jeudi 25 novembre 2010

"Vol de nuit" d'Antoine Saint-Exupéry

Saint_Exupery_Vol_de_nuit_FolioL'histoire: Ainsi les trois avions postaux de la Patagonie, du Chili et du Paraguay revenaient du sud, de l'ouest et du nord vers Buenos Aires. On y attendait leur chargement pour donner le départ, vers minuit, à l'avion d'Europe.

Trois pilotes, chacun à l'arrière d'un capot lourd comme un chaland, perdus dans la nuit, méditaient leur vol, et, vers la ville immense, descendraient lentement de leur ciel d'orage ou de paix, comme d'étranges paysans descendent de leurs montagnes.

Rivière, responsable du réseau entier, se promenait de long en large sur le terrain d'atterrissage de Buenos Aires. Il demeurait silencieux car, jusqu'à l'arrivée des trois avions, cette journée, pour lui, restait redoutable...

La critique de Mr K: Une belle lecture de plus à mon actif. Dans cet ouvrage, Saint-Exupéry nous raconte le vol d'un pilote en perdition dans la nuit, dans un orage au dessus de la Cordillère des Andes. C'est aussi la description de l'angoisse qui taraude ceux qui restent au sol: femme, supérieur hiérarchique et collaborateurs. La peinture est réaliste à l'extrême vu qu'une fois de plus, l'auteur ne fait que peindre sa propre vie. Quand en 1931, "Vol de nuit" est édité, cela fait deux ans qu'il est le directeur de l'Aéroposte Argentina. Rappelons aussi qu'il est pilote de métier et qu'il est donc aux premières loges pour décrire avec précision les bonheurs et affres de ce métier si particulier.

Ce livre est curieux. Ce n'est pas un simple roman. Certes, nous suivons un événement et ses conséquences mais à travers ce récit, l'auteur s'adonne à la méditation, à une réflexion sur ce que peut être le bonheur pour l'Homme. La liberté? Le devoir? Des questions qui traversent toutes ses oeuvres ayant pour thème l'aviation. Ce sont aussi des vertus qui apparaissent comme cardinales pour ce poète de l'action comme certains l'ont appelé: la fidèlité, l'amitié, la parole donnée, le sens du devoir, l'épanouissement par le dépassement de soi... On se prend à réfléchir avec lui, à plusieurs centaines de milliers de pieds au dessus de paysages extraordinaires, le vent fouettant notre visage et le danger pouvant survenir à n'importe quel moment.

C'est un livre qui vous transporte par son style poétique et évocateur, style si propre à cet auteur dont nombre de personnes ne retiennent que l'emblématique "Petit Prince". Dommage, car le reste de son oeuvre mérite d'être redécouverte tant elle a pu marquer une génération, celle des jeunes gens de l'entre-deux-guerres, de nos aïeux. Une écriture qui nous berce, des idéaux nobles mais non moralisateurs... beaucoup de choses qui font défaut dans notre période actuelle marquée du sceau de la consommation et de l'éphémère. Un livre poignant et optimiste à la fois, un petit bonheur de 188 pages dont il serait dommage de se priver!

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samedi 20 novembre 2010

"Les fleurs d'Hiroshima" d'Édita Morris

hiroshimaL'histoire: Nos voix ne sont que des murmures et nous chantons ces complaintes qui nous sont si chères. [...] C'est avec toute notre passion que nous lançons ce cri du coeur: "Jamais plus Hiroshima!" - Comme nous nous sentons proches les uns des autres! Nous sommes une espèce à part.

Yuka a 30 ans. Elle et sa famille ont survécu à la bombe jetée sur Hiroshima quinze ans avant le début de cette histoire. Yuka fera tout pour que sa famille et ses proches aient une vie normale, même à l'arrivée de ce jeune Américain qui lui loue une chambre et qui a la joie de l'innocence.

C'est l'histoire simple de gens incapables d'oublier mais qui font preuve du courage immense des rescapés et des sacrifiés: celui de cacher au reste du monde leurs souffrances.

La critique de Mr K: Un pur chef d'oeuvre! Difficile de résumer en quelques phrases l'empreinte indélébile qu'un tel livre laisse dans votre coeur. C'est un livre difficile, d'une tristesse infinie où la pudeur toute japonaise de l'héroïne cache l'une des pires atrocité de l'histoire contemporaine: le largage de la bombe d'Hiroshima et ses conséquences sur la population.

Nous plongeons avec Sam-san (le locataire américain) au sein d'une famille de rescapés. Il y a tout d'abord la narratrice, Yuka, qui s'évertue à masquer les apparences pour protéger les siens et épargner leur invité car dans la culture japonaise ce dernier doit être traité avec tous les égards (l'hôte a un devoir quasi sacré de bien recevoir). Il y a Fumio son mari irradié tout comme elle qui rechute et qui irrémédiablement s'enfonce vers la mort. Ohatsu, jeune soeur de la narratrice à la sensibilité à fleur de peau, éperdument amoureuse d'Hiroo jeune homme de bonne famille. Et puis, il y a Sam, jeune américain idéaliste et naïf qui n'a aucune idée des secrets dissimulés dans cette maison et qui peu à peu, à force de faux pas et d'indiscrétions va découvrir un à un les traumatismes vécus par Yuka et les siens (le récit de la mort de sa mère lors du jour J est douloureux et pénible tant pour Yuka que pour nous lecteur-voyeur).

Au delà des souffrances morales et physiques que l'on découvre et vivons au fur et à mesure de notre lecture, ce qui marque le plus c'est l'ostracisme dont sont victimes les survivants de la bombe. Considérés comme des parias, ces hommes "radios-actifs" sont mis à l'écart du reste de la population et sont marqués du sceau de la honte, le souvenir de la défaite impériale de 1945. Ainsi, lors de l'introduction d'Ohatsu dans la maison de son amoureux Hiroo, sa "candidature" est rejetée par les parents du jeune homme qui la considère comme une pestiférée. En effet, les radiations même quinze ans après le bombardement, pourrissent encore les coeurs et les corps. La jeune fille ne sera jamais à 100% sûre de pouvoir enfanter ou du moins, mettre au monde un enfant dit "normal" sans déformations ou autres "défauts". Ce passage est rude à l'image de celui où le mari de Yuka doit retourner à l'hopital car la maladie se déclare à nouveau. Fumio tombe à terre lors d'une fête familiale et ne veut aucunement montrer à son invité occidental (américain de surcroît!) qu'il est en état de faiblesse, les visites à l'hopital de sa femme auxquelles nous assistons par la suite se révèlent de plus en plus épouvantables à suivre tant cette attitude pudique devient pesante. Les larmes ne sont pas loin...

L'écriture est simple, fine, légère et poétique à l'image de l'attitude de Yuka. Édita Morris ne verse jamais dans l'apitoiement ou le misérabilisme, la vie doit continuer malgré tout malgré cela. Petit à petit le voile se lève, l'émotion grandit, noue l'estomac et finit par nous achever par un dernier chapitre éprouvant. Pour ces raisons et bien d'autres que je n'ai pas évoqué, c'est un livre qu'il faut lire absolument car chaque lecteur, en partageant les douleurs et souffrances de cette famille, ne peut que garder en mémoire le bouquet de fleur évoqué dans le titre de l'ouvrage (déposé par Ohatsu chaque jour à un endroit bien précis de la rive du fleuve), symbole du souvenir de l'atrocité commise au nom de la guerre un certain 6 août 1945... Préparez vos mouchoirs, prenez une bonne inspiration et tentez l'expérience... vous en ressortirez changé(e) à jamais.

lundi 15 novembre 2010

"Les yeux jaunes des crocodiles" de Katherine Pancol

pancol L'histoire: Ce roman se passe à Paris.
Et pourtant on y croise des crocodiles.
Ce roman parle des hommes.
Et des femmes. Celles que nous sommes,
celles que nous voudrions être,
celles que nous ne serons jamais,
celles que nous deviendrons peut-être.
Ce roman est l'histoire d'un mensonge.
Mais aussi une histoire d'amours,
d'amitiés, de trahisons, d'argent, de rêves.
Ce roman est plein de rires et de larmes.
Ce roman, c'est la vie.

La critique Nelfesque: Au secours... Mais qu'est ce qu'il m'a pris d'ouvrir ce roman... Pourquoi ai-je succombé aux louanges glânés deci delà sur le net à propos de cet ouvrage et à la proposition de prêt de ma voisine qui tombait on ne peut mieux? Note pour l'avenir: NE JAMAIS ECOUTER LES AUTRES!!!

La lecture de ce roman de Pancol, "Les yeux jaunes des crocodiles", a eu un immense succès. Forcément ça interpelle. Savoir que ce roman a été acheté 3 fois, pour cause de perte, par tinmar's girlfriend, ça interpelle encore plus! Je me suis dit que ce livre devait être une vraie pépite et sa lecture allait peut être même changer ma vie! Et puis à défaut d'être une révolution, ce fut une vraie torture...

"Ce roman, c'est la vie" nous dit la 4ème de couv. Et bien oui tout à fait, c'est la vie et ça n'est que ça. J'aurai pris un immeuble au hasard dans n'importe quelle ville de France, j'aurai fait une étude sur une famille résidant dans un des appartements en cherchant à connaître tous les détails de sa vie, ses fréquentations, ses proches... je serais arrivée au même résultat. Un concentré de "Confessions intimes" et "Pascal le grand frère" saupoudré de "C'est quoi l'amour". Ouais, c'est ça, un mauvais téléfilm diffusé sur TF1 le dimanche après midi. Ca m'a rappelé une série TV quand j'étais petite,"La vengeance aux deux visages". Ca tombe bien il y était aussi question de crocodile!

Bon vous l'aurez compris, j'ai détesté ce roman. Je ne comprends pas le succès qu'il y a eu autour de cet auteur. Pancol par ci, Pancol par là. J'ai essayé un livre, ça sera le dernier, merci bien. Mais pourquoi tant de haine me direz vous? C'est vrai en soit, cette pauvre Katherine ne m'a rien fait! Et bien si un peu quand même. J'ai dû m'avaler les 664 pages (parce que je suis un peu maso) d'un roman insipide où il ne se passe pas des évènements extraordinaires qui mériteraient d'être relatés dans un livre, où l'écriture est plate, parfois proche d'un Harlequin (quand Joséphine se pâme d'admiration devant le bel inconnu de la bibliothèque... au secours!) et où le vocabulaire est pauvre (on retrouve toujours les mêmes termes). J'ai l'impression que c'est un énorme foutage de gueule et que n'importe qui est capable d'écrire au moins aussi bien.

Non vraiment je ne retiendrai rien de cette lecture. Ou plutôt si, je retiendrai le personnage d'Hortense que j'ai eu envie de trucider au moins 3200 fois dans le roman et qui m'a bien gâchée le peu de plaisir que j'aurais pu prendre à lire ce livre. Hortense, fille de Joséphine, est une petite arriviste prompte au jugement, qui ne supporte pas la pauvreté, qui parle à sa mère pire qu'à son chien (qu'elle n'a pas mais si ça avait été le cas je suis sûre qu'elle aurait choisi un chiwawa) sans s'apercevoir que cette dernière trime jour et nuit pour elle et sa soeur. Du haut de ses 17 ans, plutôt que de bouger ses petites fesses de fille indigne et d'aller servir des hamburgers chez le clown vert (oui il est vert maintenant ça fait plus écolo, c'est tendance) pour aider sa mère et bien mademoiselle préfère critiquer et se faire offrir des sacs Vuiton et vestes Colette par sa tante pleine aux as et aussi fourbe qu'elle...

Du coup je retiendrai bien l'énervement dans lequel m'a mis cette gamine prétentieuse. Notez qu'il y a plus agréable comme sensation de lecture. Le reste: poubelle!

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dimanche 14 novembre 2010

"L'élégance du hérisson" de Muriel Barbery

_l_gance_du_h_rissonL'histoire: " Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois.
Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.

Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches.
Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. "

La critique Nelfesque: Quand j'ai commencé à lire "L'élégance du hérisson", je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre. Je savais vaguement que l'histoire était centrée sur une concierge d'immeuble parisien plus instruite qu'elle ne le laissait entendre... J'ai donc plongé dans l'inconnu et quel beau plongeon m'attendait!

J'ai tour à tour fait la connaissance de Renée, concierge d'immeuble bourgeois qui souhaite "rester à sa place" de concierge sans éveiller les soupçons quant à son érudition, de Paloma, habitant l'immeuble, ayant une vision très éclairée sur le monde du haut de ses 12 ans et de Kakuro, japonais venant d'emménager dans l'immeuble, personnage frais et dépaysant. Autour de ces 3 personnages centraux gravitent d'autres personnages tout aussi intéressants: la famille de Paloma, les amis de sa soeur, des voisins bourgeois... Tout ce beau monde compose un microcosme fait d'apparence et de bonne éducation. Chacun a une place bien déterminée suivant son rang et il est de bon ton de rester dans ses cordes. Seulement voilà, les 3 personnages principaux ne sont pas faits pour être dans un moule: Renée est une esthète dans un costume de concierge, Paloma est une petite fille aux réflexions avisées d'adultes et Kakuro est un riche japonais aimant la simplicité et les gens vrais. Ils bousculent cette organisation et sont destinés à se rencontrer.

Toute la magie du livre se situe dans l'écriture de Muriel Barbery qui m'a transportée. Tour à tour on découvre les pensées de Renée et de Paloma sous forme de réflexions philosophiques ou de "pensées profondes" égrainées avec poésie et délicatesse. J'ai lu dans une critique de ce roman que lire ces pages étaient comme se faire chuchoter l'histoire au creux de l'oreille. Je partage complètement ce sentiment. En lisant "L'élégance du hérisson" on se sent bien. L'écriture est magnifique, très littéraire mais sans être pompeuse, le vocabulaire est soutenu, les phrases sont bien construites, les personnages attachants... Certains ont qualifié ce roman de prétentieux, le personnage de Renée d'hautain. Je ne partage pas cette opinion. Certes Renée est plus cultivée qu'elle ne le laisse paraître et aime reprendre les gens intérieurement mais à aucun moment elle ne laisse percer une quelconque supériorité. Je peux comprendre que ce roman soit indigeste pour certains lecteurs car il laisse la part belle à la philosophie et nombre de pages sont des réflexions philosophiques sur la vie mais ce sont autant de moments de remises en question pour le lecteur et un pied de nez aux nombreux préjugés qui font légion dans notre monde actuel. Et c'est une enfant de 12 ans qui nous les met devant les yeux... Finalement, le plus pauvre n'est pas forcément celui que l'on croit.

Pour moi cette lecture fut un vrai régal. J'ai passé un très agréable moment et je ne trouve rien à jeter à ce roman de Muriel Barbery. La fin fut éprouvante tout d'abord parce que je n'avais pas envie de mettre un terme à cette lecture dans laquelle j'avais plaisir à me lover mais aussi pour le côté brutal du destin. J'ai refermé ce livre la larme à l'oeil avec 2 mots flottants dans l'air: beau et sensible.

La critique de Mr K: J'ai lu ce livre juste après Nelfe vu son air de haut contentement et ses imprécations pour me le refiler. C'est vrai que cet ouvrage se révèle être d'une profonde beauté! Pour rien vous cacher, au départ, j'étais pas mal sur la défensive et le personnage de Renée m'a agacé: elle critique beaucoup les autres et s'emmure derrière ses livres, ça me paraissait un peu facile et déplacé. Heureusement, arrive le japonais! Un voisin riche comme tous les autres propriétaires mais différent. Il perce à jour  la concierge aigrie dès leur première entrevue et c'est le début d'une relation intense entre discussions d'amateurs d'art et jeu de la séduction. Mon coeur de midinette (et oui!) a bondi, le romanesque fait brusquement irruption et le livre décolle! J'ai adoré!

Pour autant, rassurez vous, ce n'est pas un livre pour malade atteint de bovarisme aigu ou adepte de la collection Harlequin; l'écriture est terrible, entre préciosité (les "leçons" de philo) et légereté (les passages plus narratifs -voir passage dans les gagadous de Kakuro-). Les personnages sont attachants: la concierge repliée sur elle même qui s'ouvre peu à peu à des étrangers, Manuela sa seule amie femme de ménage portugaise haute en couleur, Kakuro le nouveau voisin japonais aussi esthète que sensible, Paloma jeune fille mal dans sa peau qui veut en finir et qui va au contact de René modifier sa vision des choses... Sans compter tous les autres bourgeois de l'immeuble qu'on aime détester tant ils sont égoïstes, bornés et stupides.

Une belle lecture qui apporte le thème de la culture et de l'apparence en évitant les écueils de la morale cucul ou du jugement hatif. Un p'tit bijou!

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vendredi 5 novembre 2010

"Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" d'Harper Lee

ne_tirez_pas_sur_loiseau_moqueur2L'histoire: Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort.

La critique Nelfesque: "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" a pour toile de fond une ville paumée d'Alabama, en pleine Amérique profonde. Ici il s'agit de Maycomb mais cela aurait pu se passer à n'importe quel autre endroit.  A cette époque, c'est partout pareil, les noirs sont appelés "nègres" et ne sont bons qu'à faire la cuisine, le ménage, les corvées dans les champs... En aucun cas il ne faut qu'ils sortent de leur rôle d'esclave et il ne faut surtout pas qu'ils oublient ce pour quoi ils sont là. Certains les aiment bien, tant qu'ils restent à leur place, d'autres les traitent pire que des chiens. Certains les respectent mais c'est plus rare.

C'est pourtant le cas d'Atticus, avocat, personnage respecté et respectable. Pour lui, un homme est un homme, blanc ou noir. Par cette idée il n'est pas en accord avec les habitants de Maycomb et le jour où le bruit court qu'il va défendre un noir au tribunal, le racisme latent va prendre son envol.

L'histoire nous est raconté par Scout, fille d'Atticus, fraîche et attachante, qui n'a pas les mêmes préoccupations que les grandes personnes. Pour elle, la vie se résume à jouer dans le jardin avec son frère et son ami Dill, aller à l'école en courant devant la maison des Radley, essayer d'apercevoir Boo dans sa maison tout en en ayant peur... Son père les préserve de la bêtise humaine et les élève avec des valeurs de respect et de partage. La première moitié du roman ne parle pas du tout du procès mais des jeux d'enfants et de tout ce qui fait la vie de deux gamins de 9 et 11 ans. On s'attache aux personnages, candides et innocents.

La méchanceté des hommes va faire son entrée. Les injures commencent à poindre à l'école, les enfants sont arrêtés sur leur chemin par des adultes n'hésitant pas à leur dire ce qu'ils pensent de leur père. Scout et Jim sont alors mis au courant de l'affaire qui secoue Maycomb et nous rentrons dans la seconde partie du roman, beaucoup plus sombre que la précédente. Là se révèlent tous les préjugés de l'Amérique des années 30. Atticus est commis d'office pour défendre Tom Robinson. Il croit à son innocence et va tout mettre en oeuvre pour démontrer aux habitants de Maycomb qu'être noir ne fait pas d'un homme un assassin ou un violeur. Le procès est l'attraction de l'année et tous sont au tribunal. Que va décider le jury de ce procès? Vous vous en doutez... Mais l'histoire n'est pas terminée pour autant... Tom est-il vraiment coupable? Et quel mystère entoure la maison des Radley?

Un roman sur l'injustice et la bêtise humaine avec des sujets difficiles tels que le viol ou le racisme, cette lecture ne laisse pas indifférent, révolte même. On se demande comment une telle époque a pu exister... Le racisme faisait partie du quotidien et c'est celà qui est effrayant. Heureusement, la vision enfantine de Scout atténue la violence des pensées et ses préoccupations donnent de la fraicheur à cette histoire pesante. A quoi ressemble Boo Radley par exemple, cette homme qui ne sort jamais de chez lui et fait peur aux enfants par son absence?

Une belle leçon sur le droit à la différence.

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jeudi 4 novembre 2010

"Kornwolf" de Tristan Egolf

untitledL'histoire: Owen Brynmor ne comptait plus retourner dans la Pennsylvanie profonde de son enfance, pays provincial et rétrograde partagé entre ploucs américains et amish rigoristes. Mais à peine engagé comme reporter au journal local, il décroche un scoop: le retour du Démon de Blue Ball, cette bête mystérieuse qui jadis ravagea la région... Son enquête l'amène à exhumer la légende du Kornwolf, ce loup-garou qui hanta l'Europe du XVIIème siècle. Mais où s'incarne vraiment le Mal? dans un monstre quelconque, ou parmi les humains qui le pourchassent?

La critique de Mr K: Cette lecture est le résultat de l'obtention d'un partenariat obtenu de haute lutte avec la complicité de Nelfe sur le site de B.O.B. Cela m'a permis de découvrir un auteur fort intéressant: Tristan Égolf. Auteur de trois livres, décédé à 34 ans, ce Kornwolf a été publié de façon posthume en 2009 chez Gallimard. C'est perdu au fin fond de la Dordogne profonde, sur les terres de Jacquou le Croquant que j'ai été littéralement aspiré par cet ouvrage, terminant sa lecture à la lueur des leds de ma lampe frontale vers 3h du matin!

Le thème est universel: une "bête" monstrueuse ravagerait une région et l'on suit l'enquête menée pour démeler le vrai du faux et les réactions des habitants face à cette menace aussi mystérieuse qu'insidieuse, voir à la fin séditieuse! Un passage du livre est d'ailleurs très enrichissant quand le héros compulse un ouvrage qui rassemble toutes les légendes s'apparentant à des "fléaux", des êtres mi-homme mi-bête. On se rend compte que chaque culture, chaque civilisation a "son" loup-garou, "son" vampire. Dans Kornwolf les descriptions d'Égolf sont volontairement vagues, les témoignages "recueillis" parcellaires. L'auteur entretient le mystère autour de la cause du désordre. Balloté, le lecteur navigue constamment en plein brouillard, entre surnaturel, règlement de compte et actes de délinquance.

Dans cette oeuvre, l'aspect "fantastique" n'est qu'un prétexte. À travers ces événements, Égolf nous propose une peinture au vitriol de l'Amérique. Portrait sans concession de l'intégrisme religieux (les amish d'Égolf sont bien loin de ceux du film Witness), le fanatisme de certains membres des forces de l'ordre (l'agent Rudolf adepte du matraquage intensif), les secrets de familles honteux qui éclatent au grand jour, l'étranger dont on se méfie, l'être différent qui cristalise tous les fantasmes et peurs de la populace... On baigne dans la morale cucul, rigide et WASP qui me débecte tellement! Les nerfs sont mis à rude épreuve tant l'auteur enfonce le clou pour nous décrire cette Amérique en pleine dégénérescence. Un sentiment de malaise s'installe peu à peu, à la manière de ce qu'on peut ressentir lors du visionnage de Frankestein, Elephant man ou plus récemment, The Myst: le dégoût et l'injustice qu'inspire une foule poursuivant et invectivant un être solitaire et différent. Ce livre ne peut en aucun cas laisser indifférent.

L'écriture d'Égolf ne ressemble à aucune autre. On a affaire à une prose rageuse, évocatrice mais exigente. Le début du roman peut paraître difficile à saisir et à apprécier car l'auteur change souvent de point de vue, l'expression flirte parfois avec la préciosité (formulations alambiquées et vocabulaire technique) et les personnages sont nombreux. Mais à partir du 3ème chapitre, les fils de la toile commencent à se rejoindre, à former une intrigue et des rebondissements cohérents, plus clairs aboutissant à un dernier acte d'une sauvagerie et d'une folie extrême. Un grand livre, merci B.O.B!

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mercredi 20 octobre 2010

"Cléo" de Fred Bernard

cl_o_rentr_eL'histoire: Je ne suis pas la plus belle
mais pas mal quand même,
je ne suis pas sotte
mais je dis des bêtises,
je ne suis pas folle
mais je dis des sottises,
je n'ai pas trente ans
et je suis une reine.
En amour,
j'ai l'impression d'avoir fait le tour,
mais je cherche mon roi.
Je suis une fille comme les autres ?
Peut-être...

La critique Nelfesque: J'aime bien la 4ème de couverture de cette BD. Ca me rappelle une chanson de Jeanne Cherhal, "Je suis liquide". Toute la contradiction des femmes se tient dans ces quelques phrases. Ces mots et la couverture kitsch m'ont donné envie de découvrir cette oeuvre.

Je m'attendais à découvrir la vie d'une quasi-trentenaire. Une vie décalée, voilà ce que laissait entendre le synopsis. Finalement, c'est à la vie sexuelle de Cléo essentiellement que nous avons affaire et la BD est très branchée cul. J'utilise sciemment le terme "cul" car l'auteur ne fait pas macher ses mots à son héroïne. Les partouzes, elle connait, la branlette aussi, se taper plusieurs mecs dans une même soirée ne lui fait pas peur. Nous voici donc pris dans le récit de ses histoires de fesse qui nous sont livrés sans retenue. Cléo est souvent à poil, elle se balade toute nue, tout le temps (non pas dans la rue quand même!): on voit en détail son passage à la douche, elle danse toute nue dans son appartement... Fred Bernard met à nue Cléo pour nous raconter sa vie sentimentale de femme de bientôt 30 ans, qui peine à trouver l'amour et qui a du mal à se faire à l'idée qu'elle va passer la barre fatidique des 30. Cette fameuse barre où tu es censé avoir trouvé l'homme de ta vie, t'être marié et avoir des enfants. Dur pour une fille qui peine à grandir...

Niveau dessin, je suis assez mitigée. Autant je trouve superbes les dessins pleine page au graphisme travaillé, aux ombrages subtiles où transparait la poésie de l'auteur et la fragilité de Cléo, autant je n'ai pas totalement adhéré aux dessins "casés", moins fournis. Certains passages sont toutefois de toute beauté quand l'auteur part dans des trips poétiques et fait flotter son personnage dans l'air.

cl_o

Au fil des pages on se rend compte que son malaise est plus profond. Ce n'est pas seulement une histoire de fesse qui mine le moral de Cléo mais une difficulté à vivre conformément à des règles préétablies par la morale judéo-chrétien. Les rapports qu'elle entretient avec ses parents, amoureux de l'Egypte et vivant Egypte tous les jours, représentés eux même en Horus et Thot, sont très bien rendus. On sent là toute la complexité de leur relation et la difficulté de communiquer avec Cléo, plutôt attirée par le Japon.

Finalement, "Cléo" est une BD assez complexe au niveau des sentiments qui se lit avec plaisir autant pour l'évolution du personnage et ses réflexions personnelles que pour la poésie de certains dessins.

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lundi 18 octobre 2010

"Le Zubial" d'Alexandre Jardin

zubialL'histoire: Le jour où mon père est mort, le 30 juillet 1980, la réalité a cessé de me passionner. J'avais quinze ans, je m'en remets à peine. Pour moi, il a été tour à tour mon clown, Hamlet, d'Artagnan, Mickey et mon trapéziste préféré; mais il fut surtout l'homme le plus vivant que j'ai connu. Pascal Jardin, dit le Zubial par ses enfants, n'accepta jamais de se laisser gouverner par ses peurs. Le Zubial avait le talent de vivre l'invivable, comme si chaque instant devait être le dernier. L'improbable était son ordinaire, le contradictoire son domaine.

Ce livre n'est pas un recueil de souvenirs mais un livre de retrouvailles. Le Zubial est l'homme que j'ai le plus aimé. il m'a légué une certaine idée de l'amour, tant de rêves et de questions immenses que, parfois, il m'arrive de me prendre pour un héritier.

La critique de Mr K:

Après la montée en pression avec le dernier Despentes, une lecture plus douce mais toute aussi folle avec cette biographie romancée haute en couleur avec un personnage principal totalement hors normes qui "habite" littéralement ce livre.

Le Zubial est un original qui a décidé de vivre sans contraintes et dont les actes et paroles vont marquer son fils. On lit avec délectation les délires de Pascal Jardin, son anticonformisme et son profond désir de liberté: il s'emmerde dans un dîner mondain, il le dit et se lève de table en saluant tout le monde; une femme mariée l'intéresse, il fera tout pour l'obtenir quitte à aller voir le mari ou escalier la façade... Le Zubial est avant tout un coureur de jupon, le mariage des Jardin (pour les deux morts) n'est pas un cadre figé... drôle d'existence donc où les enfants voient déambuler dans la propriété familiale les amant(e)s de tout bord. Voici un passage où l'on peut se faire une idée sur la conception de la vie du Zubial notamment sur son attirance pour l'infini et la puissance des envies illimitées:

- Et Président? lui demandai-je un jour. On peut devenir Président de la République, nous ? Parce que... ça me plairait bien. Il posa sa scie, réfléchit un instant et me répondit avec le plus grand sérieux.

- Oui, ça c'est possible... mais quand ?
- Quoi quand ?
- Quand veux-tu devenir un grand Président ?

Il me prenait un peu de court ; j'avais neuf ans et ne savais pas trop quoi répondre. Mais son attitude me confirma dans l'idée que l'affaire était jouable puisqu'il ne m' avait demandé qu'une seule chose : quand ?
A présent, je me rends compte de la beauté de sa réaction. Le Zubial me permettait tout, pourvu que mes désirs fussent exorbitants. Un père ordinaire eût sans doute ricané devant une telle question ; lui s'était seulement inquiété de la date. Le Zubial croyait en la puissance des envies lorsqu'elles sont illimitées. Etait-ce une naïveté? Sans doute, mais j 'y vois aussi une sagesse, un respect pour ce qu'il y a peut- être de plus précieux chez un petit garçon, et en l'homme les désirs. Dix-sept ans après, je garde encore le goût des siens, si vifs, si ensoleillants.

Papa, pourquoi m'as-tu abandonné? Pour quoi m'as-tu laissé dans ce monde où les vastes désirs semblent toujours un peu ridicules? Lui seul croyait en mes folies, lui seul me donnait envie de devenir quelque chose de plus grand que moi. Ce goût de l'infini, et de l'infiniment drôle, m'est resté comme une terrible nostalgie.

Alexandre Jardin se livre énormément dans ce livre, n'hésitant pas à lever le voile de la pudeur en relatant des moments clefs de sa relation avec son père. Écrit intimiste, on rit souvent devant les extravagances du père mais le ton devient par moment plus grave lorsqu'il arrive que les choses tournent mal (suicide d'Emmanuel Jardin). Souvenirs romancés placés sous le sceau de l'insouciance mais aussi des choix que l'on doit mais surtout que l'on VEUT faire. Le père, figure existentialiste par excellence, précepteur-modèle, à le fois proche et inatteignable, Idéal convoité par le jeune Alexandre qui va devoir se construire dans son ombre à la fois rassurante et étouffante. Ce livre est donc une très belle illustration du parcours initiatique que doit mener chaque ado pour se construire et s'affirmer.

Un livre qui se lit très facilement, on retrouve la très belle prose de l'auteur que j'ai déjà pratiqué par le passé avec Fanfan et le Zèbre. À la fois accessible et évocatrice au possible, les pages s'enchainent sur un rythme haletant sans que l'on s'en rende compte. Les chapitres sont très courts (5 pages maximum) et c'est par bonds successifs que nous découvrons et apprenons à connaître Pascal Jardin et ses relations avec son fils. Une bonne lecture, vivifiante à souhait que je vous recommande.

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dimanche 17 octobre 2010

"Deux jours à tuer" de François d'Epenoux

2j___tuerL'histoire: Rien à dire sur la vie d'Antoine Méliot. Il a une femme ravissante, trois enfants magnifiques, des amis fidèles, une maison dans les Yvelines meublée avec goût, une cuisine équipée et une belle situation.
Rien à dire sur la vie d'Antoine Méliot, sinon qu'en ce mois d'octobre il s'est donné un week-end pour saboter son bonheur : non seulement l'amour fou qui l'unit à sa femme et à ses enfants, mais aussi les liens indéfectibles qu'il entretient de longue date avec ses meilleurs amis. Deux jours, en vérité, pour détruire une existence. Pourquoi ? " L'araignée noire " qu'il nourrit en lui depuis l'enfance s'est-elle réveillée ?

La critique Nelfesque: J'avais envie de voir le film tiré de ce roman, dès sa sortie en salle, avec Dupontel au générique. Comme ça arrive souvent, j'ai laissé passer le temps et le film a fini par nous filer sous le nez. Qu'à cela ne tienne, j'avais noté le titre et l'auteur du roman et certes j'ai mis du temps, mais j'ai fini pas lire "Deux jours à tuer"!

Voici un petit livre, assez court (189 pages) mais dense et éprouvant. Antoine décide d'un coup d'un seul de saboter sa vie et il n'y va pas avec le dos de la cuillère. On peut comprendre le pourquoi de cette envie de tout foutre en l'air mais j'ai été assez choquée par certains de ses choix. Pourtant, pour me choquer, il faut y aller... Je ne peux dévoiler ici la raison d'un tel changement dans le comportement du personnage principal mais je ne pense pas que tout justifie une telle violence. Est-il vraiment utile d'aller à ce point dans le glauque pour quitter femme et amis? Le comportement d'Antoine avec ses enfants tout particulièrement et avec l'une de ses meilleures amies est détestable. L'auteur réussit à nous faire haïr le personnage, comme Antoine cherche à se faire haïr de son entourage. Bravo pour l'exploit.

La fin se laisse deviner mais l'auteur nous mène sur une autre piste tout à fait crédible et nous mène par le bout du nez. L'écriture est simple et, de façon assez voyeuriste, on ne peut s'empêcher de tourner les pages pour voir jusqu'où ira le personnage d'Antoine dans sa "folie préméditée". On imagine le pire bien des fois et la pression monte crescendo.

Au final un livre à ne pas mettre dans toutes les mains mais montrant à merveille la détermination d'un homme qui fait du mal pour le bien (drôle de concept mais qui se défend) et nous montre qu'on ne peut pas toujours aider les amis qui ne le veulent pas sous peine d'être rhabillé pour l'hiver. A lire. Quant à moi, il ne me reste plus qu'à voir le film. Enfin.

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mardi 12 octobre 2010

"Apocalypse bébé" de Virginie Despentes

virginie_despentes_apocalypse_bebeL'histoire: Apocalypse Bébé est un road movie électrique entre Paris et Barcelone où deux détectives aux personnalités diamétralement opposées se lancent sur les traces d'une adolescence déstructurée Valentine Gatlan, « adolescente nymphomane, défoncée à la coke et hyper active». Lucie, trentenaire, détective un peu désabusée, empotée et malgrè tout spécialisée dans les filatures d'adolescents,  est chargée par la famille Gatlan de surveiller Valentine, adolescente fragile, au comportement autodestructeur et à la sexualité très débridée. La perdant de vue  au cours d'une de ses filatures, elle se doit de la retrouver au plus vite. Manquant d'assurance et d'expérience, elle fait appel à une détective free-lance dit la « la hyène » lesbienne sulfureuse, violente,  manipulatrice, habituée aux méthodes radicales. Toutes deux se plongent à corps perdu  dans l'histoire tourmentée de l'adolescente.

La critique de Mr K: I love you Virginie! Tels avaient été mes derniers mots lors de ma critique de King Kong théorie, il y a quelques mois de cela. Ce livre le confirme, j'aime toujours autant cet auteur qui ici passe encore au cran supérieur nous livrant un livre aussi sulfureux qu'addictif. Le noir et le polar sied parfaitement à notre cherry bomb nationale. Ça fouette, ça "uppercute" et on en redemande! Mon côté maso est comblé et en redemande encore: vous l'avez compris, j'ai méchamment pris une claque avec cette lecture qui n'a eu qu'un défaut... trop courte!

Tout d'abord le genre. On a affaire à un polar drôlement bien ficelé avec sa dose de suspense et de personnages bien trempés. Le choix narratif est très efficace, on a un chapitre sur deux le point de vue de personnages secondaires à l'enquête principale: le père, la belle-doche, le cousin rebeu des quartiers, les potes d'extrême gauche... Tout pour que les pièces du puzzle (Valentine et sa psyché torturée) se révèlent petit à petit, mettant à jour peu à peu le parcours de cette gamine perdue. Les deux personnages principaux antinomiques à souhait se renvoient la balle continuellement créant un lien étrange, non dénoué d'humour (grande nouveauté despentienne!). On s'attache à la hyène, on trépigne face à la vacuité qui se dégage de Lucie... puis les repères deviennent flous et on se rend compte qu'on est balladé joyeusement par Despentes... la fin est effroyable! Pour soupoudrer le tout, rajoutez là dessus un petit air de romance lesbienne avec la découverte de l'amour avec une personne du même sexe (ça sent l'autobiographie), le tout sans en faire trop avec juste ce qu'il faut de beauté pour ne pas tomber dans la sensiblerie bon marché dont on nous abreuve à longueur de temps et vous obtenez un mélange détonnant!

Le style est une fois de plus frontal, hargneux, ironique et direct.DESPENTEScbertini_3 Tout ce que j'aime chez l'auteur. Jamais prétentieux, le but est de cerner vite et clairement les protagonistes, les lieux et l'action. J'ai lu chez d'autres blogueurs que la vulgarité est de mise tout au long de l'oeuvre. Je m'inscris en faux face à cette assertion: certes on est dans le familier mais vulgarité rime souvent avec facilité. Ici ce n'est pas le cas, ce roman est un pur reflet de notre époque et l'on voit mal des gosses de cité ou des malfrats parler comme dans le XVIème arrondissement. Alors, sûr, c'est brut de décoffrage mais ça ancre cette oeuvre dans une réalité (peu reluisante je vous l'accorde). Pour résumer, ça se lit comme du petit lait et il est vraiment très difficile de décrocher.

Mais on n'est pas seulement face à un roman classique. Au détour des pages, c'est un portrait de notre société qui nous est révélé. Une fois de plus, c'est la femme, sa féminité, sa sexualité et son rapport à l'homme qui au coeur de l'oeuvre. On retrouve dans Apocalypse bébé les questions qui taraudent l'auteur. Les piques sont nombreuses et les réflexions à l'avenant, on retrouve le féminisme punk propre à l'auteur et son dégoût-déception des hommes. Mais derrière ces éclairs thrash jubilatoires et cyniques se cache une tendresse profonde qui n'échappera à personne. C'est aussi une critique féroce de la bonne société bourgeoise avec notamment le père (François)  qui "laisse couler" face à une jeune fille en déséquilibre profond et finalement une gamine que personne ne recherche vraiment.

Une lecture enthousiasmante, un pied intégral, un souvenir littéraire vivace: un grand livre! Je persiste: I love you Virginie!

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