samedi 28 mars 2020

"L'Erebus : vie, mort et résurrection d'un navire" de Michael Palin

001

L’histoire : En septembre 2014, au fond des eaux glacées de l’Arctique canadien, la poupe brisée d’un vaisseau fut découverte. Il s’agissait d’un bateau mythique : l’Erebus. Michael Palin – pilier des Monty Python et réalisateur de documentaires pour la BBC – redonne vie à cet extraordinaire navire, depuis sa mise à l’eau en 1826 jusqu’à ses voyages d’exploration en Antarctique qui ont conduit à sa gloire, puis à son ultime catastrophe en Arctique.

Il revisite les parcours entremêlés des hommes qui ont partagé son chemin : le fougueux James Clark Ross, qui cartographia une grande partie des régions australes et supervisa les premières expérimentations scientifiques menées sur place ; mais aussi John Franklin, homme tourmenté qui, à l’âge de 60 ans et après une carrière en dents de scie, prit le commandement du bateau. Il décrit avec brio le quotidien des hommes à bord qui, les premiers, débarquèrent sur la terre Victoria antarctique et ceux qui, à peine quelques années plus tard, finirent gelés jusqu’à en mourir dans les eaux du grand Nord, tandis que des missions de sauvetage tentaient désespérément de les atteindre.

La critique de Mr K : Quelle belle aventure livresque que cette lecture ! L’Erebus : Vie, mort et résurrection d'un navire de Michael Palin est une invitation au voyage, de ceux dont on se rappelle longtemps. Le point de vue adopté est original car il s’agit de suivre la destinée d’un navire depuis sa construction jusqu’à sa fin tragique et sa résurrection lorsque l’on a finalement retrouvé son épave plus d’un siècle après sa perte. L’auteur, un ex Monthy Python féru d’Histoire, se prête à un jeu de piste aussi palpitant qu’érudit qui a séduit dès les premières lignes le grand amateur d’Histoire et de récits maritimes que je suis !

Se déroulant au XIXème siècle, à l’époque de la splendeur britannique qui règne sur les mers, il est ici question des dernières grandes découvertes géographiques qui restent à faire pour l’homme, à savoir l’exploration approfondie des pôles Nord et Sud. L’Erebus qui au départ est censé être un navire de guerre va participer pleinement à ses expéditions polaires. Sa construction, ses différentes missions, la vie à bord, les hommes illustres qui l’ont commandé, ses avaries aussi et sa fin tragique sont au menu d’un récit basé sur les carnets de bord des capitaines et tous les documents que Michael Palin a pu trouver pour raconter l’existence de ce navire. Là où Dan Simmons avec le fabuleux Terreur nous racontait une histoire teintée de fantastique avec un brio incroyable, on est ici dans quelque chose de beaucoup plus réaliste, conforme à l’Histoire tant dans la forme que dans la démarche.

C’est ce qui fait du coup la singularité de cet ouvrage qu’on ne peut pas du coup qualifier de romanesque. Il s’apparente davantage à un livre d’Histoire comme ceux que l’on retrouve dans les bibliographies monstrueuses que fournissent les professeurs de fac à leurs étudiants d’Histoire (big up à une époque bénie de mon existence !). Attention, on ne tombe pas pour autant dans quelque chose d’indigeste car Michael Palin sait alterner les données chiffrées et sociologiques avec des passages plus narratifs purs sur les revers de fortune du navire et des hommes qui composaient ses équipages successifs. Cependant un soin vraiment tout particulier a été apporté à la rédaction du livre faisant de lui un objet hybride et fascinant. Documentariste reconnu en plus de sa carrière comique, l’auteur fait merveille en nous contant des histoires glaçantes (au sens propre comme au sens figuré) et en partageant des connaissances aussi nombreuses que captivantes.

Vous saurez tout en premier lieu de la construction d'un navire à l’époque, des buts que l’on poursuit en ce sens et de la vie quotidienne à bord. On ne verse pas dans l’excès mais l’ensemble est suffisamment complet pour se sentir membre de l’équipage à part entière. J’adore cela, partager les repas des hommes ou le luxe des officiers, essuyer des fortunes de mers plus qu’éprouvantes, affronter les aléas de la navigation au long cours à une époque au charme indéniable, explorer des terres inhospitalières peuplés de nouvelles espèces. Et puis, l’on contemple émerveillé et parfois même effrayé des paysages hors norme, devant lesquels on se sent si petits et qui nous recentrent sur notre humanité qui n’est rien face à l'ordre naturel. L’immersion est totale et d’un réalisme de tous les instants avec de nombreux extraits qui viennent étayer un récit plutôt enlevé qui fait parfois preuve même d’humour au détour d’une saillie ou d’une remarque bien sentie. Ce récit est aussi un bon coup de projecteur sur une époque, les mœurs qui l’habitent, les velléités de puissance de la Grande Bretagne et la concurrence acharnée qu’elle mène encore et toujours aux autres nations européennes dont évidemment la France qu’elle vient de battre en coalition à Watterloo. Le souffle de l’Histoire rugit donc au fil des pages donnant une densité et une dimension très forte à un ouvrage décidément plus qu’attrayant.

Et puis, dans certains chapitres, on retrouve Michael Palin lui-même dans ces déplacements à travers le monde pour retrouver les traces de l’Erebus qu’il traque comme un chasseur sa proie. Il fera des rencontres déterminantes, des découvertes éclairantes et pourra se faire une idée plus précise des péripéties qu’il nous narre avec brio. La langue est très précise, érudite mais aussi légère et parfois ironique. Les pages se tournent toutes seules et l’on s’embarque avec un plaisir certain sur cette croisière plus que mouvementée. Un très bel ouvrage qu’on ne peut que conseiller à tous les amoureux de grandes découvertes et de drames maritimes.

Posté par Mr K à 14:55 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,

mardi 21 janvier 2020

"Les Trois mousquetaires" d'Alexandre Dumas

3mousquetairealexandredumas

L’histoire : Le roman raconte les aventures d'un Gascon désargenté de 18 ans, D'Artagnan, monté à Paris faire carrière afin de devenir mousquetaire. Il se lie d'amitié avec Athos, Porthos et Aramis, mousquetaires du roi Louis XIII. Ces quatre hommes vont s'opposer au premier ministre, le Cardinal de Richelieu et à ses agents, dont la belle et mystérieuse Milady de Winter, pour sauver l'honneur de la reine de France Anne d'Autriche.

La critique de Mr K : Cela faisait un bon bout de temps que je souhaitais relire Les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, un ouvrage qui a marqué fortement mon parcours de lecteur lorsque j’étais bien plus jeune. En fait, il y a déjà bien huit ans, j’ai dégoté lors d’un chinage la suite de ce roman, Dix ans après, que je n’ai jamais lu. Pour autant, je voulais avant de le découvrir revenir sur les premières aventures de D’Artagnan que le temps avait quelque peu estompé dans ma mémoire. C’est désormais chose faite, il ne me restera plus qu’à lire la suite dans le cours de l’année à venir.

Tout le monde connaît plus ou moins la trame de ce roman d’aventure historique culte. On découvre tout d’abord, le jeune et impétueux D’Artagnan qui part de sa Gascogne natale pour monter à la capitale muni des recommandations de son père. Son objectif: servir le roi en intégrant le corps des mousquetaires sous l’égide de M. de Treville vieille connaissance de son paternel. Très vite, il va faire la rencontre de trois hommes qui deviendront ses amis : Athos, Porthos et Aramis, personnages hauts en couleur avec qui il va vivre de nombreuses aventures. Le tout s’emballe d’ailleurs assez vite avec la lutte d’influence qui se joue autour de Louis XIII avec notamment un Cardinal Richelieu machiavélique à souhait qui souhaite évincer la reine Anne d’Autriche pour qui il nourrit une rancune tenace. Complots, course poursuite, espionnage et franche camaraderie sont au programme d’une lecture plaisir à nulle autre pareil.

Même si ma préférence va toujours à La Reine Margot, ce roman ci est vraiment de toute beauté. À commencer par sa galerie de personnages qu’on n’oublie pas, la fiction croisant la vérité historique à de nombreuses reprises. Il y a bien sûr le groupe de héros avec ses personnalités bien tranchées, complémentaires et plus que fouillées. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, chacun a le droit à son traitement de faveur, à sa digression expliquant ses motivations et ses actes. L’ouvrage faisant plus de 600 pages, vous imaginez que les détails ne manquent pas et l’on se passionne pour ce savant mélange de fiction rondement menée et ses arrêts sur image de certaines réalités de l’époque.

Historiquement avec Dumas, on ne prend pas de risques. Tout ici est d’une justesse de chaque instant, et l’on connaît le talent du bonhomme pour explorer l’Histoire de France, la transcender par des destins individuels de son crû et sa façon unique de nous la rendre attrayante. L’accent est mis ici sur les luttes d’influences se situant au plus près des sphères de pouvoir avec notamment la traditionnelle opposition entre le spirituel (la religion) et le temporel (le matériel), le couple royal qui se déchire continuellement, les contradictions des camps en présence, les règles tacites qui s’appliquent à chacun dans une société française engoncée dans des traditions pluriséculaires et une période complexe en terme de géopolitique, la France étant encore et toujours menacée par ses plus vieux ennemis : les Anglais. Ce fut un réel bonheur de replonger dans une époque que j’ai toujours trouvé fascinante entre monarchie absolue, début des grandes découvertes et lents progrès de la science.

Mais Les Trois mousquetaires, c’est avant tout un sacré roman d’aventure qui n’a pas pris une ride. Il s’en passe de belles durant toutes ces pages avec des rebondissements à tire-larigot, des échanges vifs et bien sentis, des scènes de repas dantesques, de la baston virevoltante, des amours contrariés qui prennent au cœur, des moments plus légers... pas le temps de s’ennuyer dans ces conditions avec en plus la science de la narration hors norme d’un auteur qui aime à égarer ses lecteurs, à semer diverses pistes réservant parfois de bonnes surprises. L’écriture est toujours aussi magique, le charme opère et l’on ne peut que se laisser porter par le souffle retentissant qui emporte tout avec lui au gré des sentiments divers et mêlés suscités par cette lecture. Un re-reading jubilatoire et jouissif.

Posté par Mr K à 18:51 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
mardi 22 octobre 2019

"Jack et le jackalope" de Ced et Mino

Jack couvL'histoire : Difficile de se faire remarquer quand on est le fils d’une légende de l’ouest. Pourtant, le petit Jack n’a qu’une idée en tête : impressionner son cowboy de papa ! Pour cela, il va capturer un animal mythique jamais vu de personne, le légendaire Jackalope, aussi connu sous le nom de "lapin cornu".

La critique Nelfesque : Makaka est une maison d'édition spécialisée dans la découverte de jeunes auteurs. Ced et Mino m'étaient jusqu'alors inconnus et en ça cette publication fait donc bien son job. Partons en plein far-west au côté de Jack, un jeune cowboy épris d'aventure.

Avec un trait qui n'est pas sans rappeler nos BD d'antan, Mino au dessin et Ced au scénario nous offrent une immersion au temps des westerns, au côté d'un Jack intrépide et prêt à tout pour faire briller l'étincelle de fierté dans les yeux de son père. Enfin, prêt à tout... jusqu'à un certain point. En voulant épater son paternel, il se met en chasse d'un animal légendaire. Son choix se porte assez vite sur le jackalope, un lapin cornu "farouche mais mignon" et en aucun cas dangereux. En se lançant à sa poursuite Jack ne veut pas risquer sa vie mais s'offrir sa petite dose de frissons et de péripéties.

Jack 1

Sur son chemin, il va rencontrer "Cri-de-l'élan-aux-pieds-froids-l'hiver-par-temps-moite", une jeune indienne fervente défenseuse de la nature. Pensant au départ que Jack n'est qu'un vulgaire chasseur sanguinaire, elle va lui faire promettre de ne pas faire de mal à l'animal. Nous allons retrouver ce personnage de-ci de-là au cours du récit et par son côté décalé, elle apporte une touche de fantaisie qui parlera plus aux adultes dans cette BD très axée jeunesse.

D'autres personnages féminins ne sont pas en reste, tels que Miss Crooton, une mamie légèrement gateuse qui fait également office de babysitter et Susan la soeur de Jack, bien plus lucide que son frangin. Sans en avoir conscience au départ, Jack va voir son aventure se mouvoir en quelque chose de plus important (si tant est que l'on puisse considérer que partir à la recherche du jackalope ne l'est pas) et donner d'excellentes raisons de rendre son père fier de lui.

Jack 2

Comment ne pas penser à des BD type "Yakari" ou "Lucky Luke" lorsqu'on lit "Jack et le jackalope" ? Sans doute est-ce le contexte ou encore l'époque qui forcément nous mène dans ces coins reculés de notre mémoire. Colorisée à l'aquarelle, dans des teintes chaudes et automnales, on garde un côté suranné qui n'est pas pour déplaire. Seul le choix de la typo fait tordre le nez tant elle fait penser au Comic Sans Ms (je n'ose m'imaginer que ce soit celle-ci...), la pire typo que l'on ait pu inventer. On perd en poésie et c'est dommage. Oui, ça tient à peu de chose chez moi...

Reste une bande dessinée attendrissante qui nous rappelle notre enfance, plaira aux plus petits et avec ses touches d'humour nous offre une histoire sur la paix, le partage et la tolérance.

Posté par Nelfe à 18:15 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
mercredi 7 août 2019

"Un capitaine de quinze ans" de Jules Verne

hetzeld-elephevent05

L'histoire : Le Pilgrim vogue vers l'Amérique. Dick Sand, jeune homme de quinze ans, y côtoie quelques passagers pittoresques : Mrs. Weldon, le cousin Bénédict, et quelques Noirs américains. Par un concours de circonstances des plus mystérieux, l'équipage disparaît. Dick se retrouve aux commandes. Alors qu'il croit mener l'embarcation à bon port, le "capitaine de quinze ans" et ses compagnons se retrouvent en Afrique. Parmi les esclavagistes...

La critique de Mr K : Retour sur une lecture estivale passionnante avec Un capitaine de 15 ans de Jules Verne, un auteur vraiment à part pour moi car il a été le déclencheur de beaucoup de choses en lecture, à commencer par aiguiser un goût prononcé pour les romans d’aventures. En fait, je ne me suis jamais vraiment remis du choc de ma lecture de 20 000 lieues sous les mers qui juste avant la Trilogie de l’anneau de Tolkien m’a emporté loin, très loin dans les territoires indéfrichables de l’imagination... Mais trêve de bavardages, parlons donc de ce roman datant de 1878 et qui n’a presque pas pris de rides !

Sur le baleinier Pilgrim, on trouve du beau monde ! À commencer par Miss Weldon, la femme du patron-armateur qui embarque pour San Francisco avec son jeune fils et un cousin éloigné plutôt perché et amateur d’insectes. Sinon, le navire possède un équipage composé de cinq matelots et d’un capitaine expérimenté. S’y trouve aussi le jeune Dick Sand, novice de quinze ans recueilli par Weldon dans une maison pour orphelin. La traversée débute sans encombres jusqu’à ce qu’un événement banal bouscule cet équilibre. Suite à une chasse à la baleine impromptue et mal pensée, tout l’équipage passe l’arme à gauche et le jeune Dick se retrouve au poste de capitaine à seulement 15 ans ! C’est alors le début d’une grande aventure semée d’embûches autant sur mer que sur terre avec un nombre conséquent de péripéties qui vont mettre à mal les certitudes de tous et révéler les caractères de chacun.

Fort de mes expériences passées avec le maître du roman d’aventure, l’addiction est venue de suite, un peu comme un retour à la maison après une longue absence. On retrouve le charme si particulier de Jules Verne au style inimitable, parfois pointilleux et surtout terriblement évocateur. On est là encore pas très loin du récit scientifique par moment avec des descriptions hyper-réalistes de la vie à bord d’un navire du XIXème siècle par exemple avec les tâches quotidiennes à réaliser, les rapports d’autorité, les techniques de navigation ou tout simplement les changements de teinte de l’eau au fil d’une journée... Pour un peu, on sentirait presque le vent du large dans nos cheveux ! J’ai aussi aimé les longues descriptions de la jungle où finissent par s’échouer les voyageurs du Pilgrim (faune et flore peuplent ces pages de manière fort crédible, le ravissement se dispute aux peurs ancestrales les plus prégnantes) et quelques passages sur l’entomologie (étude des insectes) sont assez stupéfiantes dans leur genre, enthousiasmant le lecteur épris de connaissances et de dépaysement. Roman naturaliste par excellence lors de ces descriptions, le charme de l’auteur opère toujours autant, emmenant avec lui son lecteur captif d’horizons lointains rêvés et un style impeccable à la recherche esthétique constante.

L’aventure s’écrit avec un grand A ici avec des personnages très attachants même s’il faut bien avouer qu’ils s’avèrent caricaturaux. Pas de réelle surprise donc pour le lecteur qui se laisse tout de même emporter sans difficultés dans ces mésaventures en pagaille. Les héros sont proches de la perfection, ont une dévotion sans borne envers leurs proches et amis et les bad guys sont d’horribles personnes dépourvues de la moindre once de morale. Malgré cela, on se prend au jeu grâce notamment à la maîtrise de la caractérisation et le sens du récit de Jules Verne avec des oppositions fortes et un voyage à nul autre pareil. La grosse différence par rapport à mes autres lectures de Verne réside dans son aspect engagé contre la traite négrière. Le sujet apparaît fortement et donne lieu à de nombreux développements. Plus cru et dur que d’habitude, Verne ne lésine pas pour dénoncer ce commerce inhumain qui avait encore cours lors de l’écriture de l’ouvrage dans certaines colonies espagnoles et portugaises. Vous trouverez dans ce roman pour la quasi première fois en littérature française des personnages noirs de premier plan menant certaines hautes actions. Rien que pour cela, ce livre sort du lot et donne encore plus à admirer la personnalité de l’auteur.

Lu en Auvergne en juillet au cœur d’un écrin de nature époustouflant, je n’ai fait qu’une bouchée de ce roman trépidant et d’une grande force en terme de message véhiculé. Plaisir de lecture optimum, un auteur au sommet de sa forme pour un morceau de choix en terme de littérature engagée, je ne saurais que trop le conseiller à tous les amoureux d’évasion, d’aventure et de roman du XIXème siècle.

Posté par Mr K à 19:47 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
dimanche 27 janvier 2019

"Sanctuaire" & "Sanctuaire Genesis" intégrales de Dorison, Bec, Thirault & Raffaele

couv

L'histoire : Un sous-marin en mission de surveillance le long des côtes syriennes, le USS Nebraska, reçoit un message de détresse non identifié qui le conduit au bord d’une immense crevasse sous-marine.

L’équipage y découvre l’épave d’un vieux sous-marin soviétique, gisant à proximité de ce qui semble être les gigantesques vestiges d’un sanctuaire antique.

Ce qui devait être une mission de routine se transforme alors en une véritable descente aux enfers.

La critique de Mr K : Chronique d'un cadeau de Noël aujourd'hui avec l'intégrale de Sanctuaire et Sanctuaire Genesis de Dorison, Bec, Thirault et Raffaele qui m'a été offerte par ma belle-mère qui a décidément bon goût car ce cadeau de choix a été opéré sans conseil de ma douce. Mélange d'anticipation, de thriller et de fantastique, voilà une BD qui fait mouche, instaurant une tension et un suspens montant crescendo et proposant une aventure prenante du début à la fin. Ce n'est pas le cas par contre pour Sanctuaire Genesis qui s'avère n'être qu'un bonus sans réelle saveur et plutôt inutile. Je n'en parlerai donc que très peu me concentrant sur la série de trois tomes de la BD originelle. Suivez le guide !

2029, le sous-marin USS Nebraska est en mission en mer Méditerranée pour surveiller les activités de la Syrie. Un jour, il capte un signal d'origine inconnue qui l'emmène explorer une faille où ils vont tomber nez à nez avec un sous-marin russe échoué par plus de mille mètres de fond et surtout l'entrée de ruines mystérieuses... Très vite, les événements s'accélèrent, pendant qu'une puis deux expéditions partent en exploration dans des ruines inexplorées jusqu'alors, des événements inexpliqués s’enchaînent à bord de l'USS Nebraska mettant en péril l'équipage et le bâtiment lui-même. Inutile de vous dire que le lecteur n'est pas au bout de ses surprises...

Sanctuaire 2

Je ne connaissais pas du tout cette œuvre avant que l'on me l'offre et je peux vous dire que j'ai été soufflé. Nous avons affaire ici à une grande BD d'aventure matinée d'ésotérisme, dans une ambiance lorgnant vers la série des Indiana Jones. Malgré toutes leur technologie embarquée, les troupes US vont se retrouver confrontées à des forces qu'elles ne peuvent controler. Car derrière les remparts et statues de pierre peu rassurantes se cachent une entité que personne ne devait délivrer. Au fil des planches, une folie galopante s'insinue dans l'équipage, des actes totalement fous se produisent et aucune explication scientifique ne semble pouvoir éclairer ces événements. En parrallèle, une expédition disparaît lors de son exploration des ruines et la relève va aller de Charybde en Scylla en parcourant grottes, tunnels puis salles cyclopéennes. Quelque chose de terrible s'est déroulé ici bas et malheur à ceux qui souhaitent lever le voile de la vérité.

Sanctuaire 3

Bien que classique dans sa caractérisation et son déroulement, ce récit prend aux tripes. La faute à une tension très bien maitrisée qui met en valeur des personnages charismatiques au premier rang desquels on trouve le commandant de navire inconsolable depuis la mort de son épouse dans un accident de voiture. A la manière de classiques du fantastique, les auteurs s'amusent avec nos nerfs en distillant les informations au compte gouttes, en révélant peu à peu les éléments surnaturels qui au final renversent tous les schémas que l'on a pu établir. C'est très bien fait et très bien mis en image avec des dessins dynamiques, très beaux, précis et impressionnants notamment sur des fresques couvrants des doubles pages entières.

Sanctuaire 1

J'ai aussi adoré l'approche des éléments ésotériques qui mêlent croyances antédiluviennes, rites de passage et menaces sourdes sur le monde d'aujourd'hui. Mélangez à ceci des éléments purement historiques dont la fascination des nazis pour les artéfacts mystiques et la course à la toute puissance de l'URSS et vous obtenez un background efficace qui densifie les tensions dramatiques de l'histoire. Certes, certains vous diront que ce n'est pas original mais ça fait toujours son petit effet. Par contre, on peut se passer de la lecture de Sanctuaire Genesis qui nous promet monts et merveilles et se révèle être un récit sans âme, peuplé de personnages inintéressants. Tenez-vous au récit originel, cela suffit !

Au final, ce fut une très belle découverte, le genre de BD qui s'avale toute seule et sans douleur. Tout amateur du genre se doit de la lire, ça vaut le détour !


jeudi 22 novembre 2018

"Le Feu primordial" de Martha Wells

001

L'histoire : Le royaume d'Île-Rien vit sous la menace d'un dangereux sorcier, l'énigmatique Urbain Grandier. Dans sa capitale de Vienne, le jeune et faible roi Roland règne sous l'influence d'un entourage équivoque et ambitieux. Seule Ravenna, la reine douairière, garantit encore l'intégrité du royaume. Or voici que reparaît à la cour la soeur bâtarde de Roland, Kade la demi-fée, fille du vieux roi défunt et de la reine de l'air et des ténèbres. Vient-elle s'emparer du trône ? Est-elle de mèche avec Urbain Grandier?

Le capitaine Thomas Boniface, ex-amant de Ravenna, est peut-être le dernier rempart entre Île-Rien et le chaos. À lui de comprendre qui est l'ami, qui l'ennemi. Mais son intelligence et ses qualités de soldat suffiront-elles à préserver le trône, surtout si la magie du royaume des fées fait irruption dans Vienne?

La critique de Mr K : Retour à la fantasy aujourd'hui avec cet ouvrage lu durant la période des Utopiales. Dégoté pour presque rien lors du défrichage de la médiathèque de Lorient, Le Feu primordial de Martha Wells m'avait attiré par sa quatrième de couverture intrigante (notamment le goût de l'auteur pour l'Histoire de France) et la maison édition L'Atalante que j'aime beaucoup. Ce fut une lecture rapide et très plaisante, même si les surprises ont été rares (le genre est assez codifié), on se plaît à suivre les intrigues de palais et les combats à l'épée qui parsèment ce roman très efficace.

Qui dit fantasy, dit souvent grandes chevauchées à travers de vastes espaces, des quêtes mystiques aux relents initiatiques et souvent, des nuits improbables dans des tavernes isolées (mon côté breton apprécie à chaque fois). Oubliez cela pour ce titre qui se déroule quasiment en huis-clos dans le château royal de Vienne, capitale du royaume d'Ile-Rien. Une sourde menace semble peser sur les lieux, le roi-enfant faible et influençable pourrait bien perdre sa place au profit de comploteurs parfois à peine masqués : des nobles ambitieux et sans scrupules, un magicien échappé du royaume voisin qui convoiterait le pouvoir du monarque ou encore l'invasion possible depuis l'outre-monde où réside des fées bien loin de celles qu'on nous vante dans les contes du même nom. Bel imbroglio dans lequel se débattent les personnages principaux dont Thomas Boniface, capitaine de la garde de la reine, fidèle à son serment d'allégeance et grand bretteur.

L'unité de lieu s’accompagne d'une unité de temps. Il ne se passe pas une semaine entre le début et la fin du volume, cette action concentrée donne une densité bienvenue au récit qui du coup se concentre sur l'essentiel. Pas de délayage ici mais une succession de rencontres, d’interactions entre personnages forts, combats épiques mêlant magie, poudre et lames, éléments d'enquêtes digne d'un roman policier plus classique, révélations plus ou moins attendues et même amour filé entre deux êtres très différents. Pas le temps de s'ennuyer, on enquille les pages sans vraiment s'en rendre compte et c'est même parfois frustrant de devoir s'arrêter tant on est happé par l'histoire et le rythme trépidant qui nous est proposé.

Le héros en lui-même n'est pas le plus attachant des personnages, bien que souvent ironique et plein d'à propos, je l'ai trouvé plutôt monolithique. Cette fadeur ne lui enlève pourtant pas ses qualités et met en lumières les autres protagonistes. Au premier rang d'entre eux, j'ai adoré le personnage de Kade, la demi-sœur du roi, fruit d'une union hors du commun entre le roi et une fée. Appartenant à deux mondes, repoussée de toute part, cette fêlure nourrit le personnage et la porte toujours en avant, la dotant d'un caractère bien pourri comme je les aime. C'est bien simple, dès qu'elle fait partie d'une scène (c'est-à-dire quasiment sur la moitié du livre), elle rayonne et charme irrémédiablement le lecteur. Étant amateurs de complot et de trahisons à la Game of Thrones, j'ai aussi particulièrement apprécié les bad guys qui s'avèrent très réussis, entre félonie abjecte et frustration de leur condition sociale. L'ensemble se marie bien, baignant dans une ambiance crépusculaire qui habille le roman d'oripeaux très séduisants. De manière générale, les personnages bien que plutôt convenus sont bien traités, explorés en profondeur et enrichissent un récit finalement pas si développés que cela, l'action étant limité dans le temps comme dit précédemment.

La fantasy est ici virevoltante et sans concession (l'attaque de la Horde sur le château à mi-parcours est impressionnante, la description des arts magiques), séduisant l'amateur que je suis malgré un air parfois de déjà lu. J'ai aussi beaucoup apprécié la caractérisation, les descriptions liées au château et ses dépendances (belles cartes jointes au début du livre) qui donne un réalisme bien poussé au contexte. On aime faire l'aller retour entre les passages écrits et le document cartographié, on s'imagine complètement dans les scènes décrites et l'on s'amuse à suivre les héros au plus près. Je peux vous dire qu'on l'explore en long, en large et en travers ce château et qu'il réserve bien des surprises.

Bonne lecture donc, idéale pour passer un bon moment loin de la réalité et s'évader vers un monde onirique où l'héroïsme et le danger vont de pair. Les amateurs de fantasy devraient apprécier surtout s'ils veulent se lire un one-shot sans prétention et facile d'accès. Avis aux amateurs !

Posté par Mr K à 16:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mardi 10 octobre 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 11 et 12 de G. J. Arnaud

Livre_cdg11-12

L’histoire : Voilà des siècles que la Terre subit une nouvelle glaciation. L’humanité, transie, s’est résignée à vivre sous des dômes, oubliant peu à peu son passé. Pourquoi, de toute façon, se souvenir de l’ancien monde ? Il n’est pas près de revenir...

Mais lorsqu’un groupe de scientifiques se met en tête de faire réapparaître le soleil, Lien Rag, le Kid, Jdrien et tous les autres personnages de la Compagnie des Glaces commencent à comprendre que bientôt, très bientôt, les glaces se mettront à fondre... et provoqueront un bouleversement sans précédent !

La critique de Mr K : Retour dans la fabuleuse saga SF de La Compagnie des glaces de GJ Arnaud avec ce volume réunissant les tomes 11 et 12, tout justes réédités par French Pulp édition début septembre dans le cadre de la rentrée littéraire. Les volumes passent et le plaisir reste, ce n’est pas cette nouvelle lecture qui va me fait mentir entre aventure, ambiance de fin du monde et critique acerbe à travers une métaphore filée certes glacée mais non dénuée d'ardeur.

Nous retrouvons nos héros là où nous les avions laissés. La guerre fait toujours rage entre les compagnies sibériennes et européennes, chacune ne sachant plus vraiment pourquoi le conflit a été déclaré. La trans-américaine elle, continue de prospérer et d’étendre son influence. Jdrien s’est enfui et l’enfant-roux, messie annoncé, commence à développer ses pouvoirs ce qui n’est pas sans attiser les convoitises. Lien Rag a rejoint le Kid et ils travaillent désormais main dans la main. Un événement va bouleverser la donne. En effet, les rénovateurs du soleil, un obscure groupuscule de scientifiques chassés de toute part (la censure est bien en vogue dans ce monde futuriste) ont décidé de faire réapparaître l’astre caché par les poussières de la Lune disparue. L’expérience va fonctionner de manière partielle et provoquer une mini apocalypse. C’est le début de la panique, les compagnies doivent s’unir si elles veulent survivre (du moins certaines) et chacun essaie de sauver ce qu’il peut l'être.

Le tome 11 est l’occasion pour l’auteur de détruire un petit peu tout ce qu’il a élaboré et conçu dans les volumes précédents. En effet, le pire arrive et les compagnies des glaces se retrouvent démunies face à ce changement brusque de climat. Les glaces commencent à fondre, la chaleur monte (chose impensable pour ces millions d’humains enfermés dans des dômes et des trains climatisés), l’ordre établi vacille car tout lui échappe et le chaos s’installe. Cela donne lieu à de belles scènes de chaos, de fuites éperdues de populations terrifiées et le rapprochement étonnant entre puissants qui naguère se méprisaient. Les forces se rééquilibrent et la possibilité que le Soleil rebrille constamment dans le ciel est une éventualité plus que sérieuse.

Au delà des hommes, ce sont surtout les hommes roux qui sont à la peine. Ne supportant pas la chaleur, ils risquent de tous périr. Au même moment que l’astre du jour refait son apparition, répondant à un mystérieux appel, ils s’élancent sur la banquise vers l’Amérique lointaine en emportant le corps conservé dans la glace de leur déesse, la maman de Jdrien. Ce dernier, pressenti comme une sorte de messie se dirige lui-aussi vers ce point de réunion. Véritable récit de l’exode que l’on peut comparer à celui des hébreux dans l’ancien testament (certaines scènes font irrémédiablement penser au récit biblique d’origine), on entre encore plus dans l’intimité et la pensée de ces hommes-bêtes déconsidérés et même asservis par les humains. On sent bien que quelque chose de puissant va se produire, la suite nous le dira sans doute.

J’avais fait part dans ma chronique précédente d’une légère déception concernant le héros principal (Lien Rag) que je trouvais uniquement préoccupé par les joies de la bagatelle, la série glissant malheureusement vers le mauvais roman érotique de gare. Il n’en est rien dans ces deux romans réunis ici, Lien Rag reprend la stature qu’il possédait au début : celui d’un scientifique dégoûté par le pouvoir en place, qui continue ses recherches sur les origines des hommes roux et cherche à améliorer le quotidien de l’humanité. Il est très bien secondé par sa nouvelle compagne Leouan, dont les charmes n’ont d’égal que sa sagacité et sa ruse. Les deux forment un duo détonnant, plongé notamment dans une mission secrète en plein territoire ennemi. Ce fut aussi un réel plaisir de retrouver le Kid qui n’est pas loin de tout perdre et qui d’une épreuve terrible va devoir se relever pour continuer son chemin. On a beau se dire que l’auteur a déjà beaucoup développé ses personnages, il trouve encore le moyen de nous surprendre et d’innover de chapitre en chapitre. C’est en cela qu’on reconnaît les grands feuilletonistes.

L’aventure avec un grand A reprend donc ses droits, les péripéties sont nombreuses et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde. Lire le premier chapitre, c’est l’engagement certain d'entrer dans une lecture addictive et plaisante qui procure sensations et réflexions. Du grand art qui n’est pas près de s’arrêter vue l’étendue de la saga originelle. Quitte à me répéter, vivement la suite !

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
La Compagnie des glaces tomes 3 et 4
La Compagnie des glaces tomes 5 et 6
La Compagnie des glaces tomes 7 et 8
- La Compagnie des glaces tomes 9 et 10

samedi 12 août 2017

"Le Récif maudit" de Henry de Monfreid

récifmaudit

L'histoire : Kassim aime la riche et belle Amina... Kassim, jugé de naissance trop humble pour prétendre l'épouser, est mis à l'épreuve par le père de sa bien-aimée, riche marchand de perles.

Chargé d'une mission dangereuse en mer Rouge, Kassim affrontera bien des dangers dans ces pays où l'on vit parfois encore à la manière des Mille et une nuits.

La critique de Mr K : Petite lecture imprévue aujourd'hui avec cet ouvrage dégoté par hasard dans une boîte à livre pétrocorienne en attendant le lancement d'un spectacle off du Festival Mimos qui se tient chaque année en juillet à Périgueux. Cet opus se détachait du reste et distillait un parfum de nostalgie, en effet j'ai lu plus jeune nombre de titres édités chez Castor poche et la quatrième de couverture a achevé de me convaincre avec cette histoire d'amour compliquée dans une ambiance à la Mille et une nuit.

Tout d'abord, avant d'amorcer la lecture en elle-même, on apprend bien des choses sur l'auteur qui a vécu une vraie vie d'aventurier dans la région de la mer rouge. Mix de capitaine de navire au long cours, d'explorateur, d'aventurier, de commerçant et même de courtisan ; c'est son ami Joseph Kessel qui lui conseilla de coucher par écrit ses souvenirs et expériences tant son existence s'apparentait à un roman. C'est ce qu'il fit avec toute une série d'ouvrage qu'il a "augmenté" pour romancer davantage et procurer du plaisir à ses futurs lecteurs. Alors ? Pari réussi ?

C'est une histoire vieille comme le monde qui nous est ici contée dans Le Récif maudit entre la fable et le récit de navigateur. Un jeune homme (Kassim) tombe éperdument amoureux d'Amina la fille adoptive d'un puissant notable. Bien qu'apprécié par ce dernier, le jeune homme va devoir réaliser une quête difficile afin de prouver sa valeur et mériter Amina qui, vous vous en doutez, est belle comme le jour et attise les convoitises. Commence alors un bon récit d'aventure avec son lot d'obstacles naturels, humains (que de complots en si peu de pages !) et de retournements de situations. Le narrateur, Henry de Monfreid lui-même, croise lui régulièrement le jeune Kassim et lui filera plus d'un coup de main pour pouvoir réaliser son rêve.

Prévu pour la lecture de jeunes de plus de onze ans, je pense que le classement serait peut-être un peu différent aujourd'hui. La faute à une écriture un peu surannée qui n'est pas sans rappeler celle d'un certain Jules Vernes, termes complexes et tournures de phrases parfois alambiquées risquent de perdre les jeunes pousses allergiques au dictionnaire (je dis ça car moi-même, j'ai du le consulter à de multiples reprises). Pour autant, il ne faut pas rejeter en bloc ce livre qui est une très belle réussite avec en premier lieu une très belle immersion dans le milieu de la navigation et de la mer. J'ai aimé ces longues digressions sur la faune et la flore marine qui nous apprend beaucoup sur l'ingéniosité de la nature et sa richesse (le passage sur la pêche à la perle est tout bonnement merveilleux dans son genre). J'ai aussi apprécié les passages concernant la navigation en elle-même avec les détails sur les navires, les fonctions de chacun des hommes d'équipage et les difficultés à affronter en mer ; ce côté vernien loin d'être rebutant donne à réfléchir sur les conditions de déplacement de l'époque et le côté aventure que prenait tout parcours de plusieurs jours sur des eaux éloignées de l'Europe.

L'histoire en elle-même ne casse pas des briques. Rien d'original vraiment avec des rouages narratifs sans réelle surprise et qui déroulent une trame classique mais efficace. On tremble pour ce beau couple menacé, on frémit de colère face à l'incurie des méchants qui ne reculent devant aucune bassesse pour parvenir à leurs fins, on savoure les passages d'action pure qui font la part belle à l'héroïsme et parfois au désespoir. Montagnes russes émotionnelles, cette histoire concentre en son sein toutes les figures et situations tutélaires du conte, éléments essentiels à la formation d'une jeune âme en quête d'aventure et de leçon de vie. C'est bien mené et on ne relâche le livre qu'à la toute fin de sa lecture, plutôt content d'avoir exploré la mer Rouge et ses alentours.

Bien que daté dans son évocation de la réalité de l'époque, notamment le point de vue colonialiste de l'auteur sur les populations et les us de l'époque, la lecture se fait avec plaisir et assez rapidement si l'on dépasse les difficultés langagières qui peuvent se présenter à nous. C'est distrayant et dépaysant, l'on retrouve des sensations oubliées comme ces premières lectures qui ont pu tant nous hypnotiser plus jeune. Pour moi, ce fut Vernes et Tolkien. Un roman à découvrir pour ceux que les thématiques intéressent et qui aiment se plonger dans une époque désormais révolue.

Posté par Mr K à 16:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
mardi 11 juillet 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 9 et 10 de G. J. Arnaud

979-10-251-0254-1-CDG9-10-uai-720x1178

L’histoire : Lien Rag était un aventurier, un rebelle qui s’était dressé maintes fois contre la tyrannie des grandes compagnies ferroviaires. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un ingénieur bien rémunéré, choyé par la plus puissante des compagnies, la panaméricaine.

Mais quand les projets de son impitoyable dirigeante, Mrs Diana, mettent en danger la vie de millions de personne, Lien Rag sait qu’il n’a plus le choix : il lui faut, de nouveau, entrer en résistance...

La chronique de Mr K : C'est avec un grand plaisir que je me suis replongé dans la lecture de la saga de La Compagnie des glaces de G. J. Arnaud. On en arrive aux volumes 9 et 10 compilés ici dans un ouvrage de 400 pages faisant une fois de plus la part belle à l'anticipation dans un monde apocalyptique gelé et contrôlé d'une main de fer par des compagnies ferroviaires toutes puissantes qui ont remplacé les anciens États. Encore une fois le voyage fut exquis et immersif à souhait malgré quelques scories qui commencent à apparaître, certaines obsessions de l'auteur qui à mon sens en fait un peu trop.

On retrouve donc nos personnages principaux, Lien Rag, Le Kid, Yeuse et Jdrien qui chacun a fort à faire. L'un doit désormais s'affranchir de la tutelle dominatrice de lady Diana qui pour les intérêts de la Panamérica n'hésite pas à planifier un véritable génocide au nom de l'agrandissement et l'enrichissement de sa compagnie au détriment du droit et de la morale. Ne pouvant plus soutenir cette politique et échappant de peu à un attentat contre la commission de vérification, il tente de s’enfuir vers l’est. Le Kid lui, continue d’étendre sa compagnie ferroviaire en essayant de conserver ses idéaux démocratiques, il doit cependant faire face à des esprits séditieux et le regroupement des Hommes Roux aux abords de la cité. Ces derniers attendent une sorte de messie qui devrait les libérer du joug des humains, ce ne serait nul autre que le fils de Lien Rag, mais Jdrien a disparu...

À travers sa saga, G-J Arnaud en profite pour critiquer en filigrane notre propre monde. Cette fois ci, c’est clairement l’ONU et ses organismes apparentés qui sont visés. On ne peut que rester sceptique face à leur impuissance à agir contre l’incurie de certains pays ou entreprises multinationales. C’est aussi le cas dans ces volumes où finalement Mrs Diana va tout faire pour contourner les lois internationales pour mener à bien ses projets d’hégémonie, toute ressemblance avec les crises ukrainienne et syrienne est fortuite vu la date d’écriture du roman mais ça m’y a diablement fait penser. C’est donc le cœur déchiré qu’on suit les développements de l’histoire qui conjugue les notions de complot, de trahison et d'extermination en masse d’innocents au nom du sacro-saint pouvoir. C’est puissant, bien vu et bien mené.

On continue aussi à suivre des personnages qu’on a appris à aimer. J’ai une tendresse toute particulière pour le Kid et Yeuse qui ayant tout perdu (la compagnie de cirque/théâtre qui les employait a disparu) doivent se refaire entièrement malgré leur disgrâce et leur condition (un nain et une femme). Ils se caractérisent par une intelligence et une capacité d’adaptation hors du commun. Même s’il est moins présent dans cet ouvrage, Jdrien est toujours aussi attachant, il grandit et commence à avoir des velléités d’indépendance car ses pouvoirs se développent et il est irrémédiablement attiré par son peuple qui semble se réunir pour lui. Lien Rag lui m’indiffère de plus en plus, il semble bien trop souvent obnubilé par son appareil génital, l’auteur se complaît à nous livrer ses pseudos états d’âme et désirs, quitte à virer dans le roman érotique à deux balles où les femmes ne sont là que pour satisfaire les désirs du mâle alpha. Ce qui était marrant en début de saga devient un peu lourd-dingue à la longue et a freiné quelque peu mon enthousiasme lors de certains passages mettant en jeu ce perso. J’en viendrais presque à souhaiter qu’il disparaisse pour alléger l’ensemble mais bon, gageons que la suite me donnera tort.

Au delà de cette déception ponctuelle, c’est toujours un bonheur de replonger dans cette terre gelée où le danger peut venir de partout et de n’importe qui, on ne peut que s’incliner devant le talent déployé pour décrire ce monde rude où chacun survit à sa manière malgré des obstacles de plus en plus importants. L’écriture aérienne la plupart du temps immerge immédiatement le lecteur et les 400 pages se lisent quasiment d’une traite quitte à s’endormir très tard. Un bon volume donc qui fait avancer la trame principale et incite à poursuivre sa lecture. Vivement la suite !

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
La Compagnie des glaces tomes 3 et 4
La Compagnie des glaces tomes 5 et 6
- La Compagnie des glaces tomes 7 et 8

mercredi 5 juillet 2017

"La Momie" d'Alex Kurtzman

La_Momie

L'histoire : Bien qu’elle ait été consciencieusement enterrée dans un tombeau au fin fond d’un insondable désert, une princesse de l’ancienne Égypte, dont le destin lui a été injustement ravi, revient à la vie et va déverser sur notre monde des siècles de rancœurs accumulées et de terreur dépassant l’entendement humain. Des sables du Moyen Orient aux pavés de Londres en passant par les ténébreux labyrinthes d’antiques tombeaux dérobés, La Momie nous transporte dans un monde à la fois terrifiant et merveilleux, peuplé de monstres et de divinités.

La critique de Mr K : 4/6. Un bon film détente neurone qu'il faut prendre uniquement en tant que tel. Perso, j'ai passé un bon moment en salle obscure en compagnie d'un pote, le film remplissant complètement le cahier des charges en terme de beauté, d'action et d'humour. Après certes, le cinéaste n'invente rien, le scénario tient sur une feuille de papier à rouler mais bon... il est de bon ton parfois d'aller voir du pur spectacle décérébré surtout quand la place n'est qu'à 4€ à l'occasion de la Fête du Cinéma.

Tom Cruise joue ici le rôle d'un pillard des temps modernes, comprendre un éclaireur de l'armée américaine opérant en Irak qui au détour de certaines missions revend des antiquités à des amateurs d'art. Manque de pot, cette fois ci, il met à jour bien involontairement une tombe (une prison plutôt ?) d'une princesse égyptienne maudite qui a une forte propension à se réveiller d'entre les morts et qui cherche à tout prix à terminer un rituel vieux de plusieurs millénaires. La bête réveillée (plutôt sexy dans son genre d'ailleurs), les ennuis commencent et le rythme ne redescend pas d'un cran durant 1h50 de métrage.

391410

Tout d'abord, Tom Cruise est impérial dans son rôle. Voleur minable, ne prenant rien au sérieux, très gamin dans l'âme, on peut dire qu'il les accumule durant la majorité du film. Très drôle, second degré à donf, se moquant de l'image qu'il renvoie. L'alchimie fonctionne à plein régime avec le spectateur même si je n'arrive toujours pas à comprendre comment il réussit à garder un tel physique à son âge ! Incroyable, on finirait presque par devenir scientologue... non je déconne ! Le reste du casting sert bien la soupe après c'est un minimum pour un blockbuster. Personnages classiques, caricaturaux mais on retiendra un Russell Crow qui cachetonne bien et un ersatz de Rihanna très convaincant en momie pas contente du tout.

la-momie-comment-el-réalisateur-a-du-changer-le-film-après-X-men-apocalypse

On en prend plein les mirettes en terme d'action avec notamment une superbe séance de crash aérien en apesanteur. On ne fait que l'entrapercevoir dans la BA, elle dure bien 10 minutes au cinoche et franchement, j'ai rarement eu l'impression d'être autant au cœur de la scène et ceci sans 3D (faut pas pousser non plus !). De bonnes scènes de baston aussi avec des morts-vivants efficaces (ben oui les amis, une momie ça peut se créer une armée de garde du corps venus d'outre-tombe) et un héros qui encaisse vraiment bien les coups, ça en devient même très suspect ! Tempêtes de sable, course poursuite en forêt, visions ténébreuses, blagues à deux balles, choix cruciaux... tous les poncifs y passent mais ça fonctionne.

universal-pictures-la-momie-1

Inutile d'en dire plus, le fan de péplum et de film fantastique que je suis a aimé ce plaisir purement régressif qui à priori en appellera d'autre sous la bannière Dark Universe d'Universal. L'idée serait de revenir sur les grands mythes fantastiques à travers une série de nouveaux films clairement calqués sur la mode des adaptations de comics qui fleurissent sur la toile depuis quelques années (pour le coup, je ne suis pas fan du tout !). Dis comme cela ce n'est pas rassurant et clairement les grands classiques n'ont aucune chance d'être égalés mais si ces futures productions procurent autant de plaisir simple que La Momie, pas sûr du tout que je fasse l'impasse !

Posté par Mr K à 19:13 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,