mercredi 30 mai 2012

"Cosmopolis" de David Cronenberg

affiche-Cosmopolis-David-CronenbergL'histoire: Dans un New York en ébullition, l'ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s'engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n'a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l'autre bout de la ville.

Au fur et à mesure de la journée, le chaos s'installe, et il assiste, impuissant, à l'effondrement de son empire. Il est aussi certain qu'on va l'assassiner. Quand? Où? Il s'apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.

La critique de Mr K: 2/6. Belle déception aujourd'hui avec le dernier film de Cronenberg. Pourtant, la bande annonce donnait très envie. "Cosmopolis" est le nouveau film de l'auteur notamment de l'adaptation du "Festin nu" (génial), "Spider" (méconnu mais vraiment puissant), "Crash" (belle adaptation de Ballard). De plus, le petit scandale cannois m'avait mis l'eau à la bouche... mais voilà, mon beau-frère et moi nous sommes vraiment bien ennuyés comme jamais devant cette descente en enfer d'un baron de l'économie mondiale.

On s'ennuie... et c'est un euphémisme! Beaucoup de verbiage pour beaucoup de portes ouvertes! De la masturbation intellectuelle sans réelle innovation ou point de vue étonnant, juste le recyclage de nombreuses idées sous un délicat emballage (le capitalisme est un serpent qui se mord la queue, on vit une époque d'annihilation de l'humain au profit d'un nouvel ordre mondial...). C'est en grande partie la technique qui justifie les deux points de la note. La perfection technique de l'ensemble est bluffante: images léchées, cadrages millimétrés, ambiance glauque à souhait, petite musique obsédante... C'est du Cronenberg et Dieu sait qu'il est doué une caméra à la pogne!

Cosmopolis_scaledown_450

J'ai globalement été déçu aussi par les performances d'acteurs livrées par la plupart des protagonistes: beaucoup de sur-jeu et de récitation sans âme, cela manque de finesse et décrédibilise l'ensemble. Cependant certains personnages sont vraiment réussis et leurs interprètes sont brillants: Juliette Binoche en cougar amatrice d'art, le personnage de la théoricienne sans scrupule du héros, et l'entarteur fêlé joué par Almaric. Quant à Pattinson (c'est mon premier film avec lui dedans, "Twilight" très peu pour moi!), je suis très loin d'être convaincu par ses pseudo talents d'acteur. Rajoutez à cela un déroulé scénaristique obscur et des scènes complètement ubuesques (notamment celle avec le médecin et la joggeuse) et vous comprenez pourquoi certains ont quitté la salle avant la fin! Non que le genre me déplaise, j'ai adoré en son temps le "Lost Highway" de Lynch ou le "Antichrist" de Von Trier mais là c'est trop! Too much dans le tape à l'oeil et finalement assez vide et vain...

cosmopolis-cronenberg_06

Bref du temps et de l'argent perdu pour pas grand chose. Dommage, le thème était intéressant, le parti pris était osé de filmer quasiment uniquement dans la limousine, mais ça retombe vite comme un soufflé. Bof bof bof! Heureusement que Nelfe n'est pas venue, il y aurait eu des sièges en moins dans la salle à la fin de la séance! À chacun, je pense de tenter l'expérience ou pas...

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dimanche 15 avril 2012

"Rafael, derniers jours" de Gregory McDonald

rafaelL'histoire: Il est illettré, alcoolique, père de trois enfants, sans travail ni avenir. Il survit près d'une décharge publique, quelque part dans le sud-ouest des Etats-Unis. Mais l'Amérique ne l'a pas tout à fait oublié. Un inconnu, producteur de snuff films, lui propose un marché : sa vie contre trente mille dollars. Il s'appelle Rafael, et il n'a plus que trois jours à vivre...

La critique Nelfesque: Attention roman violent. Il ne s'agit pas de gore, la description de ce qui va arriver à Rafael ne fait qu'un chapitre, mais de violence psychologique. Le snuff movie n'est ici que prétexte à décrire le quotidien de Rafael, de ses amis et de sa famille. Ce quotidien fait de débrouille, de mépris, d'injustice et de bêtise crasse.

Je rapprocherai "Rafael, derniers jours" de "Des Fleurs pour Algernon" non pas pour l'histoire qui est complètement différente ici mais pour le fond. Les auteurs de ces deux romans pointent du doigt des problèmes que le commun des mortels ne fait qu'effleurer, ils mettent en avant des hommes différents, des laissés pour compte, et donnent la possibilité aux lecteurs d'apprendre à les connaitre. Indéniablement ici, on s'attache à Rafael, cet homme gentil, naïf au point de pouvoir vendre sa vie pour un snuff movie dont ni lui, ni sa famille, ne verront jamais les dollars promis... Un homme qui parce qu'il parle à quelqu'un d'"important", lui donne sa confiance, sans arrière pensée. On sait que l'histoire finira mal, on sait que Rafael se fait avoir et on a de la peine pour lui.

Gregory McDonald nous présente ici une tranche de sa vie, sans doute la plus importante, ses derniers jours avec sa femme et ses enfants avant de devenir une star du cinéma... Grâce à une avance sur "salaire", il va pouvoir gâter ceux qu'il aime et organiser leur avenir loin du bidon ville dans lequel ils vivent. Morgan Town, ancienne station service, proche de la décharge et de l'autoroute, devenue peu à peu le point de chute de nombreuses familles faisant de ce no man's land un quartier où certains bus acceptent de s'arrêter malgré l'absence d'arrêt.

Ce geste de bonté de la part de Rafael va attirer commérages et jalousie de la part de la communauté qui ne va pas tarder à lui mettre sur le dos le meurtre d'une caissière lors d'un hold-up. Le lecteur navigue ainsi entre pitié, indignation et incompréhension. L'auteur nous propose là un roman noir qui fait mal, marque et dont on se souviendra longtemps. Le personnage de Rafael, simple et bon, sans vice ni malice, nous rappelle ce qu'il y a d'important et d'essentiel dans la vie. Un très beau roman.

calypsoCette lecture entre dans le cadre du challenge "Un mot, des titres..."

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mercredi 4 avril 2012

"La Malédiction des colombes" de Louise Erdrich

la maledictionL'histoire: L'homme répara le fusil et la balle glissa en douceur dans la chambre. Il l'essaya plusieurs fois, puis se leva et se tint au-dessus du berceau... L'homme épaula le fusil. Autour de lui, dans la pièce close, l'odeur du sang frais montait de toutes parts.

Depuis toujours, la petite ville de Pluto, Dakota du Nord, vit sous "la malédiction des colombes", qui dévorent ses maigres récoltes comme le passé dévore le présent. Nous sommes en 1966 et le souvenir de quatre innocents lynchés cinquante ans auparavant hante toujours les esprits. En écoutant les récits de son grand-père indien qui fut témoin du drame, Evelina, une adolescente insouciante, prend soudainement conscience de la réalité...

La critique Nelfesque: Quel bel ouvrage que ce roman de Louise Erdrich que j'avais découvert avec "Love Medicine" il y a quelques mois. Je n'avais pas été très emballée à l'époque mais ayant trouvé à l'auteur une très belle plume, j'ai voulu retenter l'expérience. Quelle riche idée ai-je eu là!

L'auteur nous emmène dans une saga familiale ayant pour point de départ un drame: le lynchage de quatre indiens innocents accusés du meurtre d'une famille entière de fermiers blancs. C'est par la voix d'Evelina, petite fille d'un témoin de cet évènement que Louise Erdrich commence à nous raconter l'histoire de la ville de Pluto. Tour à tour nous allons faire la connaissance des familles Milk, Harp, Peace et Coots. "La Malédiction des colombes" n'ai pas un roman facile à lire, c'est un roman qui se construit, de génération en génération, chaque élément évoqué ayant une importance dans l'histoire globale.

C'est un roman dur, traitant de sujets difficiles tels que la condition des indiens dans les réserves, le racisme, l'homosexualité dans les années 60, les mouvements sectaires et leurs dérives... mais c'est aussi un roman drôle avec des personnages "bonbons" tels que Mooshum, le grand-père farfelu d'Evelina, qui a sa manière bien à lui de vivre sa vie et raconter ses souvenirs. Autant de moments qui permettent aux lecteurs de lâcher un peu de leste et digérer le climat parfois nauséabond de l'époque.

L'écriture de Louise Erdrich est encore une fois magnifique, poétique et douce. On s'attache aux personnages, on apprend à les connaître et une part d'humanité se dégage de chacun d'entre eux, même le plus vil au premier abord revèle une fêlure. Le roman comprend plusieurs parties, chacune allouée à un personnage bien précis. Les témoignages s'accumulent, l'histoire s'enrichie, la toile se tisse de façon magistrale et nous laisse endeuillé à la fin du roman.

Au final, "La Malédiction des colombes" est une superbe fresque familiale, un hommage aux peuples aujourd'hui disparus et une ode à la tolérance et au respect. Je lirai sans nul doute d'autres romans de cette auteur.

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mercredi 28 mars 2012

"Le parfum d'Adam" de Jean Christophe Rufin

Le-parfum-dadamL'histoire: Juliette est une jeune militante écologiste, fragile et idéaliste. Elle participe à une opération commando pour libérer des animaux de laboratoire. Cette action apparemment innocente va l'entraîner au cœur d'un complot sans précédent qui, au nom de la planète, prend ni plus ni moins pour cible l'espèce humaine.

L'agence de renseignements privée «Providence», aux États-Unis, est chargée de l'affaire. Elle recrute deux anciens agents, Paul et Kerry, qui ont quitté les services secrets pour reprendre des études, l'un de médecine, et l'autre de psychologie. Leur enquête va les plonger dans l'univers terrifiant de l'écologie radicale et de ceux qui la manipulent. Car la défense de l'environnement n'a pas partout le visage sympathique qu'on lui connaît chez nous. La recherche d'un Paradis perdu, la nostalgie d'un temps où l'homme était en harmonie avec la nature peuvent conduire au fanatisme le plus meurtrier.

La critique de Mr K: Ce livre est ma troisième incursion dans l'œuvre de Rufin et il confirme tout le bien que je pense de cet écrivain hors norme. Loin des clichés qui accompagnent les membres de l'Académie (vieux écrivains versant dans l'auto-satisfaction et dans la littérature roborative), j'ai été ici confronté à un thriller de haute volée, écrit dans une langue savoureuse et nous mettant aux prises d'un récit prenant du début à la fin.

La trame principale en elle-même est assez originale car elle a comme fond un phénomène peu connu mais cependant bien réel: l'éco-terrorisme. Sans doute fait-il moins d'audimat ou vendre moins de papier que les islamistes... mais après avoir lu ce roman (inspiré de théories et d'actes ayant été commis) peut-être changerez vous d'avis comme moi!

Tout débute par le cambriolage d'un laboratoire d'expérimentation par une jeune écolo naïve. Elle libère les animaux séquestrés et a été chargée de dérober une mystérieuse fiole emplie de liquide rouge. Chargée de le remettre à un commanditaire, elle refuse et impose à ce dernier de la mettre en contact avec les responsables d'une organisation extrémiste. Le personnage de Juliette est remarquable dans le sens où on la voit évoluer au fil des 750 pages de ce roman. Réaliste à l'extrême, elle incarne tour à tour la rébellion adolescente à la fois pulsionnelle et inconséquente (bien qu'elle ait dépassé la vingtaine) puis la femme libérée (quand elle décide de prendre son destin en main après l'action menée en Pologne). Elle grandit, expérimente et ouvrira finalement les yeux sur la cause qu'elle a épousé et ceux qui l'entourent.

Parallèlement, nous faisons la connaissance de Paul et Kerry, deux ex agents de la CIA qui avaient juré de se relancer dans les "affaires" si les circonstances s'y prêtaient. 10 ans ont passé depuis cette promesse et ils ont chacun suivi leur parcours de vie. Elle est devenue psy, est mariée et a deux enfants. Quant à lui, il est médecin pour les pauvres dans une clinique qu'il a monté de toute pièce mais qui périclite face au manque d'investissements financiers. Archie, leur ancien patron, fait appel à eux et c'est un retour aux sources. Les vieux démons et réflexes se réveillent. Ces deux personnages sont aussi très attachants notamment par le fait qu'ils replongent dans un univers auquel ils ont tenté d'échapper mais qui les rattrape. Loin de jouer aux héros et aux super agents, ils ont leurs fêlures, leurs coup de blues et l'enquête est aride. Leur relation complexe est développée avec finesse et chaleur comme sait si bien le faire Rufin.

Une fois de plus, ce roman de Rufin est aussi une invitation au voyage. Son passé de médecin humanitaire n'y est pas étranger et l'on visite nombre de contrées notamment la Pologne, la Suisse, l'Autriche, les États-Unis et surtout à la fin le Brésil que l'auteur avait déjà magnifiquement décrit dans les deux premiers ouvrages que j'ai pu parcourir de lui: Rouge Brésil et La Salamandre. Loin des clichés et du tape à l'œil, on oscille constamment entre réalisme crû et paysages mentaux (les regards croisés des différents protagonistes et des seconds couteaux rendent à merveille la complexité d'un pays comme le Brésil). C'est dépaysant, désarçonnant souvent mais toujours prenant! L'écriture est une merveille et les pages se tournent une fois de plus toutes seules et malgré un livre long et dense, il ne m'a fallu aucun effort pour en venir à bout surtout que Le Parfum d'Adam se révèle être un excellent polar, au suspens distillé parfaitement et au scénario sans faille.

Ce fut donc une lecture d'une rare intensité, qui procure un plaisir de tous les instants et à l'addictivité tenace. Je vous conseille donc chaudement ce livre qui, en plus de vous faire frissonner, vous fera certainement réfléchir à notre monde et notre planète, à la notion de combat et aux limites que l'on doit se poser quand on défend une cause. Une petite bombe au sens propre comme au sens figuré!

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lundi 12 mars 2012

"1Q84: Livre III, Octobre - Décembre" d'Haruki Murakami

1Q84-3L'histoire: Ils ne le savaient pas alors, mais c'était là l'unique lieu parfait en ce monde. Un lieu totalement isolé et le seul pourtant à n'être pas aux couleurs de la solitude.

Le Livre 3 fait entendre une nouvelle voix, celle d'Ushikawa.

Et pose d'autres questions: quel est ce père qui sans cesse revient frapper à notre porte? La réalité est-elle jamais véritable? Et le temps, cette illusion, à jamais perdu?

Sous les deux lunes de 1Q84, Aomamé et tengo ne sont plus seuls...

La critique de Mr K: Acheté quasiment à sa sortie, on peut dire que je l'ai attendu celui-là! Suite aux lectures hautement addictives des deux premiers volets, les mois ont semblé bien long en attendant de connaître la fin de parcours d'Aomamé et Tengo. Le risque majeur dans ce cas de figure est la déception face aux attentes suscitées. Il m'a fallu quelques jours pour dévorer ce Livre 3 et clairement... c'est une réussite totale, une joie sans pareille, de voir un cycle se terminer de cette façon! Franchement, la trilogie 1Q84 est un chef d'œuvre qui gagne directement mon top 10!

Ce troisième tome se situe dans la lignée du précédent: très intimiste, on colle au plus près des protagonistes, suivant leurs gestes quotidiens, leurs doutes et leurs espoirs. Petite nuance et non des moindres, l'ajout d'un point de vue supplémentaire, celui de d'Ushikawa (privé déjà croisé dans les tomes précédents). Le volume 3 fonctionne donc sur un rythme ternaire, on passe du privé, à Aomamé, à Tengo puis on revient à Ushikawa et ainsi de suite. Le Livre 2 nous laissait avec nombre de questions, le Livre 3 y répond avec soin et délicatesse à l'image du style de l'auteur. Tengo et Aomamé vont-ils se retrouver? Où finiront-ils: dans notre réalité ou le monde de 1Q84? Aomamé va-t-elle suivre les indications du leader de la secte avant sa mort? Sans compter tout le reste: les little people, Fukaëri, Tamaru, la vieille dame et consorts...

Tout a sa réponse si on sait attendre et être patient. Loin de la tension sous-jacente à la fin du volume 2, on reprend la série dans un rythme très lent qui pourrait en exaspérer certains. Pour ma part, j'ai trouvé cela idéal pour replonger dans l'univers à la fois poétique et mystérieux que Murakami nous a concocté. Les détails qui de prime abord apparaissent comme sans importance s'amoncèlent, se croisent, se complètent mutuellement pour arriver à la fin que je souhaitais de tout mon cœur. On suit avec émerveillement et impatience cette histoire d'amour platonique qui au fur et à mesure monte crescendo. On peste et on tourne les pages en espérant l'impensable... et finalement, c'est la révélation, la rencontre et le voyage final. Franchement, j'en pleurais presque de joie sous ma couette... Plus romantique tu meurs! Attention, on n'est pas ici dans du soap ou du ringard, ici c'est la passion et la pureté qui l'emporte mais de façon tellement naturelle et innée qu'on ne peut qu'être conquis! Pour peu, je me transformerais en midinette!

Les personnages sont toujours aussi bien cernés, leurs motivations et réactions disséquées entre justesse et onirisme larvé à chaque détour de phrase. Le style de l'auteur fait ici encore merveille et il est difficile de lâcher son livre tant on est emporté par cette œuvre. Vive le bovarisme! Le retour au monde réel est parfois difficile quand on on se sent si bien dans un livre! Je crois que je vais vraiment mettre du temps à me remettre de cette lecture à la fois exaltante et pure: un pur bonheur que l'on a envie de partager et repartager tant il irradie longtemps après la lecture. Une œuvre puissante et essentielle!

Les Livres précédents déjà chroniqués:
- "Livre I, Avril-Juin"
- "Livre II, Juillet - Septembre"


mardi 7 février 2012

"La vengeance du wombat et autres histoires du bush" de Kenneth Cook

wombatL'histoire: Wombats sur ma gauche, wombats sur ma droite: tous piétinaient et grognaient. Planté parmi eux au clair de lune, immense, le corps flasque et hardi, le filet dans une main, la seringue dans l'autre, j'attendais le wombat qui m'intéressait. [...] Avec l'aisance du geste entraîné, je lui lançai le filet sur le corps. Il le déchiqueta en moins de deux secondes. [...] Comment étais-je censé m'y prendre à partir de là?
K.C.

Une rencontre dans un bar, quelques bières fraîches, et voilà Kenneth Cook, écrivain d'âge mûr "en léger surpoids", embarqué dans d'incroyable aventures où la faune humaine et animale du bush joue le premier rôle.
Kangourou suicidaire, koalas explosifs, wombats vindicatifs, aborigènes roublards finissent toujours par contrarier son penchant naturel pour le confort.

La critique Nelfesque: Après "Cinq matins de trop" du même auteur, me voici de retour dans le bush australien. Autant les paysages arides pourraient m'attirer, autant la population dépeinte dans "Cinq matins de trop" et aujourd'hui dans "La Vengeance du wombat..." ne me donne qu'une envie: demeurer le plus loin possible de cette région du monde!

Là s'arrête la comparaison car nous sommes ici dans un registre totalement différent. Dans "La vengeance du wombat...", Kenneth Cook choisi l'humour et la dérision pour nous présenter ses aventures. Le narrateur est une sorte d'aventurier de canapé, qui serait bien mieux dans son salon que dans le pub du coin mais qui, par je ne sais quel malheureux hasard, se retrouve dans des situations impossibles (et hilarantes) souvent par lâcheté. Et oui, cet homme est un gros mou et au fil des nouvelles, il se laisse entrainer pas les grands mââââles australiens dans des aventures abracadabrantes.

C'est ainsi qu'il va partir à la capture du wombat au clair de lune et du buffle en territoire aborigène, assister à des paris dignes des grands westerns, tenter de faire partir un lézard en orbite, risquer sa vie en tentant de sauver un kangourou et un wallaby, essayer de dompter des serpents malgré sa phobie, surveiller une valise au contenu illicite, assister à une démonstration de grenade à moins d'un mètre, partir à la pêche au requin, écouter des souvenirs ayant pour sujet des koalas explosifs... Du grand n'importe quoi! Mais un n'importe quoi de qualité, rafraichissant et drôle.

Ma préférence va à "Des serpents très, très perturbés", nouvelle de 18 pages, où l'on se demande qui du serpent, du narrateur ou de l'ami dompteur qui l'entraine dans une histoire foireuse (n'ayons pas peur des mots)  est effectivement le plus perturbé. J'ai franchement rit à la lecture de cette nouvelle tant l'auteur dépeint avec brio les différents états par lesquels passe le narrateur. Si il ne devait rester qu'une seule nouvelle ce serait celle ci!

N'étant pas une grande adepte des nouvelles (trouvant souvent l'ensemble frustrant et vite oublié), j'ai été charmée par "La vengeance du wombat et autres histoires du bush". Même si certaines histoires sont jouissives alors que d'autres sont anecdotiques, dans l'ensemble on passe un bon moment.

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lundi 6 février 2012

"Survivant" de Chuck Palahniuk

chuckL'histoire: «Personne ne peut voir ses problèmes résolus. Ses drames, ses égarements, ses histoires réglées, sa vie débarrassée de ses merdes. Sinon, que resterait-il à tout à chacun? Rien que l'inconnu qui fiche la trouille».

Tender Branson est bien placé pour le dire. Il est le dernier survivant d'une secte d'allumés et il navigue seul, après l'avoir détourné, dans un boeing 747 mis en pilotage automatique à 13 000 mètres d'altitude. Destination l'Australie et le crash assuré. Plus que sept heures de vol à vivre pour raconter à la boîte noire ses incroyables secrets. Quelques litres de kérosène avant de finir éclaté en milliards de petits débris...

La critique de Mr K: Autant j'avais été déçu lors de ma lecture de Peste du même auteur (Fight Club quand même!), autant Palahniuk m'a bien calmé et cueilli avec Survivant. On suit ici la confession d'un allumé total lors des dernières heures de sa vie et quelle existence! De son enfance au sein de la secte des Creedish à sa survie après le suicide collectif de ses frères, en passant par son élévation au statut de nouveau prophète, c'est à un récit s'apparentant à des montagnes russes que nous convie l'auteur. Mettez bien vos ceintures car ça secoue!

Écrit à la première personne, le lecteur est dès les premières pages immergé dans cet esprit que l'on devine malade. Plus on avance, plus la lumière se fait sur les raisons réelles de ces névroses. On se rend compte qu'on a face à soi un homme qui depuis sa prime enfance est manipulé et quasiment télécommandé par des personnes ou des groupes. Il y a la secte bien sûr, ensuite il y a l'assistante sociale chargée de son cas suite au suicide collectif de ses proches puis l'agent qui va "s'occuper" de lui lors de son accession à la célébrité. Autant vous le dire de suite, c'est rude et éprouvant car Tender est finalement plus une victime qu'autre chose et la boule à l'estomac ne fait que grandir au fil de la lecture. On retrouve donc ici les thématiques chères à l'auteur comme la manipulation mentale, les camisoles chimiques et leur empreinte sur un esprit, la violence des foules et les destins individuels brisés face à des intérêts privés puissants.

L'ensemble est habillé du style inimitable de Palahniuk. Beaucoup de cynisme tout d'abord avec un portrait au vitriol de l'Amérique et de ses habitants (le passage concernant la finale du Superbowl est édifiant dans ce domaine!), ça taille dans le vif et personne ne s'en sort indemne entre les politiques, la police et les acteurs de l'entertainment. L'humour est corrosif, d'un noir épais mais toujours au service d'une réflexion bienvenue en ces temps de doute sur le bienfondé du modèle capitaliste-libéral. La conclusion est d'ailleurs sans appel et aboutit à l'effacement de l'individu au profit de la conscience grise commune. L'écriture est toujours aussi limpide, abrupte et parfois virtuose (notamment les lignes relatant les pensées contradictoires du "héros"). Petit détail et non des moindres, le chapitrage est inversé (du chapitre 47 au chapitre 1) ainsi que le numéro des pages (365 à 1) ce qui rajoute en intensité et en tension, on a l'impression d'assister à un véritable compte à rebours à l'image de Tender qui n'a qu'environ 7 heures pour témoigner au monde de son parcours de vie.

C'est tout chamboulé mais heureux que je suis sorti de cette lecture qui fera date. Expérience peu commune et assez radicale, on ne perd pas son temps et on en ressort un peu différent. C'est pour moi le signe d'une grande et enrichissante rencontre entre le lecteur et l'auteur. Un petit bijou de plus en somme!

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mercredi 4 janvier 2012

"Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi" de Mathias Malzieu

malzieuxL'histoire: Comment on va faire maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi? Qu'est-ce que ça veut dire la vie sans toi? Qu'est-ce qui se passe pour toi là? Du rien? Du vide? De la nuit, des choses de ciel, du réconfort?

Mathias, une trentaine d'années mais une âme d'enfant, vient de perdre sa mère. Sans le géant qu'il rencontre sur le parking de l'hôpital, que serait-il devenu? Giant Jack, 4,50m, "docteur en ombrologie", soigne les gens atteints de deuil. Il donne à son protégé une ombre, des livres, la capacité de vivre encore et de rêver malgré la douleur... Il le fera grandir.

La critique de Mr K: C'est mon troisième ouvrage du chanteur de Dionysos et c'est un troisième délice qui s'est ouvert à moi. Un pur moment de bonheur de lecteur malgré un sujet grave et douloureux: le deuil d'un parent, ici la mère du héros. Le livre s'attache à suivre le parcours mental de ce fils endeuillé entre réalisme du ressenti et envolées lyriques et fantastiques à la Burton. Un sacré programme qui ne déçoit pas!

Tout un pan de cette œuvre suit une progression classique des étapes qui ponctuent la mort d'une personne dans une famille: le choc de l'annonce et l'incrédulité qui en résulte, les choix terribles que l'on doit faire en ce qui concerne la cérémonie et qui rappellent de façon cruelle la disparition de l'être aimé, la cérémonie en elle-même et les sentiments confus que l'on peut ressentir à cette occasion et enfin, la vie sans l'autre, difficile à appréhender et peuplée de souffrance au départ. Mathias Malzieu fait montre de beaucoup de pudeur et de sensibilité alors même qu'il est ici question de lui face à la disparition de sa mère. L'émotion est palpable à chaque mot, ligne ou phrase et c'est autant de fleurs littéraires que l'on cueille petit à petit.

Pour transcender son sujet et montrer l'évolution de ce jeune homme encore enfantin, l'auteur fait appel à un personnage fantastique: un bon gros géant (comme dirait Roald Dahl) qui va l'aider à traverser cette pénible épreuve de la vie à laquelle on sera tous un jour confronté. Malzieu décolle littéralement de la réalité pour nous emporter dans son univers si onirique et si attachant que l'on retrouve dans chacun de ses livres. Loin d'amoindrir l'intensité de la douleur, il la transforme, la "divinise", la rend universelle et poétique, un peu à la manière des thématiques sombres développées chez Burton. C'est ainsi qu'on accompagne le héros dans le pays des morts où les fantômes mange du brouillard, où l'on peut "capter" leurs cris dans une machine appelée le sanglophone et d'où peu de vivants ont pu repartir.

Difficile d'en dire plus sans trahir ou spoiler, sachez simplement que la langue de Mathias Malzieu est toujours aussi enchanteresse et nous emporte loin du quotidien. C'est un merveilleux voyage dans l'intime auquel nous sommes ici conviés, un périple certes douloureux mais ô combien instructif et décalé tant la forme ici proposée est étrange. Très court (150 pages) mais suffisant, voici une lecture qui ne se refuse pas! Avis aux amateurs!

Autres romans de Mathias Malzieu chroniqués sur le blog:
- La Mécanique du coeur
- Métamorphose en bord de ciel

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jeudi 1 décembre 2011

"Un secret" de Philippe Grimbert

un-secretL'histoire: Souvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne le vérifieront pas...Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c'est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu'il lui incombe de reconstituer. une histoire tragique qui le ramène aux temps de l'Holocauste, et des millions de disparus sur qui s'est abattue une chape de silence.

La critique Nelfesque: J'aime beaucoup les écrits sur la seconde guerre mondiale. Documents d'archives, essais, romans, tout y passe. D'ailleurs j'ai posté hier mon avis sur "Le Pays de mon père" de Wibke Bruhns. Je ne suis pas monomaniaque mais cela faisait un moment que j'avais "Un secret" de Philippe Grimbert dans ma PAL et le lancement du challenge "Un mot, des titres..." de Calypso avec pour thème "secret" était l'occasion rêvée de m'y mettre.

Dans ce roman il est question de la guerre de 39-45 et d'un secret de famille, que Maxime et Tania, les parents de Philippe ont dû porter suite aux horreurs de la guerre. Le narrateur, Philippe, est un jeune homme maigrelet et malade. Sans raison apparente, sans réel diagnostique, il n'est pas comme les autres et la famille veille sur lui comme un oisillon tombé du nid. Avec sa voisine, Louise, il va apprendre peu à peu la vérité et ce fardeau qu'il portait jusque là inconsciemment va disparaitre.

Tout en pudeur, Philippe Grimbert nous raconte l'histoire de sa famille. Comment il a fallut que ses aïeux changent de noms, comment ils ont passé la frontière... Entre le fantasme du passé de ses parents et grand-parents qu'il s'était forgé et la réalité, il va devoir faire le deuil d'un songe et accepter la part obscure de l'histoire.

Un roman poignant, comme il y en a tant sur ces tristes années de l'Histoire. Rien de plus, rien de moins. Certaines scènes, dont la principale d'où découle tout le secret (mais dont je tairai le fond ici), est tristement "banale". Un destin malheureusement commun dont il faut garder le souvenir. On ressort de cette lecture ému. La plume est pudique et poignante. "Un secret" est un roman vraiment touchant qui résonnera en moi longtemps...

Cette lecture entre dans le cadre du Baby-Challenge Drame 2011 et du challenge "Un mot, des titres..."

BCTUn-mot-des-titres

jeudi 24 novembre 2011

"Gamines" de Sylvie Testud

gaminesL'histoire:

- Qu'est-ce que tu faisais dans la chambre de maman?
- J'ai volé une photo. Une toute petite photo.
- Tu lui ressembles tellement, a dit ma sœur.
J'ai mis la photo dans la poche de mon jean. Je me suis assise dessus pendant trente ans.
- La photo est ressortie de ma poche! j'ai dit à mes sœurs. J'ai vu l'homme de la photo!
- Qui?
- Celui qui porte le même nom que nous, le même nom que moi. Ce n'est pas une photo, c'est un homme!
J'ai donc un père. Que dois-je faire? Trente ans que je réponds: "Je n'ai pas de père. Je n'ai qu'une photo." Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente ans: "Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est comme ça."

La critique de Mr K: On avait beaucoup parlé dans les médias du film tiré du roman-autobiographique de Sylvie Testud, talentueuse actrice française. Au hasard d'une déambulation, ce livre m'a fait de l'œil et je l'ai pris sous mon aile. C'est presque un an plus tard que je me lançai à sa découverte, voici le compte-rendu après quelques heures de lecture intensive.

Pendant les 251 pages de Gamines, on suit l'histoire d'une famille comme il en existe tant. La maman célibataire élève ses trois enfants, ici trois filles très différentes les unes des autres, son compagnon les ayant abandonnées peu de temps après la naissance de la benjamine. Le point de vue adopté est celui de Sibylle, la petite fille intermédiaire au caractère frondeur et indépendant (la rouquine à l'œil au beurre noir sur la couverture). Elle nous présente tour à tour Georgette, la plus petite de ses sœurs au caractère boudeur et très puérile, et Corinne, l'ainée plus sérieuse et protectrice envers les deux autres. Les trois petites et leur mère évoluent devant nos yeux et nous partageons leurs joies et leurs peines à travers la vision crûe et enfantines de Sibylle. Peu à peu s'installe une impression, un vide qui obsède de manière différente chacun des personnage. Qui est ce père parti de la maison?

On passe par beaucoup d'état en lisant cet ouvrage. La plupart du temps, c'est le sourire aux lèvres que j'ai suivi Sibylle dans ses délires de pré-adolescentes, ses rapports parfois houleux avec sa mère et ses sœurs. Mais au fur et à mesure, le malaise grandi et dans le dernier quart du livre quand on retrouve Sibylle à trente ans, le cheminement des trois sœurs va atteindre son apogée dans une scène d'une rare intensité dans une brasserie quelconque de Paris. Autant l'écriture de Sylvie Testud n'a rien d'exceptionnelle (on baigne tout de même dans le banal), autant la force du livre réside dans son côté réaliste, l'auteur décrivant au scalpel les relations entre les différents personnages. C'est sans doute le fait qu'elle mélange allégrement éléments autobiographiques (enfance sans père, origine immigrée et installation de sa famille à Lyon...) et fiction pure et dure qui porte et rajoute de la puissance à ce récit prenant et saisissant.

Gamines est donc un livre que je vous recommande pour sa franchise, sa facilité d'accès en terme d'écriture et le nombre important d'émotions contradictoires que l'on ressent à sa lecture.

Posté par Mr K à 18:07 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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