samedi 11 juin 2016

"20 + 1 short stories" - Ouvrage collectif

20+1 short stories

L'histoire : Pour fêter les vingt ans de la collection "Terres d'Amérique", voici réunies 21 nouvelles de ses auteurs les plus emblématiques. 21 écrivains qui dessinent un portrait fort et sensible de la littérature nord-américaine d'aujourd'hui, de la sombre tendresse de Sherman Alexie au souffle narratif de Joseph Boyden, la grâce poétique de Charles d'Ambrosio ou la violence émotionnelle de Craig Davidson en passant par le réalisme magique de Louise Erdrich et l'exubérance de Karen Russell. 21 textes qui prouvent définitivement que la nouvelle est loin d'être un genre mineur. Et c'est pour cela qu'il faut la fêter, la célébrer. Qu'il faut encourager les lecteurs à lire des recueils et à découvrir de jeunes auteurs. Car défendre la nouvelle, c'est défendre la littérature.

La critique de Mr K : Ceux qui nous suivent régulièrement savent que nous sommes rarement déçus par la collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel. Entre romans et nouvelles, c'est souvent l'occasion de découvrir une autre Amérique, plus humaine et moins caricaturale que ce que nous sert régulièrement le cinéma hollywoodien, la cohorte de séries qui inondent nos écrans et les écrivains bankable qui pour ma part ne m'ont séduit qu'un temps. Dans ce volume un peu particulier, Francis Geffard (le directeur de cette collection) nous convie à une fête de la littérature et surtout de la nouvelle qu'il défend âprement avec passion depuis maintenant 20 ans. Il convoque pour l'occasion les meilleurs auteurs de son catalogue pour un tour d'horizon aussi riche que passionnant d'une Amérique qui doute, se cherche et se penche sur ses racines. Cerise sur le gâteau, pour l'occasion un inédit se glisse dans ces 21 textes afin de découvrir un auteur prometteur.

Aux USA, la nouvelle n'est pas décriée comme en France, terre de littérature qui a tendance d'ailleurs à se prendre trop au sérieux. Outre-manche, les grands auteurs débutent souvent par des short-stories qu'ils font paraître dans des magazines et des revues universitaires, leur permettant ainsi de se faire un nom, d'obtenir des résidences universitaires et pour certains de percer dans le milieu de l'édition. Cela se traduit par une production de recueils de nouvelles plus importante et de sacrés succès en librairie avec la nécessité pour l'auteur à chaque micro-récit d'allier caractérisation rapide, récit accéléré et recherche de l'efficacité pour ne pas perdre en route un lecteur que l'on doit capter dès les premières pages. À la fin du présent volume, chaque auteur a le droit à sa petite biographie particulière ce qui éclaire le parcours de chacun et donne à voir leurs origines, leurs influences et après lecture de la nouvelle leur style et spécialité. Riche idée qui risque malheureusement de m'appauvrir au niveau du portefeuille tant j'ai rencontré de nouveaux auteurs à approfondir dans de futures lectures.

C'est donc un balayage hétéroclite de l'Amérique qui nous est proposé ici, des entrées multiples dans les mentalités US : les familles et leurs dysfonctionnements (c'est un des thèmes les plus abordés dans ce recueil), l'amitié et l'amour, la notion de foi (et de non-croyance aussi), le progrès et ses limites, la vie citadine et la vie rurale, le retour à la vie normale après un séjour en zone de guerre et toute une série de situations apparemment simples mais qui vont révéler toute la complexité de l'existence humaine. C'est un océan de sentiments, de relations ambiguës qui s'agitent dans ces pages et bouleversent les certitudes que le lecteur se fixe en début de récit. Rien n'est figé et chaque nouvelle apporte son lot de surprise, de retournement de situation et de final alambiqué tout en sachant que le genre reste dans le narratif contemporain, proche du quotidien que chacun de nous peut vivre ou avoir vécu. Décès accidentels et pertes d'êtres chers, paupérisation, rapports tendus au sein des familles, quête d'identité et de son passé, l'amour soumis à la réalité de la vie, instants de fraternisation et d'amitié… autant de moments qui font écho à notre propre vie et l'enrichissent. Belle expérience humaine avec des auteurs qui partagent bien plus que leur œuvre et offrent un beau panel de destins touchants et édifiants.

Je vous mentirai en vous disant que toutes les nouvelles se valent et la subjectivité est exacerbée dans ce genre si particulier. Trois seulement m'ont déçu profondément mais je pense que c'est dû au thème abordé qui ne me touchait pas particulièrement. La majeure partie des récits proposés m'a "chaviré", étonné, questionné et profondément captivé. Chacun je pense y trouvera son compte et passera des moments parfois inoubliables comme avec la nouvelle Les Enfants de Dieu où un homme se voit confier deux handicapés lourdement atteints et qui va devoir affronter les parents indignes qui les rejettent, Pièces détachées où un couple essaie de survivre à l'horrible drame arrivé à leur fille étudiante, l'ensorcelante nouvelle Le Plongeon du guerrier indien où l'on suit le destin d'un amérindien partagé entre deux femmes, ce récit est une valse de l'hésitation d'une grande sensibilité. J'ai aussi adoré la violence à fleur de peau qui habite la nouvelle Un Goût de rouille et d'os et son personnage principal charismatique à souhait (univers autour de la boxe, ça devrait plaire à Nelfe ça !) ou encore le naturalisme puissant de La Femme du chasseur, où quête des grands espaces et amour ne font pas bon ménage. Mais il y a tellement d'autres nouvelles très réussies dans ce recueil que cette chronique n'en finirait pas !

Au final, j'ai dévoré les plus de 600 pages de ce livre (qui ne coûte que 14 euros en broché, on peut souligner l'effort) en quelques jours et l'amoureux de littérature indépendante US que je suis en est sorti ravi. Univers divers, écritures riches et prometteuses, personnages marquants et histoires fascinantes peuplent un ouvrage cohérent et vraiment poignant par moment. Un recueil à lire absolument si vous êtes amateur de nouvelles et de voyages au coeur des USA.

Critiques d'autres ouvrages d'auteurs présents dans ce volume :
- Cataract city de Craig Davidson
- Toute la lumière que nous ne pouvons voir de Anthony Doerr
- Le Pique nique des orphelins de Louise Erdrich
- La Malédiction des colombes de Louise Erdrich
- Love medecine de Louise Erdrich
- Le Paradis des animaux de David James Poissant


dimanche 3 mai 2015

Récidive quand tu nous tiens !

Non! Emaüs n'a pas encore frappé! J'y suis persona non grata jusqu'à au moins juillet pour éviter les craquages intempestifs... Malheureusement, mauvais temps oblige, nous nous sommes retrouvé à errer Nelfe et moi du côté de la zone commerciale du coin ce samedi et patatra! Troc.com est mon bourreau du jour avec un rayon livre très bien achalandé et qui m'a fait craquer... C'est ma faute, ma très grande faute! C'est terrible d'avoir aussi peu de volonté, je ne suis pas pour autant ruiné, n'ayant déboursé que la modeste somme de 12 euros pour cet ensemble. Il y a des passions bien plus onéreuses! 

Roulement de tambour, voici les nouvelles pièces adoptées!

occaz ensemble

 - Pandora d'Anne Rice. Vampire et Rome antique avec cet ouvrage de l'auteur d'Entretien avec un vampire que j'avais adoré lors de ma lecture. Il était temps de replonger dans cette écriture virevoltante et évocatrice à souhait. Bien bien hâte de m'y remettre!

- La Dormeuse en rouge d'Andrea H. Japp. La quatrième de couverture m'a de suite attiré avec cette histoire de tyran domestique faisant vivre un enfer à ses proches et qui risque d'avoir des surprises! L'auteur a très bonne réputation, je vais donc tenter l'aventure!

- Vortex de Clive Cussler. Là, je suis obligé de balancer! C'est Nelfe qui me l'a mis entre les mains, je l'avais zappé dans le rayonnage et elle me l'a montré me confiant qu'il pourrait me plaire. Un aventurier, une antique île engloutie et des navires qui disparaissent... Pas de doute, c'était pour moi! Destinés, on était tous les deux destinés...

occaz terreur

- L'Utopie de Thomas More. Déjà lu dans le cadre de mes études d'Histoire, je ne l'avais pas dans notre bibliothèque. C'est l'occasion de le relire cette fois-ci pour le plaisir et avec mes 16 ans de plus. Je pense que je vais encore plus l'apprécier (et du coup déprimer quand à la conduite de notre monde actuel -sic-).

- Jusqu'à l'aube d'Albrecht Goes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, pour sa dernière nuit, un déserteur allemand condamné à mort va parler avec un pasteur de la vie, de l'amour et de la mort. Je m'attends à un roman profond et puissant, il va être mis dans la colonne des ouvrages prioritaires!

Journal d'un corps de Daniel Pennac. J'adore cet auteur et j'ai eu la chance de tomber sur ce livre de 2012 en édition brochée de chez Gallimard! Il s'agit ici d'un journal intime basé sur le corps de celui qui le tient. Les quelques passages que j'ai pu lire m'ont fait grand effet, pas de possibilité donc de résister!

occaz contemporain

- Le Chateau cannibale de Laurent Genefort. J'aime beaucoup les deux livres que j'ai pu lire de cet auteur qui s'était révélé charmant lors de notre rencontre lors des Utopiales 2014. Il est ici question d'aventure et de fantasy arabesque qui sentent bon la bonne vieille série B littéraire. Un bon divertissement en perspective! 

- Simulacres de Philip K. Dick. Un livre de mon auteur de SF favori que je n'ai pas encore lu! Je n'hésitai pas une seconde pour acquérir cette histoire de monde futuriste en pleine décadence où la réalité et l'illusion se mêlent sans distinction possible. On peut compter sur la logique paranoïaque de K. Dick pour nous livrer un grand moment de littérature! Bien hâte de lire celui-ci aussi!

- Le Pistolero de Stephen King. On peut dire que j'ai écumé le King étant ado et je m'en suis lassé. Bizarrement, je suis toujours passé à côté de son oeuvre plus fantasy. Il était temps de régler ce problème et ce premier volume de la saga mettant en scène Roland Pistolero me tendait ses petites pages... Verdict dans les mois à venir!

- En remorquant Jehovah de James Morrow. Coup de poker de ma sélection, l'histoire est complètement barrée comme je les aime. Dieu est mort et ses anges chargent un capitaine de navire de remorquer son corps de 3 km de long jusqu'en Arctique pour qu'il repose dans un tombeau construit à sa mesure. Mais voila, écologistes, féministes et même le Vatican ne voient pas les choses de la même manière... Étrange, vous avez dit étrange? Wait and see...

- Le Futur a déjà commencé, anthologie. Ce livre est une émanation du festival Étonnant voyageur de Saint Malo (que l'on loupe cette année par manque de préparation! Grrr!), on y retrouve de grands noms de la SF dont Norman Spinrad et Ayerdhal notamment qui à travers des nouvelles de SF qui parlent de nous, du monde autour de nous qui change et qui nous change. Tout un programme!

occaz sf

- T'ien keou de Genfort et Ponzio. Et de deux pour Genefort dans ma sélection avec cette BD de SF aux dessins bien léchés dont l'action se déroule dans un futur lointain où l'homme a débuté son exploration de l'espace. Je ne suis pas forcément fan des éditions Soleil mais la présence de cet auteur de talent au scénario m'a fait franchir le rubicon. Gageons que je ne me sois pas trompé! 

- Wolff et Byrd, avocats du macabre de Batton Lash. Pour les habitués du blog, vous savez que je suis un grand fan de BD d'horreur type 60' et 70' comme les anthologies Creepy, le dessinateur Richard Corben ou encore récemment le recueil consacré à Lovecraft par Horacio lalia. On retrouve dans cette BD le même style de dessin et un postulat plutôt fun: un cabinet d'avocats se spécialise dans la défense de monstres et d'entitées, le ton navigue entre humour et effets macabres. Ca promet!

occaz bd

Voila, voila! Y'a plus qu'à! Ma PAL qui avait quelque peu baissé retrouve son niveau d'il y a un mois. La tentation était trop forte... Reste beaucoup d'heures de plaisir multiforme en perspective qui me font saliver d'avance! Quant à Nelfe, elle est la Raison incarnée puisqu'elle n'a pas craqué du tout cette fois ci. Bravo!

dimanche 12 janvier 2014

Anthologie Creepy, volumes 1 et 2 - Collectif

collage creepy

L'histoire: Le magazine Creepy, créé par Jim Warren au début des années 1960, a révolutionné le monde de la bande dessinée. Servi par une équipe d'artistes exceptionnels dont Frank Frazetta, Gene Colan, Steve Ditko, Wallace Wood, Alex Toth, Neal Adams ou Reed Crandall, il a atteint des sommets artistiques inégalés, redéfinissant les codes de la BD fantastique et d'épouvante.
Pendant plus de vingt ans, aucune autre publication n'est allée aussi loin dans la création et l'exploration d'univers imaginaires. Dans l'esprit des classiques littéraires d'Edgar Allan Poe ou de Bram Stoker, et dans la mouvance des fleurons du cinéma fantastique produits par les studios Universal ou par la Hammer, l'oeuvre des artistes ayant signé les pages de ce magazine culte est restée résolument moderne.

La critique de Mr K: C'est avec une joie sans borne qu'il y a quelques mois j'ai fait la découverte par hasard de la maison d'édition Delirium. Grand amateur des Tales from the crypt en BD et en série télévisée, ils rééditent enfin le magazine Creepy (ou du moins les meilleurs récits) et ce mensuel culte a enfin sa place au rayon des librairies françaises. Je n'en avais pour l'instant qu'un seul exemplaire, acheté en version espagnole il y a déjà un petit bout de temps dans les Asturies lors d'un voyage scolaire au lycée! J'ai donc craqué et acheté les deux premiers volumes sortis en France. De biens beaux objets qui témoignent du soucis de proposer une réédition à la hauteur de la qualité des originaux.

CREEPY dessins 2
(clic sur les planches pour voir en plus grand)

J'adore le genre fantastique et encore plus sous la forme de nouvelles ou d'historiettes en BD. Dans ces deux volumes, on croise nombre de créatures du panthéon classique: vampires, momies, zombies, sorciers vaudous, hommes bêtes de tout poil (héhé!)... Mais c'est ici aussi l'occasion de croiser des êtres humains sans scrupules qui nous jouent là des scènes terribles et quotidiennes: les amants lassés, la quête d'un héritage par tous les moyens, l'appât du gain au détriment de la morale, le culte de l'apparence, l'orgueil mis à l'épreuve et tout un panel de situations types merveilleusement détournées et griffées de la marque de l'oncle Creepy, narrateur régulier des effroyables histoires qui nous sont livrées ici. Les récits et les twist finaux s'enchainent et ne laissent aucun répit au lecteur. On côtoie aussi à l'occasion la SF ou encore le roman noir, montrant par là-même la diversité des inspirations et la grande ouverture d'esprit qui soufflait au sein de la rédaction.

CREEPY dessins

Pour l'aspect visuel, le noir et blanc est ici de rigueur et colle remarquablement aux thèmes abordés. On passe de récit en récit, tout en changeant de scénariste et de dessinateur d'où une impression de voyage et de changement. Bien qu'assez éloignés les uns des autres parfois, les dessinateurs font mouche à chaque fois, suspens et noirceur extrêmes sont au rendez-vous et la mise en image des classiques de Poe et consorts sont à la hauteur des textes originaux. Rajoutez à cela quelques Lugubres légendes de Creepy consacrées aux grands monstres du fantastique mis en image par Frazetta et l'on frôle l'extase!

CREEPY dessins vo
(ici en VO)

En plus des récits compilés, des pages supplémentaires sont consacrées à l'histoire du magazine, aux auteurs et dessinateurs, les tensions et pressions autour de la parution d'une revue ne faisant pas l'unanimité. Autre temps, autres mœurs... Le tout est remarquablement documenté et agencé. Cela permet une douce plongée dans les arrières cuisines de l'édition et de la création de l'époque. Tout ne se fit pas sans heurts mais le résultat est là et intemporel. Aujourd'hui, de jeunes passionnés pourront se plonger avec délice dans ces histoires qui ont traversé les décennies mais n'ont pas du tout pris de rides.

Une bien belle lecture que tous les amateurs du genre se doivent d'avoir effectuée. Vous voilà prévenus!

jeudi 5 décembre 2013

"Vies tranchées: Les soldats fous de la Grande Guerre" - Oeuvres collective

couv vies_trancjees

L'histoire: La guerre est-elle cause de folie chez les soldats? Qui aujourd'hui ne répondrait pas oui à cette question? Mais lors de la Première Guerre mondiale, il en allait tout autrement.

Grâce à des documents d'époque inédits, redécouverts à Ville-Évrard par Hubert Bieser (historien en santé mentale), Vies tranchées retrace le parcours d'une quinzaine d'hommes, oscillant entre champs de bataille et asile psychiatrique. Dans ces pages d'un réalisme saisissant, vous vivrez les cauchemars de Jean Marie G., les hallucinations de Baptistin B., la dépression et la mutilation de Gabriel C., ou encore l'étrange destin de Louis N. que l'on hospitalise pour confusion mentale, et que l'on finit par condamner comme anarchiste...

Enfin se lèvela chape de plomb qui s'est abattue, durant leur vie et bien au-delà, sur ces victimes méconnues.

La critique de Mr K: Voici un ouvrage très précieux pour la mémoire collective. On a beaucoup parlé de la Grande Guerre en focalisant sur les tenants et les aboutissants, sur la guerre de tranchées en elle-même, sur les généraux qui l'ont mené et qui ont donné leurs noms à nombre de rues de nos villes. Mais jusqu'à maintenant, jamais on avait traité le cas des soldats que la guerre a fait basculer dans la folie et la psychose. Certes, on avait pu les apercevoir dans certaines œuvres comme l'excellent Croix de bois de Roland Dorgelès ou encore le classique de Kubrick Les sentiers de la Gloire (et encore, là les allusions sont très légères). Mais jamais finalement, un ouvrage n'avait été consacré à ces hommes revenus fous du front. C'est aujourd'hui chose faite depuis fin 2010 avec la parution de cette BD chez Delcourt, fruit du travail acharné d'Hubert Bieser (historien) et de sa collaboration avec une pléthore de dessinateurs et scénaristes. Désolé, ce serait trop long de tous les citer!

Le principe de cet ouvrage est très simple. A travers de micro-récits, on suit le parcours d'une quinzaine de soldats traumatisés par la guerre. A chaque fois ou presque, le dessinateur change, ce qui donne une certaine variété dans l'esthétique de cette BD. Le fil conducteur reste le même mais l'évocation de l'horreur de la guerre suit la sensibilité des différents artistes qui se succèdent tout au long des pages. S'intercale entre ces cas particuliers, un récit concernant l'histoire de l'asile qui permet de se faire une idée plus précise des conditions de placements des aliénés et l'idéologie dominante de l'époque en matière de psychiatrie. Très vite, on se rend compte qu'une grande suspicion entoure ces malades d'un genre nouveau que l'on prend bien souvent pour des simulateurs qui cherchent à déserter.

vies_tranchees_3

(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

La plupart des cas évoqués dans ces pages sont des hommes simples, issus de milieux modestes, cela rend d'autant plus ces récits poignants tant il semble que l'innocence semble profanée. Partis la fleur au fusil, ils reviennent choqués et à jamais transfigurés du front. Le vacarme assourdissant des obus, les cadavres pourrissants de leurs copains à leurs pieds, les épidémies et les infections, les mutilations, le froid, la faim... de ce chaos indescriptible (ou presque...) nait la folie et le dégoût. Arrivés à l'hôpital psychiatrique commence la lente reconstruction (si elle est encore possible) et la confrontation avec des administratifs bien souvent septiques et incompétents, qui ne mesurent aucunement le degré d'horreur et d'épouvante que pouvait atteindre l'existence du poilu, dans cette guerre d'un genre nouveau s'apparentant à une boucherie sans précédent en matière historique.

vies_tranchees_1

(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Cela donne une oeuvre âpre, uniquement basée sur le témoignage et la vérité. Les images et les mots cinglent le lecteur comme autant de coups de fouets qui transpercent l'âme tant le voyage est éprouvant. La mort côtoie bien souvent la folie, et ses êtres semblent errer dans les limbes d'un inconscient peuplé de monstres et d'images indélébiles. Incapables bien souvent d'expliquer leur glissement dans la folie, réduits à l'état de loque humaine, ces êtres n'ont plus d'humains que leur nature physique tant leur esprit est irrémédiablement marqué au fer rouge de la violence et de l'absurdité. Je dois avouer que je suis ressorti tout chamboulé de cette lecture, étant moi-même féru de cette guerre méconnue et devant chaque année transmettre un petit bout d'histoire aux jeunes pousses qui me sont confiées.

Très belle découverte donc pour moi, à la fois dure et nécessaire, une pierre angulaire en tout cas dans le devoir de mémoire qui doit être consacré à cette période sombre de notre Histoire commune.

Posté par Mr K à 19:01 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,