lundi 18 octobre 2010

"Le Zubial" d'Alexandre Jardin

zubialL'histoire: Le jour où mon père est mort, le 30 juillet 1980, la réalité a cessé de me passionner. J'avais quinze ans, je m'en remets à peine. Pour moi, il a été tour à tour mon clown, Hamlet, d'Artagnan, Mickey et mon trapéziste préféré; mais il fut surtout l'homme le plus vivant que j'ai connu. Pascal Jardin, dit le Zubial par ses enfants, n'accepta jamais de se laisser gouverner par ses peurs. Le Zubial avait le talent de vivre l'invivable, comme si chaque instant devait être le dernier. L'improbable était son ordinaire, le contradictoire son domaine.

Ce livre n'est pas un recueil de souvenirs mais un livre de retrouvailles. Le Zubial est l'homme que j'ai le plus aimé. il m'a légué une certaine idée de l'amour, tant de rêves et de questions immenses que, parfois, il m'arrive de me prendre pour un héritier.

La critique de Mr K:

Après la montée en pression avec le dernier Despentes, une lecture plus douce mais toute aussi folle avec cette biographie romancée haute en couleur avec un personnage principal totalement hors normes qui "habite" littéralement ce livre.

Le Zubial est un original qui a décidé de vivre sans contraintes et dont les actes et paroles vont marquer son fils. On lit avec délectation les délires de Pascal Jardin, son anticonformisme et son profond désir de liberté: il s'emmerde dans un dîner mondain, il le dit et se lève de table en saluant tout le monde; une femme mariée l'intéresse, il fera tout pour l'obtenir quitte à aller voir le mari ou escalier la façade... Le Zubial est avant tout un coureur de jupon, le mariage des Jardin (pour les deux morts) n'est pas un cadre figé... drôle d'existence donc où les enfants voient déambuler dans la propriété familiale les amant(e)s de tout bord. Voici un passage où l'on peut se faire une idée sur la conception de la vie du Zubial notamment sur son attirance pour l'infini et la puissance des envies illimitées:

- Et Président? lui demandai-je un jour. On peut devenir Président de la République, nous ? Parce que... ça me plairait bien. Il posa sa scie, réfléchit un instant et me répondit avec le plus grand sérieux.

- Oui, ça c'est possible... mais quand ?
- Quoi quand ?
- Quand veux-tu devenir un grand Président ?

Il me prenait un peu de court ; j'avais neuf ans et ne savais pas trop quoi répondre. Mais son attitude me confirma dans l'idée que l'affaire était jouable puisqu'il ne m' avait demandé qu'une seule chose : quand ?
A présent, je me rends compte de la beauté de sa réaction. Le Zubial me permettait tout, pourvu que mes désirs fussent exorbitants. Un père ordinaire eût sans doute ricané devant une telle question ; lui s'était seulement inquiété de la date. Le Zubial croyait en la puissance des envies lorsqu'elles sont illimitées. Etait-ce une naïveté? Sans doute, mais j 'y vois aussi une sagesse, un respect pour ce qu'il y a peut- être de plus précieux chez un petit garçon, et en l'homme les désirs. Dix-sept ans après, je garde encore le goût des siens, si vifs, si ensoleillants.

Papa, pourquoi m'as-tu abandonné? Pour quoi m'as-tu laissé dans ce monde où les vastes désirs semblent toujours un peu ridicules? Lui seul croyait en mes folies, lui seul me donnait envie de devenir quelque chose de plus grand que moi. Ce goût de l'infini, et de l'infiniment drôle, m'est resté comme une terrible nostalgie.

Alexandre Jardin se livre énormément dans ce livre, n'hésitant pas à lever le voile de la pudeur en relatant des moments clefs de sa relation avec son père. Écrit intimiste, on rit souvent devant les extravagances du père mais le ton devient par moment plus grave lorsqu'il arrive que les choses tournent mal (suicide d'Emmanuel Jardin). Souvenirs romancés placés sous le sceau de l'insouciance mais aussi des choix que l'on doit mais surtout que l'on VEUT faire. Le père, figure existentialiste par excellence, précepteur-modèle, à le fois proche et inatteignable, Idéal convoité par le jeune Alexandre qui va devoir se construire dans son ombre à la fois rassurante et étouffante. Ce livre est donc une très belle illustration du parcours initiatique que doit mener chaque ado pour se construire et s'affirmer.

Un livre qui se lit très facilement, on retrouve la très belle prose de l'auteur que j'ai déjà pratiqué par le passé avec Fanfan et le Zèbre. À la fois accessible et évocatrice au possible, les pages s'enchainent sur un rythme haletant sans que l'on s'en rende compte. Les chapitres sont très courts (5 pages maximum) et c'est par bonds successifs que nous découvrons et apprenons à connaître Pascal Jardin et ses relations avec son fils. Une bonne lecture, vivifiante à souhait que je vous recommande.

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dimanche 17 octobre 2010

"Deux jours à tuer" de François d'Epenoux

2j___tuerL'histoire: Rien à dire sur la vie d'Antoine Méliot. Il a une femme ravissante, trois enfants magnifiques, des amis fidèles, une maison dans les Yvelines meublée avec goût, une cuisine équipée et une belle situation.
Rien à dire sur la vie d'Antoine Méliot, sinon qu'en ce mois d'octobre il s'est donné un week-end pour saboter son bonheur : non seulement l'amour fou qui l'unit à sa femme et à ses enfants, mais aussi les liens indéfectibles qu'il entretient de longue date avec ses meilleurs amis. Deux jours, en vérité, pour détruire une existence. Pourquoi ? " L'araignée noire " qu'il nourrit en lui depuis l'enfance s'est-elle réveillée ?

La critique Nelfesque: J'avais envie de voir le film tiré de ce roman, dès sa sortie en salle, avec Dupontel au générique. Comme ça arrive souvent, j'ai laissé passer le temps et le film a fini par nous filer sous le nez. Qu'à cela ne tienne, j'avais noté le titre et l'auteur du roman et certes j'ai mis du temps, mais j'ai fini pas lire "Deux jours à tuer"!

Voici un petit livre, assez court (189 pages) mais dense et éprouvant. Antoine décide d'un coup d'un seul de saboter sa vie et il n'y va pas avec le dos de la cuillère. On peut comprendre le pourquoi de cette envie de tout foutre en l'air mais j'ai été assez choquée par certains de ses choix. Pourtant, pour me choquer, il faut y aller... Je ne peux dévoiler ici la raison d'un tel changement dans le comportement du personnage principal mais je ne pense pas que tout justifie une telle violence. Est-il vraiment utile d'aller à ce point dans le glauque pour quitter femme et amis? Le comportement d'Antoine avec ses enfants tout particulièrement et avec l'une de ses meilleures amies est détestable. L'auteur réussit à nous faire haïr le personnage, comme Antoine cherche à se faire haïr de son entourage. Bravo pour l'exploit.

La fin se laisse deviner mais l'auteur nous mène sur une autre piste tout à fait crédible et nous mène par le bout du nez. L'écriture est simple et, de façon assez voyeuriste, on ne peut s'empêcher de tourner les pages pour voir jusqu'où ira le personnage d'Antoine dans sa "folie préméditée". On imagine le pire bien des fois et la pression monte crescendo.

Au final un livre à ne pas mettre dans toutes les mains mais montrant à merveille la détermination d'un homme qui fait du mal pour le bien (drôle de concept mais qui se défend) et nous montre qu'on ne peut pas toujours aider les amis qui ne le veulent pas sous peine d'être rhabillé pour l'hiver. A lire. Quant à moi, il ne me reste plus qu'à voir le film. Enfin.

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mardi 12 octobre 2010

"Apocalypse bébé" de Virginie Despentes

virginie_despentes_apocalypse_bebeL'histoire: Apocalypse Bébé est un road movie électrique entre Paris et Barcelone où deux détectives aux personnalités diamétralement opposées se lancent sur les traces d'une adolescence déstructurée Valentine Gatlan, « adolescente nymphomane, défoncée à la coke et hyper active». Lucie, trentenaire, détective un peu désabusée, empotée et malgrè tout spécialisée dans les filatures d'adolescents,  est chargée par la famille Gatlan de surveiller Valentine, adolescente fragile, au comportement autodestructeur et à la sexualité très débridée. La perdant de vue  au cours d'une de ses filatures, elle se doit de la retrouver au plus vite. Manquant d'assurance et d'expérience, elle fait appel à une détective free-lance dit la « la hyène » lesbienne sulfureuse, violente,  manipulatrice, habituée aux méthodes radicales. Toutes deux se plongent à corps perdu  dans l'histoire tourmentée de l'adolescente.

La critique de Mr K: I love you Virginie! Tels avaient été mes derniers mots lors de ma critique de King Kong théorie, il y a quelques mois de cela. Ce livre le confirme, j'aime toujours autant cet auteur qui ici passe encore au cran supérieur nous livrant un livre aussi sulfureux qu'addictif. Le noir et le polar sied parfaitement à notre cherry bomb nationale. Ça fouette, ça "uppercute" et on en redemande! Mon côté maso est comblé et en redemande encore: vous l'avez compris, j'ai méchamment pris une claque avec cette lecture qui n'a eu qu'un défaut... trop courte!

Tout d'abord le genre. On a affaire à un polar drôlement bien ficelé avec sa dose de suspense et de personnages bien trempés. Le choix narratif est très efficace, on a un chapitre sur deux le point de vue de personnages secondaires à l'enquête principale: le père, la belle-doche, le cousin rebeu des quartiers, les potes d'extrême gauche... Tout pour que les pièces du puzzle (Valentine et sa psyché torturée) se révèlent petit à petit, mettant à jour peu à peu le parcours de cette gamine perdue. Les deux personnages principaux antinomiques à souhait se renvoient la balle continuellement créant un lien étrange, non dénoué d'humour (grande nouveauté despentienne!). On s'attache à la hyène, on trépigne face à la vacuité qui se dégage de Lucie... puis les repères deviennent flous et on se rend compte qu'on est balladé joyeusement par Despentes... la fin est effroyable! Pour soupoudrer le tout, rajoutez là dessus un petit air de romance lesbienne avec la découverte de l'amour avec une personne du même sexe (ça sent l'autobiographie), le tout sans en faire trop avec juste ce qu'il faut de beauté pour ne pas tomber dans la sensiblerie bon marché dont on nous abreuve à longueur de temps et vous obtenez un mélange détonnant!

Le style est une fois de plus frontal, hargneux, ironique et direct.DESPENTEScbertini_3 Tout ce que j'aime chez l'auteur. Jamais prétentieux, le but est de cerner vite et clairement les protagonistes, les lieux et l'action. J'ai lu chez d'autres blogueurs que la vulgarité est de mise tout au long de l'oeuvre. Je m'inscris en faux face à cette assertion: certes on est dans le familier mais vulgarité rime souvent avec facilité. Ici ce n'est pas le cas, ce roman est un pur reflet de notre époque et l'on voit mal des gosses de cité ou des malfrats parler comme dans le XVIème arrondissement. Alors, sûr, c'est brut de décoffrage mais ça ancre cette oeuvre dans une réalité (peu reluisante je vous l'accorde). Pour résumer, ça se lit comme du petit lait et il est vraiment très difficile de décrocher.

Mais on n'est pas seulement face à un roman classique. Au détour des pages, c'est un portrait de notre société qui nous est révélé. Une fois de plus, c'est la femme, sa féminité, sa sexualité et son rapport à l'homme qui au coeur de l'oeuvre. On retrouve dans Apocalypse bébé les questions qui taraudent l'auteur. Les piques sont nombreuses et les réflexions à l'avenant, on retrouve le féminisme punk propre à l'auteur et son dégoût-déception des hommes. Mais derrière ces éclairs thrash jubilatoires et cyniques se cache une tendresse profonde qui n'échappera à personne. C'est aussi une critique féroce de la bonne société bourgeoise avec notamment le père (François)  qui "laisse couler" face à une jeune fille en déséquilibre profond et finalement une gamine que personne ne recherche vraiment.

Une lecture enthousiasmante, un pied intégral, un souvenir littéraire vivace: un grand livre! Je persiste: I love you Virginie!

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vendredi 1 octobre 2010

" Récit d'un branleur" de Samuel Benchetrit

branleurL'histoire: Roman Stern a un vrai problème : les dingues et les dépressifs du globe semblent l'avoir choisi comme confident exclusif. Au comptoir d'un café, dans la rue ou sous un Abribus... A chaque fois, le jeune homme devient la cible privilégiée de tous ceux qui ont besoin de se plaindre. Et Roman ne s'emporte jamais. Il a toujours été comme ça. Plutôt spectateur qu'acteur, docile, adepte des salles obscures et du repli sur soi.
Jusqu'au jour où son alcoolique de tante lui lègue un caniche blanc accompagné d'un joli pactole ! Un coup du sort vite transformé en coup fumant : en créant La société des plaintes, Roman devient écouteur professionnel sans perdre de vue l'essentiel : dans la vie, on ne fait que passer et l'onglet à l'échalote se déguste bien chaud...

La critique Nelfesque: Voici un livre que j'avais dans ma bibliothèque depuis des années et dans lequel je n'avais jamais mis mon nez. Et bien mieux vaut tard que jamais, j'ai lu ce "Récit d'un branleur" en 2 jours.

Je m'attendais à un livre très drôle mais ce ne fût pas le cas. J'ai souri aux histoires des messieurs tout le monde qui défilent devant le personnage principal et à la capacité qu'à ce dernier à se transformer en "éponge hermétique" (paradoxal n'est ce pas?) le temps qu'ils lui déversent sur la tronche tout ce qui ne va pas dans leurs vies. Ce branleur est finalement ambitieux et décide de faire de cette malédiction, une opportunité qui va changer sa vie.

L'histoire est découpée en 6 parties: moi, mon chien, ma femme, mon travail, encore moi et ma famille. Oui, le branleur est narcissique! Mais qu'est ce qu'un branleur exactement? Là dessus je n'ai pas trouvé la réponse dans ce roman de Samuel Benchetrit mais, de ce qui s'en dégage, nous n'avons pas la même définition. J'aurai aimé un humour plus cinglant, c'est un peu mou du genou...

Vous l'aurez compris, je suis assez mitigée. Ce n'est certes pas le livre du siècle mais il ne m'a pas ennuyée pour autant. Disons que l'on passe le temps avec ce roman et que l'été sur la plage me semble être le moment le plus approprié, celui où notre capacité à se servir de notre cerveau avoisine le 0.

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jeudi 23 septembre 2010

"Les choses" de Georges Pérec

perecL'histoire: Sylvie et Jérôme habitent un petit appartement de la capitale. Tous les deux psycho-sociologues, ils alternent les boulots. Leur plaisir suprême? Parcourir les brocantes à la recherche de "choses": meubles, objets de la vie quotidienne... Mais le bonheur est-il au bout de cette course à la possession?

La critique de Mr K: Une excellente surprise pour une lecture express. C'est le premier Pérec que je lis en entier! Il faut dire que mon premier essai date du lycée et qu'à l'époque mon prof de philo m'avait fort intrigué en nous parlant d'un ouvrage ne comportant pas la lettre "e" écrit par un fou (La disparition): résultat des courses, un gros mal de tête et une incompréhension totale. Pour Les choses c'est une autre histoire...

L'histoire justement... ne vous laissez pas abuser par le synopsis que j'ai bricolé. Certes, il donne certaines clefs mais il n'est qu'un prétexte. Il ne se passe quasiment rien dans ce roman, d'ailleurs cet écrit s'apparente davantage à un essai sur la naissance de la société consumériste (les années 60', les 30 Glorieuses). Amateurs d'actions, de rebondissements et autres effets de narration passez votre chemin.

Pour autant, je ne me suis point ennuyé. À travers ce couple passé au microscope du sociologue Pérec, c'est une époque qui est passée à la loupe, de nouveaux comportements et les premiers effets de l'installation du capitalisme-libéral sur les consciences et les modes de vie. Même si les descriptions des "choses" ont forcément vieilli, on se retrouve devant un miroir fidèle de notre époque actuelle. On y est! Les choses ont envahi nos vies, travesti nos idéaux de bonheur, les pubs ont remplacé les rêves véhiculés par les livres et les leçons de vie. Notre époque est régie par les choses et c'est impressionnant de le lire dans un texte vieux de plusieurs décennies. Il y a du génie chez cet auteur: précurseur et voyant.

N'y voyez pas pour autant un ouvrage moralisateur, il s'agit plutôt d'une suite d'observations écrites dans un langage simple, la plupart du temps au conditionnel (effet garanti de "vivre une expérience" en lisant ce livre). Les personnages ne parlent pas, on suit leur parcours, leurs rencontres, leurs soirées, leurs trouvailles... Pas d'événements marquants si ce n'est un achat désiré depuis fort longtemps. Une vie centrée donc sur l'accomplissement de leurs désirs matérialistes: Il leur semblerait qu'une vie entière pourrait harmonieusement s'écouler [...] entre ces objets si parfaitement domestiqués, entre ces choses belles, simples, douces et lumineuses. Cependant, peu à peu, l'ennui les guette et un vide métaphysique les envahit. N'ont-ils pas fait fausse route? Quid des relations sociales? De l'humain? La fin du livre, vous vous en doutez, est un brin sombre.

Une lecture très intéressante surtout au regard de notre monde actuel, courte (heureusement car le rythme est assez lent) et remarquable de concision et d'efficacité. Un livre culte qui mérite le détour.

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mercredi 22 septembre 2010

"Le secret du bayou" de John Biguenet

bayouL'histoire: 1957, côte de Louisiane.
Dans le monde impitoyable des pêcheurs d'huîtres à la drague en haute mer, une flamboyante saga familiale tissée de haine, de violence, d'amour et de souffrance, aussi inexorable qu'une tragédie grecque.

La critique Nelfesque: Mais qu'est ce que c'est que ce résumé? De quoi ça parle exactement ce roman de John Biguenet? C'est vrai qu'on ne peut pas faire plus vague comme quatrième de couverture... J'avais fortement envie de lire ce livre après en avoir lu le plus grand bien sur la blogosphère littéraire. J'étais dans le flou, j'ai tenté ma chance et j'ai bien fait!

L'histoire tourne autour de deux familles: les Petitjean et les Bruneau. Entre les deux, une haine ancestrale et un drame qui va raviver ce sentiment enfoui. Quels secrets portent ces deux familles? Nous l'apprendrons au fil de notre lecture. "Le secret du bayou" n'invente rien en soi, l'histoire est banale, les ficelles sont connues mais l'ensemble est tellement bien maitrisé que l'on oublie que l'on a déjà lu ce genre de récit. On se prend au jeu, on s'attache aux personnages.

Therese, la fille des Petitjean, est le personnage central du roman, celle par qui tout va se réveler. Elle provoque le destin, elle incite aux confidences, elle démèle les fils d'une rancoeur passée. D'un caractère fort, elle tranche avec la gente féminine des années 50 et d'autant plus avec les femmes de pêcheurs d'huîtres de sa région. Elle ne veut pas vivre la vie d'une femme au foyer qui recoud les filets, elle veut pêcher avec les hommes, dès l'aube, sur les bateaux et mener sa vie comme bon lui semble. On s'attache à cette jeune fille au caractère bien trempé, tellement moderne pour l'époque et en même temps si attachée à certaines valeurs que sont la famille, la loyauté, le respect.

Ce roman me laisse un goût sucré dans la bouche. Je l'ai aimé, j'ai passé un très bon moment avec lui mais je ne peux pas pour autant occulter ses défauts. Le principal est que l'ensemble est très manichéen, les gentils sont très gentils et sont méchamment embêtés par les méchants qui sont très très méchants. Bien entendu dans les méchants, il y a un gentil. Forcément celui-ci on l'aime bien, on y tient. Et la gentille a les mêmes sentiments que nous... Bref vous imaginez facilement la suite. Alors oui, c'est facile, non ce n'est pas très original, mais que voulez vous, moi, les sagas familiales à grosses ficelles qui se passent dans un milieu rural difficile, j'aime. Je plaide coupable.

Jusqu'ici vous vous dites que c'est une lecture de nana, que c'est mielleux et dégoulinant? Et bien non! Ah ah! Car il y a un fond beaucoup plus noir, un meurtre qui va faire remonter des secrets enfouis et mettre une touche de suspens dans ce roman. On est alors plongé dans le passé des personnages, dans la jeunesse des anciens, d'où tous les éléments découlent. On a envie de savoir ce qui s'est passé, pourquoi l'histoire en est là et où elle nous mène.

Vous aussi vous êtes dans le flou? Faîtes comme moi, tentez votre chance!

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mardi 21 septembre 2010

"L'os de Dionysos" de Christian Laborde

dionysosL'histoire: Pas de résumé officiel trouvable. On suit sur 158 pages les tribulations et les pensées d'un professeur de français dans un établissement privé.

La critique de Mr K: On ne peut parler de ce livre sans en raconter l'histoire mouvementée et surtout, l'accouchement difficile. Le 12 mars 1987, L'Os de Dionysos a été interdit pour "trouble illicite, incitation au désordre et à la moquerie, pornographie et danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale" par le Tribunal de Grande Instance de Tarbes. Il est donc à ce titre le dernier ouvrage "censuré" en France. Nous sommes alors en pleine période de cohabitation: Chirac est premier ministre de Mitterrand et Pasqua est à l'Intérieur.

Qu'en est-il aujourd'hui en 2010? Le temps a passé et certes ce texte reste marquant mais on a un peu du mal à penser qu'il ait pû faire couler autant d'encre. Autre siècle autres moeurs sans doute... Nous avons devant nous un récit érotico-satirique violent et provocateur nous dit-on au dos du livre. Pour une fois, ce n'est pas simplement un argument commercial avancé pour attirer le chaland. Le héros est un obsédé du cul (comme beaucoup de profs de français diront certains...) et voue littéralement un CULte à Laure sa compagne: un amour charnel, passionnel. Au fil de ses pensées intimes et des quelques "films" qu'il se fait (et il va loin le bougre!), on cerne peu à peu ce personnage aussi hors norme qu'attachant.

Pour faire contrepoids à cet érotisme, il y a tous les chapitres où l'on voit notre héros sur son lieu de travail: un collège privé. Lui, un être si extrême et passionné, baigne dans un milieu conformiste, navigue au milieu d'individus plus mesquins et rigides les uns que les autres. Forcément le contact entre ces deux mondes est explosif et donne lieu à de véritables duels et autres disputes d'anthologie. J'ai particulièrement apprécié ses "échanges" avec la directrice et son jeu du chat et de la souris avec un de ses collègues plus que maniaque sur les horaires de cours. Les élèves eux ne s'ennuient pas...

J'ai beaucoup apprécié cette lecture. On ne reste pas pour le scénario qui n'est qu'un prétexte ou pour la critique sociale soujacente qui a mal vieilli... On reste pour la langue. Tout bonnement somptueuse, Laborde est le digne héritier des surréalistes selon certains. L'écriture est à la fois simple, directe et évocatrice. On plonge instantanément dans les méandres de la psyché du héros et il est très difficile d'en ressortir tant on a l'impression de découvrir une autre façon de s'exprimer. Le caractère séditieux des propos s'efface pour laisser place à une révolution du verbe, fruit d'un écrivain-poète qui ne réiterera jamais ce coup d'éclat.

Petit extrait choisi sur sa vision des profs:

Un prof, c'est lâche. Ca s'arrête pas de lècher. Ca lèche les élèves, ca lèche le dirlo, ca lèche l'inspecteur. Ca a la trouille, au lieu d'avoir le trac. Un prof digne de ce nom devrait avoir tué au moins une fois dans sa vie. Un inspecteur par exemple, le jour de l'inspection. Quand on voit arriver ce malade mental, ce cocu du réel, ce petit flic, cet assassin propre, couvert par la Loi, on devrait sortir son colt Python 357 Magnum. Au lieu de ça, on le reçoit en grande pompe. On a sorti la cravate, la jupette bleu marine, on est passé au nettoyage à sec, on a demandé à Ossi [la directrice] une salle propre, bien éclairée, on a demandé à Bernard Bernardini [surgé] d'empêcher les élèves d'y fumer pendant la récréation...
On le reçoit l'inspecteur, on lui désigne la jolie table qu'on lui a réservée, avec la jolie chaise, on l'a entouré des meilleurs élèves, on lui porte soi-même le cahier de textes de la classe... On est lamentable, larvesque. Au lieu de lui loger une bastos dans les entrailles, on le reçoit, tapis rouge, trouille au cul, et on se chie dessus pendant une heure, devant les élèves! La honte! Un prof, c'est lâche, ça ne tirera jamais sur un inspecteur. L'inspecteur le sait. C'est pour ça qu'il vient...

Un livre à la fois drôle et impressionnant de maestria stylistique que je conseille à tous les amateurs non-puritains de bons mots et de belles formules.

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dimanche 19 septembre 2010

"Thornytorinx" de Camille de Peretti

thornitorinxL'histoire: Depuis toujours, Camille est une princesse.
Elle doit donc avoir de jolies robes (traduisez: faire du shopping), être intelligente (comprenez intégrer une grande école de commerce) et être toujours la plus belle (en d'autres termes être mince). Elle s'attelle consciencieusement à la tâche et, à vingt ans, c'est une élève brillante, élégante, et une véritable brindille de 50 kilos pour 1 mètre 70. Mais lorsque ses études l'éloignent de ses rêves, que son coeur s'enflamme pour un beau ténébreux et que son poids commence à fluctuer, rien ne va plus.
Son recours? Se faire vomir, systématiquement, jusqu'à l'obsession: Camille est devenue une boulimique anorexique. Seulement, les princesses ne sont pas malades, et pour l'ex-petite fille modèle va alors commencer un long et tortueux combat...

La critique Nelfesque: "Thornytorinx" est un livre très court, 152 pages seulement, mais c'est bien assez pour ressentir le mal être de Camille. Cette jeune fille, élève d'une haute école de commerce, a des problèmes psychologiques concernant son poids depuis plusieurs années. Le long de ces 152 pages, on assiste à son premier vomissement, sa première délivrance, sa première purge. On comprend ce qui se passe dans la tête d'une anorexique boulimique et on la comprend.

Ce livre de Camille de Peretti est un roman à consonance autobiographique. Oui, cette très jolie fille, dont la plastique ferait pâlir de jalousie 80% de la gente féminine, s'est trouvée moche, grosse, n'était pas sûre d'elle et a sombré dans la maladie. Elle sait donc bien de quoi elle parle et quand le personnage principal, Camille, nous expose son malaise, cela sonne horriblement vrai.

Dans ce roman, non content d'être mal dans sa peau et d'avoir besoin de se faire vomir pour se sentir bien, Camille oscille entre bien-être et sentiment de honte, honte d'être comme elle est, honte de devoir mentir et de dissimuler ses agissements à ses proches, ses amis, sa famille. Le ton se veut alors agressif et interpelle le lecteur. On se prend alors en pleine face, tels des uppercuts, les pensées de Camille avec des mots durs et crus. Il faut bien appeller un chat un chat quand on veut guérir! Le début du roman donne le ton: "J'ai vomi partout. Partout où j'ai pu. Autant que j'ai pu. N'importe où, n'importe quoi, n'importe quand. J'ai vomi avec mon index et mon majeur agrippés au fond de ma gorge. J'ai vomi à Paris et à Londres, j'ai vomi à Tokyo. J'ai vomi au réveil, sous le soleil et sous la pluie. En plein jour. Je me suis relevée jusque tard dans la nuit pour vomir. J'ai vomi dans les toilettes de la maison de ma mère, dans les toilettes des appartements de mes copines, dans celles de mon école et dans celles des boîtes de nuit. Puis les toilettes elles-mêmes sont devenues obsolètes. Alors j'ai vomi partout. Dans les rues." Mieux vaut donc avoir le coeur bien accroché ou ne pas être une petite nature...

Camille n'aime pas sa vie mais ne fait rien pour arranger les choses. Elle se laisse porter par l'existence, spectatrice de son destin. Elle n'aime pas les chiffres mais fait une haute école de commerce. Elle n'aime pas être enfermée dans un bureau à lire des journaux spécialisés dans les finances mais choisi de faire son stage dans une très grande banque parisienne. On a alors envie de la secouer, de lui mettre des baffes, de lui dire de vivre sa vie, d'arrêter de se prendre pour une princesse qui doit paraître et d'enfin être ce qu'elle veut être! Quand elle ne pèse plus que 39kg, on s'inquiète pour elle. Oui, je me suis inquiétée pour cette fille qui sous certains aspects ressemble à beaucoup de femmes. Jeune, belle, tonique, elle n'a pas le droit à l'erreur, elle se met la pression toute seule. Rajoutez à cela une mère qui toute sa vie a été focalisé sur son poids et vous aurez le cocktail détonnant d'une jeune adulte paumée.

Comment se termine l'histoire? Je vous invite à le découvrir avec ce livre court mais intense. Au final ce n'est pas de la pitié que l'on ressent pour Camille mais une très grande empathie. Les bien-pensants adeptes du "quand on veut, on peut" ne s'en remettront pas.

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vendredi 10 septembre 2010

"Les âmes grises" de Philippe Claudel

philippe_claudel_les_ames_grisesL'histoire: Elle ressemblait ainsi à une très jeune princesse de conte, aux lèvres bleuies et aux paupières blanches. Ses cheveux se mêlaient aux herbes roussies par les matins de gel et ses petites mains s'étaient fermées sur du vide. Il faisait si froid ce jour-là que les moustaches de tous se couvraient de neige à mesure qu'ils soufflaient l'air comme des taureaux. On battait la semelle pour faire revenir le sang dans les pieds. Dans le ciel, des oies balourdes traçaient des cercles. Elles semblaient avoir perdu leur route. Le soleil se tassait dans son manteau de brouillard qui peinait à s'effilocher. On n'entendait rien. Même les canons semblaient avoir gelé.
"C'est peut être enfin la paix... hasarda Grosspeil"
- La paix mon os!" lui lança son collègue qui rabattit la laine trempée sur le corps de la fillette.

La critique Nelfesque: Wahou! Quelle lecture! Je ne connaissais Philippe Claudel que de nom, sans avoir jamais lu un seul de ses livres. Que de temps perdu me dis-je après avoir refermé celui-ci.

Une écriture simple mais tellement belle, tout en finesse et en poésie. Des phrases courtes, visant le coeur du lecture. Je ne suis pas une sentimentale et ce livre m'a mis les larmes aux yeux. Bravo pour l'exploit! J'ai lu les 10 dernières lignes en les vivant et la dernière m'a achevée. Autant vous prévenir qu'il vaut mieux être en forme pour lire ce livre. Si vous vous sentez déprimés ou si vous êtes dépressifs, remettez le à plus tard. Il en va de votre santé mentale!

Le narrateur est le policier chargé de l'Affaire, celle du meurtre de la fille cadette du propriétaire du restaurant du village. L'histoire se passe en pleine Première Guerre Mondiale, à quelques kilomètres du front. Qui a tué Belle? Voici le fond de l'histoire. Toutefois ce meurtre est "prétexte" à dépeindre une ambiance, une époque, celle d'une période difficile de l'Histoire, à présenter des personnages tous plus touchants les uns que les autres, du Procureur qui a perdu sa femme il y a plusieurs dizaines d'années, à l'institutrice, étrangère au village mais qui est tellement aimée ici, en passant par l'idiot du village qui a une tendresse particulière pour cette dernière. Le narrateur, qui tient à bout de bras la trame de l'histoire, n'est pas en reste avec un vécu touchant et un "combat ordinaire" des plus poignants. Avec lui, nous abordons les questions de la mort, de l'honnêteté, de la souffrance, de l'illusion, de l'injustice, de tout ce qui fait la vie de chacun, avec pudeur et simplicité. Des réflexions d'une telle évidence que nous ne pouvons qu'adhérer et nous interroger sur le sens même de notre vie.

Au final savoir qui a tué Belle passe au second plan et quand la révélation arrive on se surprend à avoir oublié l'enquête, tellement happés que nous étions par les histoires personnelles de chacun et par leurs souffrances. Le verdict nous cueille et nous laisse coi. On ne s'y attendait pas à celle ci!

Je ne saurais que conseiller la lecture de ce livre. "Les âmes grises"  est une merveille. Beau, émouvant et tellement vrai. Des romans comme celui-ci, des auteurs d'un tel talent, j'aimerai en croiser plus souvent.

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mardi 17 août 2010

"L'araigne" d'Henri Troyat

araigneL'histoire: 1938. Un appartement bourgeois, place des Vosges. Gérard Fonsèque y vit avec sa mère et ses trois soeurs. Jeune homme maladif, il reste confiné dans sa chambre où il compte écrire un essai philosophique qui, bien sûr, sera le chef-d'oeuvre du siècle... En fait, il se complaît dans un délire hypocondriaque et exerce une subtile tyrannie sur ces quatre femmes qui sont tout son univers.

De toutes les forces de son amour, de son égoïsme et de sa jalousie, il refuse que ses soeurs se marient et utilise les ressources d'une imagination destructrice pour briser leur bonheur et les garder près de lui. En vain: peu à peu il voit sa propre vie s'effilocher et sera finalement vistime de la toile qu'il a patiemment tissée.

La critique Nelfesque: J'avais commencé ce roman avant de partir en Thaïlande. Je l'ai retrouvé à mon retour et l'ai terminé d'une traite.

Fonsèque est un homme malade, égoïste, manipulateur, sadique... Il réunit tous les défauts qui font d'une personne un être détestable. L'auteur amène, au fil des pages, divers éléments qui font qu'on ne puisse pas aimer ce personnage. Ses 3 soeurs et sa mère sont prisonnières de cet homme qui met tout en oeuvre pour les garder pour lui seul, égoïstement, sans se soucier de leur bonheur.

Et puis arrive un moment clé, je ne saurai dire lequel, c'est imperceptible, où on commence à s'attendrir pour Fonsèque. La machine s'inverse, on se rend compte qu'à travers son égoïsme, c'est de l'amour qu'il éprouve pour sa soeur cadette Marie-Claude. Jusqu'ici on croyait impensable que cet homme puisse ressentir de l'amour, autrement que pour lui même et doucement on commence à éprouver de la pitié pour lui.

Finalement, L'araigne est plus un roman sur la difficulté de vivre d'un homme, habitué à vivre entouré des femmes de sa vie et qui va les voir prendre leur envol les unes après les autres. Fonsèque n'a jamais su couper le cordon et a râté sa vie. Sa fin est sans surprise mais provoque une boule à l'estomac.

Très beau roman qui fait réfléchir sur la vie et qui nous rend plus indulgent avec les personnes qui ont du mal à grandir. A lire.

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