mercredi 25 mai 2011

"The tree of life" de Terrence Malick

affiche_the_tree_of_lifeL'histoire: Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire...

La critique Nelfesque: Hum... Je trouve le résumé ci dessus bien loin de la réalité de ce film et très réducteur. Terrence Malick plus que nous présenter la vie d'une famille ordinaire des années 50-60, part dans un trip mystique peuplé d'images colorées et graphiques qui est assez déroutant pour le spectateur.

Nous avions prévu de voir ce film au cinéma bien avant qu'il remporte la Palme d'Or à Cannes. Divisant les critiques sur la croisette, j'avais décidé de ne pas trop lire d'articles sur le film pour ne pas être parasitée d'informations une fois dans la salle. Le début m'a quelque peu surprise. En effet, une succession d'images "documentaires" sur la vie, des origines de l'univers à notre quotidien d'homme, passant de l'échelle microscopique à l'échelle cosmique, accompagnée de réflexions mystiques au compte goutte  m'a quelque peu ennuyé... Ces images sont certes magnifiques mais cette première partie de presque 30 minutes n'est à mon sens pas du cinéma. Je verrai plus sa place dans un musée d'art contemporain... Certains critiques y voit même une promotion sectaire. Je n'irai quand même pas jusque là.

thetreeoflife8

Avec le suite du film, on rentre plus dans l'intimité de la famille et à partir de là, j'ai commencé à accrocher à ce long métrage. L'enfance du personnage principal est passée en accéléré, basée sur les sensations, jusqu'à en arriver à une époque charnière de sa vie: sa pré-adolescence et avec elle l'emergence de son sens critique et le développement de sa personnalité.

Ce film ne plaira pas à tout le monde et il faut être assez "aware" pour apprécier le délire de Terrence Malick. Superbement filmé, le spectateur passe par tous les sentiments par l'image et les dialogues sont presque superflus.

Depuis notre séance ciné, j'ai lu des commentaires de critiques et spectateurs outrés par l'autorité du père de famille, allant même jusqu'à assimiler son comportement à de la maltraitance. Les mentalités ont évolué depuis cette époque et les méthodes d'éducation avec mais il ne faut pas oublier que dans les années 50, les pères font figure d'autorité dans la famille et les enfants sont élevés à la dure. Pour ce père, joué par Brad Pitt, l'homme doit être droit et solide, il élève donc ses enfants en conséquence, réfreinant ses élans d'amour pour eux.

thetreeoflife4

Au final, je ne sais pas quoi penser de ce film. D'un côté époustouflée par la beauté des images,  par la musique qui va à merveille avec l'ensemble et par la photographie mais en même temps déroutée par le chemin peu conventionnel qu'a emprunté le réalisateur. Je ne pense pas le revoir un jour d'autant plus qu'il faut vraiment voir ce film au cinéma, dans une bulle silencieuse, pour l'apprécier et le comprendre. A tenter donc pour les curieux tout en gardant à l'esprit qu'on est loin de ce que le cinéma nous propose d'ordinaire.

thetreeoflife6

La critique de Mr K: 6/6. Choisis ton camp camarade! Avis divergents aujourd'hui au Capharnaüm éclairé même si nous nous rejoignons sur beaucoup de points. J'ai adoré ce film, il m'a nourri et pénétré à la manière d'un bon Kubrick, il m'a fait me poser des questions et m'a épaté au niveau de la technique et de l'esthétique. Qui dit film hors norme dit forcément divisions et c'est tant mieux. Je crois que devant ce type de métrage, chacun peut y trouver ce qu'il veut et l'expérience est vraiment saisissante.

thetreeoflife3

Comme l'a précisé Nelfe avant moi, le scénario ne correspond pas vraiment au contenu même. Certes, l'on suit une famille lambda et plus précisément les rapports complexes entre un père (très bon Brad Pitt) et son aîné (Sean Penn et son double pré-adolescent sont d'une justesse émouvante). Mais Malick transcende son sujet en l'ouvrant vers une certaine universalité. Poétiques et métaphysiques, les images relatant les commencements du Monde se suivent, hypnotisant le spectateur et le menant vers des sommets insoupçonnés: franchement le mot trip (voyage) n'a jamais aussi bien convenu, on flotte en plein New Age, tendance Mick Oldfield de la grande époque: aux images font écho de simples paroles teintées de spiritisme. J'ai aimé mais il faut avoir les neurones bien accrochés pour suivre ce passage hautement perché, beaucoup d'ailleurs ont été rebutés.

thetreeoflife7

Ce film est littéralement habité par la nature. Le contraste est fort entre le Sean Penn adulte travaillant dans un Central Business District américain et ses souvenirs d'enfant puis d'adolescent se déroulant dans une petite ville de campagne. On suit la construction du gamin depuis sa naissance (des sensations étranges, des expériences de jeux, des moments de tendresse, des chamailleries avec ses frères...) jusqu'à l'âge fatal où la maturité commence à pointer le bout de son nez. La figure paternelle étant ce qu'elle était à l'époque, les relations sont tendues entre le père et le fils. Mélange de rudesse et d'amour paternel caché derrière son personnage de père sévère, Bratt Pitt excèle et le jeune comédien qui lui renvoie la balle est au diapason. Toutes ces scènes de vie sont entrecoupées de plus ou moins longues séquences où les arbres sont omniprésents et rassurants (les gamins qui jouent aux singes dans les branches, cadrage de la canopée en contre-plongée...). Plus qu'une histoire, l'auteur nous fait partager une certaine vision de la vie, de la mort et de l'homme. La scène qui clôture le film est superbe, tous les éléments s'imbriquent et mènent à une conclusion magistrale. Je vous rassure, rien de forcément religieux, que l'on soit croyant ou pas (et c'est mon cas), le message est universel.

thetreeoflife5

Malick oblige, la technique est une fois de plus parfaite et toujours au service du film et non pour l'épate. Les images sont superbes, les mouvements de caméra souples et parfois déroutants: il cadre à l'envers les ombres des trois frères jouant au ballon sur la route bitûmée, effet garanti! La musique accompagne merveilleusement bien l'ensemble, jamais envahissante, ménageant les émotions tout en les réhaussant, on navigue dans le répertoire classique (Kubrick, je vous dis!).

Une sacré expérience en tout cas! Si vous avez aimé 2001, l'odyssée de l'espace, Solaris (l'original) ou encore Blue Berry (pour la partie "expérimentale"), courez-y! Ce film est pour vous! Pour les autres, c'est peut être le moment de tenter cette plongée ahurissante au profond de l'âme et de la condition humaine.


The Tree of Life (VOSTFR) - Bande-annonce HD


mardi 24 mai 2011

"Les jolies choses" de Virginie Despentes

lesjolieschosesL'histoire: Il y a eu ce jour-là: il l'a ramenée devant sa porte et, assis sur le capot de sa caisse, s'est mis à lui dire des blagues. Claudine est arrivée, elle lui a fait son numéro. Et quand elle s'est éloignée, Seb a juste décrété: «Elle est drôlement jolie ta soeur. Mais elle n'a pas ce que t'as».

Pauline et Claudine sont soeurs jumelles, et pourtant tout les sépare. La première, rebelle et fidèle, refuse le compromis. La seconde, fonceuse et paumée, aime séduire et plaire. Mais quand cette dernière se suicide, Pauline prend sa place et bascule dans un monde factice et frelaté.

La critique de Mr K: Voilà un Despentes fort réussi qui m'avait pour le moment échappé. Je suis tombé dessus par hasard dans une brocante à Périgueux, il me tendait ses petits bras, je n'ai pas pu résister, je l'ai adopté! Je l'ai lu en une nuit tant je n'ai pas pu le lâcher, happé que j'ai été par cette histoire.

Le postulat est simple: deux soeurs jumelles bien différentes, l'une se suicide et l'autre prend sa place usurpant son identité et peu à peu sa vie... et quelle vie! On rentre avec Pauline dans l'intimité et l'existence de Claudine, être thrash par excellence qui côtoie des gens peu recommandables. Le milieu de la musique y est décrit de façon non complaisante: le fric mène la danse et pour y arriver la position horizontale est assez prisée des patrons de labels surtout si la jeune fille est attirante. Quelques passages dans certaines party très jet-set dévoilent aussi ce qu'il y a derrière le rideau de strass et de paillettes, un monde de manipulation, de rencontre et de drogue. A l'heure où certains «people» et médias banalisent des objets comme une «sex-tape», Virginie Despentes décrit ici sans pudeur le contenu de l'une d'entre elle « tournée» par la sœur disparue et les conséquences qu'une telle vidéo peut avoir sur un individu et son image (à 10 000 lieues des âneries que l'on peut lire ou voir sur le sujet). Assez effrayant par moment, très crû aussi, on a bien affaire à un Virginie D. pur jus!

Ce que j'ai préféré et qui est admirablement bien rendu dans cet ouvrage, c'est l'effet de mimétisme qui s'opère entre la sœur vivante et le souvenir de cette sœur haïe. Car c'est une histoire de haine et de répulsion qui peu à peu se transforme en une sorte de fascination, d'auto-destruction à laquelle on assiste impuissant et qui provoque irrémédiablement une boule à l'estomac. Entre flashback sur leur enfance difficile (relations troubles entre elles, père autoritaire et mère démissionnaire) et le présent, peu à peu l'auteur cerne de plus en plus ses personnages qui en deviennent profonds, humains et finalement attachants. On comprend au fur et à mesure où Despentes veut nous emmener. A cet égard, le procédé littéraire que l'on retrouve au tout début et à la toute fin est un modèle du genre et rend compte de l'absurdité de l'existence humaine sans pathos et autres lourdeurs. On peut signaler aussi que, Despentes oblige, ce roman est un vecteur pour l'auteur afin d'exprimer son ressentiment et sa profonde méfiance envers les hommes qui s'avèrent être tous soit des pervers, soit des faibles, soit des manipulateurs. On est souvent plus dans la caricature que dans la peinture réaliste mais c'est aussi ce qui fait le charme de cette auteur que j'affectionne tout particulièrement.

Pour ceux qui suivent notre blog, vous savez que Despentes est une de mes auteurs fétiches. Ce livre ne me fera pas changer d'avis tant j'ai pris du plaisir à le dévorer entre fascination-répulsion et le bonheur de retrouver l'écriture si directe et fraîche de l'auteur. Un p'tit plaisir bien déviant dont il serait dommage de se priver! A bon entendeur...

Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé

Posté par Mr K à 18:07 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,
vendredi 20 mai 2011

"Passer l'hiver" d'Olivier Adam

passer_lhiverL'histoire: Ils sont sonnés, lessivés, cassés. Un souffle suffirait à les faire tomber. Chauffeur de taxi, infirmière, ex-taulard ou vendeuse dans une station-service, peu importe: ils restent invaincus.

La critique Nelfesque: Cela faisait un moment que je voulais lire une œuvre d’Olivier Adam. J’en ai entendu le plus grand bien et j’ai vu la magnifique adaptation cinématographique de "Je vais bien ne t’en fais pas". Bien que je ne sois pas vraiment "nouvelles", lorsque ce recueil s’est présenté sous mes yeux j’ai vu là l’occasion de tenter l’expérience.

"Passer l’hiver" est un recueil de 9 nouvelles ayant toutes comme point commun la saison hivernale, le froid et la solitude. Olivier Adam n’est pas un marrant. Mieux vaut avoir le moral au beau fixe lorsque l’on entame une de ses œuvres. Ici le quotidien est semé de doutes, de blessures, de trahison et de mal de vivre. Ici, les personnages ne sont pas des plus heureux. Ils mènent leur vie bon grè mal grè, au fond comme nous tous. Olivier Adam sait faire de ses personnages des Mr et Mme Tout-le-monde. Antoine, Claire, Martine, Anna, Lucas, … on pourrait tous être ces personnages avec nos vies faites de petits bonheurs et de moments de tristesse.

Avec ces nouvelles écrites à la première personne, Olivier Adam sait toucher l’homme ordinaire au plus profond de nous, celui qui pleure et sourit, celui qui aime et se résigne, celui qui a peur de la mort et pourtant qui vit. Une œuvre sensible qui nous émeut.

"Et dire
que nous n’aurons même pas
passé l’hiver."
Dominique A

Posté par Nelfe à 19:00 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , ,
jeudi 12 mai 2011

"Les Désaxés" de Christine Angot

angotL'histoire : Il l'avait serrée dans ses bras. Il l'avait embrassée. Elle lui avait demandé s'il l'aimait. Il avait répondu : bien sûr, je t'aime. Je suis là. Je suis pas loin. Elle s'était rendu compte à quel point elle était heureuse de le savoir dans sa vie, d'être avec lui, de vivre avec lui. Surtout quand il n'était pas là comme en ce moment. Elle détestait son désordre, elle détestait l'odeur du tabac froid, les cendriers pleins, les fenêtres ouvertes en plein hiver pour essayer de faire partir l'odeur, elle détestait quand il dormait des heures le matin, au lieu de venir lui faire l'amour. Elle était contente de penser à lui, de penser qu'il l'aimait, qu'il pensait qu'il était avec elle. Qu'il existait. Mais il y avait quelque chose qui n'allait pas depuis le début. Des signes bizarres auraient dû les alerter. Ils ne s'étaient pas méfiés, au contraire, ils avaient foncé, trop contents d'être amoureux.

La critique de Mr K : Les Désaxés est mon premier Angot. Je ne suis que de loin l'effervescence du monde littéraire mais il me semble que cette auteur attise les passions : soit on adore, soit on déteste. J'ai le souvenir de l'avoir aperçue dans une émission télé lambda et d'avoir trouvé Christine Angot plutôt antipathique. C'est encore une fois le hasard d'une trouvaille chez l'abbé qui m'a permis de découvrir un livre marquant que j'ai dévoré d'une traite.

On pourrait rebaptiser cet ouvrage "Chronique de la mort annoncée d'un couple". Je ne trahis pas un grand secret en disant que l'histoire qui nous est racontée est à sens unique et va s'attacher à décrire la lente destruction des liens d'amour qui unissent Sylvie et François. Le cadre : un appartement bourgeois et différents lieux de RDV très hypes (cafés, boîtes, réceptions et tutti quanti). Les deux protagonistes naviguent de près et de loin dans les milieux du cinéma et de la télévision. Ils ont deux enfants qui apparaissent finalement très peu dans le récit tant Angot se concentre sur les rapports complexes qu'entretiennent les deux parents. Sylvie est maniaco-dépressive et alterne phases d'excitation et phases dépressives, on la suit au gré de ses sautes d'humeur et comme pour son mari, il est difficile de la suivre. Pour avoir eu un ami très proche bipolaire, j'ai trouvé le personnage fort bien décrit et crédible de bout en bout. François lui, se pose beaucoup de questions. Aux petits soins avec sa moitié, peu à peu le doute s'installe en lui et il semble lâcher prise. La lassitude prend possession de lui et le torchon commence à brûler entre ces deux êtres qui s'aiment mais ne se comprennent plus et finissent par ne plus communiquer. Peu à peu, après moult révélations, on se rend compte que le ver était dans le fruit dès le début et l'évolution de leur histoire est d'une logique implacable.

Au final, il ne se passe pas grand chose dans Les Désaxés. Ecrit à la troisième personne, le lecteur suit en voyeur ce couple s'enfoncer dans un quotidien qui devient écrasant et aliénant. Si proches et si éloignés en même temps, c'est avec la boule au ventre que l'on tourne les pages tant ce qu'on lit peut rappeler des situations connues par tout un chacun mais ici exacerbées, concentrées. A mon avis, c'est un livre que l'on devrait prescrire à nombre de couples qui s'entre-déchirent et qui par le biais de cette lecture pourrait empêcher le naufrage de leur histoire, tant François et Sylvie cristallisent les défauts qui peuvent s'accumuler dans une histoire d'amour durable. C'est extrêmement dur par moment justement parce que ça sonne vrai ! L'écriture limpide et fluide de l'auteur y contribue grandement avec notamment par moment des références à Lacan pour éclairer les comportements parfois agressifs et paradoxaux des êtres humains face à leur conjoint. On ne peut s'empêcher de penser qu'il y a des références autobiographiques dans le récit tant les soucis et les fêlures abordés dans Les Désaxés transpirent le vécu. Je suis ressorti changé et ému de cette lecture comme rarement avant.

Vous l'avez compris, ce fut une excellente lecture : difficile dans les propos mais délectable au niveau de la qualité littéraire et des réflexions qu'elle peut susciter chez le lecteur. Un p'tit bijou en somme !

Posté par Mr K à 17:38 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,
dimanche 8 mai 2011

"Délicieuses pourritures" de Joyce Carol Oates

Delicieuses_pourrituresL'histoire: Un campus féminin, dans la Nouvelle-Angleterre des années 1970. Gillian Bauer, vingt ans, brillante étudiante de troisième année, tombe amoureuse de son charismatique professeur de littérature, Andre Harrow.
Celui-ci a décidé de faire écrire et partager en classe à ses élèves leur journal intime. Et gloire à celle qui offrira son intimité en pâture!
Anorexie, pyromanie, comportements suicidaires... un drame se noue. En son centre, l'épouse du professeur, énigmatique sculptrice qui collectionne la laideur.

La critique Nelfesque: Voici un roman court (126 pages) mais efficace. Pas de temps morts dans ce récit qui présente une année dans la vie d’une jeune étudiante américaine amoureuse de son professeur de littérature. On pouvait s’attendre à une bleuette, à une fixation sur ce bel homme dont toutes les filles de l’université sont amoureuses mais on était bien loin de s’imaginer ce que ce roman révèlerait.

Bien loin du simple amour impossible, nous suivons Gillian, élève douée mais timide, pensionnaire au Heath Cottage avec une dizaine de ses camarades, dans la course vers l’obtention des faveurs de Mr Harrow. Laquelle sera la plus prometteuse? Qui saura aller le plus loin et se livrer corps et âme lors de leurs ateliers de poésie? « Allez plus profond. Cherchez la jugulaire » tel est la maxime de leur professeur qui veut faire sortir de ses élèves leur part d’ombre, leurs secrets inavoués, la matière à travailler qui fera d’elles de grands auteurs. C’est donc le prix de l’impudeur, du don de soi à l’extrême et du sacrifice qu’elles devront payer. La jalousie et la cachotterie pousseront ces jeunes filles bien sous tous rapports à des actes violents et destructeurs: tentatives de suicide, anorexie, pyromanie…

Mais la recherche de l’Art et les beaux yeux de Mr Harrow justifient-ils de tels sacrifices? Que vont réellement trouver ces jeunes filles, et Gillian en particulier, en se pliant aux exigences de ce professeur?

Ce roman réserve bien des surprises à son lecteur tant les personnages sont tordus et malsains. Les sentiments qui les lient sont complexes et, coupées de tout résonnement logique, ces élèves sont capables de tout. En avançant dans la lecture, on franchit des paliers dans le sordide et peu à peu on se retrouve piégé comme Gillian dans une toile dont on n’aurait pas soupçonné l’existence… Un très grand roman!

Posté par Nelfe à 19:16 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

lundi 14 mars 2011

"Babbitt" de Sinclair Lewis

babbittL'histoire: Le héros de ce livre, George F. Babbitt, un agent immobilier de renom, vit à Zenith, une petite ville du Midwest. Riche, bavard, il a un avis sur tout et se targue d’être un citoyen modèle. Mais un jour, une terrible angoisse le saisit: cette vie passée à arnaquer la veuve et l’orphelin et à dîner avec des petits bourgeois bien-pensants ne serait-elle pas vaine?

La critique Nelfesque: Avec "Babbitt", je m'attendais à un roman à la "Revolutionary road". J'étais plus qu'enthousiaste à commencer ma lecture et j'ai bien été déçue...

J'ai aimé la première partie du roman (bien qu'il n'y ait pas de véritable "première partie" à proprement parlé... disons que j'ai aimé la première moitié) où l'auteur présente le personnage principal, Babbitt, évoluant dans la petite bourgeoisie de Zénith, sa femme, soumise et effacée comme il était de bon ton de l'être à cette époque, leurs voisins et amis, avocats, journalistes... leurs soirées et dîners où il faut faire bonne figure, bien présenter et être au diapason  avec les opinions des invités les plus prestigieux... Le bal des faux-culs où le paraître est bien plus important que l'être.

Et puis j'ai commencé à me lasser. Le roman tourne en rond. Je m'attendais à une grosse crise existentielle de la part de Babbitt à une remise en question en profondeur et finalement le personnage tourne en rond dans ses raisonnements retournant sa veste maintes et maintes fois. Il a conscience que la vie qu'il mène est bien loin de son idéal mais il se complait dans cet univers d'apparence, de club masculin où il fait bon se retrouver et se faire des "amis" importants. Là où son ami Paul va au bout de son ras-le-bol et envoie promener son entourage et sa femme jusqu'à faire une grosse bêtise et se retrouver en prison, Babbitt reste dans sa vie préréglée et molle. Certes il va faire quelques entorses à la règle mais tout cela reste paresseusement sage.... Et l'ennui s'installe...

Reste de ce roman une critique passive de l'american way of life et du système capitaliste qui aurait mérité plus de panache et de verve.

Posté par Nelfe à 18:34 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,
samedi 12 mars 2011

"Marina" de Carlos Ruiz Zafon

marinaL'histoire: Dans la Barcelone des années 1980, Oscar, quinze ans, a l'habitude de fuir le pensionnat où il est interne. Au cours de l'une de ses escapades, il fait la connaissance de Marina. Fascinée par l'énigme d'une tombe anonyme, Marina entraîne son jeune compagnon dans un cimetière oublié de tous. Qui est la femme venant s'y recueillir? Et que signifie le papillon noir qui surplombe la pierre tombale? S'égarant dans les entrailles d'une terrifiante cité souterraine, s'enfonçant dans les coulisses d'un inquiétant théâtre désaffecté, Oscar et Marina réveillent les protagonistes d'une tragédie vieille de plusieurs décennies.

La critique de Mr K: Une lecture inoubliable, dernière traduction en date en France de Carlos Ruiz Zafon, un auteur que j'affectionne tout particulièrement depuis mes lectures de L'ombre du vent et Le jeu de l'ange. Marina est une œuvre "de jeunesse", le deuxième roman d'un auteur au succès grandissant chez nous et incontournable dans la péninsule ibérique. Dès la lecture du quatrième de couverture, on pressent que l'on va lire un livre au charme particulier vu les mots employés par l'auteur pour le décrire: Au fur et à mesure que j'avançais dans l'écriture, tout dans cette histoire prenait peu à peu le goût des adieux, et quand je l'eus terminée, j'eus l'impression que quelque chose était resté au fond de moi, quelque chose qu'aujourd'hui encore je ne peux définir mais qui me manque chaque jour.

Dès les premiers chapitres, on est en terrain connu pour qui pratique et apprécie cet écrivain: Barcelone, ville-personnage à part entière aux mystères insondables et à l'ambiance si attachante; une histoire d'amour romantique à souhait sans pathos et touchante au plus haut point; un secret éventé qui va bouleverser la vie des héros et des autres protagonistes rencontrés; des personnages attirants et séduisants à la psychologie fouillée.. et surtout une langue qui fait mouche et dépeint à merveille un univers «burtonien» à souhait, entre mélancolie et espoir.

Poésie, noirceur, mystère, suspens auxquels s'ajoute dans Marina une première incursion dans le fantastique pour Carlos Ruiz Zafon (du moins dans sa bibliographie éditée en français). Autant vous le dire de suite, c'est une franche réussite tant les éléments irréels se mêlent à merveille dans l'intrigue et le style de l'auteur. Ces points m'ont fait repenser à La mécanique du cœur que j'ai lu et apprécié en son temps. Au détour d'une histoire qui se renouvelle sans cesse, vous serez confrontés à une créature de cauchemar et prendrez connaissance de recherches secrètes et taboues sur le secret de la vie et de la mort. C'est un véritable voyage que le lecteur entreprend en choisissant de suivre les pas d'Oscar et Marina. Un périple éprouvant pavé d'espoir et de déceptions que j'ai ressenti littéralement au plus profond de moi, me laissant pantelant lorsque la dernière page fut tournée.

Marina est à mes yeux une lecture essentielle. Mon livre préféré de Zafon à ce jour, auteur à l'écriture atypique et conteur hors pair qui marque ses lecteurs bien après sa lecture. Une petite merveille que je ne saurais trop vous conseiller!

Posté par Mr K à 18:56 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , ,
vendredi 11 mars 2011

"No et moi" de Delphine De Vigan

No_et_moiL'histoire: Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d'amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes. Jusqu'au jour où elle rencontre No, une jeune fille à peine plus âgée qu'elle. No, ses vêtemets sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l'errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin.
Mais nul n'est à à l'abri...

La critique Nelfesque: Je n'ai fait qu'un bouchée de ce roman que j'ai adoré. Très sensible, tellement vrai aussi, il met le doigt sur certaines "choses" que l'on ne veut pas voir dans la vie de tous les jours.

A travers les yeux d'une adolescente, ses préoccupations et ses mots simples, "No et moi" nous met sous le nez ce qui nous est si facile d'"oublier".... Il nous bouscule dans notre indifférence douillette et met un coup de pied dans la fourmilière.

Lou est surdouée, elle aime faire des expériences de toute sorte et, à la maison, tout peut devenir sujet d'expérimentation. La résistance du papier toilette, des tests comparatifs de boîtes de fromage... Lou comble sa vie avec ses sujets d'étude, sous l'oeil amusé de ses parents. Mais, à l'école, dans la vie de tous les jours, Lou est une petite fille timide et réservée. Ce monde de calcul est pour elle un refuge. Son quotidien à la maison est loin d'être rose depuis qu'elle a perdu sa petite soeur et que sa mère s'est murée dans le silence.

Jusqu'au jour où son chemin croise celui de No, jeune SDF qu'elle rencontre à la Gare d'Austerlitz. No devient alors son sujet d'exposé pour son cours de sciences économiques et sociales. Elle va lui faire découvrir toute l'horreur de la vie dans la rue: la faim, le froid... Mais cette fois ci, bien plus qu'une expérience pour Lou, No va devenir son amie et elle va vouloir l'aider, la sortir de cette misère qui fait son quotidien, aider cette jeune fille d'à peine 18 ans à sortir de la rue. L'héberger chez elle, lui trouver une assistante sociale pour avoir un travail, lui faire sortir la tête de l'eau, qu'elle arrête les médicaments et l'alcool. Voici la nouvelle mission de Lou, accompagnée de son ami Lucas, le dernier de la classe. Pour une fois, elle non plus n'est plus seule et en aidant No, elle aide sa famille et se donne une raison d'exister.

Ce roman est superbe, on ne ressort pas indemne de cette lecture. Certains passages sont criants de vérité et agissent comme des électrochocs sur le lecteur:

"On est capable d'envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l'espace, d'identifier un criminel à partir d'un cheveu ou d'une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des miliards d'informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue."

"No et moi" est un roman qu'il faut absolument lire. Plein d'humanité et de justesse, sans jamais tomber dans la facilité et le pathos, Delphine De Vigan nous dépeint des destins solitaires qui vont s'unir pour tenter de subsister.

Posté par Nelfe à 18:04 - - Commentaires [22] - Permalien [#]
Tags : , , ,
vendredi 4 mars 2011

"La lamentation du prépuce" de Shalom Auslander

lamentationL'histoire: Jeune époux et futur papa, Shalom pourrait être le plus heureux des hommes. Mais l'enfance peut commettre bien des ravages… Élevé dans la plus stricte orthodoxie juive, il en a gardé une vision très personnelle du « Tout-Puissant » et une paranoïa aiguë. Trente-cinq ans que cela dure. Trente-cinq ans d'une relation complexe, faite d'incompréhension et de pure terreur. Alors, à l'adolescence, Shalom s'est rebellé : gavage de hot dogs, lectures pornos… Et il a attendu, tremblant, le châtiment divin. Mais rien… Aujourd'hui, la grossesse de sa femme le laisse désemparé. Partagé entre son désir d'émancipation et sa peur maladive de Dieu, le voilà confronté à l'agonisante question : quel sort doit-il réserver au prépuce de son enfant ?

La critique Nelfesque: J'ai commencé la lecture de "La lamentation du prépuce" suite à un thriller de Thilliez. Après tout le gore propre à cet auteur, j'avais besoin d'un roman drôle. Celui-ci était dans ma PAL et semblait correspondre tout à fait à mes attentes.

Quel bon choix j'ai fait là! J'ai adoré ce roman. A la fois très drôle et très juste, on sent derrière l'ironie de l'auteur, une souffrance bien plus profonde. Shalom nous propose là une critique de la religion sans rien de pompeux avec humour et auto-dérision. On apprend beaucoup de choses sur les coutumes juives, sur la construction religieuse des enfants, sans pour autant que cela soit lourd et fastidieux. L'auteur nous montre les travers de sa religion, tout ce qui fait l'absurde de certains rites mais toujours avec tendresse.

Ses rapports à Dieu, à sa famille... sont relatés avec beaucoup d'humour. Toute sa vie, il va défier Dieu, prenant pour attaques personnelles, toutes droites venues du Divin, les difficultés de la vie. Comme si Dieu n'avait qu'un but: le faire chier! Alors face à cet acharnement, Shalom va faire de même et passer outre toutes ses craintes et tout ce qu'on lui a appris à l'école juive ou dans sa famille. Il va montrer à Dieu de quoi il est capable et lui clouer le bec! Plus il va grandir, plus il va faire des expériences interdites: manger des aliments impurs, allumer la lumière pendant le shabbat, se masturber... Ce roman est très loin d'être idiot et, sous couvert de l'humour, nous propose une lecture plus sensible: un homme en souffrance dans sa religion.

"La lamentation du prépuce" est un roman savoureux! Humour et prise de conscience jalonnent cet ouvrage drôle et émouvant à la fois.

Posté par Nelfe à 17:29 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mercredi 2 mars 2011

"La peine du menuisier" de Marie Le Gall

menuisierL'histoire: Son père est une ombre solitaire, sa maison bruisse de silences et les murs de pierre suintent le mystère... La narratrice grandit dans une atmosphère lourde de non-dits. Pourquoi celui qu'elle appelle le Menuisier est-il si lointain ? Pourquoi sa famille semble-t-elle perpétuellement en deuil ? Elle aimerait poser des questions. mais on est taiseux dans le Finistère.
Livrée à ses doutes et à ses intuitions, elle écoute les murmures, rassemble les bribes. Tisse patiemment une histoire. Des années lui seront nécessaires pour percer le secret de son ascendance, mesurer l'invisible fardeau dont elle a hérité.

La critique Nelfesque: J'ai terminé ce roman il y a peu et encore aujourd'hui je reste mitigée à son sujet. En effet, bien que l'histoire soit en accord avec ce que j'aime dans les romans (une enfance douloureuse et la quête de ses origines), la façon de traiter le sujet est vraiment particulière.

Pendant 315 pages, le lecteur cotoie la mort. La narratrice est obsédée par les défunts, l'ambiance est macabre et l'enfant qui nous est présentée est sinistre. Loin des préoccupations enfantines, elle cherche à connaître son passé familial, elle laisse trainer ses oreilles là où on ne veut pas qu'elle entende, elle veut savoir pourquoi son père (le menuisier) est si silencieux. Comprendre pour mieux grandir, comprendre pourquoi sa soeur est "folle", pourquoi ses rapports sont si distants avec certains membres de la famille...

A mesure que Marie grandit, elle ne cesse de chercher, elle fouille dans les souvenirs des anciens, elle cherche dans les photos des défunts accrochés sur les murs, dans les greniers et les registres de la mairie, des bribes d'informations. Elle ne comprend pas toujours, ne trouve pas ce qu'elle cherche, alors elle brode et s'invente des personnages. Complètement obnubilée par ses questionnements qui devraient la mener vers une compréhension et une acceptation de soi, elle va faire de ses morts, une obsession qui l'empêche d'avancer réellement. Elle piétine dans le morbide et poursuit sa quête malsaine.

Malgré le côté noir de ce roman, "La peine du menuisier" m'a touchée sur certains points. Loin d'être obsédée comme l'auteur, je m'intéresse beaucoup à l'histoire de ma famille et je me suis retrouvée dans l'imagination de Marie. Comme elle, j'ai de la tendresse pour les personnes âgées et j'ai un besoin vital de me rendre sur le caveau familial. De plus la plume de Marie Le Gall est emplie de nostalgie et des passages me sont allés droit au coeur:

"Les vieux avaient plein d'arthrose et du mal à tenir la casserole ou le bol, surtout quand celui-ci faisait la taille d'une soupière. Maintenant, on ne vit plus sans tuyaux. La mort est lente à venir, et pour les plus malheureux se fait attendre des années. Le repos n'est plus perçu comme l'ultime récompense d'une vie, chez soi, au chaud sous les draps de lin et l'édredon gonflé de plumes. On ne meurt plus en entendant une dernière fois le chant du coq ou celui des oiseaux de nuit.
Et si ce jour-là on est entouré, on a de la chance."

Je conseillerai ce roman mais uniquement aux champions de l'optimisme. Mieux vaut avoir un moral au top car on frôle assez facilement la déprime quand on referme la dernière page.

Posté par Nelfe à 17:54 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,