lundi 6 mars 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 5 et 6 de G. J. Arnaud

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L'histoire : La lune a explosé et la Terre connaît une nouvelle ère glaciaire. L'humanité est complètement dépendante des grandes compagnies ferroviaires, qui ne se privent pas d'exercer un pouvoir tyrannique. Un homme, Lien Rag, a déjà tenté de se soulever contre leur joug. Désormais réfugié chez les hommes-roux, ces étranges humanoïdes résistants au froid, il n'a plus qu'un seul souhait : cacher le fils hybride qu'il a eu avec une femme-roux, ce qui est formellement interdit...

La critique de Mr K : Retour en terres glaciaires, dans la gigantesque saga d'anticipation de G-J Arnaud qui reparaît depuis quelques temps chez la jeune maison d'édition French Pulp. Ce volume réunit les volumes 5 et 6 de la saga, intitulés respectivement L'Enfant des glaces et Les Otages des glaces, et fait une nouvelle fois la part belle à l'aventure, la prospective et la dénonciation du genre humain à exploiter les autres au mépris de la compassion et du partage. 

On retrouve Lien Rag, le héros principal de la série en bien mauvaise posture. Il se cache des autorités car il a commis l'irréparable : aimer et frayer avec une femelle des hommes roux. De leur union est né Jdrien, enfant métisse des deux races qui représente une abomination aux yeux des compagnies qui luttent contre les échanges inter-raciaux et pourchasse sans pitié celles et ceux qui transgressent ce qui s'apparente à un tabou. Les volumes précédents mettaient en lumière les politiques de déportation et d'asservissements dont étaient victimes les hommes roux, ici les propos se veulent plus intimistes même si l'on retrouve par moment quelques éléments de réflexion plus généraux avec l'évolution du conflit en cours. 

Car les colonies dans ces deux romans sont plus que jamais en guerre les unes contre les autres, les équilibres sont fragiles et on explore un peu plus la planète avec notamment un séjour dans la lointaine Sibérie où les règles tribales ont repris le dessus et l'inatteignable Amérique, terre d'invention, de renouvellement idéologique mais aussi d'apartheid, clin d’œil aux états esclavagistes du sud. Une fois de plus, on ne peut s'empêcher de faire de nombreux parallèles avec ce que nous avons connu et/ou connaissons encore. G-J Arnaud s'y entend comme personne pour proposer un récit vivant mais aussi intelligent. Ainsi, rien ne nous est épargné des dérives liées à la guerre, notamment le traitement réservé aux prisonniers mais aussi aux civils qui se voient convoyés d'un point à un autre sans autre choix que d’obéir. Bel éclairage en tout cas sur l’état de guerre permanent entretenu par un pouvoir oligarchique prônant des mesures liberticides pour mieux contrôler les masses et par là-même le monde. 

L'aventure est une fois de plus prenante, plus particulièrement dans L'Enfant des glaces qui voit notre héros en perpétuelle fuite, le récit s'apparentant à un road movie SF bien maîtrisé et sans temps morts. Les Otages des glaces m'a paru plus lent, parfois répétitif et même quelque peu frustrant. Gageons que la suite reprendra des couleurs et perpétuera l'aspect feuilletonnesque tellement prenant des tomes précédents. Reste des personnages attachants, des passages mêlant évasion, passion et actes de bravoure du quotidien. Je me souviendrais ainsi longtemps de la nourrice lapone qui se sacrifie pour que le fils de Rag puisse vivre, figure christique et innocente confrontée à la haine et au fanatisme. De manière générale, on passe un très bon moment malgré quelques redites et des passages érotiques qui tournent un peu au ridicule, comme si une majorité de personnages pensaient tout le temps à la chose malgré les températures polaires qui règnent sur terre. Mais bon, on ne se refait pas, l’auteur est un coquin, il aime à décrire éveil des sens et autres parties de scrabble sous la couette...

Malgré quelques scories, l'écriture de C. J. Arnaud reste toujours aussi foisonnante et simple d'accès, les amateurs de sensations fortes et d'imaginaires bien trempés seront comblés. Nombre d’éléments de fond sont en suspens et de nouveaux groupes / personnages font leur apparition, garantissant une source inépuisable de développements futurs. Affaire à suivre ici même dans les semaines à venir !

Déjà lus et chroniqués de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
- La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
- La Compagnie des glaces tomes 3 et 4


jeudi 2 mars 2017

"Premier de cordée" de Roger Frison-Roche

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L'histoire : Premier de cordée parle d’un jeune homme, Pierre Servettaz, qui vit à Chamonix dans les années 1930-1940. Le garçon aimerait exercer la même profession que son père : guide de haute montagne. Mais son père refuse qu'il prenne autant de risques. Il est donc en formation d'hôtelier et ne pratique la montagne qu'en tant que loisir. Quand un jour lors d’une escalade son père est foudroyé au du Dru, Pierre décide d'aller récupérer le corps de son père : accompagné de ses amis il se lance donc dans une escalade périlleuse. S'acharnant contre tout bon sens, il fait une terrible chute dans laquelle il manque de laisser sa vie.

La critique de Mr K : Une petite Madeleine de Proust en chronique aujourd’hui avec une re-lecture exaltante et émouvante, celle de Premier de cordée de Frison-Roche, un des premiers livres marquants que j’ai pu lire pré-adolescent. Conseillé par ma professeur de français de l’époque, je l’avais goutté et apprécié comme jamais, l’ouvrage faisant notamment écho à mon amour des vacances d’été à la montagnes (ma grand-mère était pyrénéenne et j’y passais beaucoup de temps entre grimpette, randonnée et bons repas) et donnait à voir de manière précise et imagée le petit monde des guides de haute montagne et la vie à Chamonix au siècle dernier. C’est avec un plaisir sans nom que j’ai refait le voyage en compagnie de Frison-Roche, le résultat est toujours le même : une superbe lecture.

Nous suivons plus ou moins le destin de Pierre, fils d’un guide renommé de la région de Chamonix qui va trouver la mort tragiquement suite à un orage d’une rare violence. La première partie de l’ouvrage s’attelle à nous décrire ce choc à travers les yeux du fils meurtri, de la victime elle-même (expliquant les raisons qui ont pu le pousser à pratiquer l’alpinisme malgré un temps déplorable) et des gens du crû formant une communauté très soudée. Un autre accident va intervenir et mettre en péril les velléités de Pierre à suivre les traces de son père et la deuxième partie du roman s’attache à sa rééducation et sa guérison pour pouvoir à son tour devenir guide. Ce livre est magique pour bien des raisons.

Tout d’abord, c’est un vrai roman d’aventure un peu à l’ancienne où l’on suit au plus près les personnages dans leur quête d’absolu avec cette bivalence étrange envers le milieu montagneux à la fois attirant et angoissant. Les parties narratives dédiées aux "courses" (randos + alpinisme avec touristes) sont d’un réalisme terrible, l’auteur collant au plus près de ses personnages, n’omettant aucun détail technique / psychologique qu’il insère avec talent dans la tête du lecteur qui se retrouve quasi parti-prenant de l’expédition. L’amateur de récit de voyage que je suis a été servi avec des scènes merveilleuses d’ouverture à la Nature mais aussi des phases de tension saisissantes qui mettent mal à l’aise et donnent irrémédiablement envie de lire la suite. J’avais beau l’avoir déjà lu, j’ai redécouvert quelques aspects du récit et j'ai réagi tout aussi bien que lors de ma première lecture.

Les personnages sont très bien ficelés. On reste dans du classique avec des figures éprouvées de la narration romanesque mais on éprouve tout de même beaucoup d’empathie pour ce jeune orphelin de père qui voit du jour au lendemain la terre s’ouvrir sous ses pieds et l’empêcher de réaliser son rêve. On soutient toute sa bande d’amis qui essait tant bien que mal de lui faire remonter la pente et de lui redonner envie de vivre, on se plaît à suivre la douce vie de ce village campagnard et montagnard avec ses rites et ses habitudes ancestrales (le combat de vache pour désigner la reine du troupeau, le fonctionnement d’une maison d’hôte, l’organisation du métier de guide, les techniques d’agriculture…) Modèle de civilisation bien expliqué grâce à la langue merveilleusement précise et accessible d’un auteur naturaliste et amoureux de ces lieux.

Et puis, il y a la montagne et la Nature. C’est un pied intégral de replonger dans les nombreuses descriptions qui émaillent le texte. Loin de l’alourdir, il en renforce le sens et la vision. Tant de beauté déployée entre les printemps fleuris et les hivers glaciaux et dangereux pour l’homme. La nature transcende son apparence mais aussi la vie des hommes qui ont choisi une existence quasi monacale pour certains (les gardiens de cabane). On en prend vraiment plein les yeux et on ressort plus riche, l’esprit peuplé d’images incroyables comme celles des massifs montagneux émergents de la brume, du temps changeant qu’il faut surveiller et qui donne lieu à de spectaculaires tableaux visuels et parfois auditifs, de la nature en expansion prodigue à l’occasion de bienfaits. Ce livre est donc un bel hommage rendu aux espaces montagnards, l’inspiration qu’ils peuvent provoquer et la pureté qu’il peut s’en dégager.

Il se dégage un charme désuet de ce récit, cela se voit dans la manière d’écrire et se ressent dans le monde qui nous est donné à voir, peuplé parfois de visions naïves, la plus grande étant cette solidarité à toute épreuve qui se dégage de ces pages alors que je suis loin de partager cet optimisme béat. Loin pour autant de rabrouer mon enthousiasme, cet aspect suranné donne un cachet et une profondeur intéressante au livre, lui font conserver une aura intacte et une puissance évocatrice toujours aussi impressionnante. Un sacrée lecture que je ne peux que vous conseiller.

mercredi 1 février 2017

"Dans les forêts de Sibérie" de Sylvain Tesson

Dans-les-forêts-de-SibérieL'histoire : Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

La critique Nelfesque : Voici un livre que j'avais dans ma PAL depuis déjà un petit bout de temps. Il avait croisé ma route lors de notre Lune de miel à Saint-Malo il y a 2 ans et j'attendais le bon moment pour l'ouvrir. J'ai toujours vu "Dans les forêts de Sibérie" comme un ouvrage qu'il fallait pouvoir apprécier et il se dégage de sa 4ème de couverture une certaine aura. J'avais besoin de sentir l'instant pour le lire et ce moment est arrivé il y a quelques jours. Un froid extrême sur nos terres bretonnes (hey -8° c'est déjà très froid), l'hiver bien installé, je pris mon plaid doudou et mon chat et je me lançais donc dans ce témoignage de Sylvain Tesson comme on rentre en religion, avec respect et avide de découvertes spirituelles.

Sylvain Tesson, à l'aube de ses 40 ans a décidé de partir loin, très loin, pendant 6 mois de sa vie. Partir, il connaît, il a déjà effectué bon nombre de voyages, mais cette fois ci, c'est pour un voyage immobile qu'il souhaitait quitter la France. Le voici donc installé près du lac Baïkal, en pleines forêts de Sibérie, à expérimenter la solitude, le silence et la nature et en ressortir changé.

Je me suis retrouvée dans le personnage de Sylvain Tesson, dans son ras le bol de la vie moderne, dans sa quête du bonheur et de la simplicité, dans son côté authentique et proche de la nature. La liberté, un concept bien flou et galvaudé à notre époque. Aussi une question très occidentale et réservée aux petits privilégiés que nous sommes et qui peuvent se payer le luxe de se poser des questions existentielles telles que celle ci. Maladie de notre temps, névrose de bobos, la vie parfois nous parait fade ou du moins incomplète. Nous nous sentons incomplets... Sylvain Tesson, par son expérience, veut se sentir vivant et va l'être. Tout n'est pas rose, tout n'est pas noir mais la proximité de la nature lui permet d'ouvrir les portes de sa perception sans drogues (mais avec pas mal de vodka) et de coucher sur le papier des pensées sur notre façon de vivre, sur sa vie personnelle et sur la notion de besoins, terme que nous utilisons à tort et à travers.

J'ai été particulièrement touchée par cette impulsion qui l'a mené en Sibérie, par ses réflexions, par ses doutes et ses peurs. Je l'ai envié dans sa démarche pourtant simple (partir) mais si difficile à entreprendre (partir) quand nous traînons nos habitudes sociales tels des boulets que nous nous créons nous-même. A la lecture de "Dans les forêts de Sibérie", difficile de ne pas se poser la question : pourrais-je partir moi aussi et me découvrir ? Peut-on réellement savoir qui nous sommes en restant enfermés dans nos habitudes ?

Au delà des considérations personnelles de l'auteur et des réflexions que cela engendre chez lui sur nos vies en société, Sylvain Tesson est ici au plus près de la nature, dépendant d'elle, devant la respecter, l'apprécier et la craindre pour ce qu'elle est. Pendant 6 mois, elle le nourrit, lui donne à voir quotidiennement des paysages somptueux, le fait vivre en communion avec elle mais elle est aussi dangereuse et l'auteur en a bien conscience et n'est pas parti dans son refuge tel un conquérant. Quand les températures atteignent les -30°, personnellement, je ne sais pas comment il fait... Mais le monsieur a de l'expérience, c'est un aficionados de la montagne et il est déjà bien averti des risques qu'il peut prendre.

Dans un décor à couper le souffle, Sylvain Tesson nous donne à voir une expérience initiatique exceptionnelle et couche sur papier 6 mois de réflexions quotidiennes sur la vie avec un cheminement de pensée posé et étayé. "Dans les forêts de Sibérie" est un ouvrage à part sur lequel on peut revenir plusieurs fois pour y trouver ce dont on a besoin. A défaut de tenter soi-même l'expérience, par la plume de Sylvain Tesson, simple, moderne et qui laisse voir une certaine érudition et culture, le lecteur parcourt plus de 5000 km et vit dans une isba de bois comme si il y était. De quoi alimenter son imaginaire et faire carburer sa cervelle. Un excellent livre de chevet !

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mardi 24 janvier 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 3 et 4 de G.J. Arnaud

GJarnaudvol2L'histoire : Lien Rag poursuit toujours son combat contre la dictature établie par les grandes compagnies ferroviaires. Mais sur un monde recouvert de glace, comment échapper à l'emprise du chemin de fer ?

Peut-être en se tournant vers le mystérieux peuple Roux, une tribu à moitié sauvage que le froid ne semble pas indisposer.

Et si le secret de leur origine représentait un énorme danger pour les compagnies ?

La critique de Mr K : Il n'a pas fallu longtemps à la toute nouvelle maison d'édition French Pulp pour poursuivre la réédition de la saga de La Compagnie des glaces de G.-J Arnaud dont le premier volume réunissant les deux premiers romans du cycle m'avait tant séduite il y a quelques mois. La réussite est une fois de plus au RDV avec une lecture prenante, dépaysante et provoquant une évasion immédiate. Et dire que trois autres volumes sont prévus pour le courant de l'année 2017 !

Rien ne va plus sur Terre qui comme l'auteur nous l'avait expliqué lors du tome précédent est désormais recouverte de glace et est devenue quasiment invivable pour l'espèce humaine. Les Compagnies ferroviaires règnent hégémoniquement sur notre planète et seule une poignée d'individus s'opposent à l'ordre établi avec plus ou moins de réussite. Lien Rag est de ceux-là et même si on le retrouve au début de cet ouvrage à travailler pour l'armée de la compagnie ferroviaire, on le sait sceptique sur cette dernière et sur les buts qu'elle poursuit. Ayant échappé à la prison et à la mort bien des fois lors des deux premiers romans, le voila plongé en plein conflit interplanétaire entre les deux principales compagnies. Son cœur balance toujours entre son monde et celui des hommes roux, êtres sauvages à la constitution spéciale leur permettant de résister au froid et exploités par le pouvoir en place. Malheureusement pour lui, plus que jamais des obstacles insurmontables semblent se dresser devant lui et il lui faudra tout son courage et toutes ses relations pour s'en sortir...

On retrouve toutes les qualités énoncées lors de ma chronique précédente dans ce volume qui fait la part belle à l'aventure. Ainsi les rebondissements sont nombreux entre quête initiatique, révélations fracassantes, amours et attirances contre-nature, trahison et vengeance. Plus que jamais l'aspect feuilletonnesque de l’œuvre monumentale de G.-J Arnaud (99 romans dans ce cycle tout de même !) éclate au grand jour avec une multitude de personnages secondaires qui viennent enrichir une galerie principale déjà bien fournie. On explore ainsi certaines stations jusque là inconnues et spécialisées dans certaines domaines comme le bois et son recyclage ou encore l'élevage. Point de visite des beaux quartiers avec ce volume mais plutôt une plongée dans le quotidien plus rude des simples gens, des oubliés de la compagnie et surtout des êtres manipulables à souhait.

Car au centre de ce volume, on retrouve le fameux peuple des hommes roux qui attisent la haine et le ressentiment. S'étant détourné des humains qui les exploitaient, le gouverneur de la compagnie lance une grande chasse à l'homme pour les ramener dans le giron du pouvoir et ainsi les réaffecter à leurs emplois désertés. S'ensuivent des dérives que l'on a déjà connu comme les chasseurs négriers d'antant, les camps de triage, l'esclavage et les camps de concentration. Il n'y a qu'un pas à franchir pour faire le lien avec l'esclavage des noirs par les occidentaux ou encore le sort réservé aux tsiganes et aux juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. En sous-texte, la propagande xénophobe et extrémiste religieux avec les néo-catholiques qui se verraient bien revenir au bon temps de l'inquisition et du tout moral qui pénètre les esprits et donne lieu dans la deuxième partie de l'ouvrage à de purs moments d'abjections comme les êtres humains sont capables de commettre quand ils sont plongés dans l'affliction et la souffrance. Certains passages sont donc très rudes et donnent au texte une profondeur encore plus poussée, faisant passer la saga dans une autre dimension, celle des œuvres utiles et divertissantes à la fois.

La SF est donc ici virevoltante, érotique parfois (quel coquin cet auteur !) mais aussi dénonciatrice des travers naturels de notre espèce. L'écriture sert remarquablement bien l'histoire et permet à certains personnages de gagner nettement en densité. On continue aussi à explorer dans cette saga le background inquiétant et saisissant de cette terre privée des rayons salvateurs du soleil qui se retrouve livrée à l'incurie des hommes. Une belle réussite qui en appelle d'autres, je me réjouis déjà à l'idée de lire la suite.

mercredi 18 janvier 2017

"Rogue One" de Gareth Edwards

Rogue One affiche

L'histoire : Situé entre les épisodes III et IV de la saga Star Wars, le film nous entraîne aux côtés d’individus ordinaires qui, pour rester fidèles à leurs valeurs, vont tenter l’impossible au péril de leur vie. Ils n’avaient pas prévu de devenir des héros, mais dans une époque de plus en plus sombre, ils vont devoir dérober les plans de l’Étoile de la Mort, l’arme de destruction ultime de l’Empire.

La critique Nelfesque : Depuis sa sortie en salle mi-décembre dernier, tout le monde, ou presque, a vu "Rogue One". Tous les fans de Star Wars en tout cas. De notre côté, on a fait durer le plaisir et on ne l'a vu au cinéma que la semaine passée. Pourquoi cette attente ? Les fêtes de Noël tout d'abord où on a profité plus de la famille que des salles obscures et on procède ainsi en général pour tous les blockbusters qui sortent en fin d'année et que l'on souhaite voir. Ainsi, on n'est pas les uns sur les autres dans la salle, on ne se coltine pas les bouffeurs de pop-corns et on n'a pas besoin de réserver sa place à l'avance (non mais réserver pour voir un film, ça je ne m'y ferai pas !). Oui, je sais, je suis une râleuse !

Ces considérations mises à part, qu'ai-je pensé de "Rogue One" ? Je trouve l'idée de nous faire passer derrière les célèbres lignes qui défilent à chaque début d'épisode de Star Wars très bonne. Pas de petites lignes jaunes cette fois ci donc (et ça fait bizarre (conditionnement quand tu nous tiens)) mais plus de 2 heures d'explications et de mises en situation sur le pourquoi du comment de la saga. A réserver aux fans donc, d'autant plus qu'il y a certains clins d'oeil ou franches références qui ne seront pas accessibles à ceux qui n'ont pas vu les épisodes précédents (ou à suivre... enfin, bref, ceux diffusés avant mais qui sont dans le futur de l'histoire présente (STOOOOOOP !)).

Rogue One 2

Côté spectacle, on y est. Visuellement, c'est chouette. Les bastons sont spectaculaires, les vaisseaux aussi, l'étoile noire n'en parlons pas. Mais ça s'arrête à peu près là en ce qui me concerne. De toute façon, je ne suis pas allée voir "Rogue One" pour autre chose que passer un bon moment et j'en ai eu pour mon compte. Si vous cherchez de la profondeur, vous pouvez repasser, c'est creux. Mais bon, à la vue de la bande annonce, on s'y attendait un peu. Je ne crierai donc pas au scandale ni au génie, je dirai juste que ça fait le job.

Rogue One 7

Parce que si on creuse, et notamment du côté des dialogues et des jeux d'acteurs, on va tomber sur pas mal d'os et niveau psychologie et empathie, "Rogue One" est zéro. Les scènes dramatiques me sont passées au dessus de la tête, les phrases chocs ne donnent pas le frisson et quand certains perso meurent, je suis limite en train de me refaire les ongles... Ou alors je me marre parce que non vraiment côté dialogue c'est nullissime parfois.

Je ne m'étalerai donc pas plus sur le sujet et je vais laisser la place à Mr K. "Rogue One" est pour moi un bon divertissement, un film du dimanche, un film que l'on peut effectivement aller voir avec son paquet de pop-corns (mais c'est le seul hein, on est bien d'accord) et pour passer une soirée entre potes c'est parfait. C'est d'ailleurs ce que l'on a fait et en rentrant, on s'est jeté sur l'épisode IV, parce que rien ne le remplacera jamais ! Allez, que la force soit avec vous !

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La critique de Mr K : 3,5/6. Belle déception pour ma part, ce premier spin-off étant aussi beau que creux et pour ma part inutile si ce n’est pour remplir le tiroir caisse de Mickey et compagnie. Et pourtant, je m’étais laissé convaincre par la bande annonce qui laissait augurer d’un beau spectacle, des références multiples à la trilogie originelle et notamment l’épisode 4. Je suis fan de l’univers de George Lukas mais sur ce coup là... ça a du mal à passer !

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La faute tout d’abord à un scénario hyper prévisible et à des personnages caricaturaux jusqu’à la nausée. Je me suis par exemple surpris à esquisser un sourire lors de pseudos scènes dramatiques tellement le pathos était de rigueur : sortez la guimauve et les attitudes de poseurs pour des personnages au final très peu attachants. Ainsi lorsqu’un protagoniste disparaît, aucune émotion ne transparaît vraiment et perso, je me fichais de leur destin. Pour revenir à l’histoire et notamment les dialogues, c’est le minimum syndical écrit par un gamin de douze ans. Très décevant surtout quand on regarde l’épisode 4 juste après et qu’on se rend compte qu’au moins les dialogues étaient plus poussés, les personnages ne se contentant pas de balancer une punchline à deux balles à chaque dialogue.

Rogue One

Ça sent aussi le réchauffé et certains choix esthétiques m’ont laissé pantois et limite en colère tant j’ai trouvé cela épouvantable. Ainsi, ils ont osé faire revenir Peter Cushing sous forme numérique. Dès sa première apparition, le malaise s’installe tant la créature virtuelle ne possède pas 1% du talent de cet incroyable acteur. C’est plat, c’est moche et carrément irrespectueux. Sachez qu’ils font la même chose avec un autre perso clef en toute fin de métrage et vous obtenez des aigreurs d’estomac garanties pour tous les authentiques Fanboys. Sinon, on peut quand même saluer la présence au générique de Mads Mikkelsen, toujours impeccable avec une classe de dingue même s’il cabotine un peu dans ce métrage. Forest Whitaker n’est pas mal non plus. Il relève le niveau tant j’ai trouvé de manière générale les scènes plutôt surjouées.

Rogue One 3

Bon alors ? Pourquoi la moyenne ? Le spectacle tout simplement ! Le film est très beau avec un voyage épatant à travers la galaxie sur un nombre assez conséquent de mondes bien reconstitués et au charme terrible. Inspirés de ce que l’on peut trouver sur Terre avec un mix de fantasmes purement SF, on s’amuse beaucoup entre créatures bizarres, paysages dépaysants et civilisations bien différentes. La claque est magistrale à ce niveau et quand l’action se met en branle, clairement on en a pour son argent. La scène finale est digne des plus belles bastons de la saga et quel plaisir de revoir les X-Wings en action. J’ai toujours rêvé d’en piloter un, c’est comme si c’était fait avec cette bataille spatiale immersive à souhait. Un sacré trip ! Bien que trop courtes, les apparitions de Vador font toujours leur petit effet même si ça pourrait apparaître comme gadget pour les plus extrémistes des contradicteurs.

Rogue One 5

Vous l’avez compris, je suis mitigé. Personnellement, je ne crois pas que je reverrai ce film tant il manque cruellement de finesse et surtout de souffle épique. C’est un très bon divertissement mais il ne faut pas en attendre beaucoup plus par rapport aux ressorts dramatiques que l’on a pu voir dans les épisodes de la saga et surtout il manque d’originalité et se contente de suivre le cahier des charges. Inutile de vous dire qu’il perdra tout son intérêt sur petit écran...

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jeudi 24 novembre 2016

"L'Alchimiste" de Paulo Coelho

l'alchimisteL'histoire : "Il sut soudain qu'il pouvait regarder le monde soit comme la malheureuse victime d'un voleur, soit comme un aventurier en quête d'un trésor. "Je suis un aventurier en quête d'un trésor", pensa-t-il, avant de sombrer dans le sommeil."

Santiago a un rêve.
Pour l'atteindre il vent tout ce qu'il possède, s'embarque sur un bateau et se met à  l'écoute de son coeur.

La critique Nelfesque : "L'Alchimiste" de Paulo Coelho est un incontournable pour beaucoup. Traduit en français dans les années 90, il a été énormément lu à l'époque et l'est encore aujourd'hui. Pour ma part, bien que l'ayant souvent croisé sur ma route, je ne me l'étais jamais procuré jusqu'alors. Cette nouvelle édition chez Flammarion Jeunesse proposant cet ouvrage pour la première fois à un public jeunesse m'a fait sauter le pas et découvrir enfin cet écrit tant aimé...

Avant de rentrer dans les détails de l'histoire et de mon ressenti, je voudrais m'arrêter quelques minutes sur l'édition que j'ai maintenant en ma possession. Avec sa couverture cartonnée, son titre et le ciel étoilé brillant de mille feux et les quelques illustrations de Michel Galvin présentes dans l'ouvrage, c'est vraiment un très bel ouvrage et je ne regrette pas d'avoir attendu si longtemps pour avoir ce titre dans ma bibliothèque tant on ne peut être que conquis par le soin apporté aux finitions de cette présente édition.

"L'Alchimiste" se prête en effet tout à fait à une lecture jeunesse. Au fil des pages, j'ai pensé qu'effectivement cette histoire était on ne peut plus appropriée pour les lectures du soir à un enfant. Entre aventure, conte initiatique et ouvrage philosophique, Paulo Coelho nous livre ici une leçon de vie à la portée universelle. Elever un enfant avec les principes ici exposés (à savoir respecter l'autre, croire en ses rêves quels qu'ils soient et tout mettre en oeuvre pour les réaliser) est tout à fait louable (et même fortement recommandé !).

Nous suivons ici Santiago, berger andalou, dans la quête de son destin. Lui qui a toujours aimé voyager et trouve dans son métier matière à épanouissement, va un jour décider de partir à la découverte d'un trésor se trouvant sous les pyramides d'Egypte. Entre croyance, superstitions et foi, son voyage n'est pas sans rappeler quelques paraboles et séances de catéchisme pour qui a eu une éducation religieuse catholique. Certains trouveront tout cela bien cucul et naïf, d'autres y verront un moteur pour avancer. La foi est quelque chose de bien personnelle et que l'on croit à une entité supérieure ou en soi-même, force est de constater que la croyance (au sens large du terme) aide bon nombre de personne à arpenter une vie pas forcément toujours rose. Porteur de messages philosophiques, "L'Alchimiste", que l'on soit croyant ou non (bien que Paulo Coehlo insiste tout de même beaucoup ici sur la notion de Dieu), parle à chacun d'entre nous. Au petit enfant qui demeure en nous, à celui qui croit aux signes du destin ou à celui qui rêve chaque jour d'un monde meilleur.

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D'un point de vue strictement personnel et du haut de mes 34 ans, je dois avouer qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil dans cet ouvrage. Les principes exposés ici sont ceux que je partage déjà et que je mets en pratique, autant que faire se peut, chaque jour de ma vie. Avec des hauts et des bas, comme tout le monde, mais globalement je m'y efforce. "L'Alchimiste" peut être vu comme un ouvrage plein de bons sentiments mais que resterait-il du monde et de l'humanité sans bienveillance, espoir et altruisme ?

Très facile d'accès, l'écriture et le schéma narratif sont simples et c'est une très belle idée que Flammarion Jeunesse a eu là de le faire arriver sur les étagères jeunesses de nos bibliothèques. On ne lira sans doute pas cette histoire de quête, de communion avec la nature, de respect pour soi-même de la même façon en étant adulte qu'en étant enfant.

Quête initiatique, aventure, conte philosophique, parabole, chaque lecteur verra dans l'histoire de Santiago ce qu'il voudra bien y voir selon son expérience, ses besoins et son ouverture d'esprit. Reste un très joli moment de lecture, une histoire simple et apaisante qui a le mérite de reconnecter le lecteur aux valeurs essentielles d'une vie. Une lecture doudou pour qui a besoin d'un écrit qui réchauffe le cœur ou d'une aide pour avancer et ne pas perdre de vue ses objectifs et rêves d'enfant. Un roman à lire au moins une fois dans sa vie. Reste à trouver le bon moment pour y puiser l'essentiel...

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mercredi 23 novembre 2016

"La Compagnie des glaces" tomes 1 et 2 de G.J. Arnaud

La Compagnie des glaces T1 et 2

L’histoire : Une nouvelle ère glaciaire s’est abattue sur la Terre. La planète toute entière est recouverte d’une épaisse couche de glace.
Heureusement, les Compagnies ferroviaires ont développé un immense réseau de voies ferrées, sur lesquelles se presse ce qu’il reste d’une humanité frigorifiée... et soumise.
Pour ne pas perdre leurs pouvoirs, les Compagnies interdisent tout progrès qui permettrait à l’humanité de se passer du rail.
Et malheur à ceux qui, comme Lien Rag, tentent de défier leur autorité !
Pourchassé par les Compagnies, encerclé par une nature hostile, il est pourtant bien décidé à libérer l’humanité de l’existence misérable dans laquelle elle est maintenue...

La critique de Mr K : Une sacrée découverte aujourd’hui avec cette réédition toute récente de la saga de La Compagnie des glaces de G.J Arnaud qui a l’origine compte 98 volumes ! Les deux premiers sont réunis en un seul ouvrage ici et la maison d’édition French Pulp compte en sortir deux autres courant 2017 dans leur toute nouvelle offre papier. Il y a du boulot car l’auteur a été prolifique sur cette série et rappelons qu’au total, il a écrit plus de 400 romans dans des genres tout à fait différents comme l’anticipation, le policier et même l’érotisme (avec une variation incroyable de pseudos !). Mais qu’en est-il de cette fameuse Compagnie des glaces ?

Une nouvelle ère glaciaire a débuté sur Terre, suite à l’explosion de la Lune et l’agglomération de ces débris autour de la surface de la planète. Les rayons du Soleil ne percent plus à la surface et un refroidissement terrible s’est installé durablement, la glace a recouvert les terres enterrant les civilisations et facilitant l’émergence de nouvelles puissances : les compagnies ferroviaires. Celles-ci dirigent le monde d’une main de fer dans un nouvel ordre mondial où une classe privilégiée fait ce qu’elle veut et entretient l’humanité dans la servilité et l’obéissance (toute ressemblance avec le monde actuel est purement fortuit -sic-). La menace du froid et de l’extinction de la race humaine a fait son œuvre et rien ne semble en mesure de chambouler l’ordre établi. C’est sans compter l’apparition d’un grain de sable en la personne de Lien Rag, un simple glaciologue qui va se rendre là où il ne faut pas. Il va y faire une terrible découverte qui remet en cause le système entier. Toute son équipe va être décimée et c’est un peu seul contre tous qu’il va devoir tout faire pour révéler la vérité au plus grand nombre et tenter de changer les choses…

Je vous l’accorde la trame est très classique mais le traitement est magique à commencer par un background vraiment puissant et très bien pensé. Comme nous sommes ici dans le genre feuilleton, ne vous attendez pas à de grands passages descriptifs, l’auteur préférant l’action, l’interaction entre les personnages et l’évolution de la narration. Pour autant, il n’en délaisse pas sa description de ce monde glacé et glaçant, c’est donc par petites touches qu’il opère tantôt par un flashback sur les origines de la glaciation, tantôt par un point sur l’organisation de cette société futuriste notamment celle des villes entières roulantes que l’on disperse au gré des desiderata des puissants, les étranges hommes roux qui vivent à l’air libre car supportant les températures extrêmes y régnant (entre -50 et -80 degrés tout de même !). Ainsi nous passons d'espaces luxueux réservés aux dirigeants aux wagons-taudis pour les plus pauvres qui survivent comme ils peuvent sous la menace permanente de l’organe de sécurité des compagnies et du froid, ennemi omniprésent de l’humanité. Peu à peu, on se fait une idée bien précise de cette Terre perdue qui n’a pas encore livré tous ses secrets, certains sont levés durant ces volumes d’autres apparaissent en filigrane et réservent pour la suite des surprises à foison je pense.

Clairement orienté vers l’aventure, le récit réserve de nombreuses surprises au lecteur et les personnages sont loin d’être épargnés. Le héros connaît ainsi de nombreuses désillusions tant en amour qu’en terme de combat contre l’oppresseur. Il n’est pas parfait et se trompe régulièrement. Handicapé par une vieille blessure de guerre à la jambe, on s’attache assez vite à lui et malgré au départ quelques lignes un peu forcées dans son caractère, la nuance fait son apparition par la suite lui donnant une épaisseur séduisante ouvrant sur des horizons insoupçonnés. J’attends de lire les tomes suivants pour me fixer définitivement sur lui. Comme dit précédemment, l’auteur a aussi écrit quelques écrits coquins et cela se ressent dans un certain nombre de passages croustillants qui ne sont pas pour me déplaire et qui ne se révèlent jamais vulgaires et plutôt teintés d’une poésie surannée qui touche toujours juste. Les femmes ont d’ailleurs un rôle primordial dans ce feuilleton à rebondissement, loin d’être de simples potiches ou objets érotiques, elles se révèlent tout à tour des auxiliaires de choix voir des traîtresse sans foi ni loi. L’ensemble est cohérente et répond parfaitement aux canons régissant narration, atmosphère romanesque, anticipation immersive et plaisir de lecture immédiat.

Car c’est là l’essentiel, ce livre vous happe littéralement quand vous en entamez la lecture. L’écriture est d’une limpidité, d’une simplicité et d’une efficacité confondante. Ne laissant jamais aucun lecteur derrière elle, elle procure des sensations multiples et variées au fil des pages qui s’égrainent avec un plaisir renouvelé à chaque chapitre. Certes, une certaine frustration peut apparaître en se disant qu’il y a au total 98 volumes mais il se passe tellement de choses en deux titres conjugués qu’on se dit que ce n’est pas bien grave et que cela rendra l’attente plus belle. Et puis, a contrario d’un G.R.R Martin qui écrit plus que lentement, l’avantage de cette saga c’est qu’elle déjà écrite !

Au final, un très bon livre pour cette nouvelle édition des débuts d’une saga déjà culte pour un certain nombre de lecteurs. J’ai été converti et j’invite chacune et chacun à tenter l’expérience, vous verrez c’est du plaisir à tous les étages et de chouettes moments d’évasion. À bon entendeur...

mardi 15 novembre 2016

"Butcher's Crossing" de John Williams

butchers-crossingL'histoire : Dans les années 1870, persuadé que seul un rapprochement avec la nature peut donner un sens à sa vie, le jeune Will décide de quitter le confort d’Harvard pour tenter la grande aventure dans l’Ouest sauvage. Parvenu à Butcher’s Crossing, une bourgade du Kansas, il se lie d’amitié avec un chasseur qui lui confie son secret : il est le seul à savoir où se trouve un des derniers troupeaux de bisons, caché dans une vallée inexplorée des montagnes du Colorado. Will accepte de participer à l’expédition, convaincu de toucher au but de sa quête. Le lent voyage, semé d’embûches, est éprouvant et périlleux mais la vallée ressemble effectivement à un paradis plein de promesses.

La critique Nelfesque : Quand l'envie d'évasion se fait sentir, quand on a l'impression d'étouffer dans nos vies, un bon roman des grands espaces s'impose ! Avec "Butcher's Crossing", le lecteur fait un bond dans le temps. Nous voici au XIXème siècle, dans le grand Ouest sauvage américain, à une époque où les chercheurs d'or et les trappeurs gagnaient leur vie, souvent solitaires, en ne ménageant pas leurs peines. Will est un jeune citadin qui ne connaît rien de la vie. Ses mains sont douces et c'est un homme délicat et attentionné. Il veut vivre une expérience hors du commun et pour cela abandonne ses études à Harvard et se rend à Butcher's Crossing dans le but de partir à l'aventure. Les éditions Piranha nous propose ici un western tombé dans l'oubli depuis plus de 50 ans et qui emporte tout sur son passage, même le lecteur le plus récalcitrant au genre !

Car John Williams nous offre bien ici un western mais pas n'importe lequel. Point de caricatures, d'indiens et de voleurs, de postures présentes dans la majorité des films des années 60. Disons le tout net, si il faut un exemple pour confirmer la règle : je n'aime pas les westerns et celui ci m'a passionnée. "Butcher's Crossing" fait la part belle aux grands espaces, aux découvertes, à l'aventure et aux liens qui existent entre les hommes. Point de manichéisme ou de machisme sous-jacent ici mais une lecture intense qui prend le lecteur par surprise et l'emmène dans des contrées physiques et psychologiques loin des faux semblants et des apparences. Une lecture qui prend aux tripes et un parallèle entre psychologie des personnages et phénomènes naturels saisissant. La nature accompagne littéralement l'histoire et en éclaire même tout un pan. L'écriture de Williams est magistrale et absorbe complètement le lecteur, a tel point qu'il finit par cheminer au côté de Will et son équipe comme un seul homme.

Will accompagné de Miller, chef d'expédition, Charley son second et Schneider, écorcheur, vont partir dans les montagnes pour chasser le bison. Miller est un chasseur aguerri, il connaît bien la région et affirme que de belles bêtes sont présentes à profusion dans les hauteurs. Avec l'argent de Will et ses compétences, ils pourront ensemble vivre le rêve d'aventure du jeune homme et ramener à Butcher's Crossing le plus grand nombre de peaux de qualité que la ville n'a jamais connu. Ils se lancent alors dans une expédition folle basée sur des souvenirs datant de plus de 10 ans. On retrouve, par certains aspects, l'approche et l'écriture de David Vann dans "Goat Mountain" et les visuels de "The Revenant" reviennent en mémoire. C'est particulier et il faut se laisse embarquer mais une fois hypnotisé par la plume de Williams, on est complètement plongé dans l'histoire et on sent une menace sourde et inéluctable planer sur l'expédition. Un sentiment qui ne lâchera plus le lecteur...

Quand l'homme et la nature ne font plus qu'un, quand les battements de coeur d'un chasseur s'accordent sur ceux des bêtes qu'il convoite, quand orgueil et fierté prennent le pas sur la raison, "Butcher's Crossing" mène ses personnages aux confins de la folie et rappelle aux lecteurs l'âpreté de la vie. Tout comme Will, il est alors ramené aux choses essentielles. Une belle leçon de vie et un très beau moment de lecture, comme une communion. 

Une aventure avec un grand A, faite de découvertes et de moments de doute, une aventure humaine mais aussi et surtout une aventure en soi-même pour un final des plus prenants et émouvants. Et si en plus vous êtes un amoureux de nature, n'hésitez plus et lisez ce roman. Vraiment très bon !

mardi 9 août 2016

"L'Abyssin" de Jean-Christophe Rufin

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L'histoire : Louis XIV n'a jamais rencontré le Négus, le mythique roi d'Éthiopie mais il y eut bien entre les deux souverains des contacts diplomatiques. Un ambassadeur fut envoyé par le Négus à la cour du Roi Soleil. C'est en se fondant sur ce fait historique que Jean-Christophe Rufin bâtit son premier roman, l'aventure extraordinaire de Jean-Baptiste Poncet, traversant les déserts d'Égypte et les montagnes d'Abyssinie avant de se retrouver à Versailles, un peu dépaysé mais sans rien perdre de son inépuisable ingéniosité. L'enjeu est de taille puisque l'Éthiopie est l'objet de la convoitise des jésuites, des capucins et de pas mal d'autres qui, sous prétexte de servir Dieu, mettraient volontiers le pays sous leur coupe. Ayant compris le résultat désastreux que sa mission pourrait entraîner, Poncet décide de tout faire pour sauvegarder la liberté et les mystères de l'Éthiopie.

La critique de Mr K : Retour sur une lecture monumentale aujourd'hui avec le roman le plus connu et apprécié de son auteur : L'Abyssin de Jean-Christophe Rufin. Cet auteur ne m'a jamais déçu, m'a toujours enthousiasmé au plus haut point et ce n'est pas ce volume qui va me faire changer d'avis. Aventure, roman et Histoire sont au RDV d'un livre diablement prenant et d'une perfection formelle rare. Suivez le guide !

Nous voila replongé en pleine époque moderne sous le règne de Louis XIV, le plus puissant monarque de son époque. L'action débute au Caire où le jeune apothicaire Jean-Baptiste Poncet se voit confier suite à un concours de circonstances par le consul de France une mission de la plus haute importance : joindre la lointaine Abyssinie, y prendre contact avec l'empereur éthiopien et ensuite rentrer rendre compte de son entreprise. Ce livre nous conte ce voyage hors du commun mais aussi les luttes intestines qui se jouent à la cours et dans les colonies françaises entre laïcs, clercs et congrégations. C'est aussi un roman d'amour et d'amitié à nul autre pareil avec l'idylle naissante de Jean-Baptiste avec la douce Alix et le lien indéfectible qui l'unit à son protestant d'associé Maître Juremi, colosse au cœur d'or ayant fui les persécutions en France contre les huguenots.

Je vous préviens, l'addiction est quasi immédiate. On s'accroche d'emblée aux personnages qui possèdent tous un charisme incroyable qu'ils soient les principales forces vives du roman ou de simples personnages secondaires. Rufin les soigne avec tendresse, une grande finesse et un sens du récit qui ne se dément jamais. Il s'en passe des choses durant ces 580 pages qui apportent leur lot d'espoir, de désillusions, d'action et de beaux tableaux d'un monde pas si éloigné du nôtre géographiquement et pourtant dégageant une odeur de mystère impénétrable à l'époque. On se prend à croire que l'ingéniosité de Jean-Baptiste lui permettra de rester fidèle à ses serments envers le Négus et envers Alix. Roman, passion, goût pour l'aventure et la découverte, rébellion contre l'ordre établi se mêlent et vont emporter les héros aux lisières de la morale et des codes de l'époque. En cela, ce livre est un modèle d'humanisme prônant la quête du bonheur, la force de la pensée et de la liberté sur les fanatismes et tout ceci sans propos moralisants et simplistes. Un bonheur de lecture à chaque ligne vous dis-je !

Au delà d'un bon roman d'aventure doublé de romance, L'Abyssin est un remarquable instantané d'une époque. Rufin nous présente un tableau sans fard des années de règne du Roi Soleil avec une aisance et une profusion exceptionnelle. On rentre ainsi dans le quotidien des personnes de l'époque avec une facilité désarçonnante, l'existence des plus riches mais aussi des laissés pour compte, des ordres religieux qui servent le même Dieu mais selon des préceptes différents, la médecine et les pratiques médicales de l'époque, la vie d'un consulat français en Égypte sous la coupe des turcs, la vie simple et rude des bédouins du désert, le faste de Versailles, la cour exotique du Négus... Le lecteur est totalement dépaysé et plongé dans une réalité ancienne qui transparaît au détour des méandres de l'histoire : l'omnipotence des puissants, le patriarcat institutionnalisé et les femmes considérées comme quantités négligeables voir monnaie d'échange dans l'alliance de bons partis, les guerres de religion avec notamment un beau focus à travers le personnage de Maître Juremi sur la lutte entre catholiques et protestants qui reprend de plus belle après la révocation de l'Édit de Nantes... Autant de détails ou de paragraphes parfois plus longs mais jamais indigestes qui donnent un cachet et une densité impressionnante à l'ensemble.

Et puis... Il y a l'écriture de Rufin qui touche une fois de plus au sublime. Érudite mais pas pédante, malicieuse mais aussi touchante et grave par moment, on retrouve le sens du rythme cher à Alexandre Dumas et un talent de description qui provoque l'immersion immédiate et irrémédiable du lecteur. On ne s'ennuie donc jamais, porté par la belle langue employée, les multiples retournements de situation et l'impression durable d'avoir affaire à une histoire universelle qui donne à penser et à s'évader. Un excellent moment de lecture qu'il serait bien dommage de ne pas tenter. Croyez-moi, on en garde un souvenir éblouissant et enrichissant. Un must dans le genre !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
Rouge Brésil
La Salamandre
Le parfum d'Adam
- Globalia

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jeudi 24 mars 2016

"The Revenant" de Alejandro González Iñárritu

the revenant afficheL'histoire : Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption.

La critique Nelfesque : "The Revenant" n'est pas une nouveauté puisqu'il est sorti en salle il y a tout pile un mois. On en a beaucoup entendu parler, avant la diffusion du film au cinéma, au moment de la sortie et depuis. Le phénomène Oscars est aussi passé par là puisque tout le monde attendait Di Caprio en grand vainqueur de celui du meilleur acteur. Il l'a décroché haut la main et le moins que l'on puisse dire c'est qu'ici il l'a amplement mérité.

J'attendais la sortie de ce film. Je ne me suis pas laissée avoir par la promo, j'avais seulement vu la bande annonce et ne cherchais pas à en voir davantage. Je suis donc restée loin des critiques et des articles de presse vantant le génie de ce long métrage. Force est de constater que la grosse claque, je me la suis prise comme tout le monde ! Les plus de 2h30 du film passent à la vitesse de la lumière. Les acteurs prennent les spectateurs dans leurs filets et le réalisateur propose ici un film de toute beauté et incroyablement vivant.

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On ne peut pas parler de "The Revenant" sans évoquer la prestation de Leonardo Di Caprio tant il crève l'écran ici. Dire que c'est son meilleur rôle serait réducteur au regard de ses précédentes prestations dans d'autres longs métrages forts intéressants (ne serait ce que l'un de ses premiers, "Gilbert Grape", dans lequel il interprète le petit frère de Johnny Depp, souffrant de troubles mentaux). Ici Leo est plus mûr et sans doute plus habité. Mû par une vengeance viscérale, il va combattre la mort, combattre les éléments, survivre et mettre tout en oeuvre pour retrouver l'assassin de son fils.

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Le spectateur est heurté à plusieurs reprises par la violence du quotidien dans cette Amérique sauvage et glacée. Les villages indiens détruits et les hommes massacrés, la menace face aux animaux sauvages (la scène avec l'ours est une des plus effroyables et réalistes que j'ai pu voir au cinéma jusqu'alors), la nature déchaînée et menaçante, la noirceur des individus entre eux... Une vie d'effort, d'aventure et de dépassement pour ces trappeurs au milieu de paysages somptueux. "The Revenant" est aussi une ode aux grands espaces, à l'Amerique reculée faite de forêts, de rivières et de montagnes escarpées.

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L'histoire est effroyable, la nature est hostile et le réalisateur, Alejandro González Iñárritu, transcende ses acteurs en leur offrant des rôles intenses et sur mesure. On a beaucoup parlé de Leo mais, bien que très présent à l'écran, il n'est pas le seul à donner de sa personne. Tom Hardy, dans le rôle de John Fitzgerald, est un "méchant" que l'on aime haïr. Personnellement, j'ai adoré ce personnage. Il est moins viscéral que celui de Di Caprio mais il est loin d'être dénué d'intérêt. Trappeur solitaire, il n'a en tête que d'arriver à sauver ses peaux pour lesquelles il a fourni beaucoup d'efforts et qui lui rapporteront beaucoup d'argent. Pour sauver la sienne et récupérer son dû, il est prêt à tous les sacrifices et à toutes les bassesses. C'est sans doute le personnage le plus humain de ce long métrage, dans tout ce qu'il a de plus vil et d'égoïste. Un pragmatisme qui fait froid dans le dos et que nous côtoyons pourtant tous les jours. Tom Hardy était d'ailleurs nommé pour l'Oscar du meilleur second rôle et ce n'était pas pour rien...

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"The Revenant" est un film qui prend aux tripes, qui va chercher le spectateur au fond de son siège et l'attire dans des contrées froides et menaçantes. On se laisse porter par la beauté des images, par la pureté de la nature qui contraste ici avec l'horreur humaine. 2h30 de purs moments de cinéma entre frissons, éblouissements et émotions dans un long métrage jusqu'au-boutiste qui ne sacrifie ni ses acteurs, ni son propos, ni sa beauté, ni son réalisme. Un film maîtrisé de bout en bout et à l'intensité rare. Superbe !

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La critique de Mr K : Deuxième grosse claque cinématographique de l'année avec le dernier film d'Alejandro González Iñárritu, multi récompensé fort justement lors de la dernière cérémonie des Oscars. Il nous tardait vraiment d'aller le voir avec Nelfe depuis la sortie de la bande annonce qui nous faisait sérieusement saliver, promettant de superbes images sous fond d'histoire de vengeance. Le réalisateur a comblé toutes mes attentes et même encore plus... Suivez le guide et ceci sans spoilers!

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Inspiré d'un fait réel, l'histoire est terrifiante. Hugh Glass est éclaireur pour le compte d'un petit groupe de trappeurs liés à l'armée. Suite à une attaque indienne (ils recherchent une femme de leur clan qui a été enlevée), ils doivent partir dans la précipitation pour rentrer à leur fort sous la menace de la troupe indienne qui les suit. Glass est abandonné pour mort par ses compagnons d'infortune suite à une rencontre malheureuse avec une ourse vindicative. Commence alors le lent retour vers la civilisation du personnage de Di Caprio entre rémanence du passé, douleur physique, rigueur climatique et soif de vengeance insatiable. Nous suivons alternativement son parcours mais aussi celui de ceux qui l'ont abandonné entre rebondissements nombreux et plans larges sur le nord de l'Amérique plongé sous la neige et le vent.

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Les 2h36 du métrage passent à une vitesse folle. C'est l'apanage des grands films longs qui ne le paraissent finalement pas. Bien que plutôt lent, le rythme est prenant, le réalisateur passant de phases contemplatives planantes à souhait à des scènes d'action chocs et efficaces. Comme les péripéties sont nombreuses et la tension permanente, je vous laisse imaginer le résultat. Il y aurait trop de scènes à dévoiler pour en faire le tour mais la maestria du maître González Iñárritu s'exprime parfaitement avec notamment la scène avec l'ourse où l'on a vraiment l'impression que cette dernière va nous sauter dessus (et sans 3D!), la course-poursuite à cheval avec la chute surprise (j'avoue j'ai flippé!), l'attaque des indiens sur le campement des trappeurs, la tempête de neige, la scène de l'avalanche... Il y a trop de moments de bravoure pour tous les évoquer. Mais sachez que l'immersion est totale, qu'on caille vraiment durant tout le métrage et que les nerfs sont mis à rude épreuve.

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Il y a aussi l'aspect initiatique du film qui transpire de chaque plan, chaque scène. L'existence humaine est changeante et imprévisible, l'histoire de Glass en est la parfaite illustration. Bien qu'il ait payé un lourd tribut au destin, ce dernier le rattrape pour le frapper encore une fois. Le film devient une mine d'inspiration à partir de cet énième coup du sort: Comment survivre à la perte d'un être cher? La vengeance apporte-t-elle la sérénité à l'être torturé par la douleur? Profondément viscérale, l'expérience est assez unique et extrême. On pénètre vraiment dans l'esprit du héros brisé, on subit les affres de la douleur physique (beaucoup de scène crues et réalistes dans le film) et des errances mentales avec une rare intensité et c'est complètement rincé qu'on ressort de la salle.

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Les acteurs sont tous très bons avec deux antagonistes remarquablement interprétés par deux acteurs vraiment au sommet de leur art. Tout d'abord Di Caprio qui explose l'écran et impose son charisme avec brio. Son personnage est un savant mélange d'homme en peine, fort et sensible à la fois. Je n'oublierai jamais ses longs regards humides et tristes qu'il lance vers la résolution du métrage et qui imprègnent encore mon esprit à l'heure où j'écris ces lignes. Il mérite largement son Oscar et le confirme dans la catégorie des meilleurs acteurs en activité. Vraiment, il est bluffant. Pour lui donner la réplique, on retrouve Tom Hardy (Max dans le dernier film de George Miller tout de même!) qui plante un personnage de salopard magnifique, tout en nuance et en gradation. Chacun dans ce film a sa part d'ombre, loin du manichéisme outrancier dont sont coutumières les grandes productions made in USA. Chacun ses faiblesses, ses erreurs et après, sa nécessaire confrontation avec lui-même. C'est très réussi à ce niveau là aussi et les personnages sont ici poussés dans leurs retranchements les plus intimes, exposés à nu devant les yeux émerveillés du spectateur pris en otage.

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Le film est donc un bonheur de tous les instants: les moments crus très réalistes procurent des frissons et révèlent des conditions de vie et des mœurs que l'on avait oublié, c'est une époque rude et violente que l'on prend en pleine face dans cette œuvre épique et grandiose qui marque durablement le spectateur. Le titre de meilleur film de l'année se joue pour moi entre celui-ci et Knight of cup. Nous verrons les sorties à venir mais le niveau est ici très haut. À voir absolument au cinéma!