samedi 26 septembre 2015

Acquisitions automnales de Mr K

Il a bien fallu que ça arrive... J'avais pourtant réussi à rester sage quelques mois, ma PAL avait bien diminué et j'étais dans la bonne dynamique pour la réduire de manière conséquente. Interdit d'Emaüs depuis maintenant presque 4 mois, je résistais tant bien que mal à la tentation. Et puis ce matin, après une nuit difficile suite à une angine persistante dûe à mon troupeau de gamins renaclants (merci les gars!), Nelfe la perfide m'a proposé de son air candide qui lui sied si bien d'aller faire un tour chez l'abbé. Mon esprit affaibli n'a pu résister à ce chant des sirènes et c'est le coeur emballé que nous montions en voiture, direction ce lieu de perdition qui régulièrement fait le bonheur de nos PAL respectives.

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Vous voyez le résultat?! Et encore, il ne s'agit ici que de mes acquisitions décrochées pour la modique somme de 32 euros. Celles de Nelfe suivront dans un post à venir car elle aussi a craqué largement cette fois-ci. Mais ceci est une autre histoire, en attendant (et avec l'aide de Tesfa!), je vais vous présenter mes nouveaux bébés dont vous découvrirez les chroniques dans les jours, mois et années à venir. Ca commence à se bousculer sérieusement au portillon là!

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Une fois n'est pas coutume, mes acquisitions SF ne sont pas très nombreuses mais la qualité est au rendez-vous et riche de promesses en devenir!

- L'île des morts de Roger Zelazny. Voila un livre que j'ai croisé nombre de fois dans des bacs d'occaz divers et variés et à travers toute la France. Précédé d'une réputation flatteuse, c'est l'occasion pour moi de plonger dans une histoire bien perchée et de découvrir un auteur reconnu dans le milieu.

- Cité de la mort lente de Daniel Walther. Ici une dystopie des plus sombres est au menu dans cette nouvelle faisant partie d'une collection que j'ai découvert à travers un ouvrage de Xavier Mauméjean (un de mes chouchous!) qui m'avait bien plu. Réfléchir au présent à travers des récits d'anticipation bien sentis et courts, telle est la mission que ce sont données les éditions du Rocher avec cette collection Novella SF. Nous verrons ce que cela donne avec cet ouvrage!

- L'Homme qui a perdu la mer de Théodore Sturgeon. Véritable trouvaille que ce roman de cet auteur au talent incroyable dont le poétique et prophétique Cristal qui songe m'a marqué au fer rouge lors de sa lecture. J'ai bien hâte de le retrouver dans cette étrange histoire de jeune garçon jouant près du rivage rencontrant un homme venu d'aillleurs... 

- Gandahar de Jean-Pierre Andrevon. Un auteur que j'aime pour un dessin animé que j'ai regardé bien des fois et qui lui aussi m'a construit et ouvert l'esprit. Je suis bien curieux de découvrir le récit originel, j'espère y retrouver l'humanisme et l'onirisme du long métrage de René Laloux.

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Par contre, cette fois-ci, je me suis plus lâché sur la littérature plus contemporaine et classique. Il faut dire que la Providence était avec moi, abbé oblige...

Les Années cerises de Claudie Gallay. La lecture des Déferlantes au printemps m'avait ravi, c'est donc avec une joie non dissimulée que je mettais la main sur ce petit roman faisant la part belle à la mélancolie sous forme de chronique familiale. Il fera partie de mes toutes prochaines lectures! Avant de rejoindre la PAL de Nelfe (copieuse!)...

Après le tremblement de terre et Le Passage de la nuit d'Haruki Murakami. A chaque fois que je vais chez l'abbé, il me propose toujours de nouveaux livres d'Haruki Murakami que je n'ai toujours pas lu. Peu importe la trame, le genre, je suis preneur! Jamais déçu par le maître orfèvre de l'écriture, il explore ici les traumatismes post-séïsme et la vie de deux soeurs. Bien hâte d'y être là encore!

Le Zéro et l'infini d'Arthur Koestler. Un livre culte que je n'ai toujours pas lu, honte à moi! L'occasion était trop belle d'explorer les rouages du totalitarisme à travers ce procès fictif inspiré des fameux procès de Moscou sous Staline. Je m'attends à une grande claque!

Le Cas de Sneijder de Jean-Paul Dubois. Voici un autre auteur auquel je ne sais pas dire non. Il a toujours été synonyme de plaisir littéraire quelque soit le genre qu'il aborde. Il est question dans ce roman de deuil et de la manière d'essayer de le surmonter. Pas la grand joie donc mais la promesse d'une oeuvre intimiste et touchante. 

- Les Autres d'Alice Ferney. Un pitch assez fou avec ce roman qui nous conte une soirée d'anniversaire peu commune où un jeune homme se voit offrir un jeu de société qui va semer la zizanie. Décalé, étrange sont les qualificatifs qui me sont venus à l'esprit lors de ma lecture de la quatrième de couverture. Inutile de vous dire qu'il me presse de tirer cela au clair!

- Les Agneaux du seigneur de Yasmina Khadra. Là encore un auteur phare dans ma bibliothèque que je respecte énormément par son engagement et ses talents d'écrivain. Ce roman nous plonge dans une Algérie partagée entre modernité et tradition. On peut compter sur l'auteur pour nous éprouver une fois de plus à la lueur des fanatismes sommeillant en chacun de nous. Grosse expérience littéraire à venir certainement! 

- Dans la nuit Mozambique de Laurent Gaudé. Recueil réunissant quatre nouvelles qui explorent la culpabilité, la violence et les souvenirs; en arrière plan, une ombre, une idée: l'Afrique. Tout un programme! Et quand on a Gaudé en maître d'orchestre, ce serait un crime de passer à côté!

- L'Écoulement de la Baliverna de Dino Buzzati. Un auteur que j'affectionne beaucoup depuis mon ébahissement devant Le Désert des Tartares, lu pendant mon adolescence. Il s'agit ici d'un recueil de contes pour adultes qui procure plaisir et angoisse selon certains. Tout pour plaire donc et une lecture à venir bien tentante! 

- Des Amis de Baek Nam-Ryong. Petite immersion en Corée du nord avec cet ouvrage sur lequel souffle le vent de l'interdit et de la censure. Cette enquête autour de la vie d'un couple bizarrement assorti (une cantatrice et un ouvrier) est surtout prétexte à la découverte d'un pays fermé et très secret. Il s'agit ici d'un achat "coup de poker", nous verrons bien si c'est une réussite ou non.

- Une ordure d'Irvine Welsh. J'aime les histoires mettant en scène des antihéros particulièrement retors. Je crois que je vais être servi avec ce brigadier écossais amateur de cul et de stupéfiant. Je ne pense pas que je serai déçu par l'auteur notamment du cultissime Trainspotting.

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Aaaah! Enfin! Tesfa vient à la rescousse! Mais bon, je ne sais pas vraiment si elle va être d'un grand secours... Voici mes acquisitions dans le domaine policier au sens large.

- Revanche de Dan Simmons. À priori le copain de Tesfa et, même si je préfère Simmons en auteur de SF, son style efficace et bien hardboil a toujours été source de plaisir de lecteur. Nous verrons si cette histoire de vengeance et de destruction massive (la quatrième de couverture est très éloquante sur le sujet!) remplira son office.

- Vomito Negro de Jean-Gérard Imbar. Extrême droite et vendetta semblent être au programme de cet ouvrage bien noir. Perso, je ne loupe pas une occasion de taper sur du facho en matière littéraire. Un bon plaisir en perspective!

- L'Ange et le réservoir de liquide de frein d'Alix de Saint-André. Anges et serial-killer se croisent dans une trame bien hallucinée où meurtre et religion semblent faire bon ménage. Belle promesse de lecture en tout cas! Noir c'est noir...

- Causes mortelles de Ian Rankin. Un des seuls Rebus qu'il me manquait à ma collection et le voila à portée de main! Impossible de résister là encore à ce Rankin! Il est ici question de règlements de comptes dans les milieux nationalistes avec en toile de fond un festival théâtral dans cette bonne vieille Edimbourg. Hâte hâte, hâte!

- La Baleine scandaleuse de John Trinian. Un tueur en cavale, une baleine échouée, un flic à cheval... c'est tout ce que je sais de cet ouvrage qui semble promettre une trame bien noire et sans fioriture. Là encore, c'est le hasard qui a décidé et qui procurera plaisir ou déception. Wait and see!

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Pour finir, ma sélection étiquetée fantastique / terreur avec quatre ouvrages qui m'ont aimantés et me procureront (je l'espère) frissons et angoisses quand la nuit tombera! 

Carmilla de Sheridan Le Fanu. Pionnier du roman de mystère anglais, contemporain de Bram Stocker, Le Fanu nous conte dans ce court roman une histoire d'amour entre passion et interdit. Étant fan du genre, je ne pouvais décemment passer à côté!

Ossements de Sheri S. Tepper. Un petit plaisir coupable que ce roman d'épouvante où il est question de maison possédée et d'une mère célibataire qui va devoir sauver sa petite famille. Rien de bien original mais à priori c'est gore et il y a une pièce cachée dans la dite maison... Alors franchement, il fallait bien que je le prenne... non?

Gare au garou! anthologie présentée par Barbara Sadoul. J'ai adoré les deux premiers volumes de l'anthologie de Barbara Sadoul consacrée à la nouvelle fantastique (le troisième me reste à lire). Elle s'attaque aux loulous bien poilus dans cet unique recueil qui fera la part belle je l'espère à la sauvagerie et aux instincts primaux. 

Récits de terreur Weird Tales de Robert Bloch. Maître de l'horreur, entre 1935 et 1945, Rober Bloch a beaucoup publié dans la revue Weird Tales. Ce recueil nous présente 9 nouvelles qui font la part belle à l'étrange et l'horreur la plus pure. Ca s'annonce très bien cette affaire!

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Au final, deux conclusions s'imposent:

- Tesfa est tout de même une belle glandeuse, mono-maniaque de Dan Simmons et adepte forcenée du farniente sur la terrasse! On ne peut vraiment pas compter sur elle notamment en terme de lecture. Quelle béotienne!

- Ma PAL explose littéralement et mes efforts déployés depuis juin se sont avérés vains. Mon côté optimiste me fait dire qu'elle n'a pas pour autant augmenté par rapport au mois de mai... On se console comme on peut!


mercredi 16 septembre 2015

"Cauchemar... Cauchemars !" de Jean-Pierre Andrevon

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L'histoire: Le train l'emporte loin de Paris. Jean-Marie Perrier regarde sans le voir le paysage qui défile. Le jeune homme rêve, s'inquiète, s'interroge. D'où vient-il ? Et où va-t-il ? Sur son billet, il lit : Paris - Saint-Expilly. Malgré ses instants d'amnésie et le sentiment d'irréalité qui l'enveloppe, il se souvient de Saint-Expilly : sa ville natale. Et il reconnaît la petite cité, sa maison, mais lorsque sa mère apparaît sur le seuil, elle ne le reconnaît pas et ajoute avant de refermer : "Mon fils est mort depuis deux ans, monsieur." Dans les rues, Jean-Marie erre, déboussolé, hagard... quand un miroir lui renvoie l'image d'un inconnu, durement marqué par l'âge. Qui est-il ? D'où venait-il ? Où ira-t-il ?

La critique de Mr K: Retour dans la galaxie SF avec ce nouvel ouvrage de Jean-Pierre Andrevon, Cauchemar… cauchemars!. Une fois de plus, c'est notre cher abbé qui s'est fait le pourvoyeur d'une œuvre décalée et addictive au possible. Il m'a fallu deux séances intenses pour le dévorer, littéralement captivé que j'étais par cette histoire étrange qui fait la part belle à l'onirisme et l'intimisme. Prêts?

Notre héros se réveille dans un train en partance pour Paris. Sur son billet est inscrit sa destination: Saint-Expilly. L'émergence est difficile, Jean-Marie Perrier est comateux et en totale perte de repères. Peu de souvenirs affleurent dans son esprit et encore dans les vapes, il sait seulement qu'il sort d'une hospitalisation et qu'il se rend dans sa ville natale. A part cela et une pièce d'identité dans son porte-feuille… Rien! Bizarre bizarre et le monde qui l'entoure n'est pas pour le rassurer: les autres personnes croisées montrent peu d'empathie à son endroit, le train se vide et se remplit sans logique aucune et quand il arrive enfin en ville, les rues / magasins ne correspondent à rien dans sa mémoire. Sa propre mère ne le reconnaît pas et lui dit que son fils est mort déjà depuis un petit bout de temps! Vous croyez que j'en ai trop dit? Détrompez-vous! Ceci n'est que le début! Le pire est à venir et je vous assure qu'il faut s'accrocher tant on tombe de Charybde en Scylla.

Pourtant racontée à la troisième personne, cette histoire peu commune est immersive au possible tant Andrevon se plaît à coller au maximum avec son personnage principal. Rien ne nous échappe de ses tracas physiques et psychologiques et force est de constater que cette caractérisation est d'une grande finesse et flippante à souhait. De simples désagréments amnésiques, on vire assez vite dans une paranoïa angoissante qui nous prend à la gorge comme le héros. Là où Jean-Marie Perrier ne sait plus à quel Saint se vouer, le lecteur perd aussi pied ne sachant plus sur quoi reposer ses certitudes. Le déboussolement est total et même si l'on se doute vers les 2/3 de l'ouvrage où veut nous emmener l'auteur, on assiste impuissant à une tension qui monte crescendo avec une intensité rare.

On retrouve en fait la même sensation que l'on peut éprouver lorsque l'on vit un cauchemar récurrent et étrange où toute logique cartésienne est proscrite. Vous savez, ces rêves désagréables où les couloirs s'allongent, le vide apparaît sous vos pieds et vous tombez, des personnes énigmatiques voir effrayantes qui apparaissent à de nombreuses reprises… autant d'éléments déstabilisant à la sauce 4ème Dimension qui sont revisités avec brio par un Andrevon inspiré et inspirant. Et non, ce livre n'est pas un compte-rendu de rêve! Pas de spoilers dans nos critiques, non mais!

Il faut donc attendre les ultimes pages du livre pour se voir livrer la solution au mystère. Entre temps, mon esprit aura battu la campagne: j'aurai explorer les abysses de l'esprit humain (il y a un côté kafkaïen dans le destin qui semble s'acharner sur le héros, j'ai adoré!), je me serai baladé dans des villes mornes et inquiétantes et finalement, ce livre confirme que voyager en train n'est pas forcément synonyme de rapidité et d'espace-temps paisible (Déjà que Pouy m'avait bien fait flipper avec un ouvrage sur le même thème, ils ne sont pas prêts de me faire préférer le train à la SNCF!).

L'écriture d'Andrevon reste fidèle à ce qu'elle est: un mélange de simplicité apparente pour une exploration sans fard d'une certaine forme de condition humaine. Simple et efficace, au détour de ce petit roman de 159 pages, on se surprend à se questionner sur nous et notre espèce au milieu d'un récit décidément bien étrange. Une petite bombe littéraire sans prétention mais aux effets dévastateurs que je vous conseille grandement.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
Un horizon de cendres
Tout à la main
Le monde enfin
La Fée et le géomètre
- Le Travail du furet

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mercredi 9 septembre 2015

"AAAAAAAAH Ma copine est une extra-terrestre!!!" Ouvrage collectif

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Le contenu: Un garçon qui rattrape une fille qui tombe. Un petit Woody Allen trop amoureux. Un dragueur suivant une femme tentaculaire. Un homme des bois qui attend qu’une femme lui tombe du ciel. Une mante religieuse pleurant son ami astronaute. Des mâles, des femelles, humains ou extraterrestres, se retrouvent croqués par la jeune scène d'auteurs alternatifs dans un délire trash, passionnel, fleur bleue pour nous confronter aux sensuels complications de nos relations...

La critique de Mr K: C'est au cours de mon passage en compagnie de Nelfe au Festival Interceltique de Lorient que j'ai jeté mon dévolu sur le présent volume paru chez une jeune maison d'édition pleine d'avenir: Le Moule-à-Gaufres (charmant nom n'est-il pas?!). Basée en Lorraine, elle édite essentiellement de jeunes auteurs en devenir. Cet ouvrage rassemble plusieurs d'entre eux autour d'une thématique vieille comme le monde: l'Amour! Mais ici point de niaiserie ou de clichés car il s'agit d'explorer ce noble sentiment quand il est partagé entre mondes et espèces différentes! Accrochez-vous, ça secoue et ça trashe dur!

Composé de 150 pages, AAAAAAAAH Ma copine est une extra-terrestre!!! se veut avant tout être un recueil bien délirant qui commence par une édito bien senti. Ben c'est vrai les filles, vous êtes quand même bien étranges et combien de fois, nous autres pauvres mâles ne vous comprenons pas et demeurons interdits devant certaines de vos attitudes ou comportements! Je sais, vous en avez autant pour nous mais ici, point d'image métaphorique, les extra-terrestre nous désirent, nous aiment, nous engueulent et parfois même… nous éliminent!

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Tour à tour, le lecteur pourra compulser des fiches type Meetic sur des extra-terrestres femelles en mal d'amour, voir Cary Grant passer l'aspirateur, vivre l'amour passion d'un homme pour une femme à l'équilibre instable, suivre le quotidien d'un couple amoureux aux aventures courtes et divertissantes, passer un moment avec Woody Allen et son étrange compagne, s'émouvoir face au destin d'une femme extra-terrestre fondant une famille sur Terre (franchement, j'en ai eu la larme à l’œil pour celle-là), apprendre quelques rudiment d'auto-reproduction (si si c'est possible chez certains vertébrés chevelus!), philosopher sur Mozart avec des martiens en goguette, attendre la femme de ses rêves avec un trappeur du grand nord et bien d'autres récits décalés entre lesquelles viennent s'intercaler des illustrations et folios magnifiques sur le thème traité.

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Comme tout ouvrage collectif, il y a forcément du bon et du moins bon. Je n'ai été que rarement déçu, trouvant l'ensemble novateur et frais. Certains traits et univers m'ont rappelé des dessinateurs œuvrant dans l'excellent magazine Psychopat et même chez Charlie. Très souvent thrash et bien branché cul (évitez de montrer la BD aux plus jeunes), on se marre beaucoup, on s'émeut parfois mais jamais l'ennui ne s'invite sauf sur une BD trop étirée en longueur que j'ai trouvé plutôt plate et mal dessinée (cela reste un avis personnel bien évidemment). On retrouve des thématiques secondaires propres à la SF: l'invasion extra-terrestre, l'extermination massive, l'exploration et la rencontre de l'autre, la technologie de pointe… mais aussi des thèmes universels comme l'attachement parfois outrancier des pères envers leur fille (le final de l'histoire concernée est hilarant, attention les mecs on est mal!), l'amour qui rend aveugle (Woody change tes lunettes!) et parfois très très con!

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On passe donc un très bon moment en compagnie de ces jeunes pousses de la production française et on se prend à regarder sa femme d'un œil différent. Car oui, moi aussi, j'ai épousé une extra-terrestre!

samedi 29 août 2015

"Simulacres" de Philip K. Dick

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L'histoire: 2040. La Troisième Guerre mondiale a ravagé des zones entières de la planète et en a modifié le climat, les spots publicitaires sont vivants et sèment la zizanie, le Président est un robot, et sa femme ne vieillit pas d'un pouce depuis un siècle... Avec la cohérence implacable de la logique paranoïaque qui le rendit célèbre, Philip K. Dick, maître incontesté de la science-fiction, dépeint un monde où rien ne garantit plus la stabilité de la frontière entre la réalité et l'illusion.

La critique de Mr K: Un petit plaisir estival aujourd'hui avec un ouvrage d'un de mes auteurs préféré de SF, Philip K. Dick. J'ai eu une période monomaniaque (à la fin de mes études) où je ne lisais que lui et j'avais acheté une belle anthologie du maître parue chez Omnibus. Il s'agit ici d'une relecture car Simulacres faisait partie justement des quatre recueils pré-cités. Il ne m'a fallu que quelques pages pour me retrouver en territoire connu et me faire littéralement happé par l'univers créatif si propre à cet auteur hors-norme.

On suit dans ce roman les destins croisés de cinq personnages principaux autour desquels gravitent un certain nombre de personnages secondaires qui vont se révéler tout aussi importants ce qui a tendance à brouiller les pistes. Comme à chaque fois avec K. Dick, il faut s'accrocher au départ pour pouvoir bien apprécier la suite. En 2040, la Terre a subi un conflit qui a détruit des zones entières de la biosphère, la Guerre Froide est toujours d'actualité et met en opposition les Etats-Unis d'Europe et d'Amérique avec un bloc Est fantasmé par des occidentaux repliés autour d'un libéralisme débridé et aliénant.

Le futur comme souvent avec cet auteur est inquiétant voir angoissant. On retrouve les thématiques chères à l'auteur comme un pouvoir politique fort et liberticide qui n'hésite pas à manipuler les masses pour les amener à voter dans son sens, la démocratie n'étant qu'une arme de plus à leur disposition pour parvenir à leurs fins. Les multinationales règnent en maître et l'individu lambda se débat dans un monde où réalité et fiction se confondent, brouillant par la même les frontières du réel et des perceptions de tout à chacun. Les Simulacres sont partout même au plus haut sommet de l'État! La recherche de la vérité est rude, dangereuse, la logique paranoïaque de K. Dick implacable. Vous l'avez compris, ici on lorgne dans la SF pessimiste, flirtant volontiers par moment avec La Société du spectacle de Debors, livre visionnaire lors de sa sortie.

Bien que bien menés et caractérisés, ce n'est pas les destins individuels que je retiendrai de cette lecture qui s'élève au dessus des productions du genre par un côté prophétique, spéculatif par moment. On ne peut s'empêcher de penser à notre propre époque et au côté quelque peu fascisant de certains aspects de notre société avec des règles et des normes qui nous dominent, un discours de plus en plus manichéen, l'élévation vers l'individualisme prôné comme idéal du bonheur… Dans Simulacres, K. Dick nous propose une vision sans concession de ce vers quoi on tend et je peux vous dire que ce n'est pas rassurant. Bien sûr certaines analyses sont erronées (la bipolarisation du monde, la place des Allemands dans tout cela…) mais certaines images et idées sont d'une grande pertinence et font écho à certaines de nos réalités géopolitiques et économiques actuelles.

J'ai passé un excellent moment dans ce que je pourrais appeler un "trip revival". Bien que dense, le livre se lit bien et vite malgré une exigence littéraire certaine. On retrouve le style impeccable de l'auteur entre délires prospectifs et passages plus intimistes avec un goût certain pour les paumés et les êtres à part. Malgré un certain cynisme par moment et des visions traumatisantes, il ressort une grande humanité et un goût pour la liberté sans égal. Un bon et beau roman de SF comme je les aime!

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mardi 25 août 2015

Acquisitions estivales multiples

Ensemble

Le début de l'été est une période propice aux destockages en tout genre, ce fut le cas notamment dans deux bibliothèques municipales de par chez nous. En apprenant ces événements à venir, Nelfe s'est vue investie d'une mission quasi sacrée chez nous: compléter nos PAL avec d'éventuelles affaires à ne pas manquer! Pour info, je n'étais pas là lors de ses petits craquages ce qui explique pourquoi ils sont restés plutôt relatifs! Voici un petit tour d'horizon des acquisitions qui vont venir rejoindre nos réserves à lire!

Poulpe

C'est ainsi que ma douce a pensé à moi en me ramenant trois volumes de la série du Poulpe que je n'ai toujours pas lu. Ceux qui nous suivent depuis un certain temps savent que j'affectionne tout particulièrement les aventures de Gabriel Lecouvreur et de sa coiffeuse de copine. On peut dire que je suis gâté avec ici tour à tour une enquête sur des militaires français ayant sévi au Rwanda, le meurtre épouvantable d'un immigré dans les beaux quartiers de la capitale et l'assassinat d'une jeune femme naviguant dans les sphères de l'aéronautique à Toulouse. Beau programme en perspective!

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- 1275 âmes de Jim Thompson: Petite trouvaille nelfesque qui s'apparente à un roman bien noir, mâtiné de policier. La quatrième de couverture sent le souffre et le pétage de plomb d'un shérif au bout du rouleau. Ça promet de dépoter et Nelfe m'a confié qu'elle avait bien hâte de le lire!

- L'École d'impiété d'Alexandre Tisma: Petit recueil de nouvelles sur la seconde Guerre mondiale qui m'attire beaucoup étant friand de récits courts à l'occasion (Nelfe ne pratique pas trop, préférant les romans). Intimisme et monstruosité de la guerre semblent se mêler dans ce livre dont j'ai eu des échos très positifs! Qui lira, verra!

- L'Homme aux yeux de napalm de Serge Brussolo: Nelfe n'a pu s'empêcher de me prendre un Brussolo tant elle connait mon goût pour cet auteur prolifique à l'oeuvre très variée. Il s'agit de SF ici avec une rencontre du troisième type qui se déroule très mal. Traque impitoyable, mutations inquiétantes, imagerie et mythes de Noël revus par l'auteur... Je suis bien curieux de lire ça!

- Anthologie officielle des Utopiales 2010: Chaque année, nous allons aux Utopiales de Nantes et à chaque fois j'hésite à prendre le recueil de nouvelles SF qui sort pour l'occasion. Nelfe m'a dégoté celle-ci avec notamment comme auteurs conviés pour l'occasion Vincent Gessler, Peter Watts ou encore Thomas Day et Iain McDonald. La thématique retenue est la notion de frontière, je pense que l'aventure sera au RDV. Affaire à suivre!

Lire

Enfin, la mistinguette s'est trouvé quelques vieux exemplaire du magazine Lire (ici janvier, mars et mai 2013) auquel elle s'est d'ailleurs abonnée très récemment. En plein rush de la Rentrée littéraire, il est parfois bon de revenir en arrière et trouver des idées de lecture dans des romans déjà sortis il y a quelques temps. Il n'y a pas que les nouveautés, les petites pépites sont partout, ce n'est pas une course! M'est avis que l'état de sa PAL ne va pas s'améliorer!

Bon ben, vous pouvez vous rendre compte que malgré mon absence c'est encore ma PAL qui va le plus grandir! Au choix Nelfe remplit à merveille ses devoirs conjugaux ou alors elle cherche à me torpiller! La réflexion reste ouverte...


lundi 10 août 2015

"Le Déchronologue" de Stéphane Beauverger

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L'histoire: Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d'impitoyables perturbations temporelles. Leur arme: le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps. Qu'espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un galion espagnol? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes, si rares, qui apparaissent quelquefois aux abords du Nouveau Monde. Assurément pas croiser l'impensable: un Léviathan de fer glissant dans l'orage, capable de cracher la foudre et d'abattre la mort! Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d'aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l'Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps. Car avec eux, on sait: qu'importe de vaincre ou de sombrer, puisque l'important est de se battre!

La critique de Mr K: Cela faisait au moins trois ans que Le Déchronologue me faisait de l'oeil dans ma PAL sans que j'y prête plus attention que cela. Et pourtant, à l'heure du bilan… Quel plaisir de lecture! Quelle évasion! Les quatre prix littéraires qu'il a recueilli auraient du pourtant me mettre la puce à l'oreille! Préparez-vous à embarquer dans un très grand roman d'aventure et de SF!

Sur les 554 pages que comptent l'édition de poche, nous suivons la destinée peu commune d'Henri Villon, flibustier en mer des Caraïbes au XVIIème siècle. Nous nous retrouvons en pleine guerre d'influence entre les grands Empires de l'époque qui veulent dominer la région, zone incontournable de passage et point clef des échanges entre la vieille Europe et le nouveau continent à exploiter. Au milieu des tractations et du tumulte des batailles, des êtres étranges observent ce monde sous tension et d'étranges objets semblant venir du futur échouent aux mains de certains qui voudraient semble-t-il modifier l'Histoire! Bien malin celui qui saura démêler les écheveaux d'une intrigue dense et multiforme qui se plaît avant tout à nous perdre pour mieux nous cueillir après!

Déroutant a été l'impression que j'ai pu ressentir de prime abord lors des 100 premières pages. Je me suis rendu compte de suite que les chapitres étaient agencés de manière bien particulière. En effet, un peu à la manière du film Pulp Fiction de Quentin Tarantino, l'histoire est présentée dans le désordre, nécessitant par là même de constants retours en arrière ou vers la table des matières pour se repérer et retrouver ses esprits. Ainsi on alterne le chapitre 1, 16, 17, 6, 2, 7 etc. C'est désarçonnant car il faut se faire violence face aux incompréhensions multiples que le procédé suscite: l'auteur aborde des événements que nous ne connaissons pas encore, nous rencontrons des personnages clefs après leurs faits et gestes importants et la chronologie s'emmèle. Il faut attendre la moitié du volume pour que les pièces du puzzle s'accordent entre elles et révèlent toute la richesse de la trame d'un roman d'aventure forcément différent des autres.

On accroche très vite aux personnages de ce Déchronologue qui en compte beaucoup. Bien évidemment au premier d'entre eux, je retiendrai Villon, breton de naissance, flibustier humaniste au courage et à la culture très étendus. Suivant sa morale et ses sentiments, il navigue avec son fidèle équipage dans des eaux troubles. Fasciné par ses étranges outils venus d'ailleurs (radio, armes, mystérieux navire d'acier…), il ne tarde pas à trouver leurs origines et se retrouve contacté par de mystérieux humains semblant venir de temps lointain. Je l'ai trouvé à la fois humain et philosophe, ses actes et ses réflexions faisant écho bien souvent à ma manière de voir les choses. Il peut tout autant se montrer fort et implacable face à l'adversité que démuni et désemparé face à Sévère, une femme qu'il a recueilli à son bord. Touchant, juste et remarquablement construit, ce héros rentre dans mon panthéon personnel en la matière. Voici un extrait d'une de ses pensées: Avez-vous jamais torturé une bête? Je ne parle pas d'écraser un rat trop curieux ou de trancher d'un coup de sabre un de ces chiens sauvages des Antilles, non… Je dis bien la torturer. Avec Calme, ou excitation, mais gratuitement. Cruellement. Non? Dans ce cas, essayez d'imaginer la terreur de l'animal quand vient la douleur, son incompréhension muette, mais surtout l'affirmation de votre volonté souveraine, en sus de votre sentiment de fascination et de honte mélangées. Une honte pétrie d'impunité et d'avilissement en observant l'animal se tordre et succomber sans comprendre aux blessures que vous lui infligez. Pour ma part, de toute ma carrière de flibustier, jamais je n'ai pu envoyer un navire par le fond sans ressentir une émotion similaire. L'impression d'irrémédiable souillure, en pilonnant vies et navires. Même quand l'adversaire s'était défendu. Même quand il y allait de ma survie, de celle de mon navire et de mes hommes. Pages 284-285

Tout autour gravitent des personnages charismatiques qui rendent bien le change au capitaine Villon: j'ai adoré Féfé de Dieppe, un contrebandier métisse au jargon inimitable et quasiment incompréhensible, le gouverneur Le Vasseur tyran de l'île de Tortuga alternativement allié ou ennemi de Villon, les figures du Baptiste et de Gobe-mouche (second et artilleur en chef du Déchronologue) aides précieux lors des multiples aventures du navire et toute une myriade de personnages secondaires tout aussi ciselés par un auteur amoureux de son sujet et des êtres qui s'y débattent. L'immersion est totale et spectaculaire de réalisme dans les villes portuaires, dans les entreponts de navires voguant au large, dans les prisons les plus sordides, les îles les plus mystérieuses qui soient, les batailles dantesques se livrant sous fond d'orage menaçant. On vit l'aventure avec un grand A et l'amateur du genre que je suis en est encore tout retourné!

Il faut dire que l'écriture de Stéphane Beauverger est un plaisir rare et d'une intensité sans faille. Le style est à la fois contemplatif pour de très beaux passages de description et des phases d'action virevoltantes collant au plus près des protagonistes. L’ajout de l'élément SF donne une ampleur encore plus grande à l'ensemble avec en arrière-plan des réflexions sur les notions de progrès, d'acculturation et de domination que le lecteur aborde sereinement à travers les péripéties contées. Le plaisir est donc totale, durable et me rappelle fortement une autre lecture qui m'avait aussi laissé KO: le fabuleux Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite.

Expérience unique, voyage extraordinaire aux confins du monde et du temps, ce livre est un chef d'oeuvre, un livre-somme, un titre unique. À lire absolument, prescription de Mr K!

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mardi 28 juillet 2015

"Les Visiteurs" de Clifford D. Simak

les visiteurs simac

L'histoire: Traversant le ciel de Lone Pine (Minnesota), une caisse noire, gigantesque, est venue atterrir près de la rivière, écrasant au passage la voiture d'un pêcheur de truites. Surprise et effroi chez les gens de Lone Pine. Une météorite? La NASA? Journaux, TV, le Président lui-même à Washington, tout le monde est en alerte... Et l'émotion croit: la caisse s'élève et se pose à nouveau. Elle avance maintenant dans la forêt, dévorant les arbres. Le mystère est total. Sauf pour Jerry, le pêcheur de truites. Capturé, il a été retenu quelques heures dans "l'objet", puis éjecté. Et il n'ose parler... Sur tout le territoire des Etats-Unis, d'autres caisses noires se posent.

La critique de Mr K: J'ai vraiment une tendresse particulière pour cet auteur atypique de SF américaine de l'âge d'or des 70'. Simak aborde des thèmes certes classiques mais toujours avec un point de vue profondément humaniste et naturaliste dans sa retranscription des rapports humains. Vous retrouverez en fin de post, l'ensemble des critiques que je lui ai consacré et qui témoigne de mon affection envers son œuvre. L'abbé m'a une fois de plus fourni un ouvrage inattendu que je connaissais pas. La lecture fut une fois de plus addictive et source d'évasion comme à chaque fois avec Simak.

L'action de Les Visiteurs débute à Lone Pine, petite ville moyenne US classique avec son grand café de centre-ville, sa station service, son salon de coiffure (tenu ici par un réactionnaire des plus vindicatifs qui ne va pas faire de vieux os), son journal local et son ivrogne attitré connu de tous. On y vit une vie paisible et sans histoire jusqu'au jour où un mystérieux objet non identifié ressemblant à une caisse entièrement noire se pose près de la rivière et "capture" un jeune pêcheur amateur de belles truites. La machine médiatique et politique se met en branle, l'auteur nous conviant à suivre de chapitre en chapitre l'histoire vue par les journalistes, la Maison Blanche et les gens du crû. Les autorités très vite se rendent compte qu'une escadrille de ces objets est en gravitation autour de la planète puis d'autres apparaissent un peu partout sur le sol nord-américain… Viennent-ils d'un autre monde? Est-ce un coup des russes en ces temps de Guerre Froide? La vérité est au bout des 286 pages de ce roman fort réussi.

Comme à chaque fois avec Clifford D. Simak, on est loin des gros titres SF qui font la part belle aux scènes chocs et à la grosse artillerie. On retrouve son goût pour les gens simples (malgré des incursions à la Maison Blanche) qui se retrouvent bien malgré eux confrontés à des choses qui les dépassent. Jerry n'est qu'un petit étudiant thésard qui va rencontrer l'inconnu au détour d'une pêche infructueuse, sa petite amie Kathy est une jeune pigiste en quête d'un article qui lui permettra de percer dans le milieu et va devoir composer avec l'événement le plus important du XXème siècle. Nous suivons aussi David, porte-parole de la présidence désireux de dire la vérité au peuple mais que la raison d'état va forcer à aller contre ses principes. Autant de personnages qui doivent faire face à l'incroyable et qui le font finalement sans exagération ou étincelles, ils suivent leur propre logique et restent très terre à terre. Cela donne une dimension vraiment particulière à cette histoire plutôt classique.

Il y a en effet ces fameuses caisses noires, gigantesques et paisibles qui ne s'attaquent à rien sauf aux arbres qu'elles dévorent pour en rejeter des balles de cellulose. Le mystère est grand autour de ces étranges visiteurs avec qui il est impossible de communiquer et qui n'opposent que le silence face aux différents tests et rencontres avec les humains. L'auteur se fait avare en révélations laissant le lecteur douter tout au long du récit avec de ci de là quelques ouvertures scientifiques sur les possibilités entr'aperçues par un groupe de scientifiques. Le monde commence à s'emballer face à ces présences qui même si elles semblent inoffensives sont bel et bien là. Période de Guerre Froide oblige, la tension est palpable et même si l'on ne voit que le point de vue US dans ce roman, on ressent les crispations et hésitations qui sont inhérentes à ce genre de crises graves. La fin ne conviendra pas à tous, elle est assez ouverte. Pour moi, elle est parfaite et ouvre des voix de réflections très intéressantes lorgnant sur les logiques économiques du capitalisme libéral et ses défauts. L'auteur en cela est bien en avance sur son temps, rappelons que ce livre a été écrit en 1979 soit bien avant la mondialisation et internet. On n'est pas pour autant devant un pensum ou un cri d'alarme, juste l'évocation de la misère que peut engendrer un capitalisme débridé conjugué à l'avarice humaine.

La lecture est rapide et agréable. Les chapitres courts font des bonds dans le temps et accélèrent le déroulé de cette rencontre hors norme entre les humains et ces drôles de créatures. L'écriture de Simak fait une fois de plus merveille entre simplicité, aspect solaire et évocations plus techniques mais accessibles. Les Visiteurs va retrouver ses petits frères sans rougir dans mes beaux rayons SF!

Autres lectures de Clifford D. Simak chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
Demain les chiens
L'empire des esprits
Mastodonia
- Carrefour des étoiles

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jeudi 16 juillet 2015

"American Gods" de Neil Gaiman

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L'histoire: Dans le vol qui l'emmène à l'enterrement de sa femme tant aimée, Ombre rencontre Voyageur, un intrigant personnage. Dieu antique, comme le suggèrent ses énigmes, fou, ou bien simple arnaqueur? Et en quoi consiste réellement le travail qu'il lui propose? En acceptant finalement d'entrer à son service, Ombre va se retrouver plongé au sein d'un conflit qui le dépasse : celui qui oppose héros mythologiques de l'ancien monde et nouvelles idoles profanes de l'Amérique. Mais comment savoir qui tire réellement les ficelles : ces entités légendaires saxonnes issues de l'aube des temps, ou les puissances du consumérisme et de la technologie? A moins que ce ne soit ce mystérieux M. Monde...

La critique de Mr K: Il s'agit de ma première lecture de Neil Gaiman plutôt reconnu dans la blogosphère et le reste du monde réel. Nelfe a déjà eu l'occasion de le pratiquer à deux reprises avec un Neverwhere qu'elle avait trouvé plutôt moyen et un Coraline qu'elle avait adoré (je me suis contenté du film au cinoche et je l'avais trouvé dément). American Gods est le fruit d'une rencontre impromptu chez Emmaüs (une fois de plus!) et il est auréolé de multiples récompenses comme les prix Hugo et Nebula en 2002. La quatrième de couverture ayant ouvert en moi des gouffres de perplexité, je sautai le pas et m'en portai acquéreur.

Ombre sort de prison après un braquage qui a mal tourné. En trois ans, il a eu le temps de réfléchir, il veut se ranger et retrouver sa femme qu'il aime plus que tout. Tout s'écroule quand on lui annonce la mort de son aimée. Sur le vol qui le ramène chez lui, il croise la route du Voyageur, un être énigmatique qui se révèle être bien plus qu'une simple rencontre de passage. De fil en aiguille, Ombre va voir son destin attaché à ce personnage qui va l'emmener bien plus loin que n'importe quel mortel avant lui. Oui, le Voyageur est un Dieu pluri-millénaire mais que lui veut-il? Et qui sont ces mystérieuses personnes en costume et véhicules noirs qui les suivent?

C'est à un sacré voyage que l'auteur nous convie avec cet ouvrage. Il y a tout d'abord Ombre, un ex taulard en quête de rédemption qui enchaîne les déconvenues en début de roman et qui va devoir trouver un nouveau sens à son existence. Je me suis attaché quasi immédiatement à ce personnage plutôt classique mais qui permet de donner un repère solide au lecteur par rapport au background et à l'évolution du récit. Il est à mes yeux le personnage le plus réussi du roman, complexe et en perpétuelle remise en question, on le retrouve là où parfois on ne l'attend pas, sa traversée de l'Amérique apporte un regard intéressant car différent sur le monde qui l'entoure. Rien ne lui est épargné et pourtant il semble naviguer à vue, sans excès, de manière neutre comme s'il se fichait un peu de la tournure des événements. Ce côté stoïque et détaché m'a beaucoup plu.

Cela détonne par rapport à l'univers développé par Gaiman. On croise une multitude de divinités anciennes ramenées par les émigrés lors de leur traversée de l'Atlantique ou du Pacifique. Mais elles ont tendance à mourir (oui, les Dieux meurent aussi) à cause de l'oubli, ne devant leur existence qu'à la croyance que l'on porte en eux. Ce champs du crépuscule est joué par toute une nouvelle génération de dieux issus de l'évolution technologique du monde, de jeunes ambitieux qui ne rêvent que d'une chose: supplanter leurs glorieux aînés. La bataille approche et tout le monde se range en ordre de bataille. Manipulations, faux-semblants, retournements de situations mais aussi quelques moments de paix attendent notre héros brinquebalé entre volontés divines et son existence en miette. La trame est dense, très dense même, on peut juste reprocher une fin plutôt convenue alors que l'on attendait quelque chose de plus explosif, de plus inventif.

Pour autant, ne boudons pas notre plaisir, au-delà de l'histoire à proprement parler, ce livre est aussi l'occasion pour Gaiman de nous décrire les États-Unis, de parcourir ce grand pays et les différentes réalités qui l'ont construit et le constitue encore aujourd'hui. Les métropoles toutes puissantes, la toute puissance financière, la percée des nouvelles technologies et leur influence sur la conduite de nos vies et du monde, son passé douloureux (le génocide amérindien, le racisme envers les nouveaux arrivants, un magnifique passage sur l'esclavagisme à la fois dur et évocateur comme jamais), ses petites communautés repliées sur elles-même (le passage du héros à Lakeside est parmi mes préférés du roman)… Livre-somme, American Gods flatte l'intellect et l'imagination, présente un melting pot de références et connaissances assez hallucinant qui donne le vertige et impressionne par leur concomitance. C'est surtout à ce niveau là que l'on prend vraiment une claque avec ce roman, ce qui justifie pleinement la moisson de récompenses qu'il a pu recueillir.

Bien que foisonnant dans son contenu, ce livre se lit facilement en grande partie grâce à l'écriture de Gaiman qui est accessible et simple. C'est d'ailleurs ce dernier point qui m'empêche de le classer dans la catégorie des chefs d’œuvre absolus. On retrouve un sens du rythme certain mais la qualité littéraire n'est pas assez poussée. On passe cependant un moment étourdissant et bluffant qui me fait dire que je retournerai sans doute faire un tour dans la bibliographie de cet auteur.

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lundi 6 juillet 2015

Eerie & Creepy présentent "Richard Corben vol.2"

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Présentation: Le présent ouvrage est le deuxième et dernier volume consacré à cette période fondatrice de l'œuvre de Corben au sein des éditions Warren. Il regroupe les dernières histoires qu’il a publiées pour les magazines Creepy et Eerie, ainsi qu’un cahier comprenant les superbes couvertures qu’il a pu réaliser pour ces magazines.

La critique de Mr K: Nouvelle critique d'un ouvrage édité par les éditions Delirium que j'ai déjà fréquenté à plusieurs occasions et qui m'ont à chaque fois ravi par la qualité de leurs rééditions. Retour à Richard Corben, un de mes dessinateurs préférés avec ce deuxième volume d'histoires courtes tirées des magazines Eerie et Creepy aujourd'hui disparus. Il s'agit ici de récits plus tardifs mais toujours aussi incisifs et jouissifs! Vous retrouverez une fois de plus des adaptations de récits dits classiques tirés des œuvres de maîtres tels que Edgar Allan Poe ou encore HP Lovecraft mais aussi des trames originales.

On navigue une fois de plus à la confluence de plusieurs genres entre récits policiers mâtinés de thriller, SF ou encore fantastique/horreur. Tour à tour vous serez confrontés à un flipper hanté par une créature antédiluvienne, à un corbeau plutôt insistant, à l'antéchrist de Noël, à un portrait ovale diablement fascinant, à un meurtrier redresseur de torts d'une nature étonnante (récit en deux parties), à une épidémie de peste en Grèce antique, à un nouveau conte de Noël macabre à souhait, à la course aux armements version ubuesque avec un Einstein complètement déjanté, à des amoureux naufragés en pleine mer, à la résurrection d'une momie amatrice de football américain, à une variation autour de la thématique de la femme géante, à une histoire médiévale mêlant avarice et fantastique, à un triptyque fort réussi autour de l'effet papillon et enfin à une histoire d'animal domestique d'un genre très particulier.

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On alterne une fois sur deux la couleur et le noir et blanc, passant d'un genre à un autre sans transition. Comme lors de ma lecture du volume 1, je me suis restreint à ne lire qu'un ou deux récits par soir pour éviter de le lire trop rapidement. Difficile de s'y résoudre tant l'addiction est immédiate entre curiosité et admiration devant les histoires racontées et la mise en forme de toute beauté. Une fois de plus les éditions Delirium ont réalisé un travail remarquable avec cette réédition qui en bonus a rajouté quelques couvertures originales et quelques variations dessinées en toute fin d'ouvrage. Les dessins et planches sont superbes et les pages se tournent toutes seules.

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On retrouve des thématiques courantes dans les genres abordées: les failles de la nature humaine et leur conséquences parfois dramatiques. Seule l'innocence de jeunes enfants sort du lot, les adultes étant souvent trompés par leurs instincts, leurs désirs et leur avarice. Le syndrome de l'arroseur arrosé est donc très souvent présent mêlant des sentiments variés comme la peur et l'angoisse, l’espérance et la chute, l'amour et la détestation (de belles séances de vengeance bien hard boiled par moment) et une certaine mélancolie liée d'existentialisme qui transparaît de ci de là et permet de réfléchir à l'occasion sur nous et notre nature profonde.

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On passe aussi un bon moment quand on est amateur de créatures diverses et variées y compris de belles nanas bien poumonées sans pour autant tomber dans le voyeurisme ou le misogyne. Tout le monde en prend pour son grade dans ce volume: femmes / hommes, riches / pauvres, jeunes / vieux… n'importe qui peut se révéler faux et/ou fourbe face à des situations sortant de l’ordinaire. J'ai trouvé aussi qu'il y avait un bon équilibre entre les récits originaux qui sont suffisamment travaillés pour ne pas souffrir de la comparaison avec les adaptations effectuées à partir de matériaux prestigieux situés plus haut.

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On passe donc un excellent moment en compagnie de Corben et tout amateur se doit d'avoir parcouru cet ouvrage à la fois dense et d'une grande beauté. Un must dans le genre!

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dimanche 5 juillet 2015

Satané vide-grenier !

Le week-end dernier, Nelfe et moi nous sommes rendus au vide-grenier de notre quartier comme chaque année. Galettes-saucisses (miam miam!) et grillades côtoient des personnes venues céder à des prix imbattables tout ce qu'ils ne veulent plus chez eux. C'est l'occasion d'observer la grande capacité des êtres humains à conserver un nombre incroyable de bibelots ringards et autres objets farfelus! On est tous pareils et ça m'a rassuré quand je pense aux caisses qui encombrent encore le grenier depuis notre aménagement, il y a plus de deux ans!

Là où la problématique se corse c'est que ses personnes vendent aussi des livres... Vous connaissez ma faible propension à résister à la tentation en matière d'occaz livresque! En plus, cette année une dame vendait un grand nombre des livres de SF de son fils parti habiter en Amérique. Gasp! C'était un combat perdu d'avance... Jugez-plutôt!

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- Le Cycle d'Elric de Michael Moorcock. J'avais adoré l'intégrale Hawkmoon et je recherchais depuis un certain temps cette intégrale qui m'a tendu ses petits bras et surtout ses sept volumes impeccablement conservés. Wahou! Ca c'est de l'occaz! Je prends et je pense lire le tout pendant notre séjour à la montagne cet été.

- Les Solariens de Norman Spinrad. Un des papes de la SF avec en plus ce roman qui s'avère être son tout premier, le récit d'une guerre future de l'humanité disséminée dans l'espace devant faire face à une menace terrifiante venue d'ailleurs. Je suis bien curieux de lire cela! Là encore, un livre qui ne traînera pas dans ma PAL.

- Intrusion de Richard Matheson. Il s'agit du volume 2 de l'intégrale de ses nouvelles rééditées chez Flammarion en 1999. On ne peut pas dire non à cet auteur surtout en matière de nouvelles de SF. J'en connais déjà certaines mais d'autres vont me permettre de poursuivre mon exploration de l'univers de ce grand auteur, classique des classiques en matière d'anticipation.

- Le Chat passe-muraille de Robert A. Heinlein. Rencontre improbable entre la SF et un multivers farfelu constellé de personnages délirants, j'attends beaucoup de ce livre qui semble sortir des sentiers balisés de ce grand nom de la SF. Wait and see!

- L'Âge des étoiles de Robert A. Heinlein. Livre cadeau de la vendeuse (ben oui, on inspire la gentillesse, nous!), il est question de voyage interstellaire et d'une drôle de créature tour à tour séduisante et inquiétante. Une drôle d'histoire que j'attends de découvrir avec impatience.

- Contes de la rose pourpre de Michel Faber. Il s'agit de l'auteur de Under the skin, livre que je n'ai toujours pas lu et qui est dans ma PAL depuis trop longtemps. J'avais adoré le film qui en avait été tiré, un de mes gros coups de coeur cinéma de 2014. La réputation de cet auteur est flatteuse et ce portrait de l'Angleterre victorienne a tout pour me séduire vu les avis lus sur la blogosphère. Je le lirai après le sus-cité que je pratiquerai durant l'été.

- Chiens sales de François Barcelo. Coup de poker que cette acquisition où il est question de ripoux et de bavures au Québec. J'aime beaucoup la collection Série Noire de Gallimard. Nous verrons ce que cela donne.

- 35 kg d'espoir d'Anna Gavalda. Il s'agit de la seule acquisition de Nelfe cette fois ci et encore c'est parce qu'elle l'a vu avant moi! Je le lirai aussi, un extrait de ce roman parlant du passage à l'adolescence a été utilisé il y a quelques années pour l'épreuve de français du DNB professionnel et ce sujet m'avait beaucoup plu. Ce sera sans doute une lecture plaisante et rapide.

Le craquage fut tout de même limité comme vous pouvez le constater. Ma PAL a pris un petit coup cette fois ci, heureusement que mon rythme de lecture est assez soutenu.

Il ne reste plus qu'à lire tout cela, chroniques à suivre dans les mois à venir.