jeudi 30 juin 2016

Puces de Doëlan (29)

En pleine saison des vide-greniers et autres brocantes, dimanche dernier nous sommes allés à celui organisé dans notre commune. Cadre très sympa, en bord de Scorff, c'est toujours un plaisir d'aller fouiner par là-bas chaque année. Oui mais voilà, cette fois-ci, c'est le drame ! Mr K tombe sur une galette-saucisse immangeable ! Galette cartonneuse et cassante et saucisse à peine cuite. Pour Mr K, on touche là à quelque chose de sacré (alléluia) et ce problème de cuisson est vu comme un blasphème (amen) ! Vite, il faut trouver une solution, détourner son attention ! Viiiiite !

Le matin même, j'avais remarqué que se tenaient le même jour les Puces de Doëlan. Il est à peine midi passé, Doëlan est à quelques kilomètres et j'adore ce petit port été comme hiver. Hop, tout le monde dans la voiture, c'est parti pour la découverte de cet événement. Je m'attends à une sortie des plus agréables et c'est une excellente idée pour changer les idées de mon glouton de mari... Qui sait, en plus, il y aura peut-être un autre stand de crêpes là-bas (héhé)...

Puces Doëlan 4

Le soleil est là (je suis même revenue rouge écrevisse sur une épaule, je suis maintenant bi-goût, youpi !), le cadre est parfait. On fouille dans les bacs, on découvre avec plaisir les stands de particuliers et de professionnels. Un savant mélange bien dosé.

Puces Doëlan 6

Benoîte Groult étant décédée il y a quelques jours, cette promenade à Doëlan a une saveur particulière. Nous sommes triste à la vue de sa maison, on y pensera forcément à chaque passage sur ce port...

Puces Doëlan 5

Nous nous sommes concentrés sur les bouquins, Mr K étant à la recherche de certains classiques, il a fait de belles trouvailles. De mon côté, je ne me suis contentée du paysage. Je n'ai pas craqué et je vous laisserai découvrir les acquisitions de Mr K dans la seconde partie de cet article. Pour l'heure, je vous offre quelques vues supplémentaires du cadre dans lequel nous avons évolué dimanche dernier (avouez que nous sommes à plaindre !) et je laisse maintenant la parole à Mr K qui va vous présenter ses trouvailles.

Puces Doëlan 2

Puces Doëlan 3

Puces Doëlan 7

Puces Doëlan 1

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A défaut de trouver une galette-saucisse digne de ce nom, le hasard a mis sur mon chemin un certain nombre d'ouvrages à des prix vraiment modiques (0.5€ la pièce en général). Comme dans le domaine des acquisitions livresques, je n'ai aucune volonté... Voici le résultat !

Acquisitions ensemble

Neuf ouvrages de plus dans la PAL ! Quelques classiques pas encore lus, des auteurs plus contemporains que j'affectionne et un saut dans l'inconnu ! En bonus, Nelfe et moi avons même mis la main sur un jeu de société pour deux autour du Seigneur des anneaux. Beau butin pour un début d'après-midi enchanteur entre site magnifique et brocante à ciel ouvert. Suivez le guide des acquisitions du week-end dernier !

Acquisitions

- L'Arbre de santal de Tarjei Vesaas. Un Actes sud de plus à mon actif avec cette histoire d'une famille partant sur les routes pour fuir une mystérieuse menace. S'apparentant à un récit initiatique (tout ce que j'aime !), je vais découvrir un nouvel auteur qui nous convie à priori à un voyage de l'autre côté des choses, de l'autre côté de la nuit... Tout un programme !

- Le Procès de Kafka. En lisant l'excellent ouvrage que lui consacre Xavier Mauméjean, j'avais très envie de relire du Kafka. Le Procès est sans doute son oeuvre la plus connue, je l'ai lu à 16 ans et j'avais adoré. Le temps a passé, l'heure est venue pour moi de le relire et de confronter cette lecture avec mon vécu et mon expérience. En plus, le héros porte le même patronyme que moi ! L'occasion fait le larron.

Acquisitions 4

- L'Adieu aux armes d'Ernest Hemingway. Un des livres préférés des français selon divers classement, bizarrement j'étais passé au travers depuis tout ce temps ! Et pourtant, j'aime Hemingway et son écriture d'une densité incroyable, son universalisme et son humanisme sans fard. J'ai bien hâte de m'y remettre avec ce récit se déroulant durant la Première Guerre mondiale mêlant histoire d'amour et réflexion sur la barbarie.

- En un combat douteux... de John Steinbeck. Pour ceux qui nous suivent, vous connaissez mon profond attachement à ce géant de la littérature. Steinbeck a un don incroyable, celui de conjuguer universalité de ses récits et personnages au charisme fort. Il est ici question d'une grève pendant la grande dépression, Steinbeck s'attachant à suivre les pas de deux ouvriers syndiqués. Toujours d'actualité, ce titre a lui aussi bonne presse dans l'oeuvre du maître. Encore une lecture prometteuse en vue !

Acquisitions 2

- Les Quarante cinq d'Alexandre Dumas. Encore un auteur que j'aime et qui s'offre à moi au détour d'un stand. J'avais bien envie de me remettre au roman historique, c'est l'occasion rêvée avec ce double volume se situant après l'action se déroulant dans La Reine Margot sous le règne d'Henri III. Gageons qu'aventures, conspirations et grands moments historiques se succèdent pour mon plus grand plaisir !

Acquisitions 3

- Eldorado de Laurent Gaudé. Voila un livre de cet auteur qui m'avait jusque là échappé. Le tort est désormais réparé ! Le thème est d'actualité avec un roman traitant des émigrants risquant leur vie sur des bateaux de fortune en mer Méditerranée. On nous promet un voyage initiatique, du sacrifice, de la vengeance et de la rédemption. Tout pour plaire, non ?

- Magnus de Sylvie Germain. Dans ma chronique de À la table des hommes, je concluais en disant que cette auteure méritait une deuxième chance tant j'avais été partagé entre deux sentiments contradictoires vis-à-vis de son dernier roman en date. Le destin a tranché, ce sera Magnus qui me permettra de me faire un avis plus sûr sur Sylvie Germain. Prix Goncourt des lycéens en 2005, ce livre raconte la recherche de son passé par un homme amputé de ses souvenirs. Là encore, le résumé est alléchant, il ne reste plus qu'à tenter l'aventure !

- La Vie d'une autre de Frédérique Deghelt. J'avais adoré L'Oeil du prince lors de sa sortie et il me tardait de retomber sur une auteur qui m'avait séduit par sa science de la narration alambiquée et son écriture immersive au possible. Ici, on change de registre avec une femme qui se réveille un beau matin avec un mari et trois enfants ! 12 ans de sa vie se sont envolés depuis un soir de fête bien arrosé en compagnie d'un bel inconnu... Si ça, ce n'est pas un pitch séduisant, je ne m'y connais pas ! D'ailleurs ce sera ma prochaine lecture ! Verdict dans quelques semaines sur le blog... Pas mal de chroniques en attente au moment où j'écris.

Acquisitions 1

- Le Matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier. Voici le fameux saut dans l'inconnu dont je vous parlais plus haut. Essai venu d'ailleurs qui a fait grand bruit lors de sa sortie, il est question d'ésotérisme, d'alchimie, de sociétés secrètes, d'irrationnel. L'ombre de Fox Mulder plane au dessus de ce titre bien épais et à la réputation sulfureuse. Wait and see !

Acquisition jeu

Enfin, voici le fameux jeu de société se déroulant dans l'univers de Tolkien. Nous avons hâte de l'essayer avec Nelfe étant des inconditionnels des Colons de Catane et autres jeux du même type. Chacun ici jouera un des deux hobbits principaux (Frodon et Sam en l'occurence, désolé Pipin et Merry on vous aime aussi !) pour aller détruire l'anneau unique en triomphant de différents obstacles. Cela promet des heures de jeu endiablées ! Sauron n'a qu'à bien se tenir !

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Et voilà pour cette fois ! Quitte à me transformer en mamie qui ne parle que de la météo, je dois dire que je ne suis pas mécontente d'avoir une PAL fournie et un nouveau jeu à tester dans les prochains jours... En attendant de pouvoir aller à la plage avec les bouquins et les jeux ! Héhé !


vendredi 17 juin 2016

"Tendre jeudi" de John Steinbeck

tendrejeudijohnsteinbeck

L'histoire : Doc ne sait pas ce qu'il veut, Suzy fait un complexe d'infériorité. Au cours d'une semaine mouvementée, leurs amis essaieront de les réunir.

La critique de Mr K : Steinbeck fait partie des sacro-saints auteurs US que j'adore et auxquels je voue un culte sans borne : langue simple mais évocatrice à souhait, récits humanistes et une littérature des émotions humaines à nulle autre pareille. Vous imaginez ma joie quand je tombai sur le présent ouvrage lors d'un chinage de plus. Tendre jeudi est la suite de Rue des sardines que je n'ai pas lu, heureusement nul besoin de cela pour apprécier à sa juste valeur ce roman légèrement différent de ce que j'ai pu lire de lui. Il est plus léger, plus tendre et aussi plus humoristique. On est bien loin de la mélancolique noirceur de La Perle ou de Des souris et des hommes. Embarquez avec moi !

Tendre jeudi est une chronique post Seconde Guerre mondiale d'un petit quartier et de ses habitants. La plupart sont des marginaux au regard de la société US de l'époque et ils se débattent avec leurs existences, cherchant des graines de bonheur à planter au quotidien. Doc, un érudit épris des créatures marines a depuis peu fait une croix sur l'Amour et se plonge à cœur perdu dans la rédaction d'une thèse sur les céphalopodes. Cela inquiète ses amis qui veulent lui rendre tous les bienfaits dont il n'est pas avare : toujours présent en cas de besoin, il dispense ses conseils régulièrement à ses concitoyens et parfois les aide financièrement. Ceux ci vont alors tout faire pour le rendre à nouveau heureux. Ça tombe bien, une nouvelle tête vient d'arriver en ville ! C'est la jolie et franche Suzie qui de suite a réussi à capter l'attention du scientifique lors d'un anodin échange de regards. Commence alors un jeu de chat et de la souris entre ces deux âmes esseulées. Le destin leur sera-t-il favorable, aidé par les amis de Doc ?

Ce livre comme chacun des œuvres du maître est un bijou de concision dans la caractérisation des personnages du roman. On s'attache très vite à eux, chacun présentant des aspérités, des fêlures touchantes. Loin de s'y cantonner, l'auteur explore les mécanismes du fonctionnement de cette communauté qui vit quasiment en vase clos. Tout se sait très vite rue de la Sardine mais il se dégage une bienveillance générale et un attachement à l'autre omniprésents entre pudeur de l'époque et nécessité de maintenir cohésion et entre-aide dans une période de renouveau après des années marquées par la guerre et les sacrifices qu'elle a nécessité. Le tableau mental de ce microcosme est remarquablement rendu et donne à l'ensemble une profondeur incroyable.

Bien que nombreux, les personnages intriguent, inter-agissent et font écho à ce que l'humain peut avoir de meilleur. Doc et Suzy forment un duo original et apportent un éclairage neuf sur la séduction entre homme et femme, non-dits et quiproquo balançant le lecteur entre incertitudes et espoirs les plus fous. Il devient lui-même un membre de la communauté et souhaite au plus profond de lui-même une conclusion romantique à leurs destins contrariés. Le lecteur ne peut qu'encourager l'ancien mafieux devenu épicier, le chef de bande et ami de Doc Mack, la tenancière de la maison close et tous les autres à réussir leur entreprise tant la force et la solidarité émane avec opiniâtreté de ces pages malgré les oppositions et les désagréments qui peuplent une vie humaine. Chacun a sa place, sa propre histoire, le tout se conjugue pour donner un récit immersif où amour, amitié et épanouissement de soi ont la part belle.

Grâce à son style imparable, on ne peut qu'être séduit dès les premières pages de Tendre jeudi. On retrouve cette écriture si particulière à la fois accessible mais tellement précise et dense dans ce qu'elle sous-entend. Cette économie de mot ne se fait jamais au détriment de l'humain et du récit, et surtout au profit d'un plaisir de lecture immédiat et total. C'est le cœur gros que l'on quitte ce roman tant on aurait voulu en lire plus (seulement 250 pages, snif !) mais aussi avec l'impression d'avoir lu un grand livre qui l'a touché au plus profond. Vous savez ce qu'il vous reste à faire, John Steinbeck a encore frappé !

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vendredi 29 août 2014

"La Perle" de John Steinbeck

la perle

L'histoire: "Jouant de sa lame comme d'un levier, il le fit céder et le coquillage s'ouvrit. Les lèvres de sa chair se crispèrent puis se détendirent. Kino souleva les replis et la perle était là, la grosse perle, parfaite comme une lune. Elle accrochait la lumière, la purifiait et la renvoyait dans une incandescence argentée. Elle était aussi grosse qu'un oeuf de mouette. C'était la plus grosse perle du monde."

La critique de Mr K: Compte rendu d'un exorcisme littéraire aujourd'hui, avec ma chronique de La Perle de John Steinbeck. J'avais évoqué, lors de ma critique de Des souris et des hommes du même auteur, ma mauvaise première rencontre avec Steinbeck au collège quand une prof de français ennuyeuse à souhait nous avait imposé la lecture de La perle. Ayant été depuis réconcilié avec cet auteur, je ne pouvais pas ne pas tenter de relire ce roman! Grand bien m'en a pris tant il s'apparente à un récit incontournable dans le genre du roman noir.

L'action se déroule en basse Californie au Mexique, Kino un pêcheur très pauvre y vit avec sa femme Juana et leur bébé Coyotito. Ils se contentent de peu et vivent heureux malgré leur précarité. Un jour, Kino va faire une pêche miraculeuse et remonter à la surface une fabuleuse perle. Il entrevoit alors la possibilité de se hisser en dehors de sa condition et de proposer un avenir meilleur à sa famille. Cependant une ombre plane autour de ce bienfait inattendu, quel est le prix à payer pour avoir découvert cette merveille? Kino et Juana vont le découvrir après une lente descente aux Enfers...

Ce roman est une pure petite merveille qui se lit sans discontinuer et avec un plaisir renouvelé à chaque page. Elle est bien loin l'époque où j'avais tant peiné pour en venir à bout! Langue subtile entre toute, Steinbeck sublime par sa concision et sa poésie à fleur de peau le moindre paysage décrit (l'océan infini et majestueux, la rudesse du désert et des montagnes du nord du Mexique...), le moindre sentiment évoqué (la montée en pression de Kino au fil du déroulé est impressionnante). La claque est d'autant plus énorme que la tension ne fait que monter et l'on sent bien qu'un fatum funeste plane au dessus de la petite famille. Et pourtant... On continue quand même la lecture et la fin ne déçoit pas même si elle fait mal à l'estomac.

La perle est un remarquable miroir de l'âme humaine. À travers une histoire qui pourrait sembler anodine, l'auteur nous décrit les joies et les peines des héros mais aussi la convoitise qu'ils attisent par leur fortune d'un jour. La foule, les voisins, les gens de la ville, autant de groupes humains très bien animés par un auteur virtuose dans sa description des rapports humains. Rajoutez là-dessus un soupçon de discours anti-colonialiste parsemé de ci de là (passage sur les mœurs de la ville, les racines de Kino, les acheteurs de perles qui s'apparentent à une véritable mafia organisée...) et vous obtenez un petit livre de 164 pages à la densité impressionnante en terme de thématiques abordées et d'émotions mêlées.

Tiré d'un conte populaire mexicain La Perle insiste notamment sur l'impact que peut avoir la fortune et la richesse sur l'être humain. Steinbeck nous dépeint dès le début la misère de Kino et de ses confrères pêcheurs. Ils sont pauvres mais vivent en bonne harmonie. Quand le fruit défendu fait son apparition, cela dynamite tout ce qui a été installé jusque là, transformant même Kino en bête fauve quand il sent qu'on en veut à sa perle (il y a un petit côté "Mon précieux" assez savoureux, mais ici on baigne dans le drame). Le rêve a disparu laissant place à l'angoisse et à la peur. La maxime "L'argent ne fait pas le bonheur" prend tout son sens ici.

Une excellente lecture à mon actif encore une fois, un classique que j'ai pu apprécier enfin à sa juste valeur. Une écriture simple, une tension impressionnante et un message universel qui n'a pas vieilli. Une perle!

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dimanche 15 juin 2014

"Des souris et des hommes" de John Steinbeck

des-souris-et-des-hommesL'histoire: Lennie serra les doigts, se cramponna aux cheveux.
- Lâche-moi, cria-t-elle. Mais lâche-moi donc.
Lennie était affolé. Son visage se contractait. Elle se mit à hurler et, de l'autre main, il lui couvrit la bouche et le nez.
- Non, j'vous en prie, supplia-t-il. Oh, j'vous en prie, ne faites pas ça. George se fâcherait. Elle se débattait vigoureusement sous ses mains...
- Oh, je vous en prie, ne faites pas ça, supplia-t-il. George va dire que j'ai encore fait quelque chose de mal. Il m'laissera pas soigner les lapins.

La critique de Mr K: Jusqu'à maintenant je n'avais lu qu'un seul roman de Steinbeck et je n'en avais pas gardé un souvenir formidable. Il faut dire que les conditions n'étaient pas des plus engageantes, il s'agissait de La Perle et c'était la lecture d'une œuvre intégrale imposée par une professeur de français rébarbatives (pour rester poli). J'étais très jeune aussi (sans doute trop pour percevoir toute la finesse de cet écrivain) et après la grosse claque que j'ai reçu en lisant Des souris et des hommes, je pense que j'y reviendrai. C'est bien simple, je n'ai pu reposer le livre et je l'ai lu d'une traite, littéralement happé par cette histoire apparemment simple mais au message vivace et universel.

George et Lennie sont deux manouvriers itinérants proposant leurs bras en échange d'une maigre paie, du gîte et du couvert. Un lien puissant d'amitié semble les unir malgré leurs différences. Autant George est petit et malin autant Lennie est un colosse simplet incapable de subvenir à ses besoins. Ils ont un rêve commun: acheter un lopin de terre et se consacrer à l'agriculture et l'élevage. Pour cela, il leur faut mettre de l'argent de côté mais ils ont du partir précipitamment de leur ancien lieu de travail car Lennie a une fois de plus fauté. Le roman débute lorsqu'ils arrivent en vue du ranch qui va leur fournir leur futur travail.

D'emblée, on est pris à la gorge par l'atmosphère étouffante de ce livre. L'amitié forte qui unit les deux personnages principaux est touchante mais on sent bien qu'on est en bout de course, que George a de plus en plus de mal à canaliser son ogre d'ami. Ce dernier est d'une gentillesse extrême mais ses pertes de mémoires à répétition, son aliénation mentale le rendent borderline et incontrôlable. Surtout quand il se retrouve en présence de tierces personnes. Tant qu'il est seul avec George, tout se passe bien, ce dernier arrive à le juguler et les choses rentrent dans l'ordre très vite. Il va en être tout autrement au sein de la micro-société du ranch où les deux compères vont côtoyer d'autres personnes et Lennie s'en remet entièrement à George qui porte ce poids comme il peut. La vie étant ce qu'elle est, ils vont rencontrer des gens peu recommandables, d'autres plus amicaux mais au contact desquels les règles changent et Lennie ne peut s'adapter. Dès lors, la machine infernale est en marche et un fatum insidieux s'installe jusqu'à la terrible fin qui semble inéluctable.

L'écriture de Steinbeck est d'une simplicité désarmante. Peu de mots et phrases lui suffisent pour planter un décor, caractériser ses personnages qui prennent une dimension universelle. L'action se situe dans les États-Unis de la Grande Dépression mais on pourrait transposer cette histoire quasiment n'importe où, n'importe quand. En plus de la relation de George et Lennie qui est relatée avec finesse et tendresse, j'ai aimé tous les personnages secondaires qui apportent leur pierre à ce bel édifice littéraire: Slim le roulier à la bienveillance éclairante et à la sagacité acérée, le vieux Candy qui végète dans l'exploitation, apporte son aide sur de menus travaux et représente l'ancienne génération qu'on a laissé de côté (le passage avec son vieux chien qu'on doit abattre est insoutenable), Crooks autre ouvrier agricole remisé dans une pièce à part parce qu'il est noir, Curley mari jaloux pathologique dont la femme semble allumer tous les hommes de fermes du voisinage et qui va être au centre du dénouement final. Autant de personnages secondaires qui densifient un récit assez simple mais dont la complexité psychologique se développe sous nos yeux et fait monter la pression comme rarement. On a rarement aussi bien écrit sur la condition et la nature humaine mais surtout sur l'amitié. On n'est pas loin des larmes quand on referme cet ouvrage.

Une fois de plus, voilà un livre qui nous fournit des émotions très fortes voir rares. On est tour à tour attendri, inquiet, horrifié. Franchement, Steinbeck n'a pas son pareil pour procurer des sensations puissantes et réflectives. On côtoie la Grâce aux détours des pages et on peut pratiquement parler de perfection littéraire devant le dépouillement et la sobriété de l'histoire ici racontée et sa portée humaniste. Un grand et beau livre qu'il faut absolument avoir lu!

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