dimanche 29 octobre 2017

Désherbage à domicile !

En septembre dernier se tenait le désherbage annuel de la médiathèque de notre commune. C'est typiquement le genre d'événement que nous ne manquons pas au Capharnaüm éclairé, fous que nous sommes de contribuer à l'atomisation de nos PAL respectives plus que bien portantes ! 

Acquisitions oct ensemble

Ils sont mignons les petits nouveaux, non ? Une fois de plus, nous sommes tombés sur de belles pièces avec notamment des auteurs que nous apprécions beaucoup chez nous, une belle colonie Actes Sud et deux ouvrages des éditions Stock. Voici la traditionnelle présentation des nouveaux arrivés qui tôt ou tard se verront chroniqués, une fois leur lecture effectuée !

Acquisitions oct 3

- L'Homme qui tombe de Don DeLillo. Un roman post 11 septembre d'un auteur reconnu et que je vais apprendre à connaître avec ce volume. Bien tortueuse, la quatrième de couverture fait la part belle aux ressorts brisés de la machine humaine et la rencontre entre l'intime et l'universel. Vous n'avez pas tout compris ? Moi non plus je vous rassure ! Ce qui est sûr par contre, c'est que cette oeuvre borderline a tout pour me plaire sur le papier.

- Prenez l'avion de Denis Lachaud. Un homme et une femme très différents survivent de façon inouïe à un crash aérien et vont essayer de comprendre le pourquoi de ce miracle. Un roman sur la peur, son apprivoisement et la renaissance de l'espoir. Branque, vous avez dit branque ? Je vous le confirme, ce livre est fait pour moi !

- Invisible de Paul Auster. Une relation triangulaire qui implose, roman d'apprentissage d'un naïf confronté au secret et aux interdits, voila le fond de ce roman d'un auteur que j'adore entre tous. Je dois avouer que je n'ai pas cherché plus loin, j'ai adopté ce volume de suite. L'amour rend aveugle dit-on...

- Dans la guerre d'Alice Ferney. De la même auteure, j'avais aimé Grâce et dénuement et je souhaitais découvrir d'autres titres. Le hasard fait bien les choses avec ce roman se déroulant durant la Première Guerre mondiale, une période que j'affectionne énormément. Nous suivons ici Jules un jeune homme appelé à combattre et les femmes de la famille qui restent à la maison et espèrent son retour. Ca ne respire pas la joie de vivre mais je sens que ça va me plaire !

Acquisitions oct 2

- L'Enquête de Philippe Claudel. Là encore, un auteur aimé et apprécié par chez nous. Ouvrage kafkaïen selon certains (mon enthousiasme grandit d'autant plus), on suit une mystérieuse enquête dans une entreprise où beaucoup de suicides d'employés sont à déplorer. À priori, les frontières entre imaginaire et réel sont très vite abolies, le genre de lecture qui peut me plaire. Wait and read.

- Veuf de Jean-Louis Fournier. Que j'aime cet auteur ! Il revient dans cet ouvrage sur la perte de sa femme qui selon lui avait toutes les qualités qui comblaient ses propres défauts. je m'attend à beaucoup de tendresse, de tristesse mais aussi de dérision. Sa plume est incomparable et je suis sûr qu'une fois de plus, il sublimera son sujet.

- L'Inaperçu de Sylvie Germain. Un roman alléchant qui nous propose d'explorer une famille ordinaire dans laquelle va s'incruster une branche rapportée qui à sa disparition va bouleverser la mécanique familiale. On nous promet beaucoup de choses en quatrième de couverture : pages sombres de notre Histoire, tragédies individuelles, imprévisibilité, rêves fous et emprise du temps. Miam miam !

- Jour sans retour de Kressmann Taylor. Depuis Inconnu à cette adresse, je traque sans relâche le moindre ouvrage de cet auteur culte. Me voila bien récompensé avec ce témoignage mêlant vérité et fiction pour écrire un roman sur l'ascension implacable du nazisme vue par un résistant. Sans doute un ouvrage essentiel à l'heure où certaines figures politiques se plaisent à dire que c'est la rue qui soit disant a chassé le nazisme...

Acquisitions oct 1
Voici les deux ouvrages dégotés par Nelfe qui une fois de plus s'est révélée plus raisonnable que moi...

- Les Jardins d'Allah de Sylvain Tesson. Elle était ravie de trouver un livre de cet auteur qu'elle aime beaucoup. L'écrivain-voyageur-géographe garde ici le cap à l'est pour nous entrainer en Asie du sud où les religions, les nationalismes et le mercantilisme post-moderne s'empoignent dans la plus totale confusion. Tout un programme !

- Le Pays des ténèbres de Stewart O'Nan. Une bande de gamins unis à la vie à la mort, un accident, le drame. Comment vivre avec cela sur la conscience ? C'est typiquement le genre de thématiques et de livre que Nelfe adore. M'est avis que c'est une très bonne pioche !

Notre tour d'horizon est complet, c'est la promesse de nombreuses et riches heures de lecture. Et dire qu'il va falloir que je vous parle bientôt de notre gros craquage à Emmaüs en début de mois... I.R.R.E.C.U.P.E.R.A.B.L.E.S je vous dis !


mercredi 1 février 2017

"Dans les forêts de Sibérie" de Sylvain Tesson

Dans-les-forêts-de-SibérieL'histoire : Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

La critique Nelfesque : Voici un livre que j'avais dans ma PAL depuis déjà un petit bout de temps. Il avait croisé ma route lors de notre Lune de miel à Saint-Malo il y a 2 ans et j'attendais le bon moment pour l'ouvrir. J'ai toujours vu "Dans les forêts de Sibérie" comme un ouvrage qu'il fallait pouvoir apprécier et il se dégage de sa 4ème de couverture une certaine aura. J'avais besoin de sentir l'instant pour le lire et ce moment est arrivé il y a quelques jours. Un froid extrême sur nos terres bretonnes (hey -8° c'est déjà très froid), l'hiver bien installé, je pris mon plaid doudou et mon chat et je me lançais donc dans ce témoignage de Sylvain Tesson comme on rentre en religion, avec respect et avide de découvertes spirituelles.

Sylvain Tesson, à l'aube de ses 40 ans a décidé de partir loin, très loin, pendant 6 mois de sa vie. Partir, il connaît, il a déjà effectué bon nombre de voyages, mais cette fois ci, c'est pour un voyage immobile qu'il souhaitait quitter la France. Le voici donc installé près du lac Baïkal, en pleines forêts de Sibérie, à expérimenter la solitude, le silence et la nature et en ressortir changé.

Je me suis retrouvée dans le personnage de Sylvain Tesson, dans son ras le bol de la vie moderne, dans sa quête du bonheur et de la simplicité, dans son côté authentique et proche de la nature. La liberté, un concept bien flou et galvaudé à notre époque. Aussi une question très occidentale et réservée aux petits privilégiés que nous sommes et qui peuvent se payer le luxe de se poser des questions existentielles telles que celle ci. Maladie de notre temps, névrose de bobos, la vie parfois nous parait fade ou du moins incomplète. Nous nous sentons incomplets... Sylvain Tesson, par son expérience, veut se sentir vivant et va l'être. Tout n'est pas rose, tout n'est pas noir mais la proximité de la nature lui permet d'ouvrir les portes de sa perception sans drogues (mais avec pas mal de vodka) et de coucher sur le papier des pensées sur notre façon de vivre, sur sa vie personnelle et sur la notion de besoins, terme que nous utilisons à tort et à travers.

J'ai été particulièrement touchée par cette impulsion qui l'a mené en Sibérie, par ses réflexions, par ses doutes et ses peurs. Je l'ai envié dans sa démarche pourtant simple (partir) mais si difficile à entreprendre (partir) quand nous traînons nos habitudes sociales tels des boulets que nous nous créons nous-même. A la lecture de "Dans les forêts de Sibérie", difficile de ne pas se poser la question : pourrais-je partir moi aussi et me découvrir ? Peut-on réellement savoir qui nous sommes en restant enfermés dans nos habitudes ?

Au delà des considérations personnelles de l'auteur et des réflexions que cela engendre chez lui sur nos vies en société, Sylvain Tesson est ici au plus près de la nature, dépendant d'elle, devant la respecter, l'apprécier et la craindre pour ce qu'elle est. Pendant 6 mois, elle le nourrit, lui donne à voir quotidiennement des paysages somptueux, le fait vivre en communion avec elle mais elle est aussi dangereuse et l'auteur en a bien conscience et n'est pas parti dans son refuge tel un conquérant. Quand les températures atteignent les -30°, personnellement, je ne sais pas comment il fait... Mais le monsieur a de l'expérience, c'est un aficionados de la montagne et il est déjà bien averti des risques qu'il peut prendre.

Dans un décor à couper le souffle, Sylvain Tesson nous donne à voir une expérience initiatique exceptionnelle et couche sur papier 6 mois de réflexions quotidiennes sur la vie avec un cheminement de pensée posé et étayé. "Dans les forêts de Sibérie" est un ouvrage à part sur lequel on peut revenir plusieurs fois pour y trouver ce dont on a besoin. A défaut de tenter soi-même l'expérience, par la plume de Sylvain Tesson, simple, moderne et qui laisse voir une certaine érudition et culture, le lecteur parcourt plus de 5000 km et vit dans une isba de bois comme si il y était. De quoi alimenter son imaginaire et faire carburer sa cervelle. Un excellent livre de chevet !

Posté par Nelfe à 18:46 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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