jeudi 30 août 2012

"Kafka sur le rivage" d'Haruki Murakami

kafka

L'histoire: Kafka Tamura, quinze ans, s'enfuit de sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. De l'autre côté de l'archipel, Nakata, un vieil homme amnésique décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s'entremêlent pour devenir le miroir l'une de l'autre tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d'un murmure enchanteur. Les forêts se peuplent de soldats échappés de la dernière guerre, les poissons tombent du ciel et les prostituées se mettent à lire Hegel.

La critique de Mr K: Suite à mon grand coup de cœur pour la trilogie 1Q84 (voir liens en fin de post), je m'étais promis de retourner faire un tour chez cet auteur atypique à l'univers si singulier. C'est une fois de plus au détour d'un vide-grenier que j'ai dégoté cet ouvrage considéré comme un de ses plus grands écrits. Je confirme, ce fut une fois de plus une claque littéraire et Murakami fait désormais partie de mes auteurs préférés tant son style et son discours me parlent. Préparez vous à un voyage sans nul autre pareil où la réalité n'est pas forcément ce qu'elle paraît et où les âmes nous parlent à livre ouvert.

Ce livre c'est tout d'abord le récit d'une fuite, celle d'un adolescent en rupture avec son père et le système de manière général. Kafka a minutieusement préparé sa fugue et s'en va vers l'île de Shikoku (la plus méridionale de l'archipel japonais). Un chapitre sur deux, on suit son errance et ses réflexions d'adolescent. Ce personnage est très attachant, Murakami réussissant le tour de force de nous proposer un personnage d'une grande crédibilité et d'une sensibilité à fleur de peau. Le "je" est une fois de plus immersif et l'énonciation par moment change du tout au tout comme si le mystérieux garçon-corbeau omniprésent regardait et commentait les actes de Kafka. Étrange, vous avez dit étrange? Ce n'est rien de le dire! En parallèle, on suit le voyage entrepris par Nakata, le vieil homme évoqué en quatrième de couverture. Suite à un phénomène étrange survenu dans la montagne avec sa classe quand il était jeune, il se retrouve amnésique et ignare (il ne sait ni lire ni écrire). Parlant avec les chats (des moments tendres et très drôles en début d'ouvrage), il sent qu'il a une mission à accomplir même s'il ne connait pas sa finalité. Il traverse le Japon en suivant ces intuitions et fait des rencontres, notamment avec un camionneur du nom d'Hoshino, ex loubard repenti qui va l'accompagner dans sa quête, suivant ce vieillard à la fois mystérieux et respectable.

Tout autour de ces deux personnages principaux, se retrouve toute une galerie de personnages secondaires tout aussi bien traités par l'auteur. Il y a Melle Saeki la directrice d'une bibliothèque de quartier qui cache un lourd et douloureux secret, Oshima son assistant qui va accueillir Kafka et l'aider dans sa quête intérieure, Sakura une jeune fille qui va héberger Kafka un moment et le remettre sur les bons rails, un mystérieux personnage polymorphe qui semble tout savoir sur tout et tout le monde... Bref, autant de personnages surprenants qui marquent ce récit du sceau du conte. Pas un conte de fée mais un conte quasi métaphysique qui passe au crible l'existence humaine dans ses espoirs et ses frustrations. Il se dégage de ce livre une ambiance unique qui m'a emporté dès les premières pages. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser, l'auteur s'amusant à nous perdre et nous réorienter au gré des chapitres qui s'égrainent rapidement. Tantôt très réaliste, tantôt onirique, le récit gagne peu à peu en puissance et l'histoire toute simple au départ laisse place à un conte initiatique. Rassurez-vous son écriture est très abordable et l'art de Murakami atteint des sommets ici entre passages crus et évocations nébuleuses.

Au détour de certaines pages, l'auteur aussi laisse libre court à ses réflexions personnelles sur la musique classique (trio pour piano de Beethoven), la philosophie (le passage tout bonnement excellent avec la prostituée adepte d'Hegel), la nature, la chair (de superbes passages érotiques), la mort, l'amour et tout plein d'autres thèmes universels ici traités via le prisme d'une pensée purement japonaise. Un esprit ouvert y trouvera de beaux moments de réflexion et de l'inspiration. Difficile vraiment d'exprimer le bonheur ressenti à cette lecture tant ce livre est unique en son genre. Une superbe lecture qui me marquera pour longtemps.

Livres du même auteur déjà chroniqués:
- "Livre I, Avril-Juin"
- "Livre II, Juillet - Septembre"
- "Livre III, Octobre - Décembre"


mercredi 29 août 2012

"Inséparables" d'Alessandro Piperno

pipernoL'histoire: Inséparables. Les frères Pontecorvo l'ont toujours été. Comme les petits perroquets qui ne savent vivre qu'ensemble. Ils sont pourtant différents : Filippo, indolent, attiré par les femmes et par les BD qu'il dessine d'ailleurs avec passion. Samuel, brillant dans ses études et engagé à présent dans le monde de la fmance, mais maladroit en amour. Et voilà que les destins s'inversent. Samuel, le battant, pris entre un investissement financier hasardeux et un mariage qui prend l'eau avant même d'avoir été célébré, vit des jours difficiles. Filippo, le marginal, conquiert une renommée inattendue à Cannes grâce à un film d'animation sur les violences faites aux enfants dans le monde. Puis des menaces terroristes, dont la presse s'empare avec délice, vont lui assurer la célébrité. Encore une fois la famille va devoir faire ses comptes avec le système médiatique dont les mécanismes fonctionnent aussi bien pour encenser que pour mettre à terre. Alors que vingt-cinq années se sont écoulées, le passé refait surface : la mise en accusation et la mort de Leo Pontecorvo, leur père. Un passé qu'il est temps pour les Inséparables d'affronter et d'élucider...

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La critique Nelfesque: Cela faisait un moment que j'avais envie de découvrir Alessandro Piperno et notamment son dernier roman, "Persécution". Ayant l'opportunité de lire "Inséparables", roman de la rentrée littéraire 2012, c'est avec ce dernier que je me suis plongée dans l'écriture et l'univers de cet auteur.

J'ai été surprise de la facilité avec laquelle j'ai lu ce roman. Surprise car malgré différents aspects déplaisants de ce roman, je l'ai avalé en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "ouf". L'écriture de Piperno est fluide et les pages se tournent facilement. Pourtant, le fond d'"Inséparables" n'est pas des plus passionnants... Je n'ai pas réellement éprouvé d'empathie pour ces deux frères que tout oppose. Je ne me suis attachée ni à l'un ni à l'autre tant et si bien que je n'ai été qu'une spectatrice éloignée de leur histoire.

Les personnages sont très marqués, presque caricaturaux. Névrosés tous les deux, ils ne semblent s'accorder que sur un seul point: le sexe. L'un dans l'excès, l'autre dans l'absence, le sexe est un pilier de leurs vies. Tout ou presque tourne autour de cela et façonne leurs personnalités. Au bout d'un moment, perso, ça me blase... Et que dire des deux jeunes femmes qui partagent leurs vies et à qui j'aurai volontiers filé 2 ou 3 claques?

La seule chose qui m'a émue tout de même un peu c'est l'évocation du passé de la famille Pontecorvo et l'enfance des deux frères. Le silence entourant l'évènement qui a changé leurs vies et façonné celle de Samuel, la façon dont ces deux enfants vivent les choses m'ont touchée. Plus tard, la discussion houleuse entre ces deux derniers et leur mère est un moment fort du roman. Ces parties du roman forment une parenthèse que j'aurai aimé voir plus développée quitte à trancher franchement dans le reste. Certes, il y a le phénomène de vases communicants qui fait que lorsque la vie sourit à l'un, l'autre mange son pain noir, mais je n'ai pas trouvé d'intérêt majeur à ce procédé. C'est la vie tout simplement et il n'y a pas à mon sens matière à en faire un roman.

Vous l'aurez compris, je suis assez mitigée sur "Inséparables". Il y a du bon, du moins bon, du superflu et du carrément dispensable pour moi. En bref, un roman que finalement j'oublierai je pense assez vite.

vendredi 24 août 2012

"La première défaite" de Santiago H. Amigorena

defaiteL'histoire: Le premier amour, paraît-il, n'est jamais que le prélude de la première défaite. On aime, puis on souffre. On essaie de se souvenir pour ne pas vivre, puis on essaie d'oublier - pour ne pas mourir. Mais il n'y a rien de tel qu'essayer d'oublier pour se souvenir, et rien de mieux qu'essayer de se souvenir pour réellement oublier.
Ces quelques pages racontent l'histoire d'un jeune homme qui comprend, lentement, qu'après avoir aimé une première fois, après avoir une première fois souffert de n'être plus aimé, pour être heureux, il doit réussir à savourer la douleur et le bonheur en même temps, à chaque pas. Son chemin est long, plein de détours. Comment en serait-il autrement? Si l'on sait de quoi les premiers amours sont le prélude, on ignore toujours de quoi les premières défaites, à leur tour, peuvent-elles être le commencement.

La critique Nelfesque: "La première défaite" de Santiago H. Amigorena est ma première déception de cette rentrée littéraire. Encore que... Pour qu'il y ait déception il faut qu'il y ait attente et, ne connaissant pas cet auteur, je n'en attendais rien. Disons alors que "La première défaite" est mon premier prozac de cette rentrée littéraire.

Prozac, Xanax ou somnifère m'auraient fait physiquement autant d'effets que cette lecture. D'abord déconcertée par les premières pages (que la maison d'édition P.O.L met d'ailleurs à disposition sur le net pour que vous puissiez vous faire votre propre avis), puis rapidement agacée par le style pompeux et autofellationesque de l'auteur, j'ai rapidement sombré dans l'aphasie et j'ai craint pour ma santé.

Je n'ai pas pour habitude d'abandonner mes lectures. Cela m'arrive de ne pas être emballée mais je me dis toujours qu'une lueur est possible au bout du tunnel et je continue vaille que vaille. Ici, dans ce roman de plus de 600 pages, je me suis fixée le cap du tiers du roman avant de prendre ma décision. C'est alors que j'ai compté les pages et que je me suis farcie environ 200 pages de "moi, je" de "oh je souffre" et de "je suis Ecrivain avec un grand E et je le montre".

C'est cet aspect là qui m'a rebutée dans ce roman, cette facilité qu'à Santiago H. Amigorena de se regarder écrire comme d'autres s'écoutent parler. L'écriture est absconse, l'auteur/narrateur, écrivain en herbe, est égocentrique et puant de suffisance, l'étalage de références lettrées (Proust, Dante...) est indigeste et ce matraquage de souffrance morale que subit le personnage principal dépressif finit par nous endormir. Ca tourne en rond, ça tourne en rond, ça tourne en rond... "Je souffre, je souffre, je souffre"... Mon dieu quel ennui!

Et que dire de ce jeune héros, étudiant, qui habite l'île Saint-Louis à Paris (où le moindre studio est à 1500€/mois) et se paye le luxe de ne plus aller à la fac parce qu'il souffre et reste prostré dans son appartement de longs mois? Papa et maman doivent avoir une belle situation pour lui permettre de se regarder le nombril ainsi...

Je pense que certains diront qu'ils aiment ce roman. Ca fera bien d'aimer ce roman. Il trouvera son public: des lecteurs au dessus de la masse populaire pour un auteur qui ne se prend pas pour une déjection. Je ne suis qu'une lectrice lambda et j'ose le dire: je n'ai trouvé aucun intérêt à ce roman et si d'aventure j'avais besoin de dormir, je préfèrerais regarder "Chasse et pêche". C'est dire...

mardi 21 août 2012

"Leviathan" de Paul Auster

LeviathanL'histoire: C'est une course de vitesse qui s'engage dès le premier chapitre de Leviathan. En effet, quand Peter Aaron lit dans les journaux que, sur une route du Wisconsin, on a retrouvé le corps défiguré d'un homme qui s'est tué en manipulant un engin explosif, il n'hésite pas: il s'agit à coup sûr de Benjamin Sachs qui fut son très proche ami. Et il entreprend aussitôt de reconstituer et d'écrire l'histoire de Sachs, pour que l'on sache quelles interrogations sur l'identité américaine ont conduit celui-ci à cette fin quasiment prévisible, et pour prévenir ainsi les mensonges des enquêteurs. Dès lors, Peter Aaron se lance sur toutes les pistes qui s'ouvrent, explore les étrangetés de conduite qu'il découvre (en particulier celles des couples et des femmes) et relève avec soin chacune de ces coïncidences qui ont quelque chose d'un rictus du destin.

La critique de Mr K: C'est mon premier ouvrage de cet auteur et franchement j'y reviendrai tant ce dernier m'a plu. Cela faisait déjà un petit bout de temps que Leviathan trônait en bonne place dans ma PAL me faisant de l'œil. Mon père est un grand amateur de cet auteur américain considéré comme un des plus grands de sa génération, les critiques mettant en avant sa singularité et son style d'écriture. Si ce ne sont pas de bonnes raisons pour se lancer, je ne m'y connais pas...

On suit ici le destin de plusieurs personnes gravitant autour du narrateur. L'utilisation de la focalisation interne fait ici merveille une fois de plus et nous immerge dans un canevas constitué de relations complexes et de personnages hauts en couleur. Peter -le narrateur- et son meilleur ami Ben se détachent du lot et c'est avant tout eux qui sont au centre de l'histoire. Il est question de leur rencontre et très vite de l'amitié indéfectible qui va les lier: une amitié masculine mais pleine de nuance, l'amitié aussi entre un écrivain prometteur et engagé (Ben) et un scripteur en devenir en la personne de Peter. Dès le début, une menace plane au dessus de Ben. Est-ce son cadavre défiguré que l'on a retrouvé au bord d'une route? Cela ne fait aucun doute pour Peter qui prend le plume pour nous raconter Ben dans toute sa vérité. Son récit prend alors beaucoup de chemins détournés et emprunte bien des circonvolutions pour nous expliquer les tenants et les aboutissants, c'est là qu'interviennent des figures féminines et des événements clefs qui vont forger leur destin à tous les deux.

On ne peut que s'enthousiasmer devant la précision de Paul Auster et l'amour qu'il porte à ses personnages. J'ai rarement lu un récit d'une telle teneur et d'un tel réalisme, le tout dans une langue légère et raffinée qui m'a embarqué et conquis. Au delà de l'histoire proprement dite (et elle vaut le détour), Paul Auster nous propose une belle réflexion sur le travail de l'écrivain, son rapport à ses écrits, à son œuvre, au réel, ses frustrations, ses espoirs... On vit littéralement l'acte de création sans lourdeur ni pathos, on pénètre les esprits et on côtoie le génie au travail.

Une excellent lecture qui en appelle d'autres tant Leviathan m'a fait forte impression tant au niveau du style que de la maîtrise de son sujet. À découvrir!

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samedi 18 août 2012

"Le temps n'efface rien" de Stephen Orr

stephenorrL'histoire: A neuf ans, Henry est un garçon solitaire ; son pied bot l’empêche de partager les jeux des enfants de son âge. Cet été-là, comme à son habitude, il reste dans sa chambre, lit beaucoup et ne fréquente que sa jeune voisine, Janice. Le jour de la fête nationale, elle lui propose de l’accompagner à la plage avec son frère et sa sœur. Henry, complexé, refuse. Les quatre enfants ne se reverront jamais.

La critique Nelfesque: "Le temps n'efface rien" est le second roman de la rentrée littéraire que j'ai pu découvrir en tant que membre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. C'est le troisième roman de Stephen Orr mais le premier a être traduit en français. Et bien je vous le dis tout de suite: j'ai bien hâte que les autres le soient également car "Le temps n'efface rien" a été un coup de coeur!

Je ne parle pas souvent de "coup de coeur". J'aime les romans, un peu, beaucoup, passionnément, mais de vrais coups de coeur je n'en ai pas 100 dans une année. On se retrouve ici à la frontière de tout ce que j'aime en littérature: des personnages attachants, une époque superbement dépeinte sous une plume mélancolique, un mélange de contemporain et d'enquête policière et surtout une histoire vue à travers les yeux d'un enfant. Dans l'ambiance, on pourrait rapprocher ce roman d'oeuvres telles que "Le petit copain" de Donna Tartt ou encore "Le prince des marées" de Pat Conroy. Des romans qui prennent aux tripes parce que l'auteur porte un soin particulier à la construction des personnages et leurs psychologies, ainsi qu'à l'ambiance dans laquelle le lecteur s'enfonce sans possibilité de sortie.

Toute la première moitié du roman nous présente la vie à Adélaïde, petite ville australienne, et plus particulièrement celle de Thomas Street, rue où vivent Henry et ses parents, entourés de nombreuses familles, voisins et amis. Ce roman est une vraie immersion dans l'Australie des années 60. Une époque où amitié, fraternité et entraide voulaient vraiment dire quelque chose. Une époque également où les premiers immigrés grecques et italiens s'installent dans le pays. L'écriture de Stephen Orr, simple et douce, emporte littéralement le lecteur qui finit par faire partie intégrante de Thomas Street, jusqu'à avoir presque l'impression de vivre dans une des maisons de cette rue et fréquenter Bob et Ellen, les parents de Henry, ainsi que Bill et Liz leurs voisins. Les jeux de Henry, Janice, Anna et Gavin dans le jardin familial et dans le square du quartier deviennent ceux de nos enfants.

La disparition de ces trois derniers à la moitié du roman fait basculer l'histoire. La sérénité, la douceur de vivre et les bons moments vont devenir espoir déchu, angoisse, larmes et douleur. Nous nous sommes attachés à ces enfants et leur perte est d'autant plus douloureuse. S'en suivent des jours et des jours de recherche où Bill, officier de police, mène les opérations avec les moyens des 60's (autant dire très peu), où toute la ville se rend disponible pour essayer de les retrouver, où l'espoir devient de plus en plus mince mais où il faut continuer de vivre. Cela parait impossible pour les parents et pour le petit Henry c'est un vrai déchirement. Lui qui a très peu d'amis et voyait en Janice, Anna et Gavin, des frères et soeurs, va observer les réactions des adultes et se retrancher dans un monde imaginaire où ses amis sont toujours présents. Pour autant Stephen Orr ne fait pas dans le pathos et nous livre ici un roman proche du témoignage à travers les yeux de ce jeune garçon.

"Le temps n'efface rien" est un magnifique roman sur l'amitié, sur les années 60 et sur la difficulté de continuer à vivre après un drame. Inspiré d’un fait divers, il est d'autant plus marquant. Je vous le conseille vivement mais préparez-vous à ne pas pouvoir le reposer avant la fin tant tout y est attachant.


mardi 14 août 2012

"Les affreux" de Chloé Schmitt

affreuxL'histoire: "Grandir et crever. Même avec plein de choses au milieu, c est pas une vie."
D'un jour à l'autre, un homme perd l'usage de son corps. Pas tout à fait mort, plus réellement vivant, il assiste, impuissant, au spectacle d'un monde sur lequel il n'a plus prise. Lâche, cruel, vulgaire. Le monde tel qu'il est ou tel qu'il le voit?

La critique Nelfesque: J'ai eu la possibilité de lire ce roman en avant première en tant que membre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. Puisqu'il est question de la notion de "coup de coeur", autant le dire tout de suite, "Les affreux" de Chloé Schmitt n'en fut pas un. Tout n'est pas à jeter, il y a même du bon dans ce roman mais certains éléments m'ont fait tordre le nez...

L'histoire est dure et effroyable: un homme dans la pleine force de l'âge se retrouve du jour au lendemain cloué à son lit et à son fauteuil roulant suite à un AVC. Lui qui aime la vie, qui la croque à pleine dent, voit son existence basculer et devient un légume. Ce terme péjoratif n'est pas de mon fait mais bel et bien ce que ressent le personnage d'Alphonse. Par certains côtés, "Les affreux" m'a fait penser au "Scaphandre et le papillon" que j'ai lu il y a plusieurs années avec pour différence de taille que l'auteur du Scaphandre, Jean-Dominique Bauby, vit ce qu'il écrit. Plus récemment, on ne peut s'empêcher de penser à "Intouchables" qui a fait un carton au cinéma, l'humour en moins. Rien de neuf sous le soleil donc, beaucoup de portes ouvertes enfoncées mais le handicap est un sujet difficile à traiter et se mettre dans la peau d'un tétraplégique n'est pas chose aisée.

Mais finalement cette toile de fond peut être également vu comme un prétexte à parler de notre société actuelle. En effet, Alphonse, spectateur malgré lui de sa propre vie et des faits qui nous entourent, assiste impuissant à tout un cortège de démonstrations tour à tour d'amour, d'égoïsme, d'humiliation, de tendresse et de mépris. Tromperie, mensonge, violence conjugale, alcoolisme sont autant de sujets abordés dans ce roman. Est-on totalement heureux dans nos vies de personnes valides? Jusqu'où vont les faux semblants? Que découvririons-nous de nos proches si un tel malheur devait nous frapper? "Les affreux"  s'attaque à des questions complexes et Chloé Schmitt nous propose ses réponses du haut de ses 21 ans. Une ébauche donc, une vue à travers une lorgnette encore jeune et une écriture qui gagnera à s'étoffer.  A défaut de nous dépeindre la société, l'auteure a au moins le mérite de nous présenter un échantillon de personnages assez abjectes.

Les phrases sont courtes, presque trop. Tant est que le lecteur ne s'attache pas vraiment aux personnages et assiste sans sentiments aux évènements que vit Alphonse. L'écriture est brute, le langage vulgaire assez souvent afin de montrer toute la violence du désespoir que ressent le personnage principal. Etait-ce vraiment indispensable?

Au final, j'ai trouvé "Les affreux" un peu too much et vide de vie alors que l'auteure prenait le parti de nous en montrer les méandres... Ce premier roman plaira sans doute à certains... Quant à moi, je suis restée sur ma faim.

jeudi 9 août 2012

"Le proscrit" de Sadie Jones

le-proscritL'histoire: A Waterford, dans la banlieue de Londres, tout le monde va à l'église et fête Noël dans l'insouciance. Une façade d'hypocrisie qui se fissure le jour où Lewis, dix ans, assiste impuissant, à la noyade de sa mère.

Privé du réconfort d'un père à peine revenu de la guerre, homme froid, autoritaire et accablé par le veuvage, Lewis se rétracte dans la douleur et sombre peu à peu dans le doute, la solitude, puis la révolte...

En 1957, quand il sort de prison où il vient de passer deux ans, il n'a que dix-neuf ans... Alors qu'au village personne n'attend son retour, le proscrit, l'exilé tourmenté, pourrait bien tout faire exploser...

La critique Nelfesque: Lecture commune mise en place par Jules, j'ai profité de mes congés estivaux pour me plonger dans ce roman dont la quatrième de couverture m'avait accrochée.

Mise à part le style thriller/polar, j'affectionne les drames dans la littérature contemporaine, et tout particulièrement quand il est question d'enfants. Nous suivons ici, Lewis, un petit garçon tout ce qu'il y a de plus normal avec une mère aimante et des jeux d'enfants. Malheureusement, la noyade de sa mère, à laquelle il assiste impuissant, va chambouler sa vie. Non seulement il perd l'être qu'il aime le plus au monde mais il perd également sa seule source d'affection. Il va dorénavant déambuler dans une vie froide et sans amour avec un père glacial qui ne va pas tarder à se remarier avec une femme plus jeune, pleine de bonnes volontés, mais qui va se planter sur toute la ligne.

"Le proscrit" est l'histoire d'une descente aux enfers pour un petit bout de chou qui voit sa vie basculer par manque d'attention et tomber dans des dérives "délinquantes" pour l'attirer. L'alcool, l'automutilation, l'agression verbale et physique seront autant d'appels à l'aide que personne n'entendra...

Cette lecture émeut au plus profond et l'on a une tendresse particulière pour ce jeune héros que l'on suit jusqu'à l'âge adulte et que l'on veut voir s'en sortir. Méchanceté gratuite des enfants, incompréhension des adultes (on est bien là avant Dolto il n'y a pas de doute), Lewis ne trouvera aucune main à se raccrocher si ce n'est celle de la petite Kit dont il est l'exemple depuis qu'ils sont tout jeunes.

"Le proscrit" est un roman que je conseille pour la complexité psychologique des personnages, pour l'émotion qu'il suscite et pour l'écriture de Sadie Jones qui s'accorde à merveille avec l'histoire et nous livre une oeuvre loin du pathos et des personnages loin du manichéisme.

L'avis de ma compagne de LC: Jules

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mercredi 8 août 2012

"Bye bye Blondie" de Virginie Despentes

BBBVDL'histoire: Une fille qu'on rencontre en HP n'est pas une fille qui rend heureux. Il voulait jouer contre le reste du monde, avoir raison contre toutes les évidences, il pensait que c'était ça l'amour. Il voulait prendre ce risque, avec elle, et qu'ils arrivent sur l'autre rive, sains et saufs. Mais ils réussissent juste à s'entraîner au fond. Il est temps de renoncer...

Gloria a été internée en hôpital psychiatrique. Contre toute attente, la punkette «prolo» y a rencontré Éric, un fils de bourgeois aussi infréquentable qu'elle; ils se sont aimés comme on s'aime à seize ans. Puis la vie, autant que les contraintes sociales, les a séparés. Vingt ans après, à nouveau, leurs chemins se croisent.

La critique de Mr K: Une sacrée claque à mettre une fois de plus au crédit de Virginie Despentes avec ce Bye Bye Blondie, romance amoureuse crépusculaire mettant en scène une héroïne déglinguée qui survit comme elle peut. Gloria est despentienne à souhait: punk rockeuse tant au niveau vestimentaire que dans l'esprit (elle rentre dans tout ce qui bouge), en marge avec sa famille, elle vivote et se défonce. Suite à un dérapage de trop, elle se retrouve internée et c'est là qu'elle va rencontrer Éric, le premier être qui l'attire vraiment et l'apprécie malgré ses défauts (bavarde, agressive et forte en gueule). Mais l'idylle est de courte durée et ce n'est que quinze ans plus tard que les amants vont se retrouver, mais beaucoup de choses ont changé depuis...

Le roman est court mais d'une densité incroyable. Les personnages sont très fouillés, l'écriture à fleur de peau (marque de fabrique de cette auteur) dresse d'un trait juste et direct une jeune femme sans réels repères, très attachante et un homme épris d'amour ne sachant plus comment dompter sa maîtresse endiablée (aucune connotation SM dans cette dernière expression!). Gloria illumine de son fiel et de sa fougue les pages de ce livre. Éric est attiré vers elle comme un papillon de nuit sur une ampoule, leur relation embrase les pages et emporte avec lui le lecteur non prévenu. Il faut s'y attendre avec Virginie Despentes c'est tout ou rien... Ici c'est un grand tout avec un grand A comme Amour, l'histoire de ce couple est d'une rare intensité et d'une beauté crue, les étreintes sont décrites avec sensualité et force sans jamais tomber dans le vulgaire. On ressent pleinement l'osmose qui peut exister entre deux êtres au début d'une relation passionnée. On est chamboulé, retourné, plein d'espérance et l'auteur se joue de nous en autopsiant les réactions de l'héroïne et en la suivant au quotidien. Petites pierres par petites pierres, Despentes construit une bien belle et bien sombre histoire.

Quitte à me répéter, on ne sort pas indemne d'une lecture de Despentes. On aime ou on n'aime pas, pour ma part j'ai déjà eu l'occasion dans ce blog de dire tout le bien que je pense d'elle. Que dire? Ce roman est un de ses meilleurs, elle a su me bousculer tout d'abord en m'invitant à pénétrer l'esprit d'une femme, à en percer les secrets et à comprendre ses motivations. Elle a su aussi séduire mon côté fleur bleue avec cette romance à la fois désespérée et lumineuse. Tout va vite et fort, on est dans l'extrême, il ne faut perdre une seconde, le bonheur est si fragile nous semble nous dire les personnages... Love, sex, drugs, punk rock and jet set sont les éléments de ce cocktail explosif que je vous invite à tester au plus vite!

Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- Les jolies choses
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé

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mercredi 25 juillet 2012

"Le dernier rendez-vous" de Catherine Briat

rendezvsL'histoire: Le dernier rendez-vous, celui qui change tout quand c’est déjà trop tard... Pierre a atteint cet âge où l’on sait que l’on aborde l’ultime tronçon de la route. Il est seul, en sursis, mais a encore des ressources et une volonté d’accomplissement. Sa rencontre avec Marie va le décider à vivre jusqu’au bout comme il ne l’avait jamais fait. Tous deux iront alors à la rencontre de leurs désirs les plus profonds et trouveront ce qu’ils n’avaient pas encore cherché.
Un dernier rendez vous avec l’amour, avec le temps qui reste, quand on se met à rêver d’éternité.

La critique Nelfesque: "Le dernier rendez-vous" est un roman doux, paisible. Ici, pas de rythme à 100 à l'heure, pas de mondialisation, pas de société de consommation... Catherine Briat se rapproche des valeurs sûres et des choses simples: l'amour et la découverte de l'autre.

Pierre est à la fleur de l'âge, celui où on n'est plus tout à fait jeune mais pas encore vieux pour autant, l'âge où les premiers pépins de santé arrivent, où les désillusions ont été nombreuses et où seule compte la liberté. Lors d'un voyage à Florence, il fait la connaissance tout à fait par hasard, lors d'une vraie rencontre de cinéma, de Marie, une femme plus jeune que lui, belle et simple. Là débute l'histoire. Un homme, une femme, chabadabada chabadabada...

En suivant ces deux personnages, nous passons par tous les stades d'une relation: la rencontre, les plaisirs de la découverte, les petites attentions... mais très vite, ces deux adultes qui ont vécu avant de se connaître l'un l'autre voient ressurgir leurs démons et l'état de grâce ne dure guère.

"Le dernier rendez-vous" est à l'image de la vie. Fait de hauts et de bas, de bons souvenirs et de passages amères. La lassitude s'installe, l'un ne voit pas la relation comme l'autre et l'histoire repart à l'envers.

Une relation amoureuse peut-elle se vivre sereinement? D'autant plus quand elle semble être la dernière? Compte-t-elle plus qu'une autre? Voilà ce sur quoi l'auteur nous interroge avec son roman. Des réponses bien difficiles à amener tant il y a de schémas de vie différents. Reste une très jolie lecture qui laisse une impression de plénitude une fois la dernière page tournée.

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jeudi 19 juillet 2012

"Oscar et la dame rose" d'Eric-Emmanuel Schmitt

oscarL'histoire: Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans.
Elles ont été retrouvées par Mamie Rose, la "dame rose" qui vient lui rendre visite à l'hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d'Oscar, douze jours cocasses et poétiques, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants.
Ces douze jours seront peut-être les douze derniers. Mais, grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un très fort lien d'amour, ces douze jours deviendront légende.

La critique Nelfesque: Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur que j'aime beaucoup. Après avoir lu et fort apprécié "La Part de l'autre" et "L'Evangile selon Pilate", c'est à "Oscar et la dame rose" que je me suis attelée dans le cadre du challenge "Livra'deux pour pal'Addict" que j'ai entrepris avec ma copinaute fée-tish. Elle avait vraiment beaucoup aimé ce roman et me l'a conseillé. Ni une, ni deux, il était entre mes mains.

"Oscar et la dame rose" est un roman dur. La maladie mortelle d'Oscar est injuste et triste. Ce petit gamin de dix ans n'a plus que quelques jours à vivre et rien que cette idée est inadmissible. Pourtant c'est un fait et plutôt que de nous apitoyer sur son sort, Eric-Emmanuel Schmitt nous offre un roman plein de sérénité, d'amour et d'humour.

Mamie Rose va donner les clés à Oscar pour faire de ces derniers jours à vivre des moments exceptionnels. Personnage positif, idéaliste et farfelu, elle va faire de ses 12 jours qui le séparent de la fin, 12 années où chaque minute est l'occasion de nouvelles expériences. Oscar grandit donc plus vite qu'il ne le devrait, urgence de vivre oblige, et vit en quelques heures son premier amour, son premier baiser, ses premières décisions d'"adulte"... Le petit Oscar si frêle et à l'apparence si fragile va s'avérer être un vrai petit homme courageux et intrépide. Plutôt que de penser à la mort, il va penser à la vie et vivre ses derniers moments heureux.

J'ai vraiment été touchée par ce cours roman qui se lit très vite (à peine 100 pages) et condense dans ses quelques lignes poésie et ondes positives. Il y a une notion de religion dans cet ouvrage mais il faut plus y voir un prétexte trouvé par Mamie Rose afin de faire sortir les sentiments d'Oscar. Je pense qu'athés et agnostiques peuvent lire ce roman sans y ressentir (trop) de bons sentiments de culs bénis. Certes il est question de Dieu assez souvent mais il n'est que l'interlocuteur imaginaire de ce petit garçon pour qui la notion de religion est bien abstraite. C'est dire...

Au final, j'ai ri, j'ai été émue, j'ai ressenti des émotions à la lecture de ce roman d'Eric-Emmanuelle Schmitt que je n'ai pas fini de découvrir avec beaucoup de plaisir. Merci fée-tish pour ton appel du pied ;)

Livra'deux pour pal'Addict

Posté par Nelfe à 10:00 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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