samedi 19 novembre 2011

"A Mélie, sans mélo" de Barbara Constantine

meliemeloL'histoire: Mélie, soixante-douze ans, vit seule à la campagne. Pour la première fois, sa petite-fille, Clara, vient passer les grandes vacances chez elle. La veille de son arrivée, Mélie apprend qu'elle a un problème de santé... Elle verra ça plus tard. La priorité, c'est sa Clarinette chérie! Durant tout l'été (le dernier?), Mélie décide de fabriquer des souvenirs à Clara. Des rigolos. Comme regarder pousser les bambous en écoutant La Traviata, chanter sous la pluie des chansons de Nougaro, goûter les mauvaises herbes qui poussent le long des chemins. Il y a aussi le vieux Marcel, qui va apprendre à Clara à faire de la mécanique... Et puis, comme la vie est vraiment dingue parfois, il y a Mélie qui va enfin rencontrer le grand amour... Cent cinquante ans à eux deux? Mais quand on aime, on ne compte pas!

La critique Nelfesque: Il y a quelques mois, j'ai lu "Allumer le chat" du même auteur. Très branchée par l'histoire, j'avais été un peu déçue par le roman. "A Mélie, sans mélo" m'a fait le même effet. L'histoire me plaisait vraiment beaucoup mais à la lecture je n'ai pas accroché plus que ça...

Pas mal de lecteurs apprécient Barbara Constantine, j'en ai entendu beaucoup de bien et je suis d'autant plus surprise de ne pas apprécier son écriture. Certes, j'ai passé un bon moment à lire "A Mélie, sans mélo" que j'ai dévoré en une après midi. Ca se lit très bien, c'est frais. Mais ça ne me suffit pas... Il ne me restera au final pas grand chose de cette lecture d'ici quelques jours. Rien ne m'a marquée au point de me faire vibrer. J'aime les histoires profondes et là tout est trop simple. Je comprends que l'on puisse apprécier ces lectures qui changent les idées et sont pleines de bons sentiments. C'est vrai que ça donne le sourire aux lecteurs mais il me faut un peu plus que ça.

Au final, je me retrouve ici, à essayer de mettre des mots sur ce que j'ai ressentie à la lecture de ce roman et je m'aperçois que c'est mission impossible! La grand-mère est mignonne, la petite-fille aussi, la mère est un peu barrée mais au final assez conventionnelle, le grand-père attendrissant, le petit-copain aussi. Ca se résume à ça... C'est creux... Il n'y a pas d'aspérité, tout glisse, le bonheur est présent, le ciel est bleu et les oiseaux chantent. Je suis peut-être maso en fait! J'aime les larmes, les doutes, les peines... et je crois que je vais m'arrêter là avec cet auteur...

Posté par Nelfe à 16:30 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,

vendredi 21 octobre 2011

"Les souvenirs" de David Foenkinos

souvenirsL'histoire: "Je voulais dire à mon grand-père que je l'aimais, mais je n'y suis pas parvenu. J'ai si souvent été en retard sur les mots que j'aurais voulu dire. Je ne pourrai jamais faire marche arrière vers cette tendresse. Sauf peut-être avec l'écrit, maintenant. Je peux le lui dire, là."

La critique Nelfesque: J'avais lu il y a quelques années "Le Potentiel érotique de ma femme"  du même auteur. J'avais vraiment apprécié cette lecture et ce dernier roman, avec son thème qui me touche, est l'occasion de retenter l'expérience.

"Les souvenirs" est un roman sur la vie, dans tout ce qu'elle a de plus simple, de plus beau, mais aussi de plus douloureux. Rien de palpitant dans ce roman, pas de sensationnel ni d'inoubliable mais une lecture très agréable et l'écriture de Foenkinos qui sait aller directement au coeur.

Dans "Les Souvenirs", l'auteur met sans doute beaucoup de lui même, cela se sent à la lecture. Il nous raconte sa vie, ses amours au sens large qui va de l'Amour avec un grand A à l'amour que l'on peut ressentir pour ses amis et ses proches, avec beaucoup de délicatesse et de pudeur. Les souvenirs de l'auteur mais aussi ceux de personnages plus ou moins célèbres, toujours en lien avec la trame principale, nous sont présentés sans ostentation.

Ce roman laisse une sensation étrange à chaque fois que l'on le repose. Une mélancolie envahit le lecteur et on ne peut qu'être touché à l'évocation de certaines scènes dont la mort de son grand-père et son incapacité à lui dire son amour. Nous sommes tous, à un moment ou à un autre de nos vies, confrontés à ce genre d'évènements douloureux. Quels souvenir en avons-nous? Je me suis beaucoup retrouvée dans la façon qu'à l'auteur de gérer (ou non) ces moments de vie et les souvenirs qu'il fabrique à sa grand-mère sont touchants et émouvants. Simples et sensibles.

Vous l'aurez compris, cette lecture n'est pas gaie... Dès les premières phrases du roman, le ton est donné: "Il pleuvait tellement le jour de la mort de mon grand-père que je ne voyais presque rien. Perdu dans la foule des parapluies, j'ai tenté de trouver un taxi. Je ne savais pas pourquoi je voulais à tout prix me dépêcher, c'était absurde, à quoi cela servait de courir, il était là, il était mort, il allait à coup sûr m'attendre sans bouger." Il y est beaucoup question de la vieillesse et du deuil. J'ai d'ailleurs essuyé quelques larmes (chose rare chez moi) provoquées par l'écriture de l'auteur et ses phrases courtes, simples et percutantes.

Mais rassurez-vous, on ne risque pas non plus le suicide à chaque page. Certes les mots sont durs, les scènes pénibles mais l'auteur laisse, ça et là, trainer des mots d'usage familier qui dérident les situations. Comme dans cet extrait qui m'a marqué: "Dans la chambre, face à son corps, une image m'a saisi: la mouche. Une mouche posée sur son visage. C'était donc ça la mort. Quand les mouches se posent  sur nous et qu'on ne peut plus les chasser. C'est cette vision qui m'a été le plus pénible. Son immobilité agressée par cette grosse conne de mouche. Depuis, j'écrase toutes les mouches."

David Foenkinos nous offre ici une oeuvre sensible et délicate sur des thèmes qui nous touchent. La vie, la mort, la vieillesse, l'amour... rien de bien compliqué, rien de phénoménal... juste des sentiments humains et des souvenirs qui font nos vies.

Posté par Nelfe à 14:30 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,
jeudi 13 octobre 2011

"La Salamandre" de Jean-Christophe Rufin

lasalamandreL'histoire: Catherine, dont la vie s'organisait autour du travail avec la haine des dimanches, le secours de la télévision, l'affection d'un chat et l'usage fréquent des somnifères, tourne le dos à la France pour s'installer au Brésil. Dépassant sa condition de touriste, elle quitte l'univers des agences de voyages pour celui des favelas. La violence avec laquelle les gens se traitent entre eux ne lui est alors plus épargnée.

La critique de Mr K: J'avais beaucoup apprécié ma lecture de Rouge Brésil du même auteur. Je me suis dit que ce serait bien dommage de ne pas retenter l'expérience Rufin et sur un site de troc, j'ai récupéré La Salamandre dont la réputation était plutôt flatteuse. Il s'agit ici d'un récit sans concession d'une femme qui du jour au lendemain va décider de changer radicalement de vie, qui va se perdre en chemin et se précipiter vers sa propre perte. Dit ainsi, on peut se dire que des bouquins comme ça il y en a plein... Et pourtant, je ne m'attendais vraiment pas à être chamboulé à ce point.

N'y allons pas par quatre chemins, c'est rude et le final est ignoble. Le personnage de Catherine ne me plait pas, cette femme, ses habitudes, son caractère me sont étrangers et à aucun moment je n'ai eu de sympathie pour elle. Et puis, il y a la rencontre avec le beau et jeune Gil, et on sait d'emblée que les ennuis l'accompagnent. On a envie de dire à Catherine d'arrêter les frais, de se reprendre mais la fin se devine aisément. Elle rompt ses digues intérieures qu'elle avait bâti tout au long de son existence quitte à devenir complètement conne. Pour un peu, je lui en voudrais! La fin m'a donné raison et m'a laissé pantois. Dire que c'est tiré de faits réels!

On retrouve dans ce roman tout le talent de Rufin pour évoquer le lointain et l'ambivalence des destinations de rêve. Les couleurs et le soleil qui éclatent au prime abord, et puis peu à peu la saleté, la pauvreté criminelle et la perversion cachée aux yeux des touristes apparaissent et surgissent au détour d'une rue, d'une nuit. Bien loin des images véhiculées sur le Brésil, c'est un pays dans tous ses contrastes et sa complexité qui est abordé ici sans concession et sans fausse pudeur. La descente aux enfers de l'héroïne n'en est que plus dramatique et éprouvante.

Une bonne lecture qu'il faut éviter de lire avant de partir en Amérique du sud!

Posté par Mr K à 18:39 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,
lundi 10 octobre 2011

"1Q84: Livre II, Juillet - Septembre" d'Haruki Murakami

1q84-livre-2L'histoire: Les choses qui restent enfermées dans notre cœur n'existent pas en ce monde. Mais c'est dans notre cœur, ce monde à part, qu'elles se construisent pour y vivre.
Le Livre 1 a révélé l'existence du monde 1Q84.
Certaines questions ont trouvé leur réponse.
D'autres subsistent: qui sont les Little People? Comment se fraient-ils un chemin vers le monde réel? Pourquoi deux lunes dans le ciel? Et la chrysalide de l'air, est-elle ce lieu où sommeille notre double?
Ceux qui s'aiment ne sont jamais seuls.
Le destin de Tengo et d'Aomamé est en marche.

La critique de Mr K: Vu l'engouement qui me possédait littéralement pendant ma lecture du volume 1, j'ai pris mes précautions et je suis allé m'acheter le deuxième volume avant la fin du volume précédent. Je vous l'ai dit précédemment, ce livre est une tuerie et se révèle extrêmement addictif. C'est donc tout naturellement que j'ai enchaîné directement sur le Livre 2 couvrant l'année 1984 (1Q84?) sur les mois de juillet à septembre.

On retrouve donc Tengo et Aomamé pour la suite de leurs existences qui sont de plus en plus placées sous le signe de l'étrange. Un étau invisible semble se resserrer autour d'eux, les événements inexplicables se multiplient et les révélations vont s'enchaîner pour mieux déboucher sur de nouvelles interrogations. Plus que jamais, la tension est palpable et ce volume est à classer sous le sceau de l'isolement et du questionnement de soi.

Après le coup de maître du Livre I, l'effet de surprise n'est plus là mais pour autant le lecteur ne peut relâcher son attention et son intérêt de l'univers décalé qui nous est présenté. La "faute" à l'écriture et le récit de Murakami qui entretient à merveille le suspens et multiplie les pistes d'interprétation possibles. Loin de baisser en intensité, 1Q84 se renouvèle sans cesse, se nourrissant des zones d'ombre pour étoffer le background et le récit principal. Des clefs ont été livrées mais finalement, les portes se multiplient avec l'impression d'être manipulé par un marionnettiste hors pair... Et c'est le cas! Murakami nous amène là où il veut quand il le veut, il est donc impossible d'échafauder la moindre théorie ou alors elle se révèle fausse. En tous les cas pour moi, je me suis à chaque fois cassé les dents et il me tarde d'avoir les réponses qu'apportera forcément le dernier volume.

L'ambiance lynchienne à souhait est toujours présente, on explore encore plus profondément les confins de la psyché des personnages et certains personnages secondaires prennent de l'épaisseur. Les légers décalages deviennent de véritables gouffres et l'instabilité s'installe, bousculant les normes, déstabilisant les protagonistes et réjouissant au plus haut point le lecteur que je suis (c'est mon côté sadique!). La conclusion de ce volume est abrupte et sans appel... connaissant désormais un peu mieux l'auteur, j'imagine que la suite nous réserve bien des surprises. Vivement 2012!

Posté par Mr K à 17:39 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
lundi 3 octobre 2011

"1Q84, Livre I, Avril-Juin" d'Haruki Murakami

1q84_-_livre_i_avril-juin_404L'histoire: Le passé – tel qu'il était peut-être – fait surgir sur le miroir l'ombre d'un présent – différent de ce qu'il fut?
Une oeuvre hypnotique et troublante
Un roman d'aventures
Une histoire d'amour
Deux êtres unis par un pacte secret
Dans le monde réel de 1984 et dans celui dangereusement séduisant de 1Q84 va se nouer le destin de Tengo et d'Aomamé...

La critique de Mr K: Sans doute ma claque littéraire la plus importante depuis un sacré bout de temps. Je suis venu à Murakami par hasard lors de la lecture d'un hors série de la revue Trois Couleurs. Ne suivant pas vraiment l'actualité littéraire, je ne connaissais même pas cet auteur avant le portrait que j'ai pu découvrir de lui. Anticonformiste, ce qui est plutôt original pour un japonais, l'aura de mystère qui planait autour de la trilogie 1Q84 a attisé ma curiosité. L'accroche a été immédiate et deux jours seulement m'ont suffi pour dévorer ce premier volume.

La construction de l'ouvrage est simple. On change de point de vue à chaque nouveau chapitre. Un coup nous suivons Tengo, trentenaire japonais, professeur de mathématiques et apprenti écrivain à qui un ami éditeur va confier un travail de réécriture d'un texte rédigé par une jeune fille étrange de 17 ans. En devenant le ghostwriter d'une œuvre envoutante et étrange La Chrysalide de l'air, il met les pieds dans un univers décalé et inquiétant. Le chapitre suivant, on suit Aomamé, jeune femme de 29 ans qui s'acquitte de missions bien spéciales: elle supprime des êtres ignobles pour le compte d'une vieille dame énigmatique. Je n'en dirai pas plus pour ne pas lever les nombreux secrets qui composent ce premier tome mais sachez qu'on navigue constamment entre plusieurs genres: l'étude de caractère, l'histoire d'amour, le thriller par moment ou encore le fantastique, voir l'anticipation pour certains thèmes évoqués.

Il faut le savoir, ce livre est un piège pour tout amateur de bonne littérature contemporaine. Aussitôt avez vous fait connaissance avec Tengo et Aomamé que la mécanique infernale chère à Cocteau se referme sur vous et il est tout bonnement impossible de s'échapper et de quitter cet univers aussi étrange qu'attirant. Haruki Murakami a le don de l'écriture simple, aérienne et évocatrice qui englobe, cisèle ses personnages et les actions qu'ils mènent. Une ambiance purement japonaise sans pour autant tomber dans les clichés et la lenteur exacerbée. Certes, le démarrage prend du temps mais c'est pour mieux cerner les protagonistes, leurs caractères et leurs espérances. Loin de se contenter de s'occuper des deux principaux héros, les personnages secondaires sont aussi traités avec beaucoup d'attention, de Tamaru le garde du corps gay de la vieille dame, en passant par la mystérieuse Fakaeri, l'auteur tisse une gigantesque toile d'araignée et une série de liens plus déroutants les uns que les autres. Sachez qu'à la fin du présent volume, nombre d'interrogations restent en suspens et que dans le deuxième d'autres se rajoutent (je chroniquerai le volume 2 d'ici peu et je devrais attendre 2012 pour lire le troisième et ultime volet).

Autre point très intéressant, le balancement presque imperceptible parfois entre rêve et réalité. Quid du monde réel? Quid d'un pseudo univers parallèle? Les descriptions des lieux sont remarquables de justesse mais aussi d'étrangeté. C'est seulement au détour d'une phrase, d'une formule voir d'un mot que parfois tout semble basculer pour ces deux êtres esseulés que sont Tengo et Aomamé. Franchement, j'ai rarement été scotché à ce point par une œuvre qui, à bien des égards, se rapproche des travaux de David Lynch. On voit percer certaines obsessions de l'auteur (il paraît qu'on les retrouve dans ses autres livres) comme le sexe (l'érotisme est omniprésent dans cet ouvrage), le rapport à la violence et la domination, la religion, l'ordre établi... Autant de thèmes en filigrane qui enrichissent une histoire déjà fort développée aux méandres innombrables.

Un grand moment de lecture donc qui n'est pas simplement un événement éditorial comme claironné en quatrième de couverture mais pour moi un renouveau certain de la littérature, un mélange des genres hors norme et une rencontre culturelle époustouflante. Ce serait dommage de passer à côté...


dimanche 25 septembre 2011

"Dansons sous les bombes" de Patrick Eudeline

dansonsL'histoire: On a tous rêvé devant l'an 2000 et il ne s'est rien passé. En fait, tout balbutie. Et nous sommes entrés dans une période de nostalgie comme l'histoire n'en a pas connu depuis... C'est une très vieille civilisation qui serre les boulons pour ne pas tomber en pièces, qui ne sait plus rêver qu'en maquillant virtuellement, en samplant les trésors passés. Nous vivons dans le manque du paradis perdu. Moi, j'appelle cela le rétro-futurisme.

Mon roman, c'est l'histoire de deux loosers, Julien et Coreen, qui se retrouvent de nos jours. Elle est une star oubliée des seventies, à qui un succès unique a laissé le goût du fruit défendu. Lui, le rock l'a mis sur le carreau, comme tant d'autres. Le temps les ronge. Ils vont faire ensemble un dernier disque, monter un coup électro en vue d'une rédemption virtuelle, conclure un pacte faustien. Mais le diable aura le mot de la fin. Évidemment!

La critique de Mr K: C'est avec un plaisir énorme que je suis tombé par hasard sur le présent volume chez l'abbé (un des fournisseurs officiels de ce blog!). Eudeline, j'adore! Ex de la mouvance punk-français des origines, rock critique respecté et auteur de roman à ses heures perdues. J'avais en son temps adoré"Ce siècle aura ta peau", c'est donc avec une certaine excitation que j'ai entamé la présente lecture...

Dans un premier temps, on suit la vie de deux écorchés de la vie par chapitres interposés. Julien ex toxico qui squatte sans état d'âme l'appartement d'une fille qui l'aime mais dont lui n'a plus rien à faire depuis longtemps. Il survit comme il peut, il promène son regard cynique sur le monde qui l'entoure, glande devant des conneries à la télé et bricole sur ses PC des musiques qui pour l'instant n'arrivent pas à le sortir de l'ornière dans laquelle il se complait. Coreen est une étoile du rock qui a connu son heure de gloire, ersatz de Janis Joplin qui n'arrive pas à repercer. Elle enregistre des reprises et des chœurs mais rien de bien sérieux depuis le seul et unique hit de sa carrière. Ces deux trajectoires vont se rencontrer (aux 2/3 du bouquin) et ca va faire des étincelles! Entre rencontre artistique et manipulation du milieu, il n'y a qu'un pas...

Patrick Eudeline est un as pour accrocher son lectorat. Écriture despentienne à souhait (ceux qui nous lisent régulièrement savent à quel point j'aime Virginie Despentes), on est face à un brûlot bien rock-and-roll. Écriture fantasmatique, imagée à l'extrême, teintée de références à des groupes, des personnages et des moments cultes de la grande histoire du rock. Le tout est crédible, notamment les deux personnages principaux, véritables victimes du système et de leurs rêves brisés. Ça se lit donc très bien et il ne m'a pas fallu longtemps pour en venir à bout. On rit beaucoup (les dialogues entre Julien et la nana chez qui il crèche valent leur pesant d'or, ça vole dans les tours!), on enrage aussi lorsque l'auteur décrit la réalité de ce milieu très particulier. C'est le petit plus de ce livre, l'incroyable plongée à laquelle nous invite l'auteur dans les rouages de l'industrie de la musique. Ça casse fort et les personnages dérouillent (un peu comme dans Les Jolies choses). La musique est avant tout un produit qui se vend et pour cela tous les moyens sont bons pour y arriver.

Une très bonne lecture que je conseille vivement à tous les amateurs de rock mais aussi d'écriture inhabituelle, échevelée et évocatrice à souhait. Rock is not dead!

Posté par Mr K à 17:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mardi 13 septembre 2011

"Les Choses de la vie" de Paul Guimard

chosesL'histoire: Lorsque la traverse de la barrière du champ défonce la portière, elle atteint le conducteur au sommet du crâne qu'elle scalpe sans entamer les os. À l'instant du choc contre le pommier, le corps désarticulé est projeté à travers l'ouverture béante du pare-brise qui le lacère. Il frôle les basses branches de l'arbre, boule sur le sol en pente et ne s'arrête que loin de la voiture en flammes. 

Il ne s'est pas écoulé dix secondes depuis le moment où, sous le soleil mouillé, la MG roulant à 140 à l'heure a abordé le large virage du lieu-dit la Providence. 

La critique de Mr K: Aujourd'hui, un petit bijou d'intelligence et d'écriture. Là encore, le hasard d'une déambulation dans un rayon bouquiniste m'a mis en présence d'un authentique chef d'œuvre. C'est seulement plus tard, au moment d'entamer ma lecture que j'ai fait le lien avec le film de Claude Sautet que je n'ai jamais vu mais dont j'en avais entendu le plus grand bien. Quant à l'auteur, Paul Guimard, j'avais grandement apprécié en son temps L'Ironie du sort et le moins que je puisse dire c'est qu'avec Les Choses de la vie il confirme tout le bien que je pense de lui. 

Dans ce livre, un homme est victime d'un grave accident de la circulation. Entre la vie et la mort, nous suivons ses pensées, ses interrogations sur l'événement et ses conséquences: analyse de l'accident, l'attroupement des curieux, l'arrivée des premiers secours... On sait pertinemment comment l'histoire va se terminer et c'est justement ce qui émeut profondément le lecteur. On s'imagine à la place de ce moribond, on voit par ses yeux, on entend par ses oreilles et ses paroles font écho à ce qu'on pourrait se dire ou penser dans pareille situation. C'est rude de se retrouver dans le rôle d'un voyeur qui ne peut intervenir dans un destin tragique... 

Là où l'auteur enfonce le clou et a achevé de me charmer, c'est dans le fait que par moment, le narrateur-victime repense au passé, à ses amis, son travail mais surtout à sa femme. On plonge dans l'intimité du couple qui bat de l'aile, qui connaît des hauts et des bas et on se rend compte qu'entre malentendus et autres incompréhensions, un gigantesque quiproquo «post-mortem» se profile. Je l'avoue... avec les dernières lignes de l'ouvrage, l'auteur m'a littéralement cueilli! 

C'est peu de dire que j'ai apprécié cet ouvrage. Sa lecture est aisée, plaisante et très rapide: le style fluide de l'auteur y est pour beaucoup. Le caractère universel de cette histoire finalement classique et simple va rester longtemps gravée dans ma mémoire et rappeler que finalement nous ne sommes pas grand chose sur Terre et qu'une vie se doit d'être entièrement vécue et non subie tant le temps nous est compté. Une perle littéraire que je ne saurais trop vous recommander!

Posté par Mr K à 14:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
lundi 22 août 2011

"La vierge en bleu" de Tracy Chevalier

viergetracyL'histoire: Sud-ouest de la France, aujourd'hui.
Récemment arrivée des Etats-Unis avec son mari, Ella Turner a du mal à trouver sa place dans cette bourgade de province du sud-ouest de la France. S'y sentant seule et indésirable, elle entreprend des recherches sur ses ancêtres protestants qui eurent à fuir les persécutions. Elle est alors loin d'imaginer que cette quête va bouleverser sa vie.
Quatre siècles plus tôt, en pleine guerre de religion, Isabelle du Moulin, surnommée " La Rousse " en raison de sa flamboyante chevelure, risque un procès en sorcellerie pour le culte qu'elle voue à la Vierge Marie. Cependant, l'enfant qu'elle porte ne lui laisse d'autre choix que d'entrer dans l'intolérante famille des Tournier qui a embrassé la Réforme.
Séparées par des générations mais unies par un mystérieux héritage, Ella et Isabelle vont renouer les fils du temps à deux voix.

La critique Nelfesque: L'an dernier, j'ai participé à un concours sur le net et j'avais remporté l'intégrale des romans de Tracy Chevalier disponible aux éditions de la Table Ronde. J'ai lu il y a quelques années son roman, "La jeune fille à la perle". J'avais beaucoup aimé l'écriture de cet auteur et avec tous ses romans à la maison, je n'avais que l'embarras du choix pour retenter l'expérience.

J'ai jeté mon dévolu sur "La vierge en bleu" qui me paraissait moins "classique" et en refermant le livre, je suis assez mitigée. On retrouve bien ici l'écriture de Tracy Chevalier, qui plonge le lecteur dans l'univers qu'elle décrit avec brio. C'est avec plaisir que l'on reprend sa lecture tant l'écriture est belle et riche. Là où je suis un peu plus circonspecte c'est sur l'histoire en elle même. Il n'y a pas vraiment de surprise, le lecteur s'attend sans cesse à ce qui va se passer dans les pages suivantes. Certes la surprise n'est pas forcément le sentiment que l'on s'apprête à ressentir quand on lit un roman de cet auteur mais là, on tombe dans une monotonie qui pourrait lasser si le roman dépassait les 300 pages.

Chapitre après chapitre, nous alternons entre l'histoire d'Ella, jeune américaine nouvellement arrivée en France et qui cherche à s'intégrer dans ce pays qu'elle aime intimement et celle d'Isabelle, jeune femme traquée et mal aimée parce qu'elle est rousse à une époque où cette couleur de cheveux s'apparentait à de la sorcellerie. L'histoire d'Isabelle est très prennante, les évènements de sa vie sont passionnant et effrayant à la fois par leur dureté. Peu à peu ces deux histoires vont se rejoindre et ne faire qu'une. Là aussi j'ai un peu tiquée... c'est un peu trop téléphoné à mon goût comme je le disais précédemment.

Mais ce qui m'a le plus déplu c'est la relation qu'entretient Ella avec le bibliothécaire du village, Jean-Paul. Je ne suis pas friande des histoires d'aldultère et les sentiments qu'ils développent peu à peu l'un pour l'autre m'ont mise mal à l'aise.

Hormis ces quelques points et pour l'histoire d'Ella qui va tout le long de sa vie vivre un véritable enfer, je conseillerai cette lecture. Tracy Chevalier sait décrire les situations et les paysages comme personne et c'est toujours un plaisir de se plonger dans une de ses oeuvres.

Posté par Nelfe à 19:03 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , ,
dimanche 7 août 2011

"Un milliard et des poussières" de Bertrand Latour

9782253129097-GL'histoire: Jules est chauffeur de limousine pour le plus grand hôtel du monde. Au volant de Mercedes rutilantes, il conduit grands patrons, call-girls, nouveaux Russes, chefs de guerre ou simples milliardaires en vacances. Toujours discret, toujours charmant, toujours disponible, il assiste aux premières loges - mais en spectateur aux fins de mois difficiles - à la vie des très riches. Il recueille leurs confidences et, surtout, attend leurs billets. Car Jules est en guerre. Avec ses collègues pour récolter le maximum de pourboires. Avec Paula, la femme qu’il aime, à qui il veut offrir une vie de milliardaire.

La critique Nelfesque: Voici un bon roman d’été. Même si dehors le temps est plus celui de la Toussaint, en s’enfermant dans une pièce avec le chauffage à fond et en mettant des lunettes de soleil, on se croirait presque à la plage…

Dans ce roman de Bertrand Latour, ancien chauffeur de maître et qui sait donc de quoi il parle, on croise Carla Bruni (période pré-Sarkozy), Kate Moss, Pete Doherty, des milliardaires "inconnus" pour le grand public, des "femmes de ...", des personnages sortis tout droit d’un roman de Beigbeder empestant l’alcool, s’en mettant dans le nez et fréquentant les partouzes chics parisiennes (si si ça existe les partouzes chics). Mais c’est surtout Jules, Louis, Robert, Valentin, Kamel et Sergeï que nous côtoyons. Avec eux, on vit la vie d’un gars de la chauffe : les "dispo" à n’en plus finir pour que Madame fasse ses emplettes chez Dior et Vuiton ou pour que Monsieur se dévergonde dans les beaux quartiers, les "courtoisies", astreintes des chauffeurs en soirée pour des petits trajets, les horaires intenables et les conditions de travail de ces sbires de luxe pour un salaire de misère. Seul palliatif à la précarité: la course au pourboire. Celle ci s’installe entre collègues et devient un jeu. Pour l’obtenir, chacun à sa méthode, entre lèche bottes (Louboutin of course!) et chantage pour les plus coquins des clients (bien plus intéressant mais bien plus risqué), tous les moyens sont bons.

Les clients ont comme point commun d’être tous très fortunés. Ce n’est pas n’importe qui qui descend au Ritz (appelé ici le Palace)! Mais en matière de générosité, tous ne sont pas logés à la même enseigne. On peut aussi être radin quand on est milliardaire. En résulte des pensées et des réflexions souvent vulgaires mais très réalistes et très drôles. Des réactions somme toutes légitimes quand on songe au fossé qui existe entre les riches et ceux qui les servent.

Un roman sympathique donc qui nous plonge dans un univers bien loin de notre quotidien mais qui ne fait pas rêver pour autant, un monde de paraître et d’humiliations.

Posté par Nelfe à 18:11 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mardi 5 juillet 2011

"Le coeur en dehors" de Samuel Benchetrit

coeurL'histoire:

Tu sais Charly, il faut aimer dans la vie,
beaucoup... Ne jamais avoir peur
de trop aimer. C'est ça, le courage.
Ne sois jamais égoïste avec ton coeur.
S'il est rempli d'amour, alors montre-le.
Sors-le de toi et montre-le au monde.
Il n'y a pas assez de coeur courageux.
Il n'y a pas assez de coeurs en dehors...
                                                                    S.B

La critique de Mr K: Retour en banlieue pour moi, cinq ans après mon retour en Bretagne après mutation. Dans ce petit livre de 248 pages, on suit Charly, un gamin de dix ans, d'origine malienne qui vit dans une cité de banlieue. Au tout début, il assiste à l'arrestation de sa mère par la police et il part à la recherche d'Henry, son frère toxico, pour démêler la situation (on ne saura qu'à la fin le pourquoi du comment). Derrière ce postulat, on se rend vite compte que l'auteur a deux objectifs à travers cet ouvrage: raconter une histoire et décrire la vie en cité.

Pari réussi tant on s'accroche aux personnages dès le début. Charly Traoré est intéressant, émouvant et à 10000 lieues des clichés véhiculés par les médias sur les ados de cité. On ne tombe pas pour autant dans la vision naïve et idyllique de la banlieue mais on a un regard neutre, un regard d'enfant encore innocent dans un monde rude, parfois sordide où la misère côtoie la misère et entraîne certains sur de mauvais chemins. C'est avec un mélange de curiosité et d'appréhension que nous suivons les déambulations de Charly dans son quartier. On se rend compte très vite de l'attachement très fort qui le lie à sa mère qui est encore toute sa vie, on rencontre sa petite-copine, on croise son frère Henry lors d'une scène mémorable et émouvante à souhait (passage sur le terril vers la fin du roman), on passe voir les employeurs de sa mère (un couple de personnes âgées vivant dans un quartier pavillonnaire), on goûte à son amour des bons mots et tout particulièrement Rimbaud... Comme écrit en quatrième de couverture, il y a du Petit Nicolas dans ce livre.

Tout cela est raconté dans un style oralisé familier. Cela se lit donc très facilement et les pages se tournent rapidement. Petit reproche, on a du mal à se dire qu'un môme tel que Charly puisse raisonner de cette matière avec un tel vocabulaire. On sent que c'est un adulte qui s'imagine enfant et du coup, l'ouvrage perd en crédibilité. Reste une histoire puissante qui m'a fait penser au Gône du Chaâba d'Azouz Begag que j'avais dévoré il y a quelques temps déjà. L'humour est aussi présent malgré la chape de plomb qui englobe de plus en plus le livre durant son déroulement (la scène du repas chez les Roland est à se tordre). La révélation sonne comme une sentence. On referme le livre avec le cœur bien remué et un léger mal de bide qui nous rappelle combien on est chanceux par rapport à d'autres dans la vie et nous incite à exercer notre devoir de vigilance contre la discrimination et le populisme d'extrême droite.

Une bonne lecture entre mélancolie et espoir. Peut-être pas le chef d'œuvre absolu mais de bien belles pages à parcourir en compagnie du petit Charly.

Posté par Mr K à 17:05 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , ,