mardi 27 août 2013

"Block 109" de Brugeas et Toulhoat

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L'histoire: 1953...

Après avoir détruit l'Occident, le IIIème Reich agonise à son tour sous les coups de l'Armée Rouge. Pour Zytek, le maître de l'Allemagne, il ne reste qu'une seule solution: une attaque virale majeure.

Malgré le refus du Haut conseil, le virus provoque déjà des ravages dans les ruines de Marienburg. Les contaminés, transformés en monstres sanguinaires, s'attaquent aux soldats isolés des deux camps. Seule l'escouade du sergent Steiner parvient à s'échapper d'une funeste rencontre.

Ce dernier et ses camarades sont-ils la dernière chance de l'humanité? Et quel est véritablement l'objectif de Zytek, l'omnipotent seigneur du Reich?

La critique de Mr K: Voici une BD dont j'avais entendu le plus grand bien il y a déjà quelques temps et que j'ai offert à un bon pote pour son anniversaire en début d'année. Il l'a appréciée et me l'a prêtée pour que je puisse me faire mon propre avis sur cette uchronie qui m'a irrémédiablement fait penser à K Dick et sa fameuse nouvelle "Le maître du haut chateau" ou encore"Fatherland" de Harris.

Les six planches de départ re-contextualisent le récit en nous décrivant les événements s'étant déroulés de mars 1941 (assassinat par un sniper d'Adolf Hitler) jusqu'à 1953, année qui marque le début du récit proprement dit. Vous l'avez compris, le IIIème reich a survécu à la Seconde Guerre mondiale contrairement à son führer. C'est Heydrich qui est aux commandes et un énigmatique personnage dénommé Zytek a crée un mystérieux ordre teutonique en référence aux chevaliers du même nom. Son pouvoir ne fait que croître et ses intentions au premier abord extrémistes pourraient bien se révéler plus nuancées. Il faudra bien 200 planches pour que les auteurs mènent leur intrigue jusqu'au bout et nous assènent une fin sans faux-fuyant ni équivoque.

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(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

L'atmosphère de fin de règne est ici remarquablement rendue. Les soviétiques avancent malgré la défense acharnée des allemands et le conflit semble être à un tournant de son déroulement. D'étranges et sanguinaires créatures issues d'expériences contre-nature sont en liberté et dévorent tout ce qui passe à leur portée notamment dans l'ancien métro désaffecté qu'elles ont investi. On suit le point de vue d'une escouade quasiment livrée à elle-même depuis le renoncement de certains officiers. On alterne avec le ressenti des autorités et notamment de Zytek qui s'apparente beaucoup à un personnage principal tant il est omniprésent. Peu à peu, on se rend compte qu'il y a une lutte interne dans le régime: d'un côté les SS qui suivent les pas d'Hitler à travers son successeur Heydrich et de l'autre, un opportuniste à priori sans scrupule en la personne de Zytek qui veut déclencher une apocalypse bactériologique. Au milieu de ce grand jeu géostratégique, on suit le parcours de simples soldats auxquels les tenants et aboutissants échappent totalement et qui par leurs actes vont modifier les plans prévus.

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(Cliquez pour agrandir l'image)

Cette BD est vraiment brute de décoffrage. L'action est remarquablement bien décrite même si les dessins m'ont parfois paru inachevés. Il m'a donc fallu un petit temps d'adaptation pour me mettre au diapason. Malgré ce léger défaut, le scénario est vraiment très bien pensé et m'a accroché du début à la fin. Les méandres narratifs sont nombreux et la fin m'a littéralement cueillie. En plus, c'est un récit unique (ce qui se fait de plus en plus rare en BD aujourd'hui) et même si depuis des cross-over ont été réalisé sur cet univers singulier, ce volume se suffit à lui-même.

Une belle découverte que je vous conseille très fortement notamment à tous les amateurs et amatrices d'uchronies.


vendredi 26 juillet 2013

"Batman: Amère victoire" de Jeph Loeb et Tim Sale

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L'histoire: Un an après «l'affaire Holiday», Gotham City est toujours le théâtre de règlements de comptes entre les familles mafieuses et les «patients» de l'asile d'Arkham. Si Alberto Falcone était considéré jusqu'alors comme le véritable tueur Holiday, une nouvelle vague de meurtres jette le trouble sur son arrestation. Pour restaurer l'ordre à Gotham, Batman aura besoin de toute l'aide possible, voire de prendre sous son aile un nouveau partenaire...

La critique de Mr K: Retour à Gotham City après le très réussi recueil «Batman, Un long Halloween» qui m'avait été offert à mon anniversaire. Ne pouvant résister plus longtemps à l'envie de poursuivre l'expérience avec le deuxième tome de ce diptyque consacré au justicier de la nuit, je me portai acquéreur du présent volume. Rappelons ici que je ne suis pas un gros fan de super-héros, que la mode cinématographique dont ils font l'objet m'indiffère voir m'exaspère au plus haut point. Cependant, il y en a un qui échappe à la règle et qui m'a toujours fasciné: Batman. Comme en plus cette BD se rapproche énormément de la vision proposé par Christopher Nolan dans sa trilogie qu'on ne présente plus, difficile d'imaginer une déception à la lecture de cette Amère victoire.

Dans le précédent volume, après moultes péripéties, le tueur en série agissant les jours de fête avait fini par être arrêté, du moins le pensait-on... Les super-criminels comme Double-Face, l'Épouvantail, Poison-Ivy, le Joker, Mister Freeze, Le Chapelier Toqué et consorts ont été mis hors d'état de nuire et la mafia locale semblait bien calmée avec la mort du parrain Falcone. C'est sans compter sur la soif de revanche de tout ce petit monde, le commissaire Gordon et The Bat auront fort à faire entre la résurgence d'un criminel en série, une évasion collective spectaculaire de l'asile d'Arkham, les manœuvres de la nouvelle procureur et la venue d'un nouveau personnage dans la vie rangée et austère de Bruce Wayne. C'est seulement après plus de 400 pages de planches que l'on saura le fin mot de l'histoire.

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On retrouve dans ce volume toutes les qualités évoquées pour le précédent. L'ambiance est noire et glauque à souhait. Loin du manichéisme habituel au genre comics, ici les personnages sont nuancés et chacun vit avec ses frustrations et ses douleurs secrètes. On s'attache donc très vite et fortement aux personnages principaux, même les moins recommandables. La caractérisation du chevalier noir s'épaissit, on en apprend un peu plus sur ses origines et ses motivations. Le commissaire Gordon quant à lui, tout en essayant de résoudre une des enquêtes les plus difficiles de sa carrière, essaie de renouer avec sa famille qu'il avait jusqu'alors délaissé. Selina Kyles est toujours aussi séduisante au naturel et en Catwoman, elle cache un douloureux secret qui sera révélé à la toute fin. Les bad guy ne sont pas en reste avec la fille Falcone qui a repris le pouvoir laissé vacant par l'assassinat de son parrain de père et doit gérer l'après, malgré son infirmité. Je vous laisse découvrir les autres méandres de cette intrigue riche et poussée au maximum, mention spéciale pour l'introduction du jeune Robin qui à la base me faisait peur (je n'ai jamais aimé ce jeune fréluquet présomptueux). Dans ce volume, il est traité totalement différemment de l'accoutumée et se révèle être un personnage très touchant malgré un costume toujours aussi ringard (même le Bat le lui dit à un moment!).

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Les auteurs n'ayant pas changé, on retrouve le talent du scénariste Jeph Loeb dont s'est inspiré Nolan (voir critiques ici et ). De la finesse, du rebondissement et au final, une histoire réaliste et noire malgré des aspects comics indéniables. Les planches de Tim Sale rendent à merveille l'ambiance polar de l'ensemble et illustrent à merveille les destinées torturées qui nous sont livrées. On est clairement dans du comics haute-gamme, certains passages pouvant être considérés comme du roman graphique tant le travail de recherche et d'exécution a été développé et livre un rendu époustouflant. Franchement, ce diptyque fait partie des plus belles BD du genre à rapprocher des talentueuses œuvres de Todd Mc farlane (voir clip du monsieur pour Pearl Jam).

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Au final, cet ouvrage est un must à acquérir pour tous les amateurs et amatrices du Batman. Intelligent, finaud, d'une beauté confondante, le voyage dans Gotham est immersif au possible et trépidant à souhait. A lire et à relire!

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mercredi 10 juillet 2013

"Astéroïde Hurlant" d'Alexandro Jodorowsky

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L'histoire: Un astéroïde né de la destruction d'une planète file dans le vide intersidéral. Dans sa course pour l'éternité, il frôle des mondes habités et émet des ondes qui engendrent une transformation ou une crise. De cette rencontre déchirante, comme un papillon éjecté de sa chrysalide, naît alors une histoire... dure et acérée comme un minéral et brillante comme une comète.

Ou plutôt onze histoires d'Alexandro Jodorowsky, dessinées par d'imparables étoiles filantes: Pascal Alixe, Igor Baranko, Ciruelo, Adi Granov, Christian, Højgaard, José Ladronn, Axel Medellin, Carlos Meglia, Jérôme Opena, Marc Riou, Mark Vigouroux et J. H. Williams III.

Chaque histoire est reliée par la trajectoire de l'astéroïde hurlant, et dans un feu d'artifice de science-fiction, d'humour et de fantastique, illustre la philosophie cruelle et lucide d'Alexandro Jodorowski.

La critique de Mr K: Lors de notre passage aux Utopiales 2011, Nelfe et moi avions terminé en apothéose avec une conférence de sieur Jodorowski. Grand moment de réflexion et d'humour, cette rencontre mémorable n'avait que raffermi ma haute opinion de cet auteur illuminé et profondément mystique. Ce recueil est particulier. Lorsque Fabrice Giger en 2002 décide de ressusciter la défunte revue "Métal Hurlant", il s'adresse à Jodorowski pour créer un personnage qui incarnerait le mensuel: ce sera un astéroïde hurlant. Ce dernier est le point commun des onze récits compilés dans le présent volume, ouvrage de commande auprès de dessinateurs qu'il connaît plus ou moins bien. Jodorowki les guide en fonctions de leurs forces et faiblesses pour les faire accoucher de onze récits aujourd'hui réunis.

C'est autant d'histoires marquées du sceau Jodorowski. On y retrouve ses obsessions et préoccupations, force la réflexion de l'auteur. Disons-le tout-de-go, l'ambiance n'est pas à l'optimisme mais on baigne dans la métaphysique de l'être humain, le rapport à la croyance, la foi dans la science et l'idée de changement. Dans ce volume, il est notamment question des habitants d'un monde menacé se tournant vers de vieilles croyances multi-millénaires, de l'éternel combat entre le bien et le mal qui finalement se mêlent, de la recherche d'un coupable expiatoire aux pêchés d'un peuple, de vampirisme inversé, de la quête de l'Amour et de sentiments humains par une nation robotique, de l'avidité humaine source de conflit et de vice, de la notion romantique du sacrifice ultime... Autant de récits qui parlent de nous mais transposés dans des univers fantasmagoriques définitivement seventies, âge d'or du genre.

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J'ai littéralement dévoré ce recueil tant il se révèle être une compilation sans défaut de la bande dessinée SF des années 70. Le style de dessin est très différent d'une histoire à une autre. On passe de dessins tirant vers le minimalisme à des planches ultra-réalistes ou au psychédélisme léché à la Druillet. C'est là qu'on ne peut que constater la puissance scénaristique qui permet à chacun des dessinateurs invités de se transcender et de proposer des micro-récits accrocheurs à souhait. Au début de chaque histoire, Jodorowski se fend d'une petite introduction explicativo-philosophique élevant l'esprit du lecteur avant sa plongée dans la matière. Ca fonctionne à merveille, il m'a été quasiment impossible de poser cet ouvrage avant de l'avoir terminé.

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Belle expérience entre plaisir esthétique et réflexion intense, cet bande dessinée sort du lot et s'impose à mes yeux comme une des meilleures de son auteur à placer juste à côté de "L'homme est-il bon?" de Moébius. Un incontournable à découvrir au plus vite!

mercredi 8 mai 2013

"Philémon: La Mémémoire" de Fred

 couvL'histoire: Philémon s'adonne à une promenade nocturne juché sur le dos de son fidèle Anatole lorsque lors d'une malencontreuse rencontre avec un hérisson parlant et rétif, il se voit propulser au sol. Patatra! Le voila frappé d'amnésie. Commence alors avec Barthélémy, son ami puisatier rescapé du A, un nouveau voyage au cœur du pays des lettres de l'océan pour retrouver la mystérieuse Mémémoire, seule capable de guérir notre héros.

La critique de Mr K: C'est toujours avec un plaisir immense que je replonge dans l'univers fantasmagorique de Fred et des aventures de Philémon. Très tôt, je suis tombé dedans en feuilletant les albums que mes parents rangeaient dans la bibliothèque familiale. Je ne comprenais pas vraiment tous les tenants et aboutissants mais le voyage était au RDV et les dessins tirant vers l'art naïf m'électrisaient littéralement. L'âge adulte venant, je perçois derrière ces récits fantaisistes toute la poésie et la culture psychédélique cachée derrière les aventures du jeune homme au pull rayé blanc et bleu.

Avec l'aide de l'oncle Félicien, magicien à ses heures perdues, voilà notre héros et son ami propulsé dans le monde parallèle qu'ils connaissent si bien à la recherche de la lettre O où se cacherait la fameuse Mémémoire évoquée ci dessus. Impossible de résumer les événements qui suivent tant on côtoie tour à tour une imagerie merveilleuse, mythologique et déviante. C'est complètement fou, décalé, délirant mais tellement attachant et poétique. Vous croiserez ainsi un alcoolique notoire amateur de bons mots qui a lui aussi perdu la mémoire mais de façon volontaire (boire pour oublier, c'est bien connu), une sirène sans mémoire car c'est une chimère et en tant que fantasme elle n'existe pas vraiment, des secrétaires de la mémoire en grève ce qui cause bien des désagréments au monde réel, des bonhomme de neige pourfendeurs de CRS (passage énorme!), un marchand ambulant de souvenirs ambulants plutôt énigmatique, vous pénétrerez dans les rêves imagés de Philémon dans un style crayonné et psyché, vous rencontrerez les anges clowns aux blagues potaches qui énervent au possible un Saint Pierre désabusé mais tout de même philosophe... autant de passages aussi fous que tripants.

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On retrouve toute la maestria de Fred pour nous plonger dans son univers si typique et onirique à souhait. C'est cela qui très fort chez cet auteur, il est unique et autodidacte. C'est un bonheur de chaque instant de se plonger dans les planches qu'il nous propose, je me suis retrouvé baigné par l'émerveillement qui m'étreignait enfant et je ris aux références que je reconnais et saisis désormais avec la maturité et mon parcours personnel. Une nouvelle belle expérience, une lecture hors du commun que je ne peux que vous recommander!

Autres BD de Fred chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Philémon, Le naufragé du A
- Philémon, L'arche du A
- Philémon avant la lettre
- L'histoire du corbac en baskets

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lundi 1 avril 2013

"Batman: un long Halloween" de Jeph Loeb et Tim Sale

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L'histoire: Quelques mois après sa première victoire contre l'empire du crime qui phagocyte Gotham, le vigilant Batman enquête sur une série de meurtres perpétrés uniquement lors des fêtes. Travaillant en parallèle avec le jeune procureur Harvey Dent et le capitaine de police James Gordon, le Chevalier Noir engage une course contre un calendrier morbide qui égrène chaque mois une victime supplémentaire.
Une enquête dont la conclusion pourrait bien sonner la chute du plus grand espoir de Gotham, et la naissance de l'une de ses pires créatures...

La critique de Mr K: Une fois n'est pas coutume, voici une critique d'un comics américain. Je ne suis pas forcément un grand fan du genre (surtout depuis que j'ai grandi) mais mes potes me connaissent bien et l'ami Yann m'a offert le présent recueil pour mon anniversaire car il se souvenait de mon amour immodéré pour le chevalier noir notamment l'adaptation en triptyque que Christopher Nolan a réalisé pour le cinéma avec Christian Bale dans le rôle-titre (le 2 ici et le 3 !). Ici, on se retrouve face à plus de 370 pages d'aventures baignées dans le plus pur style du polar. Accrochez-vous ça va décoiffer!

Chaque jour de fête de l'année amène son lot de cadavres, la police piétine pour retrouver ce serial killer d'un genre nouveau. Derrière cette enquête policière, les deux auteurs nous invitent à une plongée vertigineuse dans le Gotham que l'on connait moins, notamment la lutte fratricide de deux parrains du crime et les rouages de la justice. Rien de bien reluisant, très vite le lecteur se rend bien compte que Gotham est gangrénée par le crime, la corruption et l'individualisme. Heureusement, Bruce Wayne, alias the Bat, veille et les bad guys n'ont qu'à bien se tenir! Vous retrouverez entre autre le Joker, Double face, Poison Ivy (I love her!), Catwoman, l'Epouvantail... Il faut bien dire que ce sont les méchants qui font tout l'intérêt de Batman même si ici, le double personnage est remarquablement traité, très proche de la vision proposée par Nolan dans ses films. Vous l'avez compris, on est plus dans un univers sombre que dans le côté cartoon propre à la série avec Adam West ou les deux films de Burton (très bon par ailleurs!).

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Ce volume est une très belle réussite en terme de graphisme. Bien que très comics, les dessins sont fouillés et détaillés. L'action est superbement rendue ainsi que les moments plus intimistes. Le rythme du récit est mené tambour battant et l'on parcourt les 372 pages de cet ouvrage sans s'en rendre compte. Le scénario présente des ramifications bien plus complexes que n'importe quel comics de base et la fin ouverte laisse envisager la suite des aventures du chevalier noir (Victoire Amère, volume déjà paru et que j'essaierai de me procurer dans les mois qui viennent). Avec cet ouvrage, on se rapproche très fortement du roman graphique tant la densité de l'histoire et des personnages vous prend à la gorge.

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Vous l'avez compris, ce fut pour moi une très agréable lecture. Non pas régressive mais un beau flashback dans mes rêves éveillés d'adolescent avec la noirceur en plus que procure l'âge adulte. Un très bon compromis donc entre aventure et réflexion. A ne pas louper pour les amatrices et les amateurs!

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mardi 19 mars 2013

"Eternus 9: Le fils du cosmos" de Victor Mesquita

eternus9L'histoire: Un voyage hallucinant comme un "trip" au LSD: des visions prodigieuses, fabuleuses, mythologiques qui s'imposent comme en paramnésie, inoubliables et pourtant... une logique implacable et, sur plusieurs vrais problèmes contemporains, une lucidité perforante comme un rayon laser.

Suivez Eternus 9, le héros étrange qui naît au milieu de sa vie...

La critique de Mr K: Il est des oeuvres rares qui marquent l'esprit. Ceci pour diverses raisons, elles nous inspirent, nous paient un voyage hors-norme, nous émeuvent au plus profond de nos entrailles, d'autres nous amusent ou au contraire nous causent de profonds soucis...

Eternus 9 est une pièce unique, un improbable mix de mythes et croyances mâtiné de SF bien marquée par les seventies expérimentales en terme de drogue et de digressions narratives.

Bref, on ne comprend pas grand chose mais on a l'impression d'avoir vécu en dehors du temps et de l'espace. Cette BD vient sans doute de la quatrième dimension. Je reviens sur terre pour essayer de vous décrire ce curieux objet...

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Un homme se réveille adulte, il vient de naître. De mystérieux individus lui confie une tâche qui l'emmènera aux confins de l'espace et du temps. À partir de là ça se corse et je me refuse de tenter le moindre résumé. Sachez simplement que la BD pullule de symboles et d'effets d'optique. Peu de paroles, beaucoup de pensées sont livrées pèle mèle au lecteur qui se demande bien où il a mis les pieds. On se raccroche un temps à une histoire d'amour en apesanteur mettent en scène deux êtres humains en exploration spatial mode Major Tom de David Bowie... barré je vous avais prévenu! Il y a du Jodorowski qui flotte dans l'air et bien d'autres fumées aux odeurs étranges.

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Vous l'avez compris, l'intérêt ici est tout autre. Au delà du mysticisme affiché, on ne peut que succomber à l'incroyable beauté des planches qui nous sont ici livrées. Bel exemple de ce que l'école psychédélique a fait de mieux entre vaisseaux spatiaux ubuesques, rayons de lumière, paysages urbains, ballades romantiques dans l'espace... Impossible de ne pas penser à Druillet tant l'aspect visuel se rapproche des Voyages de Loan Sloane. J'ai pris une belle claque en parcourant ce volume.

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Même après quatre lectures successives, je n'ai pas tout saisi mais je me dis que c'est le jeu. J'ai adoré cette BD avant tout pour sa plastique et les thèmes abordés. Il faut y voir plus un voyage initiatique, quasi shamanique, à l'instar de la scène finale du film Blueberry de Jan Kounen que j'ai aimé au plus haut point. Are you experienced?

dimanche 27 janvier 2013

"Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses" de Leslie Plée

moi vivantL'histoire: Leslie Plée raconte avec ironie son expérience dans la grande distribution de produits culturels où l'on vend des livres comme on vendrait des paquets de lessive... Conditions de travail ahurissantes, management absurde, obsession de la rentabilité, tout est passé en revue.

La critique Nelfesque: Je suis adepte des blogs BD depuis de nombreuses années: Boulet, Pénélope Bagieu, Margaux Motin, Cha, Mélaka, Lewis Trondheim... Bref, je suis adepte des blogs BD depuis de nombreuses années!

J'ai beaucoup lu d'avis et de critiques de "Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses" sur la toile mais je ne l'avais toujours pas lu. Pire, Leslie Plée ne fait pas partie de ma blogroll BD. Découverte par Pénélope Bagieu, cette jeune dessinatrice qui rêvait d'être libraire, a publié cette première bande-dessinée en 2009.

Je suis tombée un peu par hasard sur cet ouvrage lors de notre dernière virée Emmaüs. Je me suis dis que c'était l'occasion de découvrir cette dessinatrice et je suis repartie avec l'ouvrage sous le bras.

Côté dessin, Leslie Plée fait ici dans la simplicité. Pas de décors fouillés, répétition de postures, personnages toujours dessinés de 3/4. Rien de neuf sous le soleil ni de génialissime au point de se dire que l'on vient de tomber sur la dernière pépite en matière de dessinateur. Ce n'est pas non plus là que veut se situer Leslie Plée et l'intérêt de cette BD est ailleurs (comme la vérité dans X-Files).

Leslie nous retrace ici son premier job dans la grande distribution de produits culturelles. Déjà rien que le terme est moche... "Grande distribution de produits culturelles"... Naïvement elle pense qu'elle va vivre là sa grande expérience de libraire mais c'est un mode de productivité, d'objectifs, de management extrême et limite de souffrance qui va souvrir à elle.

J'avais lu que "Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses" était une BD drôle. J'ai souri parfois mais je n'ai jamais vraiment ri. Ou si, mais jaune. Tout le long de cette lecture je n'avais en tête que "la pauvre... la pauvre... la pauvre...". Les collègues sont désabusés, décérébrés ou crevés (comme Leslie), les chefs sont faussement agréables pour pouvoir toujours demander plus aux employés, les clients sont incultes, désagréables... Bienvenue dans le monde absurde de la grande distribution! Ici, on vend des romans comme on vend du pâté, les gens compétents ne sont pas placés dans les bons rayons, l'initiative est rabaissée et les coups bas pleuvent. Leslie tombe de haut et le lecteur avec elle.

De quoi vous faire aimer d'autant plus votre petit libraire indépendant!

moi vivant 1

mercredi 20 octobre 2010

"Cléo" de Fred Bernard

cl_o_rentr_eL'histoire: Je ne suis pas la plus belle
mais pas mal quand même,
je ne suis pas sotte
mais je dis des bêtises,
je ne suis pas folle
mais je dis des sottises,
je n'ai pas trente ans
et je suis une reine.
En amour,
j'ai l'impression d'avoir fait le tour,
mais je cherche mon roi.
Je suis une fille comme les autres ?
Peut-être...

La critique Nelfesque: J'aime bien la 4ème de couverture de cette BD. Ca me rappelle une chanson de Jeanne Cherhal, "Je suis liquide". Toute la contradiction des femmes se tient dans ces quelques phrases. Ces mots et la couverture kitsch m'ont donné envie de découvrir cette oeuvre.

Je m'attendais à découvrir la vie d'une quasi-trentenaire. Une vie décalée, voilà ce que laissait entendre le synopsis. Finalement, c'est à la vie sexuelle de Cléo essentiellement que nous avons affaire et la BD est très branchée cul. J'utilise sciemment le terme "cul" car l'auteur ne fait pas macher ses mots à son héroïne. Les partouzes, elle connait, la branlette aussi, se taper plusieurs mecs dans une même soirée ne lui fait pas peur. Nous voici donc pris dans le récit de ses histoires de fesse qui nous sont livrés sans retenue. Cléo est souvent à poil, elle se balade toute nue, tout le temps (non pas dans la rue quand même!): on voit en détail son passage à la douche, elle danse toute nue dans son appartement... Fred Bernard met à nue Cléo pour nous raconter sa vie sentimentale de femme de bientôt 30 ans, qui peine à trouver l'amour et qui a du mal à se faire à l'idée qu'elle va passer la barre fatidique des 30. Cette fameuse barre où tu es censé avoir trouvé l'homme de ta vie, t'être marié et avoir des enfants. Dur pour une fille qui peine à grandir...

Niveau dessin, je suis assez mitigée. Autant je trouve superbes les dessins pleine page au graphisme travaillé, aux ombrages subtiles où transparait la poésie de l'auteur et la fragilité de Cléo, autant je n'ai pas totalement adhéré aux dessins "casés", moins fournis. Certains passages sont toutefois de toute beauté quand l'auteur part dans des trips poétiques et fait flotter son personnage dans l'air.

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Au fil des pages on se rend compte que son malaise est plus profond. Ce n'est pas seulement une histoire de fesse qui mine le moral de Cléo mais une difficulté à vivre conformément à des règles préétablies par la morale judéo-chrétien. Les rapports qu'elle entretient avec ses parents, amoureux de l'Egypte et vivant Egypte tous les jours, représentés eux même en Horus et Thot, sont très bien rendus. On sent là toute la complexité de leur relation et la difficulté de communiquer avec Cléo, plutôt attirée par le Japon.

Finalement, "Cléo" est une BD assez complexe au niveau des sentiments qui se lit avec plaisir autant pour l'évolution du personnage et ses réflexions personnelles que pour la poésie de certains dessins.

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