lundi 30 octobre 2017

"Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve

Blade Runner afficheL'histoire : En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies...

La critique Nelfesque : Qu'il est bon de voir de la SF de cette qualité au cinéma ! Après avoir fortement apprécié l'excellent "Premier contact" de Denis Villeneuve l'an passé, et pour aimer sa réalisation dans d'autres genres de films (notamment du côté du polar avec "Prisonners"), il était tout naturel pour moi d'aller voir le dernier né de ce réalisateur, "Blade Runner 2049".

Quelle maîtrise une fois de plus ici ! Le long métrage ne dure pas moins de 2h45 et pourtant à aucun moment on ne regarde sa montre. Le temps file à toute allure, hypnotisés que nous sommes par la beauté des images et l'histoire en elle-même. On ne présente plus "Blade Runner", film culte sorti en 1982 situant son histoire en 2019 et très apprécié des amateurs de SF. "Blade Runner 2049" prend la suite et nous donne à voir le monde tel qu'il est 30 ans après l'oeuvre originelle.

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On retrouve ici tout ce qui fait la beauté et la portée du premier du nom. Denis Villeneuve ne trahit pas le premier opus et vient moderniser l'ensemble. Les plans sont sublimes, il n'y a rien à dire sur la photographie, le choix des couleurs et l'ambiance qui en découle. Tout est maîtrisé à l'extrême et c'est un pur bonheur de contempler l'architecture futuriste, se promener dans les rues de Los Angeles, en prendre plein les yeux avec les pubs géantes et les prouesses technologiques présentées.

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Côté émotion, on est aussi servi ici avec une histoire d'amour qui n'est pas sans rappeler celle présente dans "Her" et qui bien que virtuelle est on ne peut plus palpable et émouvante. Ryan Gosling fait du Ryan Gosling, il est assez froid et joue sensiblement toujours pareil mais ici cela se justifie par sa condition de Blade Runner (je serai tout de même curieuse de le voir un peu évoluer côté rôle pour voir ce qu'il a vraiment dans le ventre...). On a plaisir à retrouver Harrison Ford et les seconds rôles tels que ceux de Robin Wright ou Jared Leto ne sont pas en reste. Dommage qu'on ne les voit pas un peu plus à l'écran et que justement le personnage de Niander Wallace (Jared Leto) ne soit pas plus exploité. Cela restera le seul léger bémol du film car j'aurais aimé en apprendre plus sur son cas mais peut-être y aura-t-il un jour un long métrage centré sur ce personnage (on peut rêver !). Mention spéciale pour la sublime Ana de Armas qui en plus d'être très jolie (si si il faut le dire, elle est magnifique) interprète avec brio le rôle d'une créature "holographique" générée par une application permettant à l'officier K de ne pas vivre seul. Un rôle loin d'être évident à tenir et qu'elle tient avec talent.

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Jeu d'acteurs, réalisation, visuel, musique... Tout est ici réuni pour faire de ce long métrage un film que l'on n'oubliera pas de si tôt ! Ambiance sombre et avenir déshumanisé, l'espoir n'est pas ce qui caractérise le plus ce long métrage et pourtant à travers quelques touches d'optimisme (histoires d'amour, relations filiales...), l'ensemble prend une teinte plus claire et laisse entrevoir de belles perspectives. Un monde de nouveau de retour à la vie. Très beau !

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La critique de Mr K : 6/6. Encore une sacrée claque cinématographique avec cette vraie / fausse suite d’un film culte, tiré d’un texte tout aussi culte de Philip K. Dick qu’on ne présente plus, MON auteur favori de SF. C’est un sacré tour de force que réalise Denis Villeneuve, un réalisateur que nous aimons beaucoup au Capharnaüm éclairé. Pour résumer ma pensée, ce film s’est révélé puissant, beau, magnétique et hyper respectueux de l’œuvre originelle. Franchement, je suis épaté.

Au centre de l’intrigue, l’agent K un réplicant travaillant pour la LAPD de 2049 interprété par Ryan Gosling, un blade runner chassant les anciens modèles qui se sont infiltrés dans la population humaine. Lors d’une opération de contrôle habituelle, l’interpellation se révèle musclée, le Nexus 8 en question résistant par la force et finissant occis par le héros. En opérant un scan de la zone, l’agent K va mettre à jour un secret enfoui à 30 mètres sous terre, une vérité qui révélée pourrait tout changer notamment le sort réservé aux réplicants, esclaves robots pour le moment entièrement soumis aux hommes. Commence une enquête qui le mènera aux limites du droit et de la légalité, au dépoussiérage de vieux dossiers faisant référence au film de 1982 et l’amènera surtout à se questionner sur lui-même, son passé et sa réelle nature. Il faut bien 2h45 pour montrer tout cela et croyez moi, on ne les voit pas passer !

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Tout d’abord, quelle beauté formelle. Tout en respectant l’original, Villeneuve propose une vision extra-ordinaire du futur, un avenir sombre, incertain et profondément pessimiste. Il pleut toujours autant, certaines zones irradiées cachent bien des secrets et l’on rejette aux marges les populations déshéritées vivant comme des marginaux (terrible passage sur l’orphelinat qui ne peut que rappeler une réalité bien présente en 2017). Malgré cet aspect repoussoir, c’est vraiment bluffant, intriguant et fascinant. On retrouve les grandes pubs qui couvrent les immeubles, les voitures volantes, les armes futuristes et l’on rentre dans l’appartement de K avec son intelligence artificielle qui lui tient lieu de compagne. Très cohérent, chaque détail compte, ne tombe pas dans le gadget ; c’est une véritable immersion qui nous est proposée ici. On s’en remet difficilement !

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La musique est terrible, rappelant sans la copier la BO originelle qui a tendance à tourner en boucle à la maison quand il s’agit de corriger des copies. Vangelis ne rempile pas mais la relève assure. Denis Villeneuve propose quant à lui toute une série de séances chocs avec son inventivité qui le caractérise si bien, renversant les schémas établis, aimant perdre le spectateur pour mieux le retourner ensuite. C’est une fois de plus un travail d’orfèvre avec une photo incroyable, un travail sur les couleurs et un foisonnement d’effets spéciaux bien maîtrisé qui ne prend jamais le dessus sur le propos et les personnages.

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Et puis, que d’émotions ! J’avoue avoir versé ma petite larme à plusieurs reprises avec notamment une scène d’amour profondément triste (du genre de la scène de la baignoire dans The Foutain de Darren Aronofski), la scène finale reprenant le morceau Tears in the rain (Culte de chez culte la scène originelle sur le toit dans le film originel) et un Harrison Ford toujours aussi charmeur et touchant. Je dois avouer que la bonne surprise vient de Ryan Gosling que je qualifierai volontiers d’habitude d’acteur-moule, je trouve qu’il joue en général toujours de la même manière. Il est parfait dans ce métrage, le rôle lui va comme un gant et l’on guette la moindre de ses réactions pour assister à l’humanisation de cet être voué à servir. Les autres acteurs sont au diapason avec un Jared Leto impeccable mais que l’on ne voit malheureusement que trop peu (THE défaut du film, le méchant reste un peu trop caricatural, j’aurais nuancé davantage en creusant le perso – purée on ne me demande jamais mon avis !-) et des actrices au top avec une méchante bien teigneuse mais non dénuée de nuances et une IA adorable et sensible à souhait.

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Le fond du film est tout aussi intéressant avec une charge sans complexe contre la destruction de toute vie naturelle par l’homme (la symbolique de l’arbre mort est sans appel), une frontière entre réel et irréel qu’il est de plus en plus dure à repérer, l’acharnement de l’homme à asservir pour asseoir son pouvoir et avec un constat sans appel sur notre nature profonde et la curieuse humanisation des robots qui prennent le sens inverse des êtres humains. Ce sont les replicants qui nous émeuvent le plus au final comme le personnage joué par Rudget Hauer dans l’original. On ressort clairement bouleversé de cette séance et on prend conscience très vite que ce film fait partie des suites réussies qui n’ont pas à rougir de la comparaison à l’original même si ce dernier reste indépassable. Une sacrée expérience que tout amoureux de SF se doit de voir au cinéma et sans 3D c’est très bien aussi !

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jeudi 5 janvier 2017

"Premier contact" de Denis Villeneuve

premier contactL'histoire : Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.
Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain...

La critique Nelfesque : "Premier contact" est le dernier film que nous sommes allés voir au cinéma en 2016 et je ne sais pas si c'est mon coup de coeur de l'année (je n'ai pas regardé ça de plus près) mais une chose est sûre c'est que ce film m'a énormément marquée. Histoire, ambiance, réalisation, bande son, rythme, jeux d'acteurs... Tout est là, tout est cohérent.

Et ce sentiment d'être devant un film qui compte, qui ne ressemble à rien de ce que l'on peut voir actuellement sur nos écrans et qui va me taper en plein coeur, je l'ai ressenti dès les premières minutes. On découvre Louise, dans des moments de sa vie passés en accéléré, des moments forts et durs où elle va apprendre la maladie de sa fille et la perdre. C'est très court, c'est silencieux et pour autant c'est d'une efficacité terrible sans s'encombrer de pathos. Je me suis dis à ce moment précis que j'étais au bon endroit et que j'allai prendre une sérieuse claque. Avoir la larme à l'oeil en moins de 2 minutes, parce que viscéralement une oeuvre vous parle par son esthétique, son approche et les sentiments qu'elle véhicule, c'est une expérience très forte.

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"Premier contact" est l'histoire d'étranges objets / vaisseaux arrivés en même temps à différents endroits de la planète. Ils sont "posés" là, en lévitation à quelques mètres du sol, ne bougent pas, n'émettent aucun son. Sont-il habités ? Pourquoi sont-ils là ? Que va-t-il se passer ? La parano envahit le monde, les populations se fractionnent, les états doivent réagir vite. Dit comme ça, c'est un banal film de SF. Détrompez-vous, "Premier contact" est beaucoup plus que cela.

Finalement, nous ne voyons que très peu cet aspect extérieur et le film est focalisé sur l'étude d'un de ces objets aux Etats-Unis. Avec un parti pris très intimiste, le réalisateur Denis Villeneuve, qui m'avait déjà scotchée avec "Prisoners", fait un focus sur l'équipe de recherche dont Louise, linguiste, fait partie. Le premier contact entre cette linguiste et ce physicien, nouvellement arrivés sur place, et le vaisseau est magistral ! Le spectateur ressent l'appréhension, la fascination, la curiosité, l'angoisse des protagonistes dans une scène à la réalisation parfaite autant par les choix de cadres que par la quasi absence de son. Superbe !

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Et tout le reste du film est à l'avenant. De mon point de vue, il n'y a rien à jeter ici, rien qui fait tiquer la spectatrice que je suis. On suit le travail linguistique et le dialogue qui est entrain de s'instaurer entre Louise et les créatures (superbes créatures et superbe façon de communiquer (promis j'arrête les superbes !)) avec passion. Pendant ce temps là, les autres pays réagissent d'une autre façon et l'urgence est palpable...

Pour autant, l'ensemble de ce long métrage n'est pas abscons, incompréhensible, froid et désincarné. Bien au contraire ! Plusieurs thèmes sont ici abordés tels que l'inconnu, le langage, le féminisme, le deuil... Tout un panel de sujets s'imbrique judicieusement et le personnage de Louise, jouée par Amy Adams, est savoureux. Un vrai rôle de femme dans un film de SF, à l'égal de l'homme et non pour le mettre en valeur. Une femme qui a un cerveau, qui s'en sert et qui ne se contente pas de courir avec des talons aiguilles. Ça fait du bien ! Merci Denis Villeneuve ! Un scénario original aussi bien foutu ça fait plus que plaisir, c'est indispensable au Cinéma !

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La critique de Mr K : 6/6. Quelle claque! Typiquement le genre de film qui marque durablement l’esprit et le cœur. On rentre ici dans ce que je préfère en film de SF : intimisme et universalisme se mêlent pour proposer un film hors norme, redoutablement scénarisé, d’une beauté à couper le souffle, l’ensemble laissant le spectateur complètement tremblant dans son siège, conscient d’avoir vu une œuvre à part qui rentre immédiatement dans le cercle fermé des films cultes de science-fiction.

Premier contact se déroule essentiellement via le point de vue du personnage de Louise, une linguiste surdouée qui est appelée par les autorités américaines pour tenter de communiquer avec des extra-terrestres qui viennent tout juste d’atterrir dans d’étranges vaisseaux dans 12 endroits bien distincts sur Terre. On ne voit pas l’arrivée des aliens à proprement parlé, le réalisateur préférant s’attarder sur les réactions des gens et surtout celle incrédule de Louise, une femme que la vie semble ne pas avoir épargnée. C’est lorsqu’elle se rend pour la première fois sur un des sites qu’on voit clairement à quoi a affaire l’humanité.

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En cela, ce film détone par rapport aux grosses productions en vogue du type Star Wars où l’action est au cœur de la SF et souvent au détriment de la profondeur du propos. Ici, malgré la gravité des faits entre présence alien imposante et réactions en chaîne dans le reste du monde (vues par des écrans que peut consulter l’héroïne à l’occasion), on se retrouve dans la bulle intimiste de la jeune femme entre éléments traumatiques personnels, prises de conscience et poursuite de ses recherches malgré une pression de plus en plus forte. Amy Adams explose l’écran par sa présence, son jeu d’actrice fin et son incarnation totale d’un personnage si fragile et si solide à la fois. Les autres acteurs ne sont pas en reste et crédibilisent Louise et le background installé avec finesse et rapidité par un réalisateur surdoué.

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Car ce film se veut réaliste par la façon de représenter la gestion de cette "crise". On imagine très bien que si demain le même postulat se présentait à la Terre, nous réagirions de la même manière entre puissances curieuses et avides de connaissances, celles qui ne réagiraient pas ou encore celles qui tenteraient d’éliminer cette présence malgré sa passivité. Tout est donc très bien rendu ici depuis la fac désertée par des étudiants fascinés par le phénomène à l’arrivée de Louise sur la base où elle va travailler et où toutes les mesures de sécurité sont respectées à la lettre et donnent à voir un protocole de mission tel qu’il pourrait être mis en place. Ce pendant pragmatique renforce lui aussi le personnage principal habité par sa foi absolue en la matière et la primauté du langage sur tout le reste.

Nous avions aimé Prisoners, j’ai personnellement adoré Enemy (Nelfe un peu moins), avec ce film  Denis Villeneuve nous a littéralement conquis et emporté loin. Pas de doute, ce réalisateur est un des plus doués de sa génération. Il est peut-être moins connu que d’autres comme Christopher Nolan par exemple mais ce film est une véritable prouesse scénaristique (à part un ultime retour de situation un peu short à mes yeux) et d’une beauté / inventivité de quasiment tous les instants. On ne compte plus les plans improbables et originaux qu’il donne à voir, l’alternance de pression et de relâche de la tension, ces longs silences qui saisissent le spectateur et lui donnent à penser, à réfléchir sur nombre de choses comme sa propre vie, le but d’une existence humaine et sur l’humanité en elle-même. Le véritable but des extra-terrestre une fois révélé apporte un début de solution ou du moins des pistes à suivre.

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On passe donc un excellent moment avec un réalisateur qui aime balader son public, lui propose un film magnifique en terme formel et l’incite à réfléchir, le tout sans jamais sacrifier au plaisir simple du cinéma : c’est à dire divertir et faire rêver. Un grand et beau moment à voir absolument au cinéma.

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vendredi 18 octobre 2013

"Prisoners" de Denis Villeneuve

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L'histoire: Dans la banlieue de Boston, deux fillettes de 6 ans, Anna et Joy, ont disparu. Le détective Loki privilégie la thèse du kidnapping suite au témoignage de Keller, le père d’Anna. Le suspect numéro 1 est rapidement arrêté mais est relâché quelques jours plus tard faute de preuve, entrainant la fureur de Keller. Aveuglé par sa douleur, le père dévasté se lance alors dans une course contre la montre pour retrouver les enfants disparus. De son côté, Loki essaie de trouver des indices pour arrêter le coupable avant que Keller ne commette l’irréparable... Les jours passent et les chances de retrouver les fillettes s’amenuisent...

La critique Nelfesque: Le mercredi de sa sortie, Mr K m'envoie un mail au boulot avec un simple "Ca te dit?" et la bande annonce du film en lien. Je n'avais pas entendu parler de ce film, j'ai vu la bande annonce et j'ai dit "Banco" (oui, je sais, je suis complètement guedin dans ma tête)! Avec ce simple mot, je venais de signer pour un film de 2h30 mais qui, d'après les critiques, s'apparentait à un "Silence des agneaux" ou un "Mystic River". Rien que ça!

"Prisoners" commence doucement... De facture classique, j'ai eu un peu peur pendant les 30 premières minutes d'être devant un film sympa mais qui aurait très bien pu se voir à la TV. Pas la claque attendue en somme. Présentation rapide de la petite famille et du couple d'amis, enfants qui jouent dans la rue, présence d'un camping-car suspect... On sent arriver le drame... Moui bon d'accord...

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Ce qui devait arriver arrive, les 2 petites filles se font enlever en pleine après-midi et le suspect est tout désigné d'avance: le conducteur du camping-car. En plus, ça tombe bien, il a la tête d'un Francis Heaulme à l'américaine et le QI d'un enfant de 10 ans. Pourquoi chercher plus loin? Pour l'un des pères de famille, joué par Hugh Jackman, c'est une évidence, cet homme est coupable. A partir de là, le film prend une tournure sombre, malsaine et, quelque part, hypnotique.

Keller Dover, le personnage du père, est fou de douleur et va entrainer les autres victimes de ce drame (à savoir sa femme, son fils et ses amis) dans une spirale infernale d'où ils ne pourront pas ressortir indemnes. Pour dire vrai, au moment du visionnage, j'ai détesté ce personnage. Sa façon de penser, ses actes surtout m'ont donné envie de vomir. De victime, il va devenir bourreau. Un personnage sans coeur qui n'a qu'en seule ligne de mire le fait de retrouver sa fille et ce qu'importe le prix. A ce stade du film, je n'avais qu'une envie, qu'il paye pour ce qu'il était entrain de devenir, qu'il perde même sa fille tellement il transpirait l'inhumanité... C'est dire... Et puis avec le temps, cela fait maintenant une semaine et demi que nous sommes allés voir "Prisoners", j'ai vu ce personnage différemment. Hugh Jackman est possédé par la haine, transpire l'urgence et est transcendé par la souffrance. Le spectateur est révulsé, dégouté, et les rôles s'inversent. On ne sait plus qui sont les "méchants" et qui sont les "gentils". Loin d'être manichéen, "Prisoners" explore l'âme humaine et ses facettes les plus viles.

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Mais ma préférence va pour l'inspecteur Loki. Jake Gyllenhaal, l'intemporel Donnie Darko, nous offre là un personnage profond, tout en intériorité et avec une sensibilité touchante. Visiblement marqué par la vie, il a une façon de mener son enquête à l'opposé de l'hystérie ambiante et à mon sens c'est lui le personnage phare de ce film. Intrigant, il capte la lumière et l'attention du spectateur. Il est, avec ses faiblesses et ses blessures, la lueur de normalité, l'équilibre nécessaire à un spectateur qui sans lui ne pourrait supporter l'atmosphère malsain de ce long métrage.

Sans aller jusqu'à comparer "Prisoners" au "Silence des agneaux" ou à "Mystic River", je suis ravie d'avoir été voir ce film au cinéma. Pendant 2h30, dans le noir complet, avec le film sur grand écran, j'ai vécu bien plus intensément cette expérience que devant un quelconque poste de télévision. Je vous le conseille.

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La critique de Mr K: 5/6. Vu les annonces faites sur ce film, je m'attendais à une grosse claque, une semaine et demi après son visionnage, je me dis que nous avons juste vu un très bon film... et c'est déjà pas si mal! Sûr qu'il lorgne vers Le silence des agneaux et Mystic river mais il manque un je ne sais quoi de magique, un supplément d'âme qui aurait pu le classer dans le rayonnage des thrillers cultes. Pour autant, on ne s'ennuie pas une seconde pendant les plus de 2h30 de métrage. La pression va grandissante avec un début tout pépère qui présente les deux familles qu'un drame épouvantable va toucher puis une enquête classique qui va son chemin. En parallèle des recherches de police, le réalisateur s'attache à montrer le lent effondrement d'un des pères de famille. Allant constamment de ce dernier au policier responsable de l'enquête, Denis Villeneuve installe le trouble et le suspens. Une fois de plus c'est à la toute fin que tout sera révélé avec une dernière scène mémorable.

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Techniquement, on frôle la perfection. Le climax est tendu à souhait avec ses paysages urbains hivernaux et froids qui collent à merveille avec l'état d'esprit dépressif des deux personnages principaux. Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal sont tout bonnement incroyables de talent et de justesse. On y croit et on sombre avec eux. La folie de Jackman est remarquablement rendue et à part son rôle dans The Fountain, il n'a jamais eu de rôle aussi puissant. Jake Gyllenhaal (Donnie Darko forever!) promène sa mélancolie avec brio et présente un personnage de flic loin des poncifs habituels, ses tics, son phrasé, ses méthodes marqueront je pense les esprits. Les personnages secondaires ne sont pas en reste avec notamment Paul Dano dans le rôle d'un arriéré mental qui va subir les foudres d'un père de famille fou de douleur. Des passages sont vraiment rudes dans ce film d'où la référence à Mystic river mais même si l'on sort sonné de ce film, la coquille semble un peu vide quand on y réfléchit un peu plus. Les ficelles sont visibles à des kilomètres et il manque un peu de finesse et de surprise dans le scénario pour faire face à un film incontournable.

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Reste le fait que j'ai passé un excellent moment de cinéma, que l'ambiance de ce film est vraiment à part et que le spectacle de la faiblesse et de la décadence humaine face à un drame intime est remarquablement rendue. On ne peut que penser que ce film est aussi une oeuvre condamnant une forme de repli sur soi pouvant conduire aux pires exactions et fustige une certaine Amérique qui fait froid dans le dos. A voir!

Posté par Nelfe à 22:36 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
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