mercredi 6 juillet 2016

"Les Lois de la gravité" de Jean Teulé

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L'histoire : Dans trois heures, le lieutenant Pontoise pourra quitter son poste. À cet instant précis, une femme entre dans le commissariat désert et demande à être arrêtée. Dix ans plus tôt, elle a poussé son mari par la fenêtre de leur appartement du 11ème étage. Il les battait, elle et ses enfants. Elle a prétendu qu'il s'agissait d'un suicide et tout le monde l'a crue. Elle veut se dénoncer avant minuit parce qu'elle a des remords et que le lendemain son crime sera prescrit...

La critique de Mr K : Ça faisait un bail que je n'avais pas lu de Teulé ! Il faut dire que j'ai pratiqué intensément le bonhomme et que ce n'est que récemment que je tombai inopinément sur ce titre qui avait jusque là échappé à mes griffes acérées de lecteur compulsif. L'ouvrage en lui-même est très court (129 pages), et il ne m'a fallu qu'une moitié d'après-midi ensoleillée pour le parcourir. Ce fut bon et intense.

Récit tiré d'une histoire vraie, la quatrième de couverture des Lois de la gravité intrigue, le déroulé passionne. Une femme vient se livrer tard dans la nuit dans son commissariat de quartier. Elle a tué son mari en le précipitant du onzième étage de leur appartement. Dépressif et violent, il s'était raté à plusieurs reprise et ce soir là, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Sa femme commet l'irréparable et la suite des événements incline à faire penser au suicide, la police après une brève entrevue classe l'affaire. C'est sans compter les remords et une certaine idée de la morale qui empêchent cette femme de dormir et la conduisent à se confesser la veille de la prescription du crime auprès du lieutenant Pontoise, en service ce soir là. Commence alors un étrange dialogue de sourd entre une criminelle voulant absolument se faire arrêter et un policier qui récuse l'idée...

Comme à son habitude, Teulé fait dans l'accessible et le profond. La langue est toujours aussi gouleyante et en quelques mots, quelques phrases, décors et personnages sont plantés. On entre dès le départ dans un univers sombre ou peu d'espoir transparaît. On côtoie une misère sociale extrême à travers le parcours de vie de la jeune femme (la trentaine au moment de la narration) : pauvreté, déterminisme social, mariage raté, violence ordinaire et au final une existence subie et aliénante. Au cœur de tout cela, un geste irréfléchi qui mène au drame. Comme le dit si bien l'héroïne dans une formulation qui touche juste : "Il est, monsieur, des amours sans douceur". Loin de la libérer, ce crime va peser sur la conscience de la jeune femme, loin d'être illégitime, il n'en reste pas moins marqué du sceau du Mal.

Face à elle, un policier qui ne comprend pas ce geste. Comment peut-on vouloir se laisser enfermer alors que le mort était aussi détestable et surtout que l'on a encore trois enfants à charge. Il tente alors par divers stratagèmes de la détourner de son choix en essayant de la faire réagir par rapport à ses enfants qu'elle laisserait derrière elle, sa jeunesse qui lui permettrait d'envisager de changer de vie, il va même jouer la montre pour empêcher l'arrestation. Il se découvre peu à peu lui aussi à travers des petites histoires et anecdotes qu'il lui raconte pour la faire changer d'avis. Lui aussi n'a pas eu la vie facile, ces deux destins finalement étaient faits pour se rencontrer, la tension monte peu à peu et on se doute que le final sera peu commun. Nulle déception en ce sens avec un dernier chapitre qui cloue littéralement le lecteur sur place. Mais si vous connaissez Teulé, vous ne serez pas surpris.

Il y a un aspect très "théâtre" dans ce court récit. C'est dû au découpage poussé du récit (les chapitres ne dépassent jamais les 5 pages) et le charisme incroyable des deux personnages. D'un simple fait divers, ils incarnent à eux seuls nombre de maux de la société, une désespérance bien trop présente encore aujourd'hui (le livre date de 2003) et la misère de certaines existences humaines. Impossible de refermer le livre avant le mot fin tant on est pris à la gorge par les fragments de vie contés et l'envie de connaître le fin mot de l'histoire. On passe donc un bon moment (pas le meilleur de Teulé pour autant, je reste un inconditionnel du Montespan et de Villon) entre humour noir, côtoiement des pauvres gens et réflexion plus générale sur nos vies. À lire donc !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
Darling
Je, François Villon
Charly 9
Mangez-le si vous voulez
Le Montespan
Fleur de tonnerre
- Le Magasin des suicides

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jeudi 21 mai 2015

Quimper et son Salon du Livre

Le week-end dernier, les 16 et 17 mai, se tenait le premier Salon du Livre de Quimper. Du beau monde, un très beau site, une météo clémente et l'occasion pour nous de rendre visite à nos amis quimpérois : notre décision est prise et nous prenons la route.

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C'est donc samedi après-midi que nous avons fait connaissance avec ce nouveau Salon littéraire. Il y a eu très peu de communication de la part des organisateurs sur le déroulé du week-end, nous y sommes donc allés sans véritable but si ce n'est découvrir quelques livres et rencontrer des auteurs que nous aimons. C'est déjà un chouette programme.

A l'arrivée, nous découvrons un site vraiment très beau : le Prieuré de Locmaria. Les auteurs sont installés dans la cour du bâtiment religieux, les conférences sont situés à l'étage de la célèbre faïencerie Henriot et des rencontres discussion d'auteurs sont mises en place sous un chapiteau de la cour.

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(nous en avons profité pour faire un tour du côté de la boutique Henriot)

Nous avons eu la joie de discuter avec Nadine Monfils et Jean Teulé. J'avais à coeur de faire signer un de mes romans de la première (dans ma PAL mais dont on m'a dit le plus grand bien) et quant au second, c'est un des auteurs chouchous de Mr K. Jean Teulé est un homme charmant, très sympathique et ouvert au dialogue. Un vrai bonheur !

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Nous avons également vu rapidement Michel Quint. Pas très prolixe mais un grand monsieur de la littérature.

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Nous en avons profité pour faire un tour dans le Jardin du Prieuré au bord de l'Odet où les roses commencent leur ballet.

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Nous pensions rester plus longtemps au Salon mais force est de constater que notre tour est vite fait et concernant les conférences, la salle n'étant pas des mieux organisée (pourquoi laisser le mobilier en place façon réunion limitant ainsi l'espace festivalier plutôt que de faire des rangées de sièges ?), nous avons décidé d'aller nous promener dans le centre de Quimper.

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Mr K connaît très bien cette ville. Si vous nous suivez depuis quelques temps, vous savez qu'il est finistérien. De plus, nombreux de nos amis vivent à Quimper. Nous y allons donc fréquemment mais jamais vraiment en mode touriste. De mon côté, c'était quasiment une découverte samedi et avec la météo si clémente, je dois avouer que c'était fort agréable !

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Maisons à colombages, Cathédrale Saint-Corentin, Quimper est une ville très agréable à visiter. Haut lieu historique, je ne vous ferai pas ici un cours mais vous conseille vivement de découvrir cette ville.

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Ce qui ne gâche rien, nous sommes tombés sans le vouloir sur une journée particulière : la Fête de la Bretagne et son concours de Bagad dans le Jardin de l'Evêché ! Parfait ! OK, on n'est pas spécialement des fans de musique bretonne au quotidien mais personnellement j'adore les fêtes locales (partout ! tout le temps !) et comment résister à l'appel de la crêpe au caramel beurre salé à 1€ et de la Britt à 2€ ?

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Mais le temps file et il est déjà l'heure de retrouver nos amis pour la soirée ! Nous avions à la base prévu de faire la Nuit des Musées mais nous n'étions pas en état... Comme le prouve notre photo de groupe (on voit des choses bizarres sur Quimper)...

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Cette première édition du Salon du Livre fut fort sympathique. Rendez-vous est déjà pris pour l'édition 2016 ! Rajoutez à ça, la ville en fête, la chaleur et les amis et voici un week-end réussi !

vendredi 28 mars 2014

"Le Magasin des suicides" de Jean Teulé

le-magasin-des-suicidesL'histoire: Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre...

La critique de Mr K: Un Jean Teulé a toujours une saveur particulière surtout si le titre est attendu au tournant. Que ne m'a-t-on pas dit concernant Le magasin des suicides? Génial, drôle à souhait, piquant, dérangeant, ignoble... j'en passe! Avant ma lecture, je dois bien avouer que je pars avec un sentiment de confiance tant j'ai adoré nombre de lectures de cet auteur (liste des chroniques disponible en fin de post) et que je n'ai jamais été déçu.

L'auteur nous présente une famille très particulière. Espèce de famille Adams à la française, ils tiennent un magasin qui fournit tout ce qu'il faut pour se suicider: cela va de la corde classique, au revolver, aux poisons les plus raffinés aux effets divers et variés. Inutile de vous dire que ce n'est pas la joie de vivre qui les étouffe! Le fils aîné est mono-maniaque et crée des inventions plus macabres les unes que les autres et sa sœur ne s'aime pas et se révèle dépressive. Tout ceci fait le bonheur des deux parents qui prospèrent économiquement et ne voient aucune raison de changer. Mais voilà, en voulant tester un préservatif percé (nouvel acquisition du magasin pour se refiler des MST) les voilà parents pour une troisième fois... le petit Alan naît et au grand malheur de ses parents, il s'avère animé d'une joie de vie indéfectible!

Il faut bien avouer que le postulat de base est vraiment appétissant. Tout tourne autour du renversement des valeurs établies. On nage ici en plein univers ubuesque où les relations entre être humains et idées sont déviantes disons-le clairement! Mort, souffrance, suicide autant de notions souvent éludées ou évitées dans nos sociétés occidentales. Ainsi par exemple, les séquences narratives mettant en scène les commerçants et les clients sont toutes plus délirantes les unes que les autres, les amateurs d'humour noir (dont je fais partie) sont logés à la bonne enseigne. Les personnages sont croustillants à souhait, les parents qui ne comprennent pas leur petit dernier, le grand frère qui fait penser au Vincent du premier court métrage de Tim Burton, Alan le délirant et joyeux petit dernier... mais ma préférence va sans conteste à la sœur qui m'a touchée dans son évolution et qui me paraît être la grand réussite du livre avec la toute dernière phrase que j'ai trouvé lapidaire à souhait! On retrouve toute la verve et l'inventivité de Teulé pour nous marquer au détour d'une bonne phrase et d'une belle formulation. La langue fait une fois de plus merveille et c'est avec délectation que les pages s'enchaînent sans difficultés.

Pour autant, ce titre est loin d'être mon préféré de l'auteur. Je n'ai pas apprécié le tournant pris par la famille au contact du petit dernier, j'ai trouvé l'ensemble convenu et quelque peu cucul voir lénifiant, un comble pour un Teulé! Attention, ce livre est tout de même une belle expérience mais elle est loin d'être aussi marquante qu'un Darling, Le Montespan ou un Je, François Villon. Je trouve que Teulé ne va pas au bout de son concept et se complet dans un récit qui devient finalement assez prévisible hormis l'ultime pirouette finale qui rattrape tout de même ce qui précède.

C'est donc une semi-réussite ou une semi-déception pour moi, la première concernant un livre de cet auteur. Peut-être en attendais-je trop? Toujours est-il qu'à mes yeux, on est loin pour moi du côté "définitif" qui caractérisait ses œuvres jusqu'ici...

Déjà lus et appréciés du même auteur au Capharnaüm Éclairé:
- Darling
- Je, François Villon
- Charly 9
- Mangez-le si vous voulez
- Le Montespan
- Fleur de tonnerre

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mardi 30 juillet 2013

"Fleur de tonnerre" de Jean Teulé

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L'histoire: Ce fut une enfant adorable, une jeune fille charmante, une femme compatissante et dévouée. Elle a traversé la Bretagne de part en part, tuant avec détermination tous ceux qui croisèrent son chemin: les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants et même les nourrissons. Elle s'appelait Hélène Jégado, et le bourreau qui lui trancha la tête le 26 février 1852 sur la place du Champs-de-Mars de Rennes ne sut jamais qu'il venait d'exécuter la plus terrifiante meurtrière de tous les temps.

La critique de Mr K: Le dernier roman de Teulé m'a été prêté par mon père qui m'avait fait découvrir cet auteur avec Darling. Depuis j'en ai lu quelques uns et à chaque fois la lecture s'est révélée truculente (le style de l'auteur) et passionnante de par les histoires proposées et les personnages livrés en pâture au lecteur. Ici, l'action se déroule en Bretagne (Yes!) et nous suivons la route funèbre empruntée par la plus grande criminelle française: Hélène Jegado native de Plouhinec en Morbihan (c'est pas loin de chez nous ça!). Cuisinière émérite allant de place en place en semant la mort et la consternation, son talent caché d'empoisonneuse va s'exercer pendant des décennies sans qu'elle soit soupçonnée. Elle finira par être découverte et sera guillotinée sur la place publique.

Plus on avance dans cette lecture, plus on est horrifié! Les morts s'accumulent et on se demande comment elle n'a pas pu être inquiétée par les forces de l'ordre de l'époque. Il faut dire qu'au XIXème siècle, la médecine n'en est alors qu'à ses balbutiements et que les symptômes de l'empoisonnement via l'arsenic sont très proches de ceux du choléra et que cette maladie est endémique à l'époque. Personne ne trouve grâce à ses yeux: hommes et femmes, jeunes et vieux (voir même nourrisson!), laïcs et clercs, tout le monde y passe! L'explication vient très tôt avec deux / trois chapitres sur son enfance et sur le trauma qui a causé ce désordre psychique. La figure de l'Ankou (travailleur de la mort des légendes bretonnes) la marque à jamais et elle va se substituer à lui pour faire son travail. Mélange de folie, de cruauté et d'ignorance, le personnage d'Hélène Jegado est à la fois fascinant et repoussant tant elle éclaire la nature humaine sous un jour des plus déplaisants mais malheureusement possible. J'en ai encore des frissons dans le dos!

Ce livre témoigne aussi d'un grand travail de recherche de Teulé sur les us et coutumes de la basse Bretagne de l'époque. Population froide et superstitieuse ne communiquant qu'en breton, ne sachant même pas que la Bretagne est en France, l'ambiance est lourde et menaçante comme un soir de tempête sur la côte sauvage de Quiberon! Sans en faire trop, le portrait de notre belle région est ici sans concession et ne donne pas vraiment envie de venir y passer ses vacances! Deux personnages récurrents vont d'ailleurs en subir les conséquences pendant tout l'ouvrage: deux perruquiers normands venus en Bretagne pour acheter des cheveux pour confectionner des perruques. Au fil des différentes étapes de la Jégado dans de nombreuses villes bretonnes (Plouhinec, Hennebont, Vannes, Lorient, Pontivy, Guern etc...), on les retrouve souvent en mauvaise posture face aux populations rustres ou à la météo capricieuse. On peut le dire, ils s'en prennent plein la tête et cela donne lieu à des moment de pure comédie noire. J'ai personnellement adoré!

J'ai dévoré ce livre en très peu de temps comme à chaque fois avec cet auteur. Le style reste inimitable et gouleyant à souhait. Le sujet en lui même m'intéressait et on ressort de cette lecture abasourdi et interloqué. Petit défaut, la première partie s'apparente plus à un catalogue de meurtres plus glauques les uns que les autres, tout cela manque de lien et de psychologie. Cependant Teulé se rattrape par la suite avec de beaux passages qui sauvent le tout. Un Teulé restant un Teulé, même si celui-ci n'est pas son meilleur, il vaut largement le détour et la période estivale s'y prête à merveille! Venez découvrir une autre Bretagne à la fois sombre et mystérieuse!

Déjà lus et appréciés du même auteur au Capharnaüm Éclairé:
-Darling
-Je, François Villon
-Charly 9
-Mangez-le si vous voulez
-Le Montespan

vendredi 16 mars 2012

"Le Montespan" de Jean Teulé

jean-teule-le-montespanL'histoire : Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C'était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan...

Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu'il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l'homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d'assassinat, il poursuivit de sa haine l'homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme...

La critique de Mr K : Retour aujourd'hui à un auteur que j'affectionne tout particulièrement et dont le présent ouvrage m'a été prêté par mon paternel. J'en avais entendu beaucoup de bien et ce n'est pas moi qui dirait le contraire: il m'a pas fallu longtemps pour le dévorer et l'apprécier. Impossible de se détacher des mots de Teulé tant ils frappent et marquent le lecteur.

À mes yeux, ce livre est avant tout une magnifique histoire d'amour. J'ai été transporté par la passion déchirante qui emporte le marquis. Romantique à souhait, ce personnage court constamment après l'absolu et la perfection, il a trouvé auprès d'Athénaïs (alias LA montespan) une alter-égo, la moitié qui lui manquait et chaque jour qui se lève est pour eux un renouveau mais aussi un renforcement de leurs liens. Ils ne roulent pas vraiment sur l'or (Montespan est plutôt ce qu'on appelle un hobereau -noble campagnard de moindre importance-) mais ils vivent d'amour et d'eau fraîche si je puis dire... Mon côté fleur bleue (si si !) a hautement apprécié les élans d'affection et les rapports entre les deux amoureux. On veut croire en leur histoire malgré le résumé de la quatrième de couverture...

Et puis patatra! Voulant améliorer l'ordinaire du couple vu les échecs successifs de son mari dans ses tentatives d'accéder au cercle des intimes de Sa Majesté par les voies de la guerre, la marquise se fait introduire à la cour du roi de France. Cela donne lieu à des pages que l'on dirait toutes droites sorties du script du film "Ridicule". Monde de l'apparence, des mensonges et des belles paroles, l'innocence n'y a pas sa place au milieu des calculs et des aspirations de chacun. La monstespan va s'y perdre et son mari va rentrer littéralement en guerre contre le monarque absolu. Cela donne lieu à des épisodes truculents, débridés voir dramatiques. Fou d'amour pour sa femme, il ne peut s'imaginer la partager avec quiconque même avec le représentant de Dieu sur terre (alias Louis XIV RTC -Roi Très Chrétien-). On sourit toujours mais on sent la trame du drame se refermer sur les protagonistes et c'est toujours à travers les yeux du cocu qu'on suit l'histoire. On oscille constamment entre le ton pathétique et le ton quasiment épique, on sourit, on s'attriste... Teulé ne nous épargne pas.

On retrouve le style inimitable de cet auteur, un souffle évocateur rare qui m'a guidé tout au long de cette lecture passionnante. Personnages charismatiques, sens aigu du récit et détails crus font de cette expérience, une de celles dont on se souvient longtemps après l'avoir vécue. Sans doute un des meilleurs ouvrages de l'auteur.

Déjà lus et appréciés du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
-Darling
-Je, François Villon
-Charly 9
-Mangez-le si vous voulez

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jeudi 8 décembre 2011

"Mangez-le si vous voulez" de Jean Teulé

teuléL'histoire: Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune périgourdin intelligent et aimable, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin.

Il arrive à destination à quatorze heures. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l'aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé.

Pourquoi une telle horreur est-elle possible? Comment une foule paisible peut-elle être saisie en quelques minutes par une frénésie aussi barbare?

La critique de Mr K: Un Teulé de plus à mon tableau de chasse et quel livre! Impossible d'en décrocher avant d'en être venu à bout. Attention, âmes sensibles s'abstenir car dans ce récit l'auteur nous livre la cruauté à l'état brut dans son écrin de bêtise humaine. Il faut avoir le cœur bien accroché devant l'effroyable chemin de croix qui nous est ici livré dans toute sa crudité et son abjection (l'histoire est véridique quoique légèrement romancée par Teulé). C'est marqué au fer rouge que l'on referme cet ouvrage et une marque indélébile et amère.

Tout commence par une scène de vie familiale ordinaire où un fils prodigue quitte ses géniteurs pour la foire voisine comme il le fait chaque année. Ce premier chapitre et celui du parcours sont les seuls qui constituent un répit avant l'innommable. Teulé appuie bien sur le caractère sympathique et candide du garçon pour lequel on ne peut que ressentir pitié et compassion par la suite. En effet, à partir d'un quiproquo autour de la guerre de l'empereur Napoléon III contre la Prusse, le jeune homme va passer pour traître envers sa patrie aux yeux de la communauté d'Hautefaye. Va commencer alors une mise à mort sordide allant crescendo dans l'horreur. Je vous passe les détails mais sachez que c'est éprouvant et que l'ignominie semble n'avoir aucune limite. Alain de Monéys devient la victime de la connerie ordinaire doublée de la sauvagerie la plus brute et ceci de la part d'amis d'enfance et de personnes qu'il côtoie régulièrement voir des gens qu'il a pu aider. C'est proprement hallucinant et renforce le sentiment de dégoût et d'injustice que l'on ressent à la lecture.

Décidément Teulé n'est jamais aussi fort que lorsqu'il pénètre dans les esprits et explore les travers des masses et de l'âme humaine. Sans concession, ce livre est un plaidoyer contre les rumeurs et la propagande et pour l'éducation et l'écoute mutuelle. En effet, une erreur de jugement et la foule devient folle et peut commettre l'irréparable. L'Histoire est fertile de ce genre d'événements à plus ou moins grande échelle, des hommes ou des partis surfant sur les souffrances et les rancœurs. Un brulot aussi terrible que nécessaire que je vous encourage à découvrir.

Déjà chroniqués et appréciés du même auteur:
- Darling
- Je, François Villon
- Charly 9

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vendredi 22 avril 2011

"Charly 9" de Jean Teulé

CHARLY_1L'histoire: Charles IX fut de tous nos rois de France l'un des plus calamiteux.

À 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint-Barthélémy, qui épouvanta l'Europe entière. Abasourdi par l'énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses.

Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous.

Pourtant, il avait un bon fond.

La critique de Mr K: Il est des auteurs que je retrouve toujours avec un plaisir non-dissimulé, Teulé fait partie de ceux-là. J'avais bien apprécié Darling et adoré Je, François Villon. Avec Charly 9, cet auteur amateur d'Histoire s'attaque (sic) à une partie sombre de notre mémoire collective: les guerres de religion, le massacre de la Saint-Barthélémy et le règne chaotique et méconnu de Charles IX. Fils mal-aimé d'une mère despotique (Catherine de Médicis), nous suivons le «p'tit Charly» de sa décision désastreuse à sa déchéance mentale et physique.

Dès les premières lignes, pas de doute, c'est du Teulé! On retrouve son style si particulier sans concession, direct et efficace. On navigue constamment entre fascination et répulsion pour ce roitelet de pacotille, tyrannisé par une mère avide de pouvoir et un frère qui ne l'aime pas et attend son tour pour monter sur le trône (Charly met du temps à mourir...). Personnage pathétique par excellence, on aimerait pas être à sa place. Surtout qu'au fur et à mesure, la culpabilité le ronge littéralement, il perd pied avec la réalité et sombre dans la folie. Le tout est raconté sur le ton de la farce ce qui permet de faire digérer l'ensemble qui se rapproche parfois du roman paillard et gore.

J'ai lu sur la blogosphère des avis forts négatifs sur ce livre notamment des personnes défendant l'Histoire avec un grand H. Étant moi-même historien de formation, je ne comprends pas cette haine quasi viscérale envers Teulé. On peut ne pas aimer cet auteur, c'est une histoire de goût mais j'ai pris ce livre pour ce qu'il est avant tout: un roman! Certes, il y a des références historiques erronées, incomplètes voir fausses mais on est avant tout devant un roman, une fiction qui s'inspire de faits réels et les transforme au gré de la fantaisie de Teulé. Celui qui cherche à se cultiver de façon universitaire passera donc son chemin et s'orientera vers des livres spécialisés écrits par des historiens. Teulé est avant tout un faiseur d'histoires aimant l'Histoire... Je ne vois vraiment pas où est le mal...

Pour ma part, j'ai bien aimé cet ouvrage même s'il n'est pas mon préféré de l'auteur. Relativement court, je l'ai lu très vite et avec plaisir. C'est l'essentiel!

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mardi 17 novembre 2009

"Je, François Villon" Jean Teulé

francois_villon_L_1L'histoire:

Il est peut-être né le jour de la mort de Jeanne d'Arc. On a pendu son père et supplicié sa mère. Il a étudié à l'université de Paris. Il a joui, menti, volé dès son plus jeune âge. Il a fréquenté les miséreux et les nantis, les curés, les assassins, les poètes et les rois. Aucun sentiment humain ne lui était étranger. Des plus sublimes aux plus atroces, il a commis tous les actes qu'un homme peut commettre. Il a traversé comme un météore trente années de l'histoire de son temps. Il a ouvert cette voie somptueuse qu'emprunteront à sa suite tous les autres poètes: l'absolue liberté.

L'avis de Mr K:

Mon premier contact avec Villon remonte à fort longtemps lorsque je n'étais qu'un littéraire boutonneux de lycée. Puis est venue la période de mes chères études d'Histoire avec ma spécialisation sur la période médiévale. Et puis, il y a eu le post de l'amie Ys concernant ce livre et mon père qui me prête le bouquin en me disant que j'allais prendre une claque et que l'époque est fidèlement retranscrite par Teullé.

J'ai dévoré ce volume. Déjà la vie de Villon en soi est passionnante: personnage historique abject par ses actes (viols, meurtres et tutti quanti) il a été aussi un génie hors norme: inventeur stylistique et linguistique, centrage de son oeuvre sur les réprouvés et esprit en avance sur son temps. Bien que parcellaire (beaucoup d'éléments restent encore inconnus pour les historiens), la vie de Villon nous emmène dans les prieurés, le faste des châteaux de la noblesse et dans les culs de basse fosse les plus sordides. C'est d'ailleurs dans la description de ces derniers, des cimetières de l'époque (manquent plus que les cochons qui dévoraient les cadavres!), des demeures des pauvres et tavernes mais aussi des tortures judiciaires pratiquées à l'époque que Teulé excelle, on retrouve ici la fascination morbide de l'auteur de Darling.

Le personnage du tuteur de Villon est une merveille: homme bon de nature qui se laisse dépasser par son filleul et ne pourra l'empêcher de faire les pires atrocités. Isabelle la jeune fille noble amoureuse de Villon qui lui fera subir la pire des humiliation (attention scène choc!) est un véritable éclat de soleil au milieu de la fange qui nous est ici décrite. Niveau glauque, on est servi par les personnages de la prostituée initiatrice, le charcutier cannibale, le bourreau sadique, un inquisiteur complètement félé et un Villon véritable génie du mal pour qui je n'ai eu aucune sympathie si ce n'est pour son oeuvre.

Une bien bonne lecture avec un tout petit reproche cependant. La fascination morbide de Teulé éclipse tous les pans positifs de l'époque notamment la grande solidarité sociale qui pouvait exister dans la société française au niveau du peuple (fêtes, entraide etc...).

Alors certes, le Villlon fut un bien mauvais garçon mais sa vie fut un roman et Jean Teulé maîtrise son sujet. Tout cela m'a donné envie de replonger dans l'oeuvre du célèbre poète en commençant peut-être d'ailleurs par les adaptations qu'en a fait Brassens.

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jeudi 3 septembre 2009

"Darling" Jean Teulé

darlingL'histoire:

Elle voulait qu'on l'appelle "Darling".
Elle y tenait!
Pour oublier les coups reçus depuis son enfance, les rebuffades et les insultes, pour effacer les cicatrices et atténuer la morsure des cauchemars qui la hantent. Elle voulait que les autres entendent, au moins une fois dans leur existence, la voix de toutes les "Darling" du monde.
Elle a rencontré Jean Teulé.
Il l'a écouté et lui a écrit ce roman.
Un livre unique.

La critique de Mr K:

Sous les conseils avisés de mon géniteur, je me suis mis à la lecture de Jean Teulé. Il m'a prété celui-ci ainsi que Je, François Villon dont la chronique d'Ys m'avait interpelé (mon father me l'a prêté aussi et je le chroniquerai d'ici quelques semaines quand je me serai remis de celui-ci). Ma mère, m'avait prévenu: "C'est un bouquin affreux.". Je confirme! Affreux mais en même temps génial au point de vue qualité littéraire.

On suit les pérégrinations d'une fille de paysans (Catherine alias Darling) qui pour le coup accumule les tares, les ennuis et les conneries. C'est une véritable plongée dans la bêtise humaine, pour preuve le comportement à son égard de ses parents. Injures, coups, humiliations... rien ne lui est épargné! Le pire, c'est que par moment on se dit qu'elle va s'en sortir mais c'est pour mieux se vautrer ensuite. Ainsi, une fois "sortie" du cocon familial, elle se retrouve entre les griffes d'un homme qu'elle croit aimer mais qui se révèle vite comme un fainéant de première doublé d'un alcoolique patenté, infidèle, violent et cruel. Atroce, je vous dis!!! Des passages sont particulièrement éprouvants comme une dispute avec ses parents et un viol collectif. Perso, j'ai trouvé cela bien plus dérangeant qu'un Baise moi de Despentes.

Malgré ce côté repoussant, c'est un grand livre. Teulé a pris le parti pris d'un dialogue fictif entre le romancier et l'héroïne dont il doit raconter l'histoire. Il adopte un point de vue distancié, empathique. Cela rajoute énormément au malaise quasi constant que le lecteur peut éprouver. On a parfois l'impression qu'une épée de Damoclès est suspendue au dessus de Catherine, un Fatum qui ne lui laisse aucune chance. L'écriture est splendide: directe voir crue (Antechrist de Von Trier version littéraire) mais néanmoins poétique et imagée par moment. Les symboles sont légions et soulignent à merveille les contradictions de l'héroïne. Un grand livre sur les désillusions d'une vie, sur la cruauté mais à ne pas mettre entre toutes les mains!

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