samedi 29 juin 2013

"The Bling Ring" de Sofia Coppola

bling-affL'histoire: À Los Angeles, un groupe d’adolescents fascinés par le people et l’univers des marques traque via Internet l’agenda des célébrités pour cambrioler leurs résidences. Ils subtiliseront pour plus de 3 millions de dollars d’objets de luxe : bijoux, vêtements, chaussures, etc. Parmi leurs victimes, on trouve Paris Hilton, Orlando Bloom et Rachel Bilson. Les médias ont surnommé ce gang, le "Bling Ring".

La critique Nelfesque: Depuis son annonce à Cannes, j'attendais la sortie en salle de ce dernier film de Sofia Coppola, "The Bling Ring". J'ai tout de suite accroché à sa bande annonce et j'étais curieuse de voir ce que cette réalisatrice allait nous proposer avec son histoire se basant sur des faits réels.

Ici il n'est pas question de gang d'ado paumés et fauchés issus des ghettos, de ceux qui ont besoin d'argent pour survivre ou se créer une condition. Non, les jeunes héros de "The Bling Ring" sont nés la cuillère d'argent dans la bouche. Entre showbizz, mannequinat et politique, ils évoluent déjà dans un monde où l'argent n'est pas une denrée rare. Malgré cela, bercés d'illusion, de strass et de paillettes, ils vont vouloir plus d'adrénaline, de reconnaissance et de fun: toucher de près leurs stars préférées (et accessoirement leurs fringues, sacs et chaussures à 10.000$). Paris Hilton, Lindsay Lohan, Orlando Bloom... autant de grands penseurs et de génies du XXIème siècle (ironie inside). Cette bande d'"amis" n'a qu'un mot à la bouche: le paraître. Leur amitié vaut-elle quelque chose en dehors de cela? Rien n'est moins sûr... "Pauvres petites filles riches"...

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La réalisation montre bien la montée en puissance de leur folie quasi hystérique de se rapprocher au plus près de leurs stars préférées. Comme un jeu, ils déterminent leur cible en fonction de leurs déplacements professionnels, localisent leurs domiciles sur Google et se payent une soirée open bar dans leurs palaces avec piscine. Mieux que le Club Med!

Ce qui au départ n'est qu'un délire d'ado (malsain, certes, mais délire tout de même) va se transformer peu à peu en une frénésie, un flirt avec la loi et crescendo le fun devient addiction. Ils volent pour voler, là où avant ils cherchaient l'objet de leur fantasme, c'est maintenant des poignées de bijoux qui finissent dans un sac pris au hasard accompagnées de le première paire de chaussures délirantes qui passent sous leurs nez. Même le chien de Paris Hilton manque d'y passer...

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Cette montée en puissance est vraiment bien retranscrite par Sofia Coppola. Certaines scènes anodines tournées au ralenti laissent présager d'une fin tragique. J'ai aimé également ces scènes de cambriolages où le son s'efface face aux images. Ce qui se passe alors dans la pièce est inaudible et remplacé par une bande son étouffée qui donne à l'ensemble une dimension encore plus glauque.

"The Bling Ring" dresse le portrait et est une critique d'une certaine partie de la jeunesse d'aujourd'hui dans nos pays développés. Incapables d'être eux-même dans un monde de l'apparence, singeant la dernière star à la mode, mettant en scène leurs vies sur les réseaux sociaux, ils croient avoir une existence extraordinaire mais n'éveillent chez le spectateur que de la pitié et de la stupéfation. Comment ces jeunes qui ne sont que la génération suivante de la mienne peuvent-ils être si différents de nous à leurs âges? A les regarder, on a l'impression d'avoir évoluer dans une grotte ou au Moyen-Age... Sans vouloir être réac, je préfère 100 fois ma grotte!

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J'ai aimé ce film sans pour autant le considérer comme l'oeuvre de l'année. Les personnages sont trop agaçants et insignifiants pour que l'on s'y attache, les rapports humains sont superficiels et leurs psychologies ne sont pas développées. Ils ne sont au final que le reflet d'une époque et je pense que la réalisatrice a voulu faire ressentir cela aux spectateurs de son film, gommant ce qui pourrait nous émouvoir et ne faisant qu'un constat froid, quasi documentaire, de ce phénomène. Les parents sont absents, permissifs ou illuminés tendance secte. Ils ne sont pas en reste dans la critique de Sofia Coppola...

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"The Bling Ring" est donc un film révélateur de notre époque que je vous conseille de voir. Ca tombe bien, c'est la Fête du Cinéma demain!


dimanche 16 juin 2013

"Midnight express" de Billy Hayes avec la collaboration de Willliam Hoffer

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L'histoire: Livré pendant cinq ans à la violence et la perversion de ses geôliers turcs pour avoir tenté de passer clandestinement deux kilos de haschisch aux États-Unis, William Hayes fait l'expérience horrifiante d'une justice corrompue et hiérarchisée à outrance. Il ne devra sa survie physique et mentale qu'à son courage et à sa volonté de ne pas se laisser dévorer et anéantir par la privation de liberté et d'intimité.

La critique de Mr K: C'est une fois de plus chez notre cher abbé que j'ai dégoté cet ouvrage. Je ne savais même pas que le terrible film d'Alan Parker (réalisateur notamment de The Wall) était tiré de ce témoignage qui a du attendre un certain temps avant de se voir traduire en français. Le métrage m'avait fait fort impression et il a trotté dans ma tête longtemps après son visionnage notamment grâce à une BO assez exceptionnelle et des images brutes de décoffrage montrant la survie d'un homme dans des conditions extrêmes. C'est dire si j'attendais beaucoup de cette lecture qui me permettait au passage de renouer avec un genre que j'affectionne beaucoup mais que je pratique peu: la lecture de témoignage.

Tout commence à l'aéroport lorsque le héros se fait chopper avec deux kilos de hasch scotché tout autour de son buste. Pas de pot pour lui, la police est sur les dents et recherchent avant tout de dangereux malfaiteurs et aucunement, un petit dealer de seconde zone. N'en déplaise aux biens pensants, deux kilos ce n'est rien comparé aux tonnes passées en contrebande par les trafiquants dits "professionnels". Le témoignage passe sous silence le fait que William Hayes n'est pas à son coup d'essai étant un spécialiste de la chose, son truc étant d'habitude de passer la came dans un faux plâtre! Mais passons, l'essentiel est ici ailleurs et cette expérience va définitivement lui faire passer son goût pour le risque!

Dès le troisième chapitre, c'est la plongée infernale dans les prisons turques. La description est implacable, parfois dure à appréhender tant on rentre dans un monde parallèle, fonctionnant en vase clos avec des pratiques parfois ubuesques. Enfermé dans le pavillon des étrangers, il va faire de belles rencontres mais aussi des plus inquiétantes. La corruption règne en maître et l'argent ouvre bien des portes en terme de nourriture, de cigarette et de hasch! Et oui, les prisonniers pour oublier leur condition fument énormément de cannabis alors que la plupart sont justement enfermés pour détention de drogue! Bien évidemment les gardiens ferment les yeux, voir encouragent cette consommation, y voyant une manière facile d'arrondir leurs fins de mois. Le quotidien des prisonniers est ici remarquablement rendu et cette routine prend des allures d'épreuve de tous les instants. Bien des passages m'ont chamboulé et on se rend compte qu'il faut profiter de chaque instant de liberté tant on peut la regretter amèrement quand on la perd.

Condamné à 20 ans pour ce deal malheureux, en plus de l'injustice de cette peine (c'est tout de même long et un meurtre est à l'époque puni de la même peine), William va très vite se rendre compte que son sort dépend de la conjoncture internationale et notamment des rapports qu'entretiennent ensemble la Turquie et les USA. Vu que la période n'est alors pas au réchauffement, il va devoir rêver à l'express de minuit c'est-à-dire l'évasion. On rentre alors dans son esprit rongé par l'angoisse et l'envie de liberté. Il imagine toute une série de plans plus fous les uns que les autres. Il verra des tentatives réussies par certains, d'autres lamentablement ratées. Il finira par réussir à s'échapper de cet enfer après une condamnation supplémentaire et rentrera au pays définitivement transfiguré.

J'ai adoré ce livre. Il parle admirablement de la liberté perdue, de l'espoir qu'il faut conserver coûte que coûte pour éviter de sombrer, les passages narrant ses correspondances épistolaires avec ses proches sont d'autant plus touchant. J'ai terminé le livre avec une boule au ventre comme après une très vieille lecture qui m'avait aussi pris aux tripes: «L'épreuve» de Béatrice Saubin (suite chroniquée ici). L'écriture est simple et directe, les détails nombreux mais jamais gratuits. Les pages se tournent toutes seules très vite et l'effet est garanti pendant de nombreux jours après la fin de la lecture. Un indispensable dans le genre que je vous conseille grandement.

dimanche 9 juin 2013

"Les Débutantes" de J. Courtney Sullivan

les debutantesL'histoire: "Bree, Celia, April et Sally avaient quitté leurs chambres de bonne et emménagé à l'étage principal. Elles laissaient leurs portes ouvertes pendant la journée et criaient simplement pour se parler. Elles se vautraient sur les divans du salon après le repas du soir, se racontant des ragots et se lisant à voix haute des passages du New-Yorker et de Vogue."

Elles se sont connues et aimées à l'université de Smith, haut lieu de la culture féministe. Le temps, le mariage, la vie d'adulte les ont séparées, jusqu'à la disparition de l'une d'entre elles.
Face aux déceptions de l'existence, rien n'est plus précieux que les souvenirs et les amies des années de fac. Bree, Celia, April et Sally vont s'en rendre compte.

La critique Nelfesque: Je souhaitais lire ce roman depuis sa sortie en broché l'an dernier, c'est donc avec plaisir que je me suis attaquée à ce pavé poche de 550 pages.

La quatrième de couverture de ce roman laisse entrevoir une histoire fraîche d'amitié féminine, presque un roman léger, insouciant où les jeunes années permettent toutes les folies. Ce qu'elle laisse en pointillé, c'est le drame qui se profile à l'horizon et qui va faire grandir ce groupe d'amies. Enfin, ce qu'elle ne dit pas et que j'ai préféré ici, c'est l'ambivalence des rapports amicaux, la période où ces femmes suivent chacune un chemin différent tout en restant fidèles les unes aux autres. De la coïncidence qui en fait des voisines de chambres à l'université, elles vont apprendre à se connaitre, s'apprivoiser, se faire confiance et devenir une famille, au delà des différences. "Les Débutantes" est un très beau roman d'amitié.

Ce n'est pas pour autant un roman chick-lit! Ce n'est ni un roman jeunesse, ni non plus juste un roman léger que l'on lit sur la plage. Bien sûr il y est question d'amitié, de situations cocasses sans conséquences mais aussi de sujets plus profonds, d'estime de soi, de rapport aux autres, de vision de la vie, de choix à faire...

J'affectionne tout particulièrement ce genre de romans qui d'une situation anodine de la vie de tous les jours, une expérience que tout un chacun a pu vivre, entraine le lecteur dans un tourbillon de sentiments jusqu'à le faire complètement intégrer l'histoire. C'est ce que j'ai vécu ici en suivant tour à tour les points de vue de Bree, Celia, April et Sally. Très vite, ces quatre jeunes femmes deviennent nos amis, on se surprend à s'attacher à elles et à presque vivre leurs moments d'intimité. Courtney Sullivan, avec sa plume simple et sans emphase, d'une construction parfaite, nous ramène à nos années universitaires et nous fait revivre ses moments où les ami(e)s comptent le plus au monde.

Bree, Celia, April et Sally ne se connaissent pas et intègrent ensemble l'Université Smith, une université faite par les femmes pour les femmes. Chacune va ici s'épanouir dans un univers féministe où l'homme n'est pas rabaissé ou occulté mais où la femme apprend à se connaître et à penser par elle-même. Ici, les jeunes filles de bonnes familles côtoient les moins gâtées de la vie, elles partagent des valeurs et des préoccupations communes et chacune peut s'émouvoir et s'engager pour une cause qui lui tient à coeur. En début de lecture, ce mode de vie en communauté parait étrange, certaines situations poussées (comme l'accueil des nouvelles arrivées à Smith ou l'omniprésence du lesbianisme assez cliché) mais très vite le lecteur se familiarise avec cette faculté et ne peut pas y rester indifférent.

Ainsi, Bree, Celia, April et Sally, tour à tour fiancées, homosexuelles, féministes "pures et dures" ou simples suiveuses (et parfois même tout cela en même temps (!)), vont faire l'expérience de la vie, de leur sexualité mais aussi découvrir toutes ses faces obscures comme la violence, le mensonge, la jalousie... C'est un concentré de vie qui est ici dépeint.

Nous suivons aussi ces 4 amies "pour la vie" après leurs études. Chacune va faire ensuite sa route, parfois proche, parfois éloignée des 3 autres. Des tensions vont apparaître mais elles seront toujours là les unes pour les autres. Elles ne se suivent plus quotidiennement mais "de loin" en gardant dans leurs coeurs une place particulière pour ces amies de toujours (ça ne vous rappelle rien!?). Un drame va alors les réunir, effacer les tensions et faire place au pardon.

"Les Débutantes" m'a étonnée, fait vibrer, émue parfois et restera longtemps dans ma mémoire. De façon très juste, l'auteure nous narre l'amitié entre femmes mais aussi au sens large. Cette relation particulière, sans attache de sang ou couchée sur papier, qui relie les Hommes jusqu'à leurs derniers souffles. Un roman vrai, beau, à lire!

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dimanche 5 mai 2013

"En nous la vie des morts" de Lorette Nobécourt

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L'histoire: Après le suicide de son ami d'enfance, Nortatem se retire en ermite dans une cabane du Vermont. Loin de tout, il fume, il boit, marche et se souvient. Ce travail de deuil l'ouvre peu à peu au monde sensible. Il rencontre des êtres qu'il ne voyait pas jusqu'alors: une vieille indienne énigmatique et voluptueuse, un voisin plutôt rustre et sa fille, envoûtante... Il correspond avec des femmes absentes. Les personnages qui peuplent ses rêves rejoignent les héros de papier de ses lectures quotidiennes, ils nous emportent avec lui, en tous lieux et à toutes époques, dans le folklore des contes.

La critique de Mr K: Une très belle lecture express que ce livre que je n'aurai jamais eu l'idée de lire sans un partenariat lié à notre blog. Je n'avais jamais entendu parler de cette auteur auparavant, c'est donc avec un esprit vierge et sans aucun à priori que je débutais ma lecture. Il faut dire que le résumé est très intriguant, mêlant une trame dramatique avec des éléments étranges tout droit sortis de contes. Sûr que ce livre ne s'annonce pas tout à fait comme les autres...

Tout débute plutôt classiquement. On suit la trajectoire brisée de Nortatem qui vient juste de perdre son meilleur ami qui s'est suicidé. Littéralement dévasté par cet événement, il sombre dans la mélancolie et le mal de vivre. Il quitte tout pour aller s'isoler dans une cabane au fond des bois pour affronter notre pire ennemi à tous: nous-même. Très vite on se rend compte que ce roman n'est qu'un prétexte, une déviation narrative pour nous parler de l'existence humaine, de nos choix, nos désirs et nos besoins profonds. Pour se faire, le narrateur n'est pas parti les mains vides. Son amie Guita, lui a confié un mystérieux livre, le nébuleux Livre 7. Nortatem s'y plonge régulièrement et nous fait partager ses contes qui vont peu à peu le guider vers une espèce de rédemption.

Je rassure tout de suite les plus sceptiques d'entre vous, nous ne sommes pas en présence d'un énième pensum abscons où l'on ne comprend rien. Ici tout est léger et aérien à l'image du style inimitable de cette auteur. Les lignes et les mots s'égrainent avec un naturel peu commun et l'on se laisse conduire sans rechigner avec un plaisir de plus en plus communicatif. Peu à peu, les pièces du puzzle de l'existence de Nortatem s'assemblent au travers des mails qu'il envoie et qu'il reçoit (seul lien avec l'extérieur pendant un bon moment), les courts récits du Livre 7 font leur chemin, la psychologie du personnage est étoffée à l'envie, avec tact et justesse. On rencontre des personnages assez ubuesques qui vont à leur manière diriger le héros et l'aider à reprendre sa vie en main, mention spéciale à la vieille indienne au charme mystique qui fonctionne même en dehors du livre! C'est seulement à la toute fin de l'ouvrage que l'on se rend vraiment compte de la claque monumentale que l'on vient de prendre, un peu à la manière d'ailleurs du génial Cloud Atlas, vu au cinéma il y a peu.

Dans ce roman initiatique, on assiste à une véritable revanche sur une vie plutôt terne et sans éclat. Le narrateur va devoir regarder la vérité en face, réagir pour trouver la Joie, seul véritable but d'un être qui cherche le bonheur. Nous sommes ici loin de l'imagerie ringarde new age ou pseudo baba cool, on se situe plus dans une recherche spirituelle à la mode bouddhiste où l'on se focalise sur l'essentiel. C'est très rafraîchissant de lire cela dans notre monde de zapping perpétuel où finalement on se focalise sur ce qui divise. Ce livre est une ode à l'autre, aux rapports humains, à l'amour charnel pur (de délicieux passages érotiques évocateurs à souhait du type de ceux dont est friand Murakami), au souvenir de ceux que l'on aime et à la joie.

Je suis ressorti de cette lecture heureux et satisfait avec l'impression d'avoir moi-même parcouru un petit bout de chemin personnel. Certes le début est très noir et l'on patauge avec le héros dans le chagrin et la souffrance mais ce véritable chemin de croix est nécessaire pour la prise de conscience du héros et son retour à la vie. Un merveilleux livre que je vous invite à découvrir au plus vite tant il fait du bien et enrichit son lecteur.

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lundi 29 avril 2013

"La première chose qu'on regarde" de Grégoire Delacourt

lapremierechoseL'histoire: Le 15 septembre 2010, Arthur Dreyfuss, en marcel et caleçon Schtroumpfs, regarde un épisode des Soprano quand on frappe à sa porte.
Face à lui : Scarlett Johansson.
Il a vingt ans, il est garagiste.
Elle en a vingt-six, et elle a quelque chose de cassé.

La critique Nelfesque: Après la très chouette expérience du Comité de lecture pour l'élection des Coups de coeur des Lecteurs d'Entrée Livre pour laquel j'ai lu quelques romans de la dernière Rentrée Littéraire, Entrée Livre, site de communauté de lecteurs que j'affectionne tout particulièrement, m'a de nouveau contactée pour donner mon avis sur des romans du printemps 2013. Vous connaissez mon amour pour la littérature. Je ne pouvais pas refuser!

Ma première lecture concerne donc "La première chose qu'on regarde" de Grégoire Delacourt. LE Grégoire Delacourt qui a fait beaucoup parlé de lui avec son précédent roman "La liste de mes envies" qui a eu de nombreuses critiques positives. Je n'ai pas lu ce précédent ouvrage mais c'est enthousiaste que j'ai commencé celui ci.

La quatrième de couverture est alléchante et laisse entrevoir une histoire cocasse et émouvante. Autant vous le dire tout de suite, j'ai un avis assez mitigé sur ce roman quelque peu déroutant. On retrouve bien le côté cocasse en première partie de lecture puis les émotions prennent le pas dans les 100 dernières pages. Ce sont celles ci que j'ai préféré et qui font que mon avis n'est pas complètement négatif.

Scarlett Johansson frappe à la porte d'Arthur Dreyfuss un soir d'automne ordinaire. Pour lui c'est le choc (et on le comprend!). Pour le lecteur également puisque Grégoire Delacourt retranscrit très bien l'effet de surprise et nous entraîne avec Arthur dans une sorte de monde parallèle (une bonne grosse hallu en somme). Autant j'ai aimé cet effet de surprise et les situations qui en découlent, autant après quelques dizaines de pages j'ai commencé à me lasser du procédé d'écriture choisi par l'auteur. Nous avons ici droit à la bio complète de Scarlett Johansson (moui bon... soit...) mais aussi à bons nombres d'anecdotes sans grand intérêt pour l'histoire concernant l'actrice et ses collègues acteurs. Il faudrait demander aux vrais fans de Scarlett Johansson si cela leur sied mais en tant que simple amatrice j'ai trouvé cela très rébarbatif.

J'ai poursuivi ma lecture et j'ai bien fait car comme je l'ai dit précédemment, à la moitié du roman, l'histoire prend une autre tournure (et heureusement!). Si Grégoire Delacourt avait continué dans cette voie, j'aurai pensé que "La première chose qu'on regarde" était un "sous Beigbeder". L'accumulation sans la folie qui le caractérise. Un amas de détails sans intérêt et sans saveur. Peu à peu, l'auteur laisse de côté ces détails superficiels pour faire place à quelque chose de plus profond, plus centré sur le ressenti et les sentiments de "Scarlett" et Arthur.

A partir de là, le lecteur est emporté dans l'histoire d'amour pure et simple des deux personnages principaux jusqu'ici en souffrance. Ils se découvrent, se dévoilent et commencent à s'aimer. Pas besoin d'en faire des tonnes, des petits détails du quotidien scellent leur lien. Quelle est finalement la première chose qu'on regarde? La regarde-t-on avec les yeux ou avec le coeur? Une bien jolie histoire qui laisse un pincement au coeur une fois le roman terminé.

Les critiques de mes compagnons de Comité de Lecture ainsi que d'autres avis sur la fiche consacrée sur Entrée Livre.

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vendredi 26 avril 2013

"Pour le meilleur et pour l'empire" de James Hawes

 

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L'histoire:Un jeu de télé-réalité au milieu de la jungle tourne à la bérézina. Brian Marley se retrouve seul avec pour uniques compagnons araignées géantes, moustiques sanguinaires et crocodiles affamés. Quasi fou et demi-mort, il s'apprête à enregistrer sur sa caméra un ultime message pour son fils. C'est sans compter sur l'apparition inattendue d'une communauté locale pour le moins étrange...

La critique de Mr K: Changement de registre aujourd'hui dans mes lectures avec ce livre vendu comme un ersatz littéraire des Monty Python. Étant un grand amateur de l'humour anglais à la mode «non sense», c'était l'occasion de recoller à un style que j'apprécie beaucoup mais que j'ai rarement eu l'occasion de côtoyer en livre. Mon avis en fin de course est mitigé.

Tout commence idéalement avec la description d'un jeu télé-réalité tellement difficile et violent qu'on ne peut que se gausser. On est ici loin de la mort d'un candidat lors d'une épreuve de Koh Lanta et à des années lumières d'émissions poubelles qui pullulent sur nos chaînes télé (désolé pour les amateurs de femmes sans cheveux et de shampooing). Six candidats sont ici abandonnés en pleine jungle, sans aucune assistance et ils doivent survivre au sens propre. Dès le début, on comprend que Marley (antihéros classique) est le dernier (et il ne peut en rester qu'un! Sic) car les autres ont soit abandonné soit sont passés de vie à trépas. Le décor est planté, le monde de la télé est beaucoup plus cynique et dangereux que la jungle en elle-même. Complètement exténué, Marley va tomber évanoui et va se réveiller au sein d'un groupe humain bien particulier où seule la folie douce semble régner... je n'en dirai pas plus pour ne pas dévoiler le mystère.

Mais voilà, un bon pitch ne fait pas forcément un très bon bouquin. Certes on rit énormément par moment et les formulations sont bien senties mais le souci réside dans l'écriture que j'ai trouvé ampoulée donc pesante pour le pauvre lecteur. Il y a un côté rebutant dans la prose de Hawes qui empêche que l'on si plonge avec délice et sans filet. J'ai de plus en plus traîné la patte au fur et à mesure de ma lecture et je dois avouer que j'ai fini sur les rotules en toute fin d'ouvrage. Déception aussi vis-à-vis de la manière dont l'auteur s'y est pris pour mener son récit. On quitte très vite la jungle et les événements ubuesques qui s'y déroulent pour plonger dans le passé du principal personnage. Le procédé du flashback aurait pu être intéressant s'il ne s'apparentait pas à un catalogue de situations pseudo-rigolotes qui n'apportent pas vraiment grand chose à la trame principale. Il y a quand même quelques passages succulents, je ne résiste d'ailleurs pas à vous reproduire ci-dessous un portrait au vitriol d'une frange de la jeunesse d'aujourd'hui:

Dans la vieille golf Gti blanche et rouillée à, cause de laquelle Grant Brodie venait de friser la crise cardiaque pour la deuxième fois de la soirée, l'air était saturé d'une fumée âcre et entêtante aux relents de fauve et de fumier, et le beat suramplifié de l'album de 50 cent «Get Rich or die trying»faisait vibrer les panneaux en plastique de l'habitacle. Les occupants de la voiture étaient tous de jeunes Blancs au teint pâle, âgés de dix-sept ou dix-huit ans. Ils avaient passé la mâtinée à trainer dans des piaules pourries, loin de leurs familles décomposées, avachis sur des canapés achetés à crédit, à s'abrutir devant des jeux vidéo bourrés de scènes de massacre et de pornographie ou à se gaver de pubs vantant des biens de consommation qu'ils n'auraient jamais les moyens d'acquérir alors qu'ils étaient censés leur apporter à coup sûr le bonheur; l'après-midi, ils l'avaient consacré à soulever des poids et à suivre un cours de gym-combat dans la salle polyvalente de leur quartier, afin de préparer leurs corps à des efforts que la vie ne leur demanderait jamais. Et maintenant, ils étaient partis s'éclater en voiture. Dans leur imaginaire inondé de testostérone, leur voiture n'avait pas la fonction d'un moyen de transport, mais celle d'une arme leur permettant d'exhiber leur virilité, et dont le manque de prestige ne pouvait être compensé que par la témérité suicidaire avec laquelle ils en faisaient usage: c'était le seul moyen qu'ils avaient pour marquer de leur aigre urine d'adolescents ce monde qui ne les respectait pas. Alors qu'ils approchaient à présent de ce bref et vertigineux apogée de leur force physique, de leur puissance sexuelle et de leur indice musculo-graisseux, ils restaient en carafe à l'extérieur du grand Club de la Vie, à baver devant ce qui brillait en vitrine et à regarder de vieux cons dégarnis d'au moins trente berges monopoliser les belles bagnoles de sport, les belles gonzesses genre top model, les plages immenses de sable blanc et autres lofts à partouze. Au demi-milliard d'années d'évolution présociale qui bouillait dans leurs veines s'ajoutait à présent le cri massivement hurlé à la jeunesse par le marketing moderne: «profitez-en maintenant que vous êtes jeunes et vifs». Afin de montrer à quelle sous-tribu ils appartenaient quand ils se trouvaient dans des lieux par ailleurs socialement anonymes, où la musique était si forte qu'il était impossible de communiquer par la parole, tous arboraient diverses pièces d'habillement ostensiblement estampillées NPR, nom de la ligne de sportswear dessinée par Steve «Skagga» Tomb, le pape de ce qui déchirait chez les Ricains. Sur leurs T-shirts trop grands, sur leurs pantalons trop larges, sur leurs casquettes, sur leurs sweats à cagoule anti-caméras de surveillance et sur leurs baskets à coussins d'air, c'était tout ce qu'on lisait, NPR, ce qui, bien sûr, veut dire Ne Pas réanimer et si t'as besoin qu'on te le précise alors ha! Ha! Excuse-moi eh bouffon mais qu'est-ce qu'on en a à foutre de ce que tu penses de toute façon, hein? Hein?

Sachez donc que l'auteur a vraiment une imagination débordante et que j'ai tout lu à propos de cet ouvrage. Les opinions sont tranchées et Pour le meilleur et pour l'empire n'a laissé personne indifférent. À vous de vous laisser tenter si le cœur vous en dit!

lundi 18 mars 2013

"Je nous trouve beaux" de Cyril Montana

montanaL'histoire: On peut avoir 40 ans, une femme, deux enfants, un métier et se conduire comme un ado plus que border line. Surtout quand on a été élevé par des parents soixante-huitards, qu’on vient de perdre sa grand-mère adorée et que son propre fils vient de fuguer.
"Je nous trouve beaux" est le portrait drôle et tendre d’un quadra qui a autant peur de vieillir que de ne pas être à la hauteur de ses responsabilités de père au sein d’une famille recomposée. Et qui est prêt à tout pour s’en libérer.

La critique Nelfesque: J'aime les romans contemporains qui traitent de la vie de tous les jours. Je les aime d'autant plus quand on en retire quelques choses et qu'ils font réfléchir. "Je nous trouve beaux" fait partie de la première catégorie mais malheureusement pas plus.

J'ai lu ce roman d'une seule traite. J'étais pourtant fatiguée mais je n'ai pas décroché de cet ouvrage de la première à la dernière page. Point positif donc pour "Je nous trouve beaux", il n'est pas ennuyeux et le style de l'auteur est fluide. Ce dernier point est autant un avantage qu'un inconvénient. En effet, plus qu'avoir une écriture fluide, Cyril Montana écrit comme il parle... Alors certes son roman se lit bien, se digère bien mais on en ressort limite abruti, comme lorsque l'on vient de se regarder une émission sans grand intérêt à la télévision et que l'on se dit qu'on aurait pu profiter de ce temps libre pour faire autre chose au lieu de végéter devant une émission prémâchée. "Je nous trouve beaux" est exactement cela: un roman easy reading.

Les pages se tournent, l'histoire suit son cours et on s'aperçoit peu à peu que cette dernière n'est ni plus ni moins que celle de la vie de tout un chacun. Rien d'extraordinaire dans la vie du personnage principal, rien de dramatique non plus (j'ai tout de même été émue par l'épisode de l'accident de sa grand-mère et de son séjour à l'hôpital). Rien de quoi en faire un roman en somme!

J'ai poursuivi ma lecture, tout de même avec plaisir grâce au style fluide déjà évoqué plus haut, mais en me demandant si la fin allait sauver l'ensemble. Et bien... non... même pas... Il n'y a pas vraiment de fin et le roman aurait pu continuer ainsi indéfiniment...

Bilan mitigé (tendance "moins") pour ce roman qui sera aussi vite oublié que lu. Dommage car certains aspects auraient mérité d'être plus développés comme l'expérience du personnage principal chez les francs-maçons ou encore sa relation avec sa grand-mère. "Je nous trouve beau" n'est donc pas un roman indispensable en littérature contemporaine sans être désagréable pour autant.

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mercredi 13 mars 2013

"Au bout du conte" d'Agnès Jaoui

au bout du conte affiche

L'histoire: Il était une fois une jeune fille qui croyait au grand amour, aux signes, et au destin ; une femme qui rêvait d’être comédienne et désespérait d’y arriver un jour ; un jeune homme qui croyait en son talent de compositeur mais ne croyait pas beaucoup en lui.
Il était une fois une petite fille qui croyait en Dieu.
Il était une fois un homme qui ne croyait en rien jusqu’au jour où une voyante lui donna la date de sa mort et que, à son corps défendant, il se mit à y croire.

La critique Nelfesque: Je suis une grande amatrice de Bacri (la preuve, ma toute première adresse mail (chez Caramail (ça me rajeunit pas...)) y faisait référence. C'est dire! J'aime son côté bougon, désabusé de tout, qui est sa marque de fabrique. Je me suis donc dirigée vers le cinéma, en ayant vu quelques teasers, toute enthousiaste.

Histoire de donner le ton de ma critique tout de suite, autant le dire d'emblée: heureusement qu'il y a Bacri dans "Au bout du conte"! Il fait son Bacri à la perfection. Heureusement aussi qu'il y a Agnès Jaoui. C'est simple, ce sont les seuls qui jouent bien! Ou alors peut être est-ce le fait qu'ils ont chacun une aura particulière, une façon de jouer bien à eux, car tous les autres personnages semblent bien fades à côté. Je suis un peu vache, je sauverai tout de même Nina Meurisse qui tient le rôle de Clémence, un personnage secondaire.

Au bout du conte

Benjamin Biolay, dont j'aime l'univers artistique et les albums et qui m'avait agréablement surprise dans "La Meute", interprète le rôle de Maxime comme une moule. Mono-expressif, il tient certes le rôle intéressant du chien dans le jeu de quille (ou plutôt ici du loup dans le conte) mais alors qu'est ce qu'il est mou et chiant!

Je suis assez mitigée sur ce film. Je lui trouve des qualités comme l'originalité du traitement, les plans de début de scènes picturaux, les scènes donnant la part belle à Bacri qui sont les seules à m'avoir fait rire ou sourire (parfois même émue, comme celle où il prend son fils adultes dans ses bras pour la première fois), mais je lui trouve aussi beaucoup de défauts. Le jeu des personnages dont j'ai déjà parlé, le rythme lent qui fait frôler l'ennui aux spectateurs, le côté décousu de ce long métrage et le sentiment qu'au final ce film ne mène nul part. C'est un peu dommage tout de même...

Au bout du conte2

Je ne sais pas bien où Bacri (co-scénariste) et Jaoui (co-scénariste et réalisatrice) ont voulu nous mener avec "Au bout du conte", la morale qu'ils ont voulu nous en faire ressortir... Que la vie n'est pas un long fleuve tranquille? Qu'il faut assumer ses choix dans la vie? Moui, bon, ça on le savait déjà et ça a déjà été mis en lumière de façon plus talentueuse auparavant... Je m'en veux presque d'écrire cela car j'aurai tant aimé ressortir de la séance le sourire aux lèvres avec l'impression d'avoir vu un film à part comme pour "Cuisine et dépendance", "Un air de famille" ou l'excellentissime "On connait la chanson" qui est un de mes films préférés. Au lieu de cela, il n'est pour moi, au bout du compte (héhé), qu'un film sympatoche mais sans plus.

Au bout du conte1

La critique de Mr K: 2/6. Grosse déception pour moi. Ca faisait longtemps que je ne m'étais pas ennuyé autant. Pourtant, je partais avec un bon à priori ayant aimé Le goût des autres, Un air de famille et autre Cuisine et dépendance. En plus, un petit air de conte de fée n'était pas pour me déplaire. Mais voila, le film ne décolle jamais vraiment, suit des méandres plus ou moins heureux ce qui donne trois / quatre scènes délectables pour beaucoup de longueurs où l'on ne voit pas trop où veut nous emmener les scénaristes. Il n'était pas trop tard et j'étais en forme. Heureusement!

Au bout du conte3

Bon et les acteurs me direz-vous? Mention spéciale à Benjamin Biolay qui joue ici spécialement mal mais dont le personnage à la fois commun et crapuleux à souhait m'a bien plu avec des répliques bien senties et aussi glaçantes que la peau d'un reptile. Bacri fait du Bacri mais comme il le fait remarquablement bien, ça passe. A défaut de surprise, sa mauvaise humeur quasi légendaire fait toujours mouche. Je n'ai pas trouvé Jaoui particulièrement crédible dans son rôle de maîtresse d'école au mode de vie bohême-décalé car ayant cotoyé et cotoyant toujours des personnes dites "décalées" je trouve qu'ici le rôle sonne creux et plus bobo qu'autre chose. Le personnage de Laura (le chaperon rouge) est à tarter tant elle a des réactions de neurasthénique sous pillule, Sandro (le beau jeune homme) bien que touchant de par son bégaiement m'a semblé bien fade... un peu à l'image de ce film un peu lénifiant, un peu marrant, un peu niais, mais surtout soporifique au possible.

On va rattraper le coup dans les jours qui viennent pour Le printemps du cinéma.

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samedi 9 mars 2013

"Room" d'Emma Donoghue

roomL'histoire: Sur le point de fêter ses cinq ans, Jack a les préoccupations des petits garçons de son âge. Ou presque.
Il ne pense qu'à jouer et à essayer de comprendre le monde qui l'entoure, comptant sur sa mère pour répondre à ses questions. Celle-ci occupe dans sa vie une place immense, d'autant plus qu'il vit seul avec elle dans la même pièce, depuis sa naissance. Il y a bien les visites du Grand Méchant Nick, mais la mère fait tout pour éviter à Jack le moindre contact avec lui. Jusqu'au jour où elle comprend qu'elle ne peut pas continuer à entretenir l'illusion d'une vie ordinaire. Elle va alors tout risquer pour permettre à Jack de s'enfuir.

La critique Nelfesque: Je n'avais encore jamais entendu parlé de ce livre. J'ai flashé sur la quatrième de couverture qui présente un enfant en proie à des souffrances morales (conscientes ou inconscientes). Au risque de passer pour une dérangée, j'aime ce genre d'histoires qui mélangent drames familiaux et complexité des sentiments... J'ai donc ouvert la première page de "Room" et j'ai été prise en otage par Emma Donoghue!

J'ai failli dire "kidnappée" mais le mot aurait été mal choisi ici... La jeune femme, maman de Jack, âgé de 5 ans, a justement été kidnappée il y a 7 ans par le Grand Méchant Nick. Depuis, elle vit dans une chambre, La Chambre, dans une cabane au fond du jardin. Une cabane "grand luxe" puisqu'elle est équipée d'une porte blindée, de murs ultra isolés phoniquement, de grillage anti intrusion sous le sol... Une vie entre 4 murs d'où on ne peut s'échapper.

Dans cette pièce, comme dans un tombeau éclairé par une unique lucarne sur le toit, elle va donner naissance à Jack. Son rayon de soleil, sa raison de vivre, sa porte de sortie dans un quotidien fait d'angoisse. Ce petit garçon est comme tous les petits garçons, exception faite qu'il ne connait rien d'autres que son environnement immédiat. Madame Télé lui raconte des histoires, Monsieur Tapis est son aire de jeu, Madame Table protège Madame Araignée qui tisse sa toile dessous. Monsieur Mur Côté Lit et Monsieur Mur Côté Porte sont ses uniques repères. Pour lui, cette vie est normale... Maman lui donne son Doudou-Lait, joue avec lui à la course autour de Monsieur Lit, lui lit des histoires. Tout va bien. Maman est là. Mais un jour, elle lui explique ce qu'il s'est vraiment passé et il découvre qu'un Dehors existe. La chambre n'est pas le monde réel. Ensemble, ils vont mettre au point un plan pour s'évader et Jack va se montrer très "peurageux". Il va alors prendre la réalité de plein fouet.

Ce roman est un bijou et j'ai vraiment été touchée par cette lecture. L'auteur a écrit cet ouvrage avec des mots d'enfants, des raisonnements d'enfants... Dérouté au départ, le lecteur se laisse attendrir par ce petit bonhomme si fort et si fragile. Sa relation avec sa mère, pure et belle, nous rappelle que l'essentiel est là mais n'est pas forcément suffisant. Cette mère, dont on ne connaitra jamais le prénom, a vu sa vie basculer à l'âge de 19 ans et à 26 elle va devoir réapprendre à vivre sans brusquer son petit garçon. S'évader de la Chambre est un pas mais le chemin est encore long vers la libération.

Le roman est contruit en plusieurs parties: "Mes cadeaux", "Pour de vrai", "Mourir", "Après" et "Le dehors". Chaque page qui se tourne est une claque. L'amour filial, le regard d'une mère pour son fils dans l'horreur de l'enfermement, la création d'un monde à part, la découverte de l'inconnu, le réapprentissage de la vie pour l'un et la découverte de la vraie vie pour l'autre sont autant de sujets abordé dans "Room" de façon pudique et poignante.

Je vous conseille fortement cette lecture qui je pense me marquera longtemps à l'image d'un "Des fleurs pour Algernon" de Daniel Keyes (dans un autre genre). C'est le type de romans dont on ne ressort pas indemne, qui fait réfléchir sur la vie et nous incite à la vivre à 100%. Une grosse claque!

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mardi 19 février 2013

"La Page blanche" de Pénélope Bagieu et Boulet

lapageblancheL'histoire: Une jeune femme reprend ses esprits sur un banc sans se rappeler ni de son nom ni de ce qu’elle fait là. Menant l’enquête tant bien que mal, elle tente de recouvrer la mémoire et de retrouver son identité. Mais que va-t-elle découvrir ? Un passé romanesque fait de drames et de romances ou l’existence banale d’une femme ordinaire ? Et dans ce cas, saura-t-elle devenir quelqu’un après avoir été quelconque ?

La critique Nelfesque: Je suis une inconditionnelle de Boulet. Il pourrait dessiner "La petite maison dans la prairie" que je serai toujours aussi fan! Il a une folie dans ses histoires où je me retrouve complètement, un humour qui me fait faire pipi dans ma culotte (j'exagère à peine) et un dessin vraiment superbe et riche en détails. Pour "La Page blanche", c'est lui qui est au scénario et rien que pour ça j'ai envie de dire "peu importe qui tient le stylet de la tablette (oui parce que c'est comme ça maintenant, on ne dessine quasi plus à l'ancienne (triste monde tragique)), il FAUT que je lise cette BD!!!".

Le stylet, c'est Pénélope Bagieu qui le tient. Bingo! Je lis son blog depuis des lustres maintenant et j'ai beaucoup aimé "Joséphine". Double effet Kiss cool pour "La Page blanche"!

On est ici bien loin de l'univers de "Joséphine" et des "Notes" de Boulet. Pas de larmes au coin des yeux parce qu'une situation vous fait mourir de rire ni de blagounettes qui enfoncent des portes ouvertes mais transpirent la réalité. Le ton est d'emblée plus soft. Une certaine mélancolique se dégage de ces pages et l'ensemble plonge le lecteur dans une sorte de sentiment cotonneux.

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Notre héroïne se retrouve un soir d'automne assise sur un banc parisien et confrontée à un black out total sur sa vie. Elle ne se rappelle plus son nom, son adresse, son travail, ses amis... Mise à part qu'elle est visiblement jeune et qu'elle vit dans la capitale française, tout le reste est à redécouvrir.

C'est ce chemin vers la connaissance d'elle-même que Pénélope Bagieu et Boulet nous fait arpenter dans "La Page blanche". Elle va enquêter sur sa propre vie, glâner des indices auprès de ceux qui la connaissent, découvrir une jeune femme dont elle ignore tout et parfois ne souhaiterait pas retrouver.

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J'ai été surprise par cette bande dessinée qui nous donne à voir un côté plus sombre des deux auteurs, révélant leur face sensible et quelque part leur vision de la vie. Je savais déjà Boulet capable de ce genre de choses (je vous l'ai dit, je suis fan) par contre de Pénélope je ne connaissais que le côté girly et ce fut très agréable de la voir dans un autre registre.

L'humour est tout de même présent sur certains planches, permettant de détendre une atmosphère assez lourde. On se prend d'affection pour cette jeune femme et l'oppression qu'elle ressent nous donne envie d'ouvrir la fenêtre et de prendre un grand bol d'air.

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Je conseille la lecture de cette BD qui met le doigt en douceur sur des sujets tels que le poids des apparences et du quotidien, l'appartenance à des clans sociaux et surtout fait réfléchir le lecteur au sens qu'il veut donner à sa vie. Tout un programme! La Vérité est ailleur (comme dirait Mulder...)!

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