samedi 15 février 2014

"La Petite pièce hexagonale" de Yoko Ogawa

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L'histoire: Dans les vestiaires d'une piscine, une jeune femme est soudain attirée par une inconnue pourtant banale, effacée et silencieuse. Quelques jours plus tard, elle croise à nouveau l'inconnue qui marche dans la rue accompagnée d'une vieille dame et, fascinée, elle les suit à travers la ville jusqu'à une loge de gardien au milieu d'un parc. À l'intérieur, les deux femmes sont assisses sur des chaises, elles semblent attendre leur tour. La plus âgée se lève, entre dans une haute armoire hexagonale: la petite pièce à raconter...

La critique de Mr K: Une belle découverte aujourd'hui que je dois une fois de plus à l'abbé de Rédéné! Aaah, lieu de perdition littéraire entre tous, il a bien développé ses rayonnages asiats et ce petit volume à la belle couverture me tendait ses petites pages d'un air suppliant. Rajoutez à cela une quatrième de couverture énigmatique et fascinante, je l'adoptai dans l'instant. Une fois de plus, je me laissai piéger par mon attrait pour la littérature japonaise qui se caractérise souvent par la concision de sa langue et l'universalisme des thèmes abordés. On plonge ici dans le domaine de l'introspection personnelle.

Tout commence dans une piscine publique où l'héroïne se rend pour soigner un mal de dos récurrent. On sait d'elle peu de choses si ce n'est qu'elle vient de mettre fin à une relation avec un homme, relation qui ne lui convenait plus de par sa routine et son aspect liberticide. Comme dit dans le résumé, elle va faire une rencontre à la fois banale et étrange. Elle se sent irrémédiablement attirée par cette jeune femme, une attirance inexplicable qui va la mener dans un endroit hors du commun où d'autres qu'elles se rendent pour pénétrer dans une mystérieuse "pièce à raconter". Elle va bien évidemment se laisser tenter et va à son tour se raconter à elle et au lecteur voyeur (dans le bon sens du terme) que l'on devient en poursuivant cette lecture.

D'un style très épuré, rien ne semble extraordinaire de prime abord avec ce récit. Les banalités s'accumulent et le rythme est lent. Peu à peu, les pièces du puzzle commencent à s'assembler pour amener le lecteur à s'interroger sur cette jeune femme au vide intérieur grossissant mais qui en fait n'est qu'un prétexte pour fournir des éléments de réflexion sur notre vie quotidienne. Quel sens doit-on donner à sa vie? La vie a-t-elle un sens en elle-même? Autant de questionnements philosophiques abordés ici avec douceur et accessibilité. Loin d'être un pensum ronflant et rébarbatif, un peu à la manière d'un Murakami (en moins poétique tout de même), Yoko Ogawa nous inspire une introspection à la manière de celle effectuée par l'héroïne dans la fameuse pièce hexagonale. Mi confession, mi psychanalyse, mi libération, l'expérience vécue par la jeune femme va la libérer des poids qui alourdissent son existence et va lui permettre de poursuivre sa route de manière plus sûre et plus légère.

Ce fut une lecture aussi aisée que plaisante, le lecteur est bercé par cette langue à la fois simple et évocatrice. Les personnages sont ciselés à merveille, nous n'ignorons rien des espoirs et aspirations de l'héroïne. Le lecteur partage ses peurs, ses doutes et ses renoncements tout en ayant un recul suffisant pour en tirer quelques enseignements pour sa propre existence. J'ai vraiment adoré cette expérience que je vous invite à tenter si l'univers et l'esprit japonais ne vous rebutent pas.

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mercredi 12 février 2014

"Inconnu à cette adresse" de Kressmann Taylor

inconnuàcetteadresseL'histoire: Ils sont tous deux allemands. L'un est juif, l'autre non, et leur amitié semble indéfectible. Ils s'expatrient pour fonder ensemble une galerie d'art en Californie mais, en 1932, Martin rentre en Allemagne.
Au fil de leurs échanges épistolaires, Max devient le témoin impuissant d'une contamination morale sournoise et terrifiante: Martin semble peu à peu gagné par l'idéologie du IIIème Reich.
Le sentiment de trahison est immense; la tragédie ne fait que commencer...

La critique de Mr K: Un adage dit que la qualité prime sur la quantité, je pense que cet ouvrage est ce qui se fait de mieux dans le genre, certaines personnes allant jusqu'à dire qu'il s'agit ici de la nouvelle "parfaite". J'avais lu Inconnu à cette adresse il y a déjà quelques temps en début de carrière grâce à un ancien collègue féru de la seconde guerre mondiale. 10 ans après, la claque est encore plus forte car elle fait écho à une actualité nationale nauséabonde avec le retour des ligues d'extrême droite et autres réactionnaires de tout genre. Plus que jamais ce livre s'avère essentiel, voici pourquoi...

Nouvelle épistolaire très courte (80 pages), nous suivons la correspondance croisée de deux amis (Max et Martin) d'origine allemande qui ont fondé ensemble à San Francisco une galerie d'art qui fonctionne plutôt bien. L'un d'entre eux, nostalgique de son pays d'origine rentre chez lui. Pour autant, ils décident de s'écrire tant ils sont proches et ont vécu nombre de choses ensemble. Max (de confession juive) est resté aux USA pour gérer les affaires et Martin se fait une place dans la nomenklatura allemande. Mais la peste brune à la faveur d'une crise économique sans précédent avance et gagne du terrain. Au fil des lettres, Martin semble fasciné, puis séduit par ce nouveau dirigeant allemand qui émerge de la colère du peuple. Le gouffre va grandissant entre les deux hommes pour atteindre un point de non retour des plus épouvantable.

Il se dégage de ce petit livre une tension et une force peu commune. D'une lecture rapide et aisée (pas plus d'une demi-heure), le lecteur assiste impuissant à la fin d'une amitié et à la destruction totale de liens forts. Le malaise qui s'installe entre Max et Martin prend à la gorge le pauvre lecteur qui ne peut que s'enfoncer dans les turpitudes de l'esprit humain. Martin est l'exemple typique des personnes à la base saine qui vont se laisser embrigader et manipuler par les propagandes xénophobes et démagogiques. On assiste alors à la négation totale et irrémédiable du passé qui a lié les deux protagonistes, l'amitié faisant place au monstre hideux du racisme avec un passage particulièrement éprouvant où Martin raconte sa dernière entrevue à Berlin avec la sœur de Max. Dur, les larmes montent aux yeux et la suite est déjà écrite d'avance. La vengeance de Max va s'abattre sur Martin, la guerre et le racisme corrompant tout ce qui a pu préexister.

Quand on sait que ce petit opus a été écrit en 1938, cela donne vraiment à réfléchir. Qui peut nier alors qu'on ne savait pas ce qui se passait en Allemagne même avant la guerre? Les hordes haineuses et autres démagos qui battent le pavé ces temps-ci feraient bien de lire (s'ils savent lire...) cette remarquable nouvelle qui parlera à tout le monde tant il se dégage une puissance dénonciatrice à la fois imparable et constructive. Un grand et émouvant moment de lecture.

samedi 25 janvier 2014

"Sommeil" d'Haruki Murakami

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L'histoire: Une plongée obsédante dans les dix-sept nuits sans sommeil d'une femme...

La critique de Mr K: Petite pause Murakami aujourd'hui avec cette nouvelle parue chez 10-18, accompagnée d'illustrations de Kat Menschik. À travers 95 pages de haute volée, le maitre nous offre un portrait intimiste d'une femme insomniaque perdue entre vie réelle et un univers fantasmé. Cela donne à lire des descriptions de rêves alternées avec les heures routinières de la vie quotidienne. Jamais le lecteur ne saura le nom de l'héroïne ni celui des membres de sa famille. Par ce procédé astucieux, Murakami renforce le côté universaliste de cette histoire à la fois étrange et évocatrice tant elle peut faire écho à des expériences ou des périodes que le commun des mortels a pu éprouver.

On retrouve tout le talent de Murakami à travers ce texte court, premier du genre que je lis de lui. Dans un style qui n'appartient qu'à lui, il arrive à nous transporter dans les strates les plus profondes de l'esprit humain. Les visions chimériques et les hallucinations prennent corps devant nous pour mieux nous éclairer sur cette mystérieuse femme. Le personnage de l'héroïne est remarquablement traité par un auteur orfèvre en matière de caractérisation. La catharsis fonctionne à plein régime et la langueur qui envahit la personnage principale transpire littéralement de l'ouvrage pour s'insinuer chez le lecteur scotché qui ne peut détourner le regard des pages qu'il compulse, hypnotisé par un Murakami une fois de plus au sommet de sa forme.

Image-2-copie-2Malgré des passages oniriques décrivant les délires subconscients de la jeune femme, ce livre s'ancre davantage dans la réalité, un peu à la manière de La ballade de l'impossible. Pas de fantaisie à la Boris Vian ou d'éléments surnaturels dans ce court texte. L'âme humaine est ici mise à nue, livrée au lecteur. Une douce mélancolie m'a prise du début à la fin et l'on ne peut que se prendre d'affection pour cette insomniaque qui ne comprend pas vraiment ce qui lui arrive et qui cherche à s'en sortir. D'une douceur cotonneuse, le récit se fait parfois plus âpre et sous-entend des tensions existant dans la cellule familiale. La fin tient toutes ses promesses, à la fois ouverte et fermée tant l'héroïne semble quitter un cycle pour retourner dans un autre.

D'une lecture rapide (une petite soirée suffit), cette nouvelle merveilleusement illustrée est un petit bijou de plaisir simple qui évoque aussi dans certains passages des questions cruciales concernant la nature humaine et les aspirations de notre espèce. Décidément, il est fort ce Murakami! Ce serait vraiment dommage de passer à côté!

Livres du même auteur déjà chroniqués:
- "Livre I, Avril-Juin"
- "Livre II, Juillet - Septembre"
- "Livre III, Octobre - Décembre"
- "Kafka sur le rivage"
- "Ballade de l'impossible"

lundi 13 janvier 2014

"En un monde parfait" de Laura Kasischke

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L'histoire: Jiselle, la trentaine et toujours célibataire, croit vivre un véritable conte de fées lorsque Mark dorn, un superbe pilote, veuf et père de famille de trois enfants, la demande en mariage. Sa proposition paraît tellement inespérée qu'elle accepte aussitôt, abandonnant sa vie d'hôtesse de l'air pour celle, plus paisible, croit-elle, de femme au foyer. C'est compter sans les absences répétées de Mark, les perpétuelles récriminations des enfants et la mystérieuse épidémie qui frappe les États-Unis, leur donnant des allures de pays en guerre.
L'existence de Jiselle prend alors un tour dramatique...

La critique de Mr K: Nouvelle incursion dans le petit monde de Laura Kasischke. Auteur que nous chérissons à deux désormais, depuis que Nelfe a lu et dévoré Esprit d'hiver et que j'ai ouvert la voie, il y a quelques mois avec le très réussi A Suspicious river. Sous les conseils de Cachou, je viens de terminer En un monde parfait. L'auteur y change encore de genre avec ici un récit oscillant entre le drame intimiste et l'anticipation pessimiste. Force est de constater qu'une fois de plus, on se trouve devant un incontournable et un livre de grande classe!

On suit ici une jeune hôtesse de l'air, Jiselle, qui tombe follement amoureuse d'un beau pilote de ligne, le dénommé Mark Dorn. Derrière ce cliché des plus répandu, on suit la phase de séduction, sous forme de flashbacks où l'on retrouve le rêve éveillé de l'héroïne. Cette passion aboutit très vite au mariage et, par amour, Jiselle devient femme d'intérieur et va faire la connaissance des trois enfants de Mark: deux filles ados et un jeune garçon. Très vite les tensions montent devant l'arrivée d'une usurpatrice que les deux jeunes filles vont traiter avec mépris et insolence. En filigrane, on suit quelques bulletins d'infos et l'on se rend compte qu'une étrange épidémie commence à s'étendre à travers le monde. L'étude de mœurs cède peu à peu à l'anticipation, la rencontre va faire des étincelles pour le plus grand bonheur du lecteur! Chose rare dans le mélange des genres en littérature, Laura Kasischke réussit sur tous les tableaux et signe ici une autre belle réussite littéraire.

Je dois avouer que je me tourne rarement vers le drame intimiste et qu'ici j'ai été cueilli par le tableau qui nous est livré. L'auteur fait montre d'une justesse et d'un talent sans pareil pour décrire les émotions qui émeuvent les êtres humains et les parcours de vie de tout à chacun. Même si je n'ai pas eu d'empathie particulière pour Jiselle (mon Dieu qu'elle est gourde par moment!), la difficulté de construire une famille recomposée est très bien rendue et d'un réalisme sans fard. Les relations ambigües entre les belles filles et "la remplaçante" (rejet puis adoption) sont remarquables de construction et d'intelligence. Le personnage de Mark bien que souvent absent est traité avec maestria car finalement on le voit peu mais on ne peut que comprendre son importance et son impact sur le reste de la cellule familiale. On en est réduit à des hypothèses comme pour les protagonistes de l'histoire. On partage les aspirations, les inquiétudes et les doutes de la famille restée au pays et qui est sans nouvelle du pater-familias. Peu à peu, les révélations pleuvent sur la vraie nature de ce dernier ce qui distille encore plus le sentiment de malaise qui envahit le lecteur de façon progressive.

Sur cette touche excessivement sensible, un drame plus général se joue. Une mystérieuse maladie prend de l'ampleur et à travers l'expérience familiale, transparait des informations plus générales et les comportements humains liés à une menace que l'on n'arrive pas à endiguer. Cela donne lieu à des pages saisissantes sur les pénuries en magasin, les réactions en chaine au niveau international (USA isolés du reste du monde car la maladie vient de là) et l'on suit les réactions des communs des mortels face au péril imminent (les voisins, les amis etc....). Cela donne à ce roman une impression de fin du monde beaucoup plus crédible que dans le commun récit de catastrophe apocalyptique. Point d'effets de style pompeux ou d'effets surjoués, le malheur s'insinue peu à peu dans le quotidien ce qui le rend plus touchant et inquiétant.

On retrouve ici tout le talent de Kasischke qui nous livre une fois de plus une œuvre sensible à la portée universelle, le tout servi par une langue simple d'accès, évocatrice et efficace. Difficile de relâcher ce livre avant d'en avoir terminé avec ce destin au départ anodin mais qui va éclairer petit à petit un lecteur pris en otage devant les enjeux individuels et collectifs.

Une très belle lecture que je ne peux que vous recommander chaudement!

samedi 11 janvier 2014

"Les Garçons et Guillaume, à table !" de Guillaume Gallienne

lesgarconsafficheL'histoire: Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "Je t’embrasse ma chérie" ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.

La critique Nelfesque: Oui bon, ok je sais... Je ne suis plus du tout raccord avec l'actu ciné avec ce post... Je l'ai vu fin novembre / début décembre et j'ai laissé filer le temps. Shame on me! Croyez-moi.

Enfin mieux vaut tard que jamais! Et puis vous aurez toujours l'occasion de voir "Les Garçons et Guillaume, à table!" en DVD. Et l'occasion, il faut la trouver car vraiment ce film est plus que bien!

Je suis allée le voir en salle avec une amie. Mr K ayant boudé, je ne sais pas vraiment pourquoi (parfois il a des lubies énigmatiques...), ce film, vous n'aurez ici que mon avis. Mais n'est-ce pas le plus important (oups je vais le vexer... et je m'égare par la même occasion)? Je suis ressortie de la salle avec la banane et avec un sentiment de bien être et de bienveillance.

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Oui, c'est cela. "Les Garçons et Guillaume, à table!" est un film bienveillant, sans être moralisateur une seule seconde. Il dédramatise certaines situations sans être dans la moquerie. Je pense que vous savez déjà tous que ce film, réalisé par Guillaume Gallienne, est hautement autobiographique et a été joué avant l'adaptation cinématographique sur les planches. Bon, moi, je suis passée complètement à côté de ces infos... Guillaume Gallienne, acteur à la Comédie Française, je dois sortir d'un coma mais je ne le connaissais pas du tout! Et avec mon oeil tout neuf, j'ai vraiment été charmée par son jeu et par sa vision à la fois poétique, drôle et touchante de son histoire.

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Car "Les Garçons et Guillaume, à table!" n'est pas une simple comédie. Même si franchement, on rit beaucoup dans ce film, notamment avec les scènes de l'entrée à l'armée ou à l'école anglaise, on sourit aussi et on a limite la larme à l'oeil parfois. L'histoire est entrecoupée de scènes de théâtre où Guillaume Gallienne est seul sur les planches et où la caméra se veut très proche de lui nous montrant les moindre méandres de sa pensée, ses blessures et ses doutes. Très touchant, très original et mémorable.

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Mais la chose que j'ai aimé le plus dans ce film et qui me fera le revoir avec beaucoup de plaisir (ben oui, faut bien que Mr K le voit quand même!), c'est Gallienne dans le rôle de sa propre mère. Génial, hilarant, tellement juste! J'ai adoré ce personnage, sa façon d'être, de penser, de parler aux autres et Guillaume Gallienne imite sa mère à la perfection. Devant nos yeux, nous avons bien là une femme! Bluffant!

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Pour toutes ces raisons, pour la fin étonnante et beaucoup d'autres qui me reviendront au prochain visionnage (promis, j'arrête d'attendre autant de temps pour écrire un billet), je vous conseille de voir "Les Garçons et Guillaume, à table!". Il a eu beaucoup de succès en salle l'an dernier et vraiment, c'est justifié.

L'intégration de la bande annonce étant désactivée pour ce film ce Youtube, je vous invite à la découvrir ici exceptionnellement. Voici donc un extrait, en remplacement:

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vendredi 20 décembre 2013

"Un Homme" de Philip Roth

un hommeL'histoire: Un homme. Un homme parmi d'autres. Le destin du personnage de Philip Roth est retracé depuis sa première confrontation avec la mort sur les plages de son enfance jusque dans son vieil âge, quand les maux physiques l'accablent. Entre-temps, publicitaire à succès, il aura connu épreuves familiales et satisfactions professionnelles.
D'un premier mariage, il a eu deux fils qui le méprisent et, d'un second, une fille qui l'adore. Il est le frère d'un homme sympathique dont la santé lui inspire de l'amertume et l'ex-mari de trois femmes qu'il a entraînées dans des mariages chaotiques. En fin de compte, c'est un homme qui est devenu ce qu'il ne voulait pas être.

La critique de Mr K: Encore une fois, c'est par une intuition de l'instant que je me portai acquéreur de ce livre, à moins que ce soit lui qui m'ait choisi... J'avais entendu parlé de Philip Roth, la plupart du temps en bien, mais je n'avais jamais pratiqué cet auteur jusqu'à ce que mes yeux parcourent cette quatrième de couverture aussi banale qu'énigmatique... C'est du moins ce que j'en ai pensé en la lisant. Je me lançai donc à la découverte d'Un homme.

Cet homme justement, ce pourrait être finalement n'importe qui. Jamais nous ne saurons son nom de tout l'ouvrage, le narrateur omniscient le prénommant "il". Bien qu'impersonnel, ce personnage réussi à intéresser le lecteur car tout autour de lui, gravite toute une série de personnes plus ou moins liées avec son existence. Comme cette dernière est passée en revue depuis son enfance à sa mort, on en rencontre beaucoup: ses parents immigrés juifs tenant une modeste boutique de joaillerie à New York, son frère véritable astre solaire en terme de caractère et de santé, ses différentes femmes, ses enfants, ses collègues de travail mais aussi des inconnus qui ont marqué son existence comme une météorite laisse une trainée lumineuse dans le ciel après son passage. Finalement, ce livre n'est pas autre chose qu'une étincelle de vie parmi des milliards d'autres existences.

Philip Roth commence fort en relatant dès le premier chapitre l'enterrement de cet homme ordinaire. Défile sur sa tombe tout un tas de personnes que nous apprendrons à connaître au fil des pages. L'occasion est trop belle pour marquer le lecteur dès le départ avec des tensions bien présentes et des discours funéraires éclairant quelque peu le parcours du héros anonyme. Puis très vite, on remonte le temps pour revenir à son enfance et suivre sa vie à travers les différents pépins de santé qu'il va rencontrer: un kyste très mal placé (comprendre près de la bistouquette!), l'effroi qui l'accompagne (il est très jeune) et le soutien de sa mère qui restera à jamais la femme de sa vie (Œdipe quand tu nous tiens!), une appendicite foudroyante et presque fatale, puis ses différentes opérations du cœur. A chaque fois, loin de se contenter d'un constat médical froid, Roth fait intervenir des flashbacks pour expliquer les réactions et omissions de son héros; cela donne des pages douces-amères où la lucidité reprend le dessus sur le mal. L'anonyme ne s'épargne pas, analyse ses agissements et finalement, regrette quelque peu la vie qu'il a pu mener.

La lecture de ce roman fut un plaisir de chaque instant. La langue est limpide, directe et empathique à souhait. Peu à peu, on ressent une certaine affection envers cet homme certes imparfait mais tellement humain. Surtout vers la fin de sa vie quand il se repasse en mémoire toutes les erreurs qu'il a pu commettre notamment en matière amoureuse. Le galopeur s'est assagi avec l'âge et ses errements le suivent à jamais par des fils qui le méprisent et des ex-femmes qui ne lui parlent plus ou très peu. Triste bilan d'une vie qui s'avère décevante malgré de belles réussites comme sa fille ou sa carrière. Le ton mélancolique se développe de plus en plus au fur et à mesure que les pages se tournent et c'est la larme à l'œil que l'on repose ce livre satisfait mais légèrement sonné.

Un petit bijou de réalisme, un concentré d'humanité dans ce qu'elle a de plus beau et d'incomplet, une lecture rare et véridique... un livre à découvrir!

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mercredi 11 décembre 2013

"Simon et l'enfant" de Joseph Joffo

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L'histoire: Paris, 1942, Franck, dix ans, vit à Montmartre avec sa mère, qu'il adore, et Simon, qu'il déteste.

Simon qui n'est pas son père, Simon qui, croit-il, lui vole l'affection de sa mère, Simon qui se cache, parce qu'il est juif.

Mais le destin va les contraindre à faire alliance. Et des champs de courses de Paris aux maquis de Savoie, d'un orphelinat au camp de Drancy, ils devront affronter, ensemble, une série d'aventures toujours pittoresques, parfois tragiques.

Entre Simon et l'enfant, entre l'adulte un peu voyou et le gamin trop vite grandi va naître d'abord une estime réciproque, puis une amitié plus forte que la guerre...

La critique de Mr K: Une belle lecture aujourd'hui encore avec ce roman de Joseph Joffo. Vous qui nous suivez régulièrement, vous savez toute l'admiration que je porte pour cet écrivain non émoulu du cénacle littéraire, Joffo étant garçon-coiffeur de formation. Contrairement à Un sac de billes et Baby foot, ce roman n'est pas autobiographique, il s'agit d'une fiction qui prend une fois de plus comme cadre la France sous l'occupation allemande, période trouble entre toute, qui a marqué l'auteur à jamais.

On suit ici Franck, un enfant que la guerre va faire murir trop vite et Simon, un réfugié juif en ménage avec Mireille, la maman du jeune garçon. La tension entre les deux personnages est palpable dès le départ, une place se joue entre les deux auprès de la jeune femme. Son fils est jaloux de l'affection que Mireille porte à Simon mais il ne se rend pas des enjeux cachés derrière cette relation. Simon lui, fait ce qu'il peut et très vite le destin va les rattraper. Mireille va disparaître et les deux écorchés vifs vont devoir apprendre à s'apprivoiser, à vivre ensemble au mépris du danger. L'animosité va se transformer en amitié et ce lien unique qui se tisse va se révéler essentiel face à l'adversité.

On retrouve dans ce roman tout le talent de conteur de Joseph Joffo. L'écriture est simple et efficace, la reconstitution historique est fidèle et pas du tout assommante. Le background est donc très bien rendu et renforce l'évolution des personnages. Plus que l'image du juif traqué et révolté, je retiendrai particulièrement l'évolution de l'enfant qui d'innocent va devenir homme et résistant à sa manière. Sa psychologie est très bien décrite et s'ancre dans un réalisme imparable qui nous permet d'effleurer l'état d'esprit de certains de nos compatriotes de l'époque (rien ne vaut un bon vieux témoignage). L'injustice est ici criante, la révolte nécessaire. Cette lecture est particulièrement intéressante dans cette période où les prises de paroles extrémistes se banalisent et où les frontières entre le bien et le mal se font de plus en plus ténus dans une République Française que je trouve personnellement en danger.

Reste que ce roman n'est pas le plus réussi de cet auteur. Il y a tout d'abord une impression de redite qui s'installe chez le lecteur après avoir lu les deux précédents ouvrages de l'auteur. On retrouve les même thématiques et le style finalement ne se renouvelle pas beaucoup. Le fond reste cependant très prenant. Je trouve aussi que la puissance qui se dégageait de l'oeuvre de Joffo est ici un petit peu moindre, sans doute est-ce l'effet "fiction". Pas de vécu ici et un aspect moins viscéral des drames qui se jouent malgré des passages très difficiles.

Au final, ce Simon et l'enfant se révèle être une bonne lecture, d'une pratique aisée et plaisante malgré un sujet grave. À lire si la période et le thème vous intéresse. En cas de doute, préférez lui les deux autres titres de l'auteur déjà chroniqués sur le blog.

jeudi 28 novembre 2013

"Esprit d'hiver" de Laura Kasischke

espritL'histoire: Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d'angoisse inexplicable. Rien n'est plus comme avant. Le blizzard s'est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant...

La critique Nelfesque: Laura Kasischke est une auteure dont j'avais entendu beaucoup de bien sur la blogosphère et en particulier venant de Mr K qui avait eu un véritable coup de coeur pour "A suspicious river" cette année. Quoi de mieux que la Rentrée Littéraire et l'opportunité de découvrir son dernier roman, "Esprit d'hiver", dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire PriceMinister-Rakuten?

J'ai été surprise par l'écriture de Laura Kasischke dès les premières pages. Avec sa plume si particulière et jamais rencontrée jusqu'alors, j'étais à la fois éberluée et conquise. La magie a opéré en quelques lignes seulement.

"Esprit d'hiver" n'est pas un roman à la structure classique. C'est une longue litanie qui emmène ses lecteurs vers un sentiment que peu de lectures procurent. Les phrases sont répétées, comme un mantra. "Quelque chose nous a suivi depuis la Russie jusque chez nous" ... On ne comprend pas bien où tout cela va nous mener au départ mais peu à peu, comme avec un pinceau de peintre et des petites touches de couleur, l'auteure façonne sous nos yeux et entre ses lignes un univers qui prend de plus en plus d'épaisseur.

La quatrième de couverture laisse présager un roman sombre et une ambiance noire. L'inquiétude saisit peu à peu le lecteur qui, par strate, descend de plus en plus dans la noirceur et la folie latente du personnage principal. Holly est une femme tout ce qu'il y a de plus ordinaire qui s'apprête à passer une journée de Noël classique avec sa famille et ses proches. Rien ne va se passer comme prévu: elle ne se réveille pas à l'heure, de plus avec un sentiment étrange, est en retard pour la confection de son repas, sa fille n'est pas comme d'habitude et son comportement est détestable, limite malsain. Une tempête de neige fait alors son apparition et sa maison se transforme au fil des pages en une prison entourée de blanc où un huis clos angoissant se prépare.

Je n'en dirai pas plus sur le déroulement de l'histoire, encore moins sur la scène finale qui bien qu'attendue de mon côté m'a marquée par sa soudaineté, et vous laisse découvrir l'oeuvre le plus naïvement possible. Personnellement, je suis ressortie de cette lecture complètement envoutée par la plume de Kasischke. J'ai retrouvé ce sentiment si particulier ressenti lors de ma lecture de "Mad about the boy" d'Emmanuel Adely, lu plusieurs années avant de tenir ce blog (un bijou!). Comme si le temps d'une lecture, nous n'étions plus vraiment les pieds sur terre, comme si le monde qui nous entoure ne pouvait être, l'espace d'un instant, que poésie et sensibilité artistique.

Un procédé très particulier qui ne plaira certainement pas à tout le monde, qui ennuiera même parfois certains lecteurs, mais qui me transporte comme seule la littérature de qualité et les auteurs de talent savent le faire.

Vous l'aurez compris, je recommande chaudement ce roman (particulièrement en ce moment pour une immersion totale dans le récit, décembre approchant...) et je ne donne pas plus de quelques semaines à Mr K pour me le piquer. Très beau moment.

lundi 25 novembre 2013

"La Ballade de l'impossible" d'Haruki Murakami

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L'histoire: Dans un avion, une chanson ramène Watanabe à ses souvenirs. Son amour de lycée pour Naoko, hantée comme lui par le suicide de leur ami Kizuki. Puis sa rencontre avec une jeune fille, Midori, qui combat ses démons en affrontant la vie. Hommage aux amours enfouies, le premier roman culte d'Haruki Murakami fait resurgir la violence et la poésie de l'adolescence.

La critique de Mr K: Quitte à me répéter cet auteur est un incontournable. Ce qui est terrible c'est qu'il me fait le coup à chaque fois que je le lis. Je me dis qu'il va être moins abouti que le précédent, que je risque de me lasser. Au final, une claque littéraire de plus, une addiction terrible durant les deux jours de lecture (au détriment de ma vie sociale) et la conviction d'avoir encore lu une oeuvre essentielle marquée par le talent incroyable de l'enchanteur Murakami.

Ode à l'adolescence, "La Ballade de l'impossible" commence dans un avion où un homme mûr répondant au prénom de Watanabe repense au passé et notamment son adolescence qui a été marqué par un drame épouvantable: la mort par suicide de son meilleur ami. On suit donc son parcours de deuil dans les semaines et les années qui suivent. Il continue à voir Naoko, la petite amie du disparu qui semble insensible et totalement perdue. Elle sombre d'ailleurs peu à peu dans une profonde dépression qui la font s'éloigner du monde des vivants. Lui l'accompagne du mieux qu'il peut mais cela ne semble pas suffir. Au milieu de tout cela va surgir la tempête Midori, joli brin de fille qui elle non plus n'a pas été épargnée par la vie mais qui réagit en essayant de profiter du temps qui lui est donné. À partir de là, le récit va s'attarder sur l'évolution de ces trois êtres esseulés, aux aspirations très différentes mais qui se croisent régulièrement comme si un fatum quelconque en avait décidé ainsi.

On retrouve dans cette Ballade de l'impossible tout l'immense talent de cet auteur. Chaque phrase est un petit bonheur de lecture, le rythme lent se fait dense et prégnant, enserrant le coeur et l'âme du lecteur qui ne peut que tourner inlassablement les pages jusqu'à l'inexorable mot FIN. L'adolescence est ici remarquablement rendue: ses tensions, ses pulsions se font ici violentes et poétiques. On retrouve les touches d'érotisme propre à Murakami, jamais gratuites mais toujours faisant sens avec l'évolution des personnages. Cela donne quelques passages crûs et réalistes qui contribuent à l'étoffage des personnages. Mais en fait, tous les chapitres ont leur importance, ainsi le moindre RDV au restaurant de quartier est sujet à un développement sur un aspect de la personnalité des trois principaux protagonistes et la rencontre avec l'autre (pour Watanabe, Naoko puis Midori) est toujours constructive. À cet égard certains personnages secondaires sont très réussis comme les copains de pension du héros qui éclairent le caractère du personnage principal par les relations qu'ils nous nouent avec lui.

Chose nouvelle, Murakami nous livre un livre très réaliste où nul effet fantastique ou onirique n'est présent. Tout est axé sur les confidences, les expériences et les actes des personnages. Ne vous attendez pas à des chats qui parlent ou à des passages de communion avec la nature mode animiste, le choix ici est de suivre au plus près des jeunes en déserrance sans fioriture ni misérabilisme, une exploration au scalpel de l'esprit humain et de la fabrique aux souvenirs qu'est notre cortex. Remarquable de légèreté et de finesse, Murakami fait preuve d'une grande connaissance du genre humain et surtout, de l'âge ingrat que se révèle être l'adolescence. Les personnages sont très attachants et l'empathie est totale. Alors certes, on est dans un roman japonais, le rythme est lent et lancinant mais il sert remarquablement le sujet qu'aborde frontalement Murakami: qu'est-ce que c'est que de devenir adulte? Une partie de la réponse vous sera donné dans cet ouvrage.

Je ne m'étendrai pas davantage sur cette petite merveille pour ne pas vous lasser et surtout vous gâcher le plaisir de la découverte. Sachez simplement que ce livre est un bonheur tant au niveau du fond que de la forme, que tout est ici question de maîtrise et de poésie du quotidien. Un bonheur rare que je vous invite à découvrir au plus vite.

Livres du même auteur déjà chroniqués:
- "Livre I, Avril-Juin"
- "Livre II, Juillet - Septembre"
- "Livre III, Octobre - Décembre"
- "Kafka sur le rivage"

mercredi 13 novembre 2013

"L'Exécution" de Robert Badinter

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L'histoire: "Un grand roman classique, une histoire de haine, de sang, de mort et d’amour. Oui, d’amour. Unité de temps, de lieu, trois personnages : l’auteur, son vieux maître, la victime – oui, la victime – et puis la foule, avec quelques silhouettes bien plantées au premier rang. Un récit qui va droit son chemin vers la réponse à l’unique question : mourra-t-il?
Ce qui importe, c’est de savoir ce qu’est la justice, comment elle fonctionne, à quoi sert un avocat, pourquoi la peine de mort. C’est tout cela qui nous bouleverse dans ce beau livre, dur et sensible à la fois. Ne laissez plus passer, en tout cas pas ainsi, ce qu’on nomme par dérision peut-être la Justice des hommes."
Pierre Viansson-Ponté, Le Monde, 3 octobre 1973.

La critique de Mr K: Une très belle lecture aujourd'hui avec cet ouvrage de Robert Badinter, un des hommes politiques que je respecte le plus de part ses actes, son charisme et désormais ses mots. Avocat de formation, il restera dans la mémoire collective comme l'artisan de l'abolition de la peine de mort en France qui était très en retard dans le domaine à l'époque. Envers et contre tous, l'opinion publique était clairement pour garder le châtiment suprême, avec l'appui de Mitterrand, il mènera à bien cette réforme emblématique de la Justice française. Ce livre est une plongée dans le passé de ce ministre hors norme, le récit d'une affaire à laquelle il a participé et qui l'a marqué à jamais et le poussera à rentrer en politique.

Dans L'Exécution, nous suivons Robert Badinter tout au long d'un procès qui fit grand bruit: une évasion qui a mal tournée, prise d'otage et notamment, une infirmière de l'administration pénitentiaire égorgée. Ce crime immonde passionne les foules et la tension est grande autour des deux accusés. Robert Badinter défend le coaccusé que l'on accuse de meurtre et qui pourtant prétend n'avoir jamais tué. Au fil du développement de la préparation du procès, l'avocat se rend compte qu'un premier rapport d'expert discrédite la thèse que son client ait porté le coup fatal. Malheureusement, ce rapport a été réfuté pour vice de forme. Persuadé de l'innocence de son client, commence un compte à rebours éprouvant durant tout le roman pour essayer de sauver cet homme qui n'a pas tué. Pour Badinter, il est clair qu'on ne tue pas un homme qui n'a pas tué. Ce leitmotiv est ce qui le guide durant tout cet écrit.

J'ai peu lu de roman où l'on suit le regard et le point de vue d'un avocat. Ce point vue différencié permet une autre lecture sur le drame qui se joue et l'on se rend compte que derrière les procédures judiciaires, les plaidoiries et les grandes phases judiciaires, se cache un travail de fourmi, ultra-complexe et précis qui est mené par des hommes comme vous et moi. Ce livre est rempli à ras bord d'humanisme. C'est sa première vertu, l'émotion ici n'est pas feinte, le réel vous prend en entier sans espoir de retour en arrière. Au fil des pages, la tension monte, peu à peu, insidieuse et implacable. Difficile de relâcher ce volume dans ses conditions tant on se sent concerné par ce combat et par les changements d'états d'esprit de l'avocat qui passe par tous les stades avant l'inévitable mot fin qui ici raisonne au son de la guillotine. Ne vous inquiétez pas de ce spoiler, l'intérêt du livre réside dans son développement, le cheminement du héros-narrateur et les principes évoqués.

Badinter alterne entre ses passages relatant l'affaire des passages plus intimistes mettant principalement en scène son regretté maître qui lui a tout appris du métier d'avocat. Cela donne lieu a des anecdotes parfois truculentes (il faut voir les relations que le vieux de la vieille entretient avec le Milieu!) et de grandes leçons de sagesse pour son jeune disciple. Cela transpire la filiation et la pédagogie, un bonheur de lecture pour le novice que je suis dans le domaine judiciaire. À travers ses flashback, Badinter nous apprend donc comment il a été formé, pétri par son maître et l'on comprend mieux l'homme qui est devenu par la suite.

Au final, j'ai dévoré ce livre en deux jours! Une merveille de concision, d'écriture limpide et exigeante et un contenu humaniste au possible (ça fait du bien par les temps qui courent!). On ne peux que penser au Journal d'un condamné à mort de Victor Hugo, écrit plus de 150 ans auparavant et auquel ce livre fait irrémédiablement écho. Badinter mènera son combat à son terme quelques années après avoir écrit ce livre. Un petit bijou qui je vous invite à découvrir au plus vite!