vendredi 26 avril 2013

"Pour le meilleur et pour l'empire" de James Hawes

 

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L'histoire:Un jeu de télé-réalité au milieu de la jungle tourne à la bérézina. Brian Marley se retrouve seul avec pour uniques compagnons araignées géantes, moustiques sanguinaires et crocodiles affamés. Quasi fou et demi-mort, il s'apprête à enregistrer sur sa caméra un ultime message pour son fils. C'est sans compter sur l'apparition inattendue d'une communauté locale pour le moins étrange...

La critique de Mr K: Changement de registre aujourd'hui dans mes lectures avec ce livre vendu comme un ersatz littéraire des Monty Python. Étant un grand amateur de l'humour anglais à la mode «non sense», c'était l'occasion de recoller à un style que j'apprécie beaucoup mais que j'ai rarement eu l'occasion de côtoyer en livre. Mon avis en fin de course est mitigé.

Tout commence idéalement avec la description d'un jeu télé-réalité tellement difficile et violent qu'on ne peut que se gausser. On est ici loin de la mort d'un candidat lors d'une épreuve de Koh Lanta et à des années lumières d'émissions poubelles qui pullulent sur nos chaînes télé (désolé pour les amateurs de femmes sans cheveux et de shampooing). Six candidats sont ici abandonnés en pleine jungle, sans aucune assistance et ils doivent survivre au sens propre. Dès le début, on comprend que Marley (antihéros classique) est le dernier (et il ne peut en rester qu'un! Sic) car les autres ont soit abandonné soit sont passés de vie à trépas. Le décor est planté, le monde de la télé est beaucoup plus cynique et dangereux que la jungle en elle-même. Complètement exténué, Marley va tomber évanoui et va se réveiller au sein d'un groupe humain bien particulier où seule la folie douce semble régner... je n'en dirai pas plus pour ne pas dévoiler le mystère.

Mais voilà, un bon pitch ne fait pas forcément un très bon bouquin. Certes on rit énormément par moment et les formulations sont bien senties mais le souci réside dans l'écriture que j'ai trouvé ampoulée donc pesante pour le pauvre lecteur. Il y a un côté rebutant dans la prose de Hawes qui empêche que l'on si plonge avec délice et sans filet. J'ai de plus en plus traîné la patte au fur et à mesure de ma lecture et je dois avouer que j'ai fini sur les rotules en toute fin d'ouvrage. Déception aussi vis-à-vis de la manière dont l'auteur s'y est pris pour mener son récit. On quitte très vite la jungle et les événements ubuesques qui s'y déroulent pour plonger dans le passé du principal personnage. Le procédé du flashback aurait pu être intéressant s'il ne s'apparentait pas à un catalogue de situations pseudo-rigolotes qui n'apportent pas vraiment grand chose à la trame principale. Il y a quand même quelques passages succulents, je ne résiste d'ailleurs pas à vous reproduire ci-dessous un portrait au vitriol d'une frange de la jeunesse d'aujourd'hui:

Dans la vieille golf Gti blanche et rouillée à, cause de laquelle Grant Brodie venait de friser la crise cardiaque pour la deuxième fois de la soirée, l'air était saturé d'une fumée âcre et entêtante aux relents de fauve et de fumier, et le beat suramplifié de l'album de 50 cent «Get Rich or die trying»faisait vibrer les panneaux en plastique de l'habitacle. Les occupants de la voiture étaient tous de jeunes Blancs au teint pâle, âgés de dix-sept ou dix-huit ans. Ils avaient passé la mâtinée à trainer dans des piaules pourries, loin de leurs familles décomposées, avachis sur des canapés achetés à crédit, à s'abrutir devant des jeux vidéo bourrés de scènes de massacre et de pornographie ou à se gaver de pubs vantant des biens de consommation qu'ils n'auraient jamais les moyens d'acquérir alors qu'ils étaient censés leur apporter à coup sûr le bonheur; l'après-midi, ils l'avaient consacré à soulever des poids et à suivre un cours de gym-combat dans la salle polyvalente de leur quartier, afin de préparer leurs corps à des efforts que la vie ne leur demanderait jamais. Et maintenant, ils étaient partis s'éclater en voiture. Dans leur imaginaire inondé de testostérone, leur voiture n'avait pas la fonction d'un moyen de transport, mais celle d'une arme leur permettant d'exhiber leur virilité, et dont le manque de prestige ne pouvait être compensé que par la témérité suicidaire avec laquelle ils en faisaient usage: c'était le seul moyen qu'ils avaient pour marquer de leur aigre urine d'adolescents ce monde qui ne les respectait pas. Alors qu'ils approchaient à présent de ce bref et vertigineux apogée de leur force physique, de leur puissance sexuelle et de leur indice musculo-graisseux, ils restaient en carafe à l'extérieur du grand Club de la Vie, à baver devant ce qui brillait en vitrine et à regarder de vieux cons dégarnis d'au moins trente berges monopoliser les belles bagnoles de sport, les belles gonzesses genre top model, les plages immenses de sable blanc et autres lofts à partouze. Au demi-milliard d'années d'évolution présociale qui bouillait dans leurs veines s'ajoutait à présent le cri massivement hurlé à la jeunesse par le marketing moderne: «profitez-en maintenant que vous êtes jeunes et vifs». Afin de montrer à quelle sous-tribu ils appartenaient quand ils se trouvaient dans des lieux par ailleurs socialement anonymes, où la musique était si forte qu'il était impossible de communiquer par la parole, tous arboraient diverses pièces d'habillement ostensiblement estampillées NPR, nom de la ligne de sportswear dessinée par Steve «Skagga» Tomb, le pape de ce qui déchirait chez les Ricains. Sur leurs T-shirts trop grands, sur leurs pantalons trop larges, sur leurs casquettes, sur leurs sweats à cagoule anti-caméras de surveillance et sur leurs baskets à coussins d'air, c'était tout ce qu'on lisait, NPR, ce qui, bien sûr, veut dire Ne Pas réanimer et si t'as besoin qu'on te le précise alors ha! Ha! Excuse-moi eh bouffon mais qu'est-ce qu'on en a à foutre de ce que tu penses de toute façon, hein? Hein?

Sachez donc que l'auteur a vraiment une imagination débordante et que j'ai tout lu à propos de cet ouvrage. Les opinions sont tranchées et Pour le meilleur et pour l'empire n'a laissé personne indifférent. À vous de vous laisser tenter si le cœur vous en dit!


lundi 18 mars 2013

"Je nous trouve beaux" de Cyril Montana

montanaL'histoire: On peut avoir 40 ans, une femme, deux enfants, un métier et se conduire comme un ado plus que border line. Surtout quand on a été élevé par des parents soixante-huitards, qu’on vient de perdre sa grand-mère adorée et que son propre fils vient de fuguer.
"Je nous trouve beaux" est le portrait drôle et tendre d’un quadra qui a autant peur de vieillir que de ne pas être à la hauteur de ses responsabilités de père au sein d’une famille recomposée. Et qui est prêt à tout pour s’en libérer.

La critique Nelfesque: J'aime les romans contemporains qui traitent de la vie de tous les jours. Je les aime d'autant plus quand on en retire quelques choses et qu'ils font réfléchir. "Je nous trouve beaux" fait partie de la première catégorie mais malheureusement pas plus.

J'ai lu ce roman d'une seule traite. J'étais pourtant fatiguée mais je n'ai pas décroché de cet ouvrage de la première à la dernière page. Point positif donc pour "Je nous trouve beaux", il n'est pas ennuyeux et le style de l'auteur est fluide. Ce dernier point est autant un avantage qu'un inconvénient. En effet, plus qu'avoir une écriture fluide, Cyril Montana écrit comme il parle... Alors certes son roman se lit bien, se digère bien mais on en ressort limite abruti, comme lorsque l'on vient de se regarder une émission sans grand intérêt à la télévision et que l'on se dit qu'on aurait pu profiter de ce temps libre pour faire autre chose au lieu de végéter devant une émission prémâchée. "Je nous trouve beaux" est exactement cela: un roman easy reading.

Les pages se tournent, l'histoire suit son cours et on s'aperçoit peu à peu que cette dernière n'est ni plus ni moins que celle de la vie de tout un chacun. Rien d'extraordinaire dans la vie du personnage principal, rien de dramatique non plus (j'ai tout de même été émue par l'épisode de l'accident de sa grand-mère et de son séjour à l'hôpital). Rien de quoi en faire un roman en somme!

J'ai poursuivi ma lecture, tout de même avec plaisir grâce au style fluide déjà évoqué plus haut, mais en me demandant si la fin allait sauver l'ensemble. Et bien... non... même pas... Il n'y a pas vraiment de fin et le roman aurait pu continuer ainsi indéfiniment...

Bilan mitigé (tendance "moins") pour ce roman qui sera aussi vite oublié que lu. Dommage car certains aspects auraient mérité d'être plus développés comme l'expérience du personnage principal chez les francs-maçons ou encore sa relation avec sa grand-mère. "Je nous trouve beau" n'est donc pas un roman indispensable en littérature contemporaine sans être désagréable pour autant.

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mercredi 13 mars 2013

"Au bout du conte" d'Agnès Jaoui

au bout du conte affiche

L'histoire: Il était une fois une jeune fille qui croyait au grand amour, aux signes, et au destin ; une femme qui rêvait d’être comédienne et désespérait d’y arriver un jour ; un jeune homme qui croyait en son talent de compositeur mais ne croyait pas beaucoup en lui.
Il était une fois une petite fille qui croyait en Dieu.
Il était une fois un homme qui ne croyait en rien jusqu’au jour où une voyante lui donna la date de sa mort et que, à son corps défendant, il se mit à y croire.

La critique Nelfesque: Je suis une grande amatrice de Bacri (la preuve, ma toute première adresse mail (chez Caramail (ça me rajeunit pas...)) y faisait référence. C'est dire! J'aime son côté bougon, désabusé de tout, qui est sa marque de fabrique. Je me suis donc dirigée vers le cinéma, en ayant vu quelques teasers, toute enthousiaste.

Histoire de donner le ton de ma critique tout de suite, autant le dire d'emblée: heureusement qu'il y a Bacri dans "Au bout du conte"! Il fait son Bacri à la perfection. Heureusement aussi qu'il y a Agnès Jaoui. C'est simple, ce sont les seuls qui jouent bien! Ou alors peut être est-ce le fait qu'ils ont chacun une aura particulière, une façon de jouer bien à eux, car tous les autres personnages semblent bien fades à côté. Je suis un peu vache, je sauverai tout de même Nina Meurisse qui tient le rôle de Clémence, un personnage secondaire.

Au bout du conte

Benjamin Biolay, dont j'aime l'univers artistique et les albums et qui m'avait agréablement surprise dans "La Meute", interprète le rôle de Maxime comme une moule. Mono-expressif, il tient certes le rôle intéressant du chien dans le jeu de quille (ou plutôt ici du loup dans le conte) mais alors qu'est ce qu'il est mou et chiant!

Je suis assez mitigée sur ce film. Je lui trouve des qualités comme l'originalité du traitement, les plans de début de scènes picturaux, les scènes donnant la part belle à Bacri qui sont les seules à m'avoir fait rire ou sourire (parfois même émue, comme celle où il prend son fils adultes dans ses bras pour la première fois), mais je lui trouve aussi beaucoup de défauts. Le jeu des personnages dont j'ai déjà parlé, le rythme lent qui fait frôler l'ennui aux spectateurs, le côté décousu de ce long métrage et le sentiment qu'au final ce film ne mène nul part. C'est un peu dommage tout de même...

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Je ne sais pas bien où Bacri (co-scénariste) et Jaoui (co-scénariste et réalisatrice) ont voulu nous mener avec "Au bout du conte", la morale qu'ils ont voulu nous en faire ressortir... Que la vie n'est pas un long fleuve tranquille? Qu'il faut assumer ses choix dans la vie? Moui, bon, ça on le savait déjà et ça a déjà été mis en lumière de façon plus talentueuse auparavant... Je m'en veux presque d'écrire cela car j'aurai tant aimé ressortir de la séance le sourire aux lèvres avec l'impression d'avoir vu un film à part comme pour "Cuisine et dépendance", "Un air de famille" ou l'excellentissime "On connait la chanson" qui est un de mes films préférés. Au lieu de cela, il n'est pour moi, au bout du compte (héhé), qu'un film sympatoche mais sans plus.

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La critique de Mr K: 2/6. Grosse déception pour moi. Ca faisait longtemps que je ne m'étais pas ennuyé autant. Pourtant, je partais avec un bon à priori ayant aimé Le goût des autres, Un air de famille et autre Cuisine et dépendance. En plus, un petit air de conte de fée n'était pas pour me déplaire. Mais voila, le film ne décolle jamais vraiment, suit des méandres plus ou moins heureux ce qui donne trois / quatre scènes délectables pour beaucoup de longueurs où l'on ne voit pas trop où veut nous emmener les scénaristes. Il n'était pas trop tard et j'étais en forme. Heureusement!

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Bon et les acteurs me direz-vous? Mention spéciale à Benjamin Biolay qui joue ici spécialement mal mais dont le personnage à la fois commun et crapuleux à souhait m'a bien plu avec des répliques bien senties et aussi glaçantes que la peau d'un reptile. Bacri fait du Bacri mais comme il le fait remarquablement bien, ça passe. A défaut de surprise, sa mauvaise humeur quasi légendaire fait toujours mouche. Je n'ai pas trouvé Jaoui particulièrement crédible dans son rôle de maîtresse d'école au mode de vie bohême-décalé car ayant cotoyé et cotoyant toujours des personnes dites "décalées" je trouve qu'ici le rôle sonne creux et plus bobo qu'autre chose. Le personnage de Laura (le chaperon rouge) est à tarter tant elle a des réactions de neurasthénique sous pillule, Sandro (le beau jeune homme) bien que touchant de par son bégaiement m'a semblé bien fade... un peu à l'image de ce film un peu lénifiant, un peu marrant, un peu niais, mais surtout soporifique au possible.

On va rattraper le coup dans les jours qui viennent pour Le printemps du cinéma.

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samedi 9 mars 2013

"Room" d'Emma Donoghue

roomL'histoire: Sur le point de fêter ses cinq ans, Jack a les préoccupations des petits garçons de son âge. Ou presque.
Il ne pense qu'à jouer et à essayer de comprendre le monde qui l'entoure, comptant sur sa mère pour répondre à ses questions. Celle-ci occupe dans sa vie une place immense, d'autant plus qu'il vit seul avec elle dans la même pièce, depuis sa naissance. Il y a bien les visites du Grand Méchant Nick, mais la mère fait tout pour éviter à Jack le moindre contact avec lui. Jusqu'au jour où elle comprend qu'elle ne peut pas continuer à entretenir l'illusion d'une vie ordinaire. Elle va alors tout risquer pour permettre à Jack de s'enfuir.

La critique Nelfesque: Je n'avais encore jamais entendu parlé de ce livre. J'ai flashé sur la quatrième de couverture qui présente un enfant en proie à des souffrances morales (conscientes ou inconscientes). Au risque de passer pour une dérangée, j'aime ce genre d'histoires qui mélangent drames familiaux et complexité des sentiments... J'ai donc ouvert la première page de "Room" et j'ai été prise en otage par Emma Donoghue!

J'ai failli dire "kidnappée" mais le mot aurait été mal choisi ici... La jeune femme, maman de Jack, âgé de 5 ans, a justement été kidnappée il y a 7 ans par le Grand Méchant Nick. Depuis, elle vit dans une chambre, La Chambre, dans une cabane au fond du jardin. Une cabane "grand luxe" puisqu'elle est équipée d'une porte blindée, de murs ultra isolés phoniquement, de grillage anti intrusion sous le sol... Une vie entre 4 murs d'où on ne peut s'échapper.

Dans cette pièce, comme dans un tombeau éclairé par une unique lucarne sur le toit, elle va donner naissance à Jack. Son rayon de soleil, sa raison de vivre, sa porte de sortie dans un quotidien fait d'angoisse. Ce petit garçon est comme tous les petits garçons, exception faite qu'il ne connait rien d'autres que son environnement immédiat. Madame Télé lui raconte des histoires, Monsieur Tapis est son aire de jeu, Madame Table protège Madame Araignée qui tisse sa toile dessous. Monsieur Mur Côté Lit et Monsieur Mur Côté Porte sont ses uniques repères. Pour lui, cette vie est normale... Maman lui donne son Doudou-Lait, joue avec lui à la course autour de Monsieur Lit, lui lit des histoires. Tout va bien. Maman est là. Mais un jour, elle lui explique ce qu'il s'est vraiment passé et il découvre qu'un Dehors existe. La chambre n'est pas le monde réel. Ensemble, ils vont mettre au point un plan pour s'évader et Jack va se montrer très "peurageux". Il va alors prendre la réalité de plein fouet.

Ce roman est un bijou et j'ai vraiment été touchée par cette lecture. L'auteur a écrit cet ouvrage avec des mots d'enfants, des raisonnements d'enfants... Dérouté au départ, le lecteur se laisse attendrir par ce petit bonhomme si fort et si fragile. Sa relation avec sa mère, pure et belle, nous rappelle que l'essentiel est là mais n'est pas forcément suffisant. Cette mère, dont on ne connaitra jamais le prénom, a vu sa vie basculer à l'âge de 19 ans et à 26 elle va devoir réapprendre à vivre sans brusquer son petit garçon. S'évader de la Chambre est un pas mais le chemin est encore long vers la libération.

Le roman est contruit en plusieurs parties: "Mes cadeaux", "Pour de vrai", "Mourir", "Après" et "Le dehors". Chaque page qui se tourne est une claque. L'amour filial, le regard d'une mère pour son fils dans l'horreur de l'enfermement, la création d'un monde à part, la découverte de l'inconnu, le réapprentissage de la vie pour l'un et la découverte de la vraie vie pour l'autre sont autant de sujets abordé dans "Room" de façon pudique et poignante.

Je vous conseille fortement cette lecture qui je pense me marquera longtemps à l'image d'un "Des fleurs pour Algernon" de Daniel Keyes (dans un autre genre). C'est le type de romans dont on ne ressort pas indemne, qui fait réfléchir sur la vie et nous incite à la vivre à 100%. Une grosse claque!

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mardi 19 février 2013

"La Page blanche" de Pénélope Bagieu et Boulet

lapageblancheL'histoire: Une jeune femme reprend ses esprits sur un banc sans se rappeler ni de son nom ni de ce qu’elle fait là. Menant l’enquête tant bien que mal, elle tente de recouvrer la mémoire et de retrouver son identité. Mais que va-t-elle découvrir ? Un passé romanesque fait de drames et de romances ou l’existence banale d’une femme ordinaire ? Et dans ce cas, saura-t-elle devenir quelqu’un après avoir été quelconque ?

La critique Nelfesque: Je suis une inconditionnelle de Boulet. Il pourrait dessiner "La petite maison dans la prairie" que je serai toujours aussi fan! Il a une folie dans ses histoires où je me retrouve complètement, un humour qui me fait faire pipi dans ma culotte (j'exagère à peine) et un dessin vraiment superbe et riche en détails. Pour "La Page blanche", c'est lui qui est au scénario et rien que pour ça j'ai envie de dire "peu importe qui tient le stylet de la tablette (oui parce que c'est comme ça maintenant, on ne dessine quasi plus à l'ancienne (triste monde tragique)), il FAUT que je lise cette BD!!!".

Le stylet, c'est Pénélope Bagieu qui le tient. Bingo! Je lis son blog depuis des lustres maintenant et j'ai beaucoup aimé "Joséphine". Double effet Kiss cool pour "La Page blanche"!

On est ici bien loin de l'univers de "Joséphine" et des "Notes" de Boulet. Pas de larmes au coin des yeux parce qu'une situation vous fait mourir de rire ni de blagounettes qui enfoncent des portes ouvertes mais transpirent la réalité. Le ton est d'emblée plus soft. Une certaine mélancolique se dégage de ces pages et l'ensemble plonge le lecteur dans une sorte de sentiment cotonneux.

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Notre héroïne se retrouve un soir d'automne assise sur un banc parisien et confrontée à un black out total sur sa vie. Elle ne se rappelle plus son nom, son adresse, son travail, ses amis... Mise à part qu'elle est visiblement jeune et qu'elle vit dans la capitale française, tout le reste est à redécouvrir.

C'est ce chemin vers la connaissance d'elle-même que Pénélope Bagieu et Boulet nous fait arpenter dans "La Page blanche". Elle va enquêter sur sa propre vie, glâner des indices auprès de ceux qui la connaissent, découvrir une jeune femme dont elle ignore tout et parfois ne souhaiterait pas retrouver.

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J'ai été surprise par cette bande dessinée qui nous donne à voir un côté plus sombre des deux auteurs, révélant leur face sensible et quelque part leur vision de la vie. Je savais déjà Boulet capable de ce genre de choses (je vous l'ai dit, je suis fan) par contre de Pénélope je ne connaissais que le côté girly et ce fut très agréable de la voir dans un autre registre.

L'humour est tout de même présent sur certains planches, permettant de détendre une atmosphère assez lourde. On se prend d'affection pour cette jeune femme et l'oppression qu'elle ressent nous donne envie d'ouvrir la fenêtre et de prendre un grand bol d'air.

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Je conseille la lecture de cette BD qui met le doigt en douceur sur des sujets tels que le poids des apparences et du quotidien, l'appartenance à des clans sociaux et surtout fait réfléchir le lecteur au sens qu'il veut donner à sa vie. Tout un programme! La Vérité est ailleur (comme dirait Mulder...)!

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samedi 9 février 2013

"Tu verras" de Nicolas Fargues

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L'histoire: Mon père me criait de remonter mon jean au-dessus de mes fesses, de cesser d’écouter des chansons vulgaires sur mon iPod, de rapprocher mes coudes à table et de ne pas faire la tête chaque fois qu’il voulait m’emmener au musée. Il ajoutait toujours : "Plus tard, tu comprendras que c’est pour ton bien que je te disais ça, tu verras."

La critique Nelfesque: Nicolas Fargues a reçu le prix Télérama-France Culture 2011 pour "Tu verras" et en le lisant on se dit que c'est amplement mérité. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en commençant ce roman. J'en suis ressortie bouleversée.

Les quelques lignes de la quatrième de couverture laissent entrevoir une relation père/fils difficile, une relation ado/adulte faite de tension, de contradiction et d'amour mélés. Entre les lignes, on voit également pointé le regret. "Tu verras" est tout cela à la fois. Centrée sur le père de famille qui est ici le narrateur, l'histoire est celle d'un père et son fils. Un père qui veut le meilleur pour son gamin, qui souhaiterait le voir vivre une vie d'adulte épanoui, ouvert et cultivé mais qui va devoir faire face au cauchemard de tout parent: la perte d'un enfant.

La plume de Nicolas Fargues est superbe. Tout en retenue, il use de mots simples pour transmettre au lecteur des sentiments bruts. Il se dégage de ces pages une ambiance à la fois triste, douce et appaisante. On suit ce père dans l'acceptation du deuil, dans ses souvenirs de relation tantôt dure tantôt complice avec son fils. Ce gamin, pas encore un homme, qui aime son père mais souhaite s'affirmer en allant à l'encontre de ce qu'il prône. Un ado un peu rebelle, ancré dans son époque (MSN, Facebook, rap...) tout en restant un petit enfant aimant et attendrissant.

Ce père se repasse le film de la vie de son fils en posant un focus sur les petits moments du quotidien où à postériori il se trouve vieux-jeu, autoritaire, dur et lamentable. Pour une éducation qu'il voulait bonne, il est ainsi passé à côté de son fils si prématurément perdu. Maintenant il se retrouve seul et empli du regret de ne pas l'avoir assez aimé.

Nicolas Fargues pose ici des questions d'éducation, d'écoute de l'autre. Il s'interroge sur la notion même d'amour filiale. Vaste programme, vaste débat. J'ai lu que c'est en immaginant perdre son propre enfant que l'auteur a accouché de ce roman si touchant et beau. Il n'a pas la solution pour aider ce père, la frontière entre le bien et le mal est floue, chacun y verra des messages différents selon sa propre éducation et sa propre vision de la vie. Là où certains verront un bon père, d'autre le trouveront minable. Il rabachait sans arrêt à son fils qu'il portait ses jeans trop bas sur les fesses, qu'il écoutait de la musique de sauvage, que ses copains n'étaient peut être pas les fréquentations idéales...

Cependant, il ignorait tout de ce fils qu'il pensait connaitre sur le bout du coeur. Il ignorait ses talents de poète. Il ignorait jusqu'où il serait capable d'aller pour l'amour d'une fille. Maintenant, il le sait... et cette connaissance a un goût amer. Le final du roman peut surprendre mais c'est la suite logique de la vie. Continuer d'avancer malgré tout...

Avec "Tu verras", l'auteur nous emmène dans une litanie aux phrases longues qui nous berce, nous transporte et nous fait vivre un moment intense. Un très beau roman tout simplement.

Ce livre a été lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict avec les éditions Folio. Merci à eux.

 

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lundi 4 février 2013

"Le prisonnier du ciel" de Carlos Ruiz Zafon

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L'histoire: Des secrets de sinistre mémoire viennent hanter Daniel Sempere et son ami Fermín, les héros de L'Ombre du vent.
Barcelone, Noël 1957. À la librairie Sempere, un inquiétant personnage achète un exemplaire du Comte de Monte Cristo. Puis il l'offre à Fermín, accompagné d'une menaçante dédicace. La vie de Fermín vole alors en éclats. Qui est cet inconnu ? De quels abîmes du passé surgit-il ? Interrogé par Daniel, Fermín révèle ce qu'il a toujours caché.
La terrible prison de Montjuïc en 1939. Une poignée d'hommes condamnés à mourir lentement dans cette antichambre de l'enfer. Parmi eux Fermín et David Martín, l'auteur de La Ville des maudits. Une évasion prodigieuse et un objet volé...
Dix-huit ans plus tard, quelqu'un crie vengeance. Des mensonges enfouis refont surface, des ombres oubliées se mettent en mouvement, la peur et la haine rôdent.

La critique de Mr K: Ce livre était le cadeau de Noël 2012 de mes parents qui m'avait convertis à cet auteur ibère avec Le Jeu de l'ange. J'avais embrayé directement avec L'Ombre du vent et j'étais tombé sous le charme de Marina quelques temps après (son meilleur ouvrage à mes yeux). Ironie du sort, sachant mes géniteurs fort amateurs de Zafon, je leur ai offert le même livre pour Noël aussi, comme quoi les grands esprits se rencontrent et que les chiens ne font pas des chats. Je pars toujours avec un à priori positif quand je débute un livre de cet auteur. J'ai tellement été charmé par son écriture et par le background de ses histoires que c'est avec un grand sourire aux lèvres que je débutai ma lecture...

Quel plaisir de replonger dans la Barcelone intemporelle chère à cet auteur catalan. Dans Le prisonnier du ciel, deux époques se chevauchent au fil du récit. Il y a d'abord la Barcelone des années 50/60 où l'on suit Daniel Sempere et son ami haut en couleur Fermin. On re-rentre dans la librairie Sempere père et fils et très vite on sait qu'une menace nouvelle plane sur Fermin qui dans ce volume est clairement le personnage principal. On le retrouve d'ailleurs régulièrement dans certains chapitres, dans sa jeunesse quand il a été embastillé dans la forteresse franquiste surplombant la ville de Barcelone. Il va y faire la rencontre clef de sa vie, s'en échapper par un moyen peu orthodoxe et son existence sera à jamais changée. Ce constant va et vient entre deux époques densifie l'histoire et lève le voile sur certains pans des histoires narrées dans les précédents volumes consacrés au cimetière des livres oubliés. À ce propos, ne vous attendez pas à des révélations fracassantes sur ce dernier, l'auteur ne l'évoquant qu'à la toute fin du roman et il faut bien avouer que cela arrive comme un cheveu sur la soupe.

On retrouve dans Le prisonnier du ciel tout le talent de l'auteur pour planter le décor et décrire une époque. Des passages sont vraiment effrayants notamment dans la description des geôles fascistes et les pratiques des tortionnaires et autres bras armés de Franco. Au détour d'une page, Zafon ressuscite même l'abominable inspecteur Fumero pour une séance de torture atroce dont il a le secret (le flasback est décidément une technique bien pratique pour se faire se relever les morts). Zafon peint sans concession cette nouvelle Espagne qui se rêvait supérieure à ses voisin mais qui ne s'est révélée qu'un régime autoritaire et injuste dont les plaies ne sont pas encore pansées et dont le souvenir reste vif outre Pyrénées. Les personnages sont toujours aussi riches en terme de psychologie et ce volume complète par petites touches tous les aspects déjà entraperçus même si tout n'est pas révélé loin de là... Vous l'avez compris, Zafon n'en a pas terminé avec les Sempere!

Malgré toutes ces indéniables qualités, je suis resté sur ma fin. Tout d'abord quand on repense à l'histoire en son entier, il n'y a finalement pas grand chose à se mettre sous la dent dans Le prisonnier du ciel. Il y a certes de belles fulgurances mais il se dégage une impression générale de creux. De plus, la toute fin du récit lance une piste pour une possible suite que je trouve téléphonée et prévisible (pour ne pas dire artificielle). Mais bon... je suis près à tout pardonner à Zafon pour avoir le plaisir de le relire et il m'a fallu très très peu de temps pour terminer Le prisonnier du ciel, preuve s'il en est de la réussite de cet ouvrage et de ses qualités. L'intérêt ne se dément jamais et il est très difficile de relâcher le livre avant la fin. En attendant la suite à venir, je vais devoir m'atteler à lire ses œuvres de jeunesse qui sont sorties en poche depuis peu. Gageons que j'y retrouve tout le plaisir que j'éprouve en lisant l'œuvre de cet auteur ô combien talentueux!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- L'Ombre du vent
- Le Jeu de l'ange
- Marina

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mardi 29 janvier 2013

"Rebecca" de Daphné Du Maurier

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L'histoire: Dès les premières heures à Manderley, somptueuse demeure de l'ouest de l'Angleterre, le souvenir de celle qu'elle a remplacée s'impose à la jeune femme que vient d'épouser Maxim de Winter. Rebecca, morte noyée, continue d'exercer sur tous une influence à la limite du morbide. La nouvelle madame de Winter, timide, effacée, inexpérimentée, se débat de son mieux contre l'angoisse qui l'envahit, mais la lutte contre le fantôme de Rebecca est par trop inégale.

La critique de Mr K: Une fois de plus, c'est chez l'abbé que je suis tombé sur ce livre. Considéré comme un classique par de nombreux lecteurs et lectrices, je sautais le pas en l'acquérant et il y a peu en le lisant. C'était le début d'une plongée enivrante dans le domaine de Manderley où je faisais la connaissance de personnages bien mystérieux au centre d'une histoire nébuleuse à souhait.

Le livre commence par la rencontre et le début d'idylle entre Maxime de Winter, riche aristocrate anglais veuf et de la jeune narratrice. Tout commence comme un conte de fée et très vite ils célèbrent leur union dans la plus stricte intimité et partent pour l'Italie pour leur voyage de noce. L'histoire débute vraiment quand ils rentrent à Manderley, la maison familiale des De Winter. Une menace plane sur la frêle épouse, Rebecca l'ancienne maîtresse de maison bien que morte dans de mystérieuses circonstances semble encore là. Son aura et sa personnalité ont tellement marqué les lieux que la jeune nouvelle épouse de Maxime De Winter étouffe et ne peut s'imposer de part sa nature effacée et humble (peut-être trop diront certains). C'est le début d'un étrange récit mêlant à la fois la description de la vie quotidienne de la nouvelle Madame De Winter et une enquête pour lever le voile sur les circonstances de la noyade de Rebecca.

J'avais vu, il y a déjà quelques années, l'adaptation brillante qu'en a tiré Hitchcock même si à l'époque je n'avais pas lu le roman originel. Je connaissais donc le twist final de ce roman avant de le lire mais malgré cela, j'ai adoré cette lecture qui me marquera pour longtemps. L'écriture de Daphné Du Maurier est une merveille de finesse, de raffinement et de douceur. Pas une lourdeur, mais une langue qui fond dans la bouche comme un excellent chocolat de Noël, les lignes et les phrases s'enchaînent avec délice pour le lecteur qui tombe immédiatement sous le charme de la vieille demeure de famille, ce manoir fleuri à outrance au bord de la mer qui a connu bien des événements durant son existence. Manderley est un personnage à lui tout seul et on en explore le moindre recoin au fil des rebondissements de ce récit dense. L'auteur nous présente des personnages ciselés à merveille au premier rang d'entre eux, l'épouvantable Miss Danvers (la domestique en chef de Manderley) qui ne s'est jamais remise de la disparition de son ancienne maîtresse. Avec elle, on oscille toujours entre interrogation et répulsion, ceci jusqu'à la toute fin du roman. Le personnage de Maxime est lui aussi fort intriguant et là encore, c'est à la toute fin de l'ouvrage que nous pouvons saisir sa psychologie dans son intégralité. L'héroïne quant à elle navigue à vue et comme elle peut dans cet univers qui lui est étranger et qui semble la rejeter. On suit ses états d'âme et sa lente descente aux enfers (aaah la scène du bal masqué est terrible!). N'oublions pas évidemment Rebecca sur la personnalité de laquelle le voile se lève peu à peu et qui continue à vivre à travers le regard et les actes des habitants de Manderley (jamais un fantôme n'aura été aussi vivant!).

J'ai pris littéralement mon pied avec cette lecture. Daphné Du Maurier n'a pas son pareil pour décrire l'humain dans toute sa complexité et maîtrise son histoire du début à la fin. Cette dernière m'a littéralement cueilli comme lors du visionnage de son adaptation précédemment citée et il en restera longtemps quelque chose dans ma mémoire. Un petit bémol cependant, la fin est trop abrupte à mon goût et j'aurais sans doute prolongé le plaisir sur une vingtaine de pages en plus pour clôturer le récit plus définitivement. Mais je ne vais pas bouder mon plaisir et je ne peux que vous inciter très très fortement à lire cette oeuvre à nulle autre pareille qui vous enchantera par la forme et vous fera frémir (un peu seulement je vous rassure) sur le fond. Un must de plus à mon actif.

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jeudi 17 janvier 2013

"La bête immonde" de Jann Halexander

la bête immonde

L'histoire: Maggelburg, quelque part en Europe. Une jeune femme enquête sur la mort de son frère, dont le corps a été retrouvé à la lisière d'une forêt surnommée la forêt des Charniers.

La critique de Mr K: En novembre dernier, nous avons été contacté Nelfe et moi pour visionner et donner notre opinion sur ce film. Notre interlocuteur nous avait prévenu en nous précisant que c'était tout l'un ou tout l'autre: soit on aime, soit on n'aime pas ce long métrage. Disons-le clairement, nous appartenons à la deuxième catégorie et un pote qui était de passage le soir du visionnage a cru que l'on voulait se débarrasser de lui en lui montrant ce film! C'est dire qu'il est réussi...

Le synopsis au dos du DVD est court mais suffisant. Il ne se passe pas grand chose durant les 52 minutes du film et franchement je m'attendais à autre chose. Est-ce le gugusse déguisé en membre du Ku Klux Klan? La joli nana planquée derrière son arbre? La Bande Annonce aussi sommaire que bizarroïde? En tous les cas, je m'attendais à un pur film du genre slasher en forêt avec hémoglobine et gonzesses à poil style série Z des familles... Et ben non! Mr K est un âne, il s'agit ni plus d'un moins qu'un pseudo pensum sur le racisme, ses ramifications et le côté pas "bien du tout" de ce type de comportement ou réaction! Perso, j'ai rien contre les films à message mais on est bien loin d'un American story X! Jugez du peu.

Les acteurs sont totalement à la rue et non dirigés, des passages sont tout bonnement ubuesques tant les dialogues sont ringues et tournent à vide (mais... mais... qui me parle?). Bon certes, l'actrice jouant le rôle principal est jolie mais franchement un rôle de plante verte aurait été plus à la mesure de son talent (j'espère qu'elle a continué ses études pour voir l'avenir avec espoir...). Vous allez dire que je suis méchant... mais franchement, il faut le voir pour le croire! La seule personne du casting qui s'en sort (et encore, c'est limite!) est Maïk Darah (voix française de Woopy Goldberg) qui par sa science du placement de voix joue plus ou moins bien... Les reportages de la télé locale reconstitués par le réalisateur sont particulièrement affligeants, on n'y croit pas un moment avec des interviews de faux racistes de base bien stéréotypés et caricaturaux qui sont plus navrants que choquants.

LA BETE IMMONDE 1

Et la forme alors... ben c'est à la mesure du reste. Halexander ne sait pas tenir une caméra et encore moins cadrer. Contre-jour, mauvais raccords, cadrages hideux (ah, le passage où les acteurs principaux regardent par la fenêtre de l'appartement...). Seule petite lueur d'espoir, la musique qui, bien que simpliste et déjà entendue, place une micro-ambiance bien glauque (ben oui, je suis un bon gars et je cherche des points positifs). On a affaire à une espèce de film de fin d'étude mal fichu qui se donne de l'importance et finalement tombe à plat.

LA BETE IMMONDE 2

Désolé donc pour les auteurs de cet ovni même pas drôle, je ne peux que déconseiller ce film tout en sachant qu'une critique n'est que le reflet de mon opinion et que je ne suis pas détenteur de la Vérité absolue (sauf pour mon chat). Si certains d'entre vous cependant souhaite tenter une expérience hors du commun, si la vie vous paraît laide et désespérée, si votre belle voisine est une peau de vache doublée d'une sadique, si votre chat ne pense qu'à dormir sans jamais venir vous faire des câlins... bref, si votre situation est désespérée, franchement foncez! Vous verrez que finalement la vie... ça vaut le coup!

Pour plus d'info sur le film: voir le blog consacré à ce dernier.

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lundi 31 décembre 2012

"Les morts ont tous la même peau" de Boris Vian

les-morts-ont-tous-la-meme-peau

L'histoire: Ce roman raconte l'histoire de Dan, un sang-mêlé (un noir à peau blanche) ayant réussi à se faire une place dans la société des blancs sans que ceux-ci ne sachent rien de ses origines. Sa vie était parfaite jusqu'au jour où un homme disant être son frère vient lui réclamer de l'argent en le menaçant de raconter aux gens ses vraies origines. Menacé, Dan assassinera «son frère», allant au-devant de graves ennuis et d'autres crimes.

La critique de Mr K: C'est chez l'abbé que le présent volume m'a tendu ses petits bras. L'écume des jours est sans aucun doute le livre que j'amènerai sur une île déserte s'il me fallait réduire mes bagages littéraires à un seul livre. C'est dire l'admiration que je porte à cet auteur hors norme qu'est Vian. Dans le même style, j'avais aussi aimé L'automne à Pékin. Avec Les morts ont tous la même peau, je m'attaque à un autre pan de l'œuvre de Boris Vian, sa période américaine comme on dit. Il signait alors ses œuvres du nom de Vernon Sullivan.

Dans ce récit, nous suivons le parcours d'un être torturé. Tout tourne autour du racisme avec cet être blanc, fils d'un noir qui n'accepte pas ses origines et qui a tout fait pour oublier ses origines. Il est videur dans un bar de nuit, trompe sa femme qu'il adore (si si, il paraît que c'est possible!) et mène une vie réglée au maximum. Tout bascule le jour où son frère de sang (noir lui) reprend contact avec lui et lui demande de l'argent. Tout ressurgit, sa carapace s'effondre et le héros commet l'irréparable. C'est le début de la descente en Enfer!

Clairement, le style est très différent et j'ai été déçu. Le récit est classique et en cela maîtrisé même si on n'est jamais vraiment surpris. J'ai trouvé l'histoire plate même si quelques fulgurances sauvent l'ensemble notamment à partir du moment où la machine s'emballe. L'hybris envahit le héros et l'on sait alors que tout fout le camp et que ça va mal finir. Pour autant, je me suis lassé de ce style sans envergure, je préfère tellement plus les délires stylistiques des deux opus cités précédemment. Pour autant, on ne peut pas dire que ce soit un complet ratage, l'objectif est noble et les tensions raciales sont bien décrites mais sur le même thème, on peut trouver dix fois mieux.

Je ne pense pas qu'on me reprendra de si tôt à me replonger dans l'œuvre américaine de Vian. Je préfère garder de lui l'image de ce poète à fleur de peau, l'immortel créateur de Colin et Chloé de L'écume des jours.

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