mardi 21 août 2012

"Leviathan" de Paul Auster

LeviathanL'histoire: C'est une course de vitesse qui s'engage dès le premier chapitre de Leviathan. En effet, quand Peter Aaron lit dans les journaux que, sur une route du Wisconsin, on a retrouvé le corps défiguré d'un homme qui s'est tué en manipulant un engin explosif, il n'hésite pas: il s'agit à coup sûr de Benjamin Sachs qui fut son très proche ami. Et il entreprend aussitôt de reconstituer et d'écrire l'histoire de Sachs, pour que l'on sache quelles interrogations sur l'identité américaine ont conduit celui-ci à cette fin quasiment prévisible, et pour prévenir ainsi les mensonges des enquêteurs. Dès lors, Peter Aaron se lance sur toutes les pistes qui s'ouvrent, explore les étrangetés de conduite qu'il découvre (en particulier celles des couples et des femmes) et relève avec soin chacune de ces coïncidences qui ont quelque chose d'un rictus du destin.

La critique de Mr K: C'est mon premier ouvrage de cet auteur et franchement j'y reviendrai tant ce dernier m'a plu. Cela faisait déjà un petit bout de temps que Leviathan trônait en bonne place dans ma PAL me faisant de l'œil. Mon père est un grand amateur de cet auteur américain considéré comme un des plus grands de sa génération, les critiques mettant en avant sa singularité et son style d'écriture. Si ce ne sont pas de bonnes raisons pour se lancer, je ne m'y connais pas...

On suit ici le destin de plusieurs personnes gravitant autour du narrateur. L'utilisation de la focalisation interne fait ici merveille une fois de plus et nous immerge dans un canevas constitué de relations complexes et de personnages hauts en couleur. Peter -le narrateur- et son meilleur ami Ben se détachent du lot et c'est avant tout eux qui sont au centre de l'histoire. Il est question de leur rencontre et très vite de l'amitié indéfectible qui va les lier: une amitié masculine mais pleine de nuance, l'amitié aussi entre un écrivain prometteur et engagé (Ben) et un scripteur en devenir en la personne de Peter. Dès le début, une menace plane au dessus de Ben. Est-ce son cadavre défiguré que l'on a retrouvé au bord d'une route? Cela ne fait aucun doute pour Peter qui prend le plume pour nous raconter Ben dans toute sa vérité. Son récit prend alors beaucoup de chemins détournés et emprunte bien des circonvolutions pour nous expliquer les tenants et les aboutissants, c'est là qu'interviennent des figures féminines et des événements clefs qui vont forger leur destin à tous les deux.

On ne peut que s'enthousiasmer devant la précision de Paul Auster et l'amour qu'il porte à ses personnages. J'ai rarement lu un récit d'une telle teneur et d'un tel réalisme, le tout dans une langue légère et raffinée qui m'a embarqué et conquis. Au delà de l'histoire proprement dite (et elle vaut le détour), Paul Auster nous propose une belle réflexion sur le travail de l'écrivain, son rapport à ses écrits, à son œuvre, au réel, ses frustrations, ses espoirs... On vit littéralement l'acte de création sans lourdeur ni pathos, on pénètre les esprits et on côtoie le génie au travail.

Une excellent lecture qui en appelle d'autres tant Leviathan m'a fait forte impression tant au niveau du style que de la maîtrise de son sujet. À découvrir!

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samedi 18 août 2012

"Le temps n'efface rien" de Stephen Orr

stephenorrL'histoire: A neuf ans, Henry est un garçon solitaire ; son pied bot l’empêche de partager les jeux des enfants de son âge. Cet été-là, comme à son habitude, il reste dans sa chambre, lit beaucoup et ne fréquente que sa jeune voisine, Janice. Le jour de la fête nationale, elle lui propose de l’accompagner à la plage avec son frère et sa sœur. Henry, complexé, refuse. Les quatre enfants ne se reverront jamais.

La critique Nelfesque: "Le temps n'efface rien" est le second roman de la rentrée littéraire que j'ai pu découvrir en tant que membre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. C'est le troisième roman de Stephen Orr mais le premier a être traduit en français. Et bien je vous le dis tout de suite: j'ai bien hâte que les autres le soient également car "Le temps n'efface rien" a été un coup de coeur!

Je ne parle pas souvent de "coup de coeur". J'aime les romans, un peu, beaucoup, passionnément, mais de vrais coups de coeur je n'en ai pas 100 dans une année. On se retrouve ici à la frontière de tout ce que j'aime en littérature: des personnages attachants, une époque superbement dépeinte sous une plume mélancolique, un mélange de contemporain et d'enquête policière et surtout une histoire vue à travers les yeux d'un enfant. Dans l'ambiance, on pourrait rapprocher ce roman d'oeuvres telles que "Le petit copain" de Donna Tartt ou encore "Le prince des marées" de Pat Conroy. Des romans qui prennent aux tripes parce que l'auteur porte un soin particulier à la construction des personnages et leurs psychologies, ainsi qu'à l'ambiance dans laquelle le lecteur s'enfonce sans possibilité de sortie.

Toute la première moitié du roman nous présente la vie à Adélaïde, petite ville australienne, et plus particulièrement celle de Thomas Street, rue où vivent Henry et ses parents, entourés de nombreuses familles, voisins et amis. Ce roman est une vraie immersion dans l'Australie des années 60. Une époque où amitié, fraternité et entraide voulaient vraiment dire quelque chose. Une époque également où les premiers immigrés grecques et italiens s'installent dans le pays. L'écriture de Stephen Orr, simple et douce, emporte littéralement le lecteur qui finit par faire partie intégrante de Thomas Street, jusqu'à avoir presque l'impression de vivre dans une des maisons de cette rue et fréquenter Bob et Ellen, les parents de Henry, ainsi que Bill et Liz leurs voisins. Les jeux de Henry, Janice, Anna et Gavin dans le jardin familial et dans le square du quartier deviennent ceux de nos enfants.

La disparition de ces trois derniers à la moitié du roman fait basculer l'histoire. La sérénité, la douceur de vivre et les bons moments vont devenir espoir déchu, angoisse, larmes et douleur. Nous nous sommes attachés à ces enfants et leur perte est d'autant plus douloureuse. S'en suivent des jours et des jours de recherche où Bill, officier de police, mène les opérations avec les moyens des 60's (autant dire très peu), où toute la ville se rend disponible pour essayer de les retrouver, où l'espoir devient de plus en plus mince mais où il faut continuer de vivre. Cela parait impossible pour les parents et pour le petit Henry c'est un vrai déchirement. Lui qui a très peu d'amis et voyait en Janice, Anna et Gavin, des frères et soeurs, va observer les réactions des adultes et se retrancher dans un monde imaginaire où ses amis sont toujours présents. Pour autant Stephen Orr ne fait pas dans le pathos et nous livre ici un roman proche du témoignage à travers les yeux de ce jeune garçon.

"Le temps n'efface rien" est un magnifique roman sur l'amitié, sur les années 60 et sur la difficulté de continuer à vivre après un drame. Inspiré d’un fait divers, il est d'autant plus marquant. Je vous le conseille vivement mais préparez-vous à ne pas pouvoir le reposer avant la fin tant tout y est attachant.

mardi 14 août 2012

"Les affreux" de Chloé Schmitt

affreuxL'histoire: "Grandir et crever. Même avec plein de choses au milieu, c est pas une vie."
D'un jour à l'autre, un homme perd l'usage de son corps. Pas tout à fait mort, plus réellement vivant, il assiste, impuissant, au spectacle d'un monde sur lequel il n'a plus prise. Lâche, cruel, vulgaire. Le monde tel qu'il est ou tel qu'il le voit?

La critique Nelfesque: J'ai eu la possibilité de lire ce roman en avant première en tant que membre du Comité de lecture pour l'élection des Coups de cœur des Lecteurs d'Entrée Livre. Puisqu'il est question de la notion de "coup de coeur", autant le dire tout de suite, "Les affreux" de Chloé Schmitt n'en fut pas un. Tout n'est pas à jeter, il y a même du bon dans ce roman mais certains éléments m'ont fait tordre le nez...

L'histoire est dure et effroyable: un homme dans la pleine force de l'âge se retrouve du jour au lendemain cloué à son lit et à son fauteuil roulant suite à un AVC. Lui qui aime la vie, qui la croque à pleine dent, voit son existence basculer et devient un légume. Ce terme péjoratif n'est pas de mon fait mais bel et bien ce que ressent le personnage d'Alphonse. Par certains côtés, "Les affreux" m'a fait penser au "Scaphandre et le papillon" que j'ai lu il y a plusieurs années avec pour différence de taille que l'auteur du Scaphandre, Jean-Dominique Bauby, vit ce qu'il écrit. Plus récemment, on ne peut s'empêcher de penser à "Intouchables" qui a fait un carton au cinéma, l'humour en moins. Rien de neuf sous le soleil donc, beaucoup de portes ouvertes enfoncées mais le handicap est un sujet difficile à traiter et se mettre dans la peau d'un tétraplégique n'est pas chose aisée.

Mais finalement cette toile de fond peut être également vu comme un prétexte à parler de notre société actuelle. En effet, Alphonse, spectateur malgré lui de sa propre vie et des faits qui nous entourent, assiste impuissant à tout un cortège de démonstrations tour à tour d'amour, d'égoïsme, d'humiliation, de tendresse et de mépris. Tromperie, mensonge, violence conjugale, alcoolisme sont autant de sujets abordés dans ce roman. Est-on totalement heureux dans nos vies de personnes valides? Jusqu'où vont les faux semblants? Que découvririons-nous de nos proches si un tel malheur devait nous frapper? "Les affreux"  s'attaque à des questions complexes et Chloé Schmitt nous propose ses réponses du haut de ses 21 ans. Une ébauche donc, une vue à travers une lorgnette encore jeune et une écriture qui gagnera à s'étoffer.  A défaut de nous dépeindre la société, l'auteure a au moins le mérite de nous présenter un échantillon de personnages assez abjectes.

Les phrases sont courtes, presque trop. Tant est que le lecteur ne s'attache pas vraiment aux personnages et assiste sans sentiments aux évènements que vit Alphonse. L'écriture est brute, le langage vulgaire assez souvent afin de montrer toute la violence du désespoir que ressent le personnage principal. Etait-ce vraiment indispensable?

Au final, j'ai trouvé "Les affreux" un peu too much et vide de vie alors que l'auteure prenait le parti de nous en montrer les méandres... Ce premier roman plaira sans doute à certains... Quant à moi, je suis restée sur ma faim.

jeudi 9 août 2012

"Le proscrit" de Sadie Jones

le-proscritL'histoire: A Waterford, dans la banlieue de Londres, tout le monde va à l'église et fête Noël dans l'insouciance. Une façade d'hypocrisie qui se fissure le jour où Lewis, dix ans, assiste impuissant, à la noyade de sa mère.

Privé du réconfort d'un père à peine revenu de la guerre, homme froid, autoritaire et accablé par le veuvage, Lewis se rétracte dans la douleur et sombre peu à peu dans le doute, la solitude, puis la révolte...

En 1957, quand il sort de prison où il vient de passer deux ans, il n'a que dix-neuf ans... Alors qu'au village personne n'attend son retour, le proscrit, l'exilé tourmenté, pourrait bien tout faire exploser...

La critique Nelfesque: Lecture commune mise en place par Jules, j'ai profité de mes congés estivaux pour me plonger dans ce roman dont la quatrième de couverture m'avait accrochée.

Mise à part le style thriller/polar, j'affectionne les drames dans la littérature contemporaine, et tout particulièrement quand il est question d'enfants. Nous suivons ici, Lewis, un petit garçon tout ce qu'il y a de plus normal avec une mère aimante et des jeux d'enfants. Malheureusement, la noyade de sa mère, à laquelle il assiste impuissant, va chambouler sa vie. Non seulement il perd l'être qu'il aime le plus au monde mais il perd également sa seule source d'affection. Il va dorénavant déambuler dans une vie froide et sans amour avec un père glacial qui ne va pas tarder à se remarier avec une femme plus jeune, pleine de bonnes volontés, mais qui va se planter sur toute la ligne.

"Le proscrit" est l'histoire d'une descente aux enfers pour un petit bout de chou qui voit sa vie basculer par manque d'attention et tomber dans des dérives "délinquantes" pour l'attirer. L'alcool, l'automutilation, l'agression verbale et physique seront autant d'appels à l'aide que personne n'entendra...

Cette lecture émeut au plus profond et l'on a une tendresse particulière pour ce jeune héros que l'on suit jusqu'à l'âge adulte et que l'on veut voir s'en sortir. Méchanceté gratuite des enfants, incompréhension des adultes (on est bien là avant Dolto il n'y a pas de doute), Lewis ne trouvera aucune main à se raccrocher si ce n'est celle de la petite Kit dont il est l'exemple depuis qu'ils sont tout jeunes.

"Le proscrit" est un roman que je conseille pour la complexité psychologique des personnages, pour l'émotion qu'il suscite et pour l'écriture de Sadie Jones qui s'accorde à merveille avec l'histoire et nous livre une oeuvre loin du pathos et des personnages loin du manichéisme.

L'avis de ma compagne de LC: Jules

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mercredi 8 août 2012

"Bye bye Blondie" de Virginie Despentes

BBBVDL'histoire: Une fille qu'on rencontre en HP n'est pas une fille qui rend heureux. Il voulait jouer contre le reste du monde, avoir raison contre toutes les évidences, il pensait que c'était ça l'amour. Il voulait prendre ce risque, avec elle, et qu'ils arrivent sur l'autre rive, sains et saufs. Mais ils réussissent juste à s'entraîner au fond. Il est temps de renoncer...

Gloria a été internée en hôpital psychiatrique. Contre toute attente, la punkette «prolo» y a rencontré Éric, un fils de bourgeois aussi infréquentable qu'elle; ils se sont aimés comme on s'aime à seize ans. Puis la vie, autant que les contraintes sociales, les a séparés. Vingt ans après, à nouveau, leurs chemins se croisent.

La critique de Mr K: Une sacrée claque à mettre une fois de plus au crédit de Virginie Despentes avec ce Bye Bye Blondie, romance amoureuse crépusculaire mettant en scène une héroïne déglinguée qui survit comme elle peut. Gloria est despentienne à souhait: punk rockeuse tant au niveau vestimentaire que dans l'esprit (elle rentre dans tout ce qui bouge), en marge avec sa famille, elle vivote et se défonce. Suite à un dérapage de trop, elle se retrouve internée et c'est là qu'elle va rencontrer Éric, le premier être qui l'attire vraiment et l'apprécie malgré ses défauts (bavarde, agressive et forte en gueule). Mais l'idylle est de courte durée et ce n'est que quinze ans plus tard que les amants vont se retrouver, mais beaucoup de choses ont changé depuis...

Le roman est court mais d'une densité incroyable. Les personnages sont très fouillés, l'écriture à fleur de peau (marque de fabrique de cette auteur) dresse d'un trait juste et direct une jeune femme sans réels repères, très attachante et un homme épris d'amour ne sachant plus comment dompter sa maîtresse endiablée (aucune connotation SM dans cette dernière expression!). Gloria illumine de son fiel et de sa fougue les pages de ce livre. Éric est attiré vers elle comme un papillon de nuit sur une ampoule, leur relation embrase les pages et emporte avec lui le lecteur non prévenu. Il faut s'y attendre avec Virginie Despentes c'est tout ou rien... Ici c'est un grand tout avec un grand A comme Amour, l'histoire de ce couple est d'une rare intensité et d'une beauté crue, les étreintes sont décrites avec sensualité et force sans jamais tomber dans le vulgaire. On ressent pleinement l'osmose qui peut exister entre deux êtres au début d'une relation passionnée. On est chamboulé, retourné, plein d'espérance et l'auteur se joue de nous en autopsiant les réactions de l'héroïne et en la suivant au quotidien. Petites pierres par petites pierres, Despentes construit une bien belle et bien sombre histoire.

Quitte à me répéter, on ne sort pas indemne d'une lecture de Despentes. On aime ou on n'aime pas, pour ma part j'ai déjà eu l'occasion dans ce blog de dire tout le bien que je pense d'elle. Que dire? Ce roman est un de ses meilleurs, elle a su me bousculer tout d'abord en m'invitant à pénétrer l'esprit d'une femme, à en percer les secrets et à comprendre ses motivations. Elle a su aussi séduire mon côté fleur bleue avec cette romance à la fois désespérée et lumineuse. Tout va vite et fort, on est dans l'extrême, il ne faut perdre une seconde, le bonheur est si fragile nous semble nous dire les personnages... Love, sex, drugs, punk rock and jet set sont les éléments de ce cocktail explosif que je vous invite à tester au plus vite!

Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- Les jolies choses
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé

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mercredi 25 juillet 2012

"Le dernier rendez-vous" de Catherine Briat

rendezvsL'histoire: Le dernier rendez-vous, celui qui change tout quand c’est déjà trop tard... Pierre a atteint cet âge où l’on sait que l’on aborde l’ultime tronçon de la route. Il est seul, en sursis, mais a encore des ressources et une volonté d’accomplissement. Sa rencontre avec Marie va le décider à vivre jusqu’au bout comme il ne l’avait jamais fait. Tous deux iront alors à la rencontre de leurs désirs les plus profonds et trouveront ce qu’ils n’avaient pas encore cherché.
Un dernier rendez vous avec l’amour, avec le temps qui reste, quand on se met à rêver d’éternité.

La critique Nelfesque: "Le dernier rendez-vous" est un roman doux, paisible. Ici, pas de rythme à 100 à l'heure, pas de mondialisation, pas de société de consommation... Catherine Briat se rapproche des valeurs sûres et des choses simples: l'amour et la découverte de l'autre.

Pierre est à la fleur de l'âge, celui où on n'est plus tout à fait jeune mais pas encore vieux pour autant, l'âge où les premiers pépins de santé arrivent, où les désillusions ont été nombreuses et où seule compte la liberté. Lors d'un voyage à Florence, il fait la connaissance tout à fait par hasard, lors d'une vraie rencontre de cinéma, de Marie, une femme plus jeune que lui, belle et simple. Là débute l'histoire. Un homme, une femme, chabadabada chabadabada...

En suivant ces deux personnages, nous passons par tous les stades d'une relation: la rencontre, les plaisirs de la découverte, les petites attentions... mais très vite, ces deux adultes qui ont vécu avant de se connaître l'un l'autre voient ressurgir leurs démons et l'état de grâce ne dure guère.

"Le dernier rendez-vous" est à l'image de la vie. Fait de hauts et de bas, de bons souvenirs et de passages amères. La lassitude s'installe, l'un ne voit pas la relation comme l'autre et l'histoire repart à l'envers.

Une relation amoureuse peut-elle se vivre sereinement? D'autant plus quand elle semble être la dernière? Compte-t-elle plus qu'une autre? Voilà ce sur quoi l'auteur nous interroge avec son roman. Des réponses bien difficiles à amener tant il y a de schémas de vie différents. Reste une très jolie lecture qui laisse une impression de plénitude une fois la dernière page tournée.

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jeudi 19 juillet 2012

"Oscar et la dame rose" d'Eric-Emmanuel Schmitt

oscarL'histoire: Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans.
Elles ont été retrouvées par Mamie Rose, la "dame rose" qui vient lui rendre visite à l'hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d'Oscar, douze jours cocasses et poétiques, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants.
Ces douze jours seront peut-être les douze derniers. Mais, grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un très fort lien d'amour, ces douze jours deviendront légende.

La critique Nelfesque: Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur que j'aime beaucoup. Après avoir lu et fort apprécié "La Part de l'autre" et "L'Evangile selon Pilate", c'est à "Oscar et la dame rose" que je me suis attelée dans le cadre du challenge "Livra'deux pour pal'Addict" que j'ai entrepris avec ma copinaute fée-tish. Elle avait vraiment beaucoup aimé ce roman et me l'a conseillé. Ni une, ni deux, il était entre mes mains.

"Oscar et la dame rose" est un roman dur. La maladie mortelle d'Oscar est injuste et triste. Ce petit gamin de dix ans n'a plus que quelques jours à vivre et rien que cette idée est inadmissible. Pourtant c'est un fait et plutôt que de nous apitoyer sur son sort, Eric-Emmanuel Schmitt nous offre un roman plein de sérénité, d'amour et d'humour.

Mamie Rose va donner les clés à Oscar pour faire de ces derniers jours à vivre des moments exceptionnels. Personnage positif, idéaliste et farfelu, elle va faire de ses 12 jours qui le séparent de la fin, 12 années où chaque minute est l'occasion de nouvelles expériences. Oscar grandit donc plus vite qu'il ne le devrait, urgence de vivre oblige, et vit en quelques heures son premier amour, son premier baiser, ses premières décisions d'"adulte"... Le petit Oscar si frêle et à l'apparence si fragile va s'avérer être un vrai petit homme courageux et intrépide. Plutôt que de penser à la mort, il va penser à la vie et vivre ses derniers moments heureux.

J'ai vraiment été touchée par ce cours roman qui se lit très vite (à peine 100 pages) et condense dans ses quelques lignes poésie et ondes positives. Il y a une notion de religion dans cet ouvrage mais il faut plus y voir un prétexte trouvé par Mamie Rose afin de faire sortir les sentiments d'Oscar. Je pense qu'athés et agnostiques peuvent lire ce roman sans y ressentir (trop) de bons sentiments de culs bénis. Certes il est question de Dieu assez souvent mais il n'est que l'interlocuteur imaginaire de ce petit garçon pour qui la notion de religion est bien abstraite. C'est dire...

Au final, j'ai ri, j'ai été émue, j'ai ressenti des émotions à la lecture de ce roman d'Eric-Emmanuelle Schmitt que je n'ai pas fini de découvrir avec beaucoup de plaisir. Merci fée-tish pour ton appel du pied ;)

Livra'deux pour pal'Addict

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jeudi 12 juillet 2012

"La vie de ma mère !" de Thierry Jonquet

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L'histoire : Ce n'est pas l'histoire de sa mère car de mère, il en a si peu. Elle n'est jamais là, elle travaille comme standardiste de nuit à Lariboisière. Elle fait de son mieux. Alors il vit sa vie tant bien que mal et la raconte dans son langage à lui, le môme des cités. Il n'est pas fort en rédaction, mais lui aussi fait de son mieux...

La critique de Mr K : Attention livre effroyable ! Il n'est pas à mettre entre toutes les mains, les âmes sensibles s'abstiendront ainsi que tous les bobos de gauche et réacs de droite car c'est la vérité la plus crûe et la plus extrême qui est exposée ici. Préparez-vous à une plongée sans concession dans l'univers d'un pré-ado de cité !

Ce livre est écrit à la première personne, un "je" terriblement immersif qui nous accompagne du début à la fin. Ce "je" n'a pas de nom ou de prénom, il est à proprement parlé symbolique, il représente bien plus que sa petite personne, c'est tout un pan de notre jeunesse qui est ici révélée : espoirs déçus, actes manqués, premières conneries, découverte de son corps / du rapport à l'autre, la dope, le sexe... rien n'est masqué ou mis de côté. Derrière ce catalogue et la peur qu'il peut inspirer à la lecture du récit, le malaise va grandissant. La lecture se révèle éprouvante, l'auteur nous renvoie l'image d'une société malade et le constat est sans appel.

Vous serez confrontés entre autre à des parents qui travaillent comme des acharnés et ne voient pas grandir leurs enfants qui poussent dans tous les sens et glissent dans la petite délinquance avant le grand saut, à une école inégalitaire qui depuis des décennies ne remplit plus son rôle d'ascenseur social (a-t-il seulement existé depuis la seconde guerre ?), à la désacralisation de l'acte sexuel remisé à un plaisir mécanique et machiste (des passages sont vraiment rudes à ce propos, bien plus dérangeants d'ailleurs que dans un Despentes par exemple), à la dope et à l'accoutumance qui l'accompagne, à l'intégration qui ne se fait plus et à la montée des intégrismes... autant de travers ici décrits sans complaisance ni gratuité, un constat neutre et terriblement d'actualité.

Au milieu de tout cela, il y a un jeune garçon (le héros-narrateur) qui a des qualités et des capacités mais une erreur de jugement, la recherche de compagnie et patatra... C'est le début de la descente aux enfers et ceci très jeune. L'espoir minci, l'innocence s'envole pour laisser place à une fripouille de quartier comme il y en a tant d'autres. À noter que ce jeune est d'origine "gauloise" ce qui nous change des clichés véhiculés ! On ne voit pas venir la chute même si finalement elle est logique, le lecteur referme le livre abasourdi et sous le choc.

Je l'ai lu en un après midi, il m'a été impossible de le refermer avant le mot "fin" tant j'ai été pris par le style oralisant qu'adopte Jonquet pour faire vivre son jeune héros de cité. Malgré un malaise qui s'amplifie et des passages vraiment difficiles, la curiosité l'emporte. Mais c'est trop facile de fermer les yeux face à de tels actes et phénomènes qui vont se multipliant dans toutes les sociétés "dites" modernes. Ce roman nous livre des clefs, les solutions restent à inventer. Un réel uppercut littéraire qui donne à réfléchir et que vous lirez et apprécierez si vous avez le coeur bien accroché !

Lu, apprécié et chroniqué du même auteur :
- Mygale

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mercredi 11 juillet 2012

"Comme des larmes sous la pluie" de Véronique Biefnot

commedeslarmesL'histoire: Ecrivain à succès, Simon Bersic ne parvient pas à surmonter la perte de sa femme et vit reclus avec son fils. Sa rencontre avec Naëlle va-t-elle lui offrir une seconde chance? Naëlle, magnifique et mystérieuse, qui lui échappe et qu'il finira par apprivoiser. Lorsque les amants se retrouvent au coeur d'un sordide fait divers qui secoue la Belgique, Simon va devoir affronter l'insupportable.

La critique Nelfesque: C'est d'abord pour son titre que j'ai eu envie de découvrir ce roman. "Comme des larmes sous la pluie", une invitation, une amorce à une histoire mystérieuse et poétique. Avec la couverture et cette photo, c'est comme cela que j'ai vu la chose. Pour la poésie, on repassera mais pour le côté mystérieux je ne m'étais pas trompée. Un roman choisi sur un coup de tête, au feeling, que j'ai bien fait d'ouvrir.

Les personnages principaux, Simon et Naëlle, ne se connaissent pas. Nous suivons leurs vies de chapitre en chapitre, l'un après l'autre, tout en se doutant qu'ils finiront par se rencontrer. Céline, amie de Simon, est décoratrice d'intérieur. Elle se fournit en tissus dans une boutique où travaille Naëlle. C'est par elle que l'histoire prend forme, elle qui est le pivot de l'ensemble. Sans Céline, Naëlle et Simon ne se seraient jamais rencontrés.

On commence par apprendre à connaitre les personnages. Simon est veuf et vit avec son fils. Il est l'auteur de nombreux romans mais connait actuellement l'angoisse de la page blanche. Son avenir sentimental est plat et sa vie sans surprise. Naëlle quant à elle est une jeune femme blessée, sans amis, au passé douloureux. Pleine de secrets, personne ne la connait vraiment et elle traverse sa vie sans saveur. Ces deux personnages sont faits pour se rencontrer.

Jusque là, on a l'impression de lire un roman à l'eau de rose. Je ne suis pas vraiment chick lit et bien que ce roman se lise très bien, au début de ma lecture, je me suis dit que ce serait bien dommage si il ne s'agissait là que d'une bleuette... C'était sans compter les quelques lignes présentes entre les chapitres et qui laissaient entrevoir une réalité plus sombre. Ma curiosité malsaine s'était réveillée.

Au départ, je me demandais ce que pouvaient être ces phrases enfantines égrainées au fil des pages, sans réel rapport avec l'histoire présente. Peu à peu ces pages prennent de l'importance jusqu'à nous dévoiler un nouveau personnage appelé plus tard "l'autre". Ce jeune personnage vit des évènements horribles, un quotidien insoutenable. Enfermé dans une petite pièce avec sa soeur et sa mère depuis son enfance, il voit cette dernière donner vie à de multiples enfants qu'un homme mystérieux vient lui ravir en même temps qu'il les nourrit. Dans cette pièce il n'y a pas de jour, pas de nuit. "L'autre" ne sait même pas ce que cela signifie. Ces passages sont très difficiles à lire et je préfère prévenir tout de suite les futurs lecteurs: âmes sensibles aux violences faites aux enfants s'abstenir. Avec "Comme des larmes sous la pluie", on descend dans les bas-fonds de l'horreur.

C'est cette partie ci du roman et le lien qui existe entre tous les personnages qui m'a tenue en haleine et m'a fait découvrir une oeuvre forte au suspens bien mené et au dénouement étonnant. Même si les personnages sont quelque peu caricaturaux, torturés et esseulés, leurs psychologies valent le détour et permettent au lecteur d'être totalement immergé dans l'histoire. Je conseille donc cette lecture aux amateurs de thrillers qui souhaitent sortir des sentiers battus. Véronique Biefnot nous livre là un roman peu commun.

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jeudi 31 mai 2012

"L'échappée belle" d'Anna Gavalda

echappee-belleL'histoire: Simon, Garance et Lola, trois frères et soeurs devenus grands (vieux?), s'enfuient d'un mariage de famille qui s'annonce particulièrement éprouvant pour aller rejoindre Vincent, le petit dernier, devenu guide saisonnier d'un château perdu au fin fond de la campagne tourangelle.
Oubliant pour quelques heures marmaille, conjoint, divorce, soucis et mondanités, ils vont s'offrir une dernière vraie belle journée d'enfance volée à leur vie d'adultes.

La critique Nelfesque: J'avoue, j'aime Anna Gavalda. Que dis-je, j'adore Anna Gavalda! C'est mon petit péché mignon girly en littérature. J'ai tenté d'autres auteures estampillées "fille" comme Cecelia Ahern avec "Un Cadeau du ciel", Katherine Pancol avec "Les Yeux jaunes des crocodiles" ou encore Rachel Johnson avec "Le Diable vit à Notting Hill". J'ai pleuré d'ennui parfois, trouvé quelques points d'accroche à certains mais je n'ai jamais ressenti ce que me procure la lecture d'un roman d'Anna Gavalda. Cette auteure me touche, je me sens proche de ce qu'elle dit, la façon dont elle écrit me parle. Je suis en symbiose avec cette nana. Voilà c'est dit!

J'ai lu "L'Echappée belle" en une après-midi et ce roman-ci ne déroge pas à la règle évoquée plus haut. J'ai été encore une fois émue par sa plume. Emue mais aussi amusée, touchée, happée par ses mots et ses personnages. Je suis ressortie de cette lecture le sourire aux lèvres et celle-ci m'a fait l'effet d'un bonbon sucré. Je me retrouve totalement dans un des personnages de ce roman (Garance), les situations sont excellentes et l'humour distillé au cours des pages m'a permis vraiment de m'échapper avec ce livre. N'est ce pas l'une des premières choses que l'on demande à un roman?

J'avais lu pas mal d'avis négatifs sur "L'Echappée belle" qui ont retardé ma découverte de cette oeuvre. Certains le jugent facile et creux, d'autres le voient comme du vol (beaucoup trop court pour le prix), j'ai même lu que c'était du "foutage de gueule" et que seul le nom de l'auteur faisait vendre le roman... Bien mal m'en a pris de retarder ma lecture à l'aulne de ces mots! Je l'ai certes acheté d'occasion mais je veux bien le racheter neuf demain s'il le faut. Sans prétention, frais et avec un effet "baume au coeur", Anna Gavalda remplit son contrat avec ce roman qui se rapproche plus de la nouvelle de par sa taille.

L'écriture est simple et fluide, sans fioritures ni superflu. Chez Gavalda, et dans "L'échappée belle" en particulier, les plaisirs sont simples. Ca peut paraître niais, c'est vrai, mais je trouve que dans notre monde actuel, on ne laisse pas assez de place à la simplicité, à ces petits moments de bonheur sans prétention. J'aime qu'un auteur me les remette sous le nez et d'autant plus avec talent comme c'est le cas ici. Le petit côté nostalgique présent également dans cet ouvrage n'est pas non plus pour me déplaire (hey ce n'est pas pour rien que j'aime Vincent Delerm ;) ).

La fuite de cette fratrie de trentenaires, entre espièglerie, je-m'en-foutisme et conscience du fait qu'ils font là un acte que l'on ne fait pas lorsque l'on est adulte, est savoureuse. Partir sur un coup de tête, le jour d'un mariage où toute la famille est endimanchée, laissant femmes et enfants sans explications, pour retrouver un frère qui n'a pas pu se libérer pour ce jour particulier a un côté pied de nez qui me plait bien. Un coup de pied dans les conventions, préférant la simplicité de retrouvailles entre frères et soeurs au paraître en société. A partir de là, le roman est le reflet de ce qui se passe dans l'intimité d'une fratrie ou d'un groupe d'amis très proches: la franchise, l'humour, l'intimité, les souvenirs que l'on se construit ensemble...

"L'Echappée belle" est un roman tendre et frais que l'on prend plaisir à lire en quelques heures, en toute simplicité.

Posté par Nelfe à 18:22 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
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