samedi 17 février 2018

"Retropolis" d'Anne-Laure To et El Diablo

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L’histoire: Je commence à en avoir par dessus la truffe, là ! Qu’est ce qui se passe ? Les gens se transforment en veaux ou quoi ? Peuvent pas consommer des trucs sérieux ?

La critique de Mr K : J’ai dégoté cet album de BD par hasard en allant faire un tour dans un magasin de hard discount du secteur. J’ai déjà eu l’occasion de trouver ainsi quelques ouvrages publiés par Casterman dans sa collection KSTR qui fait la part belle aux jeunes auteurs et leur donne la chance de sortir une première BD. C’est le cas ici pour Anne-Laure To venue du milieu de l’animation et du cinéma qui s’est vue fournir un scénario bien alambiqué par El Diablo que les amateurs du huitième art connaissent bien notamment grâce à sa collaboration reconnue avec la dessinatrice Cha. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre avec ce titre mais je tentais l’aventure à cause de son prix et de sa couverture magnétique (mix improbable entre Blacksad et Fritz Lang, deux références qui me parlent). Malgré quelques défauts, on passe un très agréablement moment, on se prend même à penser que ce fut trop court alors que je suis un fervent amateur des one-shot et que la tendance actuelle à réaliser des cycles interminables m’exaspère au plus haut point.

Les auteurs débutent leur histoire en plein conflit de la Première Guerre mondiale où un rat-soldat, Otto, se voit trancher les deux mains ! À côté, nous suivons Polly une jeune fille indisciplinée qui se voit confiée à une nounou très particulière et surtout très stricte. S’ensuit un bond en avant temporel, où l’on retrouve Otto en tant que mafieux dans l’univers des maisons de loisirs pour adulte, doté de deux crochets à la place des mains. Polly quant à elle s’apprête à avoir 18 ans et va pouvoir échapper à l’emprise de son mystérieux père. En parallèle, un mystérieux industriel cherche à prendre le pouvoir en Allemagne par son discours hyper sécuritaire et d’étranges bars à lait ouvrent leurs portes un peu partout dans le pays, les consommations transformant leurs clients en zombies bien obéissants. Tous les éléments disparates du scénario vont bien sûr se rejoindre pour former un tout bien flippant et plutôt réussi.

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Les personnages principaux sont attachants. Très vite, derrière son image de bad boy, Otto laisse entrevoir une fibre sensible que la guerre a recroquevillé au fond de son être. Travaillant dans un lupanar, il entretient de troubles relations avec une jeune chatte stripteaseuse qui enquête sur les disparitions étranges de ses sœurs. Il va se rendre compte pour l’occasion qu’il y a bien pire que lui et ses basses-manoeuvres, il va d’ailleurs basculer à un moment dans un choix moral qui pourrait bien changer la donne pour lui. Polly quant à elle va découvrir la vraie nature de son géniteur, finir par rencontrer Otto pour une première expérience plutôt étrange d’ailleurs. Bien que classiques dans leur développement et leurs aspirations, on suit donc avec plaisir les aventures de ces personnages décalés et totalement en roue libre.

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Dans cet univers en partie animalier, on suit plus ou moins l’Histoire du XXème siècle des années 20/ 30. Clairement, à travers les thématiques abordées dont les manipulations génétiques, le contrôle des masses et leur asservissement au nom d’une idéologie extrémiste prônant une morale rigoriste, le fanatisme des supporters du candidat au pouvoir suprême ne peuvent que faire penser à la montée des périls dans les années trente en Europe. Bien mené, cet aspect de la BD est réussi et laisse un goût amer dans la bouche avec cette idée que malheureusement l’Histoire a tendance à se répéter.

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Bien maîtrisée, quoique pas parfaitement fini (certaine détails manquent à mon avis), l’histoire est plaisante à défaut d‘être originale. Je suis plus partagé sur l’aspect esthétique, les dessins alternant le meilleur comme le pire, parfois fouillis (on a du mal à comprendre la signification ou l’action décrite parfois) ou franchement laids, c’est loin d‘être un coup de foudre pour l’univers graphique. Reste un fond intéressant, une charge sans ambages contre le fascisme et la pensée unique et rien que pour ça il est intéressant de tenter l’aventure !

Posté par Mr K à 18:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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jeudi 8 mars 2012

"Sparrow" de Johnnie To

sparrow-affiche1L'histoire: Kei, le meilleur pickpocket de Hong Kong et ses amis Sak, Mac et Bo mènent une vie paisible faite de petits larcins. Un jour les quatre amis croisent la route de Lei, une jeune femme retenue prisonnière par M. Fu, un riche homme d'affaire. Les pickpockets vont monter plusieurs "coups" pour libérer la jeune femme de l'emprise de M. Fu.

La critique de Mr K: 4,5/6. J'ai emmené mes CAP voir ce film de Johnnie To sorti en 2008 dans le cadre du dispositif Lycéens au cinéma. C'était l'occasion pour eux de découvrir le cinéma asiatique qui ne fait guère recette auprès de nos jeunes et pour moi de voir un film de To différent de ce qu'il réalise d'habitude. En effet, ce grand cinéaste plutôt habitué au genre "film de gangsters" (hautement apprécié dans sa patrie) nous livre ici un savoureux film qui mélange plusieurs genres avec jubilation.

On se trouve tout d'abord face à un film de "casse" pur et dur aux scènes milimétrées à l'extrême (scène d'ouverture où les quatre comparses dépouillent quelques passants de leurs effets personnels, la scène où les quatre amis tentent de voler la clef du coffre de M. Fu pendant un de ses massages thérapeutiques). On retrouve les thèmes du travail d'équipe (les quatre amis semblent parfois constituer un seul corps tant ils sont en osmose lors de leurs coups), l'élaboration du plan et même à un moment une simili-scène d'audition à la Ocean Eleven de Soderbergh.

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Pour autant, ce film ne se résume pas simplement à cela. Le ton est souvent très léger, on sourit, voir on rit à gorge déployée car ce métrage s'apparente aussi à une douce comédie. Certaines scènes présentant les tranches de vie entre les quatre amis (le leader charismatique, le beau garçon, monsieur tout-le-monde et un ado attardé) sont hilarantes à l'image de leurs retrouvailles après qu'ils se soient chacun à leur tour fait molester par les hommes de main de M. Fu. Il y a aussi les quatre scènes de séduction qui se suivent où Lei charme tour à tour les quatre vieux garçons pour mieux les sensibiliser à sa cause (j'ai une nette préférence pour la scène dans l'ascenseur avec monsieur tout-le-monde).

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Ce film est une belle réussite. Tout d'abord on sent que les acteurs (des habitués de To) ont pris plaisir à le tourner. Comme on est dans le buddy movie et qu'il sont tous très justes dans leur jeu, on y croit et on prend plaisir à se mêler à ce sympathique gang de pickpockets. Kelly Lin est quant à elle parfaite dans le rôle de la victime charmeuse qui ensorcèle avec élégance tous les hommes qui croisent son chemin. Johnnie To dans ce film confirme sa grande maîtrise technique qui ici frôle la perfection: musique omniprésente relevant à merveille des plans et des images lèchées mettant en valeur comme jamais la ville de Hong Kong dans sa diversité et son cosmopolisme. Le seul réel défaut de Sparrow est son scénario basique qui ne décolle jamais mais l'esprit contemplatif qui entoure cette oeuvre vous plonge littéralement dans un lointain qui paraît du coup très proche.

Une belle oeuvre que je vous conseille donc pour vivre une immersion à la fois étrange et drôle dans une ville emblématique et une certaine idée du cinéma. 

Posté par Mr K à 19:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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