jeudi 9 mai 2019

"Us" de Jordan Peele

Us afficheL'histoire : De retour dans sa maison d’enfance, à Santa Cruz sur la côte Californienne, Adelaïde Wilson a décidé de passer des vacances de rêves avec son mari Gabe et leurs deux enfants : Zora et Jason. Un traumatisme aussi mystérieux qu’irrésolu refait surface suite à une série d’étranges coïncidences qui déclenchent la paranoïa de cette mère de famille de plus en plus persuadée qu’un terrible malheur va s’abattre sur ceux qu’elle aime. Après une journée tendue à la plage avec leurs amis les Tyler, les Wilson rentrent enfin à la maison où ils découvrent quatre personnes se tenant la main dans leur allée. Ils vont alors affronter le plus terrifiant et inattendu des adversaires : leurs propres doubles.

La critique Nelfesque : Tension est le mot qui me vient lorsque je me remémore le visionnage de ce film que nous avons été voir en salle lors de sa sortie. Après avoir aimé le précédent long métrage du réalisateur, "Get out", c'est tout naturellement que nous avons décidé d'aller voir cette nouvelle production. Ici, il est encore une fois question d'identité mais les problématiques et le ton sont différents.

Un malaise plane sur la vie d'Adélaïde, cette femme qui enfant a vécu un événement traumatisant, et ensuite tu, lors d'un séjour à Santa Cruz. Aujourd'hui mariée et mère de deux enfants, elle revit cette angoisse à l'approche des lieux de son traumatisme. L'angoisse va aller crescendo et se révéler fondée. Que s'est-il réellement passé dans cette fête foraine de son enfance ? Quel jeu se rejoue aujourd'hui dans la maison de son enfance ? Et qui sont ces gens qui au beau milieu de la nuit vont les prendre pour cible ?

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"Us" n'est pas un film comme les autre, un énième film d'horreur cliché jouant sur le jump scare jusqu'à la nausée. "Us" est fin, intelligent, angoissant. Il prend le spectateur en otage, lui faisant se poser mille et une questions. Bien plus qu'un simple home invasion, ce film joue sur les ambiances. On ne saute pas littéralement de peur dans nos sièges mais la tension nous prend aux tripes.

Imaginez voir apparaître chez vous, dans votre maison de vacances, des gens vous ressemblant étrangement mais présentant des troubles certains. Ces personnes vous attaquent, sans dire un mot, se comportent d'une façon qui n'est pas naturelle et semblent vouloir vous faire du mal. La situation est incompréhensible, la peur surgit. On est ici dans l'étrange, l'inconnu et la peur de cet autre qui pourrait être nous.

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Et c'est dans la seconde partie du film que "Us" dévoile tout son intérêt. Lorsque l'on commence à comprendre qui sont ces gens, pourquoi ils sont là et surtout d'où ils viennent. Je n'en dirai pas beaucoup plus pour ne pas dévoiler l'intrigue mais sachez que vous allez alors avoir affaire à des scènes en miroir superbement construites et brillamment orchestrées. La photographie est bluffante, l'idée fait froid dans le dos et les acteurs sont bluffants. Quant à la bande son, elle accompagne avec brio l'image. Loin de la caricature et de la facilité, Jordan Peele nous livre ici un long métrage qui marque l'histoire du film de genre. Un film bien plus intelligent qu'il n'y parait et qui hantera longtemps votre esprit.

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La critique de Mr K : 6/6. Sacrée claque à nouveau avec ce réalisateur qui décidément renouvelle bien le film de genre avec chacun de ses films successifs. Get out m’avait bien plu (surtout la première partie) et réussissait le tour de force de conjuguer bon film d’horreur avec satire sociale féroce. Jordan Peele remet le couvert avec Us qui met une famille américaine black aux prises avec des doubles mal-intentionnés auxquels ils vont devoir échapper.

La première partie du film s’apparente clairement à un Home invasion. On commence par une vingtaine de minutes où le spectateur découvre une petite famille qui part en vacance dans la résidence de vacances familiale. Sans clichés et plutôt bien ficelée, la caractérisation nous présente un papa très cool, une maman un peu flippée à l’idée de revenir sur les lieux d’un drame qu’elle a vécu gamine (scène d’introduction terrible) et deux enfants qui se chamaillent mais s’aiment beaucoup. On les apprécie, on aime le ton léger qui se dégage des dialogues, des situations. Bref, on les aime bien ! Mais voila que pendant la première nuit, une étrange famille apparaît dans le jardin et commence à les séquestrer. Tension psychologique, courses poursuites avec effets de scare jump… on est dans le classique. C’est efficace mais au final ça ne casse pas des briques.

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Lorsque l’action finit par changer de lieu (difficile de ne pas spoiler, mais rassurez vous ce sera le cas jusqu’au terme de cette chronique), le film prend une toute autre dimension. Derrière une histoire qui pourrait s’apparenter au thème classique de maniaques attaquant des innocents ou une énième variation autour du doppelgänger se cache un film drôlement malin qui va très loin dans les révélations successives. Derrière des détails qui paraissaient au départ anodins, il y a une vérité terrifiante à laquelle vont être confrontés les héros. Le film reste axé film de genre mais en filigrane on devine un certain nombre de thématiques très contemporaines liées aux USA. Jordan Peele n’a pas pu s’empêcher de traiter en parallèle la césure qui existe dans nos sociétés avec les notions d’exploitation et d‘individualisme, la déshumanisation du monde du travail notamment ou encore le consumérisme excessif (compétition savoureuse entre les deux amis pères de famille).

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Je n’en dirai pas plus sur le contenu, attendez-vous simplement à une surprise de taille et à un film finalement très dense sous ses aspects de slasher basique. Remarquablement réalisé avec des plans inventifs, une photo superbe (le même responsable que le cultissime It follow), une musique splendide qui trotte longtemps dans l’esprit du spectateur, un scénario retors et un switch final plus que génial, des acteurs au diapason avec notamment une Lupita Nyong’o au charme magnétique, ce film est un petit bijou d’inventivité et d’intelligence. Seul bémol, je n’ai pas vraiment eu peur une seule fois mais l’ambiance glauque et le background sont assez flippant dans leurs implications. Du bon et du grand cinéma comme on aimerait en voir plus souvent !

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dimanche 7 avril 2019

"Ma vie avec John F. Donovan" de Xavier Dolan

ma vie avec John f donovan afficheL'histoire : Dix ans après la mort d’une vedette de la télévision américaine, un jeune acteur se remémore la correspondance jadis entretenue avec cet homme, de même que l’impact que ces lettres ont eu sur leurs vies respectives.

La critique Nelfesque : Xavier Dolan est un réalisateur que j'aime beaucoup. Son précédent film, "Juste la fin du monde", est un chef-d'oeuvre qui m'avait littéralement bouleversée. Je me suis dirigée vers le cinéma, vierge de toute critique et en ayant vu à peine la bande annonce. Il y a des artistes auxquels je fais une confiance aveugle, pour lesquels je veux découvrir les oeuvres le jour J et me fermer à toute sollicitation extérieure. Ce fut le cas ici pour "Ma vie avec John F. Donovan". Vu à sa sortie, on a mis du temps à venir vous en parler (c'est ma faute) mais il me semble qu'il est encore à l'affiche...

On retrouve ici les obsessions de Dolan et les procédés qui le caractérisent. Côté obsession, la famille bien évidemment, omniprésente dans quasiment tous ses films, les problèmes en son sein surtout et le rapport à la mère, personnage central, à la fois fort et fragile. Côté "marque de fabrique", indubitablement, il y a les plans reserrés à l'extrême sur les visages des acteurs, les vues aériennes et la musique.

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Pour ce film là, je suis assez mitigée. Je navigue entre l'adoration pour certains aspects du film (l'intimité que l'on peut toucher du doigt, la sensibilité à fleur de peau et le feu couvant sous la glace dans certaines scènes) mais d'autres m'ont complètement perdue. J'ai été hypnotisée par l'histoire principale, celle de la vie de John F. Donovan, ses peurs, ses doutes, ses névroses, son identité, et la relation épistolaire qu'il entretient avec le jeune Rupert Turner, lui aussi tellement touchant. Mais toute la partie actuelle, avec Rupert Turner adulte racontant son histoire à la journaliste incarnée par Thandie Newton m'a perdue en route. Il y avait là un tel décalage émotionnel et un ton mi-hautain mi-complice qui m'a paru tellement faux que j'ai été plus gênée par ces aller-retours entre passé et présent que véritablement séduite.

En revanche, les séquences mettant en scène John et le jeune Rupert tiennent le spectateur constamment sur la corde raide tant la tension est palpable. Tout peut basculer psychologiquement à n'importe quel moment. Kit Harington est troublant de réalisme, lui l'acteur incompris ne laissant voir que ce que la société veut qu'il soit et étouffant ses envies, son être, sa sensibilité. On ne peut qu'être touché par cet homme que l'on sent peu à peu sombrer. Natalie Portman, en maman de Rupert, est aussi tellement juste. Elle, l'artiste ratée qui voit en son fils sa bouffée d'oxygène, ses peurs et sa continuité. Quelle actrice ! A l'image de Susan Sarandon que l'on voit très peu dans le film mais qui à chaque apparition transperce le coeur et la toile. On ne peut pas ne pas voir en ce personnage, celui de la mère dans "Juste la fin du monde". Incontestablement, les mères se ressemblent dans les oeuvres de Xavier Dolan et on pourrait le lui reprocher. Personnellement, elles font naître en moi tant de sentiments ambivalents, me faisant m'interroger sur ce rapport mère / fils si particulier et fragile, que je pourrai en voir 100 sans pour autant être lassée.

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Toutefois, "Ma vie avec John F. Donovan" est un long métrage à part dans la filmographie de Dolan. C'est son premier film "américain" et cela se ressent dans la façon d'amener les choses. Nous sommes ici plus spectateur que porté par la force d'une histoire ou d'une situation, comme cela a pu être le cas avec d'autres films de ce réalisateur. J'ai été quelque peu déçue par cette approche que je trouve plus détachée et s'éloignant du propos. Certains y trouveront là peut-être quelques bouffées d'air salvatrices, de mon côté, j'ai l'impression que l'on y perd en intensité. Reste une très belle ode à la différence et à l'acceptation de soi.

La critique de Mr K : 5/6. On peut dire qu’on l’attendait celui-ci, marqués que nous avons été par Juste la fin du monde et Mommy. L’enfant prodige québecois revient avec son premier film en langue anglaise avec cette histoire de correspondance entre un jeune garçon de onze ans et une star naissante du cinéma américain. Devenu grand, à l’occasion de la sortie d’un livre consacré à son idole, il revient sur cette période de son passé lors d’une interview qu’il donne à une journaliste au départ peu intéressée (sublime Thandie Newton).

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Quasiment construit autour de flashbacks, le réalisateur nous propose de suivre ces deux personnes qui n’étaient pas faites pour se rencontrer au départ. Rupert veut devenir acteur et est fan d’une série TV où joue le fameux John F. Donnovan. Il lui écrit et contre toute attente, ce dernier lui répond. Cela durera quelques années sans que personne ne le sache. On suit donc alternativement les souvenirs de Rupert avec ses difficultés d’adaptation, lui le surdoué, à la sensibilité exacerbé. Et puis, il y a John qui surfe sur le succès mais cache à tout le monde son orientation sexuelle. Ses deux personnages se font écho et l’on sent bien que la vie de l’un va définitivement agir sur celle de l’autre, notamment permettre indirectement au jeune garçon de ne pas faire les mêmes erreurs.

On alterne ici beaucoup de sentiments. La tonalité générale est plutôt dramatique, les épisodes successifs nous livrent des âmes à nu qui n’ont pas, chacun à leur manière, la vie facile. La famille, l’école, le travail, les relations amoureuses sont autant de cercles où il faut savoir progresser consciencieusement, en faisant attention à ne pas se perdre. C’est ce qu’il va finalement arriver à John, âme esseulée qui n’arrive pas à assumer son identité alors que Rupert a encore toute la vie devant lui et des rêves plein la tête. Dans le domaine, on connaît le talent brut de Dolan pour nous livrer des personnages complexes et torturés, c’est encore le cas ici. Le casting sert d’ailleurs remarquablement le projet avec notamment un Kit Harington qui m’a bluffé (loin de la mono expression de son personnage dans Game of Thrones), un gamin au jeu bouleversant (on y va de sa larmichette à certains moments) et des seconds rôles savoureux avec Sarandon en mère névrosée (un classique chez Nolan), une Natalie Portman touchante et loin des rôles qu’on lui connaît et une Kathy Bates toujours aussi impressionnante. On joue sur du velours.

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La technique est une fois de plus irréprochable avec une œuvre belle, envoûtante, intelligente, construite comme un gigantesque puzzle qui fait appel à des émotions profondément enfouies. Là où le film montre des limites, c’est qu’on est en terrain connu. Le réalisateur se renouvelle peu, retranscrit des thématiques déjà abordées et des scènes déjà tournées. Ça manque finalement d’originalité quand on connaît déjà l’œuvre de Dolan. Mais cela reste tout de même un très bon film avec un souffle imposant et des destins que l’on aime suivre sans que le temps soit perceptible. Un film à voir et à méditer.

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mercredi 5 décembre 2018

10 films, 10 claques !

Suite au challenge IG, 10daysmoviechallenge, où je devais livrer dix clichés de films qui m'ont marqué, certains d'entre vous souhaitaient que je donne quelques explications à ces choix que vous imaginez cornéliens. Dur dur en effet de pouvoir sortir LES dix films qui m'ont le plus inspiré, "émotionné" ou encore frappé. Le fait est que ma liste était bien plus longue et que sans doute, je referai l'exercice avec notamment une sélection de films plus anciens. Voici donc à nouveau les dix images avec cette fois-ci pour chacune d'entre elles une petite légende pour l'accompagner !

1

Blade runner de Ridley Scott (1982). Sans aucun doute, un de mes films SF préférés, tiré de mon auteur favori de science-fiction : Philip K. Dick. Il n'a pas pris une ride avec des effets spéciaux fascinants, une ambiance polar bien poisseuse, des acteurs en état de grâce et un univers paranoïaque très bien rendu où l'on se rend bien compte une fois de plus que l'être humain est une belle saloperie. Je retiendrai tout particulièrement la scène sur les toits avec le duel final entre Harrison Ford et Rudget Hauer et surtout l'histoire d'amour folle entre Deckard et Rachel. J'avoue, je pleure à chaque fois. Petite info supplémentaire, je vais pouvoir ENFIN le voir au cinéma en mars prochain car le cinoche de Lorient le diffuse de nouveau début 2019. Hâte d'y être !

2

Brazil de Terry Gilliam (1985). Terrible et définitif, j'ai régulièrement la chanson éponyme en tête et je ne peux m'empêcher de voir dans cette oeuvre une vision prémonitoire de ce que nous vivons aujourd'hui. Le monde est devenu fou et Gilliam l'avait prédit. Le règne de l'apparence, l'individualisme forcené, la fin des rêves et de la poésie, le totalitarisme moral et la bien-pensance au pouvoir, la bureaucratie exacerbée... autant d'éléments remarquablement traités par un cinéaste génial, servi par une troupe d'acteurs au diapason et nous livrant une fin tétanisante qui me laisse à chaque fois sans voix. Une oeuvre culte !

3

The Big Lebowski de Ethan et Joel Coen (1998). Sans conteste, MON film préféré ! Celui que j'ai vu le plus de fois (on doit pas être près de la cinquantaine de visionnage). C'est un film incroyable, complètement barré où l'on trouve tout entre comédie et drame, un personnage au charisme incroyable (Jeff Bridge, je t'aime !), des dialogues inoubliables que j'aime à ressortir à l'occasion, toute une série de persos frappadingues, une intrigue tortueuse et farfelue, une inventivité de tous les plans en terme de technique pure et au final un plaisir de cinéphile toujours intact malgré les années qui passent.

4

La Cité de la peur d'Alain Berbérian (1994). Là encore, un film culte, ma comédie préférée dont je connais les dialogues par coeur. C'est bien simple avec Nelfe et mes potes, il n'y a pas une semaine où l'on ne cite pas un dialogue de ce film au moins une fois dans le quotidien ou en soirée. Des gags en cascade, un humour destructeur comme je les aime et un état d'esprit bien gamin qui fait toujours mouche. D'ailleurs, rien que d'en parler, ça me donne envie de le re-regarder !

5

L'Antre de la folie de John Carpenter (1994). Dans le genre flippant, ce film se pose là. Belle plongée en enfer pour Sam Neill qui recherche un auteur d'épouvante qui a mystérieusement disparu. Métrage superbement bien réalisé, doté d'une BO du feu de Dieu et d'un personnage principal qui ne sait plus faire la différence entre le réel et l'imaginaire, ce film est un bijou de construction et de déconstruction qui ne prend pas le spectateur pour un imbécile. À voir absolument !

6

Dancer in the dark de Lars Von Trier (2000). Vu deux fois au cinéma à l'époque et totalement traumatisé à chaque fois, j'étais liquide à chaque fin de séance ! Fan inconditionnel de Bjork et de Von Trier, ces deux là se sont trouvés et même si la relation fut orageuse entre eux durant le tournage, ce film est une merveille de drame intimiste comme sait si bien les tourner ce cinéaste hors norme. Très beau, d'une sensibilité à fleur de scène, on passe un moment exceptionnel mais aussi très rude. Un véritable électro-choc dont j'appréhende toujours le revisionnage !

7

Fight Club de David Fincher (1999). Le film coup de poing qui fait réfléchir et se trouve à la genèse de mon engagement et de ma philosophie. Oeuvre culte à sa manière, sans concession et d'une beauté mortifère incroyable, j'en ai des frissons rien qu'à l'évoquer. Critique acerbe de nos sociétés de consommation, remarquable portrait d'un homme perdu et analyse fine des manipulations de masse, c'est puissant, déroutant et totalement irrespectueux. J'adore !

8

Lost Highway de David Lynch (1997). Sans doute l'un des films les plus space que j'ai pu voir au cinéma. Je suis sorti complètement assommé par la séance et j'y suis retourné le lendemain tant j'avais envie de replonger dans cet univers interlope qui m'a fait découvrir un de mes réalisateurs préférés. Sans queue ni tête, d'une noirceur sans égale, d'une beauté formelle nette et sans bavure, une BO géniale qui m'a fait découvrir quelques artistes que je trouve incontournables (Nine inch nails notamment) et un Bill Pullman totalement azimuté font à mes yeux de ce film une pièce de choix.

9

Requiem for a dream de Darren Aronofsky (2000). Là encore un film qui m'a pris à la gorge avec ce portrait à multiples facettes de l'addiction sous toutes ses formes. Deuxième film de son réalisateur, c'est un coup de maître millimétré au plan près et qui ne laisse vraiment aucune échappatoire à ses personnages et à ses spectateurs. Acteurs incroyables (mention spéciale à Ellen Burstyn, bouleversante), scénario d'une noirceur sans égale, un BO terrifiante (j'ai été assez con pour l'acheter en plus ! LOL !) et un orfèvre à la caméra font de ce film un classique dont on entendra encore parler pendant longtemps.

10

The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman (1975). L'ovni de ma sélection, un film culte entre tous que j'ai eu l'honneur de voir à Paris dans les séances spéciales complètement débridées qui lui sont dédiées au Studio Galande chaque mois. Romance, érotisme, fantastique, SF, irrévérencieux à souhait, j'aime cette oeuvre totale portée par un Jim Curry absolument génial. Cette comédie musicale totalement déjantée est un bonheur à regarder, un plaisir coupable que je réitère régulièrement !

En voila terminé pour cette sélection très suggestive et forcément incomplète... Mais comme dit plus haut, je reviendrai sans doute bientôt vous reparler de quelques autres coups de coeur cinématographiques et peut-être ainsi, vous donner envie de les découvrir à votre tour ou de les revoir encore et encore... Si vous voulez vous plier au jeu à votre tour, ne vous privez pas !

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mercredi 28 novembre 2018

"Suspiria" de Luca Guadagnino

suspiriaL'histoire : Susie Bannion, jeune danseuse américaine, débarque à Berlin dans l'espoir d'intégrer la célèbre compagnie de danse Helena Markos. Madame Blanc, sa chorégraphe, impressionnée par son talent, promeut Susie danseuse étoile.
Tandis que les répétitions du ballet final s’intensifient, les deux femmes deviennent de plus en plus proches. C’est alors que Susie commence à faire de terrifiantes découvertes sur la compagnie et celles qui la dirigent...

La critique Nelfesque : La claque ! Il n'y a pas d'autres mots ! Mr K est un grand fan du "Suspiria" de 77 réalisé par Dario Argento, ce qui n'est pas forcément mon cas (ne me jetez pas des pierres, il faudrait que je le revois maintenant), mais après le visionnage de la bande annonce de ce remake qui n'en est pas vraiment un, j'ai eu follement envie de le découvrir. Comme j'ai bien fait ! 

Il est très difficile de parler de ce film tant il est à part dans le cinéma actuel. On en ressort littéralement chamboulé. Aller voir "Suspiria" c'est vivre une expérience. Ce film se ressent, se vit. On a affaire à du Cinéma avec un grand C ici, en présence d'une oeuvre d'art où tout est léché, absolument bien calibré et fonctionnant à merveille. Il y a une seule petite chose à laquelle je n'ai pas adhéré (j'en parle maintenant et après, on oublie parce que clairement ça ne pèse pas très lourd dans la balance) : le personnage du Dr Klemperer. Après avoir découvert de qui il s'agissait en réalité, je comprends mieux ma gêne (je vous laisse faire une petite recherche, c'est à l'image du film).

Suspiria 1

Nous sommes ici au coeur du Berlin pré chute du mur, en 1977, au sein d'une académie de danse. Tout ou presque se passe entre les 4 murs de ce bâtiment, véritable personnage à lui tout seul. Suzie, danseuse exceptionnelle, vient des Etats-Unis et intègre la troupe sans trop de difficulté. Elle est impressionnante dans ses expressions corporelles (les amateurs de danse contemporaine et/ou de films de danse apprécieront son côté viscéral) et va très vite prendre la première place du ballet chorégraphié par Mme Blanc (Tilda Swinton magnétique une fois de plus). Mais cette académie n'est pas un simple lieu de danse. Des forces obscures sont à l'oeuvre et les pensionnaires ne sont pas seulement habitées par la danse....

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Classé en film d'épouvante, "Suspiria" est à mon sens difficile à étiqueter. Bien sûr, il y est question de sorcellerie et de pouvoirs divers mais pas seulement et surtout on ne tombe pas dans le grand-guignolesque et la surenchère. Les amateurs de films de genre efficaces et "faciles" où l'horreur est caractérisé à chaque plan et fléché avec de gros néons risquent d'être déçus. On est ici beaucoup plus dans l'ambiance, dans le ressenti, dans le malaise. Amateurs de gore, la scène finale devrait tout de même vous contenter. Des litres de sang se déversent mais encore une fois sans gratuité aucune. "Suspiria" est un film qui fait réfléchir, qui demande un temps de décantation avant de pouvoir en parler et même après ça les mots semblent bien en dessous de la réalité (on l'a vu il y a 5 jours et j'ai un peu l'impression de partir dans tous les sens et ne pas réussir à faire ressortir toutes les qualités du film).

Suspiria 7

Les actrices sont impressionnantes, la réalisation est superbe, tout comme la bâtisse à l'architecture imposante et épurée (Bauhaus et compagnie, architecture soviétique tout ça) et les couleurs majoritairement grises collant parfaitement à l'ambiance. Parfois des touches de couleurs explosent à l'écran et font émerger certains éléments à nos yeux. Le film est découpé en 6 actes qui rythment la trame narrative. Visuellement, "Suspiria" est superbe. Un objet cinématographique quasi irréprochable. La musique de Thom Yorke (Thom Yorke (les gars... Radiohead, rien que ça !) qui signe ici sa première BO) magnifie l'ensemble et tient une place importante dans ce long métrage, comme l'a été celle de Goblin pour l'oeuvre originelle.

Suspiria Archi
(Regardez-moi cette beauté ! Cliquez poour voir en plus grand si besoin)

Berlin avant la chute du mur, c'est l'Est et l'Ouest qui s'affrontent à l'image du ballet orchestré au sein de l'académie où 2 clans se font face. Cette dualité est lisible à plusieurs niveaux dans le passage d'un état de conscience à un autre avec l'apprentissage de la danse, d'un ballet physiquement éprouvant, de la souffrance pour atteindre un but. La nécessité pour une femme de se couper de sa mère pour avancer et vivre sa féminité aussi. "Suspiria" aborde tout cela. L'ambivalence, la découverte, les luttes internes, la politique, le féminisme, la frontière entre le visible et l'invisible... Quand je vous disais que c'était du grand Cinéma ! Le genre d'oeuvres que l'on peut voir et revoir sans se lasser, toujours en y trouvant de nouvelles choses à appréhender. Une vraie leçon de cinéma. Elegant, juste, radical !

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La critique de Mr K : 6/6. Et dire qu'à l'annonce qu'un remake du cultissime film de Dario Argento, j'ai pesté comme un beau Diable : "Bande d'hérétiques ! On ne respecte plus rien !". Pour le coup, j'ai été détrompé et au delà de mes espérances car ce film est une expérience à lui tout seul, un moment unique de cinéma comme on en voit que trop rarement sur les écrans. Hypnotique, ésotérique, labyrinthique, expérimental par moments, d'une beauté à couper le souffle ; j'ai pris une claque monumentale. Il rejoint immédiatement It follows et Martyrs dans la cours des très très grands films "horrifiques" de ces vingt dernières années.

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On part de loin pourtant. Non exempte de défauts, l’œuvre originelle a été un de mes premiers chocs cinématographiques avec la folie qui habitait le Dario Argento des débuts (la deuxième partie de sa carrière est malheureusement bien plus sujette à caution), une beauté formelle inventive et des scènes cultes qui m'ont profondément marqué. Ce remake prend le parti de rendre hommage au matériel originel sans pour autant faire de la redite et rester coller à la trame de base. On retrouve l'école de danse qui dévient une compagnie de danse féministe et bien space, un bâtiment principal aussi séduisant que flippant, une jeune américaine bien loin de chez elle (mais beaucoup moins niaise que dans l'original) et des encadrantes très inquiétantes dont la terrible Mme Blanc incarnée par la toujours impressionnante Tilda Swinton. Le caractère routinier des journées nous est conté tranquillement, les actes au nombre de six s’enchaînent et des éléments décalés, étranges puis franchement terrifiants interviennent, le tout se terminant dans un acte final éprouvant où les révélations pullulent et scotchent le spectateur à son siège.

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La première qualité du métrage est son côté original, on est ici loin des sentiers battus et clairement les amateurs de franchises à la Annabelle en seront pour leur frais (on avait un ou deux spécimens du genre dans notre séance, ils ont pas aimé le film je vous le confirme !). La narration lente, très progressive, les détails accumulés sans liens apparents perdent volontairement le spectateur dans un labyrinthe de perspectives. J'aime quand on me sème en route, ça tombe bien ! Rassurez-vous, tout s’emboîte à la perfection et les différentes thématiques se rejoignent dans un final haut en couleur où toutes les certitudes s'effondrent, révélant enfin la Mater Suspiriorium, figure tutélaire qui plane sur tous les protagonistes du film. Certains passages du film m'ont profondément ému et marqués durablement comme les scènes de danse avec des chorégraphies contemporaines bien dérangeantes qui prennent le pas sur la raison et provoquent des événements clef, rythmant de manière infernale le film. Ou encore, les passages oniriques superposant passé / présent, fantasmes et désirs de l'héroïne, de purs moments déviants et poétiques à la fois. Vraiment tripant !

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Les actrices, car il n'y a que des femmes dans ce film ce qui est loin d'être un hasard (trouverez-vous d'ailleurs le deuxième rôle tenu par Tilda Swinton dans ce film ? Et le troisième ?), sont merveilleuses de justesse mais aussi de folie larvée. On s'attend à tout à n'importe quel moment tant l'ambiance lourde de menace vire à l'étrangeté la plus totale par moment. La réalisation est au diapason, sublime ! Avec des décors et des costumes splendides (spéciale dédicace au look des femmes de la compagnie), des mouvements de caméra étudiés et millimétrés pour sublimer les sujets nombreux abordés par le réalisateur : le mythe des trois Mères, la religion, la culpabilité, l'oppression nazie et l'oppression des hommes sur les femmes. On a affaire ici à une œuvre polymorphe d'où ressort énormément un message féministe fort à la conclusion bien extrême ! Aucune concession à la morale ou à la bienséance n'est ici faite, ce qui explique le classement du film en - de 16 ans. Jusqu'au boutiste, la fin est un modèle du genre et m'a entièrement satisfait. Ne pas oublier aussi la sublime BO de Thom Yorke qui accompagne l'ensemble remarquablement et n'a pas à rougir de la comparaison avec la BO originelle de Goblin qui fait partie de mes BO préférées.

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Une excellente séance de cinéma donc qui conjugue virtuosité technique, narration originale, passages horrifiques tendus et répulsifs à souhait, et fond fouillé et engagé à sa manière. Ça fait du bien de voir encore des films exigeants, fun et bien tordus ! Le spectateur n'est pas pris pour un imbécile, on vit des émotions fortes et la réflexion se perpétue bien après le visionnage. Un bijou plus que brillant malgré la noirceur qu'il explore.

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mardi 4 septembre 2018

"Under the silver lake" de David Robert Mitchell

Under the silver lake afficheL'histoire : À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

La critique Nelfesque : "Under the silver lake" est un film à part. Classé sur les sites de cinéma entre thriller et comédie, on ne sait pas vraiment à quoi s'attendre en allant voir ce long métrage. Repéré lors du dernier Festival de Cannes, j'attendais sa sortie avec impatience et la bande annonce a fini de me convaincre (non mais cette BO !).

Le réalisateur, David Robert Mitchell, ne m'était pas inconnu. Vous n'avez pas vu "It follows" ? Précipitez-vous dessus ! Ici, nous sommes dans un style différent mais "Under the silver lake" est aussi intrigant qu'"It follows" est angoissant. Perso, j'adhère à 100% !

Il y a des films où il faut accepter de se laisser porter, de ne rien comprendre, de partir dans des contrées complètement WTF. La plupart du temps, c'est plutôt Mr K qui est friand de ces ambiances que je trouve souvent trop perchées ou absconses et qui m'agacent par leur côté "il faut être plus intelligent que ça pour appréhender le fond" (aka "t'es trop con pour comprendre, rentre chez toi"). Ici, c'est différent car il y a plusieurs niveaux de lecture et je me suis autant amusée que j'ai été séduite et bluffée. Par certains aspects, ce film m'a fait penser à  "Inherent Vice", notamment pour l'effet ressenti au moment de rallumer les lumières et pour la beauté des plans. Attention, je pense que c'est ce genre de long métrage que l'on adore ou que l'on déteste. Je ne garantis pas que vous accrocherez mais ça vaut vraiment le coup de tenter l'expérience ne serait-ce que par amour du cinéma et envie de voir un vrai film qui propose des choses nouvelles et qui ne tombe pas dans la facilité des scénarios et ficelles vus et revus.

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Le ton est décalé et on est souvent pris à contre pied. Drôle sans l'être, pathétique sans l'être, on ne sait pas vraiment où se placer et ça fait un bien fou ! Les 2h20 passent à toute vitesse, les plans sont superbes, on échafaude 10.000 théories qui tombent à l'eau, la musique colle parfaitement à l'ensemble qui parait intemporel et on savoure chaque instant et chaque trouvaille du réalisateur. Le film a un rythme atypique, c'est lent sans être ennuyeux. C'est étrange. Fou. Inattendu.

Sortis de la séance sous le choc, on n'a pas tout compris mais on a envie de creuser la chose. On en discute pendant des heures en se disant qu'on a vu un putain de film et que c'est bon le cinéma qui ose. Parce que les acteurs sont parfaits. Parce que tout est superbement construit. Parce que ça nous transporte sans que l'on puisse bien l'expliquer. Parce que sous ces airs loufoques, il est bien plus profond qu'il n'y parait et critique notre époque et la société. Du coup, écrire une chronique dessus même 3 semaines plus tard, c'est mission impossible mais l'envie de laisser une trace est plus forte. Je vous souhaite que Mr K ait un raisonnement plus construit... En attendant, si il est encore à l'affiche près de chez vous, lancez-vous et plongez sous le lac argenté !

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La critique de Mr K : 6/6. Voilà un film que j'attendais avec beaucoup d'enthousiasme ayant découvert la terrible bande annonce du métrage lors de son passage à Cannes. En plus, il s'agit du troisième film de David Robert Mitchell, réalisateur que j'adore depuis son génialissime et déjà culte It Follows qui m'a fait frémir comme jamais depuis Ring version japonaise of course ! Film à énigmes, thriller, moments de comédie pure... difficile de classer Under the silver lake dans un genre particulier tant on est à la confluence de différents tons et différents univers. Un véritable OFNI (Objet Filmique Non Identifié) en quelque sorte !

Sam, un jeune homme totalement apathique glande à longueur de journée dans son appartement. Il ne fait rien, ne semble pas travailler et observe ses voisins. C'est ainsi qu'un jour, il fait la rencontre de Sarah, une jolie voisine avec qui il flirte, arrachant un RDV pour le lendemain. Malheureusement pour lui, elle disparaît sans laisser de nouvelles ni de traces. Intrigué et inquiet, il décide de mener l'enquête quand il s'aperçoit que son appartement est totalement vide comme si elle avait décidé de déménager dans la nuit... Commence alors pour Sam, un long périple au cœur de Los Angeles, ses mœurs, ses secrets et il découvrira peut-être au fond de lui quelque chose pour sortir de la torpeur qui l'a envahi depuis trop longtemps.

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Ce film dure plus de deux heures et je peux vous dire que Nelfe et moi n'avons pas vu le temps passer. C'est bien simple, il n'y a pas de temps morts. On démarre de suite, évitant une période d'exposition trop longue pour rentrer dans le vif du sujet. Sam est très attachant, complètement paumé, il y a du Lebowski en lui (MON film culte !) : fainéant, drôle, beau gosse, amateur de clopes et de filles, geek à ses heures perdues, curieux mais aussi lunaire par moment et totalement en roue libre, il est remarquablement joué par un Andrew Garfield qui m'a surpris et séduit. De manière générale, tous les protagonistes du film sont complètement branques à leur manière, la bizarrerie guettant au moindre intérieur privé ou coin de rue. Ne pouvant se reposer sur rien de solide, de concret ; le spectateur est obligé de lâcher prise et de suivre les chemins tortueux du héros aussi dépassé que nous.

Conspirationnisme et codes cachés, ultra-solitude pesante, mœurs déjantées et tortueuses d'Hollywood, légendes urbaines farfelues, quête intérieure et rédemption, sectarisme et tout un ensemble d'éléments sont ici brassés pour fournir un film au ton unique et à la beauté sans pareil. Bien que certains éléments soient dramatiques, des révélations plus que surprenantes, ce film garde toujours un ton léger qui détend l'atmosphère. Les situations ubuesques s’enchaînent, les bévues du héros aussi, pour livrer une histoire d'une grande profondeur, aux ramifications complexes et à la fin elliptique qui ne livre pas tous les secrets mais ouvre des portes insoupçonnées. Dans le principe, on se rapproche d'un Lynch mélangé à du frères Coën (période Lebowski encore et toujours !) : Lynch pour le goût pour les énigmes et les intrigues à tiroir, les Coën pour la folie qui règne au moindre plan.

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Techniquement c'est parfait avec des images d'une grande beauté, des plans inventifs, des couleurs qui explosent, des décors grandioses et une bande originale qui scotche et convient parfaitement à l'étrangeté de cette entreprise filmique. Que dire de plus, sinon qu'on tient avec ce réalisateur, un des plus grands de sa génération et que c'est véritablement une honte qu'il n'ait rien décroché à Cannes tant on touche ici à quelque chose d'original, d'unique et de totalement réussi. Un must à voir absolument !


dimanche 24 juin 2018

"L'Homme qui tua Don Quichotte" de Terry Gilliam

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L'histoire : Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste : ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité ? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie ? Ou l’amour triomphera-t-il de tout ?

La critique de Mr K : 6/6. On pourra dire qu’on l’a attendu celui-là ! Plus de vingt ans exactement suite à de nombreuses péripéties et déconvenues subies par l’équipe de tournage qui a parlé à raison de film maudit. Un documentaire en a d’ailleurs été tiré avec brio : Lost in la mancha. Rochefort n’étant plus de ce monde, Johnny Depp n’étant plus aussi enthousiaste, Gilliam s’est rabattu sur Jonathan Pryce et Adam Driver pour reprendre les deux rôles principaux de ce film complètement fou, véritable ode à la passion et à la rêverie dans un monde de plus en plus tourné sur lui-même.

Toby (Adam Driver) est le digne enfant prodigue de son époque. Il est bien loin le jeune apprenti cinéaste qui rêvait de cinéma inspiré que l’on aperçoit lors de quelques flashback. Devenu clippeur aseptisé et cynique, il a ce qu’il veut et évolue dans un univers basé sur les apparences et les arrangements où la morale n’a plus le droit de citer. Au cours d’un tournage, lors d’une balade à moto, il va retourner dans un petit village où il avait tourné un film de fin d’étude avec des amis sur le thème de Don Quichotte de Cervantès. Cette expérience a laissé des traces et a eu des conséquences à long terme sur les lieux et les habitants du cru notamment sur un vieux cordonnier qui ne s’est pas remis du tournage et se prend pour Don Quichotte lui-même ! À la suite d’un concours de circonstances délirant, voila Toby transformé en Sancho Panza à l’insu de son plein gré, forcé de suivre le vieux fou pour un voyage décalé entre délire psychotique, voyage initiatique et redécouverte de soi.

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Je suis un amoureux de Terry Gilliam dont j’ai adoré tous les films (sauf Les Frères Grimm, une bouse à mes yeux) dont tout particulièrement Brazil, un de mes trois films préférés et le tout aussi fabuleux Fisher king. On retrouve son goût pour les scènes survitaminées, la truculence de certains personnages complètement barrés et son engagement de longue date pour le droit de rêver, de se comporter différemment des autres. Aidé par deux acteurs principaux habités par leurs rôles respectifs (les seconds couteaux ne sont pas mal non plus !), Gilliam nous offre une fois de plus une œuvre hybride et profondément bouleversante. C’est bien simple, on passe par tous les états, rires et larmes se mêlent avec des moments à l’intensité forte. Malgré des scènes bien space, on ressent une empathie profonde pour la quête de sens du personnage principal. Derrière les visions faussées, les humiliations subies et les découvertes improbables, on ressent intensément le décalage entre l’individu ivre de liberté et une société trop rigide et autoritaire qui brise les rêves. L’échappatoire ne semble alors résider que dans la mort ou la folie. Rappelez vous la fin de Brazil...

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Magnifiquement réalisé (on n’en attend pas moins de ce génie), le rythme trépidant est constant, sans temps mort, seulement émaillé parfois de scènes ubuesques et de moments plus intimistes qui frappent fort. Les moments d’échange, de confrontation et de communion en sortent transcendés, transportant le spectateur loin, très loin dans une Espagne contemporaine mâtinée de fantastique au fil du périple accompli. On s’attend à tout avec un scénario pareil et franchement, on n’est pas déçu. 2H12 d’envolées dans une spirale d’émotions doublée d’une réflexion unique sur notre monde, un programme comme je les aime et que je vous conseille de voir urgemment si vous voulez sortir des sentiers battus en matière de cinéma !

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dimanche 17 juin 2018

"Ready player one" de Steven Spielberg

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L'histoire: 2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l'OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l'œuf de Pâques numérique qu'il a pris soin de dissimuler dans l'OASIS. L'appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu'un jeune garçon, Wade Watts, qui n'a pourtant pas le profil d'un héros, décide de participer à la chasse au trésor, il est plongé dans un monde parallèle à la fois mystérieux et inquiétant…

La critique de Mr K: 5/6. Ça faisait un bail que je n’avais pas vu un film de Spielberg en salle obscure. Je crois que cela remonte à La Guerre des mondes, c’est dire… La bande annonce me tentait bien malgré un traitement à priori convenu du héros et une avalanche d’effets spéciaux qui n’auguraient pas forcément d’un scénario profond. J’y suis allé plutôt dans l’optique d’assister une projection détente-neurone, décontractée. Si l’on peut dire que dans ce domaine c’est réussi, on ne peut pas résumer le film qu’à cela car derrière la grosse machinerie, on retrouve la tendresse du réalisateur et des éléments de critique / réflexion pas dénués d’intérêt sur l’évolution du monde actuel.

En soi, le point de départ est basique. Dans un monde futuriste hyper technologique, les humains pour tromper la réalité du quotidien s’échappent dans l’Oasis, un monde virtuel où ils peuvent devenir ce qu’ils veulent et se réaliser en faisant progresser leur avatar (belle fenêtre sur le consumérisme au passage). Le jour où le créateur du système meurt, il laisse caché dans ce monde gigantesque trois clefs les menant à un Easter Egg (une relique rare dans un jeu vidéo) sésame qui si il est trouvé fera de son propriétaire le nouveau gestionnaire de la plate-forme virtuelle. Bien évidemment, tout le monde se jette à corps perdu dans cette quête depuis notre jeune héros asocial aux plus grandes multinationales qui voient là une occasion unique pour s’enrichir encore davantage. Les obstacles sont donc très nombreux et vont bousculer le héros dans ses certitudes. Atteindre la Saint Graal ne se fait pas sans mal...

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Spielberg a beau vieillir, il, reste un superbe faiseur doublé d’une âme jeune qui transparaît tout particulièrement dans ce métrage. Pape de l’entertainment à la mode US, il sait mener sa barque, prendre par la main ses spectateurs et les embarqués pour un grand huit foisonnant. Le film déborde de scènes épatantes, dopées aux SFX dernier cri, l’immersion est totale. Bon, clairement on en prend plein la tête, pas d’overdose pour autant. Des scènes plus classiques, lourdes d’émotions et de tensions équilibre l’ensemble pour éviter de tomber dans la surenchère. Le film fourmille de détails, de références à la culture pop : Retour vers le futur, King Kong, la vieille série Batman, les jeux Atari, World of Warcraft et beaucoup d’autres. On s’en donne à cœur et m’est avis que j’ai loupé plein de choses que je découvrirai lors d’un éventuel revisionnage. Devant le spectacle déployé, on ne peut que s’incliner si l’on est amateur du genre. Un film à voir au cinéma pour profiter au maximum de la prouesse technique qu’il représente (la liste à rallonge des personnes ayant travaillé sur le film en dit long).

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Niveau personnages, on est dans le déjà vu. Ce n’est pas pour autant désagréable, on se laisse porter par leurs destins contrariés et même si l’on est rarement surpris par le déroulé de la trame (c’est très très classique), on passe du bon temps. La trame prévisible permettant de se reposer et de plonger pleinement dans l’univers décrit. Spielberg fait aussi fort à ce niveau là, je n’ai pas lu le livre d’origine (erreur que je rattraperais dès que je croiserai sa route) mais j’ai trouvé le background dense, cohérent et très maîtrisé. Ce monde futuriste adepte du virtuel fait peur et même si certaines situations cocasses prêtent à rire, on se rend compte que seule la solitude et l’addiction mènent le jeu. Le spectacle, l’apparence dominent des êtres humains vivant une vie par procuration, un lavage de cerveau à échelle planétaire idéal pour manipuler les masses. En cela l’Oasis prête à frémir...

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C’est là où je dirais que le bât blesse, Spielberg ne va pas assez loin dans la charge. Il effleure la critique, distille quelques piques mais au final, là où il aurait pu tout déstructurer et virer au rêve anarchique, il offre une fin plaisante sans réelle prise de risque. Dommage, dommage... Ne boudons pas notre plaisir pour autant, la séance fut récréative à souhait, complètement régressive en terme de sensation, on ressort ébahi et heureux. Tous les réalisateurs de blockbusters du monde ne peuvent pas se vanter d’y arriver...

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mercredi 6 juin 2018

"En guerre" de Stéphane Brizé

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L'histoire : Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.

La critique Nelfesque : "En guerre" est un des films diffusés à Cannes cette année que j'avais le plus envie de découvrir au cinéma. Heureusement, il est sorti très rapidement sur nos écrans, me laissant tout le loisir d'apprécier ce nouveau long métrage de Stéphane Brizé dont j'avais particulièrement aimé "La Loi du marché" il y a 3 ans. Film avec Vincent Lindon également qui se révèle une fois de plus exceptionnel ici.

Je ne m'attacherai pas à faire la comparaison entre "La Loi du marché" et "En guerre" qui se rejoignent sur leur thème et sont tous les deux du cinéma social. Je vous laisse lire ou relire ma chronique de l'époque et je vous conseille vivement de voir ce film. Le traitement des deux oeuvres est complètement différent. "En guerre" se singularise dans son approche. Nous avons ici un traitement documentaire créant un flou aux yeux du spectateur qui en fin de séance a vraiment l'impression d'avoir vu quelque chose de réel. La rage, la colère et la tristesse comme valise à porter en sus en rentrant à la maison. "En guerre" remue, fait naître des sentiments chez le spectateur et si en plus comme moi le sujet vous touche, c'est une véritable bombe que vous avez sous les yeux. Espérons que ceux qui se fichent de ces problématiques iront voir ce film et changeront leur fusil d'épaule. A voir les réactions en fin de projection à Cannes, à savoir la plus longue standing-ovation de cette édition du festival, tout n'est pas perdu...

Nous suivons ici le combat mené par les employés d'une usine, Perrin Industrie, menacée de fermeture. Laurent Amédéo, porte-parole et délégué syndical, incarné par un Vincent Lindon une fois de plus magistral dans son rôle, est l'un des 1100 employés mis en péril par les décisions de la maison mère. Entre espoirs et déceptions, les actions menées sont, nous le savons malheureusement par expérience, vouées à l'échec. Le pot de terre contre le pot de fer prend ici tout son sens.

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Ouvrant avec des images de chaînes d'info, les premières minutes déroutent et donnent le ton d'un long métrage qui s'attache plus au fond qu'à la forme. On ne dira pas que la photographie est magnifique, que les plans sont travaillés comme on l'entent d'ordinaire en employant ces termes mais l'urgence, la fièvre qui se dégagent de ces images tout au long du film transpirent à l'écran. Stéphane Brizé a filmé "En guerre" comme un reportage. Ça se bouscule, les plans sont flous parfois, et tout cela est porté par une musique (de Bertrand Blessing que je ne connaissais pas jusque là) qui colle parfaitement à la situation et sublime les images.

"En guerre" n'est pas un film qui change les idées, ce genre de films légers que l'on a plaisir à voir de temps en temps pour se vider la tête. "Mais quel monde de merde !" est une des pensées qui nous assaille lorsque la lumière se rallume. Vincent Lindon porte sur ses épaules toute la passion au sens philosophique du terme d'un bon nombre de français et la mise en scène immersive force le trait. Loin de nous décourager, elle nous donne la force d'avancer. Pour nous, pour eux.

"Qu’est-ce qu’on a pu faire à ces hommes, à ces femmes pour qu’ils en arrivent là ?" se demandait Stéphane Brizé lorsqu'il a vu les images du DRH d'Air France se faire déchirer sa chemise, passant en boucle sur les chaînes d'info en 2015. La réponse est sous nos yeux. Le mépris, la rigidité des dirigeants dictés par l'argent et une vision purement administrative occultant complètement l'aspect humain et la misère sociale, la détresse de ces citoyens et employés, qui découlent de leurs décisions est une piste à suivre pour avoir un début d'explication (ironie quand tu nous tiens). "Je n'aime que les gens qui font, qui agissent et qui font avancer le monde" disait Vincent Lindon à la conférence de presse du film à Cannes cette année. On est en plein dedans.

Et que dire de la toute fin du film, de la dernière image ? Rien. Il n'y a rien à dire. On reste sans voix. Pour toutes ces raisons et bien d'autres encore, allez voir "En guerre" ! Si il vous en faut encore quelques-unes, rajoutons celles-ci : pour l'amour du cinéma, pour le talent de Brizé et celui de Lindon, pour arrêter le mépris. A bon entendeur...

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La critique de Mr K: 6/6. Dans le genre claque en pleine face, ce film se pose là. La précédente collaboration entre les deux hommes s’était révélée déjà puissante mais ici on rentre dans le viscéral avec le suivi d’une Bérézina sociale malheureusement trop courante. Face à un plan social inique qui voit la volonté des actionnaires d’un groupe allemand fermer une usine en France alors qu’elle est rentable, les ouvriers dans un premier temps ne se résignent pas. Menés par leurs délégués syndicaux, ils résistent comme ils peuvent : grève reconductible, occupation d’usine, rencontres officielles. Mais la lutte est rude, les ennemis bien groupés alors que dans les rangs des révoltés des fissures apparaissent et menacent la cohésion du mouvement. La toute fin du film m’a littéralement cueilli et laissé pantois. Honnêtement, ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti cela au cinéma.

On ne va pas se cacher que Vincent Lindon porte le film encore une fois. Il vit littéralement son rôle, donne une intensité très particulière à chaque scène où il est présent. Son personnage central attire les regards, les sympathies et parfois les inimitiés au sein même de son camp. Phagocytant la cause et l’intérêt des médias, il se bat avant tout pour la justice, conserver les emplois de tous, il est l’incarnation de la lutte. Personnage charismatique entre tous, il est à la fois fort et fragile, délicate alchimie d’un être humain torturé par une décision inhumaine qui ne respecte pas les accords passés auparavant. Ce portrait est d’une grande justesse, très attendrissant mais donne aussi envie de s’indigner et de réagir. Au fil du déroulé, on comprend de plus en plus sa logique, sa manière de fonctionner et la tension monte de plus en plus vers une fin que l’on devine tragique.

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Il est très bien entouré avec des acteurs moins connus mais au talent sans bavures. On y croit vraiment, on a l’impression de vivre avec eux ce conflit difficile qui dure et marque les esprits. D’ailleurs, un certain nombre de rôle sont tenus par des non professionnels, des personnes ayant justement vécu cette situation. Tout cela donne un réalisme et une crédibilité à l’ensemble qui force le respect et engage le spectateur vers l’empathie totale et absolue. Ce film se vit, se ressent et nous emporte loin dans nos retranchements. Vous voila prévenus, on ne sort pas indemne de cette expérience qui ne tombe jamais dans le manichéisme facile et le clichés. Ainsi, le réalisateur n’hésite pas à montrer le côté sombre du syndicalisme (clientélisme, collaboration cachée de certains avec les patrons) et propose une charge sans concession sur l’ultra-libéralisme et ses dérives, un monde où un actionnaire peut décider de la vie et de la mort de centaines de travailleurs pourtant rentables mais pas assez à leurs yeux.

Et puis techniquement c’est du grand art. La caméra faussement tremblotante qui retranscrit efficacement les moments de tensions, les plans fixes qui caractérisent à merveille les personnages rajoutant à leur humanité (même pour les dirigeants et les patrons), la musique est parfaite et accompagne magistralement le tout. Jamais tapageur, au plus proche de ses personnages et de son sujet, voila un film qui prend aux tripes, qui fait réfléchir et devrait être montré au plus grand nombre pour faire réagir les consciences et peut être infléchir quelque peu la trajectoire globale de l’évolution de nos civilisations qui tendent vers toujours plus de profit et moins d’humain. Une petite bombe cinématographique à découvrir au plus vite.

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dimanche 4 février 2018

"Star Wars épisode 8 : Le Dernier Jedi" de Rian Johnson

star wars 8 afficheL'histoire : Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé...

La critique Nelfesque : Bon ok, ça fait 2 mois qu'on a vu ce film au cinéma et à peu près le même temps que Mr K me demande sans arrêt si j'ai écrit ma chronique sur "Star Wars". Bon... Ben non en fait... Et je traîne, je traîne, tout ça pour pondre ces quelques lignes qui n'apporteront sans doute rien au schmilblick mais qui permettront à mon cher et tendre de pouvoir (ENFIN) poster sa chronique.

Les épisodes de Star Wars se suivent et ces dernières années se ressemblent tous. Alors oui c'est de plus en plus creux et ça agace les puristes de la saga mais visuellement ça claque toujours autant la tronche et pour ma part, je continue d'aller les voir pour ça. Côté fond, ici, ben... 2 mois plus tard je n'en retiens pas grand chose et c'est sans doute révélateur mais pour le spectacle ça vaut la place de ciné (sans compter les créatures mignonnes qui fleurissent à chaque nouveau film (oui je sais, je suis une gamine)).

Non mais regardez-moi ça :

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(J'en veux un !)

Bon sinon, à part ça, on continue de suivre les pérégrinations de la nouvelle bande et ici le personnage de Finn est plus en retrait. Kylo Ren prend de l'épaisseur et son lien avec Ray est assez intéressant. Pas tout à fait noir finalement l'Adam Driver, voyons voir comment tout cela va évoluer. Avec des gros sabots peut-être mais la saga peut ici prendre un virage autre que celui du happy end (ok, c'est Disney mais laissez-moi rêver !).

Tout le monde ou presque a vu et a donné son avis sur cet épisode 8, je suis un peu à la bourre et vais abréger pour laisser Mr K, qui avait écrit sa chronique juste après le visionnage (contrairement à moi (feignasse)), poster son ressenti. Il y aurait des choses à dire et il va vous en parler (comme la mort de Luke). Vous l'aurez compris, perso, les Star Wars, j'aime aller les voir au ciné avant tout pour le fun, sans plus rechercher autre chose, comme ce fut le cas avant. Les temps changent.

Ah si dernière chose, elles aussi je les ai adorées !

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La critique de Mr K : 3,5/6. Je n’irai pas par quatre chemins, ce volume 8 est un des plus faibles de la saga après un numéro 2 catastrophique. Disney a gagné, on nage bien souvent dans la niaiserie, la bien-pensance et le souffle épique a disparu au profit d’effets humoristiques trop souvent placés au mauvais moment. Pour autant, j’ai pris plaisir à regarder ce film à grand spectacle qui ne ménage pas le spectateur par une action quasiment non stop et certaines scènes diablement séduisantes.

Dans les points forts, il y a tout d’abord la beauté formelle (à part les renards de cristal que j’ai trouvé complètement foirés). On prend une fois de plus des claques à n’en plus finir avec des planètes et des mondes incroyables et dépaysants, des créatures variées et délirantes (mention spéciales aux petites bébêtes trognonnes de l’île de Luke Skywalker) et des engins spatiaux toujours aussi fascinants (les croiseurs impériaux, les X-wing). On en prend plein les mirettes mais aussi plein les oreilles avec de vieilles mélodies remises au goût du jour mais qui fonctionnent toujours aussi bien.

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Les acteurs sont valables une fois de plus même si à mon goût on ne voit pas assez Finn au détriment du décérébré patron de BB8 (beau gosse ténébreux à 2 de QI) mais Ray reste toujours impeccable. Mention spéciale à Mark Hamill qui campe un Luke Skywalker bad-ass à souhait, torturé et finalement héroïque. Que de souvenirs sont remontés à la surface d’un perso qui m’a toujours plu avec Han Solo comme compère loustic. J’aurais aimé aussi le voir plus mais je ne boude pas mon plaisir et Luke a été bien traité. Leia fait du Leia... Le personnage qui a le mieux évolué et pour qui j’ai une tendresse particulière est celui de Kylo Ren , le nouveau bad boy, très ambigu, sale gosse en mal de reconnaissance et joué avec talent par Adam Driver. Ma scène préférée dans le repaire de Snoke prend une tournure magistrale, c’est d’ailleurs le seul moment où j’ai ressenti un authentique frisson de plaisir et d’excitation.

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Car le reste bien que distrayant est d’une platitude sans nom : l’armada rebelle qui résiste comme elle peut pendant 2h30 de film (les gars faut se bouger les doigts du c...), les archétypes des épisodes précédents ressucés à mort (purée, ils nous refont deux / trois scènes de L’Empire contre attaque, le meilleur opus à mes yeux !), un rythme hyper haché qui gâche certaines scènes qui auraient pu devenir cultes, un humour mal dosé par moments, des personnages qui n’évoluent pas assez ou totalement plats (Laura Dern méritait mieux, fuck you Disney ! (les amateurs de Twin Peaks apprécieront la référence)) et franchement, aucune réelle surprise.

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Au final du plaisir mêlé de déception, Star Wars n’est plus qu’un produit commercial comme les autres, un film qui ne sort pas du lot ce qui m’attriste profondément vu mon amour pour la saga originelle (4, 5, 6). Mais comme je suis un geek au dernier degré par moment, j’irai voir le 9 pour voir comment tout cela va s’achever mais je pense que ce sera le dernier que j’irai voir au cinéma si la déception est une fois de plus au rendez-vous.

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lundi 30 octobre 2017

"Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve

Blade Runner afficheL'histoire : En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies...

La critique Nelfesque : Qu'il est bon de voir de la SF de cette qualité au cinéma ! Après avoir fortement apprécié l'excellent "Premier contact" de Denis Villeneuve l'an passé, et pour aimer sa réalisation dans d'autres genres de films (notamment du côté du polar avec "Prisonners"), il était tout naturel pour moi d'aller voir le dernier né de ce réalisateur, "Blade Runner 2049".

Quelle maîtrise une fois de plus ici ! Le long métrage ne dure pas moins de 2h45 et pourtant à aucun moment on ne regarde sa montre. Le temps file à toute allure, hypnotisés que nous sommes par la beauté des images et l'histoire en elle-même. On ne présente plus "Blade Runner", film culte sorti en 1982 situant son histoire en 2019 et très apprécié des amateurs de SF. "Blade Runner 2049" prend la suite et nous donne à voir le monde tel qu'il est 30 ans après l'oeuvre originelle.

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On retrouve ici tout ce qui fait la beauté et la portée du premier du nom. Denis Villeneuve ne trahit pas le premier opus et vient moderniser l'ensemble. Les plans sont sublimes, il n'y a rien à dire sur la photographie, le choix des couleurs et l'ambiance qui en découle. Tout est maîtrisé à l'extrême et c'est un pur bonheur de contempler l'architecture futuriste, se promener dans les rues de Los Angeles, en prendre plein les yeux avec les pubs géantes et les prouesses technologiques présentées.

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Côté émotion, on est aussi servi ici avec une histoire d'amour qui n'est pas sans rappeler celle présente dans "Her" et qui bien que virtuelle est on ne peut plus palpable et émouvante. Ryan Gosling fait du Ryan Gosling, il est assez froid et joue sensiblement toujours pareil mais ici cela se justifie par sa condition de Blade Runner (je serai tout de même curieuse de le voir un peu évoluer côté rôle pour voir ce qu'il a vraiment dans le ventre...). On a plaisir à retrouver Harrison Ford et les seconds rôles tels que ceux de Robin Wright ou Jared Leto ne sont pas en reste. Dommage qu'on ne les voit pas un peu plus à l'écran et que justement le personnage de Niander Wallace (Jared Leto) ne soit pas plus exploité. Cela restera le seul léger bémol du film car j'aurais aimé en apprendre plus sur son cas mais peut-être y aura-t-il un jour un long métrage centré sur ce personnage (on peut rêver !). Mention spéciale pour la sublime Ana de Armas qui en plus d'être très jolie (si si il faut le dire, elle est magnifique) interprète avec brio le rôle d'une créature "holographique" générée par une application permettant à l'officier K de ne pas vivre seul. Un rôle loin d'être évident à tenir et qu'elle tient avec talent.

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Jeu d'acteurs, réalisation, visuel, musique... Tout est ici réuni pour faire de ce long métrage un film que l'on n'oubliera pas de si tôt ! Ambiance sombre et avenir déshumanisé, l'espoir n'est pas ce qui caractérise le plus ce long métrage et pourtant à travers quelques touches d'optimisme (histoires d'amour, relations filiales...), l'ensemble prend une teinte plus claire et laisse entrevoir de belles perspectives. Un monde de nouveau de retour à la vie. Très beau !

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La critique de Mr K : 6/6. Encore une sacrée claque cinématographique avec cette vraie / fausse suite d’un film culte, tiré d’un texte tout aussi culte de Philip K. Dick qu’on ne présente plus, MON auteur favori de SF. C’est un sacré tour de force que réalise Denis Villeneuve, un réalisateur que nous aimons beaucoup au Capharnaüm éclairé. Pour résumer ma pensée, ce film s’est révélé puissant, beau, magnétique et hyper respectueux de l’œuvre originelle. Franchement, je suis épaté.

Au centre de l’intrigue, l’agent K un réplicant travaillant pour la LAPD de 2049 interprété par Ryan Gosling, un blade runner chassant les anciens modèles qui se sont infiltrés dans la population humaine. Lors d’une opération de contrôle habituelle, l’interpellation se révèle musclée, le Nexus 8 en question résistant par la force et finissant occis par le héros. En opérant un scan de la zone, l’agent K va mettre à jour un secret enfoui à 30 mètres sous terre, une vérité qui révélée pourrait tout changer notamment le sort réservé aux réplicants, esclaves robots pour le moment entièrement soumis aux hommes. Commence une enquête qui le mènera aux limites du droit et de la légalité, au dépoussiérage de vieux dossiers faisant référence au film de 1982 et l’amènera surtout à se questionner sur lui-même, son passé et sa réelle nature. Il faut bien 2h45 pour montrer tout cela et croyez moi, on ne les voit pas passer !

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Tout d’abord, quelle beauté formelle. Tout en respectant l’original, Villeneuve propose une vision extra-ordinaire du futur, un avenir sombre, incertain et profondément pessimiste. Il pleut toujours autant, certaines zones irradiées cachent bien des secrets et l’on rejette aux marges les populations déshéritées vivant comme des marginaux (terrible passage sur l’orphelinat qui ne peut que rappeler une réalité bien présente en 2017). Malgré cet aspect repoussoir, c’est vraiment bluffant, intriguant et fascinant. On retrouve les grandes pubs qui couvrent les immeubles, les voitures volantes, les armes futuristes et l’on rentre dans l’appartement de K avec son intelligence artificielle qui lui tient lieu de compagne. Très cohérent, chaque détail compte, ne tombe pas dans le gadget ; c’est une véritable immersion qui nous est proposée ici. On s’en remet difficilement !

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La musique est terrible, rappelant sans la copier la BO originelle qui a tendance à tourner en boucle à la maison quand il s’agit de corriger des copies. Vangelis ne rempile pas mais la relève assure. Denis Villeneuve propose quant à lui toute une série de séances chocs avec son inventivité qui le caractérise si bien, renversant les schémas établis, aimant perdre le spectateur pour mieux le retourner ensuite. C’est une fois de plus un travail d’orfèvre avec une photo incroyable, un travail sur les couleurs et un foisonnement d’effets spéciaux bien maîtrisé qui ne prend jamais le dessus sur le propos et les personnages.

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Et puis, que d’émotions ! J’avoue avoir versé ma petite larme à plusieurs reprises avec notamment une scène d’amour profondément triste (du genre de la scène de la baignoire dans The Foutain de Darren Aronofski), la scène finale reprenant le morceau Tears in the rain (Culte de chez culte la scène originelle sur le toit dans le film originel) et un Harrison Ford toujours aussi charmeur et touchant. Je dois avouer que la bonne surprise vient de Ryan Gosling que je qualifierai volontiers d’habitude d’acteur-moule, je trouve qu’il joue en général toujours de la même manière. Il est parfait dans ce métrage, le rôle lui va comme un gant et l’on guette la moindre de ses réactions pour assister à l’humanisation de cet être voué à servir. Les autres acteurs sont au diapason avec un Jared Leto impeccable mais que l’on ne voit malheureusement que trop peu (THE défaut du film, le méchant reste un peu trop caricatural, j’aurais nuancé davantage en creusant le perso – purée on ne me demande jamais mon avis !-) et des actrices au top avec une méchante bien teigneuse mais non dénuée de nuances et une IA adorable et sensible à souhait.

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Le fond du film est tout aussi intéressant avec une charge sans complexe contre la destruction de toute vie naturelle par l’homme (la symbolique de l’arbre mort est sans appel), une frontière entre réel et irréel qu’il est de plus en plus dure à repérer, l’acharnement de l’homme à asservir pour asseoir son pouvoir et avec un constat sans appel sur notre nature profonde et la curieuse humanisation des robots qui prennent le sens inverse des êtres humains. Ce sont les replicants qui nous émeuvent le plus au final comme le personnage joué par Rudget Hauer dans l’original. On ressort clairement bouleversé de cette séance et on prend conscience très vite que ce film fait partie des suites réussies qui n’ont pas à rougir de la comparaison à l’original même si ce dernier reste indépassable. Une sacrée expérience que tout amoureux de SF se doit de voir au cinéma et sans 3D c’est très bien aussi !

Posté par Nelfe à 17:05 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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