dimanche 13 février 2011

"Il a jamais tué personne mon papa" de Jean-Louis Fournier

ilatuepersonnemonpapaL'histoire: Il était docteur, le papa de Jean-Louis Fournier. Un drôle de docteur qui s'habillait comme un clochard, faisant ses visites en pantoufles et bien souvent ne demandait pas d'argent. Ses patients lui offraient un verre.
Il n'était pas méchant, seulement un peu fou quand il avait trop bu ; il disait alors qu'il allait tuer sa femme. Un jour il est mort : il avait quarante-trois ans.
Longtemps après, son fils se souvient. A petites touches, en instantané, il trace le portrait de ce personnage étonnant, tragique et drôle à la fois. Il a appris, en devenant grand, l'indulgence. Et qu'il ne faut pas trop en vouloir à ceux qui, plus fragiles, choisissent de " mauvais " moyens pour supporter l'insupportable.

La critique de Mr K: J'aime beaucoup Jean-Louis Fournier, j'utilise régulièrement en cours sa "Grammaire française et impertinente" et j'avais particulièrement apprécié son roman sur la vieillesse "Mon dernier cheveu noir". L'abbé aidant, je suis tombé sur ce livre fortement autobiographique où Fournier nous parle de son père médecin alcoolique et de la vie quotidienne de la petite famille.

"Il a jamais tué personne, mon papa" se présente sous la forme d'une succession de cours chapitres d'une page présentant une facette du père: La claque à papa, Papa et moi, Mon papa était docteur etc... C'est le jeune Jean-Louis qui nous parle avec un vocabulaire enfantin, des ellipses aussi d'enfant qui ne comprend pas tout au monde des adultes et surtout au comportement de son père. Ce livre très court, je l'ai lu en une heure à tout casser tant on est pris par cette vie décrite simplement. Les émotions sont multiples, on passe très rapidement du rire au nœud à l'estomac. Impossible de ne pas sourire face aux réparties improbables du père bourré rentrant le soir à la maison, surtout quand ces répliques sont retranscrites par un enfant. Impossible de ne pas être saisi par la mélancolie ambiante dans cette famille où les enfants et parfois la mère ont peur du mari qui rentre à la maison, mari qui dépense la plupart de l'argent du foyer dans les troquets du coin. En voici un petit chapitre:

ON A PERDU PAPA (page 63)

Un jour, papa a disparu. Maman était sûre qu'il n'était pas sorti de la maison, mais impossible de le trouver.

On a cherché partout, on a fouillé toute la maison, on inspecté toutes les pièces, on a regardé sous les lits, on a ouvert les placards, les grandes armoires, rien, pas de papa.

Quelqu'un a eu l'idée d'aller revoir dans son cabinet. Dans son cabinet, il y avait un piano, le piano était dans un angle de la pièce. Et derrière le piano, allongé, une cigarette au bec, il y avait papa, avec un drôle de sourire. Il avait l'air de dire «Je vous ai bien eus».

Il aimait bien jouer à cache-cache, mon papa.

Plus on avance, plus le malaise s'installe car on le sait dès le départ, l'histoire va mal finir, cet homme médecin reconnu et apprécié va mourir, sa maladie le ronge lui et sa famille. L'enfant n'en veut pas vraiment à son père mais les regrets sont nombreux. Les chapitres défilent à une vitesse folle et la fin nous cueille sans coup férir nous laissant pantelant. C'est du réel, rien que du réel, sans artifice aucun. Une lecture touchante dont je me rappellerai longtemps.

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samedi 18 décembre 2010

"La Vouivre" de Marcel Aymé

untitledL'histoire: Derrière la vipère apparut une fille jeune, d'un corps robuste, d'une démarche fière. Vêtue d'une robe de lin blanc arrêtée au bas du genou, elle allait pieds nus et bras nus, la taille cambrée, à grands pas. Son profil bronzé avait un relief et une beauté un peu mâles. Sur ses cheveux très noirs relevés en couronne, était posée une double torsade en argent, figurant un mince serpent dont la tête, dressée, tenait en sa mâchoire une grosse pierre ovale, d'un rouge limpide. D'après les portraits qu'on lui avait tracés et qu'il avait crus jusqu'alors de fantaisie, Arsène reconnut la Vouivre.

La critique de Mr K: Ce livre trainait depuis un certain temps dans ma PAL. Je ne sais pas pourquoi mon coeur ne balançait pas vers lui alors qu'étant plus jeune j'avais adoré Les contes du chat perché dont mes parents m'avait conseillé la lecture. J'ai retrouvé le même plaisir de lecture avec La Vouivre que j'ai lu en trois séances intensives!

Ce conte (et oui!), c'est avant tout la rencontre lors du premier chapitre entre Arsène simple paysan et la Vouivre être pluri-millénaire, haute figure du folklore jurassien. C'est l'histoire d'une fascination, d'une attirance mais aussi par moment d'une répulsion. Drôles de rapports en tout cas entre les deux personnages principaux de l'ouvrage qui sont à l'opposé l'un de l'autre: le mortel et l'immortelle, le frustre et l'être évolué omniscient, le colérique et la douceur... Autant d'éléments de contraste qui brouillent les pistes et empêchent le lecteur de se sentir entraîner dans une histoire déjà lue.

Ce livre est aussi une magnifique étude sociologique sur le monde paysan au début du XXème siècle, le côté chiant en moins! À côté de l'intrigue principale (à savoir la présence de la Vouivre dans les parages), se superpose l'opposition qui existe entre deux familles d'agriculteurs . Voisins depuis des générations, ils sont en bisbilles pour des broutilles et se tirent dans les pattes à longueur de temps: injures, petits pièges, actes de vengeance mesquins... Le frère d'Arsène marchant dans son ombre pour ne pas avoir à l'affronter, le curé de bon conseil, Juliette la fille de la famille rivale de son aimé, l'homme à tout faire de la métairie qui se fait vieux et à qui on va offrir son logis en une nuit (passage très intéressant)... autant de destins qui s'entremèlent, donnent du corps à l'intrigue et nous offrent une vision réaliste et vivante d'un petit village de jadis. Quant à la fin, elle ne cède pas à la facilité et se révèle implacable.

L'écriture de Marcel Aymé reste toujours aussi moderne et agréable à lire: jamais de lourdeurs, des descriptions qui vont à l'essentiel et un sens de la narration hors-pair. Difficile dans ses conditions de lâcher le volume avant d'en avoir parcouru la dernière ligne. Un classique dont j'encourage fortement la lecture.

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mercredi 8 décembre 2010

"99 francs" de Frédéric Beigbeder

99L'histoire: "En ce temps-là, on mettait des photographies géantes de produits sur les murs, les arrêts d'autobus, les maisons, le sol, les taxis, les camions, la façade des immeubles en cours de ravalement, les meubles, les ascenseurs, les distributeurs de billets, dans toutes les rues et même à la campagne. La vie était envahie par des soutiens-gorge, des surgelés, des shampoings antipelliculaires et des rasoirs triple-lame. L'être humain n'avait jamais été autant sollicité de toute son histoire : on avait calculé qu'entre sa naissance et l'âge de 18 ans, toute personne était exposée en moyenne à 350 000 publicités. Même à l'orée des forêts, au bout des petits villages, en bas des vallées isolées et au sommet des montagnes blanches, sur les cabines de téléphérique, on devait affronter des logos "Castorama", "Bricodécor", "Champion Midas" et "La Halle aux Vêtements".
Il avait fallu deux mille ans pour en arriver là."

La critique Nelfesque: Ah! J'aime Beigbeder! C'est vrai qu'il a tendance à faire toujours le même livre: milieu bourge trash, sexe et drogue, destroy forever. Mais ça fonctionne!

Il faut dire que ce milieu, Beigbeder le connait bien et il n'hésite pas à nous en faire un portrait au vitriol, loin des strass et paillettes des couvertures de "Gala" et "Voici". Avec lui, place au côté sombre des amateurs de soirées jetsetisées. Dans "99 francs", nous sommes dans le milieu de la pub, un milieu où on ne doit pas hésiter à marcher sur son voisin pour monter toujours plus haut. Beigbeder n'y va pas avec le dos de la cuillère pour nous présenter un homme qui a décidé de tout mettre à plat et casser sa carrière pour éclairer le lecteur sur ce qu'est la vie d'un publicitaire. Vendre de la merde en faisant une campagne de pubs pour décérébrés? C'est possible! Il n'y a qu'à marcher dans la rue et regarder les 4 par 3 ou allumer sa TV pour s'en rendre compte. Ils vendent du rêve à des cerveaux disponibles. Un rêve qui s'obtient à grand coup de crédits à la consommation...

Ce roman relate assez bien ce que je pense de l'univers de la pub. Les mécanismes et le vocabulaire "in" sont ici décortiqués et la logique gerbante des principaux acteurs de cette poudre aux yeux est détaillée sur 299 pages. Dans ce roman, pas de langue de bois et ça fait franchement plaisir à lire.

L'écriture de Beigbeder est, encore une fois ici, déjantée. La pub qui est dénoncée et diabolisée est aussi étalée avec des pauses publicitaires en majuscules à plusieurs reprises dans cette oeuvre. Comme des verrues intrusives, elles s'invitent dans ce roman comme elles le font partout dans notre vie quotidienne. A l'instar du tabagisme passif, nous subissons le "publicisme" passif. Mais avec Beigbeder, ce désagrément est drôle, acerbe et corrosif. Un grand coup de pied dans la fourmilière qui fait rire jaune mais fait du bien.

L'originalité de l'écriture réside également dans les changements de point de vue. En plusieurs parties, ce roman fait le tour de tous les pronoms personnels et l'auteur se met tour à tour dans sa peau, dans celle du lecteur, dans celle du collègue à l'agence, dans la notre de citoyen, dans celle de la société sans lui et dans celle d'un couple exilé. Je ne souhaite pas dévoiler certains aspects de l'histoire, notamment ses relations avec sa femme et l'épisode qui va changer sa vie car "99 francs" est vraiment un roman à lire tant pour son originalité que pour ce qu'il dénonce.

Je vous le conseille grandement.

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jeudi 25 novembre 2010

"Vol de nuit" d'Antoine Saint-Exupéry

Saint_Exupery_Vol_de_nuit_FolioL'histoire: Ainsi les trois avions postaux de la Patagonie, du Chili et du Paraguay revenaient du sud, de l'ouest et du nord vers Buenos Aires. On y attendait leur chargement pour donner le départ, vers minuit, à l'avion d'Europe.

Trois pilotes, chacun à l'arrière d'un capot lourd comme un chaland, perdus dans la nuit, méditaient leur vol, et, vers la ville immense, descendraient lentement de leur ciel d'orage ou de paix, comme d'étranges paysans descendent de leurs montagnes.

Rivière, responsable du réseau entier, se promenait de long en large sur le terrain d'atterrissage de Buenos Aires. Il demeurait silencieux car, jusqu'à l'arrivée des trois avions, cette journée, pour lui, restait redoutable...

La critique de Mr K: Une belle lecture de plus à mon actif. Dans cet ouvrage, Saint-Exupéry nous raconte le vol d'un pilote en perdition dans la nuit, dans un orage au dessus de la Cordillère des Andes. C'est aussi la description de l'angoisse qui taraude ceux qui restent au sol: femme, supérieur hiérarchique et collaborateurs. La peinture est réaliste à l'extrême vu qu'une fois de plus, l'auteur ne fait que peindre sa propre vie. Quand en 1931, "Vol de nuit" est édité, cela fait deux ans qu'il est le directeur de l'Aéroposte Argentina. Rappelons aussi qu'il est pilote de métier et qu'il est donc aux premières loges pour décrire avec précision les bonheurs et affres de ce métier si particulier.

Ce livre est curieux. Ce n'est pas un simple roman. Certes, nous suivons un événement et ses conséquences mais à travers ce récit, l'auteur s'adonne à la méditation, à une réflexion sur ce que peut être le bonheur pour l'Homme. La liberté? Le devoir? Des questions qui traversent toutes ses oeuvres ayant pour thème l'aviation. Ce sont aussi des vertus qui apparaissent comme cardinales pour ce poète de l'action comme certains l'ont appelé: la fidèlité, l'amitié, la parole donnée, le sens du devoir, l'épanouissement par le dépassement de soi... On se prend à réfléchir avec lui, à plusieurs centaines de milliers de pieds au dessus de paysages extraordinaires, le vent fouettant notre visage et le danger pouvant survenir à n'importe quel moment.

C'est un livre qui vous transporte par son style poétique et évocateur, style si propre à cet auteur dont nombre de personnes ne retiennent que l'emblématique "Petit Prince". Dommage, car le reste de son oeuvre mérite d'être redécouverte tant elle a pu marquer une génération, celle des jeunes gens de l'entre-deux-guerres, de nos aïeux. Une écriture qui nous berce, des idéaux nobles mais non moralisateurs... beaucoup de choses qui font défaut dans notre période actuelle marquée du sceau de la consommation et de l'éphémère. Un livre poignant et optimiste à la fois, un petit bonheur de 188 pages dont il serait dommage de se priver!

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samedi 20 novembre 2010

"Les fleurs d'Hiroshima" d'Édita Morris

hiroshimaL'histoire: Nos voix ne sont que des murmures et nous chantons ces complaintes qui nous sont si chères. [...] C'est avec toute notre passion que nous lançons ce cri du coeur: "Jamais plus Hiroshima!" - Comme nous nous sentons proches les uns des autres! Nous sommes une espèce à part.

Yuka a 30 ans. Elle et sa famille ont survécu à la bombe jetée sur Hiroshima quinze ans avant le début de cette histoire. Yuka fera tout pour que sa famille et ses proches aient une vie normale, même à l'arrivée de ce jeune Américain qui lui loue une chambre et qui a la joie de l'innocence.

C'est l'histoire simple de gens incapables d'oublier mais qui font preuve du courage immense des rescapés et des sacrifiés: celui de cacher au reste du monde leurs souffrances.

La critique de Mr K: Un pur chef d'oeuvre! Difficile de résumer en quelques phrases l'empreinte indélébile qu'un tel livre laisse dans votre coeur. C'est un livre difficile, d'une tristesse infinie où la pudeur toute japonaise de l'héroïne cache l'une des pires atrocité de l'histoire contemporaine: le largage de la bombe d'Hiroshima et ses conséquences sur la population.

Nous plongeons avec Sam-san (le locataire américain) au sein d'une famille de rescapés. Il y a tout d'abord la narratrice, Yuka, qui s'évertue à masquer les apparences pour protéger les siens et épargner leur invité car dans la culture japonaise ce dernier doit être traité avec tous les égards (l'hôte a un devoir quasi sacré de bien recevoir). Il y a Fumio son mari irradié tout comme elle qui rechute et qui irrémédiablement s'enfonce vers la mort. Ohatsu, jeune soeur de la narratrice à la sensibilité à fleur de peau, éperdument amoureuse d'Hiroo jeune homme de bonne famille. Et puis, il y a Sam, jeune américain idéaliste et naïf qui n'a aucune idée des secrets dissimulés dans cette maison et qui peu à peu, à force de faux pas et d'indiscrétions va découvrir un à un les traumatismes vécus par Yuka et les siens (le récit de la mort de sa mère lors du jour J est douloureux et pénible tant pour Yuka que pour nous lecteur-voyeur).

Au delà des souffrances morales et physiques que l'on découvre et vivons au fur et à mesure de notre lecture, ce qui marque le plus c'est l'ostracisme dont sont victimes les survivants de la bombe. Considérés comme des parias, ces hommes "radios-actifs" sont mis à l'écart du reste de la population et sont marqués du sceau de la honte, le souvenir de la défaite impériale de 1945. Ainsi, lors de l'introduction d'Ohatsu dans la maison de son amoureux Hiroo, sa "candidature" est rejetée par les parents du jeune homme qui la considère comme une pestiférée. En effet, les radiations même quinze ans après le bombardement, pourrissent encore les coeurs et les corps. La jeune fille ne sera jamais à 100% sûre de pouvoir enfanter ou du moins, mettre au monde un enfant dit "normal" sans déformations ou autres "défauts". Ce passage est rude à l'image de celui où le mari de Yuka doit retourner à l'hopital car la maladie se déclare à nouveau. Fumio tombe à terre lors d'une fête familiale et ne veut aucunement montrer à son invité occidental (américain de surcroît!) qu'il est en état de faiblesse, les visites à l'hopital de sa femme auxquelles nous assistons par la suite se révèlent de plus en plus épouvantables à suivre tant cette attitude pudique devient pesante. Les larmes ne sont pas loin...

L'écriture est simple, fine, légère et poétique à l'image de l'attitude de Yuka. Édita Morris ne verse jamais dans l'apitoiement ou le misérabilisme, la vie doit continuer malgré tout malgré cela. Petit à petit le voile se lève, l'émotion grandit, noue l'estomac et finit par nous achever par un dernier chapitre éprouvant. Pour ces raisons et bien d'autres que je n'ai pas évoqué, c'est un livre qu'il faut lire absolument car chaque lecteur, en partageant les douleurs et souffrances de cette famille, ne peut que garder en mémoire le bouquet de fleur évoqué dans le titre de l'ouvrage (déposé par Ohatsu chaque jour à un endroit bien précis de la rive du fleuve), symbole du souvenir de l'atrocité commise au nom de la guerre un certain 6 août 1945... Préparez vos mouchoirs, prenez une bonne inspiration et tentez l'expérience... vous en ressortirez changé(e) à jamais.


lundi 15 novembre 2010

"Les yeux jaunes des crocodiles" de Katherine Pancol

pancol L'histoire: Ce roman se passe à Paris.
Et pourtant on y croise des crocodiles.
Ce roman parle des hommes.
Et des femmes. Celles que nous sommes,
celles que nous voudrions être,
celles que nous ne serons jamais,
celles que nous deviendrons peut-être.
Ce roman est l'histoire d'un mensonge.
Mais aussi une histoire d'amours,
d'amitiés, de trahisons, d'argent, de rêves.
Ce roman est plein de rires et de larmes.
Ce roman, c'est la vie.

La critique Nelfesque: Au secours... Mais qu'est ce qu'il m'a pris d'ouvrir ce roman... Pourquoi ai-je succombé aux louanges glânés deci delà sur le net à propos de cet ouvrage et à la proposition de prêt de ma voisine qui tombait on ne peut mieux? Note pour l'avenir: NE JAMAIS ECOUTER LES AUTRES!!!

La lecture de ce roman de Pancol, "Les yeux jaunes des crocodiles", a eu un immense succès. Forcément ça interpelle. Savoir que ce roman a été acheté 3 fois, pour cause de perte, par tinmar's girlfriend, ça interpelle encore plus! Je me suis dit que ce livre devait être une vraie pépite et sa lecture allait peut être même changer ma vie! Et puis à défaut d'être une révolution, ce fut une vraie torture...

"Ce roman, c'est la vie" nous dit la 4ème de couv. Et bien oui tout à fait, c'est la vie et ça n'est que ça. J'aurai pris un immeuble au hasard dans n'importe quelle ville de France, j'aurai fait une étude sur une famille résidant dans un des appartements en cherchant à connaître tous les détails de sa vie, ses fréquentations, ses proches... je serais arrivée au même résultat. Un concentré de "Confessions intimes" et "Pascal le grand frère" saupoudré de "C'est quoi l'amour". Ouais, c'est ça, un mauvais téléfilm diffusé sur TF1 le dimanche après midi. Ca m'a rappelé une série TV quand j'étais petite,"La vengeance aux deux visages". Ca tombe bien il y était aussi question de crocodile!

Bon vous l'aurez compris, j'ai détesté ce roman. Je ne comprends pas le succès qu'il y a eu autour de cet auteur. Pancol par ci, Pancol par là. J'ai essayé un livre, ça sera le dernier, merci bien. Mais pourquoi tant de haine me direz vous? C'est vrai en soit, cette pauvre Katherine ne m'a rien fait! Et bien si un peu quand même. J'ai dû m'avaler les 664 pages (parce que je suis un peu maso) d'un roman insipide où il ne se passe pas des évènements extraordinaires qui mériteraient d'être relatés dans un livre, où l'écriture est plate, parfois proche d'un Harlequin (quand Joséphine se pâme d'admiration devant le bel inconnu de la bibliothèque... au secours!) et où le vocabulaire est pauvre (on retrouve toujours les mêmes termes). J'ai l'impression que c'est un énorme foutage de gueule et que n'importe qui est capable d'écrire au moins aussi bien.

Non vraiment je ne retiendrai rien de cette lecture. Ou plutôt si, je retiendrai le personnage d'Hortense que j'ai eu envie de trucider au moins 3200 fois dans le roman et qui m'a bien gâchée le peu de plaisir que j'aurais pu prendre à lire ce livre. Hortense, fille de Joséphine, est une petite arriviste prompte au jugement, qui ne supporte pas la pauvreté, qui parle à sa mère pire qu'à son chien (qu'elle n'a pas mais si ça avait été le cas je suis sûre qu'elle aurait choisi un chiwawa) sans s'apercevoir que cette dernière trime jour et nuit pour elle et sa soeur. Du haut de ses 17 ans, plutôt que de bouger ses petites fesses de fille indigne et d'aller servir des hamburgers chez le clown vert (oui il est vert maintenant ça fait plus écolo, c'est tendance) pour aider sa mère et bien mademoiselle préfère critiquer et se faire offrir des sacs Vuiton et vestes Colette par sa tante pleine aux as et aussi fourbe qu'elle...

Du coup je retiendrai bien l'énervement dans lequel m'a mis cette gamine prétentieuse. Notez qu'il y a plus agréable comme sensation de lecture. Le reste: poubelle!

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dimanche 14 novembre 2010

"L'élégance du hérisson" de Muriel Barbery

_l_gance_du_h_rissonL'histoire: " Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois.
Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.

Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches.
Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. "

La critique Nelfesque: Quand j'ai commencé à lire "L'élégance du hérisson", je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre. Je savais vaguement que l'histoire était centrée sur une concierge d'immeuble parisien plus instruite qu'elle ne le laissait entendre... J'ai donc plongé dans l'inconnu et quel beau plongeon m'attendait!

J'ai tour à tour fait la connaissance de Renée, concierge d'immeuble bourgeois qui souhaite "rester à sa place" de concierge sans éveiller les soupçons quant à son érudition, de Paloma, habitant l'immeuble, ayant une vision très éclairée sur le monde du haut de ses 12 ans et de Kakuro, japonais venant d'emménager dans l'immeuble, personnage frais et dépaysant. Autour de ces 3 personnages centraux gravitent d'autres personnages tout aussi intéressants: la famille de Paloma, les amis de sa soeur, des voisins bourgeois... Tout ce beau monde compose un microcosme fait d'apparence et de bonne éducation. Chacun a une place bien déterminée suivant son rang et il est de bon ton de rester dans ses cordes. Seulement voilà, les 3 personnages principaux ne sont pas faits pour être dans un moule: Renée est une esthète dans un costume de concierge, Paloma est une petite fille aux réflexions avisées d'adultes et Kakuro est un riche japonais aimant la simplicité et les gens vrais. Ils bousculent cette organisation et sont destinés à se rencontrer.

Toute la magie du livre se situe dans l'écriture de Muriel Barbery qui m'a transportée. Tour à tour on découvre les pensées de Renée et de Paloma sous forme de réflexions philosophiques ou de "pensées profondes" égrainées avec poésie et délicatesse. J'ai lu dans une critique de ce roman que lire ces pages étaient comme se faire chuchoter l'histoire au creux de l'oreille. Je partage complètement ce sentiment. En lisant "L'élégance du hérisson" on se sent bien. L'écriture est magnifique, très littéraire mais sans être pompeuse, le vocabulaire est soutenu, les phrases sont bien construites, les personnages attachants... Certains ont qualifié ce roman de prétentieux, le personnage de Renée d'hautain. Je ne partage pas cette opinion. Certes Renée est plus cultivée qu'elle ne le laisse paraître et aime reprendre les gens intérieurement mais à aucun moment elle ne laisse percer une quelconque supériorité. Je peux comprendre que ce roman soit indigeste pour certains lecteurs car il laisse la part belle à la philosophie et nombre de pages sont des réflexions philosophiques sur la vie mais ce sont autant de moments de remises en question pour le lecteur et un pied de nez aux nombreux préjugés qui font légion dans notre monde actuel. Et c'est une enfant de 12 ans qui nous les met devant les yeux... Finalement, le plus pauvre n'est pas forcément celui que l'on croit.

Pour moi cette lecture fut un vrai régal. J'ai passé un très agréable moment et je ne trouve rien à jeter à ce roman de Muriel Barbery. La fin fut éprouvante tout d'abord parce que je n'avais pas envie de mettre un terme à cette lecture dans laquelle j'avais plaisir à me lover mais aussi pour le côté brutal du destin. J'ai refermé ce livre la larme à l'oeil avec 2 mots flottants dans l'air: beau et sensible.

La critique de Mr K: J'ai lu ce livre juste après Nelfe vu son air de haut contentement et ses imprécations pour me le refiler. C'est vrai que cet ouvrage se révèle être d'une profonde beauté! Pour rien vous cacher, au départ, j'étais pas mal sur la défensive et le personnage de Renée m'a agacé: elle critique beaucoup les autres et s'emmure derrière ses livres, ça me paraissait un peu facile et déplacé. Heureusement, arrive le japonais! Un voisin riche comme tous les autres propriétaires mais différent. Il perce à jour  la concierge aigrie dès leur première entrevue et c'est le début d'une relation intense entre discussions d'amateurs d'art et jeu de la séduction. Mon coeur de midinette (et oui!) a bondi, le romanesque fait brusquement irruption et le livre décolle! J'ai adoré!

Pour autant, rassurez vous, ce n'est pas un livre pour malade atteint de bovarisme aigu ou adepte de la collection Harlequin; l'écriture est terrible, entre préciosité (les "leçons" de philo) et légereté (les passages plus narratifs -voir passage dans les gagadous de Kakuro-). Les personnages sont attachants: la concierge repliée sur elle même qui s'ouvre peu à peu à des étrangers, Manuela sa seule amie femme de ménage portugaise haute en couleur, Kakuro le nouveau voisin japonais aussi esthète que sensible, Paloma jeune fille mal dans sa peau qui veut en finir et qui va au contact de René modifier sa vision des choses... Sans compter tous les autres bourgeois de l'immeuble qu'on aime détester tant ils sont égoïstes, bornés et stupides.

Une belle lecture qui apporte le thème de la culture et de l'apparence en évitant les écueils de la morale cucul ou du jugement hatif. Un p'tit bijou!

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vendredi 5 novembre 2010

"Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" d'Harper Lee

ne_tirez_pas_sur_loiseau_moqueur2L'histoire: Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort.

La critique Nelfesque: "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" a pour toile de fond une ville paumée d'Alabama, en pleine Amérique profonde. Ici il s'agit de Maycomb mais cela aurait pu se passer à n'importe quel autre endroit.  A cette époque, c'est partout pareil, les noirs sont appelés "nègres" et ne sont bons qu'à faire la cuisine, le ménage, les corvées dans les champs... En aucun cas il ne faut qu'ils sortent de leur rôle d'esclave et il ne faut surtout pas qu'ils oublient ce pour quoi ils sont là. Certains les aiment bien, tant qu'ils restent à leur place, d'autres les traitent pire que des chiens. Certains les respectent mais c'est plus rare.

C'est pourtant le cas d'Atticus, avocat, personnage respecté et respectable. Pour lui, un homme est un homme, blanc ou noir. Par cette idée il n'est pas en accord avec les habitants de Maycomb et le jour où le bruit court qu'il va défendre un noir au tribunal, le racisme latent va prendre son envol.

L'histoire nous est raconté par Scout, fille d'Atticus, fraîche et attachante, qui n'a pas les mêmes préoccupations que les grandes personnes. Pour elle, la vie se résume à jouer dans le jardin avec son frère et son ami Dill, aller à l'école en courant devant la maison des Radley, essayer d'apercevoir Boo dans sa maison tout en en ayant peur... Son père les préserve de la bêtise humaine et les élève avec des valeurs de respect et de partage. La première moitié du roman ne parle pas du tout du procès mais des jeux d'enfants et de tout ce qui fait la vie de deux gamins de 9 et 11 ans. On s'attache aux personnages, candides et innocents.

La méchanceté des hommes va faire son entrée. Les injures commencent à poindre à l'école, les enfants sont arrêtés sur leur chemin par des adultes n'hésitant pas à leur dire ce qu'ils pensent de leur père. Scout et Jim sont alors mis au courant de l'affaire qui secoue Maycomb et nous rentrons dans la seconde partie du roman, beaucoup plus sombre que la précédente. Là se révèlent tous les préjugés de l'Amérique des années 30. Atticus est commis d'office pour défendre Tom Robinson. Il croit à son innocence et va tout mettre en oeuvre pour démontrer aux habitants de Maycomb qu'être noir ne fait pas d'un homme un assassin ou un violeur. Le procès est l'attraction de l'année et tous sont au tribunal. Que va décider le jury de ce procès? Vous vous en doutez... Mais l'histoire n'est pas terminée pour autant... Tom est-il vraiment coupable? Et quel mystère entoure la maison des Radley?

Un roman sur l'injustice et la bêtise humaine avec des sujets difficiles tels que le viol ou le racisme, cette lecture ne laisse pas indifférent, révolte même. On se demande comment une telle époque a pu exister... Le racisme faisait partie du quotidien et c'est celà qui est effrayant. Heureusement, la vision enfantine de Scout atténue la violence des pensées et ses préoccupations donnent de la fraicheur à cette histoire pesante. A quoi ressemble Boo Radley par exemple, cette homme qui ne sort jamais de chez lui et fait peur aux enfants par son absence?

Une belle leçon sur le droit à la différence.

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jeudi 4 novembre 2010

"Kornwolf" de Tristan Egolf

untitledL'histoire: Owen Brynmor ne comptait plus retourner dans la Pennsylvanie profonde de son enfance, pays provincial et rétrograde partagé entre ploucs américains et amish rigoristes. Mais à peine engagé comme reporter au journal local, il décroche un scoop: le retour du Démon de Blue Ball, cette bête mystérieuse qui jadis ravagea la région... Son enquête l'amène à exhumer la légende du Kornwolf, ce loup-garou qui hanta l'Europe du XVIIème siècle. Mais où s'incarne vraiment le Mal? dans un monstre quelconque, ou parmi les humains qui le pourchassent?

La critique de Mr K: Cette lecture est le résultat de l'obtention d'un partenariat obtenu de haute lutte avec la complicité de Nelfe sur le site de B.O.B. Cela m'a permis de découvrir un auteur fort intéressant: Tristan Égolf. Auteur de trois livres, décédé à 34 ans, ce Kornwolf a été publié de façon posthume en 2009 chez Gallimard. C'est perdu au fin fond de la Dordogne profonde, sur les terres de Jacquou le Croquant que j'ai été littéralement aspiré par cet ouvrage, terminant sa lecture à la lueur des leds de ma lampe frontale vers 3h du matin!

Le thème est universel: une "bête" monstrueuse ravagerait une région et l'on suit l'enquête menée pour démeler le vrai du faux et les réactions des habitants face à cette menace aussi mystérieuse qu'insidieuse, voir à la fin séditieuse! Un passage du livre est d'ailleurs très enrichissant quand le héros compulse un ouvrage qui rassemble toutes les légendes s'apparentant à des "fléaux", des êtres mi-homme mi-bête. On se rend compte que chaque culture, chaque civilisation a "son" loup-garou, "son" vampire. Dans Kornwolf les descriptions d'Égolf sont volontairement vagues, les témoignages "recueillis" parcellaires. L'auteur entretient le mystère autour de la cause du désordre. Balloté, le lecteur navigue constamment en plein brouillard, entre surnaturel, règlement de compte et actes de délinquance.

Dans cette oeuvre, l'aspect "fantastique" n'est qu'un prétexte. À travers ces événements, Égolf nous propose une peinture au vitriol de l'Amérique. Portrait sans concession de l'intégrisme religieux (les amish d'Égolf sont bien loin de ceux du film Witness), le fanatisme de certains membres des forces de l'ordre (l'agent Rudolf adepte du matraquage intensif), les secrets de familles honteux qui éclatent au grand jour, l'étranger dont on se méfie, l'être différent qui cristalise tous les fantasmes et peurs de la populace... On baigne dans la morale cucul, rigide et WASP qui me débecte tellement! Les nerfs sont mis à rude épreuve tant l'auteur enfonce le clou pour nous décrire cette Amérique en pleine dégénérescence. Un sentiment de malaise s'installe peu à peu, à la manière de ce qu'on peut ressentir lors du visionnage de Frankestein, Elephant man ou plus récemment, The Myst: le dégoût et l'injustice qu'inspire une foule poursuivant et invectivant un être solitaire et différent. Ce livre ne peut en aucun cas laisser indifférent.

L'écriture d'Égolf ne ressemble à aucune autre. On a affaire à une prose rageuse, évocatrice mais exigente. Le début du roman peut paraître difficile à saisir et à apprécier car l'auteur change souvent de point de vue, l'expression flirte parfois avec la préciosité (formulations alambiquées et vocabulaire technique) et les personnages sont nombreux. Mais à partir du 3ème chapitre, les fils de la toile commencent à se rejoindre, à former une intrigue et des rebondissements cohérents, plus clairs aboutissant à un dernier acte d'une sauvagerie et d'une folie extrême. Un grand livre, merci B.O.B!

Posté par Mr K à 16:11 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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mercredi 20 octobre 2010

"Cléo" de Fred Bernard

cl_o_rentr_eL'histoire: Je ne suis pas la plus belle
mais pas mal quand même,
je ne suis pas sotte
mais je dis des bêtises,
je ne suis pas folle
mais je dis des sottises,
je n'ai pas trente ans
et je suis une reine.
En amour,
j'ai l'impression d'avoir fait le tour,
mais je cherche mon roi.
Je suis une fille comme les autres ?
Peut-être...

La critique Nelfesque: J'aime bien la 4ème de couverture de cette BD. Ca me rappelle une chanson de Jeanne Cherhal, "Je suis liquide". Toute la contradiction des femmes se tient dans ces quelques phrases. Ces mots et la couverture kitsch m'ont donné envie de découvrir cette oeuvre.

Je m'attendais à découvrir la vie d'une quasi-trentenaire. Une vie décalée, voilà ce que laissait entendre le synopsis. Finalement, c'est à la vie sexuelle de Cléo essentiellement que nous avons affaire et la BD est très branchée cul. J'utilise sciemment le terme "cul" car l'auteur ne fait pas macher ses mots à son héroïne. Les partouzes, elle connait, la branlette aussi, se taper plusieurs mecs dans une même soirée ne lui fait pas peur. Nous voici donc pris dans le récit de ses histoires de fesse qui nous sont livrés sans retenue. Cléo est souvent à poil, elle se balade toute nue, tout le temps (non pas dans la rue quand même!): on voit en détail son passage à la douche, elle danse toute nue dans son appartement... Fred Bernard met à nue Cléo pour nous raconter sa vie sentimentale de femme de bientôt 30 ans, qui peine à trouver l'amour et qui a du mal à se faire à l'idée qu'elle va passer la barre fatidique des 30. Cette fameuse barre où tu es censé avoir trouvé l'homme de ta vie, t'être marié et avoir des enfants. Dur pour une fille qui peine à grandir...

Niveau dessin, je suis assez mitigée. Autant je trouve superbes les dessins pleine page au graphisme travaillé, aux ombrages subtiles où transparait la poésie de l'auteur et la fragilité de Cléo, autant je n'ai pas totalement adhéré aux dessins "casés", moins fournis. Certains passages sont toutefois de toute beauté quand l'auteur part dans des trips poétiques et fait flotter son personnage dans l'air.

cl_o

Au fil des pages on se rend compte que son malaise est plus profond. Ce n'est pas seulement une histoire de fesse qui mine le moral de Cléo mais une difficulté à vivre conformément à des règles préétablies par la morale judéo-chrétien. Les rapports qu'elle entretient avec ses parents, amoureux de l'Egypte et vivant Egypte tous les jours, représentés eux même en Horus et Thot, sont très bien rendus. On sent là toute la complexité de leur relation et la difficulté de communiquer avec Cléo, plutôt attirée par le Japon.

Finalement, "Cléo" est une BD assez complexe au niveau des sentiments qui se lit avec plaisir autant pour l'évolution du personnage et ses réflexions personnelles que pour la poésie de certains dessins.

Posté par Nelfe à 18:37 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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