mercredi 7 octobre 2015

"Vers l'autre rive" de Kiyoshi Kurosawa

Vers l'autre rive afficheL'histoire : Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu'il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s'est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort. Pourquoi être revenu ?

La critique Nelfesque : Les films asiatiques, c'est clairement LE truc de Mr K. Je l'ai suivi ici par curiosité et parce que "Vers l'autre rive" s'est vu décerner le Prix de la mise en scène Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes. Depuis qu'il lit de la littérature japonaise entre autres, il aime l'ambiance qui se dégage des oeuvres nippones en général. Je le laisserai développer cela dans sa critique qui suit. C'est moins mon truc mais à l'occasion je veux bien me laisser tenter. Ensemble par contre, nous partageons la fascination pour les films de genre, et les productions asiatiques en particulier, pour la nourriture asiatique et les voyages sur ce beau continent.

Mais revenons-en au film... "Vers l'autre rive" est un film contemplatif avec tout ce que cela comporte comme qualités et comme défauts. De magnifiques plans emplis de poésie (la scène des fleurs découpées sur le mur de la chambre est vraiment superbe) et des silences lourds de sens (la scène de la jeune fille au piano) mais aussi des longueurs, des longueurs, des longueurs et des longueurs... En sortant de la salle, j'ai caustiquement signifié à Mr K qu'à ma prochaine insomnie je me materai un film japonais, ça sera plus efficace que Chasse et Pêche... Désolée pour les amoureux du genre mais j'ai baillé à m'en décrocher la mâchoire. D'un peu plus et je me serai endormie. Plus sopo, tu fais pas !

Cela aurait été dommage toutefois car l'histoire en elle-même est très belle. Mizuki est veuve depuis 3 ans et n'arrive pas à faire son deuil. Un soir, alors qu'elle prépare des mochis (quand je vous disais qu'on adorait la nourriture asiatique...), Yusuke fait son apparition dans la cuisine et lui propose de le suivre pour faire un étrange voyage. Ils vont alors sillonner le Japon et se rendre auprès de personnes que Yusuke a fréquenté durant ces 3 dernières années d'errance. Des vivants, des morts, des personnes en souffrance... J'ai particulièrement aimé l'histoire de ce vieux distributeur de journaux indépendant et la façon dont Kurosawa l'a porté à l'écran. Rien que pour cette partie du film, je suis tout de même contente de m'être déplacée en salle. C'est très beau, c'est touchant, c'est introspectif, c'est poétique, c'est japonais.

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Mais les réactions et façons d'appréhender les choses des nippons est tellement loin de nos codes occidentaux que j'ai personnellement beaucoup de mal à m'identifier aux personnages, à être profondément émue et finalement à être touchée. Je contemple alors le film, passivement, j'observe plus que je ne vois... C'est une sensation étrange. Je voudrais me téléporter dans l'écran et secouer les personnages, leur dire de crier, de pleurer, de s'exprimer, de sauter en l'air, de dire "merde" et d'arrêter de regarder le sol timidement quand on leur fait des compliments !

Pour conclure, avant de laisser la place à Mr K qui a été plus enjoué que moi, j'ai passé un moment agréable avec "Vers l'autre rive". Sans plus. Une petite parenthèse dont j'aurais pu me passer mais qui ne m'a pas totalement déplue. Un petit flottement donc... Et une irrépressible envie de manger asiat' en sortant !

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La critique de Mr K : 4,5/6. Prix de la mise en scène de la sélection Un certain regard de l'édition 2015 du festival de Cannes, j'attendais avec impatience depuis quelques mois la sortie de ce métrage. Je suis de manière général fasciné par cette terre de contraste que se révèle être le Japon. J'aime beaucoup la littérature nippone et le cinéma venant de cet archipel avec une préférence pour les films de genre - je ne me suis toujours pas remis du choc de The Ring, bientôt la critique littéraire d'ailleurs sur ce blog ayant lu l’œuvre originel il y a peu - mais aussi les drames intimistes comme Still the water, mon gros coup de cœur de l'année dernière. J'avais raté en son temps le film Real du même réalisateur qu'il faut d'ailleurs que je regarde dans les semaines à venir. Qu'en est-il de cette histoire étrange de revenant?

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Une professeur particulier de piano vit seule dans la mégalopole japonaise. Sa vie est bien réglée et monotone depuis la disparition de son mari. Un jour, il n'est jamais revenu d'un séjour en mer et elle doit vivre avec ses souvenirs. Cependant, un soir il est là et bien là! Il lui annonce tout de go qu'il est mort et qu'il vient prendre de ses nouvelles. Très vite, il va l'entraîner dans un voyage quasi initiatique à la rencontre de personnes qu'il a autrefois connu et qui l'ont aidé. Il veut leur rendre la pareille et compte sur sa douce épouse pour réussir cette entreprise. Commence alors un parcours initiatique et hypnotique, métaphore du temps qui passe, des sentiments qui perdurent et de la nécessité de faire son deuil.

Passez votre chemin si la lenteur au cinéma vous rebute. Clairement, le rythme est langoureux de chez langoureux avec une action limitée, des personnages très calmes, à la limite de la neurasthénie dirait Nelfe. On avance lentement, très lentement et il ne se passe pas grand-chose avouons-le. L'intérêt porte surtout sur les personnages et notamment leur part d'ombre. Le personnage du mort est ainsi très complexe et le voile se lève sur une personnalité torturée de son vivant. D'ailleurs sa femme en découvre autant que nous sur son mari qu'elle croyait pourtant bien connaître et qu'elle continue d'aimer par dessus tout. Le couple crève l'écran je trouve grâce au charisme terrible qui se dégage des deux acteurs qui irradient la toile de leur présence. Le non-dit est ici très explicite et mène le récit!

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Étrange balade vraiment que ce film entre paysages urbains grisonnants, villes moyennes de la banlieue et campagne profonde. De manière générale, les paysages ne sont pas vraiment beaux mais certains plans et passages sont tout bonnement magnifiques. J'ai particulièrement apprécié le passages chez le vieil homme, un distributeur indépendant de journaux qui découpe des fleurs dans les publicités pour en couvrir les murs de sa chambre ou encore le passage au piano dans le restaurant. On a alors le cœur au bord des lèvres, le temps suspend son vol et on touche au sublime, surtout que la réalisation est tout bonnement parfaite.

Pour autant, je ne crierai pas au génie pour la simple et bonne raison que je pensais vraiment ressortir lessivé et touché en plein cœur par ce film. Bien que poignant par moment, j'ai trouvé qu'il ratait un peu sa cible, la faute sans doute à des zones d'ombres dans la caractérisation des personnages (notamment l'héroïne) qui empêche l'empathie d'envahir totalement le spectateur. Reste cependant une expérience nippone fort plaisante et qui plaira à tous les amateurs du genre.


samedi 29 novembre 2014

"A girl at my door" de July Jung

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L'histoire: Young-Nam, jeune commissaire de Séoul, est mutée d'office dans un village de Corée. Elle se retrouve confrontée au monde rural avec ses habitudes, ses préjugés et ses secrets. Elle croise une jeune fille, Dohee dont le comportement singulier et solitaire l'intrigue. Une nuit, celle-ci se réfugie chez elle…

La critique de Mr K: 5/6. Une fois n'est pas coutume c'est seul que je me bougeais pour voir ce métrage, Nelfe n'étant pas du tout tentée par ce film. C'est donc dans une salle obscure très clairsemée (environ une dizaine de personnes) que j'allais voir ce A girl at my door, premier film d'une réalisatrice d'origine coréenne July Jung, une œuvre singulière et poignante au possible malgré quelques légères scories.

Young-Nam, jeune policière a été mutée dans un village côtier loin de la grande ville. C'est une sorte de punition suite à un comportement dit "inapproprié" dans la société de Corée du sud notamment quand on est fonctionnaire. Refermée sur elle-même, traînant sa tristesse et sa mélancolie, le comportement d'une adolescente du crû -Dohee- l'interpelle. Esseulée, harcelée par les jeunes du village, elle est aussi victime de violences répétées de la part de son père et de sa mère. Un soir, la petite vient toquer à sa porte, Young-Nam l'accueille pensant remplir son devoir. Sa position va en être fragilisée dans cette communauté rurale où ragots et vieilles habitudes sont tenaces...

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L'immersion est immédiate et totale. Peu ou pas d'images de la ville mais seulement un climax poisseux autour de la petite communauté campagnarde. Très vite, les lieux et figures locales sont plantés: le port dont dépend l'essentiel de l'économie, les femmes qui parlent en faisant des travaux subalternes, le père de Dohee -Yong-Ha- (seul jeune resté sur place quand les autres ont rejoint la Capitale) qui emploie nombre de personnes et fait survivre la bourgade, la police locale qui gère au mieux entre menace et petits arrangements avec la loi... En filigrane, cette société repliée sur elle-même est mère de tous les vices avec notamment l'alcool, la violence, l'exploitation de l'être humain, le sexisme et l'homophobie. Peu engageant je vous l'accorde pour une jeune policière perdue qui se retrouve nommée chef des forces de l'ordre locales.

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Dès son installation, la suspicion est de mise face à cette jeune femme effacée et peu causante. Très vite, l'hostilité grandit face à celle qui menace le fonctionnement local et s'en prend à Yong Ha. Admiré (et craint?) par tous, c'est l'icône du village qui est ici attaquée. Tout le monde ferme les yeux face à ces débordements verbaux liés à l'alcool, sa violence extrême envers ses employés clandestins et sa propre fille. Young-Nam va tenir sa route malgré tout, seule et droite et va finir par accueillir Dohee chez elle. Une relation étrange et touchante va se créer entre ces deux âmes abîmées. Malheureusement, la jalousie et la cruauté vont les rattraper, la seconde partie du film s'apparente alors clairement à un drame, à un véritable chemin de croix.

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La grande réussite de ce film réside dans les deux héroïnes du film qui sont traitées avec une finesse inégalable. Les apparences sont bien trompeuses et sous le vernis de la policière intègre et de la jeune fille martyre se cachent une complexité de situations de vie et de sentiments. Il faut donc bien deux heures de métrage pour lever le voile entre pudeur typiquement asiatique et ficelles plus classiques de film policier. Cette relation unique est filée avec maestria et on est emporté par un souffle intimiste d'une rare beauté. Certains passages vous mettrons la larme à l'œil et on ne ressort pas indemne de cette séance. Mention spéciale donc aux deux actrices principale avec une tendresse toute particulière pour Doona Bae déjà vue et appréciée dans l'excellent Cloud Atlas.

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La tension est palpable durant tout le film mettant le spectateur de plus en plus mal à l'aise avec des scènes chocs qui retourne l'estomac (violences envers Dohee filmée de façon brute mais jamais complaisante, l'évocation du travail clandestin et la manière dont les traite Yong-Ha) et l'incompréhension qui règne entre la jeune policière et les habitants frustres déconnectés du monde moderne et de l'évolution des mœurs. C'est filmé avec justesse avec parfois des moments d'une grande beauté notamment la scène où l'adolescente s'entraine à danser sur la jetée du port. La BO est elle aussi à l'image du film discrète et efficace, elle souligne à merveille l'évolution de l'histoire.

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Seul bémol qui me conduit à ne mettre qu'un 5/6 à ce film est le personnage de Yong Ha que j'ai trouvé vraiment poussé à la limite du crédible. On adore le haïr, le détester mais c'est parfois trop. Caricatural, manquant donc d'épaisseur, il alourdit le propos. La fin s'oriente alors vers un règlement de compte certes mérité mais pas forcément moral où les méchants se doivent d'être châtier sévèrement. Il entache quelques peu la petite leçon de vie et de tolérance que représente ce métrage. Pour autant, la toute fin même si elle est attendue ne gâche pas le plaisir et A girl at my door reste un excellent film.

De l'émotion, un mélange de calme asiatique et de violence quotidienne qui explose en plein visage, voilà un film qui détonne et impressionne. À voir absolument pour tous les amateurs du genre!

vendredi 17 octobre 2014

"Still the water" de Naomi Kawase

affiche-still-the-waterL'histoire: Sur l'île d'Amami, les habitants vivent en harmonie avec la nature, ils pensent qu'un dieu habite chaque arbre, chaque pierre et chaque plante. Un soir d'été, Kaito, découvre le corps d'un homme flottant dans la mer, sa jeune amie Kyoko va l'aider à percer ce mystère. Ensemble, ils apprennent à devenir adulte et découvrent les cycles de la vie, de la mort et de l'amour...

La critique Nelfesque: Vous avez bien lu le synopsis du film là juste au dessus ? Bon ben oubliez l'intrigue de l'homme mort dans la mer, sérieusement, ça n'a pas vraiment d'importance ici. Ce sont les premières images du film mais ne vous attendez pas à un thriller ou un polar au rythme endiablé. Vous risquez d'être déçu. D'ailleurs si vous avez bien regardé la bande annonce avant de vous rendre en salle, normalement, il ne devrait pas y avoir de méprise...

"Still the water" a été présenté à Cannes cette année dans la sélection officielle. L'affiche est sublime, la bande annonce aussi. La BO, n'en parlons pas. Il se dégage de l'ensemble une force déjà palpable. "Still the water" est un film contemplatif. C'est japonais et ça ne plaira pas à tout le monde. Parfois, j'ai un peu de mal avec certains aspects du cinéma nippon, la lenteur notamment mais souvent la beauté des images l'éclipse (ou la sublime, diront les amateurs). 

On entend beaucoup parler de ce film en ce moment, on lit ça et là qu'il est sublime, touché par la grâce, que c'est un chef d'oeuvre. Je n'irai pas jusque là. Mr K tend à le penser mais de mon côté, je suis plus nuancée.

Still the water

Les plus belles images sont dans la bande annonce. Je m'attendais à un festival de poésie visuelle et finalement je n'ai pas réussi à rentrer totalement dedans, certains plans ne m'ayant pas touchée ou n'ayant peut être tout simplement pas compris la symbolique de certains d'entre eux. Ce qui m'a beaucoup plu en revanche, c'est la philosophie de vie des personnages, surtout celle des adultes. Sur l'île d'Amami, il y fait bon vivre et les évènements se déroulent tels qu'ils doivent se dérouler. La naissance, l'amour, la mort, chacun s'attend à les vivre un jour et accepte les choses telles qu'elles arrivent. Ce qui n'est pas le cas de Kaito et Kyoko, jeunes adolescents en pleine période d'apprentissage de la vie. Cet aspect là du film m'a vraiment séduite. La jeune Jun Yoshinaga, actrice talentueuse et magnifique est sublime ici et son jeu va droit au coeur. Ecouter les personnages faire leurs longues tirades sur la vie a quelque chose de reposant et quand la lumière se rallume, le silence règne encore dans la salle.

Les spectateurs, comme envoûtés, ne quitteront leurs sièges qu'à la toute fin du générique. C'est une habitude chez nous mais c'est la première fois que je vois une telle communion dans une même salle obscure. Personne ne s'est levé avant la dernière note, avant le dernier mot. Un film à voir tant il est peu commun et laisse une sensation de plénitude au spectateur qui veut bien se laisser charmer.

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La critique de Mr K: 6/6. Décidément 2014 est un grand crû en terme de films, Still the water a pris dans mon cœur la palme d'or de mon année cinématographique détenue jusqu'à il y a peu par Under the skin et / ou Zero Theorem. Je suis sorti époustouflé, soufflé, ému comme jamais de ce film aussi beau esthétiquement que dans son propos. Une grande claque salvatrice dans ce monde de l'immédiateté et de la superficialité.

Naomi Kawase, dont c'est le premier film que je vois (et ce ne sera pas le dernier), nous invite à suivre les destins de deux adolescents japonais habitant sur l'île d'Amami-Ōshima, monde replié sur lui-même, vivant dans un microcosme culturel particulier où notamment chants et danses traditionnels se mêlent à la vie de tous les jours. Un matin, un cadavre est repêché sur la plage et Kyoko et Kaito, deux amis très proches au bord de vivre une belle histoire d'amour réagissent très différemment. Kaito semble se refermer comme une huître alors que Kyoko doit faire face au décès prochain de sa maman très malade. Le titre du film en japonais signifie "deux fenêtres", ce qu'il est vraiment avec les deux points de vue adoptés qui vont finir par se rejoindre dans une apothéose finale d'une rare intensité.

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Ce film est parmi les plus beaux que j'ai jamais vu sur le thème de l'adolescence, cet âge dominé par l'Éros et le Thanatos, pulsions d'amour et de mort tour à tour vécues par Kyoko et Kaito. Ce temps des hésitations, des incompréhensions, des voies de garages, des retours en arrière est remarquablement construit et décrit dans ce film où la légèreté et la finesse ne trahissent jamais le propos. Cet âge est rude, handicapant et terrifiant à vivre pour de nombreux ados. Les deux familles qui nous sont présentées sont un miroir très fidèle à la réalité, il en transpire un profond humanisme et des situations parfois désespérées. Comment ne pas être touché par la lente agonie de la mère de Kyoko et le courage dont fait preuve son mari et sa fille lors d'une dernière cérémonie des plus décalées pour des occidentaux comme nous? Et ce jeune garçon qui n'accepte pas la séparation de ses parents et ne comprend pas pourquoi sa mère voit d'autres hommes que son père désormais parti exercé son métier à Tokyo? Images crues (les sacrifices de chèvres, plus vrais que nature évoquant la mort), réactions à fleur de peau (la révolte violente de Kaito face à sa mère), moments de détentes avec un vrai ami, les conseils et visions ancestrales transmis par le grand-père qui attend la fin de sa vie... autant de petites touches mises bout à bout qui conjuguent au sublime et à la beauté.

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Les deux personnages principaux rayonnent de présence avec deux beautés adolescentes faites pour être ensemble mais que les difficultés de la vie testent et éprouvent. Ils jouent merveilleusement bien et malgré l'extrême lenteur parfois de leurs réactions (ben c'est japonais tout de même!), il ressort une profondeur sans faille de cette relation complexe et puissante. Captivé, intrigué, on ne peut qu'espérer un dénouement heureux mais dieu que la cinéaste nous égare en chemin! Kyoko et Kaito m'ont vraiment touché au plus haut point et leur histoire dépasse pour le coup le cadre purement asiatique, chacun repensant à ses expériences passées pourra y prendre quelques morceaux d'histoire et y coller la sienne. Pour transcender ce couple, tous les autres personnages sont des merveilles d'interprétation et de justesse avec une mention spéciale pour les parents et le grand père légèrement espiègle, figure quasi incontournable du cinéma japonais. Je retiendrai beaucoup de scènes de ce film, tout particulièrement la scène d'enlacement familial devant la maison où seul ne père n'a pas la possibilité de poser la tête sur un des siens, ou encore la balade romantique en vélo au bord de l'eau, les scènes de typhons sont aussi très réussies, le plan sur les mains de la maman lors de son agonie... sans compter les cinq dernières minutes qui m'ont arraché je l'avoue quelques larmes d'émerveillement!

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La nature est omniprésente dans ce film, elle ne fait qu'un avec l'histoire soulignant les différentes phases du récit. Images hypnotiques de vagues venant se casser sur le rivage, la douceur puis la violence du vent dans la végétation, l'arbre totem devant la maison de Kyoko, la végétation luxuriante sur les bords de la route côtière... La nature nous accepte en son sein et non l'inverse, rien ne sert de lui résister dit un personnage au cours d'une scène clef où Kaito pense avoir perdu sa mère à tout jamais. Ce film est perlé de références à la philosophie zen, contemplative et pour mieux accentuer ces lignes de force, Naomi Kawase nous sert une œuvre d'une grande douceur et d'une beauté extrême. Certains vous diront que c'est trop, je vous dirais que je n'ai pas vu les deux heures passées et que ça aurait pu durer encore plus longtemps tant je ne me suis pas ennuyé. On passe un moment d'une grande liberté, d'une grande zénitude finalement sans pour autant que le cerveau tourne à vide. Au contraire, le moindre cadrage, la moindre réaction, la moindre péripétie nous interroge si tant soit peu qu'on se laisse guider sans résistance en relâchant nos barrières culturelles et en se laissant aller au gré de ce rythme lancinant qui emporte tout avec lui.

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Rien que d'en parler me donne envie d'y retourner! M'est avis que j'en ferai l'acquisition dès qu'il sera disponible en DVD. Malheureusement, je ne retrouverai qu'une once de la puissance évocatrice et de la beauté de cette expérience vraiment géniale au cinéma. Ça va être dur de faire mieux au cinéma cette année pour moi!

lundi 3 février 2014

"Le vent se lève" d'Hayao Miyazaki

Affiche-Le-vent-se-lèveL'histoire: Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa mauvaise vue l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde.
Le Vent se lève raconte une grande partie de sa vie et dépeint les événements historiques clés qui ont profondément influencé le cours de son existence, dont le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon. Jiro connaîtra l’amour avec Nahoko et l’amitié avec son collègue Honjo. Inventeur extraordinaire, il fera entrer l’aviation dans une ère nouvelle.

La critique Nelfesque: "Le Vent se lève" signe la prise de retraite de Miyazaki et, en bons adeptes de ses films d'animation, nous voulions absolument voir ce dernier au cinéma. Après avoir rêvé sur "Mon Voisin Totoro", "Le Château dans le ciel", "Nausicäa de la vallée du vent" et autres "Voyage de Chihiro", nous étions tristes à l'idée de ne plus voir de Miyazaki sur grand écran...

Vous verrez par la suite que Mr K et moi, comme ça arrive parfois, n'avons pas du tout le même ressenti sur ce film ci. Je vous laisserai découvrir le sien par la suite mais en ce qui me concerne, celui ci se résumerait aisément en une onomatopée: ZzzzzZZZZzzz!

Sérieusement, je me suis levée un dimanche matin pour aller voir "Le Vent se lève" et j'ai bien cru m'endormir dans mon siège. Surtout lors du dernier tiers. Il faut dire aussi qu'un film d'animation sur les avions qui durent plus de 2 heures, c'est dur!

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"Mais ça tu aurais pu le savoir en regardant la bande annonce!" me diriez-vous. Et bien oui et non. Bien sûr je savais qu'il était beaucoup question d'aéronautique mais j'attendais le côté féérique, la part de folie poétique, présente dans chaque film de Miyazaki. Et là... Ben je l'attends toujours...

Alors oui, c'est beau. Les dessins sont superbes, notamment ceux du tremblement de terre et dans la nature mais bon sorti de là je crois que je peux annoncer que je me suis bien fait suer. Et ça me fait mal de le dire. C'est mou, il ne se passe rien. Le fond historique est bien présent et en même temps pas assez développé. Les évènements sont tout juste effleurés et les néophytes en histoire contemporaine japonaise sont largués au bord du chemin.

L'histoire d'amour, quant à elle, est mignonette mais bon dieu, passez la seconde à un moment donné!!! J'ai commencé à regarder ma montre, j'ai baillé, j'ai les yeux qui ont tourné, j'ai lutté... et j'ai retrouvé un Mr K tout ému et charmé par la fin du film là où moi je n'avais qu'une hâte: aller déjeuner pour me réveiller! Pour le coup, on était pas sur la même longueur d'onde.

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La critique de Mr K: 4/6. Dernière sortie Miyazaki dans les salles obscures avec Le vent se lève, présenté comme l'ultime travail du maître de l'animation japonaise. Je suis un grand amateur malgré mon peu de goût pour le manga de manière générale. Miyazaki est pour moi avant tout un artiste au sens noble du terme, entre peintre et poète, qui m'a bouleversé à de nombreuses reprises comme avec Mon voisin Totoro, Nausicaa et la vallée du vent, Le château ambulant ou encore Princesse Mononoké. Jusque là, je n'ai jamais été déçu... il faut tout de même avouer que Le vent se lève malgré de belles fulgurances me semble être le plus faible de ses longs métrages.

Peu ou pas de fantaisie dans ce métrage qui s'attache à suivre la vie d'un concepteur d'avion japonais Jiro Horikoshi. Depuis ses rêves de gosse (de très beaux moments bien barrés dont seul Miyazaki a le secret) aux années de tourmentes, nous suivons un être uniquement guidé par son goût pour les belles machineries volantes de l'époque. En filigrane, nous suivons aussi l'idylle qui nait entre Jiro et une jeune fille rencontrée par hasard dans un train et qui deviendra par la suite son unique grand amour.

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On assiste à de très beaux moments dans ce métrage. Le passage sur le tremblement de terre est très bien rendu et de manière générale, l'histoire du Japon est bien relatée mais jamais vraiment directement. C'est à la fois intéressant et frustrant. Pour quelqu'un qui découvre les événements cela peut suffire mais je dois avouer que Miyazaki nous promène dans le pays des bisounours et comment croire une seconde que tous ces admirables ingénieurs japonais aient pu ignorer le but de leurs recherches et développements. Pour moi ça coince et c'est ce qui fait baisser la note. Quid de l'alliance Japon-Allemagne nazie? Quid de l'utilisation par les kamikazes japonais des fameux Zéros conçus par le héros?

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Restent de beaux moment oniriques où Jiro rencontre son idole italien, de beaux moments de romance à l'eau de rose dont les japonais ont le secret (superbe passage avec les avions de papier), les dessins sont vraiment magnifiques et l'animation à la hauteur de l'histoire. Au final, ce Miyazaki peine à décoller (sic) de la réalité qu'il décrit mais ce qui nous est montré est tout de même bien au dessus des productions courantes. Dans la bouche, un sentiment d'inachevé et le regret de ne plus avoir l'occasion de découvrir de nouveaux films du maître. Salut l'artiste!

jeudi 8 mars 2012

"Sparrow" de Johnnie To

sparrow-affiche1L'histoire: Kei, le meilleur pickpocket de Hong Kong et ses amis Sak, Mac et Bo mènent une vie paisible faite de petits larcins. Un jour les quatre amis croisent la route de Lei, une jeune femme retenue prisonnière par M. Fu, un riche homme d'affaire. Les pickpockets vont monter plusieurs "coups" pour libérer la jeune femme de l'emprise de M. Fu.

La critique de Mr K: 4,5/6. J'ai emmené mes CAP voir ce film de Johnnie To sorti en 2008 dans le cadre du dispositif Lycéens au cinéma. C'était l'occasion pour eux de découvrir le cinéma asiatique qui ne fait guère recette auprès de nos jeunes et pour moi de voir un film de To différent de ce qu'il réalise d'habitude. En effet, ce grand cinéaste plutôt habitué au genre "film de gangsters" (hautement apprécié dans sa patrie) nous livre ici un savoureux film qui mélange plusieurs genres avec jubilation.

On se trouve tout d'abord face à un film de "casse" pur et dur aux scènes milimétrées à l'extrême (scène d'ouverture où les quatre comparses dépouillent quelques passants de leurs effets personnels, la scène où les quatre amis tentent de voler la clef du coffre de M. Fu pendant un de ses massages thérapeutiques). On retrouve les thèmes du travail d'équipe (les quatre amis semblent parfois constituer un seul corps tant ils sont en osmose lors de leurs coups), l'élaboration du plan et même à un moment une simili-scène d'audition à la Ocean Eleven de Soderbergh.

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Pour autant, ce film ne se résume pas simplement à cela. Le ton est souvent très léger, on sourit, voir on rit à gorge déployée car ce métrage s'apparente aussi à une douce comédie. Certaines scènes présentant les tranches de vie entre les quatre amis (le leader charismatique, le beau garçon, monsieur tout-le-monde et un ado attardé) sont hilarantes à l'image de leurs retrouvailles après qu'ils se soient chacun à leur tour fait molester par les hommes de main de M. Fu. Il y a aussi les quatre scènes de séduction qui se suivent où Lei charme tour à tour les quatre vieux garçons pour mieux les sensibiliser à sa cause (j'ai une nette préférence pour la scène dans l'ascenseur avec monsieur tout-le-monde).

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Ce film est une belle réussite. Tout d'abord on sent que les acteurs (des habitués de To) ont pris plaisir à le tourner. Comme on est dans le buddy movie et qu'il sont tous très justes dans leur jeu, on y croit et on prend plaisir à se mêler à ce sympathique gang de pickpockets. Kelly Lin est quant à elle parfaite dans le rôle de la victime charmeuse qui ensorcèle avec élégance tous les hommes qui croisent son chemin. Johnnie To dans ce film confirme sa grande maîtrise technique qui ici frôle la perfection: musique omniprésente relevant à merveille des plans et des images lèchées mettant en valeur comme jamais la ville de Hong Kong dans sa diversité et son cosmopolisme. Le seul réel défaut de Sparrow est son scénario basique qui ne décolle jamais mais l'esprit contemplatif qui entoure cette oeuvre vous plonge littéralement dans un lointain qui paraît du coup très proche.

Une belle oeuvre que je vous conseille donc pour vivre une immersion à la fois étrange et drôle dans une ville emblématique et une certaine idée du cinéma. 

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lundi 5 octobre 2009

"Thirst" de Chan-Wook Park

thirst_afficheL'histoire: Sang-hyun est un jeune prêtre coréen, aimé et respecté. Contre l'avis de sa hiérarchie, il se porte volontaire pour tester en Afrique un vaccin expérimental contre un nouveau virus mortel. Comme les autres cobayes, il succombe à la maladie mais une transfusion sanguine d'origine inconnue le ramène à la vie. De retour en Corée, il commence à subir d'étranges mutations physiques et psychologiques : le prêtre est devenu vampire. Mais la nouvelle de sa guérison miraculeuse attire des pélerins malades qui espèrent bénéficier de sa grâce. Parmi eux, Sang-hyun retrouve un ami d'enfance qui vit avec sa mère et son épouse, Tae-Ju. Il succombe alors à la violente attirance charnelle qu'il éprouve pour la jeune femme...

La critique Nelfesque: C'est un beau film que voilà. Beau dans le sens esthétique du terme. Beau comme souvent les asiatiques savent le faire. Poétique, sensible, sensuel, dans le ressenti, avec une bande son sublime qui s'accorde à merveille à l'ensemble. Ce film n'est pas une simple histoire de vampire (une de plus), ne vous attendez pas à sauter sur votre siège car Park Chan-Wook ne cherche pas à faire dans le gore et la surenchère et c'est ce qui est appréciable dans ce long métrage de plus de 2 heures. 2 heures que je n'ai pas vu passé malgré la lenteur du film qui nous laisse plus dans un climat de contemplation que de torpeur. Les scènes d'amour entre le prêtre (oula c'est mal!) et la jeune mariée (oula c'est pire!!!) sont magnifiques. Le spectateur est au plus près de leur alchimie, leur amour est palpable mais en aucun cas il ne se sent mal à l'aise. On se surprend à sourire face à la beauté de certaines démonstrations d'amour et ce film fait du bien.
Pas étonnant qu'il ait reçu le grand prix du jury à Cannes tant son approche sensible et la façon qu'à le prêtre d'appréhender sa nouvelle nature sont abordés finement.

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La critique de Mr K: 6/6. Et un bijou cinématographique de plus pour le réalisateur de Old Boy, film qui m'avait marqué lors de sa sortie. Dans ce métrage, le maître Park Chan-Wook nous livre avant tout un grand film d'amour sur la passion dévorante entre un prêtre à la destinée brisée et une femme mariée plus ou moins contre son gré avec un abruti fini (mention spécial pour l'acteur qui tient le rôle). Il y a du In the mood for love dans ce film. Des passages romantiques à couper le souffle (j'y suis allé de ma petite larme dans la séquence sur les toits dans la première partie du film), filmés avec maestria sur une bande son énorme mélangeant classique (notamment Bach) et musique plus traditionnelle. Quel cinéaste! Généreux et perfectionniste, tout ce que j'aime!

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Les acteurs sont criants de vérité (l'actrice est sublime! Non Nelfe, pas taper! Pas tap... Aieu! Et le héros se pose là comme "habité" par son rôle) et la passion d'un réalisme saisissant (clins d'oeil, coup de foudre, acte sexuel cru mais jamais gratuit, revanche, trahison et tout ce qui va avec) passant finalement le thème du vampirisme au second plan. À ce propos, le réalisateur ne tombe jamais dans la surenchère de plans gores mais plutôt dans la distillation d'une ambiance de plus en plus glauque accompagnant la chute personnelle du héros et l'évolution de son état, puis celui de sa douce. La scène finale à défaut d'originalité est d'un caractère émotionnel rarement atteint ces derniers temps et magnifique au niveau du traitement technique, comme d'ailleurs l'intégralité du film. Beaucoup l'on trouvé long, je ne l'ai pas vu passer. Marqué du sceau du renouveau du cinéma asiatique, il ne déroge pas à la règle de perfection tant au niveau de la technique que de la direction d'acteur et du scénario (des ambiguïté proprement humaines et des personnages aux trajectoires éparses si caractéristiques de la condition humaine...). J'en reviens toujours pas! Avis aux amateurs, ils seront comblés!

Posté par Nelfe à 17:59 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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