vendredi 5 mai 2017

"Niourk" de Stefan Wul

 

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L’histoire : Un jour, dans la tribu de Thoz, le Vieux décide de tuer l’Enfant noir. Simplement parce qu’il le gêne, parce qu’il est différent des autres. Alors, l’Enfant noir s’enfuit. Il s’enfuit vers Niourk, l’ancienne ville de New York où ne subsistent plus que des ruines et d’étranges mécanismes.

Quête semée d’embûches : sur cette terre ravagée par un cataclysme, l’Enfant noir doit faire alliance avec un ours, et combattre de monstrueuses pieuvres mutantes. Grâce à elles, il acquiert une intelligence fabuleuse, des pouvoirs multipliés. Quand il revient vers sa tribu, l’Enfant noir est devenu l’égal d’un dieu...

La critique de Mr K : Voici un roman jeunesse précédé d’une flatteuse réputation que je trouvai inopinément lors d’un chinage de plus. Je connais déjà l’auteur notamment grâce à son titre le plus connu Oms en série (aka La Planète sauvage dans sa version cinématographique) qui m’avait grandement charmé lors de ma lecture. La couverture de Bilal aidant, l’oeil accroché par le visuel puis l’esprit charmé par la quatrième couverture, je décidai de me lancer dans l’aventure post-apocalyptique proposée ici.

Dès le premier chapitre, on plonge dans le chaos. Les hommes semblent être revenus à l’état sauvage. C’est ce que l’on peut constater avec les premières pages qui font la part belle à la description du mode de vie de la tribu Thoz où se trouve un mystérieux enfant noir, mis au ban de cette société primitive à cause de sa différence. Peuple de chasseurs cueilleurs, ils vivent dans la plus grande précarité et selon un schéma de vie simplissime : la chasse est la vie, les femmes servent à la procréation, les hommes ramènent la pitance pour eux et leurs chasseurs de collègues, les femmes et les enfants se contentant des rogatons, s’il y en a.

Mais voila qu’un jour, le sage du village décide de la mise à mort de l’Enfant noir qui porterait le mauvais œil sur le groupe. Le jeune garçon décide de suivre ses traces lors d’une expédition vers une étrange cité qui serait habitée par les dieux. Une fois sur place, il va aller de découverte en découverte, ouvrant son regard et son esprit vers un glorieux passé désormais révolu. Il en reviendra définitivement changé, plus fort, plus sensible et plus intelligent. Les rôles vont s’en retrouver inversés et un long exode commence vers Niourk, cité mythique située en bord de mer. Les héros du roman ne sont pas au bout de leurs surprises !

Ce livre se lit d’une traite et sans temps mort. Histoire classique mais universelle qui voit l’opprimé prendre son destin en main et renverser la tendance, Niourk a un charme fou. L’écriture y est pour beaucoup et Wul s’avère très bon pour s’adresser à un jeune public sans pour autant trop filtrer son écrit au nom d’une quelconque morale cucul. C’est franc et direct, parfois cruel mais jamais gratuit avec au final une belle leçon de tolérance et une ode à la connaissance lors de l’évolution en accéléré du jeune héros (le passage sur l’apprentissage du langage - 2 pages - est une merveille). Le rythme est rapide, parfois haché par des ellipses bien pensées dont le contenu est révélé par la suite par le croisement d’autres points de vue (parfois très improbables d’ailleurs, le passage avec le jaguar est assez bluffant).

L’univers post-apocalyptique est ici saisissant de réalisme et montre du doigt une fois de plus l’incurie des hommes face aux dangers qui menacent notre si belle planète. Pollution et mutations ont crée un monde vide d’êtres humains, où la nature a repris ses droits sur les hommes et leurs constructions. Cela donne aussi bien de belles sessions de terreur face à des menaces naturelles que de belles pages descriptives de mondes disparus dont des métropoles totalement automatisées où ne subsistent qu’une Intelligence Artificielle continuant de fonctionner malgré le départ des êtres humains. L’auteur ne s’attarde pas trop pour autant sur les évolutions technologiques ou les scènes d’action, ce roman s’apparente plus à un voyage initiatique jalonné d’étapes clefs dans la construction et le développement de l’Enfant noir et son retour parmi les siens qui va tout changer. C’est beau, brillamment pensé et très bien construit même si je dois avouer que j’ai trouvé la pirouette finale trop rapide, l’ouvrage méritant sans aucun doute une vingtaine de pages supplémentaires pour être un réel incontournable. Reste un petit goût d’inachevé au milieu d’un océan de qualité.

Pour autant, le plaisir est là, l’efficacité au RDV et c’est un voyage bien étrange qui nous est proposé. Je pense que cet ouvrage peut être une très belle première marche pour un jeune qui déciderait de découvrir la SF en lecture. Facile d’accès, il représente avec goût et talent le genre post-apocalyptique sans galvaudage ni exagération. Une lecture intéressante et réussie que je ne peux que vous conseiller !

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dimanche 6 novembre 2016

Craquages du week-end de Mr K

C'est de façon tout à fait innocente que Nelfe et moi allions faire nos courses ce samedi. Par le plus grand des hasards, mes pas m'ont conduit sur un rayonnage déstockage de livres de la super maison d'édition Au Diable Vauvert à des prix riquiquis. Impossible de laisser passer cette occasion, vous me connaissez !

Voici le fruit de mes trouvailles :

Acquisitions novembre

- Hiroshima n'aura pas lieu de James Morrow. Un livre à priori complètement frappé où l'armée américaine décide durant 1945 de faire appel à un acteur spécialisé en monstres de tout genre pour éviter de recourir à l'arme atomique contre l'empire du soleil levant. L'idée ? Des iguanes géants cracheurs de feu prêts à dévaster les terres nippones. Dingue, vous avez dit dingue ? À priori, on nage dans le loufoque et l'auteur rend hommage au passage au cinéma de série Z. Tout bon pour moi !

- Le Jour où la guerre s'arrêta de Pierre Bordage. Un Bordage que je n'ai pas lu. Si si, c'est possible ! Dans ces conditions, je ne regarde même pas la quatrième de couverture et j'adopte directement l'opus. Sachez qu'il est ici question d'un mystérieux jeune homme qui fait cesser toute forme de conflit sur Terre pendant toute une semaine. Comment ? Pourquoi ? Pour le savoir, il ne me reste qu'à lire l'ouvrage. Hâte, hâte, hâte !

- Crime d'Irvine Welsh. Là encore difficile de résister à un auteur qu'on apprécie beaucoup et Irvine Welsh en fait partie notamment depuis la lecture enthousiaste du très space Une Ordure et du classique Trainspotting (lu avant l'ouverture du blog). Suite à une mauvaise passe, un inspecteur écossais se retrouve en Floride pour changer de vie, malheureusement pour lui on ne fuit sa nature qu'un temps et il va devoir à nouveau se mouiller pour protéger l'enfance en danger. Ça promet un polar captivant et sans doute inspiré. Wait and read !

- Transparences et Balade choreïale d'Ayerdhal. Disparu trop tôt selon beaucoup d'amateurs de SF, Ayerdhal m'est inconnu en terme d'oeuvre littéraire pour le moment. L'occasion était rêvée de le découvrir avec ces deux brochés à moindre prix, l'un étant un polar pur jus mettant en perspective notre histoire immédiate et l'autre versant plus dans la SF avec la thématique de la colonisation d'une nouvelle planète par l'espèce humaine. Je suis impatient de découvrir cet auteur, j'essaierai de m'y mettre avant la fin de l'année.

plage novembre

Aujourd'hui c'est dimanche, le temps le permettant, Nelfe et moi sommes allés nous promener sur le beau littoral de Guidel près de chez nous. Du beau temps, du vent et quelques nuages après nous rentrons chez nous et paf ! Nous croisons la boîte à livre de Guidel placée en face de l'église et patatra, je tombe sur trois volumes intéressants ! Qui a dit que j'étais irrécupérable ? Aaaaaarrrrrrrg !

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- Niourk de Stefan Wul. Un roman de SF pour la jeunesse où dans un monde post-apocalyptique, un jeune enfant différent fuit l'incurie des adultes superstitieux. La quatrième de couverture est engageante et vu mon amour immodéré pour Stefan Wul, je ne pouvais décemment laisser ce livre dans le froid de ce mois de novembre commençant. 

- Une saga moscovite de Vassili Axionov. Deux volumes pour un roman, format traditionnel des grandes sagas russes à la Dostoïevski. L'auteur nous raconte la destinée des Gradov, famille de grands militaires et de fameux médecins pendant la période du règne stalinien de 1924 à 1953. C'est le genre de pitch qui me parle, il mêle à la fois l'Histoire et la vie des gens qui la font ou la défont, et ici plus particulièrement, l'auteur a l'occasion de peindre le portrait de la Russie au temps de la dictature. De grandes promesses que j'ai hâte de découvrir.

+ 8 dans ma PAL ! Aie aie aie ! C'est mal barré cette affaire ! On a beau dire, on a beau faire, on ne sait jamais quand l'addiction frappera. Je suis quand même bien content d'avoir croisé ces volumes qui tous autant qu'ils sont promettent de riches heures de lecture.

Si vous avez lu l'un ou l'autre, n'hésitez pas à laisser vos avis dans les commentaires. Je ne sais pas encore par lequel je vais commencer...

mercredi 1 juin 2016

"Le Temple du passé" de Stefan Wul

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L'histoire : Se trouver en perdition dans l'espace, c'est assez inquiétant. Atteindre un monde proche et sombrer dans un océan sans fond, c'est plus grave. Se perdre enfin dans un dédale incompréhensible et vivant, c'est catastrophique. Massir aura-t-il assez d'ingéniosité et de volonté pour s'en tirer ? Ou bien ses os pourriront-ils dans le temple du passé ?

La critique de Mr K : Retour à de la bonne SF des familles avec un ouvrage clairement à classer dans de la série B mais attention, de bonne qualité ! Roman polymorphe, Stefan Wul alterne ici huis clos, hard science et évocations poétiques à travers le destin de Massir, capitaine perdu dans l'espace qui cherche à tout prix à s'en sortir pour finir ses jours sur Terre.

L'action débute directement sans grande explication. La fusée de Massir et de ces deux compagnons survivants est égarée, échouée dans l'espace dans un endroit indéfinissable: vapeurs de chlore, parois organiques… très vite la piste d'un monstre gigantesque fait son chemin. Jonas des temps moderne, Massir va devoir tout mettre en œuvre pour réussir à sortir de cette prison de chair et tenter de s'échapper pour rentrer à la maison.

La première partie du roman s'apparente à un huis clos étouffant et fort bien mené. On découvre à travers quelques phrases bien tranchées le capitaine Massir, héros remarquable de sang froid, au caractère bien trempé et aux connaissances diverses semblant inépuisables. Enfermé dans le cercueil vivant qu'est devenu sa fusée, il va très vite retrouver Jolt, jeune médecin stagiaire qui va s'avérer très utile par la suite. Ils finiront aussi par découvrir Roan, un homme d'arme lui aussi prisonnier du vaisseau disloqué. Début d'exploration, interrogations, crises de désespoir, reprises en main rythment un roman qui démarre sur les chapeau de roue, faisant la part belle au survival et à l'introspection.

Puis, la révélation de la nature profonde de leur prison va faire basculer le récit tantôt dans la hard science (genre que je réprouve d'habitude car souvent lourd-dingue et sans âme) tantôt dans des passages plus oniriques mettant en scène les pensées intimes des humains ou de la créature cyclopéenne. L'aspect technique des développement du jeune Volt pour tenter de percer les mystères qui les entourent et repartir restent limités ce qui évite l'overdose de termes abscons et les flashback vers des épisodes douloureux comme mes cours de chimie en 5ème / 4ème. Les passages rêvés m'ont davantage plu et convaincu avec une sensibilité à fleur de peau et des descriptions d'une grande légèreté et beauté qui nous emportent loin de chez nous sur une planète bien inhospitalière, peuplée de créatures étranges.

Les relations tissées par le trio sont bien construites bien que la caractérisation soit courte. Très vite d'ailleurs, un personnage meurt et le duo survivant va devoir apprendre à se supporter pour ne pas tomber dans la folie qui guette à chaque espoir déçu. La tension devient sourde et épaisse, le dernier tiers du roman livrant un dernier axe de narration étonnant, parfois grand-guignolesque (bien que réussi, l'épisode avec les lézards rouges est haut en couleur) et un ultime chapitre glaçant bien que peu surprenant si l'on pratique régulièrement le genre. On ressort heureux de cette odyssée d'un genre nouveau, incertaine, à l'issue logique et porteuse de sens.

Le Temple du passé a été écrit en 1970. Clairement cela se sent, on n'écrit plus vraiment ainsi aujourd'hui. Écriture datée certes (certains vocables sont totalement inusités de nos jours) mais jamais rébarbative, le rythme soutenu de l'action pare aux désagrément de certains passages parfois too much. Cela n'enlève en rien aux qualités énumérées plus haut, ce livre n'étant finalement avant tout qu'un bon roman d'aventure SF à la lecture rapide et aux influences mêlées œuvrant pour le plaisir du spectateur. Ce n'est déjà pas mal, non ?

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mardi 20 août 2013

"Oms en série" de Stefan Wul

SW-OES1-BL'histoire: Que sont devenus les hommes?

Les survivants du grand cataclysme ont été recueillis par les draags, géants bleus aux yeux rouges, qui les ont emmenés sur leur planète, où le temps s'écoule beaucoup plus lentement que sur la Terre.

Asservis, domestiqués, ils sont devenus des oms, des êtres dégénérés au service de leurs nouveaux maîtres.

Mais peu à peu, menés par le jeune Terr, petit om d'une intelligence supérieure, ils retrouveront le goût de la liberté et affirmeront leur humanité face aux draags.

La critique de Mr K: Voici un très joli petit bouquin que j'ai dévoré en quelques heures! Une fois de plus, je l'avais dégoté chez l'abbé et il trainait déjà depuis quelques mois dans ma PAL avant que je jette enfin mon dévolu dessus. Nous avons ici affaire à un récit de SF très classique dans son déroulé mais à la forme à la fois inventive et spontanée.

Suite à un grand cataclysme, l'espèce humaine a été emportée sur une autre planète par la race géante des draags qui les a domestiqués. L'humanité n'est plus l'espèce la plus évoluée et se retrouve cantonnée dans le rôle d'animal de compagnie ou d'esclave. Le savoir s'est perdu, peu savent lire et écrire et les draags les entretiennent dans l'ignorance afin que les êtres humains ne répètent pas les erreurs du passé et ne soient un danger pour leur nouvelle planète d'adoption. Devenus des oms, des êtres soumis et désorganisés, le salut va venir d'un messie incarné par un jeune homme curieux aux capacités intellectuelles plus élevées que la moyenne. Le temps de la rébellion est venu et longue sera la route pour l'organisation de la résistance et la libération des oms.

Au risque de rendre certains d'entre vous sceptique quant à l'utilité de cette lecture, il n'y a pas vraiment d 'originalité dans l'histoire qui nous est ici livrée. Peu ou pas de surprise, on suit la transformation du jeune Terr en chef rebelle avisé, les erreurs et progrès inhérents à toute sorte d'organisation de résistance face à un système oppresseur. À travers plusieurs personnages secondaires (draags et humains), on voit la situation évoluer vers un affrontement inéluctable qui ici prendra une forme quasi pacifique. On est loin ici de la SF typée action ou space-opéra. On est plus dans l'esprit d'ouverture qui soufflait sur les création du genre de la fin des seventies comme dans le mythique dessin animée Gandahar. D'ailleurs Oms en série a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1973 par René Laloux avec Roland Topor au dessin. Un classique aussi que je n'ai toujours pas vu!

Le style de Stefan Wul est un bonheur de tous les instants. Très accessible, il ajoute un relief conséquent à cette histoire, par petites touches successives qui peu à peu éclairent le lecteur sur les tenants et aboutissants. Les descriptions du monde imaginaire et de ses habitants étranges que sont les draags sont concises et à la fois très immersives. Très vite, le background est exposé et il est très difficile d'échapper aux pages de ce livre. L'addiction est rapide et sans douleur. On suit alors la trame narrative avec plaisir et les rebondissements sont nombreux quoique prévisibles comme dit précédemment. Pour autant, on continue sa lecture sans frustration ni ennui et au final, quand on a refermé l'ouvrage, on n'a pas perdu son temps. Il se dégage d'Oms en série une sensation de paix et d'entente universelle qui fait bon d'éprouver en ces temps de crise et de crispation généralisés.

Un bon bol d'évasion mâtiné d'humanisme tel est le choix que je vous propose aujourd'hui! En rajoût, vous trouverez ci-dessous la BA originale du film qu'en a tiré René Laloux.

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