mercredi 7 mars 2018

"Téléchat" d'Eric Van Beuren et Laure Boyer

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Contenu : 3 octobre 1983 : un OVNI télévisé appelé Téléchat atterrissait sur Antenne 2 à la fin de la très populaire émission «Récré A2». Né de l’imagination de Roland Topor, Henri Xhonneux et Éric Van Beuren, un trio franco-belge bien déterminé à offrir un programme pour enfants résolument différent, il a autant étonné que détonné dans ce que l’on n’appelait pas encore le PAF. Propulsé à l’antenne par Jacqueline Joubert, alors directrice de l’unité jeunesse de la chaîne, ce journal de marionnettes pas comme les autres allait ensuite attirer des millions de téléspectateurs chaque soir. Prouvant ainsi que l’inventivité et l’ingéniosité sans bornes de l’équipe de Téléchat avaient su pallier avec brio les limites fixées par un budget restreint. De ce petit bijou atypique, Roland Topor aimait d’ailleurs à dire qu’il avait été fait "à la main et au beurre d’anchois"

La critique de Mr K : Chronique différente aujourd’hui avec mon retour sur un ouvrage qui m’a été offert pour mon anniversaire par mon plus vieux pote. Téléchat, c’est toute une époque, c’est ce que la télé des années 80 a produit de mieux pour les loupiots et un programme que j’ai suivi assidûment durant ma prime jeunesse avec aussi les inénarrables Fragglerocks dont on m’avait d’ailleurs offert le coffret DVD. Non non, je ne suis pas dingue... Vous voila prévenu, ça sent l’article de vieux con, bon pas si vieux que ça mais nostalgique dans l’âme !

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L’ouvrage débute par une petite préface de Philippe Vandel, texte intéressant pour se mettre en condition et qui procède à une mise en abyme de l’émission pour mieux en retirer la substantifique moelle : Téléchat c’est de la méta-télévision, un produit télé qui parle de la télé, la décortique et forge l’esprit critique des gamins. C’est bien vu et ça permet d’apprécier totalement le phénomène et les volontés affichées dès le départ par les trois créateurs du programme hollando-belgo-français. L’auteur, Eric Van Beuren en écrivant cet ouvrage va nous présenter les coulisses, au passage rendre hommage à la synergie des talents employés, et revenir sur une aventure qui l’a marqué lui ainsi que le paysage télévisuel, sans les hordes de fans dont je fais partie et qui se rappellent encore avec émotion le duo Grochat / Lola, Léguman, Brosse-dur et tous les autres personnages récurrents de cette saga hors-norme qui s’apparente au JT préféré des objets et a ravi toute une génération de téléphiles intelligents.

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Six cha(t)pitres constituent l’ossature de ce livre-souvenir très bien ficelé. On commence tout d’abord sur une trentaine de pages revenant sur la genèse du programme. C’est un focus intéressant sur l’époque tout d’abord avec l’émergence de talents différents qui souhaitent proposer quelque chose d'autre aux enfants. Ouverture d’esprit, une ambiance créatrice folle (il faut dire que dans le domaine Topor en impose !) et des rencontres vont déboucher sur des opportunités uniques. En cela, on peut dire que l’alignement des planètes a été favorable et à travers ces quelques pages, l’auteur revient sur ses discussions avec Topor, les dessins préparatoires de ce dernier, les contacts pour produire l’émission, sur la première marionnette de Groucha (qui sera reprise plus tard dans l’émission pour un autre personnage), le travail d’écriture de longue haleine et enfin la consécration avec l’achat de l’émission.

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S’ensuivent trois chapitres qui correspondent chacun à une saison de Téléchat. C’est l’occasion au fil des pages pour l’auteur de nous proposer des fiches personnages drôlatiques, des reconstitutions sous forme de roman-photo à l’ancienne de sketch cultes, de reproduire les partitions et paroles du générique de chaque saison (ayant une pianiste à la maison, on s’est bien gondolés à chanter et jouer les morceaux proposés !), d’expliquer la naissance des logos successifs, de revenir sur le calendrier et les éphémérides particuliers de l’émission (bonne fête à tous les lampadaires !). On sort parfois des studios pour le tournage en extérieur et c’était pas triste d’ailleurs ! On retrouve aussi tout plein d’autres anecdotes diverses et variées qui révèlent bien des secrets et des surprises avec notamment l’interview exclusif de Léguman, mon super héros préféré de l’époque ou encore des focus sur l’envers des décors et les techniques mises en œuvres pour l’émission. C’est foisonnant d’idées géniales et d’inventivité.

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Les dernières pages sont consacrées à l’après-Téléchat avec des projets mis en œuvre après l’arrêt de la série, d’autres avortés comme un jeu de société invendable par les grandes sociétés de distribution, des produits dérivés plus ou moins officiels (faites un tour sur le net, vous serez surpris du choix qui s’offre à vous)... Enfin, l’auteur a rajouté des bonus sympas pour les accros à l’émission comme moi : des extraits de critiques de l’époque, des lettres de fans petits et grands (et même de détracteurs !), les partoches de la chanson de Léguman (très fastoche à faire au piano si vous vous souvenez de l’air), un quizz Téléchat super-ardu (mais alors vraiment difficile !), le jeu des gluons (tout bonnement énorme !).

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Vous l’avez compris, voila un livre-hommage très réussi, très instructif et bien construit. Les fans y trouvent vraiment leur compte avec un objet ludique, très beau esthétiquement et rafraîchissant par son pouvoir de fascination et d’évocation. Un bien beau cadeau que j’ai eu là et une acquisition à faire pour vous si l’émission vous manque et que vous voulez courir après une Madeleine de Proust au charme intemporel. Je vous laisse avec un cadeau empoisonné, la fameuse chanson qui trotte dans la tête pendant des heures... Non, ne me remerciez pas !

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lundi 8 décembre 2014

"Les Enfers du Rock" de Philippe Manoeuvre, illustrations de Marie Meier

couvLe contenu: Petite visite au pays du rock avec ses liens tenus avec l'Enfer. Texte de Manoeuvre à droite, illustration de Meier à gauche, voici un petit volume qui sonne comme une invitation au voyage dans les terres de la transgression. Fucking rock-and-roll!

La critique de Mr K: Véritable institution en matière de rock en France, je n'ai jamais lu Philippe Manœuvre ailleurs que dans la revue Rock and Folk que je parcourais religieusement et régulièrement il y a déjà un certain temps. L'occasion d'acquérir le présent livre s'est présentée à moi une fois de plus au détour d'un étal discount du secteur. Rock? Enfer? Franchement, je ne pouvais passer à côté, surtout que derrière les formulations chocs dont Manœuvre a le secret, se présentait l'occasion de réviser mes bases historiques et d'admirer le travail de Marie Meier que je découvrais par la même occasion.

Les Enfers du Rock est divisé en neuf chapitres consacrés chacun à une grande figure du panthéon du rock. Dans les faits, on connaît la propension de l'auteur à la digression et il n'est pas rare qu'il déborde allègrement sur le contexte historique ou artistique de l'époque. Sans compter qu'on ne peut aucunement résumer un grand mouvement musical comme le rock à seulement neuf pointures. L'ouvrage commence par le concert au stade de France d'AC/DC et toute l'influence diabolique en terme de symboles et de paroles de ce groupe australien culte. Il revient aussi sur Richard Ramirez, un serial killer grand obsessionnel du groupe et qui terrifia les faubourgs de LA dans la première partie des eighties.

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Sonne alors la nécessité pour Philippe Manoeuvre d'un grand et bon retour au source avec notamment Robert Johnson qui au détour d'un carrefour aurait rencontré le Diable qui lui aurait appris à jouer divinement (sic) de la guitare en échange de son âme. C'est l'occasion pour l'auteur de recadrer le propos et de revenir aux racines du rock: le blues. Il enchaîne alors sur les expériences mystico-religieuses d'un certain nombre d'artistes que l'ésotérisme attirait fortement et qui fascinait aussi beaucoup les sociétés de l'époque. Ainsi la figure du grand mage Aleister Crowley (que Jimmy Page adorait à sa manière) transparaît tout au long de l'ouvrage. Étranges destins aussi que tous ces rock stars morts à 27 ans, coïncidence ou signe du destin? Le rock s'est aussi construit sur des bases rationnelles et Philippe Manoeuvre se plaît à en raconter des vertes et des pas mûres sur la vie mouvementée des rock stars.

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C'est donc au fil des chapitres, une belle exploration temporelle à laquelle nous convie cet auteur amoureux de sa matière et qui la vit littéralement au fil des pages: Elvis, Les Cramps, Buddy Holly, Screamin' Jay hawkins (un de mes préférés de l'époque, vraiment frappa-dingue dans son genre!), Jimmy Hendrix (sur lequel le livre s'appesantit beaucoup à raison). Puis vient un diptyque diabolique que j'apprécie au plus au point: les Rolling Stones et Led Zeppelin (my favorit band!). Années 70 obliges, on navigue entre génie créateur et folie pas si douce que ça par moment! Sexe, drugs and Rock and roll n'ont jamais pris autant leur sens qu'avec ceux-là. La révolution métal (tribu que j'aime beaucoup, pour ceux qui nous suivent régulièrement cela ne les surprendra pas!) est aussi évoquée avec Black Sabbath mais je trouve que de manière générale, il ne va pas assez loin dans sa réflexion préférant revenir sur ce groupe mythique sans développer leurs fils spirituels, préférant régler ses comptes avec Marilyn Manson de façon d'ailleurs assez injuste... L'ultime chapitre est consacré à l'immortel Jim Morrisson avec toute une série d'anecdotes que les fans comme moi connaissent déjà mais qui ne manqueront pas de réjouir les novices!

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Concis et très bien écrit, ce livre se lit en un temps record et on ne peut qu'être gagné par l'enthousiasme de l'auteur. Pour autant, s'il s'agit d'un excellent essai de vulgarisation, il ne satisfera pas les inconditionnels. Nulle révélation ici, plutôt un micro état des lieux des liens indissolubles entre le rock et la transgression de manière générale. Pour accompagner ces textes cependant efficaces et sincères, vous contemplerez de très belles illustrations de Marie Meïer qui a un talent certain même si j'ai trouvé son travail inégal sur le présent volume. Pas de quoi bouder son plaisir pour autant car cela convient très bien pour planter l'ambiance sombre et décadente voulue par son auteur.

Belle et sympathique lecture que cet ouvrage qui trouvera son chemin dans les bibliothèques des amoureux du rock qui plus que jamais n'est pas mort!

Posté par Nelfe à 18:39 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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