mercredi 13 février 2019

"Un Ciel radieux" de Jirô Taniguchi

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L'histoire : Mais qui croira mon histoire ? Moi-même, parfois, je me demande si tout cela est réellement arrivé...

La critique de Mr K : Je continue l'exploration de l’oeuvre de Jirô Taniguchi aujourd'hui avec Un Ciel radieux qui est ma deuxième incursion dans l'univers de ce mangaka décidément à part. Sous les conseils de ma douce, j'avais emprunté à la médiathèque il y a quelques temps déjà Quartier lointain qui m'avait littéralement subjugué par sa profondeur et la maîtrise de son récit. Je remets donc le couvert avec un titre que j'ai pris par hasard, sans consulter le moindre résumé (la quatrième de couverture est réduite au minimum comme vous avez pu le constater), histoire de partir à l'aveuglette. Comme vous allez le voir, je ne me suis pas trompé et j'ai vécu une lecture une fois de plus prenante et surtout ici très touchante.

Tout commence par un accident de la route dramatique par une nuit d'été dans une rue de la banlieue de Tokyo, entre un motard et une fourgonnette. 10 jours plus tard, le conducteur de la fourgonnette, Kazuhiro Kubota, 42 ans, meurt sans avoir repris connaissance. Au même instant, l'encéphalogramme du motard, Takuya Onodera, 17 ans, en état de mort cérébrale, montre à nouveau des signes d'activité. En une vingtaine de jours, il a repris connaissance et semble en voie de guérison totale : un vrai miracle. Mais celui qui se réveille dans le corps de Takuya, c'est Kazuhiro. Après un instant de surprise, il admet ce qui lui arrive et comprend qu'une deuxième chance lui a été donnée. Mais cette chance est temporaire : en effet, la mémoire du vrai Takuya lui revient petit à petit. Avant de rendre le corps de Takuya à son légitime propriétaire, Kazuhiro décide de transmettre coûte que coûte à sa femme et sa petite fille de 8 ans qu'il les aime et qu'il regrette de les avoir trop souvent négligées jusqu'à sa mort. Mais qui pourra croire son histoire ?

Un Ciel radieux 1

On retrouve dans cet ouvrage toute la finesse et le regard contemplatif que porte l'auteur à ses personnages. Le rythme est lent et prend le temps de suivre de près l'évolution du héros à la double personnalité. Bien que fantastique dans son postulat de base, le traitement des personnages est d'un réalisme de tous les instants. On se retrouve un peu dans une ambiance à la Haruki Murakami avec des êtres esseulés, qui réfléchissent intensément au pourquoi du comment de leur état avec un brin de folie, de fantaisie voir de fantastique ici. Au final, ce n'est pas forcément les raisons du processus qui importent mais plutôt ce qu'il va révéler sur chacun et les conséquences que cela aura sur leurs proches et eux-mêmes. Parcours intimistes atypiques, on suit avec curiosité et intensité cette expérience hors norme qui va voir les deux âmes s'opposer, se rapprocher et s'entraider. Très différents l'un de l'autre, certaines choses finalement les rapprochent et vont permettre à chacun de poursuivre sa route de son côté avec une relative sérénité.

Un Ciel radieux 3

Cette histoire nous parle donc de nous, de nos rapports complexes avec nos familles, des frustrations et tabous que l'on s'impose entre égoïsme, volonté de protéger l'autre mais aussi les sacrifices que cela induit. Chaque cellule familiale a son propre fonctionnement et ici nous en avons deux exemples bien distincts que l'auteur s'amuse à explorer en profondeur à la manière d'un chirurgien. Les non-dits sont nombreux, les rapports biaisés ont des conséquences que le héros va découvrir grâce à un nouveau regard, distancié et sans filtre. Cela donne des révélations qui prennent des proportions gigantesques et une émotion d'une force rare. L'amour est donc au centre de ce recueil mais le deuil y a aussi une grande part et Jirô Taniguchi aborde le sujet avec un talent magistral. Il retranscrit à merveille le trou béant que laisse derrière lui un être cher que l'on perd et la nécessaire guérison qui doit suivre pour pouvoir poursuivre sa vie en acceptant notamment la mort qui nous frappe, en la surmontant et finalement en prenant un nouveau départ. Pour ma part, j'ai fini liquide à la fin de ma lecture et croyez moi, il en faut pour y arriver. Touché par la grâce, la beauté mais aussi les tensions dramatiques en jeu, je me rappellerai longtemps de ce manga.

La mise en image est une fois de plus parfaite avec des traits épurés mais fourmillant de détails. Je ne suis pas forcément un gros adepte du genre à la base mais le contenu est tellement emballant et puissant que mes réticences initiales disparaissent dès les premières pages. Les 304 pages se lisent sans souci, d'une traite et l'on est submergé par une émotion prégnante et totalement insoutenable. Moi qui aime être bousculé, j'ai été servi et j'en redemande. M'est avis que je vais recroiser les pas de sieur Taniguchi d'ici quelques semaines...

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La critique Nelfesque : (ou plutôt le petit grain de sel) Je viens de finir cette lecture à l'instant et sans être dans le même état de déliquescence que Mr K je dois avouer que ce "Ciel radieux" est très émouvant. Effectivement, par son côté universel, il touche profondément le lecteur. Tout le monde a connu un deuil. Tout le monde s'est dit qu'il n'avait pas tout dit à l'être aimé. Peut-être que nos disparus ont également pensé celà en nous quittant. Peut-être même nous lancent-ils des signaux de là où ils sont (chacun croit ce qu'il veut). En tout cas, je pense que bon nombre de lecteurs de ce présent manga se sont dit qu'ils auraient aimé avoir cette chance de pouvoir dire un dernier au-revoir.

J'avais découvert Taniguchi il y a quelques années avec "Quartier lointain", je suis ravie de faire cette passe de deux quelques années plus tard. Il a une vision poétique qui me parle, un côté simple et ouvert qui met du baume au coeur. J'aime cette part d'humanité que nos sociétés actuelles ont tendance à perdre, cette beauté dans toute chose, ces plaisirs simples et ces réflexions qui nous font prendre conscience que tout est éphémère et qu'il faut profiter de chaque instant au maximum. Carpe diem. On est en plein dedans ici et ça fait du bien à nos petits coeurs !

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lundi 26 novembre 2018

"L'Apocalypse selon Magda" de Chloé Vollmer-Lo et Carole Maurel

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L'histoire : L'apocalypse annoncée il y a un an n'aura finalement pas lieu ! Tandis que l'humanité tout entière célèbre la nouvelle, Magda, 14 ans, est dévastée. Pourquoi ? Pour le comprendre, il faut revenir en arrière, à ce jour où Magda décide qu'elle mourra sans regrets. D'amours maladroites en paradis artificiels, sous le compte à rebours des saisons, la jeune fille se découvre à elle-même, dans un monde d'adultes dépassés par les événements.

La critique de Mr K : Petite lecture bien sympathique aujourd'hui avec cette BD empruntée à la médiathèque sur la seule foi de sa quatrième de couverture et de dessins séduisants. L'Apocalypse selon Magda est surprenant, sous fond de trame pré-apocalyptique, il s'agit surtout d'une œuvre très intimiste qui s'empare d'un sujet inépuisable : le passage de l'enfance à l'âge adulte. Pour cela, rien de tel que de prendre un sujet féminin de treize ans, de lui bombarder une nouvelle terrifiante et de la laisser agir à sa guise. Je peux vous dire que ça dépote !

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Et oui ! Le proviseur du collège l'a annoncé : la fin du monde, c'est pour dans un an tout juste ! Magda et ses camarades hallucinent mais les médias le confirment : une série d'événements naturels hors norme vont s'enchaîner et l'humanité n'en réchappera pas. Le compte à rebours est lancé, en cinq chapitres qui correspondent chacun à une saison, le temps s'égraine et nous suivons l'évolution de Magda, sa famille et ses proches. Les réactions sont diverses vous vous en doutez, le chaos guette et Magda est bien décidée à changer.

Si vous vous attendez à une BD pré-apocalyptique, passez votre chemin. L’ouvrage s'apparente bien davantage à un récit initiatique, celui d'une jeune fille de treize ans qui à la faveur d'un changement biologique, accentué par un contexte extrême va s'affranchir des règles établies, se chercher comme tous les adolescents du monde. Bien qu'omniprésente dans les esprits, la fin du monde n'est finalement qu'évoquée et l'on se concentre sur le parcours de Magda qui va vivre en accéléré ce que l'on vit normalement en quelques années, l'apparition de ses règles, le jeu des hormones, flirts et premières expériences, premiers gros flips et toute une série d'expérimentations qui vont la changer pour toujours. Sans caricature et grâce à un ton juste et mesuré, on a ici le parfait petit guide de la crise d'adolescent.

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Il faut dire que dès le début, le paternel se fait la malle avec sa maîtresse et laisse la famille isolée : la maman, Natacha (la grande sœur de Magda) et l'héroïne elle-même. Le déséquilibre initial ne va faire que se creuser entre interrogations métaphysiques (je ne suis plus une enfant et je veux faire ce que je veux), le goût pour la transgression (sortir à pas d'heure, l'acte de chair) et une famille débordée qui ne gère plus rien dans un monde en perte de repères et qui part à vau l'eau. L'apocalypse est ici volontiers psychique tant on sent que la fêlure grandit entre Magda et les siens. La fin vient cueillir le lecteur avec une dernière planche inoubliable qui permet au récit d'aller au bout de sa logique. C'est suffisamment rare pour être signalé, on n'est pas ici face à une BD purement commerciale avec un cahier des charges morales fixé d'avance. Ici, on cherche le réalisme avant le sensationnel et l'aventure de Magda loin d'être codifiée, explore à merveille la psyché de ces êtres si fragiles et si vulnérables que sont les adolescents (même si beaucoup ne l'avoueront jamais !).

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L'Apocalypse selon Magda a donc un ton assez unique entre rire, drame et fatum qui semble indépassable. Les dessins accompagnent très bien le récit et même s'ils ne m'ont pas paru exceptionnels, ils se révèlent dynamiques et bien plus fouillés qu'en apparence, je pense notamment aux émotions des personnages qui s'avèrent très bien rendues malgré un trait un peu léger par moment. On passe donc un bon moment malgré la fin tétanisante qui prolonge bien après la lecture la réflexion induite au départ. Une belle expérience à tenter si le cœur vous en dit.

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samedi 17 février 2018

"Retropolis" d'Anne-Laure To et El Diablo

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L’histoire: Je commence à en avoir par dessus la truffe, là ! Qu’est ce qui se passe ? Les gens se transforment en veaux ou quoi ? Peuvent pas consommer des trucs sérieux ?

La critique de Mr K : J’ai dégoté cet album de BD par hasard en allant faire un tour dans un magasin de hard discount du secteur. J’ai déjà eu l’occasion de trouver ainsi quelques ouvrages publiés par Casterman dans sa collection KSTR qui fait la part belle aux jeunes auteurs et leur donne la chance de sortir une première BD. C’est le cas ici pour Anne-Laure To venue du milieu de l’animation et du cinéma qui s’est vue fournir un scénario bien alambiqué par El Diablo que les amateurs du huitième art connaissent bien notamment grâce à sa collaboration reconnue avec la dessinatrice Cha. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre avec ce titre mais je tentais l’aventure à cause de son prix et de sa couverture magnétique (mix improbable entre Blacksad et Fritz Lang, deux références qui me parlent). Malgré quelques défauts, on passe un très agréablement moment, on se prend même à penser que ce fut trop court alors que je suis un fervent amateur des one-shot et que la tendance actuelle à réaliser des cycles interminables m’exaspère au plus haut point.

Les auteurs débutent leur histoire en plein conflit de la Première Guerre mondiale où un rat-soldat, Otto, se voit trancher les deux mains ! À côté, nous suivons Polly une jeune fille indisciplinée qui se voit confiée à une nounou très particulière et surtout très stricte. S’ensuit un bond en avant temporel, où l’on retrouve Otto en tant que mafieux dans l’univers des maisons de loisirs pour adulte, doté de deux crochets à la place des mains. Polly quant à elle s’apprête à avoir 18 ans et va pouvoir échapper à l’emprise de son mystérieux père. En parallèle, un mystérieux industriel cherche à prendre le pouvoir en Allemagne par son discours hyper sécuritaire et d’étranges bars à lait ouvrent leurs portes un peu partout dans le pays, les consommations transformant leurs clients en zombies bien obéissants. Tous les éléments disparates du scénario vont bien sûr se rejoindre pour former un tout bien flippant et plutôt réussi.

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Les personnages principaux sont attachants. Très vite, derrière son image de bad boy, Otto laisse entrevoir une fibre sensible que la guerre a recroquevillé au fond de son être. Travaillant dans un lupanar, il entretient de troubles relations avec une jeune chatte stripteaseuse qui enquête sur les disparitions étranges de ses sœurs. Il va se rendre compte pour l’occasion qu’il y a bien pire que lui et ses basses-manoeuvres, il va d’ailleurs basculer à un moment dans un choix moral qui pourrait bien changer la donne pour lui. Polly quant à elle va découvrir la vraie nature de son géniteur, finir par rencontrer Otto pour une première expérience plutôt étrange d’ailleurs. Bien que classiques dans leur développement et leurs aspirations, on suit donc avec plaisir les aventures de ces personnages décalés et totalement en roue libre.

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Dans cet univers en partie animalier, on suit plus ou moins l’Histoire du XXème siècle des années 20/ 30. Clairement, à travers les thématiques abordées dont les manipulations génétiques, le contrôle des masses et leur asservissement au nom d’une idéologie extrémiste prônant une morale rigoriste, le fanatisme des supporters du candidat au pouvoir suprême ne peuvent que faire penser à la montée des périls dans les années trente en Europe. Bien mené, cet aspect de la BD est réussi et laisse un goût amer dans la bouche avec cette idée que malheureusement l’Histoire a tendance à se répéter.

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Bien maîtrisée, quoique pas parfaitement fini (certaine détails manquent à mon avis), l’histoire est plaisante à défaut d‘être originale. Je suis plus partagé sur l’aspect esthétique, les dessins alternant le meilleur comme le pire, parfois fouillis (on a du mal à comprendre la signification ou l’action décrite parfois) ou franchement laids, c’est loin d‘être un coup de foudre pour l’univers graphique. Reste un fond intéressant, une charge sans ambages contre le fascisme et la pensée unique et rien que pour ça il est intéressant de tenter l’aventure !

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mardi 27 août 2013

"Block 109" de Brugeas et Toulhoat

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L'histoire: 1953...

Après avoir détruit l'Occident, le IIIème Reich agonise à son tour sous les coups de l'Armée Rouge. Pour Zytek, le maître de l'Allemagne, il ne reste qu'une seule solution: une attaque virale majeure.

Malgré le refus du Haut conseil, le virus provoque déjà des ravages dans les ruines de Marienburg. Les contaminés, transformés en monstres sanguinaires, s'attaquent aux soldats isolés des deux camps. Seule l'escouade du sergent Steiner parvient à s'échapper d'une funeste rencontre.

Ce dernier et ses camarades sont-ils la dernière chance de l'humanité? Et quel est véritablement l'objectif de Zytek, l'omnipotent seigneur du Reich?

La critique de Mr K: Voici une BD dont j'avais entendu le plus grand bien il y a déjà quelques temps et que j'ai offert à un bon pote pour son anniversaire en début d'année. Il l'a appréciée et me l'a prêtée pour que je puisse me faire mon propre avis sur cette uchronie qui m'a irrémédiablement fait penser à K Dick et sa fameuse nouvelle "Le maître du haut chateau" ou encore"Fatherland" de Harris.

Les six planches de départ re-contextualisent le récit en nous décrivant les événements s'étant déroulés de mars 1941 (assassinat par un sniper d'Adolf Hitler) jusqu'à 1953, année qui marque le début du récit proprement dit. Vous l'avez compris, le IIIème reich a survécu à la Seconde Guerre mondiale contrairement à son führer. C'est Heydrich qui est aux commandes et un énigmatique personnage dénommé Zytek a crée un mystérieux ordre teutonique en référence aux chevaliers du même nom. Son pouvoir ne fait que croître et ses intentions au premier abord extrémistes pourraient bien se révéler plus nuancées. Il faudra bien 200 planches pour que les auteurs mènent leur intrigue jusqu'au bout et nous assènent une fin sans faux-fuyant ni équivoque.

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(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

L'atmosphère de fin de règne est ici remarquablement rendue. Les soviétiques avancent malgré la défense acharnée des allemands et le conflit semble être à un tournant de son déroulement. D'étranges et sanguinaires créatures issues d'expériences contre-nature sont en liberté et dévorent tout ce qui passe à leur portée notamment dans l'ancien métro désaffecté qu'elles ont investi. On suit le point de vue d'une escouade quasiment livrée à elle-même depuis le renoncement de certains officiers. On alterne avec le ressenti des autorités et notamment de Zytek qui s'apparente beaucoup à un personnage principal tant il est omniprésent. Peu à peu, on se rend compte qu'il y a une lutte interne dans le régime: d'un côté les SS qui suivent les pas d'Hitler à travers son successeur Heydrich et de l'autre, un opportuniste à priori sans scrupule en la personne de Zytek qui veut déclencher une apocalypse bactériologique. Au milieu de ce grand jeu géostratégique, on suit le parcours de simples soldats auxquels les tenants et aboutissants échappent totalement et qui par leurs actes vont modifier les plans prévus.

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(Cliquez pour agrandir l'image)

Cette BD est vraiment brute de décoffrage. L'action est remarquablement bien décrite même si les dessins m'ont parfois paru inachevés. Il m'a donc fallu un petit temps d'adaptation pour me mettre au diapason. Malgré ce léger défaut, le scénario est vraiment très bien pensé et m'a accroché du début à la fin. Les méandres narratifs sont nombreux et la fin m'a littéralement cueillie. En plus, c'est un récit unique (ce qui se fait de plus en plus rare en BD aujourd'hui) et même si depuis des cross-over ont été réalisé sur cet univers singulier, ce volume se suffit à lui-même.

Une belle découverte que je vous conseille très fortement notamment à tous les amateurs et amatrices d'uchronies.

vendredi 26 juillet 2013

"Batman: Amère victoire" de Jeph Loeb et Tim Sale

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L'histoire: Un an après «l'affaire Holiday», Gotham City est toujours le théâtre de règlements de comptes entre les familles mafieuses et les «patients» de l'asile d'Arkham. Si Alberto Falcone était considéré jusqu'alors comme le véritable tueur Holiday, une nouvelle vague de meurtres jette le trouble sur son arrestation. Pour restaurer l'ordre à Gotham, Batman aura besoin de toute l'aide possible, voire de prendre sous son aile un nouveau partenaire...

La critique de Mr K: Retour à Gotham City après le très réussi recueil «Batman, Un long Halloween» qui m'avait été offert à mon anniversaire. Ne pouvant résister plus longtemps à l'envie de poursuivre l'expérience avec le deuxième tome de ce diptyque consacré au justicier de la nuit, je me portai acquéreur du présent volume. Rappelons ici que je ne suis pas un gros fan de super-héros, que la mode cinématographique dont ils font l'objet m'indiffère voir m'exaspère au plus haut point. Cependant, il y en a un qui échappe à la règle et qui m'a toujours fasciné: Batman. Comme en plus cette BD se rapproche énormément de la vision proposé par Christopher Nolan dans sa trilogie qu'on ne présente plus, difficile d'imaginer une déception à la lecture de cette Amère victoire.

Dans le précédent volume, après moultes péripéties, le tueur en série agissant les jours de fête avait fini par être arrêté, du moins le pensait-on... Les super-criminels comme Double-Face, l'Épouvantail, Poison-Ivy, le Joker, Mister Freeze, Le Chapelier Toqué et consorts ont été mis hors d'état de nuire et la mafia locale semblait bien calmée avec la mort du parrain Falcone. C'est sans compter sur la soif de revanche de tout ce petit monde, le commissaire Gordon et The Bat auront fort à faire entre la résurgence d'un criminel en série, une évasion collective spectaculaire de l'asile d'Arkham, les manœuvres de la nouvelle procureur et la venue d'un nouveau personnage dans la vie rangée et austère de Bruce Wayne. C'est seulement après plus de 400 pages de planches que l'on saura le fin mot de l'histoire.

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On retrouve dans ce volume toutes les qualités évoquées pour le précédent. L'ambiance est noire et glauque à souhait. Loin du manichéisme habituel au genre comics, ici les personnages sont nuancés et chacun vit avec ses frustrations et ses douleurs secrètes. On s'attache donc très vite et fortement aux personnages principaux, même les moins recommandables. La caractérisation du chevalier noir s'épaissit, on en apprend un peu plus sur ses origines et ses motivations. Le commissaire Gordon quant à lui, tout en essayant de résoudre une des enquêtes les plus difficiles de sa carrière, essaie de renouer avec sa famille qu'il avait jusqu'alors délaissé. Selina Kyles est toujours aussi séduisante au naturel et en Catwoman, elle cache un douloureux secret qui sera révélé à la toute fin. Les bad guy ne sont pas en reste avec la fille Falcone qui a repris le pouvoir laissé vacant par l'assassinat de son parrain de père et doit gérer l'après, malgré son infirmité. Je vous laisse découvrir les autres méandres de cette intrigue riche et poussée au maximum, mention spéciale pour l'introduction du jeune Robin qui à la base me faisait peur (je n'ai jamais aimé ce jeune fréluquet présomptueux). Dans ce volume, il est traité totalement différemment de l'accoutumée et se révèle être un personnage très touchant malgré un costume toujours aussi ringard (même le Bat le lui dit à un moment!).

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Les auteurs n'ayant pas changé, on retrouve le talent du scénariste Jeph Loeb dont s'est inspiré Nolan (voir critiques ici et ). De la finesse, du rebondissement et au final, une histoire réaliste et noire malgré des aspects comics indéniables. Les planches de Tim Sale rendent à merveille l'ambiance polar de l'ensemble et illustrent à merveille les destinées torturées qui nous sont livrées. On est clairement dans du comics haute-gamme, certains passages pouvant être considérés comme du roman graphique tant le travail de recherche et d'exécution a été développé et livre un rendu époustouflant. Franchement, ce diptyque fait partie des plus belles BD du genre à rapprocher des talentueuses œuvres de Todd Mc farlane (voir clip du monsieur pour Pearl Jam).

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Au final, cet ouvrage est un must à acquérir pour tous les amateurs et amatrices du Batman. Intelligent, finaud, d'une beauté confondante, le voyage dans Gotham est immersif au possible et trépidant à souhait. A lire et à relire!

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mercredi 10 juillet 2013

"Astéroïde Hurlant" d'Alexandro Jodorowsky

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L'histoire: Un astéroïde né de la destruction d'une planète file dans le vide intersidéral. Dans sa course pour l'éternité, il frôle des mondes habités et émet des ondes qui engendrent une transformation ou une crise. De cette rencontre déchirante, comme un papillon éjecté de sa chrysalide, naît alors une histoire... dure et acérée comme un minéral et brillante comme une comète.

Ou plutôt onze histoires d'Alexandro Jodorowsky, dessinées par d'imparables étoiles filantes: Pascal Alixe, Igor Baranko, Ciruelo, Adi Granov, Christian, Højgaard, José Ladronn, Axel Medellin, Carlos Meglia, Jérôme Opena, Marc Riou, Mark Vigouroux et J. H. Williams III.

Chaque histoire est reliée par la trajectoire de l'astéroïde hurlant, et dans un feu d'artifice de science-fiction, d'humour et de fantastique, illustre la philosophie cruelle et lucide d'Alexandro Jodorowski.

La critique de Mr K: Lors de notre passage aux Utopiales 2011, Nelfe et moi avions terminé en apothéose avec une conférence de sieur Jodorowski. Grand moment de réflexion et d'humour, cette rencontre mémorable n'avait que raffermi ma haute opinion de cet auteur illuminé et profondément mystique. Ce recueil est particulier. Lorsque Fabrice Giger en 2002 décide de ressusciter la défunte revue "Métal Hurlant", il s'adresse à Jodorowski pour créer un personnage qui incarnerait le mensuel: ce sera un astéroïde hurlant. Ce dernier est le point commun des onze récits compilés dans le présent volume, ouvrage de commande auprès de dessinateurs qu'il connaît plus ou moins bien. Jodorowki les guide en fonctions de leurs forces et faiblesses pour les faire accoucher de onze récits aujourd'hui réunis.

C'est autant d'histoires marquées du sceau Jodorowski. On y retrouve ses obsessions et préoccupations, force la réflexion de l'auteur. Disons-le tout-de-go, l'ambiance n'est pas à l'optimisme mais on baigne dans la métaphysique de l'être humain, le rapport à la croyance, la foi dans la science et l'idée de changement. Dans ce volume, il est notamment question des habitants d'un monde menacé se tournant vers de vieilles croyances multi-millénaires, de l'éternel combat entre le bien et le mal qui finalement se mêlent, de la recherche d'un coupable expiatoire aux pêchés d'un peuple, de vampirisme inversé, de la quête de l'Amour et de sentiments humains par une nation robotique, de l'avidité humaine source de conflit et de vice, de la notion romantique du sacrifice ultime... Autant de récits qui parlent de nous mais transposés dans des univers fantasmagoriques définitivement seventies, âge d'or du genre.

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J'ai littéralement dévoré ce recueil tant il se révèle être une compilation sans défaut de la bande dessinée SF des années 70. Le style de dessin est très différent d'une histoire à une autre. On passe de dessins tirant vers le minimalisme à des planches ultra-réalistes ou au psychédélisme léché à la Druillet. C'est là qu'on ne peut que constater la puissance scénaristique qui permet à chacun des dessinateurs invités de se transcender et de proposer des micro-récits accrocheurs à souhait. Au début de chaque histoire, Jodorowski se fend d'une petite introduction explicativo-philosophique élevant l'esprit du lecteur avant sa plongée dans la matière. Ca fonctionne à merveille, il m'a été quasiment impossible de poser cet ouvrage avant de l'avoir terminé.

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Belle expérience entre plaisir esthétique et réflexion intense, cet bande dessinée sort du lot et s'impose à mes yeux comme une des meilleures de son auteur à placer juste à côté de "L'homme est-il bon?" de Moébius. Un incontournable à découvrir au plus vite!

mercredi 8 mai 2013

"Philémon: La Mémémoire" de Fred

 couvL'histoire: Philémon s'adonne à une promenade nocturne juché sur le dos de son fidèle Anatole lorsque lors d'une malencontreuse rencontre avec un hérisson parlant et rétif, il se voit propulser au sol. Patatra! Le voila frappé d'amnésie. Commence alors avec Barthélémy, son ami puisatier rescapé du A, un nouveau voyage au cœur du pays des lettres de l'océan pour retrouver la mystérieuse Mémémoire, seule capable de guérir notre héros.

La critique de Mr K: C'est toujours avec un plaisir immense que je replonge dans l'univers fantasmagorique de Fred et des aventures de Philémon. Très tôt, je suis tombé dedans en feuilletant les albums que mes parents rangeaient dans la bibliothèque familiale. Je ne comprenais pas vraiment tous les tenants et aboutissants mais le voyage était au RDV et les dessins tirant vers l'art naïf m'électrisaient littéralement. L'âge adulte venant, je perçois derrière ces récits fantaisistes toute la poésie et la culture psychédélique cachée derrière les aventures du jeune homme au pull rayé blanc et bleu.

Avec l'aide de l'oncle Félicien, magicien à ses heures perdues, voilà notre héros et son ami propulsé dans le monde parallèle qu'ils connaissent si bien à la recherche de la lettre O où se cacherait la fameuse Mémémoire évoquée ci dessus. Impossible de résumer les événements qui suivent tant on côtoie tour à tour une imagerie merveilleuse, mythologique et déviante. C'est complètement fou, décalé, délirant mais tellement attachant et poétique. Vous croiserez ainsi un alcoolique notoire amateur de bons mots qui a lui aussi perdu la mémoire mais de façon volontaire (boire pour oublier, c'est bien connu), une sirène sans mémoire car c'est une chimère et en tant que fantasme elle n'existe pas vraiment, des secrétaires de la mémoire en grève ce qui cause bien des désagréments au monde réel, des bonhomme de neige pourfendeurs de CRS (passage énorme!), un marchand ambulant de souvenirs ambulants plutôt énigmatique, vous pénétrerez dans les rêves imagés de Philémon dans un style crayonné et psyché, vous rencontrerez les anges clowns aux blagues potaches qui énervent au possible un Saint Pierre désabusé mais tout de même philosophe... autant de passages aussi fous que tripants.

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On retrouve toute la maestria de Fred pour nous plonger dans son univers si typique et onirique à souhait. C'est cela qui très fort chez cet auteur, il est unique et autodidacte. C'est un bonheur de chaque instant de se plonger dans les planches qu'il nous propose, je me suis retrouvé baigné par l'émerveillement qui m'étreignait enfant et je ris aux références que je reconnais et saisis désormais avec la maturité et mon parcours personnel. Une nouvelle belle expérience, une lecture hors du commun que je ne peux que vous recommander!

Autres BD de Fred chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Philémon, Le naufragé du A
- Philémon, L'arche du A
- Philémon avant la lettre
- L'histoire du corbac en baskets

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lundi 1 avril 2013

"Batman: un long Halloween" de Jeph Loeb et Tim Sale

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L'histoire: Quelques mois après sa première victoire contre l'empire du crime qui phagocyte Gotham, le vigilant Batman enquête sur une série de meurtres perpétrés uniquement lors des fêtes. Travaillant en parallèle avec le jeune procureur Harvey Dent et le capitaine de police James Gordon, le Chevalier Noir engage une course contre un calendrier morbide qui égrène chaque mois une victime supplémentaire.
Une enquête dont la conclusion pourrait bien sonner la chute du plus grand espoir de Gotham, et la naissance de l'une de ses pires créatures...

La critique de Mr K: Une fois n'est pas coutume, voici une critique d'un comics américain. Je ne suis pas forcément un grand fan du genre (surtout depuis que j'ai grandi) mais mes potes me connaissent bien et l'ami Yann m'a offert le présent recueil pour mon anniversaire car il se souvenait de mon amour immodéré pour le chevalier noir notamment l'adaptation en triptyque que Christopher Nolan a réalisé pour le cinéma avec Christian Bale dans le rôle-titre (le 2 ici et le 3 !). Ici, on se retrouve face à plus de 370 pages d'aventures baignées dans le plus pur style du polar. Accrochez-vous ça va décoiffer!

Chaque jour de fête de l'année amène son lot de cadavres, la police piétine pour retrouver ce serial killer d'un genre nouveau. Derrière cette enquête policière, les deux auteurs nous invitent à une plongée vertigineuse dans le Gotham que l'on connait moins, notamment la lutte fratricide de deux parrains du crime et les rouages de la justice. Rien de bien reluisant, très vite le lecteur se rend bien compte que Gotham est gangrénée par le crime, la corruption et l'individualisme. Heureusement, Bruce Wayne, alias the Bat, veille et les bad guys n'ont qu'à bien se tenir! Vous retrouverez entre autre le Joker, Double face, Poison Ivy (I love her!), Catwoman, l'Epouvantail... Il faut bien dire que ce sont les méchants qui font tout l'intérêt de Batman même si ici, le double personnage est remarquablement traité, très proche de la vision proposée par Nolan dans ses films. Vous l'avez compris, on est plus dans un univers sombre que dans le côté cartoon propre à la série avec Adam West ou les deux films de Burton (très bon par ailleurs!).

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Ce volume est une très belle réussite en terme de graphisme. Bien que très comics, les dessins sont fouillés et détaillés. L'action est superbement rendue ainsi que les moments plus intimistes. Le rythme du récit est mené tambour battant et l'on parcourt les 372 pages de cet ouvrage sans s'en rendre compte. Le scénario présente des ramifications bien plus complexes que n'importe quel comics de base et la fin ouverte laisse envisager la suite des aventures du chevalier noir (Victoire Amère, volume déjà paru et que j'essaierai de me procurer dans les mois qui viennent). Avec cet ouvrage, on se rapproche très fortement du roman graphique tant la densité de l'histoire et des personnages vous prend à la gorge.

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Vous l'avez compris, ce fut pour moi une très agréable lecture. Non pas régressive mais un beau flashback dans mes rêves éveillés d'adolescent avec la noirceur en plus que procure l'âge adulte. Un très bon compromis donc entre aventure et réflexion. A ne pas louper pour les amatrices et les amateurs!

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mardi 19 mars 2013

"Eternus 9: Le fils du cosmos" de Victor Mesquita

eternus9L'histoire: Un voyage hallucinant comme un "trip" au LSD: des visions prodigieuses, fabuleuses, mythologiques qui s'imposent comme en paramnésie, inoubliables et pourtant... une logique implacable et, sur plusieurs vrais problèmes contemporains, une lucidité perforante comme un rayon laser.

Suivez Eternus 9, le héros étrange qui naît au milieu de sa vie...

La critique de Mr K: Il est des oeuvres rares qui marquent l'esprit. Ceci pour diverses raisons, elles nous inspirent, nous paient un voyage hors-norme, nous émeuvent au plus profond de nos entrailles, d'autres nous amusent ou au contraire nous causent de profonds soucis...

Eternus 9 est une pièce unique, un improbable mix de mythes et croyances mâtiné de SF bien marquée par les seventies expérimentales en terme de drogue et de digressions narratives.

Bref, on ne comprend pas grand chose mais on a l'impression d'avoir vécu en dehors du temps et de l'espace. Cette BD vient sans doute de la quatrième dimension. Je reviens sur terre pour essayer de vous décrire ce curieux objet...

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Un homme se réveille adulte, il vient de naître. De mystérieux individus lui confie une tâche qui l'emmènera aux confins de l'espace et du temps. À partir de là ça se corse et je me refuse de tenter le moindre résumé. Sachez simplement que la BD pullule de symboles et d'effets d'optique. Peu de paroles, beaucoup de pensées sont livrées pèle mèle au lecteur qui se demande bien où il a mis les pieds. On se raccroche un temps à une histoire d'amour en apesanteur mettent en scène deux êtres humains en exploration spatial mode Major Tom de David Bowie... barré je vous avais prévenu! Il y a du Jodorowski qui flotte dans l'air et bien d'autres fumées aux odeurs étranges.

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Vous l'avez compris, l'intérêt ici est tout autre. Au delà du mysticisme affiché, on ne peut que succomber à l'incroyable beauté des planches qui nous sont ici livrées. Bel exemple de ce que l'école psychédélique a fait de mieux entre vaisseaux spatiaux ubuesques, rayons de lumière, paysages urbains, ballades romantiques dans l'espace... Impossible de ne pas penser à Druillet tant l'aspect visuel se rapproche des Voyages de Loan Sloane. J'ai pris une belle claque en parcourant ce volume.

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Même après quatre lectures successives, je n'ai pas tout saisi mais je me dis que c'est le jeu. J'ai adoré cette BD avant tout pour sa plastique et les thèmes abordés. Il faut y voir plus un voyage initiatique, quasi shamanique, à l'instar de la scène finale du film Blueberry de Jan Kounen que j'ai aimé au plus haut point. Are you experienced?

dimanche 27 janvier 2013

"Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses" de Leslie Plée

moi vivantL'histoire: Leslie Plée raconte avec ironie son expérience dans la grande distribution de produits culturels où l'on vend des livres comme on vendrait des paquets de lessive... Conditions de travail ahurissantes, management absurde, obsession de la rentabilité, tout est passé en revue.

La critique Nelfesque: Je suis adepte des blogs BD depuis de nombreuses années: Boulet, Pénélope Bagieu, Margaux Motin, Cha, Mélaka, Lewis Trondheim... Bref, je suis adepte des blogs BD depuis de nombreuses années!

J'ai beaucoup lu d'avis et de critiques de "Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses" sur la toile mais je ne l'avais toujours pas lu. Pire, Leslie Plée ne fait pas partie de ma blogroll BD. Découverte par Pénélope Bagieu, cette jeune dessinatrice qui rêvait d'être libraire, a publié cette première bande-dessinée en 2009.

Je suis tombée un peu par hasard sur cet ouvrage lors de notre dernière virée Emmaüs. Je me suis dis que c'était l'occasion de découvrir cette dessinatrice et je suis repartie avec l'ouvrage sous le bras.

Côté dessin, Leslie Plée fait ici dans la simplicité. Pas de décors fouillés, répétition de postures, personnages toujours dessinés de 3/4. Rien de neuf sous le soleil ni de génialissime au point de se dire que l'on vient de tomber sur la dernière pépite en matière de dessinateur. Ce n'est pas non plus là que veut se situer Leslie Plée et l'intérêt de cette BD est ailleurs (comme la vérité dans X-Files).

Leslie nous retrace ici son premier job dans la grande distribution de produits culturelles. Déjà rien que le terme est moche... "Grande distribution de produits culturelles"... Naïvement elle pense qu'elle va vivre là sa grande expérience de libraire mais c'est un mode de productivité, d'objectifs, de management extrême et limite de souffrance qui va souvrir à elle.

J'avais lu que "Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses" était une BD drôle. J'ai souri parfois mais je n'ai jamais vraiment ri. Ou si, mais jaune. Tout le long de cette lecture je n'avais en tête que "la pauvre... la pauvre... la pauvre...". Les collègues sont désabusés, décérébrés ou crevés (comme Leslie), les chefs sont faussement agréables pour pouvoir toujours demander plus aux employés, les clients sont incultes, désagréables... Bienvenue dans le monde absurde de la grande distribution! Ici, on vend des romans comme on vend du pâté, les gens compétents ne sont pas placés dans les bons rayons, l'initiative est rabaissée et les coups bas pleuvent. Leslie tombe de haut et le lecteur avec elle.

De quoi vous faire aimer d'autant plus votre petit libraire indépendant!

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