lundi 2 novembre 2015

"J'irai cracher sur vos tombes" de Boris Vian

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L'histoire: Lee Anderson, vingt-six ans, a quitté sa ville natale pour échouer à Buckton où il devient gérant de librairie. Il sympathise dans un bar avec quelques jeunes du coin. Grand, bien bâti, payant volontiers à boire, Lee, qui sait aussi chanter le blues en s'accompagnant à la guitare, réussit à séduire la plupart des adolescentes. Un jour il rencontre Dexter, le rejeton d'une riche famille qui l'invite à une soirée et lui présente les soeurs Asquith, Jean et Lou (17 et 15 ans), deux jeunes bourgeoises avec "une ligne à réveiller un membre du Congrès". Lee décide de les faire boire pour mieux les séduire... et poursuivre son sinistre dessein.

La critique de Mr K: Ce roman de Vian est ma deuxième incursion dans sa période dite "américaine". Je n'avais pas caché sur le blog mon peu d'enthousiasme quand à ma lecture de Les Morts ont tous la même peau qui m'avait laissé un goût d'inachevé et dont le style m'était apparu très plat. Je n'étais vraiment pas près à retenter l'aventure Sullivan (son pseudo à ce moment là) mais J'irai cracher sur vos tombes s'est présenté à moi dans un bac de l'abbé et sa réputation plus que sulfureuse a fait le reste. Au final, j'ai moyennement apprécié cet ouvrage, je maintiens que rien ne vaut L'Écume des jours ou L'Automne à Pékin dans la bibliographie de cet auteur.

Un homme grâce à un ami s'installe dans une petite ville de province US et devient libraire. Ce boulot l'ennuie et très vite, il va se faire des relations et traîner avec les jeunes de la ville, jeunesse blanche insouciante et décadente (pour l'époque!). Lee est noir et son esprit est possédé par une rage profonde et inextinguible. À mesure que le récit avance, il va lui céder du terrain pour aller jusqu'à l'inéluctable.

Écrit à la première personne du singulier, la principale qualité de ce roman réside dans ce point de vue singulier (surtout chez Vian). Lee est torturé et rien ne nous est épargné de ses états d'âme, de ses ressentiments. Ayant vécu un traumatisme fort (la disparition de son jeune frère suite à un crime sans doute raciste), il essaie en vain de résister au désir de revanche. Pourtant, sa vie sociale n'est pas inexistante, on le soupçonne ancien bandit en fuite mais il plaît bien, a la discussion facile et se révèle être séducteur en mode beau ténébreux. Rien n'y fait, il semble ne pas pouvoir échapper au fatum des luttes inter-raciales en cours à l'époque aux USA notamment dans les États du sud.

La tension est palpable tout au long du livre, montant crescendo vers un final absolument affreux et d'une rare violence. J'ai lu bien pire dans d'autres circonstances mais rarement aussi frontalement et sans ambiguïté. Cet homme est fou, complètement borderline et comme un voyeur, le lecteur est pris en otage par ses émotions contradictoires: dégoût et fascination nous habitent durant les 211 pages qui composent l'ouvrage. Bien des années après sa rédaction, J'irai cracher sur vos tombes fait encore son effet avec des passages très explicites au niveau sexuel et une violence débridée qui démarre au détour d'une phrase, d'un paragraphe et ceci sans prévenir. On comprend mieux la censure dont il a été victime quelques années après sa sortie quand on recontextualise. L'époque était bien trop pudique et engoncée dans une morale conservatrice omniprésente pour pouvoir accepter un tel écrit.

Pour autant, je ne crierai pas au chef d’œuvre. L'écriture bien que très accessible et efficace reste plutôt banale. Le livre se lit sans déplaisir cependant sans grande passion non plus. Le personnage principal est détestable mais finalement aucun personnage secondaire ne retient l'attention non plus. J'aime éprouver des sentiments forts en lisant un livre, mais ici pas de grosse montée d'adrénaline en parcourant ses pages (à part à la toute fin), j'ai simplement eu l'impression d'être de passage et à l'arrivée, je ne garde pas de gros souvenirs et l'histoire ne m'a pas vraiment marquée. Difficile dans ses conditions de vous conseiller cette lecture qui s'est révélée plutôt décevante. À chacun de tenter l'aventure… ou non.

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lundi 31 décembre 2012

"Les morts ont tous la même peau" de Boris Vian

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L'histoire: Ce roman raconte l'histoire de Dan, un sang-mêlé (un noir à peau blanche) ayant réussi à se faire une place dans la société des blancs sans que ceux-ci ne sachent rien de ses origines. Sa vie était parfaite jusqu'au jour où un homme disant être son frère vient lui réclamer de l'argent en le menaçant de raconter aux gens ses vraies origines. Menacé, Dan assassinera «son frère», allant au-devant de graves ennuis et d'autres crimes.

La critique de Mr K: C'est chez l'abbé que le présent volume m'a tendu ses petits bras. L'écume des jours est sans aucun doute le livre que j'amènerai sur une île déserte s'il me fallait réduire mes bagages littéraires à un seul livre. C'est dire l'admiration que je porte à cet auteur hors norme qu'est Vian. Dans le même style, j'avais aussi aimé L'automne à Pékin. Avec Les morts ont tous la même peau, je m'attaque à un autre pan de l'œuvre de Boris Vian, sa période américaine comme on dit. Il signait alors ses œuvres du nom de Vernon Sullivan.

Dans ce récit, nous suivons le parcours d'un être torturé. Tout tourne autour du racisme avec cet être blanc, fils d'un noir qui n'accepte pas ses origines et qui a tout fait pour oublier ses origines. Il est videur dans un bar de nuit, trompe sa femme qu'il adore (si si, il paraît que c'est possible!) et mène une vie réglée au maximum. Tout bascule le jour où son frère de sang (noir lui) reprend contact avec lui et lui demande de l'argent. Tout ressurgit, sa carapace s'effondre et le héros commet l'irréparable. C'est le début de la descente en Enfer!

Clairement, le style est très différent et j'ai été déçu. Le récit est classique et en cela maîtrisé même si on n'est jamais vraiment surpris. J'ai trouvé l'histoire plate même si quelques fulgurances sauvent l'ensemble notamment à partir du moment où la machine s'emballe. L'hybris envahit le héros et l'on sait alors que tout fout le camp et que ça va mal finir. Pour autant, je me suis lassé de ce style sans envergure, je préfère tellement plus les délires stylistiques des deux opus cités précédemment. Pour autant, on ne peut pas dire que ce soit un complet ratage, l'objectif est noble et les tensions raciales sont bien décrites mais sur le même thème, on peut trouver dix fois mieux.

Je ne pense pas qu'on me reprendra de si tôt à me replonger dans l'œuvre américaine de Vian. Je préfère garder de lui l'image de ce poète à fleur de peau, l'immortel créateur de Colin et Chloé de L'écume des jours.

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