mots. C'est sa qualité première et c'est ce que j'aime! De sa bibliographie inégale, je n'avais pour l'instant retenu comme essentiels que "Baise moi" et "Mordre à travers"... j'y rajouterais celui-ci!

Dans cet essai, l'auteur aborde un thème qui lui est cher: le féminisme. Nous sommes tous touchés par ce thème, hommes autant que femmes, puisque le féminisme parle du rapport entre les deux. King Kong Théorie parle donc des femmes, de toutes celles qui ne trouvent pas leur place, mais aussi des hommes qui refusent celle qu’on leur réserve habituellement. Il n'est donc pas question d'opposer les deux sexes (comme cela a déjà pu être fait) mais bien de réfléchir aux tenants et aux aboutissements des relations hommes-femmes de l'intimité du couple au corps social tout entier.

C'est à travers le prisme de trois réalités qu'elle a vécu ou connu que Despentes écrit ce "manifeste pour un nouveau féminisme" comme le proclame certains et certaines: le viol, la prostitution et la pornographie. À travers ces trois exemples, elle essaie de montrer que la perception traditionnelle de ces trois sujets est profondément ancrée dans nos sociétés et vise à perpétuer la domination du mâle (le dictat de l'apparence, la féminité-putasserie, la morale ambiante machiste, la jouissance sadique du violeur...).

Et le tout... au chalumeau! La langue est malmenée, directe, vulgaire mais oh combien vivante, provocatrice et donc réflective. Personnellement, j'ai trouvé par moment que ce livre ressemblait davantage à une espèce de thérapie dans laquelle veut nous entraîner l'auteur. On la sent bourrée de complexes (elle ne s'aime pas, c'est sûr) et revancharde (violée à 17 ans et prostituée occasionnelle par la suite) mais comme elle le dit si bien au dos: elle écrit pour les laisser pour compte et elle a le sentiment d'appartenir à leur clan. Je n'ai pas été séduit par l'ensemble de l'argumentaire (notamment en ce qui concerne le porno) mais dans les jours qui suivirent je n'ai pu m'empêcher d'analyser les différents programmes que nous avons pu suivre Nelfe et moi sur la boîte à connerie. Bien que conscient du machisme ambiant, j'ai pu mesurer l'étendue des dégâts à sa juste valeur! C'est super d'être un mec et je ne changerais pour rien au monde! Le pire exemple était une émission appelée "Nouveau look pour une nouvelle vie" en deuxième partie de soirée où deux filles de 9 et 14 ans avaient inscrit leur mère qu'elles ne trouvaient plus belle! Grâce à son relooking (comme disent les cakes!), elle allait retrouver sa place dans la société et dans le coeur de ses filles! À vomir! La mère consent et là... j'ai éteint la télé me sentant près à commettre un geste pourtant salutaire pour mon esprit: la balancer dehors!

Mais là, je m'égare... Qu’on soit d’accord ou non avec son propos, King Kong Théorie fait réfléchir et aborde des sujets de société importants sous des angles nouveaux. Il s'apparente à un cri (ou plutôt une bonne gueulante) brisant la démocratie et la pensée molle. C’est surtout avant tout, "un manifeste pour que les femmes soient enfin libres et que les hommes vivent leur masculinité d’une autre manière que celle imposée par la société traditionnelle", et là... y'a du boulot!

I love you Virginie...

Posté par Mr K à 17:35 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,

vendredi 26 février 2010

"Un cadeau du ciel" de Cecelia Ahern

cadeau_cielL'histoire: Lou a une vie parfaite, une femme magnifique, deux enfants adorables et un travail qui le comble. Mais la réussite a un prix et Lou est prêt à tout pour parvenir au sommet. En se rendant au travail un matin d'hiver dans les rues enneigées de Dublin, Lou fait la connaissance de Gabe, un sans-abris qu'il croise tous les jours. Sa vie ne sera plus jamais la même car Gage n'est pas un homme comme les autres...

La critique Nelfesque: Mes beaux-parents m'ont offert ce livre en me disant: "Toi qui aimes Gavalda, tu devrais aimé celui-ci". En effet j'adore Anna Gavalda. Ses bouquins donnent le sourire et mettent du baume au coeur.

Je me suis lancée dans Un cadeau du ciel avec un léger à priori. Un autocollant sur la couverture annonce "Par l'auteur de P.S. I love you". Oula! Je n'ai pas lu le livre mais j'ai vu l'adaptation cinématographique et je n'ai pas vraiment adhéré à l'histoire...

Au final, j'ai lu ce livre en 2 jours. Le style de l'auteure est très fluide, un vocabulaire simple, beaucoup de dialogues. Disons le tout de suite, ce n'est pas de la grande littérature. Plutôt un roman de gare qui nous accompagne avec plaisir le long d'un voyage en train.

Du Anna Gavalda, je n'en ai pas vraiment trouvé. Ce n'est pas parce que l'histoire est bleuette et que l'écriture est typiquement une écriture de femme que Cecelia Ahern a le talent de Gavalda. Par contre du Didier Van Cauwelaert oui! Le style littéraire, le côté mystique et énigmatique du roman m'y ont fait clairement penser. Qui est ce Gabe? A peine Lou l'a-t-il sorti du caniveau qu'il ressent pour lui un sentiment étrange mêlé de familiarité et de peur. Que vient-il faire dans sa vie? Veut-il vraiment l'aider? Veut-il lui piquer sa place auprès des siens et dans son travail? A la vue du titre du livre et de la couvertureaux couleurs pastels et parsemée de petites fleurs, on s'imagine tout de suite que Gabe n'est pas un psychopathe sanguinaire... Le suspens n'est donc pas vraiment au rendez-vous. J'ai ma petite idée sur la nature exacte de Gabe mais je la garderai pour moi histoire de conserver quand même une part de mystère. Ce qui est sûr c'est qu'à son contact Lou devient meilleur et ce n'est pas du luxe car c'est un vrai "connard prétentieux" (il faut appeler un chat, un chat!).

La fin est sympathique, pas très originale mais elle fait son petit effet. Par contre, était-il vraiment nécessaire que l'auteure rajoute une couche de morale bien cucu? J'aurai préféré que le livre prenne fin deux pages avant...

En résumé, un livre qui s'adresse je pense plus à un lectorat féminin et qui, à défaut d'être le bouquin du siècle, nous accompagne quelques heures de façon agréable. Je suis prête à parier qu'ils en feront un film!

Posté par Nelfe à 17:44 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , ,
mardi 23 février 2010

"L'ombre du vent" Carlos Ruiz Zafon

OmbreDuventL'histoire:

Dans la Barcelone de l'après-guerre, par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon -Daniel Sempere, le narrateur- dans un lieu mystérieux du quartier gothique: le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant est ainsi convié par son père à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération: il doit y "adopter" un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets "enterrés dans l'âme de la ville": L'Ombre du vent

La critique de Mr K:

Il y a quelques semaines, j'étais tombé sous le charme de cet auteur espagnol avec son second livre: Le jeu de l'ange. Il m'avait été offert par mes padres qui avait adoré la première oeuvre de Zafon que je chronique ici. Résultat: une deuxième claque dans la tronche!

On retrouve dans ce volume, l'amour de Zafon pour ses personnages qu'il cisèle à merveille. Une fois de plus, ce n'est pas le héros qui m'a le plus marqué. J'ai adoré le personnage de Fermin: compagnon à la fois sage et haut en couleur de Daniel, opposant au Franquisme, amateur de bonnes et belles choses. J'ai retrouvé des figures féminines tragiques (un peu à la Racine), Béatriz et surtout Pénélope. Autre personnage que j'ai particulièrement apprécié, celui de Fumero, flic fasciste implacable à la fêlure intime qui m'a fait irrésistiblement penser au personnage qu'incarne Tchéky Karyo dans le film "Doberman" de Jan Kounen. C'est le genre de personnage qui dans un livre, dès qu'il fait son apparition, fait froid dans le dos, inquiète et disons le franchement fait flipper le lecteur. Comme quoi, la lecture a encore de beaux jours devant elle quand on voit les similis méchants que nous livrent parfois certaines hypers productions hollywoodiennes dépassant le milliard de dollars de recette. Fumero m'a marqué et je ne suis pas près de l'oublier.

Autre point fort du livre, l'évocation de la Guerre d'Espagne puis de la société mise en place par Franco. Là encore, rien de frontal, mais des évocations au détour de descriptions de la vie quotidienne ou de réactions de certains personnages. Barcelone, son ambiance, ses drames et ses misères sont merveilleusement retranscrits. On est immergé et c'est très dur de lâcher ce livre. Certains l'ont préféré au "Jeu de l'ange", sans doute parce que l'effet de surprise n'y était plus. Je le dis tout de go, Carlos peut en pondre encore une dizaine de cet acabi, je serai toujours preneur! J'ai rarement été confronté à un auteur aussi talentueux pour distiller avec autant de finesse les joies et les malheurs de ses personnages. On s'y attache, on vit l'action avec eux, on rit parfois, on a mal au ventre plus souvent... Pour ma part, j'ai toujours eu une petite préférence pour les histoires mélancoliques, digne reflet de la condition et de la nature humaine.

Un grand livre, un grand auteur. Que dire de plus...

Posté par Mr K à 15:48 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , ,
mercredi 3 février 2010

"In the air" de Walter Kirn

in_the_air_livreL'histoire: Depuis des années Ryan Bingham ne touche plus terre : son boulot - il se charge d'organiser des licenciements - le conduit d'entreprise en entreprise, de chambre d'hôtel en chambre d'hôtel, d'aéroport en aéroport. Il ne supporte plus son métier, n'a plus de maison, plus d'épouse, plus d'attache familiale et ne se sent chez lui que dans le cocon d'une cabine pressurisée, face au sourire d'une hôtesse de l'air ou à un plateau-repas mal réchauffé. Son but dans la vie : accumuler un million de miles sur sa carte de fidélité d'une compagnie aérienne. Il y est presque, mais des turbulences pointent à l'horizon...

La critique Nelfesque: Le film du même nom est sorti la semaine dernière et il est prévu que nous allions le voir ce week-end. En attendant, je me suis plongée dans le livre à partir duquel l'adaptation a été faite.

Ce fut un lecture plaisante. Rien de transcendant mais une bonne lecture "de plage". Je m'attendais à une critique du monde du travail, sur ce point j'ai été déçue. Je m'attendais à un personnage ironique et imbu de sa personne. Là encore j'ai été déçue. Ryan est un homme quelconque. Un homme certes privilégié, au compte en banque chargé et à la vie facile mais finalement un homme banal... Ce qui l'est moins c'est son obsession à arriver à son million de miles. Je me suis demandée pourquoi courait-il après ce but virtuel, ce million que l'on ne peut ni toucher ni appréhender. Cette réponse je l'ai trouvé à la toute dernière page. M'a-t-elle émue? Pas vraiment...

Alors, ai-je aimé ou non ce livre? Ma première approche semble pencher pour la seconde proposition. Nous suivons 17 jours de la vie d'un homme transparent, à la limite du déprimant, à la vie vide et plate. Pas de quoi casser des barreaux de chaises... Les problèmes de "petits garçons riches" ne me font ni chaud ni froid. Et pourtant, je suis peut être maso, mais j'ai trouvé ce roman distrayant de part ses touches d'humour distillées ça et là qui sauvent à mon sens le livre. L'écriture n'est pas sensationnelle mais elle est fluide et "In the air" se lit très facilement. Ce n'est pas le chef d'oeuvre de l'année, je l'aurai sans doute oublié d'ici peu, il ne m'a pas marqué mais il m'a fait passer quelques heures agréables.

Est-ce que je le conseille? Cet été, sur la plage, avec le sable qui colle aux jambes mouillées et le bruit de la mer en fond, pourquoi pas.

Je vous laisse avec un petit extrait qui m'a bien plû. J'aurais aimé que tout le livre soit de cette trempe!

"Comme la plupart des grands voyageurs à qui j'ai parlé, il m'arrive de me faire peur en m'imaginant des scénarios de crash hyperdétaillés. Dans mon préféré, je me trouve là où il est en ce moment [ndrl: les toilettes de l'avion] quand survient le plongeon de la mort. Projeté de côté, je griffonne au savon une phrase sur le miroir: "Je vous aimais tous. Je suis désolée, maman." Le fantasme a ses variantes: mon testament change. Une fois je me suis contenté de dessiner un coeur. Tellement mignon de ma part. Et dernièrement, c'était six zéros et un un. El Supremo, qu'écrirait-il? "On se retrouvera en enfer, Saddam"?"

Posté par Nelfe à 19:37 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : , ,
lundi 25 janvier 2010

De la souffrance de n'être qu'un enfant

copainL'histoire: Au sud des Etats-Unis, la pire des enfances attendait Harriet Cleve, dans l'ombre d'un frère assassiné, d'un meurtre jamais élucidé. Une famille détruite, un père enfui, une mère et une soeur anéanties. Lors de l'été de ses douze ans, la jeune fille se révolte. Elle veut savoir, et se venger. Elle sait que pour y parvenir, elle doit renoncer à sa propre adolescence et à ses rêves, affronter et défier le monde inconnu et menaçant des adultes. Et pour commencer, trouver de l'aide auprès d'un ami.

La critique Nelfesque: Quel bonheur que ce livre! Durant toute la lecture de ce roman, j'ai eu l'impression d'être dans du coton. Un coton ouatté. Dans la chaleur étouffante et enveloppante  de cette ville du sud des Etats-Unis, dans les années 70.

Ce que je retiendrai de ce "Petit copain" de Donna Tartt n'est pas le côté polar où Harriet cherche le coupable du meurtre de son grand frère, le trouve (ou croit le trouver), le traque et élabore sa vengeance. Si vous vous attendez à une révelation au bout des 850 pages et enfin savoir qui à tuer Robin, vous pouvez passer votre chemin. Ceux qui lisent ce roman dans cette optique là seront forcément déçus. Ca n'a pas été mon cas. J'y ai vu plutôt une chronique de la vie ordinaire, une histoire familiale forte avant et après le drame, une petite fille au fort caractère et aux raisonnements d'adulte et un ami fidèle mais si "enfant" par rapport à elle. Le mystère autour de la mort du frère d'Harriet n'est pour moi que l'explication au comportement des membres de la famille mais en rien un but à élucider.

Les personnages sont savoureux et leur psychologie est fouillée. Harriet est une petite fille déterminée qui ne supporte pas les faiblesses et souffre du manque d'intérêt qu'elle suscite autour d'elle. Hely, son ami, est un petit garçon tout ce qu'il y a de plus banal, adorant James Bond et se prenant pour lui, il cherche à impressionner Harriet d'apparence si forte, avec une maladresse enfantine touchante. Charlotte, sa mère, dépressive depuis la perte de son fils, erre dans la maison et est continuellement à côté de ses pompes. Ida, la bonne des Cleve, femme de couleur, tient la maison à bout de bras. Eddie, sa grand-mère est une femme droite et fière, issue d'une famille bourgeoise, elle a gardé une certaine attitude supérieure sur ses semblables...

Je me suis beaucoup attachée au personnage d'Harriet. Je me suis retrouvée un peu en elle et je n'ai pas pu m'empêcher de transposer son histoire sur la mienne. Elevée, comme elle, au milieu de plusieurs grandes tantes et dans un schéma très matriarcale, j'ai connu une enfance entourée de personnes âgées et de douceur bienveillante. A la perte de sa tata préférée, j'ai ressentie sa douleur. Cette tata, la seule qui l'aimait vraiment telle qu'elle était et en tant que personne, chez qui elle aimait courir prendre le goûter. Cette tata qui a sacrifié sa vie pour ses soeurs et qui était si pleine d'amour. Sa perte est un vrai crève coeur pour Harriet et une vraie douleur pour le lecteur. On ne peut rester insensible face à sa douleur.

A la moitié du livre, vient se supperposer à l'histoire familiale d'Harriet, celle des Ratliff. Les Ratliff sont des pauvres qui vivent en caravane et dont plusieurs membres ont fait des séjours en prison. Certains sont drogués jusqu'aux yeux, dealer, l'un deux est attardé mental, un autre prêcheur repenti. Des coupables idéales pour Harriet...

Ce que je retiendrai de ce livre, c'est la souffrance de l'enfance. Un âge où l'on ressent les choses, où l'on a envie d'hurler mais où l'on est traité comme un bébé. A son appel à l'aide lors du départ d'Ida, le rayon de soleil de la maison, on lui répond que ce n'est qu'une bonne, qu'elle trouvera du travail ailleurs. Pour elle, Ida n'est pas "qu'une" bonne, mais personne ne veut l'entendre... A son affolement à se rendre au camps de vacances qui ressemble plus à un camp pour catho intégristes qu'à un lieu d'amusement, on lui répond qu'elle va adorer être ici et que dans une semaine elle fera le cinéma inverse pour rester. Sauf que ce n'est pas vrai... A ses larmes lors de l'enterrement de sa tante Libby, on lui reproche son "hystérie". Mais ce n'est pas de l'hystérie...

On voit souvent, avec nos yeux d'adultes, le côté insousciant de l'enfance. On en retient les jeux et l'amusement. Mais nous avons oublié que c'est aussi un dur moment d'incompréhension et de souffrance de n'être qu'un enfant, face à des adultes qui sont convaincus de savoir ce qui est bon pour lui...

Posté par Nelfe à 14:50 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags : , , ,

mercredi 13 janvier 2010

"Le jeu de l'ange" Carlos Ruiz Zafon

zafon_jeu_de_langeL'histoire:

Dans la turbulente Barcelone des années 20, David, un jeune écrivain hanté par un amour impossible, reçoit l'offre inespérée d'un mystérieux éditeur: écrire un livre comme il n'en a jamais existé, "une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et d mourir, de tuer et d'être tués", en échange d'une fortune et, peut-être, de beaucoup plus.

Mais du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique de destruction se met en place autour de lui, menaçant les êtres qu'il aime le plus au monde. En monnayant son talent d'écrivain, David aurait-il vendu son âme au diable?

Pour reprendre sa liberté et sauver la femme qu'il aime, David puise ses forces dans la Barcelone envoûtante du Cimetière des livres oubliés, où se côtoient des êtres abandonnés de l'humanité mais aussi des personnages attachants, uniques, puissants ...

La critique de Mr K:

Quel livre! Un vrai petit bijou quitte à me répéter (mes deux dernières lectures étaient déjà pas mal!). Lu en deux jours, je n'ai pu en détacher les yeux tant j'ai été littéralement absorbé par l'histoire et l'écriture d'un auteur que je ne connaissais pas du tout. Je remercie encore mes parents pour ce cadeau de Noël qui flirte avec le fantastique, le romantisme et l'Histoire.

Raconté à la première personne, cet opus nous narre l'histoire de David depuis son enfance difficile jusqu'à une rencontre fatidique qui va sceller son destin. S'ensuit une course poursuite contre le temps, lutte impossible qui se termine au dernier chapitre par un retournement de situation tout bonnement bluffant de tristesse et d'espoir. C'est une histoire d'amour avant tout: l'amour d'un homme pour une femme, d'un homme pour les livres, d'un homme pour une "femme-livre"? L'auteur au gré son écriture sans faille, imagée à souhait et poétique (plus quelques touches d'humour) nous manipule pour mieux nous surprendre dans une atmosphère sombre (Barcelone et ses quartiers chauds, l'époque de la dictature militaire de Miguel Primo de Rivera, Cristina et ses deux facettes) mais néanmoins parfois solaire (Isabella personnage d'une pureté à faire pleurer, le vieux libraire Semperé). De chapitre en chapitre, le lecteur est donc malmené pour son plus grand plaisir.

Les personnages sont légion et ciselés d'une main d'orfèvre. Figures tragiques (le héros, Cristina, Pedro), solaires (Isabella, Semperé) mais aussi enigmatiques (l'éditeur); tous sont d'un réalisme poussé à son paroxysme et donne du crédit à cette histoire de malédiction qui n'est pas sans rappeler le film de Polanski (La 9ème porte). Les lieux ne sont pas en reste: c'est Barcelone qui prend vie devant nos yeux et la maison que le héros acquiert est lugubre et mystérieuse à souhait sans pour autant tomber dans le pathos lourdaud habituel au genre. Au fur et mesure du déroulement, une angoisse étreint le coeur du pauvre lecteur qui se sent s'enfoncer en compagnie du héros, sans pouvoir lui venir en aide et inquiet de son devenir.

Je suis sorti de cette lecture bouche bée et complètement abasourdi par tant de talent et dire que ce n'est que son deuxième ouvrage... J'ai déjà mis Nelfe sur la brêche pour qu'elle passe me prendre "L'ombre du vent" dans la librairie la plus proche. Quant au "Jeu de l'ange" c'est du bonheur de lecteur sur 540 pages, du plaisir, du tragique, du rire parfois. À lire!

vendredi 18 décembre 2009

Fait divers du début du XXème siècle

RoprazL'histoire: En 1903 à Ropraz, dans le Haut Jorat vaudois, la fille du juge de paix, la virginale Rosa, meurt à vingt ans d'une méningite. Un matin, on trouve le cercueil ouvert, le corps de la virginale Rosa profané, les membres en partie dévorés. Stupéfaction des villages alentours, retour des superstitions, hantise du vampirisme. Puis, à Carrouge et à Ferlens, deux autres profanations sont commises. Le nommé Favez, un garçon de ferme, est le coupable idéal. Condamné, emprisonné, soumis à la psychiatrie, on perd sa trace après 1915. A partir d'un fait-divers réel, Jacques Chessex donne le roman de la fascination meurtrière. Qui mieux que lui sait dire la "crasse primitive", les fantasmes des notables, la mauvaise conscience d'une époque?

La critique Nelfesque: Complètement emballée par le résumé et la photo qui illustre la couverture, je le suis beaucoup moins du livre. Ce court roman de 87 pages tient plus de la chronique journalistique et policière que de l'oeuvre littéraire. Je m'attendais à trouver une histoire bien construite et narrée, je me suis retrouvée avec devant mes yeux, des phrases courtes, allant droit au but, sans fioritures. Nous sont alors relatés de manière très direct trois crimes atroces avec des termes froids tels des rapports de police: "Le sexe a été découpé, prélevé, mastiqué, mangé, on en retrouvera des restes recrachés, poils pubiens et cartilage, dans la haie dite du Crochet, à deux cents mètres au-dessus de la forge." Je ne suis pas une lectrice prude et je suis assez habituée à des scènes "hard", étant amatrice de lectures policières assez "gore" à la Grangé, mais à la lecture du Vampire de Ropraz, j'ai fait quelque fois une moue de dégoût.

Pour le reste, une écriture très hachée, relatant les faits avec la rigueur d'un métronome, sans empathie de la part du narrateur. Je ne me suis donc pas attachée aux personnages et celui de Favez, le "bouc émissaire / meurtrier" ne m'a fait ni chaud ni froid.

Quant à la fin... C'est une fin?

Je ne dirai donc pas que j'ai perdu mon temps à la lecture de cette oeuvre de Jacques Chessex, vu l'épaisseur du bouquin, mais je ne le recommanderai pas. Aussi vite lu, aussi vite oublié.

Posté par Nelfe à 19:06 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mercredi 11 novembre 2009

"Junky" de William S. Burroughs

junkyL'histoire:

"On devient drogué parce qu'on n'a pas de fortes motivations dans une autre direction. La came l'emporte par défaut. J'ai essayé par curiosité. Je me piquais comme ça, quand je touchais. Je me suis retrouvé accroché. La plupart des drogués à qui j'ai parlé m'ont fait part d'une expérience semblable. Ils ne s'étaient pas mis à employer des drogues pour une raison dont ils pussent se souvenir. On ne décide pas d'être drogué. Un matin, on se réveille malade et on est drogué".

La critique de Mr K:

Lu en deux traites! Un classique des classiques concernant le thème de l'addiction et ses conséquences. William Lee, le héros héroïnomane de ce roman est en pleine errance: nous le suivons pendant ces deals, ses prises mais aussi (et surtout!) pendant ses phases de privation et ses démélés avec les forces de l'ordre. Véritable descente aux enfers, on assiste petit à petit à la lente déchéance d'un être humain qui à la base n'est pas plus stupide qu'un autre mais qui devenu "accro" va cumuler les revers et les conneries. Plus qu'un plaisir, la thèse implicite de ce recueil est que la came est un mode de vie. Ca fit scandale, le livre sera interdit de publication pendant plusieurs années (voir la très bonne préface d'Allen Ginsberg qui recontextualise parfaitement ce moment de l'histoire littéraire américaine).

Plus qu'un roman, c'est un témoignage. Celui indirect de Burroughs qui par ce premier roman nous raconte ses propres errances dans les paradis artificiels de sa prime jeunesse. Le style est lumineux: phrases courtes, syntaxe mécanique, froide. Pas d'apologie ni de condamnation ferme de l'usage de stupéfiants, juste une trajectoire d'un camé comme un autre. On est loin d'un univers humanisé à la Trainspotting, l'humour est totalement absent et des passages sont vraiment glaçant de réalisme (recherche d'une bonne veine pour se piquer, les rapports entre junky...). Une oeuvre qui se rapproche plus d'un Requiem for a dream tant l'amertume est ce qu'il reste comme goût dans la bouche à la fin de sa lecture. Livre culte donc mais à ne pas mettre entre toutes les mains!

Posté par Mr K à 15:27 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mercredi 28 octobre 2009

"Bis" de David Eagleman

bisL'histoire: Qu'y a-t'il après la mort? Le Paradis existe-t'il? A quoi ressemble-t'il? Avec un humour inattendu, Bis propose 40 variations sur le thème de Dieu et de l'Au-delà. Ici, Dieu est une femme; là, c'est un homme ou un couple... Ici, Il a la taille d'un microbe et ne sait pas que l'homme existe; là, Il vénère Mary Shelley et son Frankenstein. Dans l'Au-delà, vous revivez votre vie à rebours; vous devenez la personne de votre choix ou vous êtes un acteur dans les rêves des vivants... Autant de scénarios loufoques et d'hypothèses insolites qui bousculent avec optimisme nos représentations étroites et font écho aux grandes questions de l'humanité.

La critique Nelfesque: Je suis assez mitigée sur cet ouvrage. L'écriture est fluide, les nouvelles sont courtes, pas plus de 4 pages. A peine le temps d'entrer dans l'histoire, de "digérer" une nouvelle, que l'on passe à la suivante. Ce premier point m'a un peu déroutée et je n'ai pas vraiment pu accrocher à certaines nouvelles que je me suis surprise à lire sans être là (en laissant mon cerveau de côté). Je suis donc passée à côté de pas mal de chroniques. Peut être aurai-je dû lire ce livre avec parcimonie, entre 2 chapitres d'un autre bouquin pour vraiment l'apprécier. C'est en tout cas ce que je conseillerai de faire aux futurs lecteurs de cet ouvrage.

Un second point m'a gêné: le thème de l'ensemble. Pour recadrer les choses et afin de faire comprendre au mieux mon point de vue, il faut savoir une chose: je suis une catholique croyante. J'ai une image assez nette de ce qu'est Dieu et à quoi ressemble l'autre côté du miroir. Que j'ai raison ou tort n'est pas la question, je m'en rendrai bien compte un jour ou l'autre quand je passerai de vie à trépas mais, au jour d'aujourd'hui, j'ai du mal à m'imaginer que Dieu puisse être un microbe ou que l'Au-delà puisse être un remake de notre vie ici bas. C'est mon éducation religieuse qui veut ça. Alors quand l'auteur utilise le "vous" ou le "nous" comme système d'énonciation, n'adhérant pas à l'idée, je ne peux m'identifier. Pas mal de chroniques m'ont donc quelque peu agacées. Celles qui trouvent grâce à mes yeux, et que j'ai trouvé vraiment pas mal, sont celles qui ont prit le partie de verser dans la SF ou, comme celle intitulée Oz, se termine sur le néant. Ces dernières sont intéressantes et originales et mériteraient d'être développer ou creuser.

Je ne peux donc pas dire si j'ai aimé ou détesté cet ouvrage. Si il n'était pas aussi hétéroclite, il aurait été plus facile de se prononcer. Pour moi il y a, dans ces chroniques, du bon, du très bon, du déjà vu et du mauvais goût évident.

Posté par Nelfe à 15:45 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
mardi 20 octobre 2009

"Le retour à la terre" de Larcenet / Ferry

le_retour___la_terreL'histoire: Que se passe-t-il lorsqu'un natif de Juvisy, riante bourgade de la banlieue parisienne, part s'installer à la campagne au milieu des veaux, vaches, cochons ? Au minimum, un énorme choc culturel. Il faut apprendre à parler le patois, découvrir les effets de l'alcool local et surtout se désintoxiquer du périf.

La critique Nelfesque: Lecteurs de ce blog, lisez tout de suite "Le retour à la terre" si ce n'est pas encore fait! C'est un ordre!!! Un ordre parce que je n'ai jamais lu une BD aussi marrante, subtile et vraie. C'est un vrai bonheur de suivre l'évolution de la vie de Manu Larssinet (double BDesque du dessinateur Larcenet) et Mariette: leur installation définitive à la campagne et toutes les petites questions de logistique que cela engendre, leur envie de bébé, la naissance de la petite Capucine... On se retrouve dans toutes les étapes de la vie de ce jeune couple, on en sourit avec tendresse et on se poile franchement.
Les personnages sont excellents. Ma petite préférence va à Madame Mortemont, mamie à blouse bien campagnarde (le genre de mamie qui s'éteint peu à peu à mon grand regret... le genre de mamie qui a de magnifiques toiles cirées à fleurs sur sa table de cuisine et qui cultive ses radis) qui se révèle être une formidable commère au grand cœur.

A titre personnel, je n'ai pas pu m'empêcher de me voir sous les traits de Manu car son retour à la terre est un peu le notre qui avons emménagé il y a quelques mois en pleine campagne (quand même moins reculée que la leur). Leur chat Speed est aussi dans notre entourage... Nous sommes cernés!

"Le retour à la terre" est une BD qui donne la pêche et file le sourire. Je la conseille vivement! Un vrai coup de cœur!

mortemont

La critique de Mr K: Superbe découverte que ces cinq volumes. J'ai découvert Larcenet un peu par hasard plus jeune lorsque je m'achetais Fluide Glaciale. Puis ce fut le choc avec la série Le combat ordinaire qui m'a mis la larme à l'oeil plus d'une fois. Une amie à nous s'est alors donnée pour mission de nous faire découvrir Le retour à la terre  du même auteur. Le ton est beaucoup plus léger et les personnages croustillants. J'ai particulièrement apprécié le chat Speed, une merveille de matou râleur, l'ermite (ersatz du cousin-machin complètement barré et limite magicien parfois) qui distille ses conseils au héros. Mais le summum est atteint avec Mme Mortemont condensé de tout ce que la campagne peut générer comme personne âgée: méfiante, commère, râleuse, parlant un patois incompréhensible (sauf par les nouveaux nés!) mais finalement généreuse, altruiste et attachante. Un bon bol d'air frais que cette BD qui nous propose une approche intelligente, sensible et drôle d'un changement de vie radical. À lire et à relire!

Posté par Nelfe à 19:14 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , , ,