mercredi 13 février 2019

"Un Ciel radieux" de Jirô Taniguchi

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L'histoire : Mais qui croira mon histoire ? Moi-même, parfois, je me demande si tout cela est réellement arrivé...

La critique de Mr K : Je continue l'exploration de l’oeuvre de Jirô Taniguchi aujourd'hui avec Un Ciel radieux qui est ma deuxième incursion dans l'univers de ce mangaka décidément à part. Sous les conseils de ma douce, j'avais emprunté à la médiathèque il y a quelques temps déjà Quartier lointain qui m'avait littéralement subjugué par sa profondeur et la maîtrise de son récit. Je remets donc le couvert avec un titre que j'ai pris par hasard, sans consulter le moindre résumé (la quatrième de couverture est réduite au minimum comme vous avez pu le constater), histoire de partir à l'aveuglette. Comme vous allez le voir, je ne me suis pas trompé et j'ai vécu une lecture une fois de plus prenante et surtout ici très touchante.

Tout commence par un accident de la route dramatique par une nuit d'été dans une rue de la banlieue de Tokyo, entre un motard et une fourgonnette. 10 jours plus tard, le conducteur de la fourgonnette, Kazuhiro Kubota, 42 ans, meurt sans avoir repris connaissance. Au même instant, l'encéphalogramme du motard, Takuya Onodera, 17 ans, en état de mort cérébrale, montre à nouveau des signes d'activité. En une vingtaine de jours, il a repris connaissance et semble en voie de guérison totale : un vrai miracle. Mais celui qui se réveille dans le corps de Takuya, c'est Kazuhiro. Après un instant de surprise, il admet ce qui lui arrive et comprend qu'une deuxième chance lui a été donnée. Mais cette chance est temporaire : en effet, la mémoire du vrai Takuya lui revient petit à petit. Avant de rendre le corps de Takuya à son légitime propriétaire, Kazuhiro décide de transmettre coûte que coûte à sa femme et sa petite fille de 8 ans qu'il les aime et qu'il regrette de les avoir trop souvent négligées jusqu'à sa mort. Mais qui pourra croire son histoire ?

Un Ciel radieux 1

On retrouve dans cet ouvrage toute la finesse et le regard contemplatif que porte l'auteur à ses personnages. Le rythme est lent et prend le temps de suivre de près l'évolution du héros à la double personnalité. Bien que fantastique dans son postulat de base, le traitement des personnages est d'un réalisme de tous les instants. On se retrouve un peu dans une ambiance à la Haruki Murakami avec des êtres esseulés, qui réfléchissent intensément au pourquoi du comment de leur état avec un brin de folie, de fantaisie voir de fantastique ici. Au final, ce n'est pas forcément les raisons du processus qui importent mais plutôt ce qu'il va révéler sur chacun et les conséquences que cela aura sur leurs proches et eux-mêmes. Parcours intimistes atypiques, on suit avec curiosité et intensité cette expérience hors norme qui va voir les deux âmes s'opposer, se rapprocher et s'entraider. Très différents l'un de l'autre, certaines choses finalement les rapprochent et vont permettre à chacun de poursuivre sa route de son côté avec une relative sérénité.

Un Ciel radieux 3

Cette histoire nous parle donc de nous, de nos rapports complexes avec nos familles, des frustrations et tabous que l'on s'impose entre égoïsme, volonté de protéger l'autre mais aussi les sacrifices que cela induit. Chaque cellule familiale a son propre fonctionnement et ici nous en avons deux exemples bien distincts que l'auteur s'amuse à explorer en profondeur à la manière d'un chirurgien. Les non-dits sont nombreux, les rapports biaisés ont des conséquences que le héros va découvrir grâce à un nouveau regard, distancié et sans filtre. Cela donne des révélations qui prennent des proportions gigantesques et une émotion d'une force rare. L'amour est donc au centre de ce recueil mais le deuil y a aussi une grande part et Jirô Taniguchi aborde le sujet avec un talent magistral. Il retranscrit à merveille le trou béant que laisse derrière lui un être cher que l'on perd et la nécessaire guérison qui doit suivre pour pouvoir poursuivre sa vie en acceptant notamment la mort qui nous frappe, en la surmontant et finalement en prenant un nouveau départ. Pour ma part, j'ai fini liquide à la fin de ma lecture et croyez moi, il en faut pour y arriver. Touché par la grâce, la beauté mais aussi les tensions dramatiques en jeu, je me rappellerai longtemps de ce manga.

La mise en image est une fois de plus parfaite avec des traits épurés mais fourmillant de détails. Je ne suis pas forcément un gros adepte du genre à la base mais le contenu est tellement emballant et puissant que mes réticences initiales disparaissent dès les premières pages. Les 304 pages se lisent sans souci, d'une traite et l'on est submergé par une émotion prégnante et totalement insoutenable. Moi qui aime être bousculé, j'ai été servi et j'en redemande. M'est avis que je vais recroiser les pas de sieur Taniguchi d'ici quelques semaines...

Un Ciel radieux 2

La critique Nelfesque : (ou plutôt le petit grain de sel) Je viens de finir cette lecture à l'instant et sans être dans le même état de déliquescence que Mr K je dois avouer que ce "Ciel radieux" est très émouvant. Effectivement, par son côté universel, il touche profondément le lecteur. Tout le monde a connu un deuil. Tout le monde s'est dit qu'il n'avait pas tout dit à l'être aimé. Peut-être que nos disparus ont également pensé celà en nous quittant. Peut-être même nous lancent-ils des signaux de là où ils sont (chacun croit ce qu'il veut). En tout cas, je pense que bon nombre de lecteurs de ce présent manga se sont dit qu'ils auraient aimé avoir cette chance de pouvoir dire un dernier au-revoir.

J'avais découvert Taniguchi il y a quelques années avec "Quartier lointain", je suis ravie de faire cette passe de deux quelques années plus tard. Il a une vision poétique qui me parle, un côté simple et ouvert qui met du baume au coeur. J'aime cette part d'humanité que nos sociétés actuelles ont tendance à perdre, cette beauté dans toute chose, ces plaisirs simples et ces réflexions qui nous font prendre conscience que tout est éphémère et qu'il faut profiter de chaque instant au maximum. Carpe diem. On est en plein dedans ici et ça fait du bien à nos petits coeurs !

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mercredi 7 novembre 2018

"Quartier lointain" de Jirô Taniguchi - ADD-ON de Mr K

Quartier lointainJ'ai déjà lu et chroniqué ce manga le 21/03/10. Mr K vient de la terminer et de le chroniquer à son tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de son avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique de Mr K à la suite de la mienne.

Nous procédons ainsi pour les ouvrages déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lus à nouveau par l'un de nous.

Pour "Quartier lointain", ça se passe par là.

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vendredi 11 février 2011

"Icare" de Moebius et Jirô Taniguchi

icareL'histoire: Alors que de curieuses attaques terroristes kamikazes frappent la ville ici et là, naît dans un hôpital, un jeune enfant qui semble avoir la faculté de voler ! Stupéfaction du monde médical ! Et si Icare ouvrait une nouvelle ère ?! L'armée y voit un intérêt certain, les possibilités sont infinies ! Mais pour l'observer et le tester avec tout le secret que cette entreprise nécessite, les scientifiques devront lui "couper les ailes" en le confinant alors que sa nature même le pousse à découvrir de grands espaces, à être libre comme l'air...

La critique Nelfesque: Voici deux grands noms de la BD et du manga qui se retrouvent à travailler ensemble sur le même projet. Moebius que l'on ne présente plus, scénariste et dessinateur incontournable de Science fiction, et Jirô Taniguchi, papa de "Quartier lointain" entre autres.

Autant je ne suis pas fan de manga que j'ai découvert il y a peu, autant quand je vois porter sur une couverture le nom de Moebius, je saute dessus. Cela m'a permis de découvrir "Icare".

Icare, comme son pendant mythologique grec, est un jeune homme volant. Il n'est pas un ange, il n'est pas magicien, il est juste né ainsi. Le manga commence avec l'accouchement de sa mère et la surprise de l'équipe médicale de voir naître un bébé qui n'est pas soumis à la loi de la gravité. J'aurai aimé que la partie sur son enfance soit développée mais le choix japonais a été fait de sauter directement à sa vingtième année. Quel dommage et quelle matière gachée car il était en effet prévu à la base qu'il en soit autrement. Un entretien avec Moebius est présent à la fin de l'ouvrage et explique la génèse de ce projet. Dans la tête de Moebius (et même sur papier) "Icare" faisait des dizaines de milliers de planches BD! De quoi faire une saga en quinze volumes! Alors là moi je suis désolée mais je ne peux dire que: "Aaaaaaaaaaaarg c'est pas possible, mais qu'avez-vous fait!!!!???". Vraiment je suis dégoutée! Ce qui pouvait être une formidable aventure se trouve réduit à ce manga qui ne fait que survoler l'immense travail de Moebius.

Très vite donc, dans cet ouvrage, on se retrouve au côté d'un Icare de vingt ans dont on ignore tout. Le gouvernement a mis la main dessus dès sa naissance, voyant là une mine d'or scientifique lui permettant de faire face aux évènements terroristes qui s'abattent sur le pays. C'est du moins ce dont il est question sur la quatrième de couverture car dans le manga on ne voit rien sur ce monde tourmenté... On voit bien quelques "éprouvettes", hommes dont on ignore le rôle dans l'histoire, mais qui ont la capacité de se faire exploser... Mais encore une fois, on survole. Ces éprouvettes doivent tenir une dizaine de cases... Maigre explication.

Au final, je ressors assez déçue de la lecture de ce manga. Surtout en apprenant tout le travail réalisé en amont et ce qu'"Icare" aurait pu être. Cette histoire avait un fort potentiel, on s'en rend bien compte au fil des pages, mais l'intrigue est réduite à une amourette niaise. C'est bien connu, l'amour est plus fort que tout. Mouais...

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dimanche 21 mars 2010

"Quartier lointain" de Jirô Taniguchi

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L'histoire : Qui n'a jamais rêvé de retourner en enfance ? C'est exactement ce qui arrive à cet homme mûr, qui de retour d'un voyage d'affaires, fait un détour involontaire par sa ville natale. Profitant de l'occasion pour se recueillir sur la tombe de sa mère, il est alors projeté dans le passé. Il y revivra un morceau de son enfance, tout en gardant son caractère et son exprérience d'dadulte. Pour la première fois, il verra ses parents avec son regard de quelqu'un à même de les comprendre.

Père de famille de 48 ans, transporté dans la peau de l'adolescent qu'il était à 14 ans, Hiroshi poursuit la redécouverte de son passé. Questionnant sa grand-mère, ses parents, ses amis, il prend conscience de tous les détails de son enfance qui lui avait échappé. Et peu à peu, l'année scolaire avançant, il voit se rapprocher la date fatidique où son père disparaîtra, pour toujours, sans aucune explication. Hiroshi peut-il changer son passé ou est-il condamné à le revivre, impuissant ? Et retrouvera-t-il un jour sa vie d'adulte, aux côtés de sa femme et de ses filles ?

La critique Nelfesque : Je n'ai pas l'habitude de lire des mangas. Mis à part "Ghost in the shell" que je possède et les quelques "Ranma 1/2" de Mr K que j'ai lu, ma connaissance en matière de manga est très mince. Je ne suis pas spécialement attirée par les traits des dessins et les histoires culculs qui accompagnent souvent ce genre de lecture me laissent de marbre.... Toutefois, la lecture commençant par la fin n'est pas une chose qui me dérange puisque je suis gauchère et que lire "dans ce sens" me semble naturel. Pour les côtés "négatifs" que j'ai évoqué précédemment, j'ai conscience que je fais des raccourcis faciles là mais ce sont ceux empruntés par les gens, dont je fais partie, qui n'y connaissent rien à ce style de lecture !

Pourquoi me suis-je alors lancée dans la lecture de "Quartier lointain" ? L'histoire tout d'abord m'a bien plu, loin des écolières à couettes et des créatures roses kawaï, puis les critiques que j'ai pu lire à droite à gauche. Partout je n'ai vu que des éloges sur ce qui semblait être LE manga à lire et pour cause il a obtenu un prix au festival de la BD d'Angoulème en 2003. Le trouvant à la bibliothèque que je fréquente, j'aurai été bien bête de ne pas tenter...

Quartier lointain 1

Et alors, qu'est ce que ça a donné au final ? Et bien j'ai pris grand plaisir à me lancer dans cette lecture inhabituelle. J'y ai trouvé une histoire somme toute assez banale, dans le sens où ce thème a déjà été abordé maintes et maintes fois dans les romans et/ou films, mais très agréable. Le point fort de ce manga est le côté psychologique et intime de la lecture. Qui n'a jamais voulu revivre une situation de son passé, pas forcément pour changer les choses mais simplement pour comprendre ! Revivre des moments charnières, revoir des personnes aujourd'hui disparues... Je ne sais pas vous mais moi ça me plairait bien !

Le personnage principal a un peu de mal à appréhender son "nouveau passé". Passé le moment de la surprise, vient le temps du quotidien nouveau qui bien entendu différera de celui qu'il a vécu puisqu'il n'a plus le même âge mental. Cette façon de vivre les choses différemment ne va-t-elle pas changé son futur ? Arrivera-t-il à revenir dans sa vie actuelle ? Et surtout comprendra-t-il les choses essentielles qui manquaient à sa vie ?

"Quartier lointain" est un manga très sensible, entre nostalgie et douceur de vivre. J'ai passé un moment agréable avec cette oeuvre qui se lit comme du petit lait et qui me fait admettre que les mangas ne sont pas tous à ranger dans la même catégorie. Si l'occasion se représentait, je recommencerai avec plaisir !

Quartier lointain 2

La critique de Mr K (edit du 07/11/18) : Ça faisait un baille que je devais lire Quartier lointain de Jirô Taniguchi, 10 ans exactement que Nelfe l'a chroniqué pour le Capharnaüm éclairé. Le temps a passé, seules restent les pensées et un beau jour, je me rends compte que même si je n'aime pas des masses les médiathèques (j'aime posséder ce que je lis), les BD ça coûte cher et que ce serait dommage de m'en priver. D'où depuis quelques semaines mon regain d'intérêt pour le huitième art et notamment les romans graphiques. Bon j'arrête de raconter ma life et je m'en vais vous livrer mes impressions sur cet excellent manga qui m'a fait découvrir un auteur à part que je continuerai à découvrir dans les prochains mois.

Hiroshi rentrant d'une réunion de travail se retrouve par hasard dans un train l'amenant vers son passé et le quartier où il a vécu enfant. Profitant de l'occasion, il déambule sur place (c'est trop tentant) et le voilà revenu au temple où se trouvent les cendres de sa mère. Se recueillant face à sa tombe, il finit par s'évanouir. Le voilà, revenu dans sa peau de jeune homme de 14 ans quelques mois avant la mystérieuse disparition de son père. Décontenancé par la situation, il met d'abord cela sur le compte de l'alcool et des abus de la veille... mais jour après jour, il se réveille adolescent. Le temps passe le rapprochant du moment fatidique. Pourra-t-il changer le cours du destin de sa famille ? Va-t-il influencer sa propre existence ? Ces deux interrogations sont au centre de cette histoire qui va le mener sur les pas de ses aïeux et lui permettre de répondre à ses propres questionnements.

Je n'ai pas vu les 400 pages passer tant j'ai été captivé par l'histoire et séduit par les personnages qui nous sont livrés. Le postulat simple laisse entr'apercevoir des possibilités immenses, des réflexions nombreuses et l'on n'est pas déçu. À 10 000 lieux de l'image débilitante que portent les mangas comme un fardeau, on a affaire ici à une œuvre sensible, extrêmement fine en terme de caractérisation des personnages. Très cinématographique dans son approche, on vit littéralement l'expérience fascinante d'Hiroshi. Jouant sur le hors cadre et le cadrage en lui-même, on se laisse bercer par cette balade en lieu inconnu où les souvenirs ressurgissent au gré des cases et des réflexions des personnages.

Quartier lointain 3

Le parcours d'Hiroshi est quasiment initiatique, homme de 48 ans père de famille, il va redécouvrir sa famille avec son œil d'homme mûr à travers son corps d'adolescent. Le côté grisant du début (corps plus souple plus agile, cours au collège beaucoup plus faciles et amusants, facilités dans les relations sociales) vont vite céder la place à l'angoisse. En effet, il n'aura jamais su pourquoi son père a disparu en fin d'été lors de sa quatorzième année. Plus généralement, il n'en sais pas trop sur ses parents, leur rencontre et la nature profonde de leur relation. Dans le rythme langoureux et si lent que l'on connaît aux récits japonais, l'auteur tisse sa toile et livre peu à peu des secrets enfouis, des zones d’ombre que la vie a développé sans raison particulière. Comme toute famille, celle d'Hiroshi s'est construite parfois sur des non-dits et ce voyage extraordinaire livrera bon nombre de clefs qui serviront à lever le voile sur des éléments qui ont toujours tourmenté Hiroshi.

D'une lecture délicieuse, ce manga mélange allégrement l'humour, les moments de tensions intérieures et les révélations. Très nuancé dans le traitement des personnages, on se laisse porter par l'auteur qui a un réel don de la narration et une approche humaniste d'une rare intensité. La révélation finale laisse le lecteur songeur et donne matière à réflexion tant on l'attendait et qu'en même temps, le processus pour y arriver est intense et force l'empathie. Une de mes plus grandes expériences en terme de lecture de manga. À lire absolument !

Posté par Nelfe à 14:37 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
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