samedi 9 février 2013

"Tu verras" de Nicolas Fargues

tuverras

L'histoire: Mon père me criait de remonter mon jean au-dessus de mes fesses, de cesser d’écouter des chansons vulgaires sur mon iPod, de rapprocher mes coudes à table et de ne pas faire la tête chaque fois qu’il voulait m’emmener au musée. Il ajoutait toujours : "Plus tard, tu comprendras que c’est pour ton bien que je te disais ça, tu verras."

La critique Nelfesque: Nicolas Fargues a reçu le prix Télérama-France Culture 2011 pour "Tu verras" et en le lisant on se dit que c'est amplement mérité. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en commençant ce roman. J'en suis ressortie bouleversée.

Les quelques lignes de la quatrième de couverture laissent entrevoir une relation père/fils difficile, une relation ado/adulte faite de tension, de contradiction et d'amour mélés. Entre les lignes, on voit également pointé le regret. "Tu verras" est tout cela à la fois. Centrée sur le père de famille qui est ici le narrateur, l'histoire est celle d'un père et son fils. Un père qui veut le meilleur pour son gamin, qui souhaiterait le voir vivre une vie d'adulte épanoui, ouvert et cultivé mais qui va devoir faire face au cauchemard de tout parent: la perte d'un enfant.

La plume de Nicolas Fargues est superbe. Tout en retenue, il use de mots simples pour transmettre au lecteur des sentiments bruts. Il se dégage de ces pages une ambiance à la fois triste, douce et appaisante. On suit ce père dans l'acceptation du deuil, dans ses souvenirs de relation tantôt dure tantôt complice avec son fils. Ce gamin, pas encore un homme, qui aime son père mais souhaite s'affirmer en allant à l'encontre de ce qu'il prône. Un ado un peu rebelle, ancré dans son époque (MSN, Facebook, rap...) tout en restant un petit enfant aimant et attendrissant.

Ce père se repasse le film de la vie de son fils en posant un focus sur les petits moments du quotidien où à postériori il se trouve vieux-jeu, autoritaire, dur et lamentable. Pour une éducation qu'il voulait bonne, il est ainsi passé à côté de son fils si prématurément perdu. Maintenant il se retrouve seul et empli du regret de ne pas l'avoir assez aimé.

Nicolas Fargues pose ici des questions d'éducation, d'écoute de l'autre. Il s'interroge sur la notion même d'amour filiale. Vaste programme, vaste débat. J'ai lu que c'est en immaginant perdre son propre enfant que l'auteur a accouché de ce roman si touchant et beau. Il n'a pas la solution pour aider ce père, la frontière entre le bien et le mal est floue, chacun y verra des messages différents selon sa propre éducation et sa propre vision de la vie. Là où certains verront un bon père, d'autre le trouveront minable. Il rabachait sans arrêt à son fils qu'il portait ses jeans trop bas sur les fesses, qu'il écoutait de la musique de sauvage, que ses copains n'étaient peut être pas les fréquentations idéales...

Cependant, il ignorait tout de ce fils qu'il pensait connaitre sur le bout du coeur. Il ignorait ses talents de poète. Il ignorait jusqu'où il serait capable d'aller pour l'amour d'une fille. Maintenant, il le sait... et cette connaissance a un goût amer. Le final du roman peut surprendre mais c'est la suite logique de la vie. Continuer d'avancer malgré tout...

Avec "Tu verras", l'auteur nous emmène dans une litanie aux phrases longues qui nous berce, nous transporte et nous fait vivre un moment intense. Un très beau roman tout simplement.

Ce livre a été lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict avec les éditions Folio. Merci à eux.

 

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lundi 4 février 2013

"Le prisonnier du ciel" de Carlos Ruiz Zafon

prisonnierduciel

L'histoire: Des secrets de sinistre mémoire viennent hanter Daniel Sempere et son ami Fermín, les héros de L'Ombre du vent.
Barcelone, Noël 1957. À la librairie Sempere, un inquiétant personnage achète un exemplaire du Comte de Monte Cristo. Puis il l'offre à Fermín, accompagné d'une menaçante dédicace. La vie de Fermín vole alors en éclats. Qui est cet inconnu ? De quels abîmes du passé surgit-il ? Interrogé par Daniel, Fermín révèle ce qu'il a toujours caché.
La terrible prison de Montjuïc en 1939. Une poignée d'hommes condamnés à mourir lentement dans cette antichambre de l'enfer. Parmi eux Fermín et David Martín, l'auteur de La Ville des maudits. Une évasion prodigieuse et un objet volé...
Dix-huit ans plus tard, quelqu'un crie vengeance. Des mensonges enfouis refont surface, des ombres oubliées se mettent en mouvement, la peur et la haine rôdent.

La critique de Mr K: Ce livre était le cadeau de Noël 2012 de mes parents qui m'avait convertis à cet auteur ibère avec Le Jeu de l'ange. J'avais embrayé directement avec L'Ombre du vent et j'étais tombé sous le charme de Marina quelques temps après (son meilleur ouvrage à mes yeux). Ironie du sort, sachant mes géniteurs fort amateurs de Zafon, je leur ai offert le même livre pour Noël aussi, comme quoi les grands esprits se rencontrent et que les chiens ne font pas des chats. Je pars toujours avec un à priori positif quand je débute un livre de cet auteur. J'ai tellement été charmé par son écriture et par le background de ses histoires que c'est avec un grand sourire aux lèvres que je débutai ma lecture...

Quel plaisir de replonger dans la Barcelone intemporelle chère à cet auteur catalan. Dans Le prisonnier du ciel, deux époques se chevauchent au fil du récit. Il y a d'abord la Barcelone des années 50/60 où l'on suit Daniel Sempere et son ami haut en couleur Fermin. On re-rentre dans la librairie Sempere père et fils et très vite on sait qu'une menace nouvelle plane sur Fermin qui dans ce volume est clairement le personnage principal. On le retrouve d'ailleurs régulièrement dans certains chapitres, dans sa jeunesse quand il a été embastillé dans la forteresse franquiste surplombant la ville de Barcelone. Il va y faire la rencontre clef de sa vie, s'en échapper par un moyen peu orthodoxe et son existence sera à jamais changée. Ce constant va et vient entre deux époques densifie l'histoire et lève le voile sur certains pans des histoires narrées dans les précédents volumes consacrés au cimetière des livres oubliés. À ce propos, ne vous attendez pas à des révélations fracassantes sur ce dernier, l'auteur ne l'évoquant qu'à la toute fin du roman et il faut bien avouer que cela arrive comme un cheveu sur la soupe.

On retrouve dans Le prisonnier du ciel tout le talent de l'auteur pour planter le décor et décrire une époque. Des passages sont vraiment effrayants notamment dans la description des geôles fascistes et les pratiques des tortionnaires et autres bras armés de Franco. Au détour d'une page, Zafon ressuscite même l'abominable inspecteur Fumero pour une séance de torture atroce dont il a le secret (le flasback est décidément une technique bien pratique pour se faire se relever les morts). Zafon peint sans concession cette nouvelle Espagne qui se rêvait supérieure à ses voisin mais qui ne s'est révélée qu'un régime autoritaire et injuste dont les plaies ne sont pas encore pansées et dont le souvenir reste vif outre Pyrénées. Les personnages sont toujours aussi riches en terme de psychologie et ce volume complète par petites touches tous les aspects déjà entraperçus même si tout n'est pas révélé loin de là... Vous l'avez compris, Zafon n'en a pas terminé avec les Sempere!

Malgré toutes ces indéniables qualités, je suis resté sur ma fin. Tout d'abord quand on repense à l'histoire en son entier, il n'y a finalement pas grand chose à se mettre sous la dent dans Le prisonnier du ciel. Il y a certes de belles fulgurances mais il se dégage une impression générale de creux. De plus, la toute fin du récit lance une piste pour une possible suite que je trouve téléphonée et prévisible (pour ne pas dire artificielle). Mais bon... je suis près à tout pardonner à Zafon pour avoir le plaisir de le relire et il m'a fallu très très peu de temps pour terminer Le prisonnier du ciel, preuve s'il en est de la réussite de cet ouvrage et de ses qualités. L'intérêt ne se dément jamais et il est très difficile de relâcher le livre avant la fin. En attendant la suite à venir, je vais devoir m'atteler à lire ses œuvres de jeunesse qui sont sorties en poche depuis peu. Gageons que j'y retrouve tout le plaisir que j'éprouve en lisant l'œuvre de cet auteur ô combien talentueux!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- L'Ombre du vent
- Le Jeu de l'ange
- Marina

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mardi 29 janvier 2013

"Rebecca" de Daphné Du Maurier

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L'histoire: Dès les premières heures à Manderley, somptueuse demeure de l'ouest de l'Angleterre, le souvenir de celle qu'elle a remplacée s'impose à la jeune femme que vient d'épouser Maxim de Winter. Rebecca, morte noyée, continue d'exercer sur tous une influence à la limite du morbide. La nouvelle madame de Winter, timide, effacée, inexpérimentée, se débat de son mieux contre l'angoisse qui l'envahit, mais la lutte contre le fantôme de Rebecca est par trop inégale.

La critique de Mr K: Une fois de plus, c'est chez l'abbé que je suis tombé sur ce livre. Considéré comme un classique par de nombreux lecteurs et lectrices, je sautais le pas en l'acquérant et il y a peu en le lisant. C'était le début d'une plongée enivrante dans le domaine de Manderley où je faisais la connaissance de personnages bien mystérieux au centre d'une histoire nébuleuse à souhait.

Le livre commence par la rencontre et le début d'idylle entre Maxime de Winter, riche aristocrate anglais veuf et de la jeune narratrice. Tout commence comme un conte de fée et très vite ils célèbrent leur union dans la plus stricte intimité et partent pour l'Italie pour leur voyage de noce. L'histoire débute vraiment quand ils rentrent à Manderley, la maison familiale des De Winter. Une menace plane sur la frêle épouse, Rebecca l'ancienne maîtresse de maison bien que morte dans de mystérieuses circonstances semble encore là. Son aura et sa personnalité ont tellement marqué les lieux que la jeune nouvelle épouse de Maxime De Winter étouffe et ne peut s'imposer de part sa nature effacée et humble (peut-être trop diront certains). C'est le début d'un étrange récit mêlant à la fois la description de la vie quotidienne de la nouvelle Madame De Winter et une enquête pour lever le voile sur les circonstances de la noyade de Rebecca.

J'avais vu, il y a déjà quelques années, l'adaptation brillante qu'en a tiré Hitchcock même si à l'époque je n'avais pas lu le roman originel. Je connaissais donc le twist final de ce roman avant de le lire mais malgré cela, j'ai adoré cette lecture qui me marquera pour longtemps. L'écriture de Daphné Du Maurier est une merveille de finesse, de raffinement et de douceur. Pas une lourdeur, mais une langue qui fond dans la bouche comme un excellent chocolat de Noël, les lignes et les phrases s'enchaînent avec délice pour le lecteur qui tombe immédiatement sous le charme de la vieille demeure de famille, ce manoir fleuri à outrance au bord de la mer qui a connu bien des événements durant son existence. Manderley est un personnage à lui tout seul et on en explore le moindre recoin au fil des rebondissements de ce récit dense. L'auteur nous présente des personnages ciselés à merveille au premier rang d'entre eux, l'épouvantable Miss Danvers (la domestique en chef de Manderley) qui ne s'est jamais remise de la disparition de son ancienne maîtresse. Avec elle, on oscille toujours entre interrogation et répulsion, ceci jusqu'à la toute fin du roman. Le personnage de Maxime est lui aussi fort intriguant et là encore, c'est à la toute fin de l'ouvrage que nous pouvons saisir sa psychologie dans son intégralité. L'héroïne quant à elle navigue à vue et comme elle peut dans cet univers qui lui est étranger et qui semble la rejeter. On suit ses états d'âme et sa lente descente aux enfers (aaah la scène du bal masqué est terrible!). N'oublions pas évidemment Rebecca sur la personnalité de laquelle le voile se lève peu à peu et qui continue à vivre à travers le regard et les actes des habitants de Manderley (jamais un fantôme n'aura été aussi vivant!).

J'ai pris littéralement mon pied avec cette lecture. Daphné Du Maurier n'a pas son pareil pour décrire l'humain dans toute sa complexité et maîtrise son histoire du début à la fin. Cette dernière m'a littéralement cueilli comme lors du visionnage de son adaptation précédemment citée et il en restera longtemps quelque chose dans ma mémoire. Un petit bémol cependant, la fin est trop abrupte à mon goût et j'aurais sans doute prolongé le plaisir sur une vingtaine de pages en plus pour clôturer le récit plus définitivement. Mais je ne vais pas bouder mon plaisir et je ne peux que vous inciter très très fortement à lire cette oeuvre à nulle autre pareille qui vous enchantera par la forme et vous fera frémir (un peu seulement je vous rassure) sur le fond. Un must de plus à mon actif.

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jeudi 17 janvier 2013

"La bête immonde" de Jann Halexander

la bête immonde

L'histoire: Maggelburg, quelque part en Europe. Une jeune femme enquête sur la mort de son frère, dont le corps a été retrouvé à la lisière d'une forêt surnommée la forêt des Charniers.

La critique de Mr K: En novembre dernier, nous avons été contacté Nelfe et moi pour visionner et donner notre opinion sur ce film. Notre interlocuteur nous avait prévenu en nous précisant que c'était tout l'un ou tout l'autre: soit on aime, soit on n'aime pas ce long métrage. Disons-le clairement, nous appartenons à la deuxième catégorie et un pote qui était de passage le soir du visionnage a cru que l'on voulait se débarrasser de lui en lui montrant ce film! C'est dire qu'il est réussi...

Le synopsis au dos du DVD est court mais suffisant. Il ne se passe pas grand chose durant les 52 minutes du film et franchement je m'attendais à autre chose. Est-ce le gugusse déguisé en membre du Ku Klux Klan? La joli nana planquée derrière son arbre? La Bande Annonce aussi sommaire que bizarroïde? En tous les cas, je m'attendais à un pur film du genre slasher en forêt avec hémoglobine et gonzesses à poil style série Z des familles... Et ben non! Mr K est un âne, il s'agit ni plus d'un moins qu'un pseudo pensum sur le racisme, ses ramifications et le côté pas "bien du tout" de ce type de comportement ou réaction! Perso, j'ai rien contre les films à message mais on est bien loin d'un American story X! Jugez du peu.

Les acteurs sont totalement à la rue et non dirigés, des passages sont tout bonnement ubuesques tant les dialogues sont ringues et tournent à vide (mais... mais... qui me parle?). Bon certes, l'actrice jouant le rôle principal est jolie mais franchement un rôle de plante verte aurait été plus à la mesure de son talent (j'espère qu'elle a continué ses études pour voir l'avenir avec espoir...). Vous allez dire que je suis méchant... mais franchement, il faut le voir pour le croire! La seule personne du casting qui s'en sort (et encore, c'est limite!) est Maïk Darah (voix française de Woopy Goldberg) qui par sa science du placement de voix joue plus ou moins bien... Les reportages de la télé locale reconstitués par le réalisateur sont particulièrement affligeants, on n'y croit pas un moment avec des interviews de faux racistes de base bien stéréotypés et caricaturaux qui sont plus navrants que choquants.

LA BETE IMMONDE 1

Et la forme alors... ben c'est à la mesure du reste. Halexander ne sait pas tenir une caméra et encore moins cadrer. Contre-jour, mauvais raccords, cadrages hideux (ah, le passage où les acteurs principaux regardent par la fenêtre de l'appartement...). Seule petite lueur d'espoir, la musique qui, bien que simpliste et déjà entendue, place une micro-ambiance bien glauque (ben oui, je suis un bon gars et je cherche des points positifs). On a affaire à une espèce de film de fin d'étude mal fichu qui se donne de l'importance et finalement tombe à plat.

LA BETE IMMONDE 2

Désolé donc pour les auteurs de cet ovni même pas drôle, je ne peux que déconseiller ce film tout en sachant qu'une critique n'est que le reflet de mon opinion et que je ne suis pas détenteur de la Vérité absolue (sauf pour mon chat). Si certains d'entre vous cependant souhaite tenter une expérience hors du commun, si la vie vous paraît laide et désespérée, si votre belle voisine est une peau de vache doublée d'une sadique, si votre chat ne pense qu'à dormir sans jamais venir vous faire des câlins... bref, si votre situation est désespérée, franchement foncez! Vous verrez que finalement la vie... ça vaut le coup!

Pour plus d'info sur le film: voir le blog consacré à ce dernier.

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lundi 31 décembre 2012

"Les morts ont tous la même peau" de Boris Vian

les-morts-ont-tous-la-meme-peau

L'histoire: Ce roman raconte l'histoire de Dan, un sang-mêlé (un noir à peau blanche) ayant réussi à se faire une place dans la société des blancs sans que ceux-ci ne sachent rien de ses origines. Sa vie était parfaite jusqu'au jour où un homme disant être son frère vient lui réclamer de l'argent en le menaçant de raconter aux gens ses vraies origines. Menacé, Dan assassinera «son frère», allant au-devant de graves ennuis et d'autres crimes.

La critique de Mr K: C'est chez l'abbé que le présent volume m'a tendu ses petits bras. L'écume des jours est sans aucun doute le livre que j'amènerai sur une île déserte s'il me fallait réduire mes bagages littéraires à un seul livre. C'est dire l'admiration que je porte à cet auteur hors norme qu'est Vian. Dans le même style, j'avais aussi aimé L'automne à Pékin. Avec Les morts ont tous la même peau, je m'attaque à un autre pan de l'œuvre de Boris Vian, sa période américaine comme on dit. Il signait alors ses œuvres du nom de Vernon Sullivan.

Dans ce récit, nous suivons le parcours d'un être torturé. Tout tourne autour du racisme avec cet être blanc, fils d'un noir qui n'accepte pas ses origines et qui a tout fait pour oublier ses origines. Il est videur dans un bar de nuit, trompe sa femme qu'il adore (si si, il paraît que c'est possible!) et mène une vie réglée au maximum. Tout bascule le jour où son frère de sang (noir lui) reprend contact avec lui et lui demande de l'argent. Tout ressurgit, sa carapace s'effondre et le héros commet l'irréparable. C'est le début de la descente en Enfer!

Clairement, le style est très différent et j'ai été déçu. Le récit est classique et en cela maîtrisé même si on n'est jamais vraiment surpris. J'ai trouvé l'histoire plate même si quelques fulgurances sauvent l'ensemble notamment à partir du moment où la machine s'emballe. L'hybris envahit le héros et l'on sait alors que tout fout le camp et que ça va mal finir. Pour autant, je me suis lassé de ce style sans envergure, je préfère tellement plus les délires stylistiques des deux opus cités précédemment. Pour autant, on ne peut pas dire que ce soit un complet ratage, l'objectif est noble et les tensions raciales sont bien décrites mais sur le même thème, on peut trouver dix fois mieux.

Je ne pense pas qu'on me reprendra de si tôt à me replonger dans l'œuvre américaine de Vian. Je préfère garder de lui l'image de ce poète à fleur de peau, l'immortel créateur de Colin et Chloé de L'écume des jours.

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mardi 20 novembre 2012

"Home" de Toni Morrison

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L'histoire: Toni Morrison nous plonge dans l'Amérique des années 1950.

La critique Nelfesque: La quatrième de couverture est pour le moins énigmatique mais le décor  est planté: avec "Home" nous sommes dans l'Amérique des 50's. Je suis aventureuse, je suis dingue, je me lance dans cette lecture comme on se jette dans le vide, l'inconnu droit devant.

Toni Morrison à 80 ans, prix nobel de littérature en 1993, nous livre là son dixième roman. J'avoue mon ignorance sur ce coup là, "Home" fut pour moi la découverte de cet auteur. Son écriture est belle, fluide, visuelle. "Home" est la confession de Frank Money, parcourant les Etats-Unis à une époque où le racisme est une violence ordinaire. Sur sa route de Seattle à Atlanta où il va retrouver sa soeur Cee après son appel à l'aide, il va nous conter ses souvenirs de la guerre de Corée, guerre dont il est revenu traumatisé, mais aussi ses souvenirs d'enfant noir parmi les Blancs.

Les années 50 aux Etats-Unis est une période difficile de l'Histoire pour les hommes de couleurs: les Noirs sont persona non grata aux restaurants, ont des places réservées dans les bus, ne sont pas non plus les bienvenus dans les milieux culturels... En plein maccarthisme, les noirs américains sont rabaissés et les lois raciales font légion. 

C'est dans cette ambiance haineuse que Frank parcourt le pays, son "Negro Motorist Green Book" à la main. Entre noirs la solidarité est de mise et les restaurants et pensions accueillants les gens de couleur sont autant de bonnes adresses qui passent de main en main. Entre angoisses dûes à la guerre et peur pour sa soeur grandement malade, il va braver les difficultés pour l'ultime voyage, celui qu'il fera avec sa petite soeur sur les routes de son enfance.

Sa route sera un exutoire à sa vie passée, un long chemin fait de souffrances et de résignations pour trouver le pardon, celui qu'il doit donner aux hommes blancs et à sa vie pour avancer et se délester de sa rancoeur. Avec sa soeur, il retournera à la source, Lotus, ville où ses parents se sont réfugiés chez ses grands-parents après avoir été chassés du Texas, ville où ils se sont épuisés dans les champs de coton, ville où sa grand-mère désignera Cee comme la cause de tous ses malheurs et lui en fera payer le prix...

Un roman dur qui avait tout pour me plaire mais qui au final me laissera, contre toute attente, distante. Même si l'écriture de Toni Morrison est de qualité, même si les faits relatés sont émouvants, je n'ai pas été touchée. Le roman est court (153 pages) et tout n'est qu'effleuré. Je ne suis pas fan du pathos à outrance mais il y a un tel détachement dans cette oeuvre qu'on survole les faits sans grande émotion. Sans doute trop épuré pour moi.

Je ne suis pas habituée des notes (je déteste cela) mais pour permettre aux organisateurs des Matchs de la Rentrée Littéraire de "compter les points", exceptionnellement et par respect des règles, je me prête au jeu. J'attribue donc à ce roman 8/20.

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jeudi 27 septembre 2012

"Les chemins de Katmandou" de Barjavel

les-chemins-de-KatmandouL'histoire: C'est l'histoire de quelques garçons et quelques filles, et parmi eux, d'un couple, Olivier et Jane, en marche vers l'impossible.

De tous les coins de la terre, garçons et filles, déjà plus ou moins drogués, se mettent en marche vers Katmandou, la ville qui dresse ses deux mille temples au pied de l'Himalaya, à la frontière du Tibet. Que vont-ils y chercher? L'illusion d'un Dieu plus proche? Ou la liberté de vivre comme ils veulent, et de fumer "l'herbe" sans crainte de la police? Pour la plupart d'entre eux c'est un voyage vers leur propre destruction...

Jane et Olivier, les héros de cette histoire, ont pris chacun un des "chemins" de Katmandou, peut-être parce qu'ils avaient été profondément blessés dans leurs rapports avec leurs parents. Mais ceux-ci n'étaient-ils pas aussi des victimes? Les chemins de Katmandou commencent parmi nous. Prêtez-y attention: sans que vous vous en doutiez, l'un d'eux peut commencer chez vous...

La critique de Mr K: Suite de mon opération "vidage de PAL" avec un livre que nombre de nos lecteurs m'avait conseillé lors de ma chronique de l'inénarrable et indépassable Flash de Michel Duchaussois. Je ne suis pas adepte de Barjavel mais le sujet m'intéresse au plus au point et beaucoup de personnes m'ont dit que cet ouvrage détonnait par rapport au reste de la bibliographie de l'auteur. Je me suis donc lancé et le moins que l'on puisse dire c'est que je n'ai pas été déçu du voyage...

Par le biais de chapitre très courts (j'adore!), on passe d'un destin à un autre. Des jeunes gens essentiellement qui, pour diverses raisons, dirigent leurs pas vers la mythique Katmandou, synonyme d'ivresse, de découverte de soi et de renouveau spirituel. Pour d'autres comme pour Olivier, c'est la promesse de retrouver un père absent et lui faire cracher la monnaie! Ce personnage de jeune rebelle ayant participé activement aux événements de mai 1968 et en ressortant déçu m'a beaucoup plu. Véritable boule de colère, sur la route il va rencontrer Jane et en tomber amoureux, chose nouvelle pour lui. Le hasard va les séparer puis les remettre en contact mais la drogue et la déchéance qui l'accompagne va bousculer leurs vies respectives jusqu'au point de non retour.

Ce livre est un remarquable témoignage de l'ambiance qui pouvait régner en France et en extrême orient à la fin des années 1960. Paris bloquée et révoltée est plus vraie que nature et l'on cerne un peu mieux cet instant de protestation à nul autre pareil depuis. C'est aussi l'occasion à travers les personnages de toucher du doigt les rêves déchus et le désespoir de toute une génération. Car finalement, ces voyageurs sont avant tout des fugueurs qui détournent les yeux de la réalité occidentale et se nourrissent de rêves artificiels et de chansons. Le tableau que nous en brosse Barjavel est sévère et dur... Peut-être trop je pense. En ce sens, j'ai vraiment préféré en la matière Flash qui certes ne masquait pas la réalité mais parlait aussi des "bons moments", des trips et des découvertes de soi en profondeur.

Reste que l'ouvrage de Barjavel est aussi une superbe fenêtre ouverte sur l'Inde, Katmandou et le monde des routards de l'époque avec des descriptions ahurissantes, grisantes et parfois à la limite du soutenable. On y croise pèle-mêle les temples et les vaches sacrées, des paysages à couper le souffle, des femmes belles comme des déesses et des demi-dieux barbus adeptes de l'amour libre et universel, les palais privés, les hotels bondés de hippies-clochards, la pauvreté la plus extrême, des routiers violeurs et tueurs et tout un tas d'autres hurluberlus et concepts qui nous sont étrangers. Impossible dans ces conditions de redescendre sur terre et j'ai lu ce livre très rapidement, totalement "happé" par l'histoire. Un beau mais rude voyage en quelque sorte, que je vous encourage à entreprendre si ce n'est déjà fait.

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jeudi 30 août 2012

"Kafka sur le rivage" d'Haruki Murakami

kafka

L'histoire: Kafka Tamura, quinze ans, s'enfuit de sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. De l'autre côté de l'archipel, Nakata, un vieil homme amnésique décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s'entremêlent pour devenir le miroir l'une de l'autre tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d'un murmure enchanteur. Les forêts se peuplent de soldats échappés de la dernière guerre, les poissons tombent du ciel et les prostituées se mettent à lire Hegel.

La critique de Mr K: Suite à mon grand coup de cœur pour la trilogie 1Q84 (voir liens en fin de post), je m'étais promis de retourner faire un tour chez cet auteur atypique à l'univers si singulier. C'est une fois de plus au détour d'un vide-grenier que j'ai dégoté cet ouvrage considéré comme un de ses plus grands écrits. Je confirme, ce fut une fois de plus une claque littéraire et Murakami fait désormais partie de mes auteurs préférés tant son style et son discours me parlent. Préparez vous à un voyage sans nul autre pareil où la réalité n'est pas forcément ce qu'elle paraît et où les âmes nous parlent à livre ouvert.

Ce livre c'est tout d'abord le récit d'une fuite, celle d'un adolescent en rupture avec son père et le système de manière général. Kafka a minutieusement préparé sa fugue et s'en va vers l'île de Shikoku (la plus méridionale de l'archipel japonais). Un chapitre sur deux, on suit son errance et ses réflexions d'adolescent. Ce personnage est très attachant, Murakami réussissant le tour de force de nous proposer un personnage d'une grande crédibilité et d'une sensibilité à fleur de peau. Le "je" est une fois de plus immersif et l'énonciation par moment change du tout au tout comme si le mystérieux garçon-corbeau omniprésent regardait et commentait les actes de Kafka. Étrange, vous avez dit étrange? Ce n'est rien de le dire! En parallèle, on suit le voyage entrepris par Nakata, le vieil homme évoqué en quatrième de couverture. Suite à un phénomène étrange survenu dans la montagne avec sa classe quand il était jeune, il se retrouve amnésique et ignare (il ne sait ni lire ni écrire). Parlant avec les chats (des moments tendres et très drôles en début d'ouvrage), il sent qu'il a une mission à accomplir même s'il ne connait pas sa finalité. Il traverse le Japon en suivant ces intuitions et fait des rencontres, notamment avec un camionneur du nom d'Hoshino, ex loubard repenti qui va l'accompagner dans sa quête, suivant ce vieillard à la fois mystérieux et respectable.

Tout autour de ces deux personnages principaux, se retrouve toute une galerie de personnages secondaires tout aussi bien traités par l'auteur. Il y a Melle Saeki la directrice d'une bibliothèque de quartier qui cache un lourd et douloureux secret, Oshima son assistant qui va accueillir Kafka et l'aider dans sa quête intérieure, Sakura une jeune fille qui va héberger Kafka un moment et le remettre sur les bons rails, un mystérieux personnage polymorphe qui semble tout savoir sur tout et tout le monde... Bref, autant de personnages surprenants qui marquent ce récit du sceau du conte. Pas un conte de fée mais un conte quasi métaphysique qui passe au crible l'existence humaine dans ses espoirs et ses frustrations. Il se dégage de ce livre une ambiance unique qui m'a emporté dès les premières pages. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser, l'auteur s'amusant à nous perdre et nous réorienter au gré des chapitres qui s'égrainent rapidement. Tantôt très réaliste, tantôt onirique, le récit gagne peu à peu en puissance et l'histoire toute simple au départ laisse place à un conte initiatique. Rassurez-vous son écriture est très abordable et l'art de Murakami atteint des sommets ici entre passages crus et évocations nébuleuses.

Au détour de certaines pages, l'auteur aussi laisse libre court à ses réflexions personnelles sur la musique classique (trio pour piano de Beethoven), la philosophie (le passage tout bonnement excellent avec la prostituée adepte d'Hegel), la nature, la chair (de superbes passages érotiques), la mort, l'amour et tout plein d'autres thèmes universels ici traités via le prisme d'une pensée purement japonaise. Un esprit ouvert y trouvera de beaux moments de réflexion et de l'inspiration. Difficile vraiment d'exprimer le bonheur ressenti à cette lecture tant ce livre est unique en son genre. Une superbe lecture qui me marquera pour longtemps.

Livres du même auteur déjà chroniqués:
- "Livre I, Avril-Juin"
- "Livre II, Juillet - Septembre"
- "Livre III, Octobre - Décembre"

mercredi 29 août 2012

"Inséparables" d'Alessandro Piperno

pipernoL'histoire: Inséparables. Les frères Pontecorvo l'ont toujours été. Comme les petits perroquets qui ne savent vivre qu'ensemble. Ils sont pourtant différents : Filippo, indolent, attiré par les femmes et par les BD qu'il dessine d'ailleurs avec passion. Samuel, brillant dans ses études et engagé à présent dans le monde de la fmance, mais maladroit en amour. Et voilà que les destins s'inversent. Samuel, le battant, pris entre un investissement financier hasardeux et un mariage qui prend l'eau avant même d'avoir été célébré, vit des jours difficiles. Filippo, le marginal, conquiert une renommée inattendue à Cannes grâce à un film d'animation sur les violences faites aux enfants dans le monde. Puis des menaces terroristes, dont la presse s'empare avec délice, vont lui assurer la célébrité. Encore une fois la famille va devoir faire ses comptes avec le système médiatique dont les mécanismes fonctionnent aussi bien pour encenser que pour mettre à terre. Alors que vingt-cinq années se sont écoulées, le passé refait surface : la mise en accusation et la mort de Leo Pontecorvo, leur père. Un passé qu'il est temps pour les Inséparables d'affronter et d'élucider...

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La critique Nelfesque: Cela faisait un moment que j'avais envie de découvrir Alessandro Piperno et notamment son dernier roman, "Persécution". Ayant l'opportunité de lire "Inséparables", roman de la rentrée littéraire 2012, c'est avec ce dernier que je me suis plongée dans l'écriture et l'univers de cet auteur.

J'ai été surprise de la facilité avec laquelle j'ai lu ce roman. Surprise car malgré différents aspects déplaisants de ce roman, je l'ai avalé en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "ouf". L'écriture de Piperno est fluide et les pages se tournent facilement. Pourtant, le fond d'"Inséparables" n'est pas des plus passionnants... Je n'ai pas réellement éprouvé d'empathie pour ces deux frères que tout oppose. Je ne me suis attachée ni à l'un ni à l'autre tant et si bien que je n'ai été qu'une spectatrice éloignée de leur histoire.

Les personnages sont très marqués, presque caricaturaux. Névrosés tous les deux, ils ne semblent s'accorder que sur un seul point: le sexe. L'un dans l'excès, l'autre dans l'absence, le sexe est un pilier de leurs vies. Tout ou presque tourne autour de cela et façonne leurs personnalités. Au bout d'un moment, perso, ça me blase... Et que dire des deux jeunes femmes qui partagent leurs vies et à qui j'aurai volontiers filé 2 ou 3 claques?

La seule chose qui m'a émue tout de même un peu c'est l'évocation du passé de la famille Pontecorvo et l'enfance des deux frères. Le silence entourant l'évènement qui a changé leurs vies et façonné celle de Samuel, la façon dont ces deux enfants vivent les choses m'ont touchée. Plus tard, la discussion houleuse entre ces deux derniers et leur mère est un moment fort du roman. Ces parties du roman forment une parenthèse que j'aurai aimé voir plus développée quitte à trancher franchement dans le reste. Certes, il y a le phénomène de vases communicants qui fait que lorsque la vie sourit à l'un, l'autre mange son pain noir, mais je n'ai pas trouvé d'intérêt majeur à ce procédé. C'est la vie tout simplement et il n'y a pas à mon sens matière à en faire un roman.

Vous l'aurez compris, je suis assez mitigée sur "Inséparables". Il y a du bon, du moins bon, du superflu et du carrément dispensable pour moi. En bref, un roman que finalement j'oublierai je pense assez vite.

vendredi 24 août 2012

"La première défaite" de Santiago H. Amigorena

defaiteL'histoire: Le premier amour, paraît-il, n'est jamais que le prélude de la première défaite. On aime, puis on souffre. On essaie de se souvenir pour ne pas vivre, puis on essaie d'oublier - pour ne pas mourir. Mais il n'y a rien de tel qu'essayer d'oublier pour se souvenir, et rien de mieux qu'essayer de se souvenir pour réellement oublier.
Ces quelques pages racontent l'histoire d'un jeune homme qui comprend, lentement, qu'après avoir aimé une première fois, après avoir une première fois souffert de n'être plus aimé, pour être heureux, il doit réussir à savourer la douleur et le bonheur en même temps, à chaque pas. Son chemin est long, plein de détours. Comment en serait-il autrement? Si l'on sait de quoi les premiers amours sont le prélude, on ignore toujours de quoi les premières défaites, à leur tour, peuvent-elles être le commencement.

La critique Nelfesque: "La première défaite" de Santiago H. Amigorena est ma première déception de cette rentrée littéraire. Encore que... Pour qu'il y ait déception il faut qu'il y ait attente et, ne connaissant pas cet auteur, je n'en attendais rien. Disons alors que "La première défaite" est mon premier prozac de cette rentrée littéraire.

Prozac, Xanax ou somnifère m'auraient fait physiquement autant d'effets que cette lecture. D'abord déconcertée par les premières pages (que la maison d'édition P.O.L met d'ailleurs à disposition sur le net pour que vous puissiez vous faire votre propre avis), puis rapidement agacée par le style pompeux et autofellationesque de l'auteur, j'ai rapidement sombré dans l'aphasie et j'ai craint pour ma santé.

Je n'ai pas pour habitude d'abandonner mes lectures. Cela m'arrive de ne pas être emballée mais je me dis toujours qu'une lueur est possible au bout du tunnel et je continue vaille que vaille. Ici, dans ce roman de plus de 600 pages, je me suis fixée le cap du tiers du roman avant de prendre ma décision. C'est alors que j'ai compté les pages et que je me suis farcie environ 200 pages de "moi, je" de "oh je souffre" et de "je suis Ecrivain avec un grand E et je le montre".

C'est cet aspect là qui m'a rebutée dans ce roman, cette facilité qu'à Santiago H. Amigorena de se regarder écrire comme d'autres s'écoutent parler. L'écriture est absconse, l'auteur/narrateur, écrivain en herbe, est égocentrique et puant de suffisance, l'étalage de références lettrées (Proust, Dante...) est indigeste et ce matraquage de souffrance morale que subit le personnage principal dépressif finit par nous endormir. Ca tourne en rond, ça tourne en rond, ça tourne en rond... "Je souffre, je souffre, je souffre"... Mon dieu quel ennui!

Et que dire de ce jeune héros, étudiant, qui habite l'île Saint-Louis à Paris (où le moindre studio est à 1500€/mois) et se paye le luxe de ne plus aller à la fac parce qu'il souffre et reste prostré dans son appartement de longs mois? Papa et maman doivent avoir une belle situation pour lui permettre de se regarder le nombril ainsi...

Je pense que certains diront qu'ils aiment ce roman. Ca fera bien d'aimer ce roman. Il trouvera son public: des lecteurs au dessus de la masse populaire pour un auteur qui ne se prend pas pour une déjection. Je ne suis qu'une lectrice lambda et j'ose le dire: je n'ai trouvé aucun intérêt à ce roman et si d'aventure j'avais besoin de dormir, je préfèrerais regarder "Chasse et pêche". C'est dire...