jeudi 25 juillet 2013

"La petite fille de Monsieur Linh" de Philippe Claudel

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L'histoire: C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qui s'appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort. Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l'horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.

La critique de Mr K: Retour vers un auteur qui m'avait profondément marqué avec son ouvrage «J'abandonne» que j'ai lu il y a plus de dix ans. J'avais pleuré comme jamais, saisi que j'avais été par une émotion intense d'une pureté sans faille. Par peur de laisser s'échapper toutes les larmes de mon corps mais aussi par omission, je n'avais jamais re-pratiquer Claudel jusqu'ici. Le mal est réparé et je nourris quelques regrets d'avoir reporté cet acte tant cet ouvrage confirme tout le bien que je pense de cet auteur.

On suit ici les pérégrination d'un vieillard, Mr Linh, qui a du quitter précipitamment son pays d'origine à cause d'une guerre qui ne dit pas son nom. Il a sous sa protection sa petite fille qui semble être la seule rescapée de la famille. Après une brève première partie mettant en scène son départ pour l'exil, nous accompagnons Mr Linh dans ses premiers pas sur une terre inconnue: le premier contact avec le foyer pour réfugié, ses diverses attentions envers sa petite-fille, les rencontres qu'il va faire lors de ses premières promenades dans le monde extérieur... Peu à peu, une ambiance pesante s'impose et le lecteur sent bien que tout ceci cache quelque chose.

J'ai adoré ce petit livre de 184 pages que j'ai lu en deux heures tant j'ai été happé par l'histoire et le style. Le thème du déracinement en lui même est passionnant, il est ici remarquablement traité. J'ai retrouvé le style d'écriture simple et abordable d'Albert Camus dans «L'Étranger» avec l'ultra-sensibilité en plus. Le vieil homme porte ici toute la souffrance des réfugiés du monde et Philippe Claudel par quelques lignes bien senties mais toujours très pudiques nous explique en restant délibérément vague les circonstances qui ont provoqué la fuite du vieil homme. Les rapports avec sa petite fille sont emprunts d'émotion, de finesse et j'ai eu l'œil humide plus d'une fois, ce qui m'arrive très rarement lors de mes lectures... Quant au switch final, j'en suis resté sans voix. L'ensemble est porté par un souffle universaliste qui force la réflexion et permet au lecteur de relativiser sur sa situation et son avenir. 

Pas besoin d'en dire plus, ce livre est un must dans son genre. Emprunt d'une poésie rare, d'une humanité touchante au possible, ce roman est à lire absolument tant il est bouleversant, marquant l'esprit du lecteur longtemps après sa lecture. À lire!

Posté par Mr K à 17:38 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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vendredi 10 septembre 2010

"Les âmes grises" de Philippe Claudel

philippe_claudel_les_ames_grisesL'histoire: Elle ressemblait ainsi à une très jeune princesse de conte, aux lèvres bleuies et aux paupières blanches. Ses cheveux se mêlaient aux herbes roussies par les matins de gel et ses petites mains s'étaient fermées sur du vide. Il faisait si froid ce jour-là que les moustaches de tous se couvraient de neige à mesure qu'ils soufflaient l'air comme des taureaux. On battait la semelle pour faire revenir le sang dans les pieds. Dans le ciel, des oies balourdes traçaient des cercles. Elles semblaient avoir perdu leur route. Le soleil se tassait dans son manteau de brouillard qui peinait à s'effilocher. On n'entendait rien. Même les canons semblaient avoir gelé.
"C'est peut être enfin la paix... hasarda Grosspeil"
- La paix mon os!" lui lança son collègue qui rabattit la laine trempée sur le corps de la fillette.

La critique Nelfesque: Wahou! Quelle lecture! Je ne connaissais Philippe Claudel que de nom, sans avoir jamais lu un seul de ses livres. Que de temps perdu me dis-je après avoir refermé celui-ci.

Une écriture simple mais tellement belle, tout en finesse et en poésie. Des phrases courtes, visant le coeur du lecture. Je ne suis pas une sentimentale et ce livre m'a mis les larmes aux yeux. Bravo pour l'exploit! J'ai lu les 10 dernières lignes en les vivant et la dernière m'a achevée. Autant vous prévenir qu'il vaut mieux être en forme pour lire ce livre. Si vous vous sentez déprimés ou si vous êtes dépressifs, remettez le à plus tard. Il en va de votre santé mentale!

Le narrateur est le policier chargé de l'Affaire, celle du meurtre de la fille cadette du propriétaire du restaurant du village. L'histoire se passe en pleine Première Guerre Mondiale, à quelques kilomètres du front. Qui a tué Belle? Voici le fond de l'histoire. Toutefois ce meurtre est "prétexte" à dépeindre une ambiance, une époque, celle d'une période difficile de l'Histoire, à présenter des personnages tous plus touchants les uns que les autres, du Procureur qui a perdu sa femme il y a plusieurs dizaines d'années, à l'institutrice, étrangère au village mais qui est tellement aimée ici, en passant par l'idiot du village qui a une tendresse particulière pour cette dernière. Le narrateur, qui tient à bout de bras la trame de l'histoire, n'est pas en reste avec un vécu touchant et un "combat ordinaire" des plus poignants. Avec lui, nous abordons les questions de la mort, de l'honnêteté, de la souffrance, de l'illusion, de l'injustice, de tout ce qui fait la vie de chacun, avec pudeur et simplicité. Des réflexions d'une telle évidence que nous ne pouvons qu'adhérer et nous interroger sur le sens même de notre vie.

Au final savoir qui a tué Belle passe au second plan et quand la révélation arrive on se surprend à avoir oublié l'enquête, tellement happés que nous étions par les histoires personnelles de chacun et par leurs souffrances. Le verdict nous cueille et nous laisse coi. On ne s'y attendait pas à celle ci!

Je ne saurais que conseiller la lecture de ce livre. "Les âmes grises"  est une merveille. Beau, émouvant et tellement vrai. Des romans comme celui-ci, des auteurs d'un tel talent, j'aimerai en croiser plus souvent.

Posté par Nelfe à 17:36 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
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