samedi 14 août 2010

"Haute fidélité" de Nick Hornby

untitledL'histoire: Gérant d'un petit magasin de disque, Rob vient de se faire larguer par sa compagne (qui est partie avec le voisin du dessus). A 35 ans, Rob a plus de l'ado qui ne veut pas grandir que de l'homme mature qu'il est sensé être.

Ses passions ? La musique bien sur, faire des cassettes de compils, et passer le temps avec ses deux employés à faire des listes du style : les 5 meilleurs morceaux parlant de rupture amoureuse.

Obsédé par les classifications des charts, il décide de dresser le "top 5" de ses plus fameuses ruptures afin de comprendre les raisons de ses déboires sentimentaux répétés.

La critique de Mr K: Seul et unique lecture durant notre voyage en Thaïlande mais quelle lecture! Je connaissais le film tiré de cette œuvre, «High Fidelity», que j'avais trouvé excellent en son temps. Force est de constater qu'une fois encore le livre surpasse largement le film. Le métrage mettait surtout en avant le côté humoristique mais après cette lecture, je me suis rendu compte que tout le côté cynique, auto-destructeur et amer du héros campé à l'écran par John Cusack avait été plus ou moins mis de côté.

Dévoré en deux jours dans notre guest-house de Kanchanaburi, je me suis tout de suite identifié à certains aspect du personnage principal. Je pense que nombre d'hommes s'y retrouveront tant Rob est un concentré de la psyché des jeunes adultes en quête de sens dans leur vie sociale et amoureuse. Pourquoi ça n'a pas marché? Que faire pour m'améliorer? Faut que je m'bouge si je ne veux pas rester vieux garçon?... autant de réflexions développées sérieusement mais sur un ton ironique voir cynique. Il y a du Bridget Jones en Rob, en cela il est attachant et plus d'une fois j'ai ressenti la forte envie de le baffer pour qu'il se remue davantage et cesse de rester centrer sur sa petite personne.

Entre les catastrophes sentimentales, le fait est que Nick Hornby dresse de manière très juste et très drôle un archétype du fan de rock et c’est grâce à cette capacité à décrypter les comportements que Haute Fidélité est un régal d’humour. Le personnage de Barry (joué par Jack Black dans l'adaptation ciné, un régal!) est le stéréotype du connaisseur, le gars qui est capable de vous mépriser à vie parce que vous n’avez pas le premier album de Jesus And Mary Chain ou de vous pourrir parce que vous ne saviez pas que Marvin Gaye a été tué par son propre père et d’insulter un client parce que celui-ci a osé venir lui demander I Just Called To Say I Love You de Stevie Wonder. D’un autre côté, il y a Dick, terriblement timide et introverti, collectionneur frénétique de tout un tas de groupes indé obscurs qu’il essaie vainement de faire découvrir à ses amis en leur copiant des cassettes qu’ils n’écouteront jamais.

Ce livre est effectivement bourré de références musicales, mais je ne le vois pas comme un livre rendant hommage à la musique. J'y vois plutôt l'histoire d'une tentative de remise en question d'un homme qui ne veut pas vieillir et qui se sent incapable de prendre de vraies décisions, de peur de manquer d'autres opportunités, et finalement qui a une grande peur de rater sa vie (il a tout de même 36 ans!). Le tout est raconté avec un humour décapant. J'ai particulièrement apprécié sa relation avec ses deux employés: le discret et sensible Dick et le volubile-cynique Barry, célibataire endurci. Mais aussi ses réflexions intérieures sur la dure réalité de la condition masculine confrontée à ces créatures aux moeurs étranges que sont les femmes.

Robert Smith de The Cure qui parlait du livre il y a quelques années à un journaliste de Rock’n’Folk disait : "Un classique pour les maniaques de la musique. Brillant, parfait, j’ai tous les disques qui y sont cités". Je ne peux qu'abonder dans ce sens, Haute fidélité est un vrai et grand livre Rock and roll que je vous recommande très chaudement!

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samedi 17 juillet 2010

"Chroniques birmanes" de Guy Delisle

ChroniquesBirmanesL'histoire: Guy Delisle a suivi sa compagne durant 14 mois en Birmanie alors qu’elle y collaborait avec Médecins sans Frontières. Il raconte son expérience du pays, comment il a fini par apprivoiser son environnement, et petit à petit, comment il a découvert la réalité politique, sanitaire et sociale de ce pays dominé par une junte militaire, soutenue elle-même par de puissants groupes industriels.

La critique Nelfesque: Très sympa cette BD. Sympa dans le sens où j'ai appris une tonne de choses sur la Birmanie. Notamment, pourquoi certains pays l'appelent Birmanie alors que d'autres l'appelent Myanmar. C'est le B.A-BA mais je l'ignorais. "Chroniques birmanes" est un puits d'informations distillées avec simplicité et quasi naïveté. Le héros ordinaire, Guy Delisle, ne connait rien de la Birmanie quand il atterrit sur cette terre, accompagné de sa femme et de leur bébé. Bien sûr il a conscience de certains faits, il ne sort pas de sa grotte et connait "La Birmanie pour les nuls" mais tout au long de son séjour il va aller de découverte en découverte: le quotidien des birmans, leurs attitudes, les us et coutumes des moines, les "clubs privés" pour expatriés, la méditation, le climat...

Pour tous ces petits détails j'ai aimé ces "Chroniques birmanes". Ce n'est pas la BD du siècle de part son histoire, il ne se passe rien de spécial, rien de spectaculaire... juste la vie quotidienne du héros et des ONG.

La femme de Guy bosse dans une ONG, Mèdecins sans Frontières, et de part son travail nous est montré toute l'horreur de la vie en Birmanie: la dictature, la peur, la maladie, la drogue, la corruption, l'abus de pouvoir...

Là réside toute la force de cette BD. Avoir la capacité de passer du plus banal quotidien (problème de clim ou tendinite du coude) à des sujets politiques pesants (déménagement soudain de la capitale passant de Rangoon à Naypyidaw sans raison par exemple). L'auteur nous relate tout ce qui l'entoure avec respect, curiosité et pudeur tout en mettant le doigt sur des sujets épineux: les problèmes de drogue dans le nord du pays, les soucis que rencontrent les ONG, Total présent dans le pays avec sa plateforme et s'achetant une conscience en finançant des programmes sociaux et médicaux, le prix nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, assigné à résidence depuis des années par la junte...

Quelques épisodes ont plus attiré mon attention puisqu'il est question des camps de réfugiers Karens, près de Mae Sot en Thaïlande, à quelques kilomètres de Sangkhlaburi où nous serons en fin de voyage. Episode très dur...

C'est ça "Chroniques birmanes", des rires et des larmes. Une envie de visiter ce pays et découvrir la population mais en même temps un dégout pour le pouvoir en place. Difficile choix. A lire!

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dimanche 27 juin 2010

"L'idiot du village" de Patrick Rambaud

idiotL'histoire: Un jour, en parcourant le quotidien qu'il vient d'acheter, notre héros tombe avec surprise sur des informations de 1953. Il croit à une plaisanterie ou à un numéro spécial, mais non, car d'autres hallucinations vont le replonger définitivement dans les années 1950.
Ainsi largué dans le Paris de son enfance, il se sent étranger, puis il se résout à accepter ce sort improbable. Il devient plongeur dans un restaurant des Halles, et il va vite savourer sa supériorité : il connaît l'avenir...

La critique Nelfesque: Chouette petit bouquin que cet "Idiot du village" qui nous fait voyager à l'époque de nos grands-parents. Par on ne sait quel "miracle", le personnage principal se retrouve catapulté dans les années 50. Bonne excuse pour l'auteur, Patrick Rambaud, qui par ce phénomène fantastique, nous relate les fait marquants de cette période si proche de la Seconde Guerre Mondiale et en plein dans la Guerre d'Indochine.

En 125 pages, le lecteur s'imprègne de l'atmosphère 50's, une époque où trouver du travail était beaucoup plus facile qu'aujourd'hui et où les gens se méfiaient bien moins de leurs voisins. Ainsi en quelques minutes seulement le héros de l'histoire rencontre Jambe-de-laine, vétéran d'Indochine, et trouve un travail dans un restaurant parisien. Là, gravitent des personnages de milieux sociaux divers et variés: chef de rang, serveuse, patron, clients des hautes sphères... Peu à peu, grâce à sa connaissance du "futur", il va épater son monde et gravir les échelons de la société.

Mais que faut-il qu'il fasse pour revenir à son époque "actuelle"? Doit-il changer un évènement de l'Histoire? Un évènement de son histoire? Le synopsis m'a beaucoup fait penser à "Quartier lointain" de Jirô Taniguchi, que j'ai lu il y a quelques mois. Dans ce dernier nous étions au Japon, ici nous sommes à Paris. L'histoire n'est donc pas originale, rien de neuf sous les étoiles, mais de par l'écriture de l'auteur et les petites anecdotes d'antan parsemées au fil des pages, ce roman vaut la peine d'être lu. Il ne faut pas le prendre pour une oeuvre de science fiction mais plus comme une chronique du Paris des années 50.

Quant à la fin, elle n'apporte pas de réponse mais continue de nous plonger dans les abîmes du temps. Une lecture courte et apaisante que je conseille.

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mardi 22 juin 2010

"Période glaciaire" de Nicolas de Crécy

periodeglaciaireL'histoire: Dans un futur très lointain et totalement indéterminé, notre continent a été enseveli sous les glaces. Cet axiome posé, une expédition scientifique s'aventure dans ces contrées gelées, avec l'espoir de retrouver des traces de cette mythique civilisation disparue.
L'équipe est composée de chercheurs mais aussi de chiens-cochons au remarquable flair "historiologique". Bien sûr, il va de soi que ceux-ci parlent comme vous et moi, portent des lunettes et savent skier.

Un jour, émergeant des étendues glacées, tel un grand iceberg à la dérive, un immense bâtiment richement décoré s'offre à la curiosité des membres de l'expédition. Ils pénètrent dans cet étrange lieu et découvrent alors l'impensable : les richesses incroyables de la civilisation préglaciaire. Ils viennent sans s'en douter de pénétrer dans le Louvre, dont les collections sont miraculeusement intactes. Chaque scientifique tente alors de donner un sens aux oeuvres afin d'expliquer la civilisation disparue dont ils ne connaissent rien. Ils élaborent aussitôt les plus folles extrapolations.
Au moins, savent-ils le nom du continent disparu : l'Euro.
La découverte d'une pièce de monnaie frappée à ce nom, ne laisse aucun doute.

La critique Nelfesque: Superbe couverture que cette "Période glaciaire" de Nicolas de Crécy. C'est en me basant uniquement sur cette illustration que j'ai décidé de lire cette BD. Pari risqué me diriez-vous et vous auriez bien raison.

Les dessins sont très beaux, les couleurs chaudes des vêtements des explorateurs et de l'intérieur du Louvre (que vous aurez reconnu sur la couverture) tranchent avec les tons froids de l'immense désert de neige qu'est devenu la surface de la Terre. De nombreuses oeuvres d'Art sont présentes dans cette BD et une liste complète de celles-ci avec la correspondance des planches est présente à la fin de l'oeuvre. Très pratique si on veut pousser plus loin les recherches.

Mais tout cela mis à part... Au secours! Mieux vaut ne pas y aller par 4 chemins, j'ai trouvé le ton de cette bande dessinée très pompeux.  Au final, ça brasse beaucoup d'air pour pas grand chose... Pire que tout, l'ennui guette le lecteur et je ne retiendrai ni l'"intrigue", ni les "à côté" de l'histoire (notamment avec la déclaration d'amour de Hulk pour le personnage féminin principal), ni la fin qui est bien creuse... En même temps j'aurai dû m'en douter dès la page 5 avec l'exhibition par un des explorateurs d'une étoffe OM avec cette réplique: "Ce "O" imbriqué dans ce "M", ça me fascine... "Droit au but", c'est un beau mystère."

Voilà donc ce qu'il resterait de notre histoire si une telle catastrophe devait survenir... Le foot...

Sans commentaire.

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lundi 14 juin 2010

"Le diable vit à Notting Hill" de Rachel Johnson

diableL'histoire: L'argent ne fait pas le bonheur... même quand on habite sur un square privé de Notting Hill, l'adresse la plus branchée, la plus recherchée, la plus snob de Londres.
Prenez Clare et Mimi. Elles ont moins de quarante ans, sont mariées, copines, voisines, mènent une existence de rêve. Jusqu'au jour où débarque un milliardaire américain, célibataire et démon tentateur. Le ver est dans la pomme.
Chassés-croisés amoureux et intrigues immobilières se succèdent sur la verte pelouse. Ce coin de paradis si cher payé se révèle infernal. Notting Hill ? Notting Hell plutôt ! La tranquillité des beautiful people vole en éclats. Et le lecteur, lui, éclate de rire.

La critique Nelfesque: Attention bouquin de nana! Oui mais bouquin de nana qui ne fait pas dans le cucul et les bons sentiments. Tant mieux, je n'aurai pas aimé si ça avait été le cas.

Mr K m'a offert ce livre pour mon anniversaire. Ayant une tonne de livres dans ma PAL j'ai eu du mal à l'extirper mais une fois cet exploit accompli, j'ai avalé "Le diable vit à Notting Hill". Nous sommes là en pleine bourgeoisie anglaise. Les MNH (Mothers de Notting Hill) s'activent à la manière des "Desperate housewives". Mais qu'est ce qu'une MNH?

"Une vraie MNH mène une vie organique jalonnée de thérapies holistiques et de cours de gym avec un coach privé, vit dans une maison hors-hors de prix, est servie par une paire de Philippines enchaînées au sous-sol, possède une mine éclatante et se trouve extrèmement concernée par les problèmes d'environnement. Elle doit être belle, riche et humaine, le tout à la fois! Avoir une Porsche Cayenne et une Prius. Des panneaux solaires pour chauffer sa maison de Londres et une demeure de 8 chambres à coucher dans le Shropshire. Et, côte à côte dans son dressing un cilice et une chemise Helmut Lang..." Tout un chapitre est dédié à la présentation de la MNH, personnage phare de ce livre. Mais il n'y a pas que la MNH, il y a son mari, riche banquier/architecte/homme d'affaire/homme politique... à la fois hype et détendu. Pour la détente, chaque îlot urbain (terme technique du vulgaire "pâté de maison") possède son propre square privé. Celui de Clare et Mimi, le Lonsdale Gardens, est jalousement protégé des intrus et son entretien est savamment hiérarchisé avec son président et son assemblée générale. Autant dire qu'on ne rigole pas avec les jardins privés!

Toute l'histoire de ce roman tourne autour de ce square et de la vie privée des occupants des maisons qui le bordent. Il y a matière à disserter entre familles sans enfants vs celles avec des animaux, couples de personnes âgées vs familles avec enfants, les adultères et le paraître en société version "Baronne de Rothschild"...

Là où le livre devient intéressant c'est avec les 2 personnages féminins principaux, Clare et Mimi. L'une n'a aucun soucis d'argent, l'autre est quasi sur la paille, l'une a des difficultés à avoir un enfant, l'autre est une "poule pondeuse", l'une est maniaque, l'autre est bordélique... et pourtant elles sont amies. Amies de potins, amies de langue de p***, chacune est inconsciemment un modèle pour l'autre et leurs réflexions sur la vie de ce jardin sont drôles et justes. Là où 'Le diable vit à Notting Hill" n'aurait pu être qu'un roman puant l'argent et l'hypocrisie, il se révèle être un puits de second degré et d'auto-dérision que je conseille fortement à qui veut passer un bon moment.

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samedi 5 juin 2010

Vide grenier mon ami

Aujourd'hui grand vide grenier annuel de notre village. Autant on vit à la campagne, avec une petit village à proximité, autant son vide grenier est monstrueusement ENORME! A croire que les habitants accumulent un max de choses toute l'année pour pavaner début juin... ou alors, à l'instar des villes du littoral, tout le monde afflue ce jour là... car ce vide grenier est l'un des plus grands de la région. Les stands investissent toutes les rues, le moindre recoin.

En bon chineurs que nous sommes, nous ne pouvions, cette année encore, râter cet "évènement"!

De retour à la maison, nous avons étalé nos trésors de guerre sur la pelouse:

vide_grenier

Côté bouquins:
- "Mastodonia" de Clifford D. Simak
- "Echo park" de Michael Connelly
- "Le diable l'emporte" de Barjavel
- "Le portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde
- "Le livre d'or de la science fiction", des nouvelles de J. G. Ballard
- "Le livre d'or de la science fiction",  des nouvelles de Jack Vance
- "99 francs" de Frédéric Beigbeder

Côté BD:
- "La légende de Robin des Bois" de Manu Larcenet

Côté jeu:
- "Steambot Chronicles" pour PS2

Côté musique:
- "Wave Digger" d'High Tone
- "Cube" du Peuple de l'Herbe

Côté film:
- "Blueberry" de Jan Kounen

Je crois qu'on peut dire que cette année, le vide grenier de notre village est vraiment un bon cru!

mercredi 2 juin 2010

"Cinq matins de trop" de Kenneth Cook

cinq_matinsL'histoire: Jeune instituteur dans l’Outback, au coeur de l’Australie, John Grant doit passer la nuit à Bundanyabba avant de s’envoler pour Sydney. Il dépose ses valises à l’hôtel, va boire un verre et jouer dans l’un des nombreux pubs de cette petite ville torride et poussiéreuse, où tout le monde s’ennuie...
"Cinq matins de trop" nous fait vivre le cauchemar éveillé d’un homme ordinaire, qui devient peu à peu accro à l’alcool, au jeu, au sexe, à la violence, jusqu’à l’autodestruction.

La critique Nelfesque: Autant le dire tout de suite, j'ai adoré ce roman! Une écriture fluide, simple, un personnage principal captivant, "Cinq matins de trop" a tous les ingrédients d'un bon livre.

Nous suivons John dans sa descente aux enfers avec l'angoisse au ventre. Que va-t-il lui arriver? Comment va-t-il réagir face aux coups durs? Il n'y a pas de réelles surprises à la lecture de cette oeuvre, on s'attend à ce que toute la misère du monde lui tombe sur les épaules mais on assiste aux déroulements des évènements avec appréhension. Car le plus dur n'est pas ce que va vivre John, ses problèmes d'argent ou son début d'addiction à l'alcool, mais plutôt sa façon de les vivre.

Une scène est particulièrement éprouvante: la chasse aux kangourous. Après diverses "épreuves", John n'est plus le même homme, complètement ouaté dans l'alcool, grisé par la violence de ses camarades de beuvenir, il sombre dans la folie. L'instituteur n'est plus qu'une brute, un fou, un meurtrier...

Comme spectateur de sa propre vie, de sa propre déchéance, il va assister immobile aux épisodes de son destin qui vont radicalement changer sa vie. A chaque moment, il a le choix de poursuivre sa folie ou de mettre un coup de pied à terre pour refaire surface. A chaque fois, il fait le choix de ne pas choisir et sombre peu à peu dans l'ombre de lui-même. Jusqu'où va aller cette descente aux enfers? On s'imagine aisément l'issue de cette histoire mais les dernières pages sont une belle surprise.

"Cinq matins de trop" est une lecture difficile émotionnellement. Elle nous montre que l'homme est faible, qu'il est toujours plus facile de se voiler la face et de se laisser couler que de regarder en face ses erreurs et tenter de redresser la barre. Elle nous montre aussi la misère sociale dans laquelle vit certains êtres humains et donne un début d'explication à qui souhaite comprendre.

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mercredi 14 avril 2010

And the winner iiiiiiiis...

... MOI!!!

Il y a quelques temps, j'ai participé à un jeu-concours sur le site de Blog-o-book qui consistait à répondre à une série de 3 questions sur Tracy Chevalier toutes les semaines, et ce pendant 5 semaines. Au fur et à mesure, les participants faisant une erreur étaient écartés. Mais je suis une warrior, j'ai été jusqu'au bout! A la fin de la 5ème série, nous étions encore 29 participants et c'est là que le facteur chance joue. Place au tirage au sort.

Premier bulletin: ... ce n'est pas moi...
Deuxième bulletin: ... ce n'est pas moi...
Troisième et dernier bulletin: vous avez deviné!?

Et voici le prix que les 3 gagnantes (dont moi! I'm happy!) ont reçu:

Tracy_concours

L'intégrale des romans de Tracy Chevalier disponible aux éditions de la Table Ronde! 4 livres donc dont son tout nouveau roman qui n'est pas encore dispo en librairie!

- La vierge en bleu
- Le récital des anges
- L'innocence
- Prodigieuses créatures (dispo le 7 mai mais je ne vous en dirai pas plus, c'est secret défense!)

Je suis un peu déçue de ne pas avoir trouvé dans ce colis "La jeune fille à la perle" (THE roman de Tracy Chevalier que j'adore et que j'aurai beaucoup aimé avoir dans la même collection) et "La dame à la licorne" mais ces deux romans sont épuisés à la Table Ronde.

Et puis bon, on va pas se plaindre quand même! Merci bOb! Merci la Table Ronde!

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mercredi 7 avril 2010

"Un sac de billes" de Joseph Joffo

un_sac_de_billeL'histoire:

Paris en 1941 n'est plus la capitale d'une terre d'asile qui arbore pour devise au fronton de ses mairies "Liberté, Egalité, Fraternité". Paris est une ville occupé où l'ennemi nazi impose ses lois d'exception et le port de l'étoile jaune à tous les Juifs.

Leur mère en a donc cousu une au revers du veston de Maurice et de Joseph avant leur départ pour l'école. Le résultat est immédiat, le racisme des gamins se déchaine et les deux Joffo rentrent qui avec l'oreill en chou fleur, qui avec l'oeil poché et le genou meurtri. Oh! En compassation, il y a bien eu le troc proposé par Zérati, le copain de Jo, l'étoile jaune contre un sac de billes, mais leur père a compris: il faut fuir.

La critique de Mr K:

Quelle merveilleuse relecture que celle-ci! Je me suis retrouvé derrière les bancs de l'école en classe de 5ème avec Mme Jaffrézic comme prof de français. Ca a été un des rares bouquins étudiés en classe qui m'ait plû! Je suis retombé dessus par hasard (et mal rasé comme disait Serge) au gré d'une visite dans une quelconque brocante. Je l'ai dévoré en deux jours, partagé entre mes retrouvailles avec les deux frères et le destin tragique de leur famille. Rappelons simplement qu'il s'agit d'un premier livre et qu'il est autobiographique et vous pouvez déjà vous faire une petite idée de la charge émotionnelle que dégage cet ouvrage.

C'est avant tout une ode à l'enfance: ses petites joies, ses terreurs, ses aspirations et ses limites. Joffo nous offre une vision de la guerre à travers les yeux de l'innocence et son écriture remarquable retranscrit avec brio et justesse l'errance de ces deux pré-adolescents. La fratrie, l'amour de la famille autant de valeurs qui leur permettront de surpasser un conflit qui les dépasse mais les touche au premier plan: ils sont juifs. Loin des clichés, c'est la réalité brute qui est ici exposée: l'exode, la recherche de nourriture, le passage de la ligne de démarcation, les retrouvailles, le système D... Des passages sont extrêmement éprouvants notamment la scène se déroulant dans l'hôtel Excelsior (lieu de résidence de la gestapo) où Maurice et Joseph sont soumis à un interrogatoire impitoyable. Ils tiendront et ne diront jamais qu'ils sont juifs. Ils devront leur salut à un prêtre qui fournira de faux documents attestant de leur baptême. J'en profite pour préciser que nombre de Justes ayant caché ou aidé des juifs étaient des prêtres catholiques. On parle beaucoup des attermoiement de Pie XII (pape de l'époque) vis-à-vis de la "question juive" mais on oublie trop souvent ces membres du clergé catholiques anonymes qui ont risqué leur vie en suivant les vraies valeurs chrétiennes.

Ce livre est un monument, un témoignage-romancé fidèle à la réalité de l'époque que beaucoup de collégiens ont lu et -je l'espère- continueront à lire dans les décennies à venir. L'écriture simple et cependant dense nous plonge dans une des époques les plus sombre de notre Histoire et nous rappelle qu'encore aujourd'hui le combat doit continuer pour protéger des principes aussi essentiels que le droit d'exister pour ce qu'on est, dans le respect des autres. J'avoue cette re-lecture m'a ému comme au premier jour et c'est tremblant que j'ai refermé ce livre qui aura une place de choix dans ma bibliothèque idéale (mon Dieu, va falloir acheter une autre étagère!).

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mardi 9 mars 2010

"King kong theorie" de Virginie Despentes

kktRésumé?

"J'écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n'ont pas envie d'être protecteurs, ceux qui voudraient l'être mais ne savent pas s'y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l'idéal de la femme blanche séduisante qu'on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu'il n'existe pas" V.D.

La critique de Mr K:

Hasard du calendrier, je chronique le présent ouvrage le lendemain de la journée de la femme. On ne pouvait mieux faire! Certes Virginie Despentes est dérangeante, déroutante... mais en voilà une qui écrit avec ses tripes et ne mâche pas ses mots. C'est sa qualité première et c'est ce que j'aime! De sa bibliographie inégale, je n'avais pour l'instant retenu comme essentiels que "Baise moi" et "Mordre à travers"... j'y rajouterais celui-ci!

Dans cet essai, l'auteur aborde un thème qui lui est cher: le féminisme. Nous sommes tous touchés par ce thème, hommes autant que femmes, puisque le féminisme parle du rapport entre les deux. King Kong Théorie parle donc des femmes, de toutes celles qui ne trouvent pas leur place, mais aussi des hommes qui refusent celle qu’on leur réserve habituellement. Il n'est donc pas question d'opposer les deux sexes (comme cela a déjà pu être fait) mais bien de réfléchir aux tenants et aux aboutissements des relations hommes-femmes de l'intimité du couple au corps social tout entier.

C'est à travers le prisme de trois réalités qu'elle a vécu ou connu que Despentes écrit ce "manifeste pour un nouveau féminisme" comme le proclame certains et certaines: le viol, la prostitution et la pornographie. À travers ces trois exemples, elle essaie de montrer que la perception traditionnelle de ces trois sujets est profondément ancrée dans nos sociétés et vise à perpétuer la domination du mâle (le dictat de l'apparence, la féminité-putasserie, la morale ambiante machiste, la jouissance sadique du violeur...).

Et le tout... au chalumeau! La langue est malmenée, directe, vulgaire mais oh combien vivante, provocatrice et donc réflective. Personnellement, j'ai trouvé par moment que ce livre ressemblait davantage à une espèce de thérapie dans laquelle veut nous entraîner l'auteur. On la sent bourrée de complexes (elle ne s'aime pas, c'est sûr) et revancharde (violée à 17 ans et prostituée occasionnelle par la suite) mais comme elle le dit si bien au dos: elle écrit pour les laisser pour compte et elle a le sentiment d'appartenir à leur clan. Je n'ai pas été séduit par l'ensemble de l'argumentaire (notamment en ce qui concerne le porno) mais dans les jours qui suivirent je n'ai pu m'empêcher d'analyser les différents programmes que nous avons pu suivre Nelfe et moi sur la boîte à connerie. Bien que conscient du machisme ambiant, j'ai pu mesurer l'étendue des dégâts à sa juste valeur! C'est super d'être un mec et je ne changerais pour rien au monde! Le pire exemple était une émission appelée "Nouveau look pour une nouvelle vie" en deuxième partie de soirée où deux filles de 9 et 14 ans avaient inscrit leur mère qu'elles ne trouvaient plus belle! Grâce à son relooking (comme disent les cakes!), elle allait retrouver sa place dans la société et dans le coeur de ses filles! À vomir! La mère consent et là... j'ai éteint la télé me sentant près à commettre un geste pourtant salutaire pour mon esprit: la balancer dehors!

Mais là, je m'égare... Qu’on soit d’accord ou non avec son propos, King Kong Théorie fait réfléchir et aborde des sujets de société importants sous des angles nouveaux. Il s'apparente à un cri (ou plutôt une bonne gueulante) brisant la démocratie et la pensée molle. C’est surtout avant tout, "un manifeste pour que les femmes soient enfin libres et que les hommes vivent leur masculinité d’une autre manière que celle imposée par la société traditionnelle", et là... y'a du boulot!

I love you Virginie...

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