lundi 20 novembre 2017

"Le Jour où mon pénis est tombé" de David Duranteau

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L’histoire : Je m’appelle Fabrice Carmen, j’ai 43 ans, je suis le présentateur vedette de la matinale d’une grande radio française.

J’ai du fric, je suis connu, les meufs m’adorent, je suis le mec que tout le monde rêve d’être... Sauf que récemment les petits désagréments s’accumulent... Mon pénis, par exemple... Il est tombé, un matin, sous la douche... Ça fait un choc de le voir à côté de la savonnette... Et cette nouvelle animatrice à la radio qui ne porte jamais de culotte, c’est la fille d’un cinéaste connu, je crois qu’elle essaie de me piquer ma place... Et comme une apothéose, à l’instant où je vous parle, une femme est allongée sur mon canapé hors de prix, une coupe de champagne plantée dans la gorge... Je m’allumerais bien une clope, moi...

La critique de Mr K : Lecture étonnante dans son genre aujourd’hui avec Le Jour où mon pénis est tombé de David Duranteau qui a directement contacté le blog pour savoir si nous étions intéressés par la lecture de son livre que l’on trouve à l’achat sur certaines plate-formes internet. Le message débridé de contact et le résumé du bouquin m’ont de suite convaincu et c’est sur la liseuse de Madame que j’entreprenais cette lecture.

Appelons un chat un chat, Fabrice Carmen est un con. Impossible de pouvoir trouver quoique ce soit de positif ou d'engageant chez cet animateur imbu de lui-même, d’une suffisance rare et phallocrate assumé. Monsieur vit dans son monde, sans réelle attache et se comporte de façon abjecte avec les gens, notamment les femmes. Tout bascule le jour où il perd malencontreusement son membre viril dans la douche. Les événements vont s’enchaîner avec pour commencer la rencontre avec une chirurgienne au charme certain (très gênant pour un mec sans attache comme Carmen), le meurtre d’une concurrente dans son propre logement et les emmerdeurs qui semblent s’accumuler dans ses relations. La vie bien étriquée et gérée du héros devient un véritable enfer pour le grand plaisir sadique des lecteurs.

Ne perdant pas de temps avec les préliminaires (ce qui convient très bien à un personnage comme Fabrice), David Duranteau rentre de plein pied dans son sujet. Placé dans la tête de l’animateur radio, on se rend très vite compte à qui on a affaire. Détestable, le personnage est d’un cynisme de tous les instants et démolit tout ce qui passe : les personnes, le moindre concept, la vie, la mort... bref, rien n’échappe à sa hargne et à sa détestation. Véritable filtre de notre société actuelle, Fabrice n’aime rien ni personne si ce n’est sa petite personne (on n’est pas loin d’American Psycho par moment, la drolitude en plus !). On se fend évidemment bien la poire devant tant de verbiage et de critiques assumées ou non (puisqu'oon pénètre dans son esprit par moment).

Pour autant, l’auteur multiplie les angles et la temporalité du récit. Très vite, on passe de personnages en personnages en faisant à l’occasion de légers flashback, le temps est alors distendu pour ajouter quelques éléments de plus à l’intrigue. C’est très malin et assez original, une fois le pas pris, on s’amuse beaucoup surtout que le moindre personnage n’hésite pas à dévider ses états d’âmes. Dans le genre, on est gâté entre des flics bien barrés qui à l’occasion dansent la valse dans le hall du commissariat, une collègue de la radio qui n’a pas froid aux yeux (ni aux fesses d’ailleurs), un chauffeur de taxi amoureux fou de sa femme et légèrement mono-maniaque (mais alors très légèrement...), une voisine de palier gothique timbrée sur les bords et une foule de personnages plus décalés les uns que les autres. C’est une des grandes forces de l’ouvrage qui propose des personnages et des situations vraiment ubuesques, le tout agrémenté à l’occasion d’un no-sense à l’anglaise qui fait mouche.

On rigole donc énormément mais pas seulement. Derrière la gaudriole, les vannes et les critiques acerbes, c’est un beau panorama de notre société que brosse l’auteur avec des passages bien corsés sur le monde de l’entertainment et du spectacle, le consumérisme, l’individualisation des esprits. Sans morale (bien au contraire d’ailleurs), tous les aspects de nos vies sont décortiqués et livrés en pâture à un personnage repoussoir qui livre quelques vérités, assénées sans ambage ni gants. Sans tomber dans la surenchère (c’est le risque avec ce genre d’ouvrage), tout est digeste et se glisse au bout d’un moment parfaitement dans un trame policière plus classique qui permet de prolonger le plaisir.

logo-epubQuant à l’écriture, elle sort des sentiers battus aussi. Je pense qu’elle peut plaire autant que l’inverse, personnellement j’ai apprécié ce ton libre et familier. Sorti en auto-édition, cet ouvrage n’est pas parfait en terme de forme pure (pas mal de coquilles à déplorer dans la première moitié du livre) mais le rythme, les situations barrées et le contenu valent le détour. Si vous aimez être surpris, vous faire peur si vous êtes un homme (ben ouais le titre fait mal quand même !) et surtout rigoler tout en vous moquant du monde actuel, foncez. C’est frais et efficace.

Posté par Mr K à 18:11 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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vendredi 1 mai 2015

"Fidèle au poste" de Amélie Antoine

fidèleauposteL'histoire : Mai 2013, Saint-Malo. Chloé et Gabriel forment un couple uni. Mais tout bascule lorsque Chloé disparaît brutalement. Gabriel tente alors de continuer à vivre, et il fait la rencontre d’Emma, une photographe venue s'installer dans la ville.
Mais Chloé s'est-elle véritablement volatilisée ?
Emma est-elle vraiment celle qu’elle semble être ?
Et si la réalité n'était pas telle que le jeune veuf la voit ?

La critique Nelfesque : Une lecture malouine ! Quelle bonne idée ! En tant que bretons, nous ne pouvions refuser la proposition d'Amélie Antoine, de lire son roman disponible en ebook et format papier.

"Fidèle au poste" est un roman étonnant et qui cache bien son jeu. Je ne suis pas une adepte de ce genre d'histoires que je classe facilement dans les bleuettes faciles et sans âme, aussi vite oubliées que lues (oui je sais c'est mal !), et il faut bien avouer que cet ouvrage ne révolutionne pas la littérature. Un homme qui perd sa femme, c'est triste. Un jeune couple qui se voit séparer par le destin, c'est triste. Comment vivre lorsque son amour s'en est allé ? C'est triste ...

Ce roman est construit d'une façon très particulière, le narrateur changeant à chaque chapitre. Ainsi le lecteur est tour à tour en compagnie de Gabriel, fraîchement veuf, Chloé, fraîchement morte et plus tard, Emma, fraîchement débarquée à Saint Malo. Nous suivons donc les "vies" et ressentis de ces 3 personnages et, à ce stade du roman, les chapitres consacrés à Chloé m'ont fait penser à du Van Cauwelaert. En effet celle ci est spectatrice du deuil de Gabriel, telle une âme qui ne pourrait s'envoler. Ca se lit facilement, c'est mignon, un peu trop conventionnel à mon goût mais pas de quoi crier au scandale pour autant.

Cependant, force est de constater que "Fidèle au poste" a un petit plus qui a su me charmer. Par un habile retournement de situation à mi-roman, l'auteure surprend son lecteur et donne une autre dimension à son oeuvre. Je ne vous dirai pas ce qu'il en est, ce serait dommage de vous gâcher la surprise mais en même temps il est très difficile de parler de l'histoire dans son ensemble sans évoquer ce revirement.

Le roman change alors de tournure et j'ai beaucoup plus accroché à cette seconde partie qui, en plus d'être bien ficelée, mène le lecteur à une réflexion et à une vraie critique ("Critique de quoi ?" Ah ben je peux pas t'en dire plus !). C'est malin, bien amené et l'idée étant exploitée vraiment jusqu'au bout avec un final machiavélique, l'adepte de roman noir que je suis ne peut qu'applaudir des deux mains.

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"Fidèle au poste" est un roman en deux temps. Avec cet ouvrage, Amélie Antoine nous livre une histoire à la fois fraîche, dramatique et noire qui donne à voir différente facette de sa plume. Une lecture courte mais efficace que je vous conseille et une auteure que je suivrai à l'avenir.

Posté par Nelfe à 18:43 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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