jeudi 18 février 2021

"Tout l'or des braves" de Clifford Jackman

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L’histoire : Mer des Caraïbes, 1721. Jimmy Kavanagh, ancien compagnon de Barbe Noire, rassemble un équipage pour une chasse-partie qui doit permettre d’assurer définitivement l’avenir de chacun. Avec le pillage de Cape Coast, d’où les pirates repartent chargés de l’or accumulé par les marchands d’esclaves, leur expédition débute sous les meilleurs auspices. Mais la mort prématurée de Kavanagh change la donne. Et la belle épopée se transforme peu à peu en enfer...

La critique de Mr K : Amis de l’Aventure, l’Aventure vous appelle ! Avec Tout l’or des braves, Clifford Jackson nous invite à bord d’un navire pirate en quête de fortune et de gloire dans un style virevoltant et documentaire à la fois. Cet ouvrage se révèle addictif dès les premiers chapitres et une fois débuté, il est tout bonnement impossible de le relâcher tant on est pris par l’histoire et ses charismatiques personnages hauts en couleur. Une sacrée immersion dont je vais vous parler plus en détails...

Jimmy Kavanagh s’apprête à reprendre la mer sous pavillon pirate. Il a des investisseurs, un équipage compétent et un plan en or pour se remplir les poches et entrer dans la légende des plus belles prises effectuées par les Frères de la côte. Après une rapide entrée en matière grâce à l’embarquement d’un ancien baleinier comme pilote (ce qui nous permet de nous familiariser avec les principaux protagonistes), on prend le large sur le Saoirse, magnifique trois mâts à l'équipage composé de plus de 300 hommes. Bien évidemment l’expédition ne va pas se dérouler comme prévu mais alors vraiment pas ! Tensions internes puis disparition soudaine du capitaine vont faire rentrer le roman d’aventure dans un autre genre, un huis clos flottant et angoissant qui mène petit à petit les aventuriers vers un enfer pavé de mauvaises intentions !

Je conseille vraiment vivement cet ouvrage à tous les amoureux de récits d’aventure maritime. On est gâté ici avec une immersion totale dans la vie à bord et tout d’abord dans la vie de pirate qui se définit bien autrement que dans certaines grosses productions hollywoodiennes. De la création de la confrérie à l’élaboration de la charte qui régira la campagne, tout est ici scrupuleusement retranscrit avec verve et profondeur. Cet aspect "démocratique" de la vie de flibustier est très intéressant et au cœur de l’intrigue car au-delà de l’aventure, ce roman s’apparente à une réflexion profonde sur les jeux de pouvoir et la nature humaine. Entre parano montante, jalousie, envie mais aussi parfois naïveté, les événements vont se précipiter et donner lieu à un savant jeu de massacre des plus poignants et redoutables. Le cœur du lecteur est donc mis à rude épreuve et l’on ne compte plus les rebondissements qui s’enchaînent avec plaisir et un peu d’appréhension. De manière globale, on croit pouvoir s’appuyer sur des éléments solides, des individualités fortes et des groupes de pression mais régulièrement à la faveur d’un épisode météorologique, d’une rencontre fortuite de mer ou de tel ou tel souci, les rapports de force changent et la destinée du bateau devient de plus en plus incertaine.

On croise nombre de personnages dans ce roman où chacun possède sa part de lumière et d'ombre. Loin de tomber dans le manichéisme facile et reposant, chaque protagoniste se révèle d’une richesse intérieure très intéressante qui élève le niveau de lecture et propose son lot de surprises. Du simple matelot aux capitaines successifs, nous suivons leurs destinées individuelles qui se confondent forcément dans la cause commune poursuivie et se retrouvent liés parfois bien malgré eux. Mais bien mal acquis ne profite jamais et cet ouvrage fait à partir de son deuxième tiers la part belle aux tractations et jeux de domination divers. Difficile de donner sa préférence à un personnage plus qu’aux autres, tous sont à la fois attirants et repoussants et un lourd fatum semble planer sur le Saoirse. Ce n’est pas plus mal de ne pas s’attacher à eux d’ailleurs car depuis la saga Game of thrones, je n’avais pas lu un tel équarrissage de personnages, l’auteur se plaisant à les supprimer les uns et les autres dans une suite logique et implacable de coups du sort sur cette expédition décidément maudite.

Beaucoup d’action donc dans cet ouvrage avec des passages bien éprouvants dans les tempêtes déchaînées de l’hémisphère sud, les tensions internes aux différentes castes en présence (officiers, matelots mais aussi clans), mutineries et batailles en mer pour un voyage plus qu’éprouvant. Le pire c’est qu’on en redemande ! Et puis, on ne peut que s’incliner sur la multitude de détails sur la vie à bord dans des passages descriptifs bien sentis et nombreux, depuis le déploiement des voiles aux repas pris dans la cabine du capitaine, les discussions entre simples matelots, le vote des motions lors des assemblées, les flash-back sur la vie des uns et des autres, les escales dans des lieux parfois plus qu’exotiques (on se souviendra longtemps du passage en Papouasie) ou des lieux de perdition où alcools et filles faciles sont au RDV avant le retour brutal à la réalité d’un trésor à protéger et emporter avec soi. C’est bien simple, on s’y croirait !

On ne s’ennuie pas une seconde avec un rythme qui ne se dément jamais, une écriture fantastique qui conjugue précision et accessibilité gouleyante. On prend un pied magistral lors de cette lecture qui m’a ravi à un tel point que j’en aurai bien repris pour 500 pages de plus ! Tout l'or des braves est donc un excellent roman d'aventure qui se révèle être prenant, édifiant et jubilatoire. Un must dans son genre.


jeudi 17 décembre 2020

"Construire un feu" de Chabouté

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L’histoire : Un homme marche dans le Grand Nord canadien, vers une mine où d’autres sont déjà, à chercher l’or qui pourrait faire leur fortune et changer leur vie. Sous ce ciel sans soleil, il est accompagné de son chien-loup. Il fait probablement soixante degrés en dessous de zéro. Il connaît la région. Il sait faire un feu. Parviendra-t-il à atteindre sa destination ?

La critique de Mr K : Belle trouvaille une fois de plus avec cet ouvrage dégoté dans le CDI de mon bahut. Construire un feu de Chabouté est la libre adaptation de la nouvelle éponyme de Jack London, un de mes écrivains cultes qui m’a mené vers les joies de la lecture au début de ma vie de lecteur. Il est ici question de survie, de lutte contre les éléments et de nature humaine. Un triptyque traité de manière frontale et toute en beauté dont on ressort frappé et totalement émerveillé.

Avant de débuter l’ouvrage, j’ai relu la nouvelle de Jack London, ce qui m’a permis au passage de reprendre contact avec la langue si savoureuse d’un auteur dont j’ai lu l’intégrale (sous l’impulsion de ma grand-mère à l'époque) il y a déjà bien longtemps. Le texte est ultra-court (une dizaine de pages), il s’agit de la première version publiée par l’auteur. Il paraît qu’il y a d’autres versions plus ou moins enrichies qui depuis on fait leur apparition. Pas sûr donc que ce soit le meilleur matériel pour comparer avec l’adaptation de Chabouté mais on retrouve de nombreuses choses communes et également des différences notables notamment sur la fin qui est diamétralement opposée à celle de la nouvelle ! Ce n’est pas bien grave car la réussite est au rendez-vous dans la vision proposée par Chabouté.

Un homme et son chien errent dans le froid du Nord de l’Amérique. L’homme doit rejoindre un campement près d’une mine qui recèlerait un filon très intéressant. En ces temps de Ruée vers l’or, beaucoup d’aventuriers tentent leur chance dans ces grandes étendues sauvages que notre espèce n’a pas encore domestiquées. Il connaît son chemin, a de quoi manger et a prévu d’arriver le soir même. Rien ne va vraiment se passer comme prévu, il fait -60°C et les conditions empirent. Nous partageons alors son optimisme puis sa lente descente aux enfers. On l’avait pourtant prévenu, on ne doit jamais voyager seul dans cet endroit isolé où le danger guette le malheureux imprudent à chacun de ses pas.

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Cette BD est très contemplative. Il y a des planches entières où il n’y a pas un mot ou une phrase d’écrite. On s’imprègne des vastes paysages qui nous sont donnés à voir et qui sont de toute beauté. Forêts impénétrables, rivières gelées et montagnes inaccessibles ravissent les pupilles et nous plonge dans une nature impénétrable, redoutable par son aspect sauvage et son imprévisibilité. Le froid est au centre des préoccupations et l’on en ressentirait presque le souffle sur sa nuque à chaque page que l’on tourne. L’immersion est totale et l’appréhension grimpe au fil de l'histoire.

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Le narrateur ne nous épargne rien des pensées et soucis que rencontre le personnage principal. Parti avec de l’espérance plein le cœur, des rêves de gloire et de richesse, son esprit va déclinant au fil du jour qui défile et des difficultés rencontrées. Malgré une bonne préparation, la réalité le rattrape, par -60° les réflexes diminuent, la réflexion devient ardue et les réactions ne sont plus forcément les bonnes. Forcé de s’arrêter, il allume un feu (passage qui donne son nom à l’ouvrage). Ce rituel pourtant simple prend une tournure dramatique ici sous l’œil aiguisé du chien-loup qui accompagne son maître. Fatigue, engourdissement des sens et des membres sont décrits avec finesse et provoquent une empathie immédiate. L’angoisse monte crescendo...

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Récit d’aventure et de survie avant tout, cette histoire propose en filigrane une belle réflexion sur notre nature profonde, notre penchant pour l’hybris et l’idée qu’on peut triompher de la nature impunément. Ce récit cruel mais d’un réalisme de tous les instants est un bijou en la matière. Avec une économie de mots toujours bien choisis, des dessins à couper le souffle et un rythme languissant qui semble suivre les pulsions cardiaques de l’infortuné héros. On part ici pour un voyage à nul autre pareil et qui marque l’esprit à jamais. À découvrir absolument pour tous les amateurs d’aventure et de nature writing, en parallèle du texte original c’est encore mieux !

mercredi 9 décembre 2020

"Djinn city" de Saad Z. Hossain

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L’histoire : Il est le fils du Dr Kaikobad, ivrogne et mouton noir de l’illustre clan Khan Rahman. De sa mère, il ne sait qu’une chose : elle est morte en lui donnant naissance. Mais quand son père tombe dans un étrange coma, le jeune Indelbed découvre le secret de ses origines et le vrai métier de Kaikobad : émissaire auprès du monde des djinns, êtres fantastiques, redoutables... et extrêmement procéduriers. Très vite, le garçon se retrouve au centre d’une controverse millénaire dont l’issue pourrait être l’extermination de l’humanité.

En donnant une nouvelle vie aux créatures surnaturelles de la mythologie arabe, Saad Z. Hossain livre un récit époustouflant où se croisent vaisseaux spatiaux, villes englouties, sous-marins soviétiques, guerres oubliées, manipulations génétiques et, bien sûr, quelques dragons...

La critique de Mr K : Quelle claque, mais quelle claque mes amis ! Saad Z. Hossain m’avait déjà bien calmé avec Bagdad, la grande évasion paru en 2017 déjà aux éditions Agullo. Il récidive en 2020 avec Djinn City paru en octobre et que je trouve encore meilleur, c’est dire si la barre est placée haute ! Lorgnant vers American Gods de Neil Gaïman ni plus ni moins, le lecteur se retrouve plonger dans un univers entre fantastique et SF où hommes et djinns tour à tour s’allient et se déchirent sur fond de fin du monde. C’est frais, novateur dans la narration et complètement décomplexé. Accrochez-vous ça dépote !

Au cœur du récit, on retrouve Indelbed, un jeune garçon que rien ne distingue vraiment des autres. Il vit reclus dans une vieille demeure avec son père, un alcoolique fini qui vit en marge de la société et que sa famille (un clan bangladais de première importance) a rejeté. Un jour, son père ne se réveille pas. Plus qu’un énième coma éthylique, ce sommeil prolongé est d’origine surnaturelle. Le reste du clan vient à la maison, appelle les médecins mais rien n’y fait, le docteur Kaikobad est une véritable belle au bois dormant et rien ne semble pouvoir le réveiller.

Très vite le jeune garçon apprend la vérité. Sous ces dehors de déchet humain incapable de s’occuper convenablement de lui, le père était quelqu’un de haut placé auprès des djinns, des créatures qui n’ont rien de mythique et qui coexistent avec les humains depuis les origines ! Les apparences étaient trompeuses y compris dans sa famille quand il se rend compte que la redoutable tante July l’apprécie beaucoup ainsi que son fils Rais, un cousin qui semblait le snober jusque là. Suite à la visite d’un mystérieux émissaires afghan, Indelbed va disparaître dans un lieu caché de tous et va tout faire pour s’échapper du piège infernal que lui a tendu un djinn très retors. Rais quant à lui va devoir bon gré mal gré reprendre le flambeau de Kaikobad, entretenir des relations apaisées avec certains djinns et essayer de sauver (si c’est encore possible...) son cousin ! Rien ne va vraiment se passer comme prévu et le lecteur s’en va emprunter des chemins bien tortueux...

Cette lecture est vraiment unique en son genre. Certes comme dit précédemment, on pense à Neil Gaïman et son œuvre culte mais quelle originalité, quelle folie douce et fantaisie ! Dans ce domaine peu d’auteurs contemporains peuvent se targuer d’en posséder autant. C’est bien simple, ça ne s’arrête jamais car de chapitre en chapitre, en alternant les points de vue, on tombe vraiment de Charybde en Scylla. Ainsi, humains et créatures issues de la mythologie arabe se côtoient pour le meilleur, le pire et le rire ! On ne compte plus les situations abracadabrantesques qui s’alignent dans ce texte avec en point d’orgue un djinn chantant du Beyoncé allongé sur un piano et complètement bourré ! Des voyages extraordinaires sous la mer ou dans les cieux dans des appareils magiques, des expériences biologiques plus qu’hasardeuses effectuées sur des cobayes éberlués par les résultats, une guerre plurimillénaire qui se rejoue et des créatures étranges peuplent ses pages bien barrées mais toujours compréhensibles et accessibles car le foisonnement des situations, des personnages et des idées sont avant tout là pour divertir et fournir une histoire qui tient la route et déroute en même temps.

C’est peu commun et l’on peut dire que l’on en croise des êtres étranges ! À commencer par les djinns eux-même. Vieux grincheux retirés des affaires, jeunes loups en quête de gloire, une organisation officielle qui essaie de gérer les affaires courantes, les djinns sont ici présentés dans leur banalité car c’est avant tout une espèce très portée sur la bureaucratie, les contrats à rallonge et les procès qui peuvent s’ensuivre. Puissants, capables de détruire leur environnement immédiat d’un claquement doigts, ils n’en sont pas moins ridicules bien des fois, complètement perchés, voir à la rue dans le sens glandeurs et toxicos. Les humains ne sont guère mieux avec toute une brochette de personnages plus farfelus les uns que les autres qui finalement tentent de se débattre de leur condition de mortel. Autant dire que c’est compliqué pour eux mais qu’avec une bonne dose de malice, on peut toujours s’en sortir. Je n’en dis pas plus mais franchement attendez-vous à être surpris par les rebondissements et éviter de trop vous attacher... L’auteur va vraiment là où on ne l’attend pas et ça c’est plus que précieux à mes yeux !

Et puis derrière cette comédie féroce et ces moments plus centrés sur l’aventure avec un grand A, on ne peut s’empêcher de voir dans Djinn city une critique à peine voilée de notre monde avec quelques saillies cinglantes sur notre propension à polluer notre planète-mère, notre capacité à toujours vouloir plus au détriment de l’autre avec une course au progrès destructrice et au final une humanité qui s’est perdue en chemin. Non vraiment, ce roman est à part, on rit, on frémit, on se délasse et on part loin très loin de notre réalité pour un monde fantaisiste et cruel à la fois. Un incontournable de cette fin d‘année tout simplement, à découvrir absolument.

lundi 17 août 2020

"Long John Silver" intégrale de Xavier Dorison et Mathieu Lauffray

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L’histoire : Les auteurs imaginent la vie de Long John Silver après "L’Ile au trésor". Pirate de son état, muni d’une jambe de bois, Long John Silver fut l’un des personnages principaux du célèbre roman de Stevenson "L’Ile au trésor".

Long John est contacté par Lady Vivian Hastings pour partir à la recherche de l’or de Guyanacapac que le mari de celle-ci semble avoir découvert.

La critique de Mr K : Retour sur une belle lecture surprise avec ma chronique des quatre volumes de Long John Silver de Xavier Dorison et Mathieu Lauffray, ouvrages empruntés aussi au CDI de mon lycée avant la fermeture estivale. Cette expérience était un vrai coup de poker car je suis un grand fan de L’Ile au trésor de Robert Louis Stevenson, un ouvrage qui m’a marqué lors de mes débuts en lecture. Quand on sait que les deux auteurs souhaitaient ici refaire vivre Long John Silver, il y a de quoi prendre peur au départ, on touche tout de même au sacré en matière de littérature... Et bien, j’ai bien fait de mettre de côté mes appréhensions, la lecture fut fantastique, rapide, addictive et source de plaisir immense. Voici pourquoi...

Les faits se déroulent donc bien après les événements relatés dans le livre de Stevenson. Lady Vivian Hastings est un femme libre, de tempérament volage. Son mari (qu’elle n’aime pas) est parti en expédition en Amérique du Sud pour trouver la mystérieuse cité de Guyanacapac, ersatz de l’Eldorado qui comblerait de richesses ses découvreurs. Sans nouvelles de son époux, la jeune femme s’amuse, mutine et libertine qu’elle est. Elle est même au bord du remariage car son mari est considéré comme mort et elle a trouvé un nouveau très beau parti. Malheureusement pour elle, un messager de mauvaise augure ayant traversé l’océan atlantique lui annonce que le décédé est bien vivant et qu’il a trouvé la fabuleuse cité.

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C’est ballot avouez-le ! En passant par son médecin personnel (ex membres de l’expédition de L’Ile au trésor, tiens tiens...), elle est mise en contact avec Long John Silver un aventurier sans scrupules à la réputation de "crapule douée" bien établie. Après un premier contact plutôt rugueux, les deux finissent par s’entendre et établissent un contrat. Le temps de préparer l’expédition, de recruter les hommes adéquats, les voila partis sur l’océan à la recherche du disparu et des richesses qu’il aurait découvert. Entre récit de mer, trahisons, confidences et découvertes extraordinaires, l’aventure n’est pas de tout repos pour le plus grand plaisir du lecteur.

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Pour le coup, l’esprit de l’œuvre originelle est respecté. D’ailleurs, pour vous rassurer même les auteurs le disent, ils n’ont pas vraiment voulu faire une suite mais plutôt essayer de retrouver le souffle et l’ambiance de ce classique parmi les classiques. C’est totalement réussi, quel bonheur de retrouver Long John Silver et sa gouaille légendaire ! Son côté retors aussi, on est loin du personnage caricatural que l’on pourrait craindre en le mettant au premier plan. Il navigue constamment à vue et il est difficile de se faire une opinion tranchée sur lui, perso j’ai adoré. Les autres protagonistes ne sont pas en reste avec une galerie de personnages tous plus réussis les uns que les autres et une trame principale classique mais efficace. Le quatrième tome vire à la lisière du fantastique et élève encore plus le niveau scénaristique, la conclusion est sans appel et franchement assez jouissive dans son genre.

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L’époque est très bien retranscrite. Entre la vieille Angleterre et le voyage au long cours décrit, on est gâté. Tout un volume est consacré d’ailleurs à la traversée épique de l’océan et je peux vous dire qu’on tangue ! Au passage, les auteurs reviennent très précisément et avec une grande justesse sur la vie à bord. Moi le passionné des Grandes Découvertes et des épopées marines, je suis sorti de cette lecture comblé. De la vie quotidienne des hommes d'équipage aux actes de piraterie, en passant par des obstacles à priori insurmontables, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Franchement, on ne voit pas les pages se tourner et on en redemanderait presque !

Il faut dire que le voyage est de toute beauté, on en prend plein les mirettes avec un sens de la narration hors pair, un dessin époustouflant et un bon découpage rythmé des cases. C’est typiquement une BD récréative qui donne ses notes de noblesse au genre. À lire absolument pour tous les amateurs, franchement ça vaut le détour !

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samedi 28 mars 2020

"L'Erebus : vie, mort et résurrection d'un navire" de Michael Palin

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L’histoire : En septembre 2014, au fond des eaux glacées de l’Arctique canadien, la poupe brisée d’un vaisseau fut découverte. Il s’agissait d’un bateau mythique : l’Erebus. Michael Palin – pilier des Monty Python et réalisateur de documentaires pour la BBC – redonne vie à cet extraordinaire navire, depuis sa mise à l’eau en 1826 jusqu’à ses voyages d’exploration en Antarctique qui ont conduit à sa gloire, puis à son ultime catastrophe en Arctique.

Il revisite les parcours entremêlés des hommes qui ont partagé son chemin : le fougueux James Clark Ross, qui cartographia une grande partie des régions australes et supervisa les premières expérimentations scientifiques menées sur place ; mais aussi John Franklin, homme tourmenté qui, à l’âge de 60 ans et après une carrière en dents de scie, prit le commandement du bateau. Il décrit avec brio le quotidien des hommes à bord qui, les premiers, débarquèrent sur la terre Victoria antarctique et ceux qui, à peine quelques années plus tard, finirent gelés jusqu’à en mourir dans les eaux du grand Nord, tandis que des missions de sauvetage tentaient désespérément de les atteindre.

La critique de Mr K : Quelle belle aventure livresque que cette lecture ! L’Erebus : Vie, mort et résurrection d'un navire de Michael Palin est une invitation au voyage, de ceux dont on se rappelle longtemps. Le point de vue adopté est original car il s’agit de suivre la destinée d’un navire depuis sa construction jusqu’à sa fin tragique et sa résurrection lorsque l’on a finalement retrouvé son épave plus d’un siècle après sa perte. L’auteur, un ex Monthy Python féru d’Histoire, se prête à un jeu de piste aussi palpitant qu’érudit qui a séduit dès les premières lignes le grand amateur d’Histoire et de récits maritimes que je suis !

Se déroulant au XIXème siècle, à l’époque de la splendeur britannique qui règne sur les mers, il est ici question des dernières grandes découvertes géographiques qui restent à faire pour l’homme, à savoir l’exploration approfondie des pôles Nord et Sud. L’Erebus qui au départ est censé être un navire de guerre va participer pleinement à ses expéditions polaires. Sa construction, ses différentes missions, la vie à bord, les hommes illustres qui l’ont commandé, ses avaries aussi et sa fin tragique sont au menu d’un récit basé sur les carnets de bord des capitaines et tous les documents que Michael Palin a pu trouver pour raconter l’existence de ce navire. Là où Dan Simmons avec le fabuleux Terreur nous racontait une histoire teintée de fantastique avec un brio incroyable, on est ici dans quelque chose de beaucoup plus réaliste, conforme à l’Histoire tant dans la forme que dans la démarche.

C’est ce qui fait du coup la singularité de cet ouvrage qu’on ne peut pas du coup qualifier de romanesque. Il s’apparente davantage à un livre d’Histoire comme ceux que l’on retrouve dans les bibliographies monstrueuses que fournissent les professeurs de fac à leurs étudiants d’Histoire (big up à une époque bénie de mon existence !). Attention, on ne tombe pas pour autant dans quelque chose d’indigeste car Michael Palin sait alterner les données chiffrées et sociologiques avec des passages plus narratifs purs sur les revers de fortune du navire et des hommes qui composaient ses équipages successifs. Cependant un soin vraiment tout particulier a été apporté à la rédaction du livre faisant de lui un objet hybride et fascinant. Documentariste reconnu en plus de sa carrière comique, l’auteur fait merveille en nous contant des histoires glaçantes (au sens propre comme au sens figuré) et en partageant des connaissances aussi nombreuses que captivantes.

Vous saurez tout en premier lieu de la construction d'un navire à l’époque, des buts que l’on poursuit en ce sens et de la vie quotidienne à bord. On ne verse pas dans l’excès mais l’ensemble est suffisamment complet pour se sentir membre de l’équipage à part entière. J’adore cela, partager les repas des hommes ou le luxe des officiers, essuyer des fortunes de mers plus qu’éprouvantes, affronter les aléas de la navigation au long cours à une époque au charme indéniable, explorer des terres inhospitalières peuplés de nouvelles espèces. Et puis, l’on contemple émerveillé et parfois même effrayé des paysages hors norme, devant lesquels on se sent si petits et qui nous recentrent sur notre humanité qui n’est rien face à l'ordre naturel. L’immersion est totale et d’un réalisme de tous les instants avec de nombreux extraits qui viennent étayer un récit plutôt enlevé qui fait parfois preuve même d’humour au détour d’une saillie ou d’une remarque bien sentie. Ce récit est aussi un bon coup de projecteur sur une époque, les mœurs qui l’habitent, les velléités de puissance de la Grande Bretagne et la concurrence acharnée qu’elle mène encore et toujours aux autres nations européennes dont évidemment la France qu’elle vient de battre en coalition à Watterloo. Le souffle de l’Histoire rugit donc au fil des pages donnant une densité et une dimension très forte à un ouvrage décidément plus qu’attrayant.

Et puis, dans certains chapitres, on retrouve Michael Palin lui-même dans ces déplacements à travers le monde pour retrouver les traces de l’Erebus qu’il traque comme un chasseur sa proie. Il fera des rencontres déterminantes, des découvertes éclairantes et pourra se faire une idée plus précise des péripéties qu’il nous narre avec brio. La langue est très précise, érudite mais aussi légère et parfois ironique. Les pages se tournent toutes seules et l’on s’embarque avec un plaisir certain sur cette croisière plus que mouvementée. Un très bel ouvrage qu’on ne peut que conseiller à tous les amoureux de grandes découvertes et de drames maritimes.

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mardi 21 janvier 2020

"Les Trois mousquetaires" d'Alexandre Dumas

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L’histoire : Le roman raconte les aventures d'un Gascon désargenté de 18 ans, D'Artagnan, monté à Paris faire carrière afin de devenir mousquetaire. Il se lie d'amitié avec Athos, Porthos et Aramis, mousquetaires du roi Louis XIII. Ces quatre hommes vont s'opposer au premier ministre, le Cardinal de Richelieu et à ses agents, dont la belle et mystérieuse Milady de Winter, pour sauver l'honneur de la reine de France Anne d'Autriche.

La critique de Mr K : Cela faisait un bon bout de temps que je souhaitais relire Les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, un ouvrage qui a marqué fortement mon parcours de lecteur lorsque j’étais bien plus jeune. En fait, il y a déjà bien huit ans, j’ai dégoté lors d’un chinage la suite de ce roman, Dix ans après, que je n’ai jamais lu. Pour autant, je voulais avant de le découvrir revenir sur les premières aventures de D’Artagnan que le temps avait quelque peu estompé dans ma mémoire. C’est désormais chose faite, il ne me restera plus qu’à lire la suite dans le cours de l’année à venir.

Tout le monde connaît plus ou moins la trame de ce roman d’aventure historique culte. On découvre tout d’abord, le jeune et impétueux D’Artagnan qui part de sa Gascogne natale pour monter à la capitale muni des recommandations de son père. Son objectif: servir le roi en intégrant le corps des mousquetaires sous l’égide de M. de Treville vieille connaissance de son paternel. Très vite, il va faire la rencontre de trois hommes qui deviendront ses amis : Athos, Porthos et Aramis, personnages hauts en couleur avec qui il va vivre de nombreuses aventures. Le tout s’emballe d’ailleurs assez vite avec la lutte d’influence qui se joue autour de Louis XIII avec notamment un Cardinal Richelieu machiavélique à souhait qui souhaite évincer la reine Anne d’Autriche pour qui il nourrit une rancune tenace. Complots, course poursuite, espionnage et franche camaraderie sont au programme d’une lecture plaisir à nulle autre pareil.

Même si ma préférence va toujours à La Reine Margot, ce roman ci est vraiment de toute beauté. À commencer par sa galerie de personnages qu’on n’oublie pas, la fiction croisant la vérité historique à de nombreuses reprises. Il y a bien sûr le groupe de héros avec ses personnalités bien tranchées, complémentaires et plus que fouillées. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, chacun a le droit à son traitement de faveur, à sa digression expliquant ses motivations et ses actes. L’ouvrage faisant plus de 600 pages, vous imaginez que les détails ne manquent pas et l’on se passionne pour ce savant mélange de fiction rondement menée et ses arrêts sur image de certaines réalités de l’époque.

Historiquement avec Dumas, on ne prend pas de risques. Tout ici est d’une justesse de chaque instant, et l’on connaît le talent du bonhomme pour explorer l’Histoire de France, la transcender par des destins individuels de son crû et sa façon unique de nous la rendre attrayante. L’accent est mis ici sur les luttes d’influences se situant au plus près des sphères de pouvoir avec notamment la traditionnelle opposition entre le spirituel (la religion) et le temporel (le matériel), le couple royal qui se déchire continuellement, les contradictions des camps en présence, les règles tacites qui s’appliquent à chacun dans une société française engoncée dans des traditions pluriséculaires et une période complexe en terme de géopolitique, la France étant encore et toujours menacée par ses plus vieux ennemis : les Anglais. Ce fut un réel bonheur de replonger dans une époque que j’ai toujours trouvé fascinante entre monarchie absolue, début des grandes découvertes et lents progrès de la science.

Mais Les Trois mousquetaires, c’est avant tout un sacré roman d’aventure qui n’a pas pris une ride. Il s’en passe de belles durant toutes ces pages avec des rebondissements à tire-larigot, des échanges vifs et bien sentis, des scènes de repas dantesques, de la baston virevoltante, des amours contrariés qui prennent au cœur, des moments plus légers... pas le temps de s’ennuyer dans ces conditions avec en plus la science de la narration hors norme d’un auteur qui aime à égarer ses lecteurs, à semer diverses pistes réservant parfois de bonnes surprises. L’écriture est toujours aussi magique, le charme opère et l’on ne peut que se laisser porter par le souffle retentissant qui emporte tout avec lui au gré des sentiments divers et mêlés suscités par cette lecture. Un re-reading jubilatoire et jouissif.

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mardi 22 octobre 2019

"Jack et le jackalope" de Ced et Mino

Jack couvL'histoire : Difficile de se faire remarquer quand on est le fils d’une légende de l’ouest. Pourtant, le petit Jack n’a qu’une idée en tête : impressionner son cowboy de papa ! Pour cela, il va capturer un animal mythique jamais vu de personne, le légendaire Jackalope, aussi connu sous le nom de "lapin cornu".

La critique Nelfesque : Makaka est une maison d'édition spécialisée dans la découverte de jeunes auteurs. Ced et Mino m'étaient jusqu'alors inconnus et en ça cette publication fait donc bien son job. Partons en plein far-west au côté de Jack, un jeune cowboy épris d'aventure.

Avec un trait qui n'est pas sans rappeler nos BD d'antan, Mino au dessin et Ced au scénario nous offrent une immersion au temps des westerns, au côté d'un Jack intrépide et prêt à tout pour faire briller l'étincelle de fierté dans les yeux de son père. Enfin, prêt à tout... jusqu'à un certain point. En voulant épater son paternel, il se met en chasse d'un animal légendaire. Son choix se porte assez vite sur le jackalope, un lapin cornu "farouche mais mignon" et en aucun cas dangereux. En se lançant à sa poursuite Jack ne veut pas risquer sa vie mais s'offrir sa petite dose de frissons et de péripéties.

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Sur son chemin, il va rencontrer "Cri-de-l'élan-aux-pieds-froids-l'hiver-par-temps-moite", une jeune indienne fervente défenseuse de la nature. Pensant au départ que Jack n'est qu'un vulgaire chasseur sanguinaire, elle va lui faire promettre de ne pas faire de mal à l'animal. Nous allons retrouver ce personnage de-ci de-là au cours du récit et par son côté décalé, elle apporte une touche de fantaisie qui parlera plus aux adultes dans cette BD très axée jeunesse.

D'autres personnages féminins ne sont pas en reste, tels que Miss Crooton, une mamie légèrement gateuse qui fait également office de babysitter et Susan la soeur de Jack, bien plus lucide que son frangin. Sans en avoir conscience au départ, Jack va voir son aventure se mouvoir en quelque chose de plus important (si tant est que l'on puisse considérer que partir à la recherche du jackalope ne l'est pas) et donner d'excellentes raisons de rendre son père fier de lui.

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Comment ne pas penser à des BD type "Yakari" ou "Lucky Luke" lorsqu'on lit "Jack et le jackalope" ? Sans doute est-ce le contexte ou encore l'époque qui forcément nous mène dans ces coins reculés de notre mémoire. Colorisée à l'aquarelle, dans des teintes chaudes et automnales, on garde un côté suranné qui n'est pas pour déplaire. Seul le choix de la typo fait tordre le nez tant elle fait penser au Comic Sans Ms (je n'ose m'imaginer que ce soit celle-ci...), la pire typo que l'on ait pu inventer. On perd en poésie et c'est dommage. Oui, ça tient à peu de chose chez moi...

Reste une bande dessinée attendrissante qui nous rappelle notre enfance, plaira aux plus petits et avec ses touches d'humour nous offre une histoire sur la paix, le partage et la tolérance.

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mercredi 7 août 2019

"Un capitaine de quinze ans" de Jules Verne

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L'histoire : Le Pilgrim vogue vers l'Amérique. Dick Sand, jeune homme de quinze ans, y côtoie quelques passagers pittoresques : Mrs. Weldon, le cousin Bénédict, et quelques Noirs américains. Par un concours de circonstances des plus mystérieux, l'équipage disparaît. Dick se retrouve aux commandes. Alors qu'il croit mener l'embarcation à bon port, le "capitaine de quinze ans" et ses compagnons se retrouvent en Afrique. Parmi les esclavagistes...

La critique de Mr K : Retour sur une lecture estivale passionnante avec Un capitaine de 15 ans de Jules Verne, un auteur vraiment à part pour moi car il a été le déclencheur de beaucoup de choses en lecture, à commencer par aiguiser un goût prononcé pour les romans d’aventures. En fait, je ne me suis jamais vraiment remis du choc de ma lecture de 20 000 lieues sous les mers qui juste avant la Trilogie de l’anneau de Tolkien m’a emporté loin, très loin dans les territoires indéfrichables de l’imagination... Mais trêve de bavardages, parlons donc de ce roman datant de 1878 et qui n’a presque pas pris de rides !

Sur le baleinier Pilgrim, on trouve du beau monde ! À commencer par Miss Weldon, la femme du patron-armateur qui embarque pour San Francisco avec son jeune fils et un cousin éloigné plutôt perché et amateur d’insectes. Sinon, le navire possède un équipage composé de cinq matelots et d’un capitaine expérimenté. S’y trouve aussi le jeune Dick Sand, novice de quinze ans recueilli par Weldon dans une maison pour orphelin. La traversée débute sans encombres jusqu’à ce qu’un événement banal bouscule cet équilibre. Suite à une chasse à la baleine impromptue et mal pensée, tout l’équipage passe l’arme à gauche et le jeune Dick se retrouve au poste de capitaine à seulement 15 ans ! C’est alors le début d’une grande aventure semée d’embûches autant sur mer que sur terre avec un nombre conséquent de péripéties qui vont mettre à mal les certitudes de tous et révéler les caractères de chacun.

Fort de mes expériences passées avec le maître du roman d’aventure, l’addiction est venue de suite, un peu comme un retour à la maison après une longue absence. On retrouve le charme si particulier de Jules Verne au style inimitable, parfois pointilleux et surtout terriblement évocateur. On est là encore pas très loin du récit scientifique par moment avec des descriptions hyper-réalistes de la vie à bord d’un navire du XIXème siècle par exemple avec les tâches quotidiennes à réaliser, les rapports d’autorité, les techniques de navigation ou tout simplement les changements de teinte de l’eau au fil d’une journée... Pour un peu, on sentirait presque le vent du large dans nos cheveux ! J’ai aussi aimé les longues descriptions de la jungle où finissent par s’échouer les voyageurs du Pilgrim (faune et flore peuplent ces pages de manière fort crédible, le ravissement se dispute aux peurs ancestrales les plus prégnantes) et quelques passages sur l’entomologie (étude des insectes) sont assez stupéfiantes dans leur genre, enthousiasmant le lecteur épris de connaissances et de dépaysement. Roman naturaliste par excellence lors de ces descriptions, le charme de l’auteur opère toujours autant, emmenant avec lui son lecteur captif d’horizons lointains rêvés et un style impeccable à la recherche esthétique constante.

L’aventure s’écrit avec un grand A ici avec des personnages très attachants même s’il faut bien avouer qu’ils s’avèrent caricaturaux. Pas de réelle surprise donc pour le lecteur qui se laisse tout de même emporter sans difficultés dans ces mésaventures en pagaille. Les héros sont proches de la perfection, ont une dévotion sans borne envers leurs proches et amis et les bad guys sont d’horribles personnes dépourvues de la moindre once de morale. Malgré cela, on se prend au jeu grâce notamment à la maîtrise de la caractérisation et le sens du récit de Jules Verne avec des oppositions fortes et un voyage à nul autre pareil. La grosse différence par rapport à mes autres lectures de Verne réside dans son aspect engagé contre la traite négrière. Le sujet apparaît fortement et donne lieu à de nombreux développements. Plus cru et dur que d’habitude, Verne ne lésine pas pour dénoncer ce commerce inhumain qui avait encore cours lors de l’écriture de l’ouvrage dans certaines colonies espagnoles et portugaises. Vous trouverez dans ce roman pour la quasi première fois en littérature française des personnages noirs de premier plan menant certaines hautes actions. Rien que pour cela, ce livre sort du lot et donne encore plus à admirer la personnalité de l’auteur.

Lu en Auvergne en juillet au cœur d’un écrin de nature époustouflant, je n’ai fait qu’une bouchée de ce roman trépidant et d’une grande force en terme de message véhiculé. Plaisir de lecture optimum, un auteur au sommet de sa forme pour un morceau de choix en terme de littérature engagée, je ne saurais que trop le conseiller à tous les amoureux d’évasion, d’aventure et de roman du XIXème siècle.

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dimanche 27 janvier 2019

"Sanctuaire" & "Sanctuaire Genesis" intégrales de Dorison, Bec, Thirault & Raffaele

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L'histoire : Un sous-marin en mission de surveillance le long des côtes syriennes, le USS Nebraska, reçoit un message de détresse non identifié qui le conduit au bord d’une immense crevasse sous-marine.

L’équipage y découvre l’épave d’un vieux sous-marin soviétique, gisant à proximité de ce qui semble être les gigantesques vestiges d’un sanctuaire antique.

Ce qui devait être une mission de routine se transforme alors en une véritable descente aux enfers.

La critique de Mr K : Chronique d'un cadeau de Noël aujourd'hui avec l'intégrale de Sanctuaire et Sanctuaire Genesis de Dorison, Bec, Thirault et Raffaele qui m'a été offerte par ma belle-mère qui a décidément bon goût car ce cadeau de choix a été opéré sans conseil de ma douce. Mélange d'anticipation, de thriller et de fantastique, voilà une BD qui fait mouche, instaurant une tension et un suspens montant crescendo et proposant une aventure prenante du début à la fin. Ce n'est pas le cas par contre pour Sanctuaire Genesis qui s'avère n'être qu'un bonus sans réelle saveur et plutôt inutile. Je n'en parlerai donc que très peu me concentrant sur la série de trois tomes de la BD originelle. Suivez le guide !

2029, le sous-marin USS Nebraska est en mission en mer Méditerranée pour surveiller les activités de la Syrie. Un jour, il capte un signal d'origine inconnue qui l'emmène explorer une faille où ils vont tomber nez à nez avec un sous-marin russe échoué par plus de mille mètres de fond et surtout l'entrée de ruines mystérieuses... Très vite, les événements s'accélèrent, pendant qu'une puis deux expéditions partent en exploration dans des ruines inexplorées jusqu'alors, des événements inexpliqués s’enchaînent à bord de l'USS Nebraska mettant en péril l'équipage et le bâtiment lui-même. Inutile de vous dire que le lecteur n'est pas au bout de ses surprises...

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Je ne connaissais pas du tout cette œuvre avant que l'on me l'offre et je peux vous dire que j'ai été soufflé. Nous avons affaire ici à une grande BD d'aventure matinée d'ésotérisme, dans une ambiance lorgnant vers la série des Indiana Jones. Malgré toutes leur technologie embarquée, les troupes US vont se retrouver confrontées à des forces qu'elles ne peuvent controler. Car derrière les remparts et statues de pierre peu rassurantes se cachent une entité que personne ne devait délivrer. Au fil des planches, une folie galopante s'insinue dans l'équipage, des actes totalement fous se produisent et aucune explication scientifique ne semble pouvoir éclairer ces événements. En parrallèle, une expédition disparaît lors de son exploration des ruines et la relève va aller de Charybde en Scylla en parcourant grottes, tunnels puis salles cyclopéennes. Quelque chose de terrible s'est déroulé ici bas et malheur à ceux qui souhaitent lever le voile de la vérité.

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Bien que classique dans sa caractérisation et son déroulement, ce récit prend aux tripes. La faute à une tension très bien maitrisée qui met en valeur des personnages charismatiques au premier rang desquels on trouve le commandant de navire inconsolable depuis la mort de son épouse dans un accident de voiture. A la manière de classiques du fantastique, les auteurs s'amusent avec nos nerfs en distillant les informations au compte gouttes, en révélant peu à peu les éléments surnaturels qui au final renversent tous les schémas que l'on a pu établir. C'est très bien fait et très bien mis en image avec des dessins dynamiques, très beaux, précis et impressionnants notamment sur des fresques couvrants des doubles pages entières.

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J'ai aussi adoré l'approche des éléments ésotériques qui mêlent croyances antédiluviennes, rites de passage et menaces sourdes sur le monde d'aujourd'hui. Mélangez à ceci des éléments purement historiques dont la fascination des nazis pour les artéfacts mystiques et la course à la toute puissance de l'URSS et vous obtenez un background efficace qui densifie les tensions dramatiques de l'histoire. Certes, certains vous diront que ce n'est pas original mais ça fait toujours son petit effet. Par contre, on peut se passer de la lecture de Sanctuaire Genesis qui nous promet monts et merveilles et se révèle être un récit sans âme, peuplé de personnages inintéressants. Tenez-vous au récit originel, cela suffit !

Au final, ce fut une très belle découverte, le genre de BD qui s'avale toute seule et sans douleur. Tout amateur du genre se doit de la lire, ça vaut le détour !

jeudi 22 novembre 2018

"Le Feu primordial" de Martha Wells

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L'histoire : Le royaume d'Île-Rien vit sous la menace d'un dangereux sorcier, l'énigmatique Urbain Grandier. Dans sa capitale de Vienne, le jeune et faible roi Roland règne sous l'influence d'un entourage équivoque et ambitieux. Seule Ravenna, la reine douairière, garantit encore l'intégrité du royaume. Or voici que reparaît à la cour la soeur bâtarde de Roland, Kade la demi-fée, fille du vieux roi défunt et de la reine de l'air et des ténèbres. Vient-elle s'emparer du trône ? Est-elle de mèche avec Urbain Grandier?

Le capitaine Thomas Boniface, ex-amant de Ravenna, est peut-être le dernier rempart entre Île-Rien et le chaos. À lui de comprendre qui est l'ami, qui l'ennemi. Mais son intelligence et ses qualités de soldat suffiront-elles à préserver le trône, surtout si la magie du royaume des fées fait irruption dans Vienne?

La critique de Mr K : Retour à la fantasy aujourd'hui avec cet ouvrage lu durant la période des Utopiales. Dégoté pour presque rien lors du défrichage de la médiathèque de Lorient, Le Feu primordial de Martha Wells m'avait attiré par sa quatrième de couverture intrigante (notamment le goût de l'auteur pour l'Histoire de France) et la maison édition L'Atalante que j'aime beaucoup. Ce fut une lecture rapide et très plaisante, même si les surprises ont été rares (le genre est assez codifié), on se plaît à suivre les intrigues de palais et les combats à l'épée qui parsèment ce roman très efficace.

Qui dit fantasy, dit souvent grandes chevauchées à travers de vastes espaces, des quêtes mystiques aux relents initiatiques et souvent, des nuits improbables dans des tavernes isolées (mon côté breton apprécie à chaque fois). Oubliez cela pour ce titre qui se déroule quasiment en huis-clos dans le château royal de Vienne, capitale du royaume d'Ile-Rien. Une sourde menace semble peser sur les lieux, le roi-enfant faible et influençable pourrait bien perdre sa place au profit de comploteurs parfois à peine masqués : des nobles ambitieux et sans scrupules, un magicien échappé du royaume voisin qui convoiterait le pouvoir du monarque ou encore l'invasion possible depuis l'outre-monde où réside des fées bien loin de celles qu'on nous vante dans les contes du même nom. Bel imbroglio dans lequel se débattent les personnages principaux dont Thomas Boniface, capitaine de la garde de la reine, fidèle à son serment d'allégeance et grand bretteur.

L'unité de lieu s’accompagne d'une unité de temps. Il ne se passe pas une semaine entre le début et la fin du volume, cette action concentrée donne une densité bienvenue au récit qui du coup se concentre sur l'essentiel. Pas de délayage ici mais une succession de rencontres, d’interactions entre personnages forts, combats épiques mêlant magie, poudre et lames, éléments d'enquêtes digne d'un roman policier plus classique, révélations plus ou moins attendues et même amour filé entre deux êtres très différents. Pas le temps de s'ennuyer, on enquille les pages sans vraiment s'en rendre compte et c'est même parfois frustrant de devoir s'arrêter tant on est happé par l'histoire et le rythme trépidant qui nous est proposé.

Le héros en lui-même n'est pas le plus attachant des personnages, bien que souvent ironique et plein d'à propos, je l'ai trouvé plutôt monolithique. Cette fadeur ne lui enlève pourtant pas ses qualités et met en lumières les autres protagonistes. Au premier rang d'entre eux, j'ai adoré le personnage de Kade, la demi-sœur du roi, fruit d'une union hors du commun entre le roi et une fée. Appartenant à deux mondes, repoussée de toute part, cette fêlure nourrit le personnage et la porte toujours en avant, la dotant d'un caractère bien pourri comme je les aime. C'est bien simple, dès qu'elle fait partie d'une scène (c'est-à-dire quasiment sur la moitié du livre), elle rayonne et charme irrémédiablement le lecteur. Étant amateurs de complot et de trahisons à la Game of Thrones, j'ai aussi particulièrement apprécié les bad guys qui s'avèrent très réussis, entre félonie abjecte et frustration de leur condition sociale. L'ensemble se marie bien, baignant dans une ambiance crépusculaire qui habille le roman d'oripeaux très séduisants. De manière générale, les personnages bien que plutôt convenus sont bien traités, explorés en profondeur et enrichissent un récit finalement pas si développés que cela, l'action étant limité dans le temps comme dit précédemment.

La fantasy est ici virevoltante et sans concession (l'attaque de la Horde sur le château à mi-parcours est impressionnante, la description des arts magiques), séduisant l'amateur que je suis malgré un air parfois de déjà lu. J'ai aussi beaucoup apprécié la caractérisation, les descriptions liées au château et ses dépendances (belles cartes jointes au début du livre) qui donne un réalisme bien poussé au contexte. On aime faire l'aller retour entre les passages écrits et le document cartographié, on s'imagine complètement dans les scènes décrites et l'on s'amuse à suivre les héros au plus près. Je peux vous dire qu'on l'explore en long, en large et en travers ce château et qu'il réserve bien des surprises.

Bonne lecture donc, idéale pour passer un bon moment loin de la réalité et s'évader vers un monde onirique où l'héroïsme et le danger vont de pair. Les amateurs de fantasy devraient apprécier surtout s'ils veulent se lire un one-shot sans prétention et facile d'accès. Avis aux amateurs !

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