mardi 28 juin 2011

"Une vie française" de Jean-Paul Dubois

viefrancaiseL'histoire: Petit-fils de berger pyrénéen, fils d'une correctrice de presse et d'un concessionnaire Simca à Toulouse, Paul Blick est d'abord un enfant de la Ve République. L'histoire de sa vie se confond avec celle d'une France qui crut à de Gaulle après 58 et à Pompidou après 68, s'offrit à Giscard avant de porter Mitterrand au pouvoir, pour se jeter finalement dans les bras de Chirac. Et Paul, dans tout ça? Après avoir découvert, comme il se doit, les joies de la différence dans le lit d'une petite Anglaise, il fait de vagues études, devient journaliste sportif et épouse Anna, la fille de son patron. Brillante chef d'entreprise, adepte d'Adam Smith et de la croissance à deux chiffres, celle-ci lui abandonne le terrain domestique. Devenu papa poule, Paul n'en mène pas moins une vie érotique aussi intense que secrète et se passionne pour les arbres, qu'il sait photographier comme personne.

La critique Nelfesque: Rien de fabuleux ou d'extraordinaire dans la vie de Paul Blick. Petit-fils de berger pyrénéen, fils d'une correctrice de presse et d'un concessionnaire Simca à Toulouse, il mène sa vie comme tout un chacun et traverse le temps avec une banalité folle. Sa vie est similaire à la vie de Mr Tout-le-monde, elle est faite de bons et de mauvais moments, de grandes joies, de petites tendresses et de peine. "Une vie française" est avant tout une chronique de vie ordinaire.

L'originalité de ce roman vient du fait que l'auteur, Jean-Paul Dubois, a profité de ce récit pour insérer des moments clés de l'Histoire et de la politique française sous la Vème République. Les chapitres ne sont pas désignés comme "Enfance / Adolescence / Age adulte ..." ou "Premier amour / premier chagrin / premier enfant ..." mais par le noms des différents présidents de la république qui se sont succédés de 1958 aux années 2000, "Charles de Gaulle / Alain Poher (intérim à deux reprises) / Georges Pompidou / Valéry Giscard d'Estaing/ François Mitterrand / Jacques Chirac", et servent de points de repère dans l'histoire.

Sans le vouloir, sans y prêter forcément un intérêt fort, la vie de Paul est marquée par la politique de son pays. Sa vie, ses choix, s'inscrivent dans une époque et les décisions politiques influent sur le quotidien de ce personnage. Suivre la vie d'un homme à travers l'Histoire de son époque apporte une dimension autre à la lecture et montre qu'un homme lambda ne vivra pas de la même manière et ne fera pas les mêmes choix suivant qu'il soit né à tel ou tel moment. Même si le schéma de vie est banal, l'époque tient une place importante dans le développement personnel de chacun.

On suit donc la vie de Paul Blick: son enfance avec la perte de son frère ainé, Victor, son adolescence et l'obtention de son bac, la découverte de la sexualité, ses études supérieures, son groupe de jazz avec ses potes colocataires, la rencontre avec la femme de sa vie, son mariage, la venue de son premier enfant puis de son second, sa vie professionnelle... Une vie ordinaire, "Une vie française". On est touché par cette vie, par ces interrogations et on dévore ce roman semblable à une grande fresque offrant tour à tour des espoirs et des désillusions.

Au final, j'ai été très émue par ce récit. J'aime beaucoup ce genre d'histoire et ce traitement particulier a donné un petit plus à ma lecture. Cette vie, à travers le temps, sans rien de particulier et toute simple, est, sous la plume de Dubois, du petit lait à boire. En prenant le parti de se référer aux différents présidents de la république française pour structurer son récit et à des évènements publics qui jalonnent les évènement privés du personnage principal, l'auteur nous livre un roman atypique et judicieux. A lire!

A lire aussi du même auteur: "Vous plaisantez Mr Tanner".

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samedi 25 juin 2011

"Allumer le chat" de Barbara Constantine

Allumer-le-chatL'histoire: Bastos, le chat philosophe et pédant, parvient à échapper au fusil de Raymond. N'empêche qu'il le nargue ce chat! Et il faut encore s'occuper du môme, un peu nul en foot, qui n'a rien trouvé de mieux que de choper de l'eczéma sur le visage... Sans compter son imbécile de père qui se fait encastrer par un cerf de deux cents kilos. Il y a franchement de quoi devenir allumé dans cette famille!

La critique Nelfesque: J'ai été un peu déçue par ce roman. Peut-être en attendais-je trop? Peut-être avais-je lu trop d'articles positifs? Voici des mois que je l'avais noté et Mr K me l'a offert pour mon anniversaire. Toute contente, je me suis plongée dans cette lecture et j'en suis ressortie avec un petit "ah bon? c'est tout!?".

J'ai trouvé ce roman sympa mais sans plus. L'idée de vouloir buter le chat à longueur de pages comme le laissait entendre la 4ème de couverture et le titre me plaisait bien (ça c'est dû à mon appartenance au CCC) mais le chat est finalement un personnage bien secondaire dans ce roman. "Allumer le chat" se lit très facilement et très rapidement, c'est un bon roman pour qui veut lire un bouquin frais et léger qui ne prend pas la tête mais je n'ai pas complètement adhéré à l'écriture de l'auteur (qui semble écrire comme elle parle) et à l'histoire de cette famille entre les "deschiens" et les participants de "Confessions intimes".

Pour aimer un roman, j'ai besoin que l'histoire me touche et/ou que l'écriture m'interpelle et là il faut bien l'avouer, ça ne casse pas des briques. Certains passages sont toutefois très drôles et je pense que j'aurai mieux fait de me réserver cette lecture pour cet été. Je conseillerai d'ailleurs sans doute ce roman à qui veut se bronzer sur la plage avec quelque chose de drôle entre les mains. Barbara Constantine part dans un vrai délire où les évènements farfelus se succèdent. Les personnages sont des gentils "ratés" que la vie n'a pas épargnés et nous les suivons dans pas moins de 70 chapitres. 70 chapitres en 256 pages, vous vous imaginez bien que c'est du concentré! Mais 70 chapitres c'est long et ce qui était amusant au début se retrouve lourd et lassant (notamment la prolifération de gros mots qui sans vouloir faire ma prude m'ont quelque peu agressé l'oeil).

Au final, "Allumer le chat" est un roman qui se lit rapidement mais qui tombe, à mon goût, bien vite dans la facilité. Je crois que j'avais mis beaucoup trop d'attente dans ce roman et mon enthousiasme est retombé comme un soufflé.

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samedi 18 juin 2011

"Rouge Brésil" de Jean-Christophe Rufin

rougebresilL'histoire: La conquête du Brésil par les Français est un des épisodes les plus extraordianires et les plus méconnus de la Renaissance.
Deux enfants, Just et Colombe, sont embarqués de force dans cette expédition pour servir d'interprètes auprès des tribus indiennes. Tout est démesuré dans cette aventure. Le cadre: la baie sauvage de Rio, encore livrée aux jungles et aux indiens cannibales. Les personnages – et d'abord le chevalier de Villegagnon, chef de cette expédition, nostalgique des croisades, pétri de culture antique. Les événements: le huis clos dramatique de cette France des Tropiques est une répétition générale, avec dix ans d'avance, des guerres de religion.

La critique de Mr K: Prix Goncourt 2001, ce livre a été une double révélation pour moi: la découverte d'un épisode oublié de l'histoire française (un bel échec!) et celle d'un auteur extrêmement talentueux. Oubliez les images d'Épinal qui sont liées aux lauréats de ce fameux prix, ici le récit est vivant, passionnant, le souffle épique et il est très difficile, voire impossible de refermer Rouge Brésil avant d'en avoir parcouru la dernière ligne.

Nous voilà plongés en pleine Renaissance, lors des voyages des grandes découvertes, au temps où les grandes puissances européennes cherchent à se partager le monde et à explorer les zones d'ombres des portulans. L'Église s'est séparée en deux mouvements bien différents (Catholiques et Protestants) et l'évangélisation des "sauvages" bat son plein. À l'aube des guerres des religions, nous suivons deux jeunes gens qui vont découvrir le nouveau monde, ici le Brésil si attractif pour ses bois précieux (d'où le titre) et si mystérieux et mystique de par les populations qui y habitent, des indiens cannibales aux mœurs aussi cruelles qu'en harmonie avec la nature.

Amateur devant l'Eternel de récits de voyage (Terreur de Dan Simmons dernièrement m'avait estomaqué), j'ai été servi. Le voyage en bateau est éprouvant car ultra-réaliste, moultes détails parsèment les chapitres qui lui sont consacrés sans pour autant tomber dans l'accumulation de détails indigestes. On y fait connaissance avec les deux jeunes orphelins qui vont devoir une fois sur place se mêler aux indigènes afin d'apprendre leurs mœurs et leurs langues: autant Just est l'incarnation du courage et de valeurs chevaleresques / courtoises, autant Colombe est le symbole de la curiosité et de l'écoute mutuelle possible entre les cultures. On suit leur évolution vers l'âge adulte entre espoirs et désillusions, dans un monde peuplé d'adultes tournés vers l'ivresse de la foi, de l'argent et de la gloire. Au premier rang de ceux-ci on trouve le chevalier de Villegagnon, représentant du roi de France fermement décidé à créer une nouvelle France et propager la foi catholique. Personnage ambigu, le lecteur oscille entre admiration et répulsion pour ce personnage historique ici romancé.

Une fois arrivée sur place, l'expédition prend position sur un îlot. Le huis clos marin cède la place au huis clos terrestre sur cet arpent de terre hostile où les conditions de vie sont hostiles pour ces européens perdus et affaiblis. C'est aussi le temps des premiers contacts avec les primitifs et pour Colombe ce sera la Révélation. À cette occasion, le roman prend la forme d'un récit d'initiation, l'auteur y écrivant ses plus belles pages sur la rencontre entre la jeune orpheline et la tribu habitant les rivages de la baie de Rio. Pendant ce temps là, les français s'entredéchirent sur l'îlot, entre protestants et catholiques le torchon brûle et les velléités de chacun éclatent au grand jour. La tension monte, rien ne nous est épargné, des passages sont rudes mais à aucun moment l'auteur ne tombe dans la facilité du manichéisme même s'il est clair que l'avidité et la soif de richesse dévore littéralement les colons. Il est intéressant dans ce livre de voir la vision qu'ont sans doute eu les primitifs sur ces diables blancs, ici ce point de vue est porté à notre connaissance sans pathos mais aussi sans censure, bougrement réussi en tout cas!

On se laisse porter par l'écriture à la fois exigeante et légère de Ruffin. Les pages se tournent d'elles-mêmes et l'on est tout surpris d'être arrivé à la fin. Attention à l'addiction car ici elle est quasiment instantanée! Une excellente lecture que je ne saurais que trop vous recommander!

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jeudi 16 juin 2011

"Si tu savais..." de Richard Plourde

situsavaisL'histoire: "Il progressait d'un pas assuré. La neige fine cédait immédiatement sous son poids et laissait une trace solitaire. Son corps s'arrêta aux feux de circulation à l'intersection de l'avenue Decelles. Ses yeux attendaient le feu vert pour redonner le signal aux jambes de poursuivre. Bill ressentit soudainement une très brève, mais intense sensation d'étourdissement et fut brusquement sommé de répondre à une alerte interne. Ses yeux avaient fait appel au cerveau afin d'exiger son attention immédiate. Quelque chose d'important semblait alerter sa vigilance. Bill ignorait complètement que dans 3.2 secondes, sa vie ne serait plus jamais la même."
Inspiré du courage et de la détermination d'un enfant et de sa famille face à la maladie, ce roman relate les péripéties d'un jeune étudiant qui, en route pour l'université, est, bien malgré lui, plongé dans son futur. Il deviendra alors témoin de ce que l'avenir lui réserve. A la suite d'aventures parfois palpitantes, tantôt émouvantes et, à l'occasion, cocasses, il finira par être devant un choix capital... Choisira-t-il de mettre cet enfant au monde?

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La critique Nelfesque: Il y a quelques mois, j'ai été contacté par mail par Richard Plourde qui souhaitait soumettre son roman, "Si tu savais...", à ma "critique". Ravie par cette proposition et après avoir lu la 4ème de couv' accrocheuse, je l'ai accepté et c'est un roman en provenance directe du Canada qui est arrivé dans ma boîte aux lettres un beau matin.

Il m'est aujourd'hui délicat de donner un avis négatif sur ce roman, suite à la démarche spontanée et généreuse de Mr Plourde mais c'est un fait: je n'ai pas vraiment apprécié ma lecture de "Si tu savais...". Il y a plusieurs raisons à celà. La première est que la quatrième de couverture aux accents SF n'est qu'un prétexte à parler avant tout de la maladie de Gabriel. Les détails sur les traitements médicaux et les effets indésirables de la maladie sont étalés sans pudeur. Je comprends le besoin qu'a ressenti l'auteur de coucher sur papier son histoire, la dure épreuve qu'a vécu sa famille et son petit garçon (le fils de Richard Plourde a fait une rechute et a subi une greffe de moëlle osseuse) mais quand je me détends avec un roman ce n'est pas un essai sur la leucémie que je souhaite lire.

Mais l'aspect qui m'a le plus déplu et qui m'a vraiment agacée (non, le mot n'est pas trop fort), c'est  les références omniprésentes à la religion. Si l'on se met à comptabiliser toutes les références au Christ, à la Vierge Marie, au Destin et même à Moïse (!!!), on est vraiment surpris. Certes la Foi prend une place importante dans les moments difficiles pour les personnes croyantes (ce n'est pas ça que je remets en cause et je le conçois tout à fait) mais en lisant ces pages, j'avais plus l'impression de lire un prêche de pasteur qu'un véritable roman. Mr Plourde chercherait-il à évangéliser avec son roman qu'il distribue à la blogosphère?

Je crois que la référence à Moïse, arrivant comme un cheveux sur la soupe, a été la goutte d'eau à la page 141:
"- Lise. Je comprends ta déception, mais tu es beaucoup trop dure à ton égard et trop sévère envers cette providence que tu assailles à tort. Tu oublies que, sans Moïse, le peuple n'aurait jamais atteint la terre promise. Ne m'as-tu pas déjà parlé de ces vieilles âmes, sans dette karmique, qui ne choisissent de se réincarner que pour aider et soutenir de pauvres jeunes âmes comme la mienne? Le club élite que tu rêves d'atteindre, tu en fais déjà partie. Tu n'as pas à entrer dans la terre promise, tu y habites déjà."

Mouais...

Avec tout ça, je vous laisse imaginer la réponse à la question posée dans la quatrième de couverture...

Je ne suis pas anticléricale, je suis moi même croyante, mais je n'ai vraiment pas aimé cette atmosphère emplie de bons sentiments et de bondieuseries. Pire que cela, cela m'a entravée dans ma lecture et finalement je ne ressors pas si touchée que ça par ce roman, me sentant bien plus prise en otage que simple lectrice. Même si j'ai été jusqu'au bout de ma lecture, je n'en suis pas ressortie émue. Un bon gros flop.

samedi 11 juin 2011

"Monsieur Jean, l'amour, la concierge" de Dupuy - Berberian

jeanL'histoire: Monsieur Jean approche de la trentaine. Il vit seul dans son appartement, où il écrit, et reçoit régulièrement des amis ou des conquêtes d'un soir. Il n'entretient pas franchement les meilleures relations du monde avec sa concierge, qui lui lance des regards noirs lorsqu'il sort sans être rasé et qui lui bloque son courrier pour se venger des remarques assassines lancées par Félix. Félix est un ami de Jean. Enfin, un ami... un type avec lequel Jean a des souvenirs communs et qui profite de sa gentillesse. Et puis il y a Chantal, une ex que Jean croise au musée. Ou encore une jolie blonde qui fait un sondage dans un supermarché. Sans parler de ce producteur qui invite Jean dans sa propriété pour lui soumettre un projet de scénario.

En clair, Jean vit, donc rencontre des gens.

La critique de Mr K: C'est encore une fois le hasard qui m'a replongé dans le passé. En effet, je pratiquais assidûment Monsieur Jean dans les années 90 lors de mes années lycée, la documentaliste étant amatrice des aventures de cet apprenti écrivain (du moins dans ce tome 1). Le présent volume m'attendait bien sagement dans un hangar d'une association pour la réinsertion d'anciens détenus.

Ce premier tome nous permet de faire connaissance avec Monsieur Jean. Récemment remarqué lors de la saison littéraire, il vit seul dans son appartement. Au cours de huit "historiettes" et 4 / 5 strips, on est témoin de ses rapports compliqués avec sa chère concierge (archétype de la commère chiante et envahissante, à l'inverse de Renée dans "L'élégance du hérisson"). Il retombe par hasard lors d'une exposition sur son ex qui a beaucoup compté pour lui et qui depuis s'est recasée. On assiste à sa recherche désespérée de potes disponibles pour une soirée que Monsieur Jean finira par passer chez ses parents, à une rencontre foudroyante au supermarché, à la garde d'un tigre de salon (au sens propre vu la teigne de félin que son pote lui refile à garder). On croise aussi Félix son meilleur ami toujours à la ramasse et qui s'incruste chez lui...

Les dessins sont sympathiques et plutôt originaux, on reconnaît de suite un volume de Monsieur Jean. Le ton est plaisant; l'humour léger issue de scènes quotidiennes et habituelles... On se reconnaît facilement dans certaines situations car c'est une vie ordinaire avec ses hauts et ses bas qui nous est montrée ici. On passe un chouette moment et j'ai retrouvé le même plaisir qu'à mes 16 ans. L'ensemble n'a pas vieilli et l'humour fait toujours mouche. Une série vraiment à découvrir si vous ne la connaissez pas.

Mais celle qui en parle le mieux, c'est encore sa concierge: "Monsieur Jean? Ah celui là! On se demande ce qu'il fait de ses journées..." (Paulette Poulbot, gardienne d'immeuble).


mardi 7 juin 2011

"Baby-foot" de Joseph Joffo

baby-footL'histoire: Baby-Foot est la suite d' Un sac de billes, le roman du petit Jo, devenu adolescent, dans le Paris et la France de la Libération. Une époque étrange pour un jeune garçon, où se mêlent la joie de la liberté retrouvée, le temps du marché noir et des trafics en tous genres, la découverte du Nouveau Monde et des Américains, l'anxiété d'avoir le certificat d'études à passer.

La critique de Mr K: Retour dans l'univers de Joseph Joffo quelques mois après ma relecture enthousiasmante d'Un sac de billes. La guerre est passée et l'on retrouve le petit Jo qui a bien grandi depuis et s'apprête à passer son certificat d'étude. Le papa n'est jamais rentré de son emprisonnement et c'est une période de doutes et de choix difficiles qui s'ouvre devant le jeune adolescent.

On retrouve le grand frère Henry qui s'affaire dans son salon de coiffure, figure protectrice qui remplace le père disparu dont l'autorité pèse parfois un peu trop sur son jeune frère en pleine révolte adolescente (il verrait bien le cadet le seconder à la boutique). La mère est aussi omniprésente dans ce livre, une mère rassurante et aimante qui sent bien que son fils lui échappe, une mère que les épreuves endurées ont vieilli prématurément et qui ne souhaite qu'une chose: la réussite de Jo. Il y a les copains, archétypes des titis parisiens si joliment représentés par Doisneau dans ses photos immortelles.

Et puis évidemment, il y a Jo. On retrouve sa malice et son indéfectible désir de vivre sa vie en jeune homme libre. Il se fiche un peu de son certif et ne veut à aucun prix devenir coiffeur. Il multiplie les rêves mais aussi les désillusions. Il s'intéresse à la boxe qu'il va pratiquer puis abandonner, se rendant compte qu'il n'est pas fait pour cela (la scène du match est un monument de narration et d'émotion pure). C'est un week-end en autostop et la découverte de la vie des nomades (les jeunes partent voir l'oncle d'un d'entre eux, tsigane installé avec sa communauté aux alentours de Marseille -haut lieu de tension pour le jeune Jo dans Un sac de billes-). Il y a aussi pour lui et ses amis la fascination qu'exercent sur eux les GI américains qui ont libéré le pays et l'Amérique si proche et si lointaine à la fois, riche de promesses. Il y a aussi les petits trafics de l'après guerre et les plans foireux propre à cet âge aussi attendrissant qu'exaspérant qu'est l'adolescence.

Remarquable chronique d'une adolescence dans le monde de l'après guerre, on retrouve dans Baby-foot tout le talent de Joseph Joffo pour dépeindre l'Histoire et ses tourments, sa concision et sa franchise dans la description des personnages et la délicatesse qu'il met dans la peinture des sentiments, une émotion simple à l'état brut. Une très belle lecture que je recommande chaudement.

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samedi 28 mai 2011

"Saga" de Tonino Benacquista

sagaL'histoire: Nous étions quatre: Louis avait usé sa vie à Cinecittà, Jérôme voulait conquérir Hollywood, Mathilde avait écrit en vain trente-deux romans d'amour, et moi, Marco, j'aurais fait n'importe quoi (mais n'importe quoi!) pour devenir scénariste. Même écrire un feuilleton que personne ne verrait jamais. "Saga", c'était le titre.

La critique Nelfesque: J'ai découvert Benacquista il y a plusieurs années avec "La boîte noire et autres nouvelles" qu'un ami m'avait prêté. Séduite par le style de l'auteur je m'étais toujours dit que je poursuivrai dans la lecture de son oeuvre mais le temps a passé... En tombant sur "Saga" (non je ne me suis pas fait mal...), la quatrième de couverture m'a plu et c'était le moment de retenter l'expérience.

Quel bonheur que la lecture de"Saga"! Je conseille vivement ce roman à qui aime rire jaune et aux esprits critiques sur la société qui nous entoure. Benacquista met les pieds dans le plat avec talent et ce roman est surprenant.

Par le biais de situations délirantes, l'auteur nous met sous le nez notre quotidien télévisuel à vomir. Les quatres protagonistes de cette histoire sont des loosers de l'écriture. Il se sont fait spolier, plagier, sont restés dans l'ombre de nombreuses années mais sont des plus talentueux. Avec la liberté que leur offre la diffusion de leur saga à 4 heures du matin, ils s'autorisent un ton décalé et des aventures loufdingues. Alors que personne ne pouvait s'y attendre, ce "Plus belle la vie" sous acide va envoûter les insomniaques et gravir peu à peu les échelles de la programmation, jusqu'à se retrouver en prime-time. "Saga" prend alors une place importante dans la vie des téléspectateurs et avec elle, les auteurs tiennent leur revanche. Pourquoi ne pas en profiter pour faire sauter le système et ouvrir les yeux à cette masse de cerveaux disponibles?

Terriblement d'actualité et en même temps très drôle, Benacquista nous montre qu'il ne faut pas tout avaler, même si c'est "vu à la TV" (surtout si c'est "vu à la TV"!), et que les plus forts ne sont pas forcément ceux qu'on croit. D'une justesse et d'une plume endiablée, cet écrit devrait être inscrit dans les programmes scolaires! A lire d'urgence!

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mercredi 25 mai 2011

"The tree of life" de Terrence Malick

affiche_the_tree_of_lifeL'histoire: Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire...

La critique Nelfesque: Hum... Je trouve le résumé ci dessus bien loin de la réalité de ce film et très réducteur. Terrence Malick plus que nous présenter la vie d'une famille ordinaire des années 50-60, part dans un trip mystique peuplé d'images colorées et graphiques qui est assez déroutant pour le spectateur.

Nous avions prévu de voir ce film au cinéma bien avant qu'il remporte la Palme d'Or à Cannes. Divisant les critiques sur la croisette, j'avais décidé de ne pas trop lire d'articles sur le film pour ne pas être parasitée d'informations une fois dans la salle. Le début m'a quelque peu surprise. En effet, une succession d'images "documentaires" sur la vie, des origines de l'univers à notre quotidien d'homme, passant de l'échelle microscopique à l'échelle cosmique, accompagnée de réflexions mystiques au compte goutte  m'a quelque peu ennuyé... Ces images sont certes magnifiques mais cette première partie de presque 30 minutes n'est à mon sens pas du cinéma. Je verrai plus sa place dans un musée d'art contemporain... Certains critiques y voit même une promotion sectaire. Je n'irai quand même pas jusque là.

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Avec le suite du film, on rentre plus dans l'intimité de la famille et à partir de là, j'ai commencé à accrocher à ce long métrage. L'enfance du personnage principal est passée en accéléré, basée sur les sensations, jusqu'à en arriver à une époque charnière de sa vie: sa pré-adolescence et avec elle l'emergence de son sens critique et le développement de sa personnalité.

Ce film ne plaira pas à tout le monde et il faut être assez "aware" pour apprécier le délire de Terrence Malick. Superbement filmé, le spectateur passe par tous les sentiments par l'image et les dialogues sont presque superflus.

Depuis notre séance ciné, j'ai lu des commentaires de critiques et spectateurs outrés par l'autorité du père de famille, allant même jusqu'à assimiler son comportement à de la maltraitance. Les mentalités ont évolué depuis cette époque et les méthodes d'éducation avec mais il ne faut pas oublier que dans les années 50, les pères font figure d'autorité dans la famille et les enfants sont élevés à la dure. Pour ce père, joué par Brad Pitt, l'homme doit être droit et solide, il élève donc ses enfants en conséquence, réfreinant ses élans d'amour pour eux.

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Au final, je ne sais pas quoi penser de ce film. D'un côté époustouflée par la beauté des images,  par la musique qui va à merveille avec l'ensemble et par la photographie mais en même temps déroutée par le chemin peu conventionnel qu'a emprunté le réalisateur. Je ne pense pas le revoir un jour d'autant plus qu'il faut vraiment voir ce film au cinéma, dans une bulle silencieuse, pour l'apprécier et le comprendre. A tenter donc pour les curieux tout en gardant à l'esprit qu'on est loin de ce que le cinéma nous propose d'ordinaire.

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La critique de Mr K: 6/6. Choisis ton camp camarade! Avis divergents aujourd'hui au Capharnaüm éclairé même si nous nous rejoignons sur beaucoup de points. J'ai adoré ce film, il m'a nourri et pénétré à la manière d'un bon Kubrick, il m'a fait me poser des questions et m'a épaté au niveau de la technique et de l'esthétique. Qui dit film hors norme dit forcément divisions et c'est tant mieux. Je crois que devant ce type de métrage, chacun peut y trouver ce qu'il veut et l'expérience est vraiment saisissante.

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Comme l'a précisé Nelfe avant moi, le scénario ne correspond pas vraiment au contenu même. Certes, l'on suit une famille lambda et plus précisément les rapports complexes entre un père (très bon Brad Pitt) et son aîné (Sean Penn et son double pré-adolescent sont d'une justesse émouvante). Mais Malick transcende son sujet en l'ouvrant vers une certaine universalité. Poétiques et métaphysiques, les images relatant les commencements du Monde se suivent, hypnotisant le spectateur et le menant vers des sommets insoupçonnés: franchement le mot trip (voyage) n'a jamais aussi bien convenu, on flotte en plein New Age, tendance Mick Oldfield de la grande époque: aux images font écho de simples paroles teintées de spiritisme. J'ai aimé mais il faut avoir les neurones bien accrochés pour suivre ce passage hautement perché, beaucoup d'ailleurs ont été rebutés.

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Ce film est littéralement habité par la nature. Le contraste est fort entre le Sean Penn adulte travaillant dans un Central Business District américain et ses souvenirs d'enfant puis d'adolescent se déroulant dans une petite ville de campagne. On suit la construction du gamin depuis sa naissance (des sensations étranges, des expériences de jeux, des moments de tendresse, des chamailleries avec ses frères...) jusqu'à l'âge fatal où la maturité commence à pointer le bout de son nez. La figure paternelle étant ce qu'elle était à l'époque, les relations sont tendues entre le père et le fils. Mélange de rudesse et d'amour paternel caché derrière son personnage de père sévère, Bratt Pitt excèle et le jeune comédien qui lui renvoie la balle est au diapason. Toutes ces scènes de vie sont entrecoupées de plus ou moins longues séquences où les arbres sont omniprésents et rassurants (les gamins qui jouent aux singes dans les branches, cadrage de la canopée en contre-plongée...). Plus qu'une histoire, l'auteur nous fait partager une certaine vision de la vie, de la mort et de l'homme. La scène qui clôture le film est superbe, tous les éléments s'imbriquent et mènent à une conclusion magistrale. Je vous rassure, rien de forcément religieux, que l'on soit croyant ou pas (et c'est mon cas), le message est universel.

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Malick oblige, la technique est une fois de plus parfaite et toujours au service du film et non pour l'épate. Les images sont superbes, les mouvements de caméra souples et parfois déroutants: il cadre à l'envers les ombres des trois frères jouant au ballon sur la route bitûmée, effet garanti! La musique accompagne merveilleusement bien l'ensemble, jamais envahissante, ménageant les émotions tout en les réhaussant, on navigue dans le répertoire classique (Kubrick, je vous dis!).

Une sacré expérience en tout cas! Si vous avez aimé 2001, l'odyssée de l'espace, Solaris (l'original) ou encore Blue Berry (pour la partie "expérimentale"), courez-y! Ce film est pour vous! Pour les autres, c'est peut être le moment de tenter cette plongée ahurissante au profond de l'âme et de la condition humaine.


The Tree of Life (VOSTFR) - Bande-annonce HD

mardi 24 mai 2011

"Les jolies choses" de Virginie Despentes

lesjolieschosesL'histoire: Il y a eu ce jour-là: il l'a ramenée devant sa porte et, assis sur le capot de sa caisse, s'est mis à lui dire des blagues. Claudine est arrivée, elle lui a fait son numéro. Et quand elle s'est éloignée, Seb a juste décrété: «Elle est drôlement jolie ta soeur. Mais elle n'a pas ce que t'as».

Pauline et Claudine sont soeurs jumelles, et pourtant tout les sépare. La première, rebelle et fidèle, refuse le compromis. La seconde, fonceuse et paumée, aime séduire et plaire. Mais quand cette dernière se suicide, Pauline prend sa place et bascule dans un monde factice et frelaté.

La critique de Mr K: Voilà un Despentes fort réussi qui m'avait pour le moment échappé. Je suis tombé dessus par hasard dans une brocante à Périgueux, il me tendait ses petits bras, je n'ai pas pu résister, je l'ai adopté! Je l'ai lu en une nuit tant je n'ai pas pu le lâcher, happé que j'ai été par cette histoire.

Le postulat est simple: deux soeurs jumelles bien différentes, l'une se suicide et l'autre prend sa place usurpant son identité et peu à peu sa vie... et quelle vie! On rentre avec Pauline dans l'intimité et l'existence de Claudine, être thrash par excellence qui côtoie des gens peu recommandables. Le milieu de la musique y est décrit de façon non complaisante: le fric mène la danse et pour y arriver la position horizontale est assez prisée des patrons de labels surtout si la jeune fille est attirante. Quelques passages dans certaines party très jet-set dévoilent aussi ce qu'il y a derrière le rideau de strass et de paillettes, un monde de manipulation, de rencontre et de drogue. A l'heure où certains «people» et médias banalisent des objets comme une «sex-tape», Virginie Despentes décrit ici sans pudeur le contenu de l'une d'entre elle « tournée» par la sœur disparue et les conséquences qu'une telle vidéo peut avoir sur un individu et son image (à 10 000 lieues des âneries que l'on peut lire ou voir sur le sujet). Assez effrayant par moment, très crû aussi, on a bien affaire à un Virginie D. pur jus!

Ce que j'ai préféré et qui est admirablement bien rendu dans cet ouvrage, c'est l'effet de mimétisme qui s'opère entre la sœur vivante et le souvenir de cette sœur haïe. Car c'est une histoire de haine et de répulsion qui peu à peu se transforme en une sorte de fascination, d'auto-destruction à laquelle on assiste impuissant et qui provoque irrémédiablement une boule à l'estomac. Entre flashback sur leur enfance difficile (relations troubles entre elles, père autoritaire et mère démissionnaire) et le présent, peu à peu l'auteur cerne de plus en plus ses personnages qui en deviennent profonds, humains et finalement attachants. On comprend au fur et à mesure où Despentes veut nous emmener. A cet égard, le procédé littéraire que l'on retrouve au tout début et à la toute fin est un modèle du genre et rend compte de l'absurdité de l'existence humaine sans pathos et autres lourdeurs. On peut signaler aussi que, Despentes oblige, ce roman est un vecteur pour l'auteur afin d'exprimer son ressentiment et sa profonde méfiance envers les hommes qui s'avèrent être tous soit des pervers, soit des faibles, soit des manipulateurs. On est souvent plus dans la caricature que dans la peinture réaliste mais c'est aussi ce qui fait le charme de cette auteur que j'affectionne tout particulièrement.

Pour ceux qui suivent notre blog, vous savez que Despentes est une de mes auteurs fétiches. Ce livre ne me fera pas changer d'avis tant j'ai pris du plaisir à le dévorer entre fascination-répulsion et le bonheur de retrouver l'écriture si directe et fraîche de l'auteur. Un p'tit plaisir bien déviant dont il serait dommage de se priver! A bon entendeur...

Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé

Posté par Mr K à 18:07 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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vendredi 20 mai 2011

"Passer l'hiver" d'Olivier Adam

passer_lhiverL'histoire: Ils sont sonnés, lessivés, cassés. Un souffle suffirait à les faire tomber. Chauffeur de taxi, infirmière, ex-taulard ou vendeuse dans une station-service, peu importe: ils restent invaincus.

La critique Nelfesque: Cela faisait un moment que je voulais lire une œuvre d’Olivier Adam. J’en ai entendu le plus grand bien et j’ai vu la magnifique adaptation cinématographique de "Je vais bien ne t’en fais pas". Bien que je ne sois pas vraiment "nouvelles", lorsque ce recueil s’est présenté sous mes yeux j’ai vu là l’occasion de tenter l’expérience.

"Passer l’hiver" est un recueil de 9 nouvelles ayant toutes comme point commun la saison hivernale, le froid et la solitude. Olivier Adam n’est pas un marrant. Mieux vaut avoir le moral au beau fixe lorsque l’on entame une de ses œuvres. Ici le quotidien est semé de doutes, de blessures, de trahison et de mal de vivre. Ici, les personnages ne sont pas des plus heureux. Ils mènent leur vie bon grè mal grè, au fond comme nous tous. Olivier Adam sait faire de ses personnages des Mr et Mme Tout-le-monde. Antoine, Claire, Martine, Anna, Lucas, … on pourrait tous être ces personnages avec nos vies faites de petits bonheurs et de moments de tristesse.

Avec ces nouvelles écrites à la première personne, Olivier Adam sait toucher l’homme ordinaire au plus profond de nous, celui qui pleure et sourit, celui qui aime et se résigne, celui qui a peur de la mort et pourtant qui vit. Une œuvre sensible qui nous émeut.

"Et dire
que nous n’aurons même pas
passé l’hiver."
Dominique A

Posté par Nelfe à 19:00 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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