samedi 14 septembre 2019

"Once Upon a Time... in Hollywood" de Quentin Tarantino

One upon a time affiche

L'histoire : En 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus.

La critique Nelfesque : Comme tout Tarantino qui sort au cinéma, doit-on vraiment encore le présenter ? Rien qu'avec son nom, le réalisateur est assuré de remplir les salles. Souvent, c'est justifié, parfois, on se dit que non (ou alors, je suis devenue très exigeante avec le monsieur). Il a ses fans et ses détracteurs. On peut lui reprocher tout ce que l'on veut, Tarantino est un passionné et avec "Once upon a time in... Hollywood", il nous fait une fois de plus une démonstration de cinéma.

Le duo Leonardo DiCaprio / Brad Pitt fonctionne parfaitement. Quel plaisir de retrouver ces deux grands acteurs côte à côte et constater qu'ils étaient faits pour être réunis. Outre le fait qu'ils soient extrêmement beaux gosses (mention spéciale pour Brad Pitt... (Oh Mon Dieu, il est de plus en plus beau avec le temps ! (*parenthèse midinette off*))) et les hommes qu'ils sont dans la vie de par leurs engagements (si toutes les "stars" pouvaient mettre à profit leurs notoriétés comme ils le font...), leurs qualités d'acteurs ne sont plus à prouver. Avec un côté décalé et une touche savamment dosée d'humour, on ne peut que savourer ce moment.

One upon a time 2

Car de l'humour, il y en a dans "Once upon a time..." ! Sans se prendre au sérieux, la fine équipe nous offre ici des moments à la fois tendres et grinçants. DiCaprio dans son rôle d'acteur en voie d'"has-beenisasion" et en pleine crise existentielle concernant sa carrière va de pair avec un Brad Pitt, cascadeur à la force tranquille qui mène sa vie sans prise de tête. Ni loosers pour autant, ni caricaturaux, ces personnages nous montrent bien toute l'ambivalence de la célébrité, ses revers et les angoisses que peuvent éprouver les acteurs par moments.

En parallèle, c'est toute l'industrie du cinéma qui est abordée avec notamment la carrière d'actrice et la vie privée de Sharon Tate avec le lancement de son dernier film, Matt Helm règle son comte en 1968. Sur le papier, j'avais un peu peur de ce volet là du long métrage, connaissant bien l'issue funeste de son histoire... Tarantino a pris un parti assez osé ici et j'en suis ressortie absolument ravie, "Once upon a time..." terminant ainsi sur une note radicalement différente de celle à laquelle je m'attendais et me donnant la larme à l'oeil tant celle-ci est loin de la réalité. Trash, jouissive mais aussi mélancolique et extrêmement triste dans ses ultimes instants. Une belle réussite.

One upon a time 1

Et puis il y a le talent de Tarantino. La beauté des plans, la direction d'acteurs, la restitution de l'époque, le choix de la BO... Les 2 h 40 que comptent le film passent à une vitesse folle et la lumière se rallume avec nos exclamations ("Déjà !?"). J'étais moyennement motivée pour aller le voir en salle et un ami nous y a fortement incité. Il a bien fait !

One upon a time 4

La critique de Mr K : 6/6. Quentin Tarantino revient aux affaires avec un très bon métrage, son meilleur à mes yeux depuis Jackie Brown. Pendant 2h45, le spectacle est total avec un scénario séduisant, une technique parfaite et des acteurs au diapason. Rajoutez un soupçon de mélancolie avec une fin inattendue et vous obtenez un pur moment de cinéma comme on aimerait en voir plus souvent.

Le postulat de base est simple, on suit le quotidien de deux potes évoluant dans le Hollywood des années 60, âge d’or d’une certaine idée du cinéma. L’un est un acteur de seconde zone (DiCaprio), l’autre est sa doublure-cascade officielle (Brad Pitt) aux fonctions variées et multiples (chauffeur, réparateur d’antenne, confident...). On suit donc les préparations de tournage, les atermoiements de DiCaprio, les soirées enlevées et les bonnes bitures qui rassurent. En parallèle, on croise régulièrement Sharon Tate qui se révèle à Hollywood, s’est mariée récemment avec Polanski et attend un enfant. On a alors tous en tête l’horrible fait divers la concernant avec son meurtre sordide par la Manson family (que l’on va croiser aussi). L’appréhension ne fait donc que grimper durant tout le film mais j’avais oublié qu’avec Tarantino, on pouvait s’attendre à tout et je peux vous dire que je n’ai pas été déçu.

One upon a time 5

J’ai été tout d’abord épaté par le duo de buddy guys servi sur un plateau par DiCaprio et Pitt. Ces deux là étaient vraiment fait pour tourner ensemble. Certaines âmes chagrines ont parlé dans leurs critiques de cabotinage, il y en a souvent chez Tarantino, je dirai même que c’est un peu sa marque de fabrique notamment avec les longues scènes de dialogues. Ici aucune des deux têtes d’affiche ne prend le pas sur l’autre, ils se complètent à merveille, on aime suivre les aléas émotionnels de DiCaprio qui passe vraiment par tous les états et campe une star en plein doute assez touchante et drôle à la fois. Brad Pitt, c’est la force tranquille, le personnage solaire sûr de lui malgré une vie chiche et sans réel relief. Employé par DiCaprio, il est plus qu’un employé à tout faire et le film se déroulant, on en a de plus en plus de preuves, et cette relation d’amitié est magnifiquement peinte par un Tarantino toujours aussi attentionné envers ses personnages. Les seconds rôles ne sont pas en reste avec une peinture d’une rare justesse sur le milieu du cinéma et notamment des hommes et femmes de l’ombre. On croise avec plaisir Al Pacino, Kurt Russel ou encore Michael Madsen pour un petit passage éclair. Margot Robbie est éclatante en Sharon Tate. Casting de rêve !

One upon a time 3

La reconstitution de l’époque est incroyable. Chaque plan, chaque scène est léchée nous plongeant dans la fin des sixties dans un réalisme de tous les instants. Les voitures, les fringues, la musique omniprésente (la BO est une tuerie !), le mobilier, les mœurs... tout est là. Belle peinture aussi de la Manson family qui fait vraiment froid dans le dos avec un gourou complètement cintré qui a osé croisé l’idéal peace and love avec le nazisme. Le propos du film ne porte pas entièrement sur eux mais les moments les mettant en scène sont glaçants. Et puis, il y a Hollywood avec ses producteurs, ses acteurs névrosés, ses tournages, ses espoirs et ses désillusions. L’hommage est beau et prend aux tripes durant tout le métrage. Enfin, il y a tout ce qui tourne autour de Sharon Tate. Là où certains ont trouvé le principe malsain, j’ai trouvé au contraire Tarantino diablement malin avec une fin très ingénieuse et pour le coup encore plus triste que si il avait relaté les faits réels. À chacun de juger mais sachez que j’ai été entièrement convaincu trouvant Tarantino sur l’ensemble de ce film beaucoup plus fin que d’habitude.

Once upon a time... in Hollywood est à voir absolument au cinéma où toutes les qualités susnommées sont transcendées par un cinéaste au sommet de sa forme tant au niveau du contenu que de la forme. Je ne vous cache pas ma satisfaction de le voir revenir à un tel niveau d’exigence, j’en viens même à espérer son prochain film avec impatience.

Posté par Nelfe à 17:45 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,

mercredi 26 août 2009

"Inglourious basterds" de Quentin Tarantino

inglourious_basterds_afficheL'histoire: Dans la France occupée de 1940, Shosanna Dreyfus assiste à l'exécution de sa famille tombée entre les mains du colonel nazi Hans Landa. Shosanna s'échappe de justesse et s'enfuit à Paris où elle se construit une nouvelle identité en devenant exploitante d'une salle de cinéma.

Quelque part ailleurs en Europe, le lieutenant Aldo Raine forme un groupe de soldats juifs américains pour mener des actions punitives particulièrement sanglantes contre les nazis. "Les bâtards", nom sous lequel leurs ennemis vont apprendre à les connaître, se joignent à l'actrice allemande et agent secret Bridget von Hammersmark pour tenter d'éliminer les hauts dignitaires du Troisième Reich. Leurs destins vont se jouer à l'entrée du cinéma où Shosanna est décidée à mettre à exécution une vengeance très personnelle...

La critique Nelfesque: Autant vous prévenir tout de suite, il y a scission dans notre couple. D'habitude, nos critiques sont complémentaires mais là, vous lirez 2 critiques différentes.

En ce qui me concerne, je n'avais pas vu la bande annonce avant d'aller voir "Inglourious basterds". Comme tout nouveau Tarantino qui sort au cinéma, j'avais envie de le voir mais sans trop savoir où j'allai. Tarantino est pour moi un des meilleurs réalisateurs actuels (il y en a d'autres, la liste est longue), c'est donc confiante que je me rends au cinéma.

inglourious_basterds_2

Pour moi, "Inglourious basterds" est un bon film. Ce n'est pas le meilleur Tarantino, ce n'est pas le film de l'année, je ne pense même pas qu'il restera culte mais j'ai passé un bon moment sans voir passer les 2h30 de film. Ce que j'ai aimé dans ce long métrage, c'est ce que beaucoup ont détesté (la chieuse, c'est moi!): les longs dialogues frôlant le quart d'heure, dans un climat de tension extrême. Cette période de l'Histoire est encore proche de nous, nous avons des grands parents qui ont connu cette guerre et certains membres de nos familles ont été déporté. Tarantino, par ces scènes de "non-action", a sû nous retranscrire le climat de peur et la suprématie écoeurante des allemands à cette époque. Il est question de délation, de juifs cachés, d'exécutions, d'allemands auxquels il ne vaut mieux pas dire non...
Le personnage de Christophe Waltz (colonel nazi Hans Landa) est scotchant, calculateur, malsain, cruel et machiavélique. Face à lui, on ressent la peur du français cachant des juifs, de Shosanna ayant changé d'identité, de Bridget von Hammersmark (actrice et membre des services secrets) démasquée... Si je ne devais retenir qu'une seule chose du film ce serait lui.

Hormis Marcel, l'ami "nègre" de Shosanna qui pourrait jouer dans "Plus belle la vie" tant son jeu est fantastique, je trouve les jeux d'acteurs justes. Mélanie Laurent est une de mes chouchoutes et j'ai été agréablement surprise de retrouver Daniel Brühl ("Good bye, Lenin!"). Petit bémol pour Brad Pitt qui surjoue à mort et fait une moue assez désagréable à la "You talking to me" sauf que ce n'est pas De Niro ni "Taxi Driver".

Un bon divertissement donc. On s'attendait peut être à mieux venant de Tarantino mais certaines scènes, comme celle de la taverne, resteront dans les mémoires tant l'appréhension et l'humour sont étroitement mélés. Et puis voir casser du nazi, c'est assez jouissif!

inglourious_basterds_1

La critique de Mr K: 2/6. La grosse déception de l'année pour moi qui suis un grand amateur de Tarantino! Créateur de talent et "exhumateur" hors pair, je suis un authentique fan de "Jacky Brown", "Pulp fiction", "Reservoir dogs" et "Kill Bill". J'avais râté la sortie en salle de "Boulevard de la mort" que j'ai vu ensuite et qui m'avait quelque peu déçu au niveau du rythme et des fameuses tirades Tarantinesques. Ca me fait de la peine de dire que "Inglourious basterds" est une pure daube. Non que je me sois ennuyé, mais la machine tourne à vide à force de surenchères, d'effets sonores et de caméra déjà vus! Le comble pour tout fan du maître.

Le scénario tout d'abord, qui se révèle creux, incohérent, mal maîtrisé. Les personnages sont traités avec désinvolture et perdent toute crédibilité. Le personnage de Mélanie Laurent n'est finalement qu'une silhouette à peine esquissée, certes émotionnellement porteuse mais au détriment de sa profondeur... Qui a dit "commercial"? Les basterds qui donnent leur nom au titre du film sont présentés trop succintement au début du film et on les voit à peine 20 minutes en tout et pour tout en action! Exception notable dans cette galerie caricaturale, le personnage interprété par Christophe Waltz, "chasseur de juifs" et manipulateur machiavélique. Chapeau bas à l'acteur qui donne 1 point sur 6 de ma note à lui tout seul. Toujours juste et impressionant en diable (en témoignent mes hérissements de poils de cou lors de ses "interrogatoires"). Bref, le fond est bâclé et empêche toute catharsis spectateur/personnage.

inglourious_basterds

Rajoutez à celà des acteurs parfois en roue libre: Brad Pitt cabotine à mort (dommage qu'il crève pas!) et adopte un parlé doublé d'un rictus du plus mauvais effet, le personnage clé en devient ridicule ce qui peut s'avérer génant...  Le copain black de Mélanie Laurent est sorti tout droit d'une comédie "AB Production" et ridiculise lui aussi des scènes importantes (relation entre l'héroïne et son compagnon). Mais le pire du pire, c'est la musique. Je vous arrête tout de suite, je suis amateur de Morricone et possède toutes les BO des films de Tarantino. J'ai pas adhéré au concept et finalement j'ai plus souri par gêne que par plaisir. Je trouve que ça ne va pas du tout avec un film sur la seconde guerre mondiale. Le décalage entre les intentions du cinéaste et mon ressenti était trop grand. C'est une question de goût et perso pendant toute la scéance ça m'a géné. Pour terminer, j'ai remarqué à une quinzaine de reprise des passages entiers de ses anciens films, notamment "Kill Bill" et "Jackie Brown"; au niveau du cadrage, des effets sonores, de la façon de suivre une conversation et même quelques passages musicaux déjà présents sur "Kill Bill".

Bah, j'ai pas aimé. Je lui en veux. Traître à la cause! Bon, on va se rattraper début septembre avec "District 9"...