jeudi 16 juin 2016

"La Couleur des sentiments" de Kathryn Stockett

La Couleur des sentimentsL'histoire : Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s'exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu'on n'a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l'ont congédiée.
Mais Skeeter, la fille des Phelan, n'est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s'acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même laisser un mot.
Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires, poussées par une sourde envie de changer les choses malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.

La critique Nelfesque : Je connaissais "La Couleur des sentiments" de nom. Je savais qu'un film avait été adapté et qu'il avait eu de très bons échos, tout ceux qui savaient que j'avais ce roman dans ma PAL depuis 2 ans et demi poussaient des cris d'orfraie pour que je l'en sorte et j'ai fini par céder sous la pression de Mr K (qui soit dit en passant ne l'a pas lu lui-même... hum...). Au vu des nombreuses réactions sur Instagram et twitter lorsque j'ai annoncé mon début de lecture, je savais que je mettais les pieds dans le Saint des saints (j'exagère à peine !). Je sais par expérience que lorsque l'on attend beaucoup d'un roman ou que tout le monde ne cesse de le louer, la déception peut pointer le bout de son nez au détour d'une page (idéalisation, tout ça...). Qu'en est-il pour moi ? Suspense...

Non allez, je ne vais pas le faire durer 3 heures et je vous le dis tout de suite : j'ai A-DO-RE ! Oui je sais, je ne suis pas originale sur ce coup mais je ne peux pas ne pas dire du bien de ce roman et aller dans le sens du vent. Ou alors ça serait de la mauvaise foi... Et là j'ai pas envie !

Alors, pour les 2 du fonds qui n'auraient pas encore lu ce roman (comme ce fut mon cas il y a moins de 2 semaines), petit topo sur l'histoire. Nous sommes dans les années 60 aux Etats-Unis. En pleine Amérique ségrégationniste, à cette époque, on fait une distinction entre les hommes de "race blanche" et ceux de "race noire". Pire encore, on considère ces derniers comme des sous-hommes. Pour mémoire, Rosa Parks et son refus de céder sa place de bus à un blanc, c'était en 1955. Ce qui est considéré comme "normal" à l'époque nous donne sacrément la nausée aujourd'hui.

En 1962, dans le Mississipi et ailleurs aux USA, les noirs sont tolérés dans les champs pour le travail de force et à la maison pour le travail ingrat. Ici, on suit l'histoire de toute une communauté de la ville de Jackson. Ville lambda d'Etat du Sud où il est de bon ton lorsque l'on est blanche de programmer des garden party et autres réunions associatives entre desperates housewifes pendant qu'une domestique noire s'occupe de l'éducation de ses enfants, de la tenue ménagère de sa maison et de la cuisine. Mais attention, ça s'arrête là. Il est impensable entre autres que bobonne pose ses fesses sur la même lunette de toilettes que les maîtres de maison ! Alors on érige des barrières physiques et mentales entre eux (les noirs) et nous (les blancs). Il y a des entrées de service, des toilettes annexes pour se soulager dans le garage ou au fond du jardin, des règles strictes à respecter. Il est inconcevable que ses domestiques aient la moindre revendication. Une vie de famille et des priorités personnelles ? Non mais ça va pas la tête !? Une noire est là pour servir les blancs. Point. Ni plus ni moins.

C'est cette situation ubuesque et scandaleuse que Skeeter veut dénoncer. Sans vraiment savoir dans quoi elle met les pieds, jeune diplômée tout juste de retour à la maison, elle va entrer en contact avec plusieurs domestiques femmes noires et écrire de manière anonyme un essai sur les conditions de vie et de travail de ces dernières. Alors que ses amies, proches et parents trouvent tout à fait normal que les choses soient ainsi, elle perçoit une injustice et compte en alerter l'Amérique. "La Couleur des sentiments" est l'histoire de cette entreprise.

Alternant la vision de Skeeter, Aibileen et Minny (toutes deux domestiques et amies), Kathryn Stockett détricote des relations complexes faites de domination et d'humiliation mais aussi de respect et d'amour. Selon les familles dans lesquelles telle ou telle domestique travaille, les rapports sont bien différents. Les uns respectent leurs employés, leur donnent congés et rémunération à la hauteur de leur travail, d'autres les exploitent, les rabaissent, les pressent comme des citrons et font naître chez eux un sentiment de dépendance, de soumission et d'impuissance. Si Madame veut, Madame a. Il est inimaginable qu'il en soit autrement et si on ouvre trop sa bouche comme Minny, on se retrouve sans travail et sans argent. La réputation est faite, la famille peut mourir de faim et parfois même les représailles peuvent aller jusqu'à l'intimidation physique et la mort.

"La Couleur des sentiments" fait froid dans le dos et fait monter les larmes aux yeux du lecteur. Cette époque a existé, elle n'est pas si loin de nous (1962, c'était il y a 54 ans à peine) et le racisme est malheureusement toujours d'actualité. On s'émeut pour le destin de ces femmes noires qui, pleine de vie et d'amour, mettent leurs propres familles entre parenthèses pour le bien d'une famille de blancs, pour l'éducation d'enfants qui ne sont pas les leurs, sans amertume ni ressentiment dans la plupart des cas. Soumises jusqu'à ce que Skeeter allume une étincelle d'espoir avec son projet fou.

Je pourrai encore en parler pendant des heures mais vous l'avez compris, ce roman est une merveille d'humanisme et de tolérance. Que dire de plus ? Une ode au respect et à l'égalité, magnifiquement tournée et à l'écriture simple, pure et percutante. Si vous aimez les romans chorales, les personnages forts qui font à eux seuls une histoire passionnante, si vous aimez détester des personnages et en adorer d'autres, vivre des émotions contrastées et être transportés dans une époque comme si vous y étiez, je vous conseille vivement cette lecture. Vous avez peur de son épaisseur et de ses plus de 600 pages ? Vous les aurez avalé en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "ouf". Petit bémol toutefois (mais vraiment tout petit au regard de la qualité de l'ensemble de l'oeuvre), j'aurais aimé une autre fin, quelque chose de plus dramatique et moins "piou piou les petits oiseaux" qui aurait collé d'avantage à l'ambiance du roman selon moi. Mais bon, ça c'est mon côté jusqu'au-boutiste... Vous pouvez donc y aller les yeux fermés. Ne boudez pas votre plaisir !

Posté par Nelfe à 17:09 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

samedi 1 mars 2014

Pétage de plombs littéraire de début de vacances

Depuis hier soir, Mr K est en vacances. Remarquant que nous n'avions pas assez de choses à lire à la maison (hum...), il a eu la bonne idée d'aller chez Emmaüs aujourd'hui. Je suis faible, j'ai suivi... Et là, c'est le drame... pour notre PAL!

Roooo bon, ça va, c'est pas comme si c'était tout le temps!!! Je pars me cacher et je vous laisse découvrir le craquage du jour.

Côté BD:

Emmaus

- Les Passagers du vent (Tomes 1 à 5) de François Bourgeon, auteur hautement apprécié de Mr depuis sa lecture de "Les Compagnons du crépuscule". Depuis le temps que cette série lui faisait de l'oeil, il n'allait pas s'en priver vu le prix affiché.
- Monsieur Jean - Les Nuits les plus blanches de Dupuy et Berberian. Un Monsieur Jean ne se refuse pas pour Mr K!
- Légende et réalité de Casque d'or d'Annie Goetzinger. Une dessinatrice déjà dans la bdthèque et très apprécié ici.
- Je m'appelle Jean Cyriaque de Jean-Pierre Dionnet et Jean Solé. Une BD bien barrée datant d'une époque dorée.

Acquisitions Nelfesques:

Emmaus1

- "Bernard" de David Foenkinos parce que j'ai été intrigué par ce roman/nouvelle qui reprend les personnages et la trame de "La Tête de l'emploi" que j'ai lu il y a peu tout en ayant l'air différent. Etrange!
- "La Couleur des sentiments" de Kathryn Stockett que Mr K m'a déniché et que nous voulions lire tous les 2. Future chronique à 4 mains!
- "L'Abandon" de Peter Rock. Là encore, future chronique à 4 mains. Ca m'a l'air bien malsain et éprouvant comme roman...
- "Itinéraire d'un salaud ordinaire" de Didier Daeninckx. Premier Daeninckx pour moi et ici il est question de la seconde guerre mondiale. Je n'ai pas pu résister.
- "Les Vacances d'un sérial killer" de Nadine Monfils. Aaaaah! Depuis le temps que je veux le lire!
- "Le Petit monde du Golem" de Joann Sfar. Parce que j'adore cet homme autant en auteur de BD qu'en roman ou en réalisateur.

Acquisitions de Mr K:

Emmaus3

- "Une Dernière chance pour Rebus" et "Du fond des ténèbres" de Ian Rankin. C'est toujours un plaisir de suivre les enquêtes de Rebus l'écossais. Ces deux là me tendaient leurs petites menottes.
- "L'Armée furieuse" de Fred Vargas. Enfin en poche et d'occas'! Trop la classe!
- "Un Blues de coyote" de Christopher Moore. L'occasion m'est enfin donné de lire un autre ouvrage de l'auteur du cultissime "L'Agneau".
- "Le Premier cavalier de l'Apocalypse" de John Case. Epidémie virale, complot, sciences, sectes, prophétie, Apocalypse... Il ne m'en fallait pas plus pour acquérir ce volume.

Emmaus2

- "Les Conseils de Tonton DSK" de Plantu parce qu'un Plantu, ça ne se refuse pas!
- "Le Complot contre l'Amérique" de Philip Roth. Cet auteur m'avait ému aux larmes avec "Un Homme", gageons qu'il me fasse frissonner avec cette uchronie bien sombre.

Emmaus4

- "Les Déferlantes" de Claudie Gallay. Sujet du DNB 2013, auréolé du Grand Prix des Lectrices Elle, de multiples critiques positives m'ont encouragé à tenter l'aventure.
- "Concerto à la mémoire d'un ange" d'Eric-Emmanuel Schmitt. Un ouvrage de l'auteur que je n'avais pas encore lu et comme on l'adore au Capharnaüm, pas question de ne pas lui ouvrir notre bibliothèque.
- "Le Magasin des Suicides" de Jean Teulé. Parce que je ne l'ai toujours pas lu et c'est une honte quand on sait que j'adore Teulé!
- "La Mort du roi Tsongor" et "La Porte des Enfers" de Laurent Gaudé. Car l'écriture de Gaudé, c'est comme le chocolat, ça fond dans la bouche et c'est un bonheur renouvelé à chaque lecture.
- "Baise moi" de Virginie Despentes. Pour le relire, le réapprécier et puis comme tous nos lecteurs fidèles le savent, je suis profondément amoureux de la dame et de son style.
- "J'irai cracher sur vos tombes" de Boris Vian. Depuis des années, on m'en a parlé, je l'ai cherché, je l'ai enfin trouvé! Je vais bientôt avoir mon avis fixé.
- "La Joueuse de go" de Shan Sa. J'aime les jeux, j'aime l'Histoire, à priori ce roman devrait me plaire surtout qu'il a bonne presse.
- "Les Charmes discrets de la vie conjugale" de Douglas Kennedy. Une histoire de passé qui ressurgit, entre les mains de Douglas Kennedy, ça promet de faire des étincelles.

Conclusion: Mr K a explosé sa PAL qui était déjà fort bien remplie. Quant à la mienne, son sort n'est pas enviable.
Bon ben je crois que vous avez là les principales occupations de nos prochains mois!!!
Et encore... On s'est retenu...