samedi 11 janvier 2014

"Les Garçons et Guillaume, à table !" de Guillaume Gallienne

lesgarconsafficheL'histoire: Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "Je t’embrasse ma chérie" ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.

La critique Nelfesque: Oui bon, ok je sais... Je ne suis plus du tout raccord avec l'actu ciné avec ce post... Je l'ai vu fin novembre / début décembre et j'ai laissé filer le temps. Shame on me! Croyez-moi.

Enfin mieux vaut tard que jamais! Et puis vous aurez toujours l'occasion de voir "Les Garçons et Guillaume, à table!" en DVD. Et l'occasion, il faut la trouver car vraiment ce film est plus que bien!

Je suis allée le voir en salle avec une amie. Mr K ayant boudé, je ne sais pas vraiment pourquoi (parfois il a des lubies énigmatiques...), ce film, vous n'aurez ici que mon avis. Mais n'est-ce pas le plus important (oups je vais le vexer... et je m'égare par la même occasion)? Je suis ressortie de la salle avec la banane et avec un sentiment de bien être et de bienveillance.

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Oui, c'est cela. "Les Garçons et Guillaume, à table!" est un film bienveillant, sans être moralisateur une seule seconde. Il dédramatise certaines situations sans être dans la moquerie. Je pense que vous savez déjà tous que ce film, réalisé par Guillaume Gallienne, est hautement autobiographique et a été joué avant l'adaptation cinématographique sur les planches. Bon, moi, je suis passée complètement à côté de ces infos... Guillaume Gallienne, acteur à la Comédie Française, je dois sortir d'un coma mais je ne le connaissais pas du tout! Et avec mon oeil tout neuf, j'ai vraiment été charmée par son jeu et par sa vision à la fois poétique, drôle et touchante de son histoire.

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Car "Les Garçons et Guillaume, à table!" n'est pas une simple comédie. Même si franchement, on rit beaucoup dans ce film, notamment avec les scènes de l'entrée à l'armée ou à l'école anglaise, on sourit aussi et on a limite la larme à l'oeil parfois. L'histoire est entrecoupée de scènes de théâtre où Guillaume Gallienne est seul sur les planches et où la caméra se veut très proche de lui nous montrant les moindre méandres de sa pensée, ses blessures et ses doutes. Très touchant, très original et mémorable.

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Mais la chose que j'ai aimé le plus dans ce film et qui me fera le revoir avec beaucoup de plaisir (ben oui, faut bien que Mr K le voit quand même!), c'est Gallienne dans le rôle de sa propre mère. Génial, hilarant, tellement juste! J'ai adoré ce personnage, sa façon d'être, de penser, de parler aux autres et Guillaume Gallienne imite sa mère à la perfection. Devant nos yeux, nous avons bien là une femme! Bluffant!

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Pour toutes ces raisons, pour la fin étonnante et beaucoup d'autres qui me reviendront au prochain visionnage (promis, j'arrête d'attendre autant de temps pour écrire un billet), je vous conseille de voir "Les Garçons et Guillaume, à table!". Il a eu beaucoup de succès en salle l'an dernier et vraiment, c'est justifié.

L'intégration de la bande annonce étant désactivée pour ce film ce Youtube, je vous invite à la découvrir ici exceptionnellement. Voici donc un extrait, en remplacement:

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vendredi 20 décembre 2013

"Un Homme" de Philip Roth

un hommeL'histoire: Un homme. Un homme parmi d'autres. Le destin du personnage de Philip Roth est retracé depuis sa première confrontation avec la mort sur les plages de son enfance jusque dans son vieil âge, quand les maux physiques l'accablent. Entre-temps, publicitaire à succès, il aura connu épreuves familiales et satisfactions professionnelles.
D'un premier mariage, il a eu deux fils qui le méprisent et, d'un second, une fille qui l'adore. Il est le frère d'un homme sympathique dont la santé lui inspire de l'amertume et l'ex-mari de trois femmes qu'il a entraînées dans des mariages chaotiques. En fin de compte, c'est un homme qui est devenu ce qu'il ne voulait pas être.

La critique de Mr K: Encore une fois, c'est par une intuition de l'instant que je me portai acquéreur de ce livre, à moins que ce soit lui qui m'ait choisi... J'avais entendu parlé de Philip Roth, la plupart du temps en bien, mais je n'avais jamais pratiqué cet auteur jusqu'à ce que mes yeux parcourent cette quatrième de couverture aussi banale qu'énigmatique... C'est du moins ce que j'en ai pensé en la lisant. Je me lançai donc à la découverte d'Un homme.

Cet homme justement, ce pourrait être finalement n'importe qui. Jamais nous ne saurons son nom de tout l'ouvrage, le narrateur omniscient le prénommant "il". Bien qu'impersonnel, ce personnage réussi à intéresser le lecteur car tout autour de lui, gravite toute une série de personnes plus ou moins liées avec son existence. Comme cette dernière est passée en revue depuis son enfance à sa mort, on en rencontre beaucoup: ses parents immigrés juifs tenant une modeste boutique de joaillerie à New York, son frère véritable astre solaire en terme de caractère et de santé, ses différentes femmes, ses enfants, ses collègues de travail mais aussi des inconnus qui ont marqué son existence comme une météorite laisse une trainée lumineuse dans le ciel après son passage. Finalement, ce livre n'est pas autre chose qu'une étincelle de vie parmi des milliards d'autres existences.

Philip Roth commence fort en relatant dès le premier chapitre l'enterrement de cet homme ordinaire. Défile sur sa tombe tout un tas de personnes que nous apprendrons à connaître au fil des pages. L'occasion est trop belle pour marquer le lecteur dès le départ avec des tensions bien présentes et des discours funéraires éclairant quelque peu le parcours du héros anonyme. Puis très vite, on remonte le temps pour revenir à son enfance et suivre sa vie à travers les différents pépins de santé qu'il va rencontrer: un kyste très mal placé (comprendre près de la bistouquette!), l'effroi qui l'accompagne (il est très jeune) et le soutien de sa mère qui restera à jamais la femme de sa vie (Œdipe quand tu nous tiens!), une appendicite foudroyante et presque fatale, puis ses différentes opérations du cœur. A chaque fois, loin de se contenter d'un constat médical froid, Roth fait intervenir des flashbacks pour expliquer les réactions et omissions de son héros; cela donne des pages douces-amères où la lucidité reprend le dessus sur le mal. L'anonyme ne s'épargne pas, analyse ses agissements et finalement, regrette quelque peu la vie qu'il a pu mener.

La lecture de ce roman fut un plaisir de chaque instant. La langue est limpide, directe et empathique à souhait. Peu à peu, on ressent une certaine affection envers cet homme certes imparfait mais tellement humain. Surtout vers la fin de sa vie quand il se repasse en mémoire toutes les erreurs qu'il a pu commettre notamment en matière amoureuse. Le galopeur s'est assagi avec l'âge et ses errements le suivent à jamais par des fils qui le méprisent et des ex-femmes qui ne lui parlent plus ou très peu. Triste bilan d'une vie qui s'avère décevante malgré de belles réussites comme sa fille ou sa carrière. Le ton mélancolique se développe de plus en plus au fur et à mesure que les pages se tournent et c'est la larme à l'œil que l'on repose ce livre satisfait mais légèrement sonné.

Un petit bijou de réalisme, un concentré d'humanité dans ce qu'elle a de plus beau et d'incomplet, une lecture rare et véridique... un livre à découvrir!

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mercredi 11 décembre 2013

"Simon et l'enfant" de Joseph Joffo

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L'histoire: Paris, 1942, Franck, dix ans, vit à Montmartre avec sa mère, qu'il adore, et Simon, qu'il déteste.

Simon qui n'est pas son père, Simon qui, croit-il, lui vole l'affection de sa mère, Simon qui se cache, parce qu'il est juif.

Mais le destin va les contraindre à faire alliance. Et des champs de courses de Paris aux maquis de Savoie, d'un orphelinat au camp de Drancy, ils devront affronter, ensemble, une série d'aventures toujours pittoresques, parfois tragiques.

Entre Simon et l'enfant, entre l'adulte un peu voyou et le gamin trop vite grandi va naître d'abord une estime réciproque, puis une amitié plus forte que la guerre...

La critique de Mr K: Une belle lecture aujourd'hui encore avec ce roman de Joseph Joffo. Vous qui nous suivez régulièrement, vous savez toute l'admiration que je porte pour cet écrivain non émoulu du cénacle littéraire, Joffo étant garçon-coiffeur de formation. Contrairement à Un sac de billes et Baby foot, ce roman n'est pas autobiographique, il s'agit d'une fiction qui prend une fois de plus comme cadre la France sous l'occupation allemande, période trouble entre toute, qui a marqué l'auteur à jamais.

On suit ici Franck, un enfant que la guerre va faire murir trop vite et Simon, un réfugié juif en ménage avec Mireille, la maman du jeune garçon. La tension entre les deux personnages est palpable dès le départ, une place se joue entre les deux auprès de la jeune femme. Son fils est jaloux de l'affection que Mireille porte à Simon mais il ne se rend pas des enjeux cachés derrière cette relation. Simon lui, fait ce qu'il peut et très vite le destin va les rattraper. Mireille va disparaître et les deux écorchés vifs vont devoir apprendre à s'apprivoiser, à vivre ensemble au mépris du danger. L'animosité va se transformer en amitié et ce lien unique qui se tisse va se révéler essentiel face à l'adversité.

On retrouve dans ce roman tout le talent de conteur de Joseph Joffo. L'écriture est simple et efficace, la reconstitution historique est fidèle et pas du tout assommante. Le background est donc très bien rendu et renforce l'évolution des personnages. Plus que l'image du juif traqué et révolté, je retiendrai particulièrement l'évolution de l'enfant qui d'innocent va devenir homme et résistant à sa manière. Sa psychologie est très bien décrite et s'ancre dans un réalisme imparable qui nous permet d'effleurer l'état d'esprit de certains de nos compatriotes de l'époque (rien ne vaut un bon vieux témoignage). L'injustice est ici criante, la révolte nécessaire. Cette lecture est particulièrement intéressante dans cette période où les prises de paroles extrémistes se banalisent et où les frontières entre le bien et le mal se font de plus en plus ténus dans une République Française que je trouve personnellement en danger.

Reste que ce roman n'est pas le plus réussi de cet auteur. Il y a tout d'abord une impression de redite qui s'installe chez le lecteur après avoir lu les deux précédents ouvrages de l'auteur. On retrouve les même thématiques et le style finalement ne se renouvelle pas beaucoup. Le fond reste cependant très prenant. Je trouve aussi que la puissance qui se dégageait de l'oeuvre de Joffo est ici un petit peu moindre, sans doute est-ce l'effet "fiction". Pas de vécu ici et un aspect moins viscéral des drames qui se jouent malgré des passages très difficiles.

Au final, ce Simon et l'enfant se révèle être une bonne lecture, d'une pratique aisée et plaisante malgré un sujet grave. À lire si la période et le thème vous intéresse. En cas de doute, préférez lui les deux autres titres de l'auteur déjà chroniqués sur le blog.

jeudi 28 novembre 2013

"Esprit d'hiver" de Laura Kasischke

espritL'histoire: Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d'angoisse inexplicable. Rien n'est plus comme avant. Le blizzard s'est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant...

La critique Nelfesque: Laura Kasischke est une auteure dont j'avais entendu beaucoup de bien sur la blogosphère et en particulier venant de Mr K qui avait eu un véritable coup de coeur pour "A suspicious river" cette année. Quoi de mieux que la Rentrée Littéraire et l'opportunité de découvrir son dernier roman, "Esprit d'hiver", dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire PriceMinister-Rakuten?

J'ai été surprise par l'écriture de Laura Kasischke dès les premières pages. Avec sa plume si particulière et jamais rencontrée jusqu'alors, j'étais à la fois éberluée et conquise. La magie a opéré en quelques lignes seulement.

"Esprit d'hiver" n'est pas un roman à la structure classique. C'est une longue litanie qui emmène ses lecteurs vers un sentiment que peu de lectures procurent. Les phrases sont répétées, comme un mantra. "Quelque chose nous a suivi depuis la Russie jusque chez nous" ... On ne comprend pas bien où tout cela va nous mener au départ mais peu à peu, comme avec un pinceau de peintre et des petites touches de couleur, l'auteure façonne sous nos yeux et entre ses lignes un univers qui prend de plus en plus d'épaisseur.

La quatrième de couverture laisse présager un roman sombre et une ambiance noire. L'inquiétude saisit peu à peu le lecteur qui, par strate, descend de plus en plus dans la noirceur et la folie latente du personnage principal. Holly est une femme tout ce qu'il y a de plus ordinaire qui s'apprête à passer une journée de Noël classique avec sa famille et ses proches. Rien ne va se passer comme prévu: elle ne se réveille pas à l'heure, de plus avec un sentiment étrange, est en retard pour la confection de son repas, sa fille n'est pas comme d'habitude et son comportement est détestable, limite malsain. Une tempête de neige fait alors son apparition et sa maison se transforme au fil des pages en une prison entourée de blanc où un huis clos angoissant se prépare.

Je n'en dirai pas plus sur le déroulement de l'histoire, encore moins sur la scène finale qui bien qu'attendue de mon côté m'a marquée par sa soudaineté, et vous laisse découvrir l'oeuvre le plus naïvement possible. Personnellement, je suis ressortie de cette lecture complètement envoutée par la plume de Kasischke. J'ai retrouvé ce sentiment si particulier ressenti lors de ma lecture de "Mad about the boy" d'Emmanuel Adely, lu plusieurs années avant de tenir ce blog (un bijou!). Comme si le temps d'une lecture, nous n'étions plus vraiment les pieds sur terre, comme si le monde qui nous entoure ne pouvait être, l'espace d'un instant, que poésie et sensibilité artistique.

Un procédé très particulier qui ne plaira certainement pas à tout le monde, qui ennuiera même parfois certains lecteurs, mais qui me transporte comme seule la littérature de qualité et les auteurs de talent savent le faire.

Vous l'aurez compris, je recommande chaudement ce roman (particulièrement en ce moment pour une immersion totale dans le récit, décembre approchant...) et je ne donne pas plus de quelques semaines à Mr K pour me le piquer. Très beau moment.

lundi 25 novembre 2013

"La Ballade de l'impossible" d'Haruki Murakami

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L'histoire: Dans un avion, une chanson ramène Watanabe à ses souvenirs. Son amour de lycée pour Naoko, hantée comme lui par le suicide de leur ami Kizuki. Puis sa rencontre avec une jeune fille, Midori, qui combat ses démons en affrontant la vie. Hommage aux amours enfouies, le premier roman culte d'Haruki Murakami fait resurgir la violence et la poésie de l'adolescence.

La critique de Mr K: Quitte à me répéter cet auteur est un incontournable. Ce qui est terrible c'est qu'il me fait le coup à chaque fois que je le lis. Je me dis qu'il va être moins abouti que le précédent, que je risque de me lasser. Au final, une claque littéraire de plus, une addiction terrible durant les deux jours de lecture (au détriment de ma vie sociale) et la conviction d'avoir encore lu une oeuvre essentielle marquée par le talent incroyable de l'enchanteur Murakami.

Ode à l'adolescence, "La Ballade de l'impossible" commence dans un avion où un homme mûr répondant au prénom de Watanabe repense au passé et notamment son adolescence qui a été marqué par un drame épouvantable: la mort par suicide de son meilleur ami. On suit donc son parcours de deuil dans les semaines et les années qui suivent. Il continue à voir Naoko, la petite amie du disparu qui semble insensible et totalement perdue. Elle sombre d'ailleurs peu à peu dans une profonde dépression qui la font s'éloigner du monde des vivants. Lui l'accompagne du mieux qu'il peut mais cela ne semble pas suffir. Au milieu de tout cela va surgir la tempête Midori, joli brin de fille qui elle non plus n'a pas été épargnée par la vie mais qui réagit en essayant de profiter du temps qui lui est donné. À partir de là, le récit va s'attarder sur l'évolution de ces trois êtres esseulés, aux aspirations très différentes mais qui se croisent régulièrement comme si un fatum quelconque en avait décidé ainsi.

On retrouve dans cette Ballade de l'impossible tout l'immense talent de cet auteur. Chaque phrase est un petit bonheur de lecture, le rythme lent se fait dense et prégnant, enserrant le coeur et l'âme du lecteur qui ne peut que tourner inlassablement les pages jusqu'à l'inexorable mot FIN. L'adolescence est ici remarquablement rendue: ses tensions, ses pulsions se font ici violentes et poétiques. On retrouve les touches d'érotisme propre à Murakami, jamais gratuites mais toujours faisant sens avec l'évolution des personnages. Cela donne quelques passages crûs et réalistes qui contribuent à l'étoffage des personnages. Mais en fait, tous les chapitres ont leur importance, ainsi le moindre RDV au restaurant de quartier est sujet à un développement sur un aspect de la personnalité des trois principaux protagonistes et la rencontre avec l'autre (pour Watanabe, Naoko puis Midori) est toujours constructive. À cet égard certains personnages secondaires sont très réussis comme les copains de pension du héros qui éclairent le caractère du personnage principal par les relations qu'ils nous nouent avec lui.

Chose nouvelle, Murakami nous livre un livre très réaliste où nul effet fantastique ou onirique n'est présent. Tout est axé sur les confidences, les expériences et les actes des personnages. Ne vous attendez pas à des chats qui parlent ou à des passages de communion avec la nature mode animiste, le choix ici est de suivre au plus près des jeunes en déserrance sans fioriture ni misérabilisme, une exploration au scalpel de l'esprit humain et de la fabrique aux souvenirs qu'est notre cortex. Remarquable de légèreté et de finesse, Murakami fait preuve d'une grande connaissance du genre humain et surtout, de l'âge ingrat que se révèle être l'adolescence. Les personnages sont très attachants et l'empathie est totale. Alors certes, on est dans un roman japonais, le rythme est lent et lancinant mais il sert remarquablement le sujet qu'aborde frontalement Murakami: qu'est-ce que c'est que de devenir adulte? Une partie de la réponse vous sera donné dans cet ouvrage.

Je ne m'étendrai pas davantage sur cette petite merveille pour ne pas vous lasser et surtout vous gâcher le plaisir de la découverte. Sachez simplement que ce livre est un bonheur tant au niveau du fond que de la forme, que tout est ici question de maîtrise et de poésie du quotidien. Un bonheur rare que je vous invite à découvrir au plus vite.

Livres du même auteur déjà chroniqués:
- "Livre I, Avril-Juin"
- "Livre II, Juillet - Septembre"
- "Livre III, Octobre - Décembre"
- "Kafka sur le rivage"


mercredi 13 novembre 2013

"L'Exécution" de Robert Badinter

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L'histoire: "Un grand roman classique, une histoire de haine, de sang, de mort et d’amour. Oui, d’amour. Unité de temps, de lieu, trois personnages : l’auteur, son vieux maître, la victime – oui, la victime – et puis la foule, avec quelques silhouettes bien plantées au premier rang. Un récit qui va droit son chemin vers la réponse à l’unique question : mourra-t-il?
Ce qui importe, c’est de savoir ce qu’est la justice, comment elle fonctionne, à quoi sert un avocat, pourquoi la peine de mort. C’est tout cela qui nous bouleverse dans ce beau livre, dur et sensible à la fois. Ne laissez plus passer, en tout cas pas ainsi, ce qu’on nomme par dérision peut-être la Justice des hommes."
Pierre Viansson-Ponté, Le Monde, 3 octobre 1973.

La critique de Mr K: Une très belle lecture aujourd'hui avec cet ouvrage de Robert Badinter, un des hommes politiques que je respecte le plus de part ses actes, son charisme et désormais ses mots. Avocat de formation, il restera dans la mémoire collective comme l'artisan de l'abolition de la peine de mort en France qui était très en retard dans le domaine à l'époque. Envers et contre tous, l'opinion publique était clairement pour garder le châtiment suprême, avec l'appui de Mitterrand, il mènera à bien cette réforme emblématique de la Justice française. Ce livre est une plongée dans le passé de ce ministre hors norme, le récit d'une affaire à laquelle il a participé et qui l'a marqué à jamais et le poussera à rentrer en politique.

Dans L'Exécution, nous suivons Robert Badinter tout au long d'un procès qui fit grand bruit: une évasion qui a mal tournée, prise d'otage et notamment, une infirmière de l'administration pénitentiaire égorgée. Ce crime immonde passionne les foules et la tension est grande autour des deux accusés. Robert Badinter défend le coaccusé que l'on accuse de meurtre et qui pourtant prétend n'avoir jamais tué. Au fil du développement de la préparation du procès, l'avocat se rend compte qu'un premier rapport d'expert discrédite la thèse que son client ait porté le coup fatal. Malheureusement, ce rapport a été réfuté pour vice de forme. Persuadé de l'innocence de son client, commence un compte à rebours éprouvant durant tout le roman pour essayer de sauver cet homme qui n'a pas tué. Pour Badinter, il est clair qu'on ne tue pas un homme qui n'a pas tué. Ce leitmotiv est ce qui le guide durant tout cet écrit.

J'ai peu lu de roman où l'on suit le regard et le point de vue d'un avocat. Ce point vue différencié permet une autre lecture sur le drame qui se joue et l'on se rend compte que derrière les procédures judiciaires, les plaidoiries et les grandes phases judiciaires, se cache un travail de fourmi, ultra-complexe et précis qui est mené par des hommes comme vous et moi. Ce livre est rempli à ras bord d'humanisme. C'est sa première vertu, l'émotion ici n'est pas feinte, le réel vous prend en entier sans espoir de retour en arrière. Au fil des pages, la tension monte, peu à peu, insidieuse et implacable. Difficile de relâcher ce volume dans ses conditions tant on se sent concerné par ce combat et par les changements d'états d'esprit de l'avocat qui passe par tous les stades avant l'inévitable mot fin qui ici raisonne au son de la guillotine. Ne vous inquiétez pas de ce spoiler, l'intérêt du livre réside dans son développement, le cheminement du héros-narrateur et les principes évoqués.

Badinter alterne entre ses passages relatant l'affaire des passages plus intimistes mettant principalement en scène son regretté maître qui lui a tout appris du métier d'avocat. Cela donne lieu a des anecdotes parfois truculentes (il faut voir les relations que le vieux de la vieille entretient avec le Milieu!) et de grandes leçons de sagesse pour son jeune disciple. Cela transpire la filiation et la pédagogie, un bonheur de lecture pour le novice que je suis dans le domaine judiciaire. À travers ses flashback, Badinter nous apprend donc comment il a été formé, pétri par son maître et l'on comprend mieux l'homme qui est devenu par la suite.

Au final, j'ai dévoré ce livre en deux jours! Une merveille de concision, d'écriture limpide et exigeante et un contenu humaniste au possible (ça fait du bien par les temps qui courent!). On ne peux que penser au Journal d'un condamné à mort de Victor Hugo, écrit plus de 150 ans auparavant et auquel ce livre fait irrémédiablement écho. Badinter mènera son combat à son terme quelques années après avoir écrit ce livre. Un petit bijou qui je vous invite à découvrir au plus vite!

dimanche 3 novembre 2013

"La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2" d'Abdellatif Kechiche

affiche adèle

L'histoire: À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve...

La critique Nelfesque: Comme vous le savez peut être, tous les ans, je suis Cannes assidûment et suite aux louanges sur le Festival et sa Palme d'Or, j'attendais la sortie de "La Vie d'Adèle" au cinéma avec impatience. J'aime chaque année aller voir les films qui m'ont fait envie durant le Festival et découvrir les Palmes d'Or en salle. Mr K n'étant pas tenté par ce film, j'y suis allée avec une amie. Il n'y aura donc que mon avis ici aujourd'hui.

Comme tout le monde, j'ai entendu et lu les polémiques entourant ce film depuis plusieurs semaines. Polémiques lancées par Léa Seydoux sur lesquelles je ne reviendrai pas ici. Tout ça aura au moins eu le mérite de faire encore plus de pub pour "La Vie d'Adèle". A la vue du film, j'ai effectivement pu comprendre la difficulté des actrices à jouer plusieurs dizaines de fois certaines scènes. En tant que spectatrices, je n'ai pas été gênée par les scènes de sexe (de vraies scènes de sexe, pas des petits bisous sans la langue) par contre j'ai trouvé assez déplorable que deux gamins aient pu rentrer dans la salle (film interdit au moins de 12 ans avec avertissement théoriquement) avec leurs grands-parents. Ayant été moi-même assez marquée par "L'Amant" quand j'étais gamine, j'ai eu mal pour eux qui se dodelinaient sur leurs sièges à chaque scène de cul...

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Mais "La Vie d'Adèle" n'est pas qu'un film où on voit deux filles coucher ensemble, cela serait beaucoup trop réducteur et enleverait toute sa beauté au film. D'ailleurs pour moi, le fait que ce soit un couple homosexuel dont il est question n'est qu'anecdotique. "La Vie d'Adèle" est avant tout un film sur l'amour, un film sur la construction sexuelle et affective d'Adèle, pleine de doutes et de questionnements.

Abdellatif Kechiche nous montre là la vie d'Adèle dans tout ce qu'elle a de plus normale. Loin de vouloir chercher la beauté des choses, il nous montre la réalité des faits sans recherche de sublime, de rêverie, de poésie. Cela donne des scènes brutes tels que des gros plans sur les bouches dégoulinantes de nourriture quand les acteurs mangent avec appétit, des actes sexuelles crûs avec moults détails qui homosexuels ou non sont courants dans la vie de tout à chacun, des nez qui coulent quand les actrices pleurent à chaudes larmes. Les mêmes bouches, les mêmes actes, les mêmes nez que ceux de n'importe qui mais que d'ordinaire au cinéma on enjolive, on maquille, sur lesquels on fait l'impasse. La vie, la vraie, sans fioritures. J'ai aimé ce parti-pris par le réalisateur qui consiste à être au plus près de ses acteurs.

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Cette proximité, on la ressent dans chaque plan, resserré sur les visages et qui ne laisse pas d'échappatoire aux spectateurs. Au plus près de l'histoire, rien ne nous est épargné. Cela ne plait pas à tout le monde mais personnellement je ne me suis pas sentie oppressée par ce procédé, bien au contraire, il m'a permis de me sentir plus impliquée dans l'histoire.

La culture est très présente dans "La Vie d'Adèle". Au travers de scènes, ce sont les oeuvres littéraires de Marivaux ou de "La Princesse de Clèves" qui sont mises en avant. Vient ensuite l'Art et notamment la peinture avec les études et la vie professionnelle d'Emma où se côtoient critiques d'Art, galieristes, artistes et même acteurs. Tout le film est baigné dans une ambiance que certains qualifieront d'élitiste. Ici encore, étant plutôt une intello amatrice d'Art et de littérature, je me suis sentie bien dans le milieu proposé qui pour certains peut paraître "trop". Il donne une dimension intellectuelle supplémentaire au film où le vécu d'Adèle entre en résonnance avec la Beauté (attention philo!).

Les actrices jouent chacune leurs rôles avec beaucoup de justesse. Léa Seydoux, que l'on voit au final beaucoup moins à l'écran qu'Adèle Exarchopoulos, douce, sensible et déterminée, tient sans doute là le rôle de sa carrière, et Adèle est l'exact reflet d'une jeune femme lambda se laissant porter par la vie. Elle couche pour la première fois avec un garçon, n'en éprouve pas le bonheur escompté, se laisse séduire par une fille et va vivre là l'apprentissage de l'amour, de la passion, de la vie de couple puis la descente de la rupture, du désespoir et de la trahison. Hétérosexuelle? Homosexuelle? Bisexuelle? Peu importe la sexualité choisie, seul compte l'amour éprouvé. Et n'est-ce pas là la seule chose importante?

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Vous l'aurez compris, j'ai apprécié "La Vie d'Adèle" et je suis contente d'avoir été le voir au cinéma. Je n'ai presque pas vu passer les 3 heures du film (mon amie enceinte jusqu'au cou m'a fait remarquée à 2h30 du film que finalement non il n'y aurait pas d'entracte et c'est à ce moment là que je me suis rendue compte du temps passé). 3 heures au plus près des actrices, 3 heures au plus près de la vie, 3 heures qui je l'espère permettront aux "anti-homo" de s'apercevoir que l'amour est partout et que le jugement n'a sa place nul part... A voir, assurément!

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mercredi 23 octobre 2013

"Tous ne sont pas des monstres" de Maud Tabachnik

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L'histoire: Nathan se refuse à invoquer les terribles puissances qui couvent sous le cimetière juif de Prague. Nathan est un sage. Mais lorsque les émeutes éclatent dans les banlieues de la mégapole, que le gouvernement décrète l'état d'urgence et que son peuple risque une fois encore de payer le prix fort à l'Histoire, le jeune kabbaliste n'hésite plus. D'autant que les frères ennemis musulmans semblent avoir déchaîné une créature propre à semer le chaos jusque dans les rangs serrés des forces d'intervention. Glaise contre béton, fournaise sur la ville, monstre contre monstre, lorsque les légendes heurtent de plein fouet la modernité, c'est un cocktail Molotov qui embrase la vérité...

La critique de Mr K: Attention livre nauséabond que je qualifierai de bouse malsaine et vicieuse rien de moins! C'est mon premier contact littéraire avec cette auteure à la renommée conséquente, ce sera sans doute le dernier même si j'espère que cet ouvrage n'est pas le reflet de sa pensée tant ici on rentre en contact avec la fange extrémiste juive aussi barbare et stupide que nos extrémistes anti- mariage pour tous et autres barbus des cités. Mais comme je le dis souvent, la connerie est ce qu'il y a de mieux partagé au monde et cette histoire en est le triste reflet.

Les cités se sont révoltées, se sont embrasées et les salafistes ont pris le pouvoir pour renverser notre bonne vieille République laïque. Des groupes armés règnent en maître et ont sollicité l'aide divine qu'il leur a envoyé un de ses anges destructeurs (un djinn) pour détruire les chiens d'infidèles. Un chapitre sur trois est ainsi consacré à la description caricaturale de fous de Dieu avides d'humiliation et de sang: femmes voilées et recluses chez elles, appel au djihad dans des prières de rues, violence ordinaire, racisme anti-blanc, meurtre d'honneur... Bref c'est l'horreur et tout cela à cause d'une société laxiste, qui ose même au milieu du livre, autoriser la polygamie! Heureusement, un super-héros (kabbaliste de surcroît) veille et en convoquant le mythique Golem (superbe légende juive ici totalement dénaturée), il va réussir à faire reculer les hordes impies et rétablir l'ordre et la sécurité!

Non, il n'y a pas d'exagération de ma part, c'est vraiment le contenu de ce livre qui au départ m'a interloqué, puis dérangé et enfin dégouté! Écœuré d'abord de voir la religion musulmane réduite à une poignée de cinglés qui dans la réalité ne représente qu'une minorité négligeable (mais bon, vu la mode de l'outrance à la TV et autres médias, les simples d'esprits y croiront sans doute...). Ici le mal est clairement identifié et nulle nuance n'est admise, ceux qui ne participent pas sont des pleutres qui ne sortent pas de chez eux. Pour les sauver, un juif, lui aussi caricatural qui donnera bien du grain à moudre à Dieudonné et ses amis antisionistes... Car ici tout est question de race et de religion! Quid des laïcs, des athées et des forces vives démocratiques? Rien, nicht, nada! Ils n'existent tout simplement pas et la France sombre dans le chaos dans l'indifférence totale. Complètement ahurissant de connerie et d'irresponsabilité.

Franchement ce livre m'a mis en colère et je maudis clairement le jour où j'ai mis la main dessus chez l'abbé. On peut être déçu par un ouvrage, on peut ne pas être d'accord avec des propos mais ici on est face à autre chose. Derrière ses talents d'écrivaine qui sont indéniables, les propos sont outranciers, trompeurs et haineux. Et ce n'est pas la pseudo explication finale qui relèvera l'ensemble. C'est un parfait livre de chevet pour tous les fascistes de tout bord (F-Haine en tête, Coppéistes juste derrière). Par contre si comme moi vous êtes humaniste, laïc et républicain: passez votre chemin et combattez ce genre d'immondice qui ne font que ternir ce noble art qu'est la littérature! Et dire que les éditions la Baleine publie aussi la série du Poulpe... J'hallucine encore plus!

samedi 28 septembre 2013

"Tamara" de Eeva Kilpi

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L'histoire: Ce roman décrit la relation ambiguë d'une femme, Tamara, avec son amant devenu impuissant à la suite d'un accident. À travers le récit qu'elle lui fait de ses aventures sentimentales, nous sommes progressivement amenés à découvrir que ce texte n'est pas la pure et simple description de l'existence d'une femme éperdue d'amour physique, mais l'expression d'une volonté farouche d'émancipation de la psyché féminine.

La critique de Mr K: Quand je suis tombé sur cet ouvrage dans un des bacs de la succursale de l'abbé, je n'ai pu m'empêcher de faire le rapprochement avec le film Breaking the waves de Lars Von Trier, réalisateur que j'apprécie au plus haut point. La similitude des deux histoires est vraiment sidérante, on se demanderait presque si l'auteur de Melancholia et Antechrist ne se serait pas inspiré de ce livre finlandais. Un prix modique et un parallèle avec le livre Emmanuelle (que j'avais en son temps aimé) évoqué en quatrième de couverture achevèrent de me convaincre de l'acquérir.

C'est une bien étrange relation qui nous est décrite sur les 250 pages que composent ce livre à la couverture aussi énigmatique qu'attirante. Nous suivons le point de vue d'un homme diminué par un mystérieux accident, complètement paralysé en dessous de la ceinture. Il aime passionnément une femme dénommée Tamara avec qui il partage le plus clair de son temps et son logement. Impuissant mais toujours aussi possessif, il recueille ses confessions et états d'âme à chaque retour de virée mondaine et sensuelle. La jeune femme est amatrice des plaisirs terrestres mais ne peut en effet s'empêcher de revenir vers lui pour se confier et quelque part, recevoir son approbation / absolution.

Je vous le dis d'entrée, il faut s'accrocher. Il y a beaucoup de verbiage dans ce roman, beaucoup de détours et de retours, de digressions sur des sujets annexes touchant aux pensées et convictions des deux principaux personnages. Même si au cours de quelques chapitres, nous croisons d'autres protagonistes, on s'aperçoit très vite à chaque fois qu'ils sont secondaires et ne comptent pas vraiment face à cette relation à la fois fusionnelle et malsaine. Ces deux là s'aiment à leur manière, s'aiment à se faire mal, s'aiment jusqu'à se haïr tant on frôle l'autodestruction par moment, mais ils nous livrent aussi de beaux moments de tendresse. Loin d'être un enchainement de descriptions érotiques, il n'y en a d'ailleurs pas tant que cela (libidineux, passez votre chemin, vous serez déçus!). On est ici plus face à une description clinique et psychologique d'une relation déviante et pourtant entière, dérangeante mais aussi fascinante. On entraperçoit les limites humaines dans le domaine de l'attachement, de l'amour et du supportable.

Cet ensemble est servi dans un écrin linguistique à la fois précieux et féroce donnant lieu à des passages quasiment philosophiques. Il est parfois difficile de tenir, surtout quand l'heure devient tardive. Il m'a fallu parfois relire des passages pour en retirer le sens profond et encore, je crois que je n'ai pas tout compris! Je suis sûr que selon notre âge, notre sexe et nos expériences propres, on peut percevoir dans ce livre tout plein de non-dits et autres éléments implicites.

Ce fut donc une lecture atypique et marquante mais difficile pour autant de dire si j'ai vraiment aimé ou non ce livre. Tout ce que je peux vous dire c'est que cette auteure finlandaise est talentueuse et soucieuse de la portée réflective de son œuvre. La chair se fait donc réflexion et destruction pour une expérience hors du commun. Vous laisserez-vous tenter?

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samedi 7 septembre 2013

"Les évaporés" de Thomas B. Reverdy

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L'histoire: Ici, lorsque quelqu'un disparaît, on dit simplement qu'il s'est évaporé, personne ne le recherche, ni la police parce qu'il a pas de crime, ni la famille parce qu'elle est déshonorée. Partir sans donner d'explication, c'est précisément ce que Kaze a fait cette nuit-là.

Comment peut-on s'évaporer si facilement? Et pour quelles raisons? C'est ce qu'aimerait comprendre Richard B. en accompagnant Yukiko au Japon pour retrouver son père, Kaze. Pour cette femme qu'il aime encore, il mènera l'enquête dans un Japon parallèle, celui du quartier des travailleurs pauvres de San'ya à Tokyo et des camps de réfugiés autour de Sendai.

Mais, au fait: pourquoi rechercher celui qui a voulu disparaître?

La critique de Mr K: Une très belle lecture aujourd'hui avec ce premier contact avec l'auteur Thomas B. Reverdy qui nous convie ici à une promenade au sein d'un pays lointain et ésotérique : le Japon. Cette contrée lointaine a toujours provoqué chez moi une certaine fascination, depuis notamment un cours qu'un prof hors-norme nous avait fait en Terminale: la mentalité japonaise, les moeurs entre tradition et extravagance, le respect de la nature et le culte de l'énergie nucléaire, la culture religieuse très forte et la modernité au coin de la rue, sa littérature à la fois poétique et évocatrice (Murakami est un maître ), la nourriture, les films de genre ultra-gore (Tokyo gore police par exemple), Miyasaki... Autant d'éléments dissonants, contrastés qui m'attirent et qui ici se retrouvent concentrés dans un roman fort bien mené.

C'est par le prisme de plusieurs personnages, plusieurs visions que nous pénétrons dans le Japon d'aujourd'hui. Yukiko et son ex petit-ami détective viennent chercher des réponses quant à la disparition de Kaze que nous suivons aussi tous les quatre chapitres. Il y a aussi un jeune garçon des rues, orphelin réfugié climatique suite au tsunami qui provoqua Fukushima, qui intervient de temps en temps pour compléter un tableau qui se veut exhaustif sur ce pays pas tout à fait comme les autres. Les chapitres sont très courts, pas plus de six pages chacun, et s'apparentent à de petits bonds décrivant à chaque fois une réalité, un sentiment et des émotions. Par ce balaiement régulier, un rythme quasi hypnotique s'installe et le lecteur ne peut décrocher tant il est immergé dans un univers à la fois captivant, poétique mais aussi inquiétant.

On retrouve ainsi beaucoup d'aspects que l'on connait déjà du Japon et de ses habitants. La fierté intrinsèque des japonais et la volonté de ne j'avais perdre la face à travers cette étrange disparition qui porte préjudice à l'image de la famille de Yukiko, la gentillesse et le devoir de bien recevoir ses hôtes, la foule anonyme et impassible des grandes villes (des scènes entières sur ce thème sont d'admirables réussites), les paysages urbains mêlant grisaille et activité incessante, des restaurants et troquets survoltés, des villes hyperactives où l'activité est continue contrastant avec une campagne paisible baignant dans une culture plurimillénaire. C'est avec un plaisir sans borne que nous suivons Yukiko, jeune expatriée reprenant contact avec sa culture et son pays. Richard est son pendant occidental qui lui, va à la découverte de l'univers de sa bien-aimée alors qu'il n'aime pas voyager! Cela donne lieu à des scènes tendres, parfois drôles avec des incompréhensions dues à la rencontre de deux cultures bien différentes.

Ce livre nous décrit aussi un Japon inconnu que les autorités semblent essayer de cacher aux yeux des occidentaux. Un pays au main des mafias Yakuzas garantes de l'ordre et du bon fonctionnement de la société. Un pays où les réfugiés de Fukushima vivent dans la misère la plus totale dans une quasi indifférence générale. Le tableau est apocalyptique par moment et très dur à supporter tant on se rend compte que bien des choses nous sont cachées et que derrière l'image de ce pays riche et développé existe la pauvreté, le danger extrême des radiations et le destin fatal réservé à de nombreux japonais.

Ce livre est donc un parfait condensé de ce pays et invite à un voyage à nul autre pareil qui ne peut laisser indifférent. La langue est poétique à souhait et peu à peu je me suis laissé gagner par cette torpeur toute japonaise que je n'avais pas expérimenté depuis ma dernière excursion chez Murakami. Simple et pure en terme d'écriture (attention cependant, vous allez réviser par moment vos connaissances en japonais, pas de lexique en fin d'ouvrage), cette oeuvre se concentre sur l'essentiel. Ici l'histoire n'est qu'un prétexte à la découverte d'une culture et d'un peuple et même s'il ne se passe pas grand chose et que la fin est elliptique, on ressort heureux et un peu effrayé de ce roman à la fois atypique et passionnant.

Une très belle expérience littéraire que je ne peux que vous conseiller!

Posté par Mr K à 19:50 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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