lundi 22 août 2011

"La vierge en bleu" de Tracy Chevalier

viergetracyL'histoire: Sud-ouest de la France, aujourd'hui.
Récemment arrivée des Etats-Unis avec son mari, Ella Turner a du mal à trouver sa place dans cette bourgade de province du sud-ouest de la France. S'y sentant seule et indésirable, elle entreprend des recherches sur ses ancêtres protestants qui eurent à fuir les persécutions. Elle est alors loin d'imaginer que cette quête va bouleverser sa vie.
Quatre siècles plus tôt, en pleine guerre de religion, Isabelle du Moulin, surnommée " La Rousse " en raison de sa flamboyante chevelure, risque un procès en sorcellerie pour le culte qu'elle voue à la Vierge Marie. Cependant, l'enfant qu'elle porte ne lui laisse d'autre choix que d'entrer dans l'intolérante famille des Tournier qui a embrassé la Réforme.
Séparées par des générations mais unies par un mystérieux héritage, Ella et Isabelle vont renouer les fils du temps à deux voix.

La critique Nelfesque: L'an dernier, j'ai participé à un concours sur le net et j'avais remporté l'intégrale des romans de Tracy Chevalier disponible aux éditions de la Table Ronde. J'ai lu il y a quelques années son roman, "La jeune fille à la perle". J'avais beaucoup aimé l'écriture de cet auteur et avec tous ses romans à la maison, je n'avais que l'embarras du choix pour retenter l'expérience.

J'ai jeté mon dévolu sur "La vierge en bleu" qui me paraissait moins "classique" et en refermant le livre, je suis assez mitigée. On retrouve bien ici l'écriture de Tracy Chevalier, qui plonge le lecteur dans l'univers qu'elle décrit avec brio. C'est avec plaisir que l'on reprend sa lecture tant l'écriture est belle et riche. Là où je suis un peu plus circonspecte c'est sur l'histoire en elle même. Il n'y a pas vraiment de surprise, le lecteur s'attend sans cesse à ce qui va se passer dans les pages suivantes. Certes la surprise n'est pas forcément le sentiment que l'on s'apprête à ressentir quand on lit un roman de cet auteur mais là, on tombe dans une monotonie qui pourrait lasser si le roman dépassait les 300 pages.

Chapitre après chapitre, nous alternons entre l'histoire d'Ella, jeune américaine nouvellement arrivée en France et qui cherche à s'intégrer dans ce pays qu'elle aime intimement et celle d'Isabelle, jeune femme traquée et mal aimée parce qu'elle est rousse à une époque où cette couleur de cheveux s'apparentait à de la sorcellerie. L'histoire d'Isabelle est très prennante, les évènements de sa vie sont passionnant et effrayant à la fois par leur dureté. Peu à peu ces deux histoires vont se rejoindre et ne faire qu'une. Là aussi j'ai un peu tiquée... c'est un peu trop téléphoné à mon goût comme je le disais précédemment.

Mais ce qui m'a le plus déplu c'est la relation qu'entretient Ella avec le bibliothécaire du village, Jean-Paul. Je ne suis pas friande des histoires d'aldultère et les sentiments qu'ils développent peu à peu l'un pour l'autre m'ont mise mal à l'aise.

Hormis ces quelques points et pour l'histoire d'Ella qui va tout le long de sa vie vivre un véritable enfer, je conseillerai cette lecture. Tracy Chevalier sait décrire les situations et les paysages comme personne et c'est toujours un plaisir de se plonger dans une de ses oeuvres.

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dimanche 7 août 2011

"Un milliard et des poussières" de Bertrand Latour

9782253129097-GL'histoire: Jules est chauffeur de limousine pour le plus grand hôtel du monde. Au volant de Mercedes rutilantes, il conduit grands patrons, call-girls, nouveaux Russes, chefs de guerre ou simples milliardaires en vacances. Toujours discret, toujours charmant, toujours disponible, il assiste aux premières loges - mais en spectateur aux fins de mois difficiles - à la vie des très riches. Il recueille leurs confidences et, surtout, attend leurs billets. Car Jules est en guerre. Avec ses collègues pour récolter le maximum de pourboires. Avec Paula, la femme qu’il aime, à qui il veut offrir une vie de milliardaire.

La critique Nelfesque: Voici un bon roman d’été. Même si dehors le temps est plus celui de la Toussaint, en s’enfermant dans une pièce avec le chauffage à fond et en mettant des lunettes de soleil, on se croirait presque à la plage…

Dans ce roman de Bertrand Latour, ancien chauffeur de maître et qui sait donc de quoi il parle, on croise Carla Bruni (période pré-Sarkozy), Kate Moss, Pete Doherty, des milliardaires "inconnus" pour le grand public, des "femmes de ...", des personnages sortis tout droit d’un roman de Beigbeder empestant l’alcool, s’en mettant dans le nez et fréquentant les partouzes chics parisiennes (si si ça existe les partouzes chics). Mais c’est surtout Jules, Louis, Robert, Valentin, Kamel et Sergeï que nous côtoyons. Avec eux, on vit la vie d’un gars de la chauffe : les "dispo" à n’en plus finir pour que Madame fasse ses emplettes chez Dior et Vuiton ou pour que Monsieur se dévergonde dans les beaux quartiers, les "courtoisies", astreintes des chauffeurs en soirée pour des petits trajets, les horaires intenables et les conditions de travail de ces sbires de luxe pour un salaire de misère. Seul palliatif à la précarité: la course au pourboire. Celle ci s’installe entre collègues et devient un jeu. Pour l’obtenir, chacun à sa méthode, entre lèche bottes (Louboutin of course!) et chantage pour les plus coquins des clients (bien plus intéressant mais bien plus risqué), tous les moyens sont bons.

Les clients ont comme point commun d’être tous très fortunés. Ce n’est pas n’importe qui qui descend au Ritz (appelé ici le Palace)! Mais en matière de générosité, tous ne sont pas logés à la même enseigne. On peut aussi être radin quand on est milliardaire. En résulte des pensées et des réflexions souvent vulgaires mais très réalistes et très drôles. Des réactions somme toutes légitimes quand on songe au fossé qui existe entre les riches et ceux qui les servent.

Un roman sympathique donc qui nous plonge dans un univers bien loin de notre quotidien mais qui ne fait pas rêver pour autant, un monde de paraître et d’humiliations.

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mardi 5 juillet 2011

"Le coeur en dehors" de Samuel Benchetrit

coeurL'histoire:

Tu sais Charly, il faut aimer dans la vie,
beaucoup... Ne jamais avoir peur
de trop aimer. C'est ça, le courage.
Ne sois jamais égoïste avec ton coeur.
S'il est rempli d'amour, alors montre-le.
Sors-le de toi et montre-le au monde.
Il n'y a pas assez de coeur courageux.
Il n'y a pas assez de coeurs en dehors...
                                                                    S.B

La critique de Mr K: Retour en banlieue pour moi, cinq ans après mon retour en Bretagne après mutation. Dans ce petit livre de 248 pages, on suit Charly, un gamin de dix ans, d'origine malienne qui vit dans une cité de banlieue. Au tout début, il assiste à l'arrestation de sa mère par la police et il part à la recherche d'Henry, son frère toxico, pour démêler la situation (on ne saura qu'à la fin le pourquoi du comment). Derrière ce postulat, on se rend vite compte que l'auteur a deux objectifs à travers cet ouvrage: raconter une histoire et décrire la vie en cité.

Pari réussi tant on s'accroche aux personnages dès le début. Charly Traoré est intéressant, émouvant et à 10000 lieues des clichés véhiculés par les médias sur les ados de cité. On ne tombe pas pour autant dans la vision naïve et idyllique de la banlieue mais on a un regard neutre, un regard d'enfant encore innocent dans un monde rude, parfois sordide où la misère côtoie la misère et entraîne certains sur de mauvais chemins. C'est avec un mélange de curiosité et d'appréhension que nous suivons les déambulations de Charly dans son quartier. On se rend compte très vite de l'attachement très fort qui le lie à sa mère qui est encore toute sa vie, on rencontre sa petite-copine, on croise son frère Henry lors d'une scène mémorable et émouvante à souhait (passage sur le terril vers la fin du roman), on passe voir les employeurs de sa mère (un couple de personnes âgées vivant dans un quartier pavillonnaire), on goûte à son amour des bons mots et tout particulièrement Rimbaud... Comme écrit en quatrième de couverture, il y a du Petit Nicolas dans ce livre.

Tout cela est raconté dans un style oralisé familier. Cela se lit donc très facilement et les pages se tournent rapidement. Petit reproche, on a du mal à se dire qu'un môme tel que Charly puisse raisonner de cette matière avec un tel vocabulaire. On sent que c'est un adulte qui s'imagine enfant et du coup, l'ouvrage perd en crédibilité. Reste une histoire puissante qui m'a fait penser au Gône du Chaâba d'Azouz Begag que j'avais dévoré il y a quelques temps déjà. L'humour est aussi présent malgré la chape de plomb qui englobe de plus en plus le livre durant son déroulement (la scène du repas chez les Roland est à se tordre). La révélation sonne comme une sentence. On referme le livre avec le cœur bien remué et un léger mal de bide qui nous rappelle combien on est chanceux par rapport à d'autres dans la vie et nous incite à exercer notre devoir de vigilance contre la discrimination et le populisme d'extrême droite.

Une bonne lecture entre mélancolie et espoir. Peut-être pas le chef d'œuvre absolu mais de bien belles pages à parcourir en compagnie du petit Charly.

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mardi 28 juin 2011

"Une vie française" de Jean-Paul Dubois

viefrancaiseL'histoire: Petit-fils de berger pyrénéen, fils d'une correctrice de presse et d'un concessionnaire Simca à Toulouse, Paul Blick est d'abord un enfant de la Ve République. L'histoire de sa vie se confond avec celle d'une France qui crut à de Gaulle après 58 et à Pompidou après 68, s'offrit à Giscard avant de porter Mitterrand au pouvoir, pour se jeter finalement dans les bras de Chirac. Et Paul, dans tout ça? Après avoir découvert, comme il se doit, les joies de la différence dans le lit d'une petite Anglaise, il fait de vagues études, devient journaliste sportif et épouse Anna, la fille de son patron. Brillante chef d'entreprise, adepte d'Adam Smith et de la croissance à deux chiffres, celle-ci lui abandonne le terrain domestique. Devenu papa poule, Paul n'en mène pas moins une vie érotique aussi intense que secrète et se passionne pour les arbres, qu'il sait photographier comme personne.

La critique Nelfesque: Rien de fabuleux ou d'extraordinaire dans la vie de Paul Blick. Petit-fils de berger pyrénéen, fils d'une correctrice de presse et d'un concessionnaire Simca à Toulouse, il mène sa vie comme tout un chacun et traverse le temps avec une banalité folle. Sa vie est similaire à la vie de Mr Tout-le-monde, elle est faite de bons et de mauvais moments, de grandes joies, de petites tendresses et de peine. "Une vie française" est avant tout une chronique de vie ordinaire.

L'originalité de ce roman vient du fait que l'auteur, Jean-Paul Dubois, a profité de ce récit pour insérer des moments clés de l'Histoire et de la politique française sous la Vème République. Les chapitres ne sont pas désignés comme "Enfance / Adolescence / Age adulte ..." ou "Premier amour / premier chagrin / premier enfant ..." mais par le noms des différents présidents de la république qui se sont succédés de 1958 aux années 2000, "Charles de Gaulle / Alain Poher (intérim à deux reprises) / Georges Pompidou / Valéry Giscard d'Estaing/ François Mitterrand / Jacques Chirac", et servent de points de repère dans l'histoire.

Sans le vouloir, sans y prêter forcément un intérêt fort, la vie de Paul est marquée par la politique de son pays. Sa vie, ses choix, s'inscrivent dans une époque et les décisions politiques influent sur le quotidien de ce personnage. Suivre la vie d'un homme à travers l'Histoire de son époque apporte une dimension autre à la lecture et montre qu'un homme lambda ne vivra pas de la même manière et ne fera pas les mêmes choix suivant qu'il soit né à tel ou tel moment. Même si le schéma de vie est banal, l'époque tient une place importante dans le développement personnel de chacun.

On suit donc la vie de Paul Blick: son enfance avec la perte de son frère ainé, Victor, son adolescence et l'obtention de son bac, la découverte de la sexualité, ses études supérieures, son groupe de jazz avec ses potes colocataires, la rencontre avec la femme de sa vie, son mariage, la venue de son premier enfant puis de son second, sa vie professionnelle... Une vie ordinaire, "Une vie française". On est touché par cette vie, par ces interrogations et on dévore ce roman semblable à une grande fresque offrant tour à tour des espoirs et des désillusions.

Au final, j'ai été très émue par ce récit. J'aime beaucoup ce genre d'histoire et ce traitement particulier a donné un petit plus à ma lecture. Cette vie, à travers le temps, sans rien de particulier et toute simple, est, sous la plume de Dubois, du petit lait à boire. En prenant le parti de se référer aux différents présidents de la république française pour structurer son récit et à des évènements publics qui jalonnent les évènement privés du personnage principal, l'auteur nous livre un roman atypique et judicieux. A lire!

A lire aussi du même auteur: "Vous plaisantez Mr Tanner".

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samedi 25 juin 2011

"Allumer le chat" de Barbara Constantine

Allumer-le-chatL'histoire: Bastos, le chat philosophe et pédant, parvient à échapper au fusil de Raymond. N'empêche qu'il le nargue ce chat! Et il faut encore s'occuper du môme, un peu nul en foot, qui n'a rien trouvé de mieux que de choper de l'eczéma sur le visage... Sans compter son imbécile de père qui se fait encastrer par un cerf de deux cents kilos. Il y a franchement de quoi devenir allumé dans cette famille!

La critique Nelfesque: J'ai été un peu déçue par ce roman. Peut-être en attendais-je trop? Peut-être avais-je lu trop d'articles positifs? Voici des mois que je l'avais noté et Mr K me l'a offert pour mon anniversaire. Toute contente, je me suis plongée dans cette lecture et j'en suis ressortie avec un petit "ah bon? c'est tout!?".

J'ai trouvé ce roman sympa mais sans plus. L'idée de vouloir buter le chat à longueur de pages comme le laissait entendre la 4ème de couverture et le titre me plaisait bien (ça c'est dû à mon appartenance au CCC) mais le chat est finalement un personnage bien secondaire dans ce roman. "Allumer le chat" se lit très facilement et très rapidement, c'est un bon roman pour qui veut lire un bouquin frais et léger qui ne prend pas la tête mais je n'ai pas complètement adhéré à l'écriture de l'auteur (qui semble écrire comme elle parle) et à l'histoire de cette famille entre les "deschiens" et les participants de "Confessions intimes".

Pour aimer un roman, j'ai besoin que l'histoire me touche et/ou que l'écriture m'interpelle et là il faut bien l'avouer, ça ne casse pas des briques. Certains passages sont toutefois très drôles et je pense que j'aurai mieux fait de me réserver cette lecture pour cet été. Je conseillerai d'ailleurs sans doute ce roman à qui veut se bronzer sur la plage avec quelque chose de drôle entre les mains. Barbara Constantine part dans un vrai délire où les évènements farfelus se succèdent. Les personnages sont des gentils "ratés" que la vie n'a pas épargnés et nous les suivons dans pas moins de 70 chapitres. 70 chapitres en 256 pages, vous vous imaginez bien que c'est du concentré! Mais 70 chapitres c'est long et ce qui était amusant au début se retrouve lourd et lassant (notamment la prolifération de gros mots qui sans vouloir faire ma prude m'ont quelque peu agressé l'oeil).

Au final, "Allumer le chat" est un roman qui se lit rapidement mais qui tombe, à mon goût, bien vite dans la facilité. Je crois que j'avais mis beaucoup trop d'attente dans ce roman et mon enthousiasme est retombé comme un soufflé.

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samedi 18 juin 2011

"Rouge Brésil" de Jean-Christophe Rufin

rougebresilL'histoire: La conquête du Brésil par les Français est un des épisodes les plus extraordianires et les plus méconnus de la Renaissance.
Deux enfants, Just et Colombe, sont embarqués de force dans cette expédition pour servir d'interprètes auprès des tribus indiennes. Tout est démesuré dans cette aventure. Le cadre: la baie sauvage de Rio, encore livrée aux jungles et aux indiens cannibales. Les personnages – et d'abord le chevalier de Villegagnon, chef de cette expédition, nostalgique des croisades, pétri de culture antique. Les événements: le huis clos dramatique de cette France des Tropiques est une répétition générale, avec dix ans d'avance, des guerres de religion.

La critique de Mr K: Prix Goncourt 2001, ce livre a été une double révélation pour moi: la découverte d'un épisode oublié de l'histoire française (un bel échec!) et celle d'un auteur extrêmement talentueux. Oubliez les images d'Épinal qui sont liées aux lauréats de ce fameux prix, ici le récit est vivant, passionnant, le souffle épique et il est très difficile, voire impossible de refermer Rouge Brésil avant d'en avoir parcouru la dernière ligne.

Nous voilà plongés en pleine Renaissance, lors des voyages des grandes découvertes, au temps où les grandes puissances européennes cherchent à se partager le monde et à explorer les zones d'ombres des portulans. L'Église s'est séparée en deux mouvements bien différents (Catholiques et Protestants) et l'évangélisation des "sauvages" bat son plein. À l'aube des guerres des religions, nous suivons deux jeunes gens qui vont découvrir le nouveau monde, ici le Brésil si attractif pour ses bois précieux (d'où le titre) et si mystérieux et mystique de par les populations qui y habitent, des indiens cannibales aux mœurs aussi cruelles qu'en harmonie avec la nature.

Amateur devant l'Eternel de récits de voyage (Terreur de Dan Simmons dernièrement m'avait estomaqué), j'ai été servi. Le voyage en bateau est éprouvant car ultra-réaliste, moultes détails parsèment les chapitres qui lui sont consacrés sans pour autant tomber dans l'accumulation de détails indigestes. On y fait connaissance avec les deux jeunes orphelins qui vont devoir une fois sur place se mêler aux indigènes afin d'apprendre leurs mœurs et leurs langues: autant Just est l'incarnation du courage et de valeurs chevaleresques / courtoises, autant Colombe est le symbole de la curiosité et de l'écoute mutuelle possible entre les cultures. On suit leur évolution vers l'âge adulte entre espoirs et désillusions, dans un monde peuplé d'adultes tournés vers l'ivresse de la foi, de l'argent et de la gloire. Au premier rang de ceux-ci on trouve le chevalier de Villegagnon, représentant du roi de France fermement décidé à créer une nouvelle France et propager la foi catholique. Personnage ambigu, le lecteur oscille entre admiration et répulsion pour ce personnage historique ici romancé.

Une fois arrivée sur place, l'expédition prend position sur un îlot. Le huis clos marin cède la place au huis clos terrestre sur cet arpent de terre hostile où les conditions de vie sont hostiles pour ces européens perdus et affaiblis. C'est aussi le temps des premiers contacts avec les primitifs et pour Colombe ce sera la Révélation. À cette occasion, le roman prend la forme d'un récit d'initiation, l'auteur y écrivant ses plus belles pages sur la rencontre entre la jeune orpheline et la tribu habitant les rivages de la baie de Rio. Pendant ce temps là, les français s'entredéchirent sur l'îlot, entre protestants et catholiques le torchon brûle et les velléités de chacun éclatent au grand jour. La tension monte, rien ne nous est épargné, des passages sont rudes mais à aucun moment l'auteur ne tombe dans la facilité du manichéisme même s'il est clair que l'avidité et la soif de richesse dévore littéralement les colons. Il est intéressant dans ce livre de voir la vision qu'ont sans doute eu les primitifs sur ces diables blancs, ici ce point de vue est porté à notre connaissance sans pathos mais aussi sans censure, bougrement réussi en tout cas!

On se laisse porter par l'écriture à la fois exigeante et légère de Ruffin. Les pages se tournent d'elles-mêmes et l'on est tout surpris d'être arrivé à la fin. Attention à l'addiction car ici elle est quasiment instantanée! Une excellente lecture que je ne saurais que trop vous recommander!

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jeudi 16 juin 2011

"Si tu savais..." de Richard Plourde

situsavaisL'histoire: "Il progressait d'un pas assuré. La neige fine cédait immédiatement sous son poids et laissait une trace solitaire. Son corps s'arrêta aux feux de circulation à l'intersection de l'avenue Decelles. Ses yeux attendaient le feu vert pour redonner le signal aux jambes de poursuivre. Bill ressentit soudainement une très brève, mais intense sensation d'étourdissement et fut brusquement sommé de répondre à une alerte interne. Ses yeux avaient fait appel au cerveau afin d'exiger son attention immédiate. Quelque chose d'important semblait alerter sa vigilance. Bill ignorait complètement que dans 3.2 secondes, sa vie ne serait plus jamais la même."
Inspiré du courage et de la détermination d'un enfant et de sa famille face à la maladie, ce roman relate les péripéties d'un jeune étudiant qui, en route pour l'université, est, bien malgré lui, plongé dans son futur. Il deviendra alors témoin de ce que l'avenir lui réserve. A la suite d'aventures parfois palpitantes, tantôt émouvantes et, à l'occasion, cocasses, il finira par être devant un choix capital... Choisira-t-il de mettre cet enfant au monde?

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La critique Nelfesque: Il y a quelques mois, j'ai été contacté par mail par Richard Plourde qui souhaitait soumettre son roman, "Si tu savais...", à ma "critique". Ravie par cette proposition et après avoir lu la 4ème de couv' accrocheuse, je l'ai accepté et c'est un roman en provenance directe du Canada qui est arrivé dans ma boîte aux lettres un beau matin.

Il m'est aujourd'hui délicat de donner un avis négatif sur ce roman, suite à la démarche spontanée et généreuse de Mr Plourde mais c'est un fait: je n'ai pas vraiment apprécié ma lecture de "Si tu savais...". Il y a plusieurs raisons à celà. La première est que la quatrième de couverture aux accents SF n'est qu'un prétexte à parler avant tout de la maladie de Gabriel. Les détails sur les traitements médicaux et les effets indésirables de la maladie sont étalés sans pudeur. Je comprends le besoin qu'a ressenti l'auteur de coucher sur papier son histoire, la dure épreuve qu'a vécu sa famille et son petit garçon (le fils de Richard Plourde a fait une rechute et a subi une greffe de moëlle osseuse) mais quand je me détends avec un roman ce n'est pas un essai sur la leucémie que je souhaite lire.

Mais l'aspect qui m'a le plus déplu et qui m'a vraiment agacée (non, le mot n'est pas trop fort), c'est  les références omniprésentes à la religion. Si l'on se met à comptabiliser toutes les références au Christ, à la Vierge Marie, au Destin et même à Moïse (!!!), on est vraiment surpris. Certes la Foi prend une place importante dans les moments difficiles pour les personnes croyantes (ce n'est pas ça que je remets en cause et je le conçois tout à fait) mais en lisant ces pages, j'avais plus l'impression de lire un prêche de pasteur qu'un véritable roman. Mr Plourde chercherait-il à évangéliser avec son roman qu'il distribue à la blogosphère?

Je crois que la référence à Moïse, arrivant comme un cheveux sur la soupe, a été la goutte d'eau à la page 141:
"- Lise. Je comprends ta déception, mais tu es beaucoup trop dure à ton égard et trop sévère envers cette providence que tu assailles à tort. Tu oublies que, sans Moïse, le peuple n'aurait jamais atteint la terre promise. Ne m'as-tu pas déjà parlé de ces vieilles âmes, sans dette karmique, qui ne choisissent de se réincarner que pour aider et soutenir de pauvres jeunes âmes comme la mienne? Le club élite que tu rêves d'atteindre, tu en fais déjà partie. Tu n'as pas à entrer dans la terre promise, tu y habites déjà."

Mouais...

Avec tout ça, je vous laisse imaginer la réponse à la question posée dans la quatrième de couverture...

Je ne suis pas anticléricale, je suis moi même croyante, mais je n'ai vraiment pas aimé cette atmosphère emplie de bons sentiments et de bondieuseries. Pire que cela, cela m'a entravée dans ma lecture et finalement je ne ressors pas si touchée que ça par ce roman, me sentant bien plus prise en otage que simple lectrice. Même si j'ai été jusqu'au bout de ma lecture, je n'en suis pas ressortie émue. Un bon gros flop.

samedi 11 juin 2011

"Monsieur Jean, l'amour, la concierge" de Dupuy - Berberian

jeanL'histoire: Monsieur Jean approche de la trentaine. Il vit seul dans son appartement, où il écrit, et reçoit régulièrement des amis ou des conquêtes d'un soir. Il n'entretient pas franchement les meilleures relations du monde avec sa concierge, qui lui lance des regards noirs lorsqu'il sort sans être rasé et qui lui bloque son courrier pour se venger des remarques assassines lancées par Félix. Félix est un ami de Jean. Enfin, un ami... un type avec lequel Jean a des souvenirs communs et qui profite de sa gentillesse. Et puis il y a Chantal, une ex que Jean croise au musée. Ou encore une jolie blonde qui fait un sondage dans un supermarché. Sans parler de ce producteur qui invite Jean dans sa propriété pour lui soumettre un projet de scénario.

En clair, Jean vit, donc rencontre des gens.

La critique de Mr K: C'est encore une fois le hasard qui m'a replongé dans le passé. En effet, je pratiquais assidûment Monsieur Jean dans les années 90 lors de mes années lycée, la documentaliste étant amatrice des aventures de cet apprenti écrivain (du moins dans ce tome 1). Le présent volume m'attendait bien sagement dans un hangar d'une association pour la réinsertion d'anciens détenus.

Ce premier tome nous permet de faire connaissance avec Monsieur Jean. Récemment remarqué lors de la saison littéraire, il vit seul dans son appartement. Au cours de huit "historiettes" et 4 / 5 strips, on est témoin de ses rapports compliqués avec sa chère concierge (archétype de la commère chiante et envahissante, à l'inverse de Renée dans "L'élégance du hérisson"). Il retombe par hasard lors d'une exposition sur son ex qui a beaucoup compté pour lui et qui depuis s'est recasée. On assiste à sa recherche désespérée de potes disponibles pour une soirée que Monsieur Jean finira par passer chez ses parents, à une rencontre foudroyante au supermarché, à la garde d'un tigre de salon (au sens propre vu la teigne de félin que son pote lui refile à garder). On croise aussi Félix son meilleur ami toujours à la ramasse et qui s'incruste chez lui...

Les dessins sont sympathiques et plutôt originaux, on reconnaît de suite un volume de Monsieur Jean. Le ton est plaisant; l'humour léger issue de scènes quotidiennes et habituelles... On se reconnaît facilement dans certaines situations car c'est une vie ordinaire avec ses hauts et ses bas qui nous est montrée ici. On passe un chouette moment et j'ai retrouvé le même plaisir qu'à mes 16 ans. L'ensemble n'a pas vieilli et l'humour fait toujours mouche. Une série vraiment à découvrir si vous ne la connaissez pas.

Mais celle qui en parle le mieux, c'est encore sa concierge: "Monsieur Jean? Ah celui là! On se demande ce qu'il fait de ses journées..." (Paulette Poulbot, gardienne d'immeuble).

mardi 7 juin 2011

"Baby-foot" de Joseph Joffo

baby-footL'histoire: Baby-Foot est la suite d' Un sac de billes, le roman du petit Jo, devenu adolescent, dans le Paris et la France de la Libération. Une époque étrange pour un jeune garçon, où se mêlent la joie de la liberté retrouvée, le temps du marché noir et des trafics en tous genres, la découverte du Nouveau Monde et des Américains, l'anxiété d'avoir le certificat d'études à passer.

La critique de Mr K: Retour dans l'univers de Joseph Joffo quelques mois après ma relecture enthousiasmante d'Un sac de billes. La guerre est passée et l'on retrouve le petit Jo qui a bien grandi depuis et s'apprête à passer son certificat d'étude. Le papa n'est jamais rentré de son emprisonnement et c'est une période de doutes et de choix difficiles qui s'ouvre devant le jeune adolescent.

On retrouve le grand frère Henry qui s'affaire dans son salon de coiffure, figure protectrice qui remplace le père disparu dont l'autorité pèse parfois un peu trop sur son jeune frère en pleine révolte adolescente (il verrait bien le cadet le seconder à la boutique). La mère est aussi omniprésente dans ce livre, une mère rassurante et aimante qui sent bien que son fils lui échappe, une mère que les épreuves endurées ont vieilli prématurément et qui ne souhaite qu'une chose: la réussite de Jo. Il y a les copains, archétypes des titis parisiens si joliment représentés par Doisneau dans ses photos immortelles.

Et puis évidemment, il y a Jo. On retrouve sa malice et son indéfectible désir de vivre sa vie en jeune homme libre. Il se fiche un peu de son certif et ne veut à aucun prix devenir coiffeur. Il multiplie les rêves mais aussi les désillusions. Il s'intéresse à la boxe qu'il va pratiquer puis abandonner, se rendant compte qu'il n'est pas fait pour cela (la scène du match est un monument de narration et d'émotion pure). C'est un week-end en autostop et la découverte de la vie des nomades (les jeunes partent voir l'oncle d'un d'entre eux, tsigane installé avec sa communauté aux alentours de Marseille -haut lieu de tension pour le jeune Jo dans Un sac de billes-). Il y a aussi pour lui et ses amis la fascination qu'exercent sur eux les GI américains qui ont libéré le pays et l'Amérique si proche et si lointaine à la fois, riche de promesses. Il y a aussi les petits trafics de l'après guerre et les plans foireux propre à cet âge aussi attendrissant qu'exaspérant qu'est l'adolescence.

Remarquable chronique d'une adolescence dans le monde de l'après guerre, on retrouve dans Baby-foot tout le talent de Joseph Joffo pour dépeindre l'Histoire et ses tourments, sa concision et sa franchise dans la description des personnages et la délicatesse qu'il met dans la peinture des sentiments, une émotion simple à l'état brut. Une très belle lecture que je recommande chaudement.

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samedi 28 mai 2011

"Saga" de Tonino Benacquista

sagaL'histoire: Nous étions quatre: Louis avait usé sa vie à Cinecittà, Jérôme voulait conquérir Hollywood, Mathilde avait écrit en vain trente-deux romans d'amour, et moi, Marco, j'aurais fait n'importe quoi (mais n'importe quoi!) pour devenir scénariste. Même écrire un feuilleton que personne ne verrait jamais. "Saga", c'était le titre.

La critique Nelfesque: J'ai découvert Benacquista il y a plusieurs années avec "La boîte noire et autres nouvelles" qu'un ami m'avait prêté. Séduite par le style de l'auteur je m'étais toujours dit que je poursuivrai dans la lecture de son oeuvre mais le temps a passé... En tombant sur "Saga" (non je ne me suis pas fait mal...), la quatrième de couverture m'a plu et c'était le moment de retenter l'expérience.

Quel bonheur que la lecture de"Saga"! Je conseille vivement ce roman à qui aime rire jaune et aux esprits critiques sur la société qui nous entoure. Benacquista met les pieds dans le plat avec talent et ce roman est surprenant.

Par le biais de situations délirantes, l'auteur nous met sous le nez notre quotidien télévisuel à vomir. Les quatres protagonistes de cette histoire sont des loosers de l'écriture. Il se sont fait spolier, plagier, sont restés dans l'ombre de nombreuses années mais sont des plus talentueux. Avec la liberté que leur offre la diffusion de leur saga à 4 heures du matin, ils s'autorisent un ton décalé et des aventures loufdingues. Alors que personne ne pouvait s'y attendre, ce "Plus belle la vie" sous acide va envoûter les insomniaques et gravir peu à peu les échelles de la programmation, jusqu'à se retrouver en prime-time. "Saga" prend alors une place importante dans la vie des téléspectateurs et avec elle, les auteurs tiennent leur revanche. Pourquoi ne pas en profiter pour faire sauter le système et ouvrir les yeux à cette masse de cerveaux disponibles?

Terriblement d'actualité et en même temps très drôle, Benacquista nous montre qu'il ne faut pas tout avaler, même si c'est "vu à la TV" (surtout si c'est "vu à la TV"!), et que les plus forts ne sont pas forcément ceux qu'on croit. D'une justesse et d'une plume endiablée, cet écrit devrait être inscrit dans les programmes scolaires! A lire d'urgence!

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