dimanche 29 juin 2014

Double craquage !

Bon ben... ma PAL a encore pris chère en deux jours! Nelfe a été plus raisonnable, il paraît que c'est normal vu que c'est une fille...

À l'occasion d'un passage éclair qui s'est prolongé chez Noz (magasion de déstockage), nous sommes tombés sur des bacs entiers de livres des éditions Picquier et Mnémos neufs à des prix imbattables (2.99€ le volume ça ne se refuse pas!). Et paf! Pastèque! 1er craquage intégral pour moi:

Noz

- "Les enfants de Lugheir" vol 1 et 2 d'Isabelle Pernot. Je disais justement à Nelfe que je n'avais pas de fantasy dans ma PAL pour l'été, comme cette série a plutôt bonne presse et que le prix défiait toute concurrence, je me suis laissé tenter.

- "Les dernières aventures de l'école des chats" de Kim Jin-Kyeong. C'est un pur coup de poker, ça parle de chat (j'adore ces bestiaux!), c'est coréen et pour les jeunes (j'avais adoré "Les petits pains de la pleine lune" de Gu Byeong-mo)... Vu les bonnes critiques au dos et l'association avec Harmonia Mundi, je me suis dit que je ne pouvais pas me tromper!

- "Chanson populaires de l'ère Showa" de Ryû Murakami. Un Murakami que ce soit un Ryû ou un Haruki impossible de résister, et comme la quatrième de couverture donne envie, j'ai foncé!

- "Pierrot-la-gravité" de Isaka Kôtarô m'a intrigué lui par sa quatrième de couverture qui mêle road movie de deux frères enquêtant sur d'étranges rébus. Le background a l'air bien strange donc... Bingo!

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Passée la joie de ces acquisition hier, aujourd'hui nous allons à un vide-grenier tout près de chez nous afin de chiner sans réelles arrières pensées (sic) et là patatra, double combo dans nos faces respectives... Et oui, Nelfe a aussi craqué même si elle l'a fait plutôt maladroitement!

Vide grenier

- "L'attrape-coeurs" de Salinger. Un classique que j'ai adoré ado quand je l'avais emprunté au CDI. L'occasion était trop belle pour la laisser passer!

- "Chagrin d'école" de Daniel Pennac qui a obtenu le prix Renaudot en 2007 et que je voulais lire lors de sa sortie et qui m'était sorti de l'esprit.

Et enfin pour Nelfe... Roulement de tambours...

- "L'ainé" et "Brisingr" de Christopher Paolini, c'est à dire les volumes 2 et 3 d'Éragon dont elle était sûre de posséder le volume 1 et qu'elle a laissé sur le stand pour le coup... mais voila, une fois rentrés chez nous, elle s'est rendue compte qu'elle ne l'avait pas! Solitude!

Au final, j'ai une fois de plus explosé ma PAL que je commençais à réduire peu à peu et Nelfe est une tête de linotte... On gagne beaucoup à chiner!


samedi 28 juin 2014

"Insecte" de Claire Castillon

insecteL'histoire: Ma fille est ma meilleure amie;
mon père n'est pas méchant, maman;
arrange-toi, tu est déguisée;
ma mère est bête; ma fille est idiote;
j'aime encore mieux que mon mari me trompe avec notre fille;
ma fille est née dans une rose mais périra dans le chou;
ma mère a un cancer, elle m'énerve;
ma mère se laissait tellement aller qu'elle est morte.
Quand les tête-à-tête entre mères et filles deviennent autant de raisons de vivre ou de mourir.

La critique de Mr K: Lorsque j'ai trouvé "Insecte", l'étiquette accolée sur sa couverture notifiant le Prix des lecteurs du Livre de poche 2007 m'a intriguée et en jetant un œil sur le résumé au dos, une piqûre de curiosité extrême me poussa à l'adopter immédiatement. Riche en promesses d'historiettes emberlificoteuses, je commençai ma lecture.

Ce recueil de nouvelles compte 19 micro-récits qui ont comme point commun d'aborder les relations mère-fille. Attention aux âmes sensibles, Claire Castillon y va au chalumeau et même si certains récits sont plus légers, dans l'ensemble l'on ressort abasourdi de cette lecture. Les rapports ici décrits sont parfois extrêmes et l'on se dit qu'on a bien de la chance d'avoir une vie comme la notre même si ce n'est pas toujours parfait.

Tour à tour, une mère soupçonne une relation incestueuse entre son mari et sa fille et se demande si elle doit y mettre un terme et bousculer son quotidien rassurant, une jeune fille se pose des questions sur ses origines tant elle se sent différente de sa mère, une autre ne supporte plus sa génitrice grabataire atteinte d'un cancer, une femme voit son mari dans les bras de sa mère, une mère de famille se comporte avec sa fille comme une adolescente de son âge, une autre se fait harceler puis battre régulièrement par sa progéniture... autant de comportements et d'habitudes déviantes que nous livre une auteure vraiment à part.

Ce livre est très dérangeant et déstabilisant. À la fois froid et clinique, le ton des textes y est pour beaucoup. La plupart des personnages ne portent pas de nom ce qui renforce la catharsis et les possibles identifications qui en découlent. Certes nombres de récits sentent l'exagération mais les dysfonctionnements décrits sont tellement féroces que ça fonctionne et qu'on ne peut que tourner les pages malgré un malaise qui va grandissant et plombe quelque peu le moral du lecteur. Heureusement que je suis un homme, je pense que j'ai pu plus facilement me détacher des nouvelles même si le rôle qui nous y est réservé n'est pas des plus rassurant: le père incestueux, le père qui veut séparer la fille et la mère, le paternel faible qui laisse faire...

La lecture est cependant aisée, le style d'écriture de Claire Castillon est limpide et brut. Les phrases sont courtes et enlevées. Elle ne laisse que peu de place à la description et aux pauses, elle envoie du bois et cloue littéralement le lecteur à son siège. Je n'ai mis qu'à peine deux heures pour lire ce recueil et j'en suis ressorti à la fois content d'avoir vécu une expérience hors du commun mais aussi un peu cafardeux de part les thèmes abordés et l'amertume profonde qu'il laisse une fois lu.

Étrange sensation donc que cette lecture que vous pouvez tenter si vous avez le cœur et l'âme bien accrochés!

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vendredi 20 juin 2014

"La Madone au manteau de fourrure" de Sabahattin Ali

couv madonne

L'histoire: À la fin de la Première Guerre mondiale, le père de Raif Efendi, producteur de savon, l'envoie à Berlin pour y apprendre le métier.
Le jeune Turc s'éprend de l'image d'une femme, celle d'une certaine Maria Puder dont il admire l'autoportrait au cours d'une exposition, un tableau intitulé La Madone au manteau de fourrure en raison de la ressemblance avec la Madonna d'Andreas del Sarto.
Fasciné par sa beauté et son port de reine, il tombe fou amoureux de Maria sans jamais l'avoir vue.
Quelques jours avant sa mort, il apprend la vérité sur le sort de sa "madone"...

La critique de Mr K: Voici le compte-rendu de ma première lecture tirée du superbe lot de livres déniché à prix plus que modique lors d'une razzia récente (du moins au moment où j'écris cette chronique). C'est la quatrième de couverture de "La Madone au manteau de fourrure" qui m'a attiré l'œil présentant une histoire d'amour qui paraissait fortement teintée de romantisme. Je ne connaissais pas du tout l'auteur avant de lire cet ouvrage, ce fut une très belle découverte comme vous allez pouvoir le lire.

Le narrateur après une expérience malheureuse dans un poste de banquier trouve un nouveau travail grâce à une ancienne relation. Il va se retrouver dans une autre entreprise commerciale où il va partager son bureau avec un certain Raif Efendi. Mais peu à peu, ce dernier ne vient plus au bureau de façon régulière, bientôt il se fait même rare. Un lien d'amitié ténu s'est tissé entre eux et le narrateur va souvent au chevet de son ami qui semble souffrir d'une étrange maladie et ceci dans l'indifférence totale de sa famille. Un jour, il met la main sur un carnet intime relatant la jeunesse de Raif Efendi, ce dernier lui permet de le lire à la condition de le brûler immédiatement le lendemain.

Commence alors pour le narrateur et le lecteur une plongée immersive à souhait dans le Berlin des années 30. Peu ou pas de références directes au régime hitlérien, on suit simplement la vie au quotidien d'un jeune déraciné turc qui est sensé se former au métier de savonnier. En fait, le jeune homme a soif d'expériences nouvelles et s'émerveille devant cette Europe à la fois proche géographiquement de son pays d'origine et lointaine de part ses mœurs. Le grand choc de sa vie va intervenir un matin par hasard quand il se promène dans une exposition picturale sur les nouveaux maîtres de la peinture. Il tombe nez à nez avec un autoportrait saisissant qui provoque chez lui un choc émotionnel à nul autre pareil: il tombe raide dingue amoureux de cette Maria Punder. Il va finir par la rencontrer et ils vont entamer une relation particulière entre compromis, amitié, amour platonique et élans amoureux irrépressibles. Il plane au dessus d'eux une sorte de fatum insidieux qui va finir par frapper dans les ultimes pages du roman.

Ce roman de 200 pages est une petite merveille de concision et de justesse. Sa grande force réside dans le caractère et l'interaction qu'il existe entre les deux personnages principaux. Ciselés à souhait, on s'attache à eux presque immédiatement et même si parfois, certaines de leurs réactions peuvent agacer ou surprendre, c'est toutes les nuances des relations amoureuses qui sont abordées ici. D'un côté, vous avez un jeune turc un peu déphasé par rapport au lieu où il se trouve, timide et d'une grande sensibilité qui est profondément épris d'une femme qui le fascine et qu'il désire ardemment. De l'autre, vous avez Maria, une femme artiste qui ne fait plus confiance aux hommes et semble apprécier pour la première fois la compagnie d'un des leurs, le trouvant non intéressé et compréhensif comme aucun autre, cependant elle semble elle aussi taraudée par le désir ou du moins à quelque chose qui lui ressemble fortement. Entre ces deux là, un lien incroyable semble prêt à éclore au fil de leurs rendez-vous, repas au restaurants et autres promenades. La valse des sentiments s'engage très vite mais nul ne peut deviner à l'avance où elle va les conduire. Le lecteur ressent ce trouble, les doutes qui l'accompagnent et l'indécision qui règne en maître entre ces deux êtres esseulés. La catharsis fonctionne à plein régime et on est ballotté à merveille par un auteur diablement efficace.

En effet, ce roman est d'une rare beauté littéraire. L'écriture de Sabahattin Ali est d'un raffinement et d'une élégance rare, cela se ressent dans sa syntaxe et dans le vocabulaire employé. Le dépaysement est total dans la forme et renforce le caractère unique de cet ouvrage. N'allez pas croire que le lecture est exigeante et difficile. Bien au contraire, tout semble naturel et aller de soi, l'écriture sert à merveille le souffle romantique de cette histoire et l'on ne peut que se laisser porter par les vents de l'espoir qui soufflent dans ces pages. On en vient donc bien à bout et lorsque l'on referme cet ouvrage, on prend conscience d'avoir lu un petit bijou oriental.

Laissez-vous tenter, vous ne le regretterez pas!

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vendredi 13 juin 2014

"Pas son genre" de Philippe Vilain

pas son genreL'histoire: Il est professeur de philosophie, elle est coiffeuse. Contraint de quitter la capitale pour enseigner à Arras, le premier rencontre la seconde sans vraiment la remarquer. Langage, goûts, références... tout les oppose, et pourtant, elle devient son amante. Le mépris et l'ennui se profilent à l'horizon, mais qui croit mener le jeu peut bien être joué.

La critique Nelfesque: Vous avez dû voir les affiches de "Pas son genre" sur les frontons de vos cinémas fin avril. Je ne suis pas allée voir l'adaptation du roman de Philippe Vilain car clairement les comédies romantiques, ce n'est pas mon genre (oui je sais, elle était facile celle là...). A l'occasion de sa sortie en salle, le roman s'est payé une nouvelle couverture aux Editions J'ai Lu et j'avoue que j'ai cédé aux sirènes du marketing!

Je m'attendais à une lecture légère, une lecture de saison, le genre de roman que l'on embarque dans son sac de plage, sans prise de tête. Un one shot avec ses 156 pages, une après-midi pépère au soleil. Oui... mais non!

Certes "Pas son genre" parle d'amour et de la rencontre amoureuse mais ce n'est pas exactement ce que l'on pourrait qualifier de roman léger. Je vous rassure tout de suite, ce n'est pas non plus un essai sur les sentiments mais le narrateur étant un professeur de philosophie ayant comme trait de caractère de tout disséquer et analyser, force est de constater qu'il y a quelques lourdeurs dans la narration.

Assez cliché, nous avons à ma gauche une coiffeuse gentillette, rigolote et fraîche, jolie mais un peu bas de plafond et à ma droite un prof de philo ténébreux, hautain, emprunt aux doutes d'une vie bien rangée... Là est la base de l'histoire : une fille cruche et un gars upper class se rencontrent et tombent amoureux. Comment vivent-ils chacun leur rencontre? Y'aura-t-il un rapport de force dû à leur différence de classe sociale? L'un tirera-t-il l'autre vers le haut ou devront-ils se mettre au même niveau pour que leur couple fonctionne? ... Autant de questions qui personnellement me mettent mal à l'aise, ne concevant pas la valeur des hommes par leurs comptes en banque, leurs professions ou leurs façons de vivre... Notons tout de même au passage que c'est la femme qui est inférieure à l'homme dans ce roman (faut pas déconner non plus). En plus d'être dans le cliché (le prof s'appelle François, la coiffeuse Jennifer... bon...), vous reprendrez bien un peu de sexisme!?

Bon mais alors? On en fait quoi de ce roman? On le lit ou pas? Et bien malgré ses défauts évoqués ci dessus et une fin elle aussi assez convenue j'ai trouvé tout de même intéressant de se retrouver le temps d'une après-midi de lecture dans la tête d'un lettré. Un lettré à qui on aurait bien envie de mettre 2 ou 3 claques à l'occasion mais un lettré tout de même. Sa façon de voir les rapports humains et l'absurdité de l'amour a quelque chose de comique parfois, pathétique souvent, mais amène le lecteur à réfléchir sur ses propres schémas de pensée. Ce qui amène une dimension intéressante au roman qui sans cela n'aurait pas trouvé grâce à mes yeux.

Je ne pense pas que je verrai le film, peut être un jour de désoeuvrement et plus par curiosité de voir comment le réalisateur traitera de la question de lutte des classes, d'éducation et de culture qu'autre chose. En attendant, je ne sais pas si je dois vous conseiller cette lecture... Faites comme vous voulez (oui je sais, je vous aide beaucoup!) mais sachez que vous serez tour à tour intrigués et agacés. A bon entendeur!

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mercredi 4 juin 2014

"Dans l'Empire des ténèbres" de Liao Yiwu

dans l'empire des ténèbres

L'histoire: "Au moment où j'écris, je vis toujours dans cette porcherie qu'est la Chine, et je me languis de pouvoir nettoyer mon âme en profondeur". L'auteur de ces lignes, Liao Yiwu, signe le récit de quatre ans d'enfer dans les prisons chinoises.
Sa faute: avoir écrit le poème Massacre à l'aube du jour où l'armée ouvrit le feu sur les étudiants de la place Tian'anmen.
"En prison, dit-il, j'ai connu le vrai visage de la Chine". Le visage des truands et des marginaux, des victimes et des bourreaux, des condamnés à mort que l'on vide de son sang avant de les exécuter...

La critique de Mr K: Aujourd'hui, nous commémorons les événements dramatiques de Tian'anmen, 25 ans jour pour jour après leur déroulement. Une fois n'est pas coutume, je m'adonne à la critique d'un témoignage que j'ai terminé il y a une semaine: "Dans l'Empire des ténèbres" de Liao Yiwu.

Il faut dire que quand mon regard a croisé cet ouvrage dans une librairie du coin et que j'ai vu que le régime chinois avait tout fait pour essayer de l'empêcher d'être édité, mon sang n'a fait qu'un tour et j'étais curieux de pouvoir plonger au cœur du système répressif de l'empire du milieu. Je n'ai pas été déçu bien au contraire, mais attendez-vous à une plongée en enfer à côté de laquelle Midnight Express ferait figure de camp de vacance en Turquie. Je ne connaissais pas l'auteur avant ce livre, il est assez connu dans son pays et vit désormais en Allemagne où il s'est exilé suite à des menaces d'internement. Vu ce qu'il a vécu durant quatre ans, on comprend pourquoi il est parti.

La première partie de l'ouvrage est consacrée à la description de sa vie d'avant son arrestation. Poète quasi itinérant, il laisse bien souvent sa femme seule chez eux et parcourt les routes avec tout un groupe d'amis tout aussi dépravés que lui. Ils créent et débattent beaucoup bien sûr, mais s'adonnent aussi à toutes formes d'excès en tout genre dont la consommation massive d'alcool et de drogues, et la fornication répétée avec des femmes de passage. Cela ne les rend pas forcément des plus sympathiques mais à part à eux-même et leurs proches, ils ne font de mal à personne. Planant à 10000 mètres au dessus de la réalité politique de leur pays, ils vont peu à peu se rapprocher des limites posées par le gouvernement central concernant la liberté d'expression et ils vont finalement aller un peu trop loin au goût du PCC (Parti Communiste Chinois). Dans un de ses poèmes (Massacre, reproduit en fin de livre) mis en image par un ami cinéaste, Liao Yiwu et ses amis remettent ouvertement en cause le régime en dénonçant la répression de 1989. C'est le début de la chute.

Commence alors un long calvaire qui prend le lecteur à la gorge. Durant quatre ans, l'auteur-témoin vit un véritable supplice dans les geôles successives qu'il va connaître. Classé parmi les "contre-révolutionnaires", il est considéré comme plus dangereux que les condamnés de droit commun comme les truands, les tueurs et les violeurs. Il va les côtoyer au quotidien dans des cellules de 12 à 25 personnes où règnent une hiérarchie bien établie et injuste au possible: promiscuité, saleté, règlements de compte, torture morale et physique, sous-alimentation, maladie, viols répétés et autres joyeusetés de la vie carcérale, rien ne nous est épargné! On a bien souvent la nausée et régulièrement , je me suis senti obligé de refermer l'ouvrage pour respirer un bon coup et calmer le jeu. Véritable catalogue d'atrocités plus effroyables les unes que les autres, on ne peut qu'être bouleversé par cette immersion sans concession dans ce système politique répressif contemporain (j'insiste!) qui nie tout droit et toute dignité à ceux qui ne vont pas dans son sens. J'ai eu plus d'une fois froid dans le dos et j'en ai même cauchemardé. On a beau s'y attendre, la réalité crue est un véritable uppercut que l'on se prend en pleine face. On ressort de cette lecture groggy et complètement effaré que nos puissances occidentales puissent encore traiter avec Pékin sur un pied d'égalité quand on connaît le sort que les autorités chinoises réservent à leurs opposants. C'est à vomir!

Yiwu nous livre durant le déroulé de son histoire personnelle toute une galerie de portraits plus saisissants les uns que les autres: détenus, matons, cadres du partis. Au détour de ces journées monotones, de ces activités, des séances de travaux forcés, on se rend compte que tout est fait pour avilir le condamné, le réduire à néant pour le rééduquer sauf s'il a été condamné à mort. Le cynisme est poussé à l'extrême et n'importe lequel d'entre nous serait devenu fou. D'ailleurs, l'auteur nous livre ses atermoiements, ses actes de résistances, ses petites trahisons sans pudeur aucune et avec pour seul but la poursuite de la vérité. Dur dur de rester insensible et l'on passe par tous les états. J'ai du arrêter ma lecture quelques semaines pour ne pas tomber dans l'overdose tant ce récit est poignant et brutal avec un réel souci d'humanité et de compassion lorsque que Yiwu nous parle de ses codétenus et amis pour certains. Quand on pense que certains sont toujours enfermés et ne verront sans doute jamais les sentiers de la liberté...

Malgré la dureté du thème et des propos, la lecture est aisée. La langue de Yiwu est fluide et agréable. Pas de grosses difficultés pour comprendre et suivre son parcours, on peut souligner au passage le remarquable travail du traducteur. D'un réalisme poussé à l'extrême, Liao Yowu nous propose par moment quelques passages plus poétiques et évocateurs à souhait, sorte de micro-évasions de l'univers concentrationnaire dans lequel il vit. On ressort abasourdi et marqué à vie par ce témoignage.

"Dans l'Empire des ténèbres" nous place face à un ouvrage salvateur et nécessaire, une clef importante pour fixer nos valeurs et notre morale. Un témoignage essentiel, tout simplement.


dimanche 25 mai 2014

"Love & pop" de Ryû Murakami

loveandpopL'histoire: Par l'intermédiaire de messageries téléphoniques, de jeunes lycéennes acceptent des rendez-vous avec des inconnus pour pouvoir s'acheter des produits de marque. Le roman raconte la journée d'une jeune fille qui, désirant absolument s'offrir une topaze impériale, accepte coup sur coup deux rendez-vous avec des hommes. Mais les rencontres ne vont pas se passer comme elle l'avait prévu.

La critique de Mr K: Un Murakami peut en cacher un autre, ceux qui nous suivent connaissent mon fort penchant pour Haruki Murakami. J'avais déjà entendu parlé de Ryû Murakami et notamment de son Bébés de la consigne automatique (dans ma PAL aussi) mais je ne l'avais pas pratiqué jusqu'ici. L'occasion de le découvrir s'est présentée avec ce livre trouvé une fois de plus chez notre fournisseur officiel et dont la thématique m'attirait.

On partage une journée entière en compagnie d'Hiromi Yoshii, jeune lycéenne de deuxième année qui a décidé de partir en séance shopping avec trois de ses amies. Très vite, elle tombe en pâmoison devant une bague qu'elle veut acheter au plus vite, c'est-à-dire avant la fermeture du soir! Appartenant à la génération du "tout, tout de suite", quel meilleur moyen de réunir la somme requise en si peu de temps, si ce n'est en vendant sa petite personne au plus offrant... Avec l'aide de ses copines, puis seule, elle va répondre à quelques annonces. Commence alors une lente plongée en eaux troubles qui va lui réserver bien des surprises...

C'est un certain aspect du Japon (plutôt méconnu d'ailleurs) que Ryû Murakami nous invite à découvrir ici et c'est loin d'être le plus reluisant. On baigne constamment entre la curiosité malsaine et un grand sentiment de solitude qui semble habiter la plupart des protagonistes, à commencer par ces hommes en quête de présence féminine pour le moindre acte quotidien (aller louer une vidéo, faire ses courses, manger du raisin, aller au restaurant...). Ces "clients" sont plus bizarres les uns que les autres, la longue litanie des annonces qui s'étire sur parfois quatre à cinq pages nous dévoile des marasmes affectifs et sociaux forts, des frustrations et des désirs inassouvis. Il se dégage de l'ensemble un côté pathétique et inquiétant, surtout qu'au fil des pages, la tension monte et on perçoit la violence latente de la situation.

Jeune et pas forcément innocente, Hiromi va surfer sur le phénomène et tenter de faire fortune en un temps record pour répondre à un désir consumériste. Mais voilà, de consommatrice à objet de consommation, il n'y a qu'un pas que sa morale ne détecte pas au premier abord. Plutôt détachée, cachée derrière les apparences de la jeune fille parfaite japonaise (effacée et disponible), elle pense que rien ne peut l'atteindre et que finalement ce ne sera pas si difficile que cela d'arriver à ses fins. Cependant, les deux "rencontres arrangées" ne vont pas se dérouler comme prévu, changeant irrémédiablement l'héroïne.

J'ai adoré ce livre que j'ai lui aussi avalé d'une traite, entrecoupée d'une courte phase de sommeil. Rien à voir avec Haruki Murakami dans la langue, celle de Ryû est plus abrupte, moins imagée mais frappe en plein cœur par son caractère d'urgence. La réalité est ici crûe et prégnante, rien ne nous est épargné. D'ailleurs dès la quatrième de couverture, l'éditeur annonçait la couleur avec cette citation de l'auteur: La littérature n'a que faire des questions de moralité. Mêlant récit et extraits d'infos, de radios et les fameuses petites annonces, l'immersion est totale dans ce Japon côté face. On est au centre d'une fourmilière dans laquelle semble se débattre Hiromi, jeune fille engluée dans ses contradictions. La lecture s'est révélée aisée et agréable même si certains passages sont assez rock&roll!

Au final, ce fut une expérience vraiment rafraîchissante quoiqu'éprouvante par moment, je m'attacherai à suivre cet autre Murakami qui propose un univers radicalement différent d'Haruki Murakami et sa poésie de tous les instants. Ryû Murakami semble plus adepte de la littérature qui frappe fort et juste, j'aime aussi ça par moment. Je mettrai à l'épreuve ce nouvel engouement avec le fameux volume toujours dans ma PAL, lecture prévue dans les mois à venir.

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mercredi 21 mai 2014

Déstockage de Serpent à Plumes

C'est LE bon plan littéraire du moment! Si vous avez un magasin Noz près de chez vous, courrez-y! En ce moment, de très nombreux titres du catalogue du Serpent à plumes, filiale des Editions du Rocher, sont à des prix très attractifs. De 2.50€ à 2.90€ le roman neuf, initialement à 20€ en moyenne. A ce prix là, on se fait plaisir!

Arriva ce qui devait arriver, on a fait une razzia qui fait pleurer nos PAL mais danser la gigue à nos portes monnaies.

Voici le tableau de chasse:

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- Au bord du gouffre de David Wojnarowicz
- Sirtaño ou la légende du serpent-roi de Renaud Joubert
- Les Couloirs du temps de Iouri Mamleïev

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- La Plage de Marie Hermanson
- Axolotl Roadkill d'Hélène Hegemann
- La Sarabande des soupirs de Gianni Celati

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- Animals tristos de Jordi Punti
- Cinéma mental de Gianni Celati
- La Madone au manteau de fourrure de Sabahattin Ali

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- Finnigan et moi de Sonya Hartnett
- Une Fille de pasteur de George Orwell
- Le Tumulte des roses de Manuel Peyrou

12 romans neufs pour le prix d'1. C'est pas trop beau ça!? Franchement, pourquoi se priver? De quoi faire des découvertes, tenter des auteurs jusqu'alors méconnus et surtout se faire du bien au moral en pensant aux longues heures de lecture au soleil qui nous attendent (quand le soleil reviendra...).

Vous avez un Noz dans les alentours? Qu'est ce que vous faites encore devant l'écran de votre ordinateur!? Go go goooo!

dimanche 18 mai 2014

"Joyland" de Stephen King

joylandL'histoire: Les clowns vous ont toujours fait peur?
L'atmosphère des fêtes foraines vous angoisse?
Alors, un petit conseil: ne vous aventurez pas sur une grande roue un soir d'orage...

La critique Nelfesque: En premier lieu et avant de donner mon avis sur "Joyland", je tiens à dire que si vous avez toujours eu peur des clowns et si l'atmosphère des fêtes foraines vous angoisse, vous pouvez lire ce livre. Je ne sais pas ce qu'a fumé la personne qui a rédigé la 4ème de couverture ou si même, pire, elle a bien lu le roman, parce qu'il n'est pas du tout question de clown dans cet ouvrage! Quant à l'atmosphère de cette fête foraine, elle est tout sauf angoissante. Une vraie publicité mensongère que ces quelques lignes! Moi qui au contraire attendez des clowns pour renouer avec l'ambiance "Ca", j'ai bien été déçue sur ce point.

Cela faisait de nombreuses années que je n'avais pas lu d'ouvrage de Stephen King. J'en ai été très fan à mon adolescence puis peu à peu j'ai commencé à me lasser, voyant de grosses ficelles reprises maintes et maintes fois, étant déçue par les fins de roman bâclées... Le cycle "Désolation" / "Les régulateurs" en 96 a signé ma rupture avec l'auteur.

Et aujourd'hui, arrive en librairie un nouveau roman qui attise ma curiosité, me donne envie de renouer avec l'univers de SK. Une fête foraine, des clowns (je croyais en trouver...), une ambiance malsaine... Je me lance avec l'espoir de retrouver l'engouement de mes jeunes années. Bien que n'ayant pas trouvé dans "Joyland" les ingrédients promis dans le résumé, j'ai retrouvé, contre toute attente, l'envie de poursuivre ma lecture au fil des pages, une véritable empathie pour les personnages et la joie d'une sensation depuis longtemps perdue.

Vous l'aurez compris, j'ai aimé "Joyland"! J'ai aimé me perdre dans ses pages, suivre Devin dans son quotidien d'étudiant et sa découverte de Joyland, un parc d'attraction dans lequel il va travailler pendant l'été 1973. Jeune homme attachant et respectueux, presque trop gentil, il va durant cet été vivre en accéléré une expérience enrichissante et grandir en quelques mois comme jamais il ne l'avait fait jusqu'alors. Autour de lui gravite toute une clique de saltimbanques originaux, gais et sympathiques qui vont le prendre sous leurs ailes et lui raconter les secrets du parc d'attraction, et plus particulièrement ceux de la Maison de l'Horreur.

Il fera aussi la connaissance d'Erin et Tom, ses colloc' et collègues le temps d'un été et amis pour la vie, Mike et sa maman, petit garçon handicapé aux pouvoirs surprenants... Les personnages gravitant autour de Dev sont des plus attachants. On ressent une vrai sympathie pour eux tout le long de la lecture, ce qui facilite l'identification aux personnages et l'appât du lecteur pour ce roman qu'il ne peut plus lâcher.

Habituée aux romans d'horreur avec Stephen King, ici on en est bien loin. Ce sont les rapports humains qui sont le point central de "Joyland" et la découverte d'un autre monde, celui des forains. Il y a bien une petite dimension fantastique mais pour moi on est ici dans de la littérature contemporaine.

C'est un Stephen King apaisé et recentré que j'ai retrouvé dans "Joyland" avec beaucoup de plaisir et de tendresse. Il nous prouve ici qu'il n'y a pas besoin d'en faire des tonnes dans le gore et l'épouvante pour faire vibrer les lecteurs et qu'un peu de finesse est la bienvenue dans ce monde de surenchère. Un roman que je vous conseille, même si d'ordinaire vous détestez Stephen King. Je prends les paris qu'il saura ici vous charmer!

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samedi 17 mai 2014

"Combat de fauves au crépuscule" d'Henri-Frédéric Blanc

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L'histoire: "Comment lui, si prudent, si futé, si prompt à déjouer les manœuvres sournoises des autres, lui dont l'intelligence et l'imagination créatrice étaient réputées dans tout le milieu publicitaire parisien, lui qui possédait le don de flairer les bons coups avant ses concurrents et d'agir plus vite qu'eux, comment avait-il pu se faire piéger aussi bêtement?"
En cherchant un appartement, Charles Cuvelier, jeune loup de la pub, se retrouve bloqué dans un ascenseur, à la merci des occupants de l'immeuble. Cette fois le stratège surdoué va devoir lutter pour sa vie.

La critique de Mr K: Voilà une très belle surprise que m'a réservé un séjour de plus chez l'abbé. J'aime beaucoup la collection Acte Sud (elle édite notamment Laurent Gaudé), la couverture m'a attiré l'œil de suite avec ce chat malicieux et la quatrième de couverture n'a fait qu'attiser ma curiosité. Vu le prix modique, il me semblait dommage de ne pas tenter l'aventure... Bien m'en a pris!

Il y a des jours où il n'est pas bon sortir de chez soi, Charles Cuvelier va l'apprendre à ses dépens. Publiciste renommé et redoutable, il se rend dans un immeuble afin de visiter un appartement à louer. Erreur fatale, il prend l'ascenseur et le coup de la panne prend une autre dimension. Coincé dans cet espace clos, le jeune loup va devoir s'accrocher à la vie. Loin de lui venir en aide, la proprio du dernier étage et quelques autres hurluberlus vivant là semblent se complaire dans la situation inconfortable dans laquelle se retrouve Charles. Ce dernier essaie nombre d'approches différentes, diverses tentatives de séduction mais il rencontre un mur. Peu à peu, son mental se fissure et le huis-clos vire au cauchemar.

Très court (106 pages), "Combat de fauves au crépuscule" se dévore d'une traite. On est constamment balancé entre répugnance pour le personnage principal (pur produit de la société consumériste que nous subissons) et l'inhumanité du traitement qu'il subit. Plus les pages se tournent, plus nous le voyons plonger. Il passe du simple souci à l'inquiétude grandissante quand il se rend compte que ses tours ne fonctionnent pas sur ses "kidnappeurs". Mais rien n'y fait, son charme et son éloquence ne fonctionnent pas et le récit s'envenime très vite pour mener à des sommets insoupçonnés. La froideur des lieux et des gens qui y vivent l'atteignent le plein de fouet, on sent bien que Charles peu à peu se rapproche du gouffre, de la folie. Ses contradicteurs mettent en relief la chute du héros par leur froideur et leur normalité. On nage en pleine folie ambiante dans un quotidien implacable et désespérant. La révélation finale est de toute beauté et vient couronner d'une aura plus forte cette petite histoire à visée universelle.

Ce livre se lit avec une facilité déconcertante. La langue est accessible, sans chichi (sans grand relief diront les plus durs) et on est immergé complètement dans le récit. On accompagne avec douleur et un soupçon de perversité le puissant d'hier devenu simple mortel. C'est l'occasion en filigrane de se poser des questions sur la réussite mais surtout sur la solitude de nos civilisations modernes. L'esprit humain est ici mis à nu avec une simplicité déconcertante et rafraichissante. On n'en ressort pas forcément indemne tant l'auteur fait appel à notre ressenti et notre libre-arbitre. Les limites ne sont plus très claires et c'est ce qui rend cette histoire aussi haletante que novatrice.

Ce fut donc une très bonne lecture à la fois récréative et réflective. Un petit bonheur de littérature et de condensé de l'âme humaine, un petit bijou quoi!

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lundi 12 mai 2014

"L'Elixir d'amour" d'Éric-Emmanuel Schmitt

elixirL'histoire: "L'amour relève-t-il d'un processus chimique ou d'un miracle spirituel? Existe-t-il un moyen infaillible pour déclencher la passion, comme l'élixir qui jadis unit Tristan et Iseult? Est-on, au contraire, totalement libre d'aimer?".
Anciens amants, Adam et Louise vivent désormais à des milliers de kilomètres d'un de l'autre, lui à Paris, elle à Montréal. Par lettres, tout en évoquant les blessures du passé et en s'avouant leurs nouvelles aventures, ils se lancent un défi: provoquer l'amour. Mais ce jeu ne cache-t-il pas un piège?

La critique de Mr K: C'est toujours avec un petit sourire aux lèvres que je commence un Éric-Emmanuel Schmitt. Il touche à tous les genres littéraires (roman, nouvelle, théâtre) et je n'ai jamais été déçu. Ici, on a affaire au roman épistolaire, un style bien particulier et qui m'a ravi par le passé avec notamment Inconnu à cette adresse ou encore les classiques Les liaisons dangereuses et Dracula. Je me lançai donc plein d'optimisme dans cette lecture qui ne devait durer que deux heures! En effet, 160 pages composent l'ensemble mais les lettres que s'envoient les deux protagonistes sont assez courtes et je n'ai pu détacher mes yeux des pages tant j'ai été captivé par cet échange épistolaire.

Adam et Louise se sont aimés ardemment pendant cinq ans. Cette dernière décide de rompre et pour mieux rebondir de partir à Montréal pour refaire sa vie professionnelle. Adam souhaite entreprendre avec elle une nouvelle histoire placée cette fois-ci sous le signe de l'amitié. Le démarrage est timide, puis peu à peu, Louise accepte. Ils commencent alors à se livrer l'un à l'autre comme jamais auparavant et se questionnent mutuellement sur l'amour, sa nature et ses finalités. Peu à peu, leurs vies personnelles évoluent et les rapports de force semblent fragiles tant la correspondance qui nous est ici livrée met à nue les âmes et les actions des deux protagonistes. On se dirige tout droit vers une révélation finale qui remettra chacun à sa place et éclairera le lecteur sur l'amour et ses conséquences.

Ce petit livre s'apparente à un puzzle. Lettre après lettre, les scripteurs lèvent le voile sur leur caractère et leurs idées sur l'amour. Il est jouisseur et passionné, elle semble plus raisonnable et détachée. Étrange donc se dit-on que ces deux êtres essaient de nouer une amitié tant ils semblent éloignés spirituellement l'un de l'autre. Mais ils ont un commun une somme d'expérience qui semble pouvoir combler ce trou affectif pas si différent de l'amour sauf "par la peau" comme le dit Adam dès ces premières lettres. Peu à peu, les débats tournent autour de leurs nouvelles vies et de la notion d'amour. Peut-on le provoquer? Adam en est sûr et va s'employer à essayer de le prouver à Louise en expérimentant une technique sur Lily, une jeune femme qu'il va rencontrer par l'entremise de sa correspondante. Commence alors la lente déconstruction de tout ce qui a précédé pour mener tout droit à une fin qui vient cueillir le lecteur comme un néophyte.

Par son caractère court et épuré "L'élixir d'amour" fait merveille. Schmitt n'a pas besoin d'accumuler les lignes pour réussir à cerner ses personnages. En très peu de mots, on se fait très vite une idée assez précise de Louise et Adam. Le genre épistolaire aidant, se rajoute sur la trame une impression d'urgence et d'immédiateté qui prend au cœur le lecteur otage d'une mécanique implacable et très bien huilée. On navigue en eaux troubles, on se laisse prendre par les subtilités de cette joute réflective et parfois cynique, comme il peut s'établir entre deux anciens amants. On rit, on s'émeut, on se rembrunit à loisir au fil des lettres échangées. On fait corps avec ces deux inconnus qui nous touchent au plus profond de soi et on s'interroge sur sa propre situation. Je suis ressorti étrangement léger et heureux de cette lecture.

Livre profond, construit d'une manière astucieuse et d'une précision de métronome, la langue simple et délicate de l'auteur met en relief cette histoire sans âge et universelle d'une manière instantanée et à haute valeur émotionnelle. Ce plaisir insidieux et durable est à découvrir au plus vite!

Egalement lus et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Evangile selon Pilate
- La Part de l'autre
- Oscar et la dame rose
- Crime parfait, Les Mauvaises Lectures : deux nouvelles à chute

Posté par Mr K à 18:40 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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