mardi 7 février 2012

"La vengeance du wombat et autres histoires du bush" de Kenneth Cook

wombatL'histoire: Wombats sur ma gauche, wombats sur ma droite: tous piétinaient et grognaient. Planté parmi eux au clair de lune, immense, le corps flasque et hardi, le filet dans une main, la seringue dans l'autre, j'attendais le wombat qui m'intéressait. [...] Avec l'aisance du geste entraîné, je lui lançai le filet sur le corps. Il le déchiqueta en moins de deux secondes. [...] Comment étais-je censé m'y prendre à partir de là?
K.C.

Une rencontre dans un bar, quelques bières fraîches, et voilà Kenneth Cook, écrivain d'âge mûr "en léger surpoids", embarqué dans d'incroyable aventures où la faune humaine et animale du bush joue le premier rôle.
Kangourou suicidaire, koalas explosifs, wombats vindicatifs, aborigènes roublards finissent toujours par contrarier son penchant naturel pour le confort.

La critique Nelfesque: Après "Cinq matins de trop" du même auteur, me voici de retour dans le bush australien. Autant les paysages arides pourraient m'attirer, autant la population dépeinte dans "Cinq matins de trop" et aujourd'hui dans "La Vengeance du wombat..." ne me donne qu'une envie: demeurer le plus loin possible de cette région du monde!

Là s'arrête la comparaison car nous sommes ici dans un registre totalement différent. Dans "La vengeance du wombat...", Kenneth Cook choisi l'humour et la dérision pour nous présenter ses aventures. Le narrateur est une sorte d'aventurier de canapé, qui serait bien mieux dans son salon que dans le pub du coin mais qui, par je ne sais quel malheureux hasard, se retrouve dans des situations impossibles (et hilarantes) souvent par lâcheté. Et oui, cet homme est un gros mou et au fil des nouvelles, il se laisse entrainer pas les grands mââââles australiens dans des aventures abracadabrantes.

C'est ainsi qu'il va partir à la capture du wombat au clair de lune et du buffle en territoire aborigène, assister à des paris dignes des grands westerns, tenter de faire partir un lézard en orbite, risquer sa vie en tentant de sauver un kangourou et un wallaby, essayer de dompter des serpents malgré sa phobie, surveiller une valise au contenu illicite, assister à une démonstration de grenade à moins d'un mètre, partir à la pêche au requin, écouter des souvenirs ayant pour sujet des koalas explosifs... Du grand n'importe quoi! Mais un n'importe quoi de qualité, rafraichissant et drôle.

Ma préférence va à "Des serpents très, très perturbés", nouvelle de 18 pages, où l'on se demande qui du serpent, du narrateur ou de l'ami dompteur qui l'entraine dans une histoire foireuse (n'ayons pas peur des mots)  est effectivement le plus perturbé. J'ai franchement rit à la lecture de cette nouvelle tant l'auteur dépeint avec brio les différents états par lesquels passe le narrateur. Si il ne devait rester qu'une seule nouvelle ce serait celle ci!

N'étant pas une grande adepte des nouvelles (trouvant souvent l'ensemble frustrant et vite oublié), j'ai été charmée par "La vengeance du wombat et autres histoires du bush". Même si certaines histoires sont jouissives alors que d'autres sont anecdotiques, dans l'ensemble on passe un bon moment.

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lundi 6 février 2012

"Survivant" de Chuck Palahniuk

chuckL'histoire: «Personne ne peut voir ses problèmes résolus. Ses drames, ses égarements, ses histoires réglées, sa vie débarrassée de ses merdes. Sinon, que resterait-il à tout à chacun? Rien que l'inconnu qui fiche la trouille».

Tender Branson est bien placé pour le dire. Il est le dernier survivant d'une secte d'allumés et il navigue seul, après l'avoir détourné, dans un boeing 747 mis en pilotage automatique à 13 000 mètres d'altitude. Destination l'Australie et le crash assuré. Plus que sept heures de vol à vivre pour raconter à la boîte noire ses incroyables secrets. Quelques litres de kérosène avant de finir éclaté en milliards de petits débris...

La critique de Mr K: Autant j'avais été déçu lors de ma lecture de Peste du même auteur (Fight Club quand même!), autant Palahniuk m'a bien calmé et cueilli avec Survivant. On suit ici la confession d'un allumé total lors des dernières heures de sa vie et quelle existence! De son enfance au sein de la secte des Creedish à sa survie après le suicide collectif de ses frères, en passant par son élévation au statut de nouveau prophète, c'est à un récit s'apparentant à des montagnes russes que nous convie l'auteur. Mettez bien vos ceintures car ça secoue!

Écrit à la première personne, le lecteur est dès les premières pages immergé dans cet esprit que l'on devine malade. Plus on avance, plus la lumière se fait sur les raisons réelles de ces névroses. On se rend compte qu'on a face à soi un homme qui depuis sa prime enfance est manipulé et quasiment télécommandé par des personnes ou des groupes. Il y a la secte bien sûr, ensuite il y a l'assistante sociale chargée de son cas suite au suicide collectif de ses proches puis l'agent qui va "s'occuper" de lui lors de son accession à la célébrité. Autant vous le dire de suite, c'est rude et éprouvant car Tender est finalement plus une victime qu'autre chose et la boule à l'estomac ne fait que grandir au fil de la lecture. On retrouve donc ici les thématiques chères à l'auteur comme la manipulation mentale, les camisoles chimiques et leur empreinte sur un esprit, la violence des foules et les destins individuels brisés face à des intérêts privés puissants.

L'ensemble est habillé du style inimitable de Palahniuk. Beaucoup de cynisme tout d'abord avec un portrait au vitriol de l'Amérique et de ses habitants (le passage concernant la finale du Superbowl est édifiant dans ce domaine!), ça taille dans le vif et personne ne s'en sort indemne entre les politiques, la police et les acteurs de l'entertainment. L'humour est corrosif, d'un noir épais mais toujours au service d'une réflexion bienvenue en ces temps de doute sur le bienfondé du modèle capitaliste-libéral. La conclusion est d'ailleurs sans appel et aboutit à l'effacement de l'individu au profit de la conscience grise commune. L'écriture est toujours aussi limpide, abrupte et parfois virtuose (notamment les lignes relatant les pensées contradictoires du "héros"). Petit détail et non des moindres, le chapitrage est inversé (du chapitre 47 au chapitre 1) ainsi que le numéro des pages (365 à 1) ce qui rajoute en intensité et en tension, on a l'impression d'assister à un véritable compte à rebours à l'image de Tender qui n'a qu'environ 7 heures pour témoigner au monde de son parcours de vie.

C'est tout chamboulé mais heureux que je suis sorti de cette lecture qui fera date. Expérience peu commune et assez radicale, on ne perd pas son temps et on en ressort un peu différent. C'est pour moi le signe d'une grande et enrichissante rencontre entre le lecteur et l'auteur. Un petit bijou de plus en somme!

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mercredi 4 janvier 2012

"Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi" de Mathias Malzieu

malzieuxL'histoire: Comment on va faire maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi? Qu'est-ce que ça veut dire la vie sans toi? Qu'est-ce qui se passe pour toi là? Du rien? Du vide? De la nuit, des choses de ciel, du réconfort?

Mathias, une trentaine d'années mais une âme d'enfant, vient de perdre sa mère. Sans le géant qu'il rencontre sur le parking de l'hôpital, que serait-il devenu? Giant Jack, 4,50m, "docteur en ombrologie", soigne les gens atteints de deuil. Il donne à son protégé une ombre, des livres, la capacité de vivre encore et de rêver malgré la douleur... Il le fera grandir.

La critique de Mr K: C'est mon troisième ouvrage du chanteur de Dionysos et c'est un troisième délice qui s'est ouvert à moi. Un pur moment de bonheur de lecteur malgré un sujet grave et douloureux: le deuil d'un parent, ici la mère du héros. Le livre s'attache à suivre le parcours mental de ce fils endeuillé entre réalisme du ressenti et envolées lyriques et fantastiques à la Burton. Un sacré programme qui ne déçoit pas!

Tout un pan de cette œuvre suit une progression classique des étapes qui ponctuent la mort d'une personne dans une famille: le choc de l'annonce et l'incrédulité qui en résulte, les choix terribles que l'on doit faire en ce qui concerne la cérémonie et qui rappellent de façon cruelle la disparition de l'être aimé, la cérémonie en elle-même et les sentiments confus que l'on peut ressentir à cette occasion et enfin, la vie sans l'autre, difficile à appréhender et peuplée de souffrance au départ. Mathias Malzieu fait montre de beaucoup de pudeur et de sensibilité alors même qu'il est ici question de lui face à la disparition de sa mère. L'émotion est palpable à chaque mot, ligne ou phrase et c'est autant de fleurs littéraires que l'on cueille petit à petit.

Pour transcender son sujet et montrer l'évolution de ce jeune homme encore enfantin, l'auteur fait appel à un personnage fantastique: un bon gros géant (comme dirait Roald Dahl) qui va l'aider à traverser cette pénible épreuve de la vie à laquelle on sera tous un jour confronté. Malzieu décolle littéralement de la réalité pour nous emporter dans son univers si onirique et si attachant que l'on retrouve dans chacun de ses livres. Loin d'amoindrir l'intensité de la douleur, il la transforme, la "divinise", la rend universelle et poétique, un peu à la manière des thématiques sombres développées chez Burton. C'est ainsi qu'on accompagne le héros dans le pays des morts où les fantômes mange du brouillard, où l'on peut "capter" leurs cris dans une machine appelée le sanglophone et d'où peu de vivants ont pu repartir.

Difficile d'en dire plus sans trahir ou spoiler, sachez simplement que la langue de Mathias Malzieu est toujours aussi enchanteresse et nous emporte loin du quotidien. C'est un merveilleux voyage dans l'intime auquel nous sommes ici conviés, un périple certes douloureux mais ô combien instructif et décalé tant la forme ici proposée est étrange. Très court (150 pages) mais suffisant, voici une lecture qui ne se refuse pas! Avis aux amateurs!

Autres romans de Mathias Malzieu chroniqués sur le blog:
- La Mécanique du coeur
- Métamorphose en bord de ciel

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jeudi 1 décembre 2011

"Un secret" de Philippe Grimbert

un-secretL'histoire: Souvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne le vérifieront pas...Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c'est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu'il lui incombe de reconstituer. une histoire tragique qui le ramène aux temps de l'Holocauste, et des millions de disparus sur qui s'est abattue une chape de silence.

La critique Nelfesque: J'aime beaucoup les écrits sur la seconde guerre mondiale. Documents d'archives, essais, romans, tout y passe. D'ailleurs j'ai posté hier mon avis sur "Le Pays de mon père" de Wibke Bruhns. Je ne suis pas monomaniaque mais cela faisait un moment que j'avais "Un secret" de Philippe Grimbert dans ma PAL et le lancement du challenge "Un mot, des titres..." de Calypso avec pour thème "secret" était l'occasion rêvée de m'y mettre.

Dans ce roman il est question de la guerre de 39-45 et d'un secret de famille, que Maxime et Tania, les parents de Philippe ont dû porter suite aux horreurs de la guerre. Le narrateur, Philippe, est un jeune homme maigrelet et malade. Sans raison apparente, sans réel diagnostique, il n'est pas comme les autres et la famille veille sur lui comme un oisillon tombé du nid. Avec sa voisine, Louise, il va apprendre peu à peu la vérité et ce fardeau qu'il portait jusque là inconsciemment va disparaitre.

Tout en pudeur, Philippe Grimbert nous raconte l'histoire de sa famille. Comment il a fallut que ses aïeux changent de noms, comment ils ont passé la frontière... Entre le fantasme du passé de ses parents et grand-parents qu'il s'était forgé et la réalité, il va devoir faire le deuil d'un songe et accepter la part obscure de l'histoire.

Un roman poignant, comme il y en a tant sur ces tristes années de l'Histoire. Rien de plus, rien de moins. Certaines scènes, dont la principale d'où découle tout le secret (mais dont je tairai le fond ici), est tristement "banale". Un destin malheureusement commun dont il faut garder le souvenir. On ressort de cette lecture ému. La plume est pudique et poignante. "Un secret" est un roman vraiment touchant qui résonnera en moi longtemps...

Cette lecture entre dans le cadre du Baby-Challenge Drame 2011 et du challenge "Un mot, des titres..."

BCTUn-mot-des-titres

jeudi 24 novembre 2011

"Gamines" de Sylvie Testud

gaminesL'histoire:

- Qu'est-ce que tu faisais dans la chambre de maman?
- J'ai volé une photo. Une toute petite photo.
- Tu lui ressembles tellement, a dit ma sœur.
J'ai mis la photo dans la poche de mon jean. Je me suis assise dessus pendant trente ans.
- La photo est ressortie de ma poche! j'ai dit à mes sœurs. J'ai vu l'homme de la photo!
- Qui?
- Celui qui porte le même nom que nous, le même nom que moi. Ce n'est pas une photo, c'est un homme!
J'ai donc un père. Que dois-je faire? Trente ans que je réponds: "Je n'ai pas de père. Je n'ai qu'une photo." Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente ans: "Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est comme ça."

La critique de Mr K: On avait beaucoup parlé dans les médias du film tiré du roman-autobiographique de Sylvie Testud, talentueuse actrice française. Au hasard d'une déambulation, ce livre m'a fait de l'œil et je l'ai pris sous mon aile. C'est presque un an plus tard que je me lançai à sa découverte, voici le compte-rendu après quelques heures de lecture intensive.

Pendant les 251 pages de Gamines, on suit l'histoire d'une famille comme il en existe tant. La maman célibataire élève ses trois enfants, ici trois filles très différentes les unes des autres, son compagnon les ayant abandonnées peu de temps après la naissance de la benjamine. Le point de vue adopté est celui de Sibylle, la petite fille intermédiaire au caractère frondeur et indépendant (la rouquine à l'œil au beurre noir sur la couverture). Elle nous présente tour à tour Georgette, la plus petite de ses sœurs au caractère boudeur et très puérile, et Corinne, l'ainée plus sérieuse et protectrice envers les deux autres. Les trois petites et leur mère évoluent devant nos yeux et nous partageons leurs joies et leurs peines à travers la vision crûe et enfantines de Sibylle. Peu à peu s'installe une impression, un vide qui obsède de manière différente chacun des personnage. Qui est ce père parti de la maison?

On passe par beaucoup d'état en lisant cet ouvrage. La plupart du temps, c'est le sourire aux lèvres que j'ai suivi Sibylle dans ses délires de pré-adolescentes, ses rapports parfois houleux avec sa mère et ses sœurs. Mais au fur et à mesure, le malaise grandi et dans le dernier quart du livre quand on retrouve Sibylle à trente ans, le cheminement des trois sœurs va atteindre son apogée dans une scène d'une rare intensité dans une brasserie quelconque de Paris. Autant l'écriture de Sylvie Testud n'a rien d'exceptionnelle (on baigne tout de même dans le banal), autant la force du livre réside dans son côté réaliste, l'auteur décrivant au scalpel les relations entre les différents personnages. C'est sans doute le fait qu'elle mélange allégrement éléments autobiographiques (enfance sans père, origine immigrée et installation de sa famille à Lyon...) et fiction pure et dure qui porte et rajoute de la puissance à ce récit prenant et saisissant.

Gamines est donc un livre que je vous recommande pour sa franchise, sa facilité d'accès en terme d'écriture et le nombre important d'émotions contradictoires que l'on ressent à sa lecture.

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samedi 19 novembre 2011

"A Mélie, sans mélo" de Barbara Constantine

meliemeloL'histoire: Mélie, soixante-douze ans, vit seule à la campagne. Pour la première fois, sa petite-fille, Clara, vient passer les grandes vacances chez elle. La veille de son arrivée, Mélie apprend qu'elle a un problème de santé... Elle verra ça plus tard. La priorité, c'est sa Clarinette chérie! Durant tout l'été (le dernier?), Mélie décide de fabriquer des souvenirs à Clara. Des rigolos. Comme regarder pousser les bambous en écoutant La Traviata, chanter sous la pluie des chansons de Nougaro, goûter les mauvaises herbes qui poussent le long des chemins. Il y a aussi le vieux Marcel, qui va apprendre à Clara à faire de la mécanique... Et puis, comme la vie est vraiment dingue parfois, il y a Mélie qui va enfin rencontrer le grand amour... Cent cinquante ans à eux deux? Mais quand on aime, on ne compte pas!

La critique Nelfesque: Il y a quelques mois, j'ai lu "Allumer le chat" du même auteur. Très branchée par l'histoire, j'avais été un peu déçue par le roman. "A Mélie, sans mélo" m'a fait le même effet. L'histoire me plaisait vraiment beaucoup mais à la lecture je n'ai pas accroché plus que ça...

Pas mal de lecteurs apprécient Barbara Constantine, j'en ai entendu beaucoup de bien et je suis d'autant plus surprise de ne pas apprécier son écriture. Certes, j'ai passé un bon moment à lire "A Mélie, sans mélo" que j'ai dévoré en une après midi. Ca se lit très bien, c'est frais. Mais ça ne me suffit pas... Il ne me restera au final pas grand chose de cette lecture d'ici quelques jours. Rien ne m'a marquée au point de me faire vibrer. J'aime les histoires profondes et là tout est trop simple. Je comprends que l'on puisse apprécier ces lectures qui changent les idées et sont pleines de bons sentiments. C'est vrai que ça donne le sourire aux lecteurs mais il me faut un peu plus que ça.

Au final, je me retrouve ici, à essayer de mettre des mots sur ce que j'ai ressentie à la lecture de ce roman et je m'aperçois que c'est mission impossible! La grand-mère est mignonne, la petite-fille aussi, la mère est un peu barrée mais au final assez conventionnelle, le grand-père attendrissant, le petit-copain aussi. Ca se résume à ça... C'est creux... Il n'y a pas d'aspérité, tout glisse, le bonheur est présent, le ciel est bleu et les oiseaux chantent. Je suis peut-être maso en fait! J'aime les larmes, les doutes, les peines... et je crois que je vais m'arrêter là avec cet auteur...

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vendredi 21 octobre 2011

"Les souvenirs" de David Foenkinos

souvenirsL'histoire: "Je voulais dire à mon grand-père que je l'aimais, mais je n'y suis pas parvenu. J'ai si souvent été en retard sur les mots que j'aurais voulu dire. Je ne pourrai jamais faire marche arrière vers cette tendresse. Sauf peut-être avec l'écrit, maintenant. Je peux le lui dire, là."

La critique Nelfesque: J'avais lu il y a quelques années "Le Potentiel érotique de ma femme"  du même auteur. J'avais vraiment apprécié cette lecture et ce dernier roman, avec son thème qui me touche, est l'occasion de retenter l'expérience.

"Les souvenirs" est un roman sur la vie, dans tout ce qu'elle a de plus simple, de plus beau, mais aussi de plus douloureux. Rien de palpitant dans ce roman, pas de sensationnel ni d'inoubliable mais une lecture très agréable et l'écriture de Foenkinos qui sait aller directement au coeur.

Dans "Les Souvenirs", l'auteur met sans doute beaucoup de lui même, cela se sent à la lecture. Il nous raconte sa vie, ses amours au sens large qui va de l'Amour avec un grand A à l'amour que l'on peut ressentir pour ses amis et ses proches, avec beaucoup de délicatesse et de pudeur. Les souvenirs de l'auteur mais aussi ceux de personnages plus ou moins célèbres, toujours en lien avec la trame principale, nous sont présentés sans ostentation.

Ce roman laisse une sensation étrange à chaque fois que l'on le repose. Une mélancolie envahit le lecteur et on ne peut qu'être touché à l'évocation de certaines scènes dont la mort de son grand-père et son incapacité à lui dire son amour. Nous sommes tous, à un moment ou à un autre de nos vies, confrontés à ce genre d'évènements douloureux. Quels souvenir en avons-nous? Je me suis beaucoup retrouvée dans la façon qu'à l'auteur de gérer (ou non) ces moments de vie et les souvenirs qu'il fabrique à sa grand-mère sont touchants et émouvants. Simples et sensibles.

Vous l'aurez compris, cette lecture n'est pas gaie... Dès les premières phrases du roman, le ton est donné: "Il pleuvait tellement le jour de la mort de mon grand-père que je ne voyais presque rien. Perdu dans la foule des parapluies, j'ai tenté de trouver un taxi. Je ne savais pas pourquoi je voulais à tout prix me dépêcher, c'était absurde, à quoi cela servait de courir, il était là, il était mort, il allait à coup sûr m'attendre sans bouger." Il y est beaucoup question de la vieillesse et du deuil. J'ai d'ailleurs essuyé quelques larmes (chose rare chez moi) provoquées par l'écriture de l'auteur et ses phrases courtes, simples et percutantes.

Mais rassurez-vous, on ne risque pas non plus le suicide à chaque page. Certes les mots sont durs, les scènes pénibles mais l'auteur laisse, ça et là, trainer des mots d'usage familier qui dérident les situations. Comme dans cet extrait qui m'a marqué: "Dans la chambre, face à son corps, une image m'a saisi: la mouche. Une mouche posée sur son visage. C'était donc ça la mort. Quand les mouches se posent  sur nous et qu'on ne peut plus les chasser. C'est cette vision qui m'a été le plus pénible. Son immobilité agressée par cette grosse conne de mouche. Depuis, j'écrase toutes les mouches."

David Foenkinos nous offre ici une oeuvre sensible et délicate sur des thèmes qui nous touchent. La vie, la mort, la vieillesse, l'amour... rien de bien compliqué, rien de phénoménal... juste des sentiments humains et des souvenirs qui font nos vies.

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jeudi 13 octobre 2011

"La Salamandre" de Jean-Christophe Rufin

lasalamandreL'histoire: Catherine, dont la vie s'organisait autour du travail avec la haine des dimanches, le secours de la télévision, l'affection d'un chat et l'usage fréquent des somnifères, tourne le dos à la France pour s'installer au Brésil. Dépassant sa condition de touriste, elle quitte l'univers des agences de voyages pour celui des favelas. La violence avec laquelle les gens se traitent entre eux ne lui est alors plus épargnée.

La critique de Mr K: J'avais beaucoup apprécié ma lecture de Rouge Brésil du même auteur. Je me suis dit que ce serait bien dommage de ne pas retenter l'expérience Rufin et sur un site de troc, j'ai récupéré La Salamandre dont la réputation était plutôt flatteuse. Il s'agit ici d'un récit sans concession d'une femme qui du jour au lendemain va décider de changer radicalement de vie, qui va se perdre en chemin et se précipiter vers sa propre perte. Dit ainsi, on peut se dire que des bouquins comme ça il y en a plein... Et pourtant, je ne m'attendais vraiment pas à être chamboulé à ce point.

N'y allons pas par quatre chemins, c'est rude et le final est ignoble. Le personnage de Catherine ne me plait pas, cette femme, ses habitudes, son caractère me sont étrangers et à aucun moment je n'ai eu de sympathie pour elle. Et puis, il y a la rencontre avec le beau et jeune Gil, et on sait d'emblée que les ennuis l'accompagnent. On a envie de dire à Catherine d'arrêter les frais, de se reprendre mais la fin se devine aisément. Elle rompt ses digues intérieures qu'elle avait bâti tout au long de son existence quitte à devenir complètement conne. Pour un peu, je lui en voudrais! La fin m'a donné raison et m'a laissé pantois. Dire que c'est tiré de faits réels!

On retrouve dans ce roman tout le talent de Rufin pour évoquer le lointain et l'ambivalence des destinations de rêve. Les couleurs et le soleil qui éclatent au prime abord, et puis peu à peu la saleté, la pauvreté criminelle et la perversion cachée aux yeux des touristes apparaissent et surgissent au détour d'une rue, d'une nuit. Bien loin des images véhiculées sur le Brésil, c'est un pays dans tous ses contrastes et sa complexité qui est abordé ici sans concession et sans fausse pudeur. La descente aux enfers de l'héroïne n'en est que plus dramatique et éprouvante.

Une bonne lecture qu'il faut éviter de lire avant de partir en Amérique du sud!

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lundi 10 octobre 2011

"1Q84: Livre II, Juillet - Septembre" d'Haruki Murakami

1q84-livre-2L'histoire: Les choses qui restent enfermées dans notre cœur n'existent pas en ce monde. Mais c'est dans notre cœur, ce monde à part, qu'elles se construisent pour y vivre.
Le Livre 1 a révélé l'existence du monde 1Q84.
Certaines questions ont trouvé leur réponse.
D'autres subsistent: qui sont les Little People? Comment se fraient-ils un chemin vers le monde réel? Pourquoi deux lunes dans le ciel? Et la chrysalide de l'air, est-elle ce lieu où sommeille notre double?
Ceux qui s'aiment ne sont jamais seuls.
Le destin de Tengo et d'Aomamé est en marche.

La critique de Mr K: Vu l'engouement qui me possédait littéralement pendant ma lecture du volume 1, j'ai pris mes précautions et je suis allé m'acheter le deuxième volume avant la fin du volume précédent. Je vous l'ai dit précédemment, ce livre est une tuerie et se révèle extrêmement addictif. C'est donc tout naturellement que j'ai enchaîné directement sur le Livre 2 couvrant l'année 1984 (1Q84?) sur les mois de juillet à septembre.

On retrouve donc Tengo et Aomamé pour la suite de leurs existences qui sont de plus en plus placées sous le signe de l'étrange. Un étau invisible semble se resserrer autour d'eux, les événements inexplicables se multiplient et les révélations vont s'enchaîner pour mieux déboucher sur de nouvelles interrogations. Plus que jamais, la tension est palpable et ce volume est à classer sous le sceau de l'isolement et du questionnement de soi.

Après le coup de maître du Livre I, l'effet de surprise n'est plus là mais pour autant le lecteur ne peut relâcher son attention et son intérêt de l'univers décalé qui nous est présenté. La "faute" à l'écriture et le récit de Murakami qui entretient à merveille le suspens et multiplie les pistes d'interprétation possibles. Loin de baisser en intensité, 1Q84 se renouvèle sans cesse, se nourrissant des zones d'ombre pour étoffer le background et le récit principal. Des clefs ont été livrées mais finalement, les portes se multiplient avec l'impression d'être manipulé par un marionnettiste hors pair... Et c'est le cas! Murakami nous amène là où il veut quand il le veut, il est donc impossible d'échafauder la moindre théorie ou alors elle se révèle fausse. En tous les cas pour moi, je me suis à chaque fois cassé les dents et il me tarde d'avoir les réponses qu'apportera forcément le dernier volume.

L'ambiance lynchienne à souhait est toujours présente, on explore encore plus profondément les confins de la psyché des personnages et certains personnages secondaires prennent de l'épaisseur. Les légers décalages deviennent de véritables gouffres et l'instabilité s'installe, bousculant les normes, déstabilisant les protagonistes et réjouissant au plus haut point le lecteur que je suis (c'est mon côté sadique!). La conclusion de ce volume est abrupte et sans appel... connaissant désormais un peu mieux l'auteur, j'imagine que la suite nous réserve bien des surprises. Vivement 2012!

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lundi 3 octobre 2011

"1Q84, Livre I, Avril-Juin" d'Haruki Murakami

1q84_-_livre_i_avril-juin_404L'histoire: Le passé – tel qu'il était peut-être – fait surgir sur le miroir l'ombre d'un présent – différent de ce qu'il fut?
Une oeuvre hypnotique et troublante
Un roman d'aventures
Une histoire d'amour
Deux êtres unis par un pacte secret
Dans le monde réel de 1984 et dans celui dangereusement séduisant de 1Q84 va se nouer le destin de Tengo et d'Aomamé...

La critique de Mr K: Sans doute ma claque littéraire la plus importante depuis un sacré bout de temps. Je suis venu à Murakami par hasard lors de la lecture d'un hors série de la revue Trois Couleurs. Ne suivant pas vraiment l'actualité littéraire, je ne connaissais même pas cet auteur avant le portrait que j'ai pu découvrir de lui. Anticonformiste, ce qui est plutôt original pour un japonais, l'aura de mystère qui planait autour de la trilogie 1Q84 a attisé ma curiosité. L'accroche a été immédiate et deux jours seulement m'ont suffi pour dévorer ce premier volume.

La construction de l'ouvrage est simple. On change de point de vue à chaque nouveau chapitre. Un coup nous suivons Tengo, trentenaire japonais, professeur de mathématiques et apprenti écrivain à qui un ami éditeur va confier un travail de réécriture d'un texte rédigé par une jeune fille étrange de 17 ans. En devenant le ghostwriter d'une œuvre envoutante et étrange La Chrysalide de l'air, il met les pieds dans un univers décalé et inquiétant. Le chapitre suivant, on suit Aomamé, jeune femme de 29 ans qui s'acquitte de missions bien spéciales: elle supprime des êtres ignobles pour le compte d'une vieille dame énigmatique. Je n'en dirai pas plus pour ne pas lever les nombreux secrets qui composent ce premier tome mais sachez qu'on navigue constamment entre plusieurs genres: l'étude de caractère, l'histoire d'amour, le thriller par moment ou encore le fantastique, voir l'anticipation pour certains thèmes évoqués.

Il faut le savoir, ce livre est un piège pour tout amateur de bonne littérature contemporaine. Aussitôt avez vous fait connaissance avec Tengo et Aomamé que la mécanique infernale chère à Cocteau se referme sur vous et il est tout bonnement impossible de s'échapper et de quitter cet univers aussi étrange qu'attirant. Haruki Murakami a le don de l'écriture simple, aérienne et évocatrice qui englobe, cisèle ses personnages et les actions qu'ils mènent. Une ambiance purement japonaise sans pour autant tomber dans les clichés et la lenteur exacerbée. Certes, le démarrage prend du temps mais c'est pour mieux cerner les protagonistes, leurs caractères et leurs espérances. Loin de se contenter de s'occuper des deux principaux héros, les personnages secondaires sont aussi traités avec beaucoup d'attention, de Tamaru le garde du corps gay de la vieille dame, en passant par la mystérieuse Fakaeri, l'auteur tisse une gigantesque toile d'araignée et une série de liens plus déroutants les uns que les autres. Sachez qu'à la fin du présent volume, nombre d'interrogations restent en suspens et que dans le deuxième d'autres se rajoutent (je chroniquerai le volume 2 d'ici peu et je devrais attendre 2012 pour lire le troisième et ultime volet).

Autre point très intéressant, le balancement presque imperceptible parfois entre rêve et réalité. Quid du monde réel? Quid d'un pseudo univers parallèle? Les descriptions des lieux sont remarquables de justesse mais aussi d'étrangeté. C'est seulement au détour d'une phrase, d'une formule voir d'un mot que parfois tout semble basculer pour ces deux êtres esseulés que sont Tengo et Aomamé. Franchement, j'ai rarement été scotché à ce point par une œuvre qui, à bien des égards, se rapproche des travaux de David Lynch. On voit percer certaines obsessions de l'auteur (il paraît qu'on les retrouve dans ses autres livres) comme le sexe (l'érotisme est omniprésent dans cet ouvrage), le rapport à la violence et la domination, la religion, l'ordre établi... Autant de thèmes en filigrane qui enrichissent une histoire déjà fort développée aux méandres innombrables.

Un grand moment de lecture donc qui n'est pas simplement un événement éditorial comme claironné en quatrième de couverture mais pour moi un renouveau certain de la littérature, un mélange des genres hors norme et une rencontre culturelle époustouflante. Ce serait dommage de passer à côté...