mercredi 5 octobre 2016

"Free state of Jones" de Gary Ross

Free state of jonesL'histoire : En pleine guerre de Sécession, Newton Knight, courageux fermier du Mississippi, prend la tête d’un groupe de modestes paysans blancs et d'esclaves en fuite pour se battre contre les États confédérés. Formant un régiment de rebelles indomptables, Knight et ses hommes ont l'avantage stratégique de connaître le terrain, même si leurs ennemis sont bien plus nombreux et beaucoup mieux armés... Résolument engagé contre l'injustice et l'exploitation humaine, l'intrépide fermier fonde le premier État d'hommes libres où Noirs et Blancs sont à égalité.

La critique Nelfesque : Ah Matthew... Matthew... Voir son nom au casting d'un film n'est peut-être pas pour vous une raison suffisante pour aller voir un long métrage en salle mais pour ma part, on n'en est pas loin. Matthew McConaughey est un acteur que j'aime beaucoup. Non, je ne suis pas une midinette, je ne le trouve pas spécialement beau et si j'avais l'âge je ne mettrais pas non plus de posters de lui dans ma chambre mais c'est un des acteurs actuels dont le jeu me procure le plus d'émotions. A chacune de ses apparitions dans un film ("Mud" par exemple) ou une série (regardez la première saison de "True Detective" !), il insuffle une dimension dramatique et une telle intensité de jeu me scotche littéralement à mon écran.

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Voilà, ça c'est dit ! Mais qu'en est-il de "Free state of Jones" Matthew mis à part ? Nous sommes ici dans l'Amérique du milieu du XIXème siècle, en plein Mississippi. Époque charnière qui préfigure l'abolition de l'esclavage, nous suivons ici les habitants de la ville de Jones et plus particulièrement Newton Knight qui en plein champs de bataille va déserter et rentrer dans sa ville natale où il va résister aux troupes des confédérés.

"Free state of Jones" est basé sur une histoire vraie, celle d'un homme qui a refusé de se battre pour protéger des propriétaires d'esclaves, un homme qui ne faisait pas de distinction entre un noir et un blanc, un homme qui a pris sous son aile des veuves et des orphelins évitant les pillages de leurs récoltes. Je ne connaissais pas cette histoire avant d'aller voir ce film mais je dois dire que ce dernier m'a fortement donné envie de me pencher sur cette période de l'Histoire des États-Unis et sur des récits ou romans se déroulant à cette époque (d'ailleurs si vous avez des références, n'hésitez pas à me donner quelques conseils en commentaire).

Le traitement du réalisateur, Gary Ross, est superbe et plonge le spectateur dans l'Amérique des années 1860. Les paysages sont magnifiques, les marais dans lesquels se réfugient Knight et ses camarades, sont sublimés et l'ensemble plonge le spectateur dans une ambiance à la fois oppressante, protectrice et pleine d'espoir. Dans leur cocon humide, ils vont mettre en place une riposte et vont faire de Jones, une ville où esclaves et hommes libres cohabitent en ayant les mêmes droits.

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Mais tout cela ne va pas sans son lot de drames... On s'attache aux personnages et certains vont mourir, il y a des injustices, des trahisons, les horreurs de l'Histoire mais toujours en trame de fond la liberté, la dignité et l'espoir. "Free state of Jones" nous fait passer par toutes les émotions. De la joie d'une naissance à la tristesse d'un deuil, de l'optimisme de jours meilleurs à la résignation face aux obstacles...

Qu'il est long le trajet vers la tolérance et l'égalité. L'histoire qui nous est contée dans ce film n'en est qu'une toute petite partie mais elle nous permet de mesurer le chemin parcouru et celui qui est encore à faire. Une belle leçon d'humilité, sans grande surprise et convenue, mais un focus nécessaire sur l'Histoire dans un bel écrin.

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La critique de Mr K : 5/6. Une sacrée bonne surprise pour ce film tiré d'une histoire vraie davantage connue outre-atlantique que par chez nous. Un homme va s'engager pour libérer son comté (le Jones du nom) du joug des puissants qui l'exploitent et tenter de faire changer les mentalités notamment vis-à-vis des noirs. Dans une Amérique plongée dans la guerre de Sécession entre le Nord Yankee et le sud esclavagiste, vous imaginez que ce n'est pas si facile !

Une fois de plus, les productions US (et ici chinoises) s'appliquent à retranscrire une fresque historique avec une foule de détails et une cohérence d'ensemble réussie. On vit littéralement l'histoire à travers de superbes reconstitutions de batailles, de belles oppositions entre antagonistes exacerbés (riches propriétaires terriens et fermiers puis les esclaves) et des décors à couper le souffle. Mention spéciale aux marais où se réfugie le héros dans un premier temps et où il va monter sa troupe de mutins avant de passer à l'action. C'est naturaliste par moment et au détour de certaines scènes, on apprécie de se voir décrire une époque et des coutumes bien particulières.

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Matthew McConaughey est omniprésente et il se révèle une fois de plus impressionnant en leader charismatique. On n'oubliera pas de si tôt sa composition pleine de passion, son regard pénétrant et son aspect hirsute. On sent bien que cette figure héroïque déviante (loi du talion oblige) va aller jusqu'au bout de son combat qui semble perdu d'avance. L'acteur est littéralement rayonnant et même s'il accuse plusieurs fois le coup (j'ai eu les yeux humides plus d'une fois), ce personnage ayant vraiment existé méritait d'être revisité par le cinéma. Autour de lui gravite toute une galerie de personnages forts comme ses nouveaux amis afro-américains qu'il essaie de sortir comme il peut de leur condition en accompagnant l'Histoire en marche et qu'il va réhumaniser par sa compassion et le partage (magnifiques scènes sur l'importance de la lecture et de l'instruction notamment). La dénonciation de l 'esclavage est claire et sans appel, elle m'a même davantage touché que dans 12 years a slave qui pourtant était déjà très bon.

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Au rayon des défauts, on peut évidemment arguer du fait que l'ensemble est plutôt convenu en terme de mise en scène et que les éléments de surprises sont quasiment absents. Que le film est un bel enrobage à l'américaine... Et pourtant quelques saillies scénaristiques s'écartent clairement du manichéisme primaire que l'on retrouve trop souvent dans ce genre de productions. Ainsi, une fois la guerre de Sécession terminée, on se rend vite compte que les libérateurs du Nord s'arrangent avec les anciens esclavagistes et que la situation perdurera encore longtemps, que le mariage entre un blanc et une noire restera impossible dans certains états pendant des décennies... Bien maligne l'idée d'ailleurs de croiser le récit principal avec celui d'un des descendants de Newton Knight confronté à la justice inique d'un état du sud. Non, nous sommes vraiment loin du consensus à tout crin, nous sommes face à une œuvre certes académique et parfois très pédagogique mais on est aussi face à un film bouillonnant de rage et de révolte. Mission réussie pour cela !

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On passe donc un excellent moment avec Free state of Jones entre intimisme nuancé et introspections régulières de chacun, scènes d'action sauvages et efficaces, et un message de fraternité et d'entraide qui fait du bien par les temps que nous traversons. Courrez-y, il perdra de sa saveur et de sa beauté sur petit écran.

Posté par Nelfe à 17:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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dimanche 31 janvier 2010

"Le soleil est rare et le bonheur aussi..."

Gainsbourg_le_film_afficheL'histoire: La vie de Gainsbourg, du jeune Lucien Ginsburg dans le Paris occupé des années 1940, jusqu'au poète, compositeur et chanteur célébré dans le monde entier.
Le film explore son itinéraire artistique, du jeune homme épris de peinture à la consécration de sa musique dont l'avant-gardisme en a fait une véritable icône de la culture française. Mais aussi la complexité de sa vie adulte à travers ses amours tumultueuses.

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La critique Nelfesque: Cela faisait des mois que j'attendais la sortie de ce "Gainsbourg, vie héroïque". Tout d'abord parce que j'aime beaucoup cet artiste, ensuite parce que la seule bande annonce que j'avais vu était assez bluffante et donnait vraiment envie. Et enfin, argument non des moindres: Joann Sfar à la réalisation.

L'appellation "conte" qui a été apposé au film laissait cependant une part de mystère. La bande annonce étant courte et surtout basée sur l'ambiance, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Et là hier soir, je me suis vraiment retrouvée devant un conte. Personnages imaginaires, délires artistiques, animations avec des dessins de Sfar bien évidemment, sont autant de détails qui font que nous ne sommes pas dans la biographie à proprement parlé. Il y a une dimension onirique dans ce film, des lenteurs qui laissent tout le loisir de s'imprégner des ambiances. Si vous n'aimez pas Gainsbourg, n'y allez pas. Si vous l'aimez juste bien, vous risquez de vous ennuyer à certains moments. Par contre, si comme moi, vous aimez le personnage de Serge, son côté provocateur et poète, sa musique et ses textes, alors ce film est fait pour vous. Eric Elmosnino qui interprète le rôle de Gainsbourg est tout simplement bluffant! On croirait voir Gainsbourg lui même autant dans l'attitude que dans le phrasé et cela sans caricature. Il s'est vraiment mis dans son personnage et l'habite plus qu'il ne le singe. Les autres protagonistes féminins, Bardot, Gréco, Birkin... sont elles aussi criantes de vérités. Et puis voir un Philippe Katerine dans la peau de Boris Vian, c'est tout simplement jouissif.

En résumé, ce film rend hommage avec délicatesse , finesse et poésie à ce monstre sacré qu'est Serge Gainsbourg. Je ne regrette pas de l'avoir attendu si longtemps et je ne suis pas du tout déçue. Mieux que ça, j'ai été surprise et cueillie à maintes reprises.

Et enfin, découvrir Jérôme Goldet à la contrebasse au détour d'une scène et voir au générique Bastien Lallemant, Albin de la Simone et Eric Löhrer, ça me fait chaud au coeur!

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La critique de Mr K: 5/6. Très bon film. Décidément, dès que Sfar réalise quelque chose d'artistique, c'est un sans faute. Il invente à lui tout seul le concept de "biographie onirique". On suit la vie de Gainsbourg depuis sa prime jeunesse de dessinateur en herbe déjà amateur de belles plantes, puis les années passent et l'on retrouve l'artiste, ses oeuvres et rencontres marquantes, ses frasques et finalement sa déchéance. Comme annoncé dès le générique, il s'agit d'un conte et le réalisateur se permet d'imaginer et même de matérialiser les pensées, les doutes du héros sous la forme d'un double tentateur. Il se dégage donc de ce film un parfum de folie douce lié à la méthode de Sfar tout en conservant le côté sulfureux de Gainsbourg. Petit regret, Sfar ne s'attarde pas trop sur sa période Melody Nelson et L'homme à la tête de chou ma préférée. Enfin, à partir de Jane, les scènes se suivent sans lien véritable contrairement à la première partie du film qui fond dans la bouche comme un Léonidas. Mais ces quelques scories ne doivent pas vous refroidir, ce film mérite d'être vu notamment au cinoche pour apprécier à son zénith les images et le son excellents tous les deux. L'année 2010 commence bien!

Posté par Nelfe à 20:35 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
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