mercredi 16 décembre 2015

"T'ien Keou" de Laurent Genefort et Jean-Michel Ponzio

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L'histoire : Un futur très lointain, où la Terre n'est plus qu'un souvenir... Dans le Guo, un astéroïde habité et taillé en un cube parfait, une colonie chinoise prospère depuis des siècles. Po Yung est un garçon de 16 ans qui rêve d'entrer dans le clan le plus puissant du Guo. Pour cela, il doit accomplir une épreuve: aller dans le territoire qui sépare le Guo du Palais des Immortels, le centre tabou de l'astéroïde. Mais Po Yung a acquis une arme redoutable. Avec elle, il pourra peut-être réaliser son désir de puissance: défier les Immortels eux-mêmes et leurs fabuleux dragons mortels, pour revenir en conquérant. A condition de leur survivre...

La critique de Mr K : Ne vous fiez pas à l'hideuse couverture proposée par les éditions Soleil pour ce one shot de haute voltige, peu ou pas de gore mais plutôt ici une réflexion futuriste doublée d'un récit initiatique.

Bien loin de la Terre (qui apparemment n'existe plus), sur l'astéroïde Guo où vit tant bien que mal une communauté asiatique, la lutte des classes bat son plein. Pendant qu'une minorité privilégiée vit dans le luxe et le plaisir, les basses classes tentent de survivre dans des conditions épouvantables. Un jeune homme (Po Yung) va tenter de rejoindre ce paradis inaccessible en tentant l'épreuve ultime qui permet à une poignée de paria de rejoindre l'autre côté. Il n'est pas au bout de ses surprises!

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On retrouve nombre de figures classiques dans cette BD. Le jeune héros tout d'abord en quête de lui-même qui a travers l'épreuve qu'il va devoir traverser va avant tout chercher ses limites et tenter d'améliorer son existence. La liberté a un prix et dans l'ultime vignette de l'ouvrage, il l'apprendra à ses dépens! Durant, toute son aventure, il va être confronté à des choix parfois difficiles, relevant parfois de la morale, mettant à mal ses certitudes et tout ce qu'il considérait comme acquis. Rien de neuf me direz-vous, je vous le concède, mais ça produit son petit effet et il a fonctionné sur moi. A ces côtés, on retrouve un ami proche et sa petite amie, leur rôle n'est que secondaire jusqu'au moment où ils seront justement au centre des choix qui seront proposés à Po Yung. J'ai aussi apprécié la figure du maître à penser qui oriente et conseille le héros, il est le reflet futuriste du vieux maître asiatique tel qu'on se l'imagine. Étrange transposition version SF qui fait elle aussi mouche même si on se doute qu'il n'est pas tout à fait innocent dans le drame qui est en train de se jouer.

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Là où l'ouvrage frappe vraiment fort, c'est au niveau de la caractérisation des lieux et de l'époque. En quelques cases et commentaires de l'auteur (Il s'agit de Laurent Genefort tout de même), on se représente très bien ce monde en vase clos, à la dérive inégalitaire voir totalitaire. Décors cyclopéens, puits sans fond anti-gravité, jardins hydroponiques cachés dans les hauteurs, mystérieux dragons gardiens de l'ordre et de l'autorité, technologie de pointe… tous ces éléments constituent un background assez dense malgré la brièveté de ce one-shot d'une soixantaine de pages. La SF se fait ici sombre et sournoise, l'ultime revirement bien qu'attendu est un choc qui renvoie directement à la nature profonde de l'être humain… Rien de vraiment reluisant, vous pouvez me croire!

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Je suis plus partagé sur l'esthétique pure et dure de cette BD. Ponzio nous sert des dessins entre images de synthèse, manga et dessin plus traditionnel. Ce mélange original dépote notamment dans les scènes d'action ou les cases d'exposition des décors, je le trouve moins efficace dans les parties plus intimistes. J'ai trouvé même certains passages laids (2 à 3 dans tout l'ouvrage seulement mais ça compte!). Malgré cette réserve et le manque d'originalité du déroulé, on passe un bon moment d'évasion et parfois de réflexion. Cette BD est donc à découvrir pour son côté fun et court. Avis aux amateurs!

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lundi 14 décembre 2015

"Gandahar" de Jean-Pierre Andrevon

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L'histoire : Au royaume de Gandahar, sur la planète Tridan jadis colonisée par des êtres humains, une vie sereine et pacifique s'est établie, loin de la technologie et de ses instruments de mort. Mais voici que les oiseaux-miroirs, qui veillent aux limites de Gandahar, annoncent qu'une armée de robots destructeurs est en marche, menaçant l'existence même du royaume. Ces hommes-machines invincibles viennent-ils de Tridan, de l'espace, ou bien d'une autre époque ? La Reine Ambisextra confie à un jeune servant, Sylvin Lanvère, la mission de le découvrir pour tenter de sauver Gandahar de ce péril mortel.

La critique de Mr K : Aujourd'hui un sacré trip revival avec Gandahar de Jean-Pierre Andrevon paru en 1969 (bien avant ma naissance), un auteur que j'apprécie tout particulièrement. Plus jeune, j'ai regardé à de multiples reprises le film d'animation éponyme de René Laloux qui exerçait sur moi un fort pouvoir de fascination. Gandahar m'a en quelque sorte initié à la SF dès mon plus jeune âge (vu pour la première fois à 9 ans si je ne m'abuse) et la découverte impromptue de cet ouvrage dans un bac à chinage m'a empli de nostalgie. C'est avec une impatience non feinte que j'entamai ma lecture.

Gandahar est un monde pacifique où la guerre n'a plus le droit de cité. L'ensemble des habitants vivent en bonne intelligence y compris avec la faune et la flore. Monde harmonieux où règne respect et osmose inter-espèces, le temps coule tranquillement. Une menace pourtant va fragiliser ce monde utopique: de mystérieux hommes-machines font leur apparition aux confins du royaume et avancent vers la capitale Jasper en ravageant tout sur leur passage, tuant tout être vivant s'opposant à eux. Complètement désarmée face à une situation si inhabituelle, la reine Ambisextra fait appel à Sylvin Lanvère chevalier du royaume pour enquêter et tenter de trouver une parade à cette invasion venue d'ailleurs...

J'adore le film et j'ai beaucoup aimé ce livre qui s'apparente avant tout à un conte SF, un texte lourd de sens et de sous-entendus dont la lecture conviendra à tout âge tant les grilles de lectures sont nombreuses, chacun pouvant en retirer quelque chose.

Les plus jeunes se verront conter une quête héroïque, une lutte pour la survie d'un monde déclinant avec le personnage central Sylvin, chevalier new age (il est bien perché le bonhomme tout de même!) auquel on s'attache immédiatement. Les rencontres et rebondissements sont nombreux donnant un dynamisme fort au livre qui se lit très vite. Certes, le héros est un peu mièvre et pétri de bons sentiments, rappelons-nous qu'au moment de l'écriture de ce livre, nous sommes à l'aube des 70', la vague beatnik est déjà là et par certains aspects, on pense un peu à Kerouac quand on suit les pérégrinations de Sylvin.

Au delà de la quête en elle-même, les plus grands auront matière à s'interroger sur nombre de sujets qui nous touchent au quotidien et qui, à Gandahar, bouleversent complètement l'ordre du monde: la différence entre besoin et désir (ce dernier accouchant notamment du matérialisme et la dégradation de notre écosystème planétaire), l'immédiateté et la perdurance (culture et nature pour les fans de philo), la querelle des anciens et des modernes… La symbolique est forte dans cet ouvrage, elle est source d'émotion et de réflexion. Comment ne pas faire le parallèle entre la disparition programmée de Gandahar et les propres maux que nous connaissons actuellement entre réchauffement climatique et course en avant sans âme en matière technologique? Pas de réponses dans ce livre mais des pistes de raisonnement fort intéressantes, mâtinées d'évasion et d'aventure.

Pas le temps de s’appesantir dans ce livre, Andrevon va à l'essentiel. À travers de courtes mais remarquables descriptions, il plante le décor de son roman. Malgré cette avarice de mot en la matière, le background est très poussé et évocateur comme jamais: paysages, us et coutumes des gandahariens, les envahisseurs et leurs outils / transports… On est plongé ici dans un univers mêlant habilement fantasy et science-fiction, ce qui donne à ce livre un charme bien particulier. En tous les cas, si vous tentez l'aventure, vous serez dépaysés et parfois étonnés par la logique qui gouverne ce monde imaginaire à nul autre pareil. La lecture est aisée et très agréable, les pages se tournent toutes seules et on est très vite addict.

Au final, on peut dire que Gandahar est un classique du genre, inhabituellement enrichi par des références multiples et habilement mêlées de notre propre monde ce qui lui donne un aspect prophétique indéniable. Une grande et belle expérience littéraire que je vous conseille d'entreprendre à votre tour au plus vite.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Un horizon de cendres
Tout à la main
Le monde enfin
La Fée et le géomètre
Le Travail du furet
- Cauchemar... cauchemars !

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dimanche 29 novembre 2015

Marathon "Hunger Games" de Gary Ross et Francis Lawrence

Hunger Games
L'histoire : Chaque année, dans les ruines de ce qui était autrefois l'Amérique du Nord, le Capitole, l'impitoyable capitale de la nation de Panem, oblige chacun de ses douze districts à envoyer un garçon et une fille - les "Tributs" - concourir aux Hunger Games. A la fois sanction contre la population pour s'être rebellée et stratégie d'intimidation de la part du gouvernement, les Hunger Games sont un événement télévisé national au cours duquel les tributs doivent s'affronter jusqu'à la mort. L'unique survivant est déclaré vainqueur.
La jeune Katniss, 16 ans, se porte volontaire pour prendre la place de sa jeune sœur dans la compétition. Elle se retrouve face à des adversaires surentraînés qui se sont préparés toute leur vie. Elle a pour seuls atouts son instinct et un mentor, Haymitch Abernathy, qui gagna les Hunger Games il y a des années mais n'est plus désormais qu'une épave alcoolique. Pour espérer pouvoir revenir un jour chez elle, Katniss va devoir, une fois dans l'arène, faire des choix impossibles entre la survie et son humanité, entre la vie et l'amour...

Marathon Hunger Games

La critique Nelfesque : Tout le monde ou presque connaît "Hunger Games". Cette trilogie de Suzanne Collins portée à l'écran par Gary Ross pour le 1er volet cinématographique et Francis Lawrence pour les 3 autres. De mon côté, je n'ai pas lu l'oeuvre littéraire (mais je l'envisage maintenant) et je n'avais vu jusqu'alors que le premier film en DVD. Lors de notre soirée "Retour vers le futur", le 21 octobre dernier dans notre cinéma, j'ai gagné des places pour ce marathon de plus de 10h de films ! J'avoue que je ne savais pas bien comment j'allais vivre la chose mais vu qu'on avait gagné les places et qu'on avait plutôt bien aimé le premier, on s'est dit qu'on allait tenter l'expérience. Et on a bien fait ! On a passé une très bonne journée, entourés de passionnés de la saga et 1 semaine après les attentats à Paris, débrancher son cerveau pendant toute une journée était plus que salvateur !

Pas de spoiler ici, je vous parlerai de la saga dans son ensemble sans rentrer dans les détails pour ne pas gâcher la surprise à ceux qui ne l'ont pas encore vu ou qui ne vont pas tarder à aller voir le dernier volet au cinéma. Vous pouvez donc rester...

On suit ici l'histoire de Katniss, 16 ans dans le premier volet, qui va vivre l'expérience des Hunger Games en se désignant à la place de sa jeune soeur. Avec Peeta, jeune boulanger de son district, elle va composer l'équipe 12 et tenter de survivre pour revenir auprès des siens.

Le premier volet fait fortement penser sous certains aspects à "Battle Royal", film culte japonais datant de 2000 et lui-même adapté d'un roman de Kōshun Takami publié un an plus tôt. Nous l'avons d'ailleurs fortement conseillé à notre entourage lors de ce visionnage (qui ne connaissait pas ! C'est possible ça !?) et j'en rajoute une petite couche ici. Regardez "Battle Royal", c'est une tuerie, dans tous les sens du terme !

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Pour de la littérature jeunesse / Young Adult, l'histoire est très bien foutue. Je ne dis pas que la Young Adult est mauvaise en règle général mais pour le peu que j'en connais, il y a à boire et à manger et j'ai tendance à me méfier des phénomènes de mode. Ici, la critique de la société est très intéressante et le traitement vraiment bien dosé.

Bien sûr la saga cinématographique a ses défauts, un certain manichéisme parfois, des bons sentiments et un troisième volet qui tranche avec les autres opus mais dans l'ensemble j'ai vraiment bien adhéré à ce qui nous est proposé. Je ne suis pas restée 10 heures enfermée dans une salle de cinéma à m'ingurgiter des oeuvres que je n'aime pas, je ne suis pas maso ! Non vraiment j'ai été agréablement surprise.

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Le contexte tout d'abord est vraiment très bien dépeint. Nous sommes ici dans un futur non daté, qui fait penser à notre époque parfois (dans les relations familiales, dans certaines problématiques du quotidien) mais qui en est en fait une extension possible. Ici, le monde a évolué et toute l'économie, la politique et les relations de pouvoir ont changé. Pas forcément pour le meilleur...

Les personnages ensuite évoluent d'une façon tout à fait crédible et les acteurs sont très bons. Mention spéciale pour le personnage d'Effie Trinket que j'ai adoré de bout en bout. Et ses tenues ! Un personnage secondaire certes mais qui n'est pas loin d'être mon préféré. Haymitch n'est pas mal non plus dans le genre destroy... J'ai trouvé aussi qu'il y avait un petit côté "Starmania" (coucou la référence française), surtout dans le personnage de Stanley Tucci, le présentateur télé (mais pour ça il faut avoir vu la comédie musicale et non seulement connaître les chansons les plus connues).

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"Hunger Games" est une bonne critique de la société et des dérives de pouvoir. Elle fait la part belle aux luttes sociales et à la jeunesse qui pourra tous nous sauver. C'est un peu idéalisé et quand même bien mignon et naïf par moment mais si ça peut aider nos générations à venir à grandir, c'est une bonne chose. Ça casse aussi pas mal la télé-réalité (un petit côté "The Truman Show" aussi) et tout ce qui tourne autour du spectacle des "Hunger Games" est pathétique et bien flippant.

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Une bonne journée ciné en somme et une saga qui, en plus d'avoir très bien marchée en version papier et version film (un bon gros blockbuster en somme), réussit le pari de véhiculer un message et éveiller les consciences. Perso, je suis pour et vous conseille de découvrir cette série de films (avec 30 trains de retard) ! Joyeux Hunger Games et que le sort vous soit favorable...

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La critique de Mr K: 4,5/6. Quel marathon mes amis, quel marathon! Dix heures de projection de suite après que nous ayons gagné des places lors d'une soirée spéciale Retour vers le futur, un certain 21 octobre 2015 (les plus cinéphiles d'entre vous verront la référence). Honnêtement, je dois vous avouer que je n'étais pas transporté de joie lorsque j'ai su que nous assisterions à cette intégrale. N'ayant pas lu les livres (bien côtés à priori), j'avais vu le premier film à la maison avec Nelfe, je l'avais trouvé sympathique sans pour autant ressentir le besoin irrépressible de suivre les aventures de Katniss au charme pourtant ravageur (pas taper Nelfe, non pas taper!).

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Mais bon, en ces temps de grisaille et de deuil, rien de mieux que le cinéma pour s'évader et penser à autre chose. Bien m'en a pris tant j'ai été conquis par ce spectacle total qui même s'il peut parfois être un peu pataud et cousu de fil blanc se révèle bien fichu et intelligent (pour une super production US). Je vous arrête tout de suite pour celles et ceux qui viendraient me dire que les livres sont cent fois mieux, plus fouillés etc… je m'en doute et il n'est pas du tout exclu qu'un jour je tente l'aventure littéraire et je compatis d'avance avec votre déception tant moi-même j'ai pu la connaître pour des œuvres adorées que j'ai retrouvé massacrées au cinéma (style L'écume des jours de Vian ou encore Le Hobbit de Tolkien dans deux genres tout à fait différents).

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L'univers dystopique est vraiment bien pensé, cette histoire de tribut à verser pour maintenir la paix est un brillant mélange du mythe du Minotaure qui commence avec le tribut que doit verser Athènes à la Crète et le cultissime film japonais Battle royal qui voit un Japon pétrifié par sa jeunesse en colère organiser un jeu sanglant où toute une classe doit s'entre-tuer jusqu'à ce qu'il en reste qu'un (et sans Christophe Lambert!). Dans Hunger Games, une capitale omnipotente règne sans partage et d'une main de fer sur douze districts et à travers un jeu sadique, tire au sort un candidat mâle et un candidat femelle dans chacune de ces zones. L'héroïne se porte volontaire pour sauver sa jeune sœur appelée à faire cet ultime sacrifice. Au fil des quatre films, on explore avec elle les rouages du jeu et du pouvoir qui règne sur Panem. C'est peu reluisant et elle sera soumise à rude épreuve.

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J'ai beaucoup aimé le personnage principal. L'actrice est épatante et dégage une personnalité et une force hors du commun. Le début plutôt classique cède la place à des ramifications narratives intéressantes et tortueuses. Non, Katniss n'est pas parfaite, doute, hésite énormément, héroïne bien malgré elle, elle se débat contre la peur et ses propres errements. Elle a sa part d'ombre ainsi que tous les autres personnages qui loin d'être lisses (comme pourraient le laisser penser les photos de promo montrant ces jeunes gens aux charmes ravageurs) s'avèrent changeants, fragiles et complexes. J'ai aussi adoré le personnage de Peeta que j'ai trouvé très bien construit et lui aussi très touchant. J'ai aussi adoré détester Gale, le bellâtre intéressé. Les acteurs sont vraiment béton surtout qu'ils sont secondés par des pointures au talent reconnu: Donald Sutherland est grimaçant à souhait dans le rôle de l'omni-président autoritaire, Julianne Moore est glaçante et impressionnante de présence en chef d'opposition implacable et démago, Lenny Kravitz éternellement jeune et charismatique en créateur de mode rebelle (très bon acteur), Woody Harrelson terrible en mentor alcoolique aux saillies drôles et cyniques (un de mes persos préférés), Stanley Tucci fascinant dans son rôle de présentateur télé relais du pouvoir en place... Que du beau linge et des interprétations justes et bien pensées.

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L'histoire est complexe et pour une fois, je trouve des vertus vraiment pédagogiques à cette saga estampillée young-adult. Belle réflexion par exemple sur le totalitarisme et son fonctionnement, sur le pouvoir de la propagande (description de sa conception, des buts recherchés et sa mise en place), belle exploration aussi de l'esprit humain notamment dans le traitement de la rébellion mais aussi des collaborateurs, à chacun le jour J de faire son choix... Soit, on pouvait s'attendre à encore plus de profondeur mais on est tout de même face à un produit grand public et je trouve vraiment qu'ici le spectateur n'est pas traité à la légère et il trouvera peut-être un goût renouvelé au fond de lui pour la SF et les univers d'anticipation. Quoi de mieux pour s'ouvrir au monde actuel et aux menaces qui pèsent sur nous?

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Quant au niveau de la technique, le spectacle est vraiment au RDV. De belles images et une BO vraiment agréable que l'on garde en tête bien après le visionnage (ça nous change des BO interchangeables de ce type de films). Les rebondissements sont eux nombreux parfois prévisibles, parfois bluffants avec des scènes vraiment thrash mais abordées avec pudeur (par exemple les événements se déroulant en face du palais présidentiel dans "La Révolte - partie 2"). Quant aux dix dernières minutes de l'ultime volet, je les ai trouvées vraiment magiques, apaisantes et d'une beauté stupéfiante. Je m'y suis totalement retrouvé, rêvant à ce genre de dénouement pour moi-même et mes proches. J'avoue les yeux étaient humides d'émotion quand les lumières se sont rallumées.

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Le point faible de cette tétralogie est pour moi le film 3 que j'ai trouvé bancal et plutôt ennuyeux. À vouloir trop préparer l'opus final, le réalisateur m'a perdu en route. Certains détails scénaristiques m'ont aussi gênés dans les deux derniers volumes avec des choses qui ne tiennent pas debout et des raccourcis simplistes qui à mon avis n'existent pas dans l’œuvre originelle. J'avoue, j'ai pas mal râlé mais ceux qui me connaissent savent que je suis un indécrottable râleur! Et alors? Si vous n'êtes pas content, c'est pareil! lol.

Ces quelques détails n'entachent en rien cette saga qui procure plaisir et réflexion, émotion et adrénaline. Je suis bien content d'avoir pu voir les quatre volets à la suite et vous encourage à en faire de même si l'occasion se présente.

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jeudi 26 novembre 2015

"Une Porte sur l'éther" de Laurent Genefort

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L'histoire: Favor et Dunaskite. Deux planètes reliées par un gigantesque tube de diamant de cent mille kilomètres : l'Axis. C'est par cet artefact extraordinaire, héritage d'une civilisation extraterrestre disparue, que transitent les spores de l'ambrozia, la plante la plus précieuse de l'univers connu. Outre sa fonction de régulateur végétal, c'est aussi une voie de communication prioritaire ; source de richesse autant que foyer de révoltes, l'Axis suscite ainsi la convoitise de dizaines de mondes mais inspire une peur sacrée. Aujourd'hui, la haine que se vouent les habitants des deux planètes menace gravement ce fragile équilibre. La rumeur de guerre gronde, et seul un homme peut empêcher l'irrémédiable...

La critique de Mr K: Retour dans l'univers si foisonnant de Laurent Genefort avec ce roman terminé la veille des Utopiales 2015 et que j'ai du coup fait dédicacer par son auteur. Il faut dire que cette Porte sur l'éther réunit toutes les qualités qu'on connaît au bonhomme: une imagination débridée pour décrire des univers futuristes, un soin méticuleux dans le traitement des personnages et un sens du récit et du suspens qui n'est plus à prouver.

Jarid est un diplomate un peu particulier, son rôle de médiateur est essentiel dans le règlement pacifique de crises intergalactiques. Il est appelé pour une mission autour d'un système planétaire étrange: Favor et Dunaskite sont deux planètes quasi jumelles reliées par un tube de diamant. La crise couve autour de questions économiques (entre autres le commerce et le transport de la fameuse Ambrozia) mais aussi politiques avec notamment au centre du jeu, des peuplades exilées des deux mondes qui se sont réfugiées dans le fameux Axis. Jarid aura fort affaire entre terrorisme, piraterie, raison d'État et génocide larvé.

Ce qu'il y a de fabuleux chez Genefort, c'est sa propension à fournir dans chacun de ses romans un monde foisonnant de détails allant du fonctionnement d'un système astronomique aux us et coutumes d'une peuplade reculée au fin fond d'un artefact extra-terrestre. On est gâté ici avec la mise en exergue d'une lutte de pouvoir pour avoir la main mise sur une denrée et un réseau de transport. On n'est pas loin de Dune dans les thématiques et le rendu est génial. On passe tour à tour des arcanes du pouvoir avec leurs manœuvres en sous main et leurs décisions iniques qui peuvent entraîner des massacres perpétrés au nom de l'intérêt supérieur de l'État. Cette valse diplomatique mortifère met à mal les principes d'un héros qui est loin de se douter des tenants et aboutissants des opérations en cours.

Il finira par rencontrer les habitants de l'Axis dans la deuxième partie du roman. Le lecteur est plus chanceux car il fait la connaissance dès le début de l'ouvrage avec la jeune Hutsuri qui vient de passer son rite de passage à l'âge adulte avec brio. C’est l'occasion de découvrir les origines et les traditions de ces peuples dépossédés de leur biens qui ont du s'installer dans le fameux tube diamanté. Vie rude et simple, ils se sont adaptés. D'autres ont littéralement continué leur évolution vers l'étape des post-humains à l'apparence bien différente de la notre. Alternativement, nous passons de Hatsuri à Jarid d'un chapitre sur l'autre, la rencontre aura bel et bien lieu et provoquera un certain nombre de conséquences importantes qui changeront à jamais la face de l'Axis et des deux planètes qui y sont reliées.

Texte de contrastes, Une Porte sur l'éther est une belle réussite aussi au niveau de la caractérisation des personnages qui bien que classiques dans leurs parcours se révèlent creusés à l'extrême et aussi très attachants. On se plaît à suivre les destins parallèles et pourtant si éloignés de Jarid et Hutsuri, la tension monte crescendo et franchement on tremble pour eux par moment. Il faut dire que les opposants sont aussi très bien croqués et rien ne semble pouvoir leur résister. Le space-opéra est ici jubilatoire, sans lourdeur et d'une belle portée emphatique (reproche parfois formulé envers ce sous-genre SF). L'écriture de Genefort reste toujours aussi accessible et concise, évocatrice à souhait et porteuse d'un message humaniste. On traverse cette lecture avec bonheur, le plaisir est renouvelé de visiter l'univers des Portes de Vangk (univers créé par l'auteur et développé en filigrane dans l'essentiel de ses romans SF). De beaux moments d'évasion. À lire pour tous les amateurs du genre!

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Mémoria
- Les Opéras de l'espace

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vendredi 20 novembre 2015

Nos Utopiales 2015

Il est temps de nous replonger dans la dernière édition du Festival Utopiales qui a eu lieu à Nantes il y a 3 semaines. Ce sera aussi l'occasion de revenir sur de bons souvenirs et en ce moment, il y en a besoin ! Alors c'est parti, en route pour la planète SF !

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Cette année, le thème du Festival International de Science-Fiction était "Réalité(s)". Qu'est-ce que la réalité ? Les Réalités augmentées, les Psycho-réalités, les Réalités alternatives... Tout un programme ! Autant vous dire que le thème nous importe peu puisque cela fait maintenant plusieurs années que nous allons au festival et qu'à chaque fois nous en ressortons enchantés. Cela pourrait être "Les Licornes" ou "Le Bottin à travers les âges", nous serions tout aussi intéressés. Et oui, Les Utopiales, c'est avant tout une ambiance, un état d'esprit et une multitude de choses à voir et à faire. Il y en a pour tous les goûts et tout le monde y trouve son compte.

♠ Côté conférences :

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Le programme tombe toujours assez tard, comprenez une semaine avant le lancement du festival, et chaque année, à J-7, c'est la course à l'hébergement et la mise en place de notre programme perso lorsqu'il est mis en ligne. Cette année, au vu des conférences et des auteurs présents, nous avons décidé d'y aller le vendredi. En général, nous n'y allons qu'une journée mais on a de plus en plus envie de faire le festival sur plusieurs jours et l'an prochain sera peut être (sans doute !) le passage de cap ! Comme d'habitude, il a fallu faire des choix et nous avons assisté à moins de conférences que les autres années.

A 13h00 sur la Scène Hetzel, nous étions à la conférence "Asiles psychiatriques et lieux de réclusion dans la science-fiction". De "L'Antre de la Folie" à "L'Armée des Douze Singes" en passant par "Arkham Asylum", les asiles et mondes-prisons jouent un rôle-clefs dans la science-fiction. Une conférence vraiment très intéressante à laquelle nous sommes arrivés un peu en retard suite à notre séance cinéma (dommage) et où l'on a pu noter quelques références pour de futures lectures et de futurs visionnages.

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A 14h00 à l'Agora de M. Spock, nous étions à la Rencontre entre Michal Ajvaz et Xavier Mauméjean. A ce moment là nous priions très fort pour que Michal Ajvaz obtienne le Prix Utopiales Européen pour son roman "L'Autre Ville" que Mr K avait adoré (et nous avons été exhaussé ! Encore bravo Mirobole !). La discussion fut ardue, technique et poussée mais ce fut un plaisir de voir ainsi attablé deux auteurs que nous aimons beaucoup au Capharnaüm éclairé et ainsi nous amuser de leurs approches d'écriture complètement différentes l'une de l'autre.

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A 17h00, nous avions rendez-vous avec Laurent Genefort pour une "Interro surprise sur... les extraterrestres !" à l'Agora de M. Spock où les festivaliers étaient invités à poser toutes les questions qui leur passaient par la tête sur les petits hommes verts. Une rencontre très sympathique à la fois drôle et intrigante.

A 20h00 sur la Scène Shayol, il était question des "Réalités-gigognes, de Philip K. Dick à Christopher Nolan !". Réalités emboîtées, factices, illusoires... au cinéma, dans la littérature et les comics / BD. Nous avons particulièrement aimé Daniel Tron à la modération. Nous l'avions déjà vu les années précédentes mais cette fois ci nous avons bien noté son nom. Avec sa bonne humeur, son humour et sa pertinence, je pense qu'il sait donner vie à n'importe quel thème. L'an prochain, je le suivrai à la trace je le sens ! Et puis avec un nom pareil, il n'aurait pas pu être ailleurs que dans la grande famille de la SF !

A 21h00, je suis restée au début de la Remise du Prix Verlanger, apprenant quelques minutes plus tôt qu'un hommage serait rendu à Ayerdhal, auteur de SF, décédé quelques jours plus tôt. Un moment d'émotion partagé avec bon nombre d'auteurs et d'amoureux de science-fiction.

♠ Côté cinéma :

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Nous avons décidé cette année de tester les courts métrages et nous nous sommes rendus à une session de Courts où nous avons pu voter pour le Prix du Public. Au programme 7 courts métrages et environ 1h30 de visionnage. Rien de neuf sous le soleil, nous n'avons pas vraiment été convaincu et avons voté pour "le moins pire". Oui, je sais, c'est vache, ça demande beaucoup de boulot tout ça mais quand ça passe pas ça passe pas. Nous n'avons rien vu de novateur ou de complètement dingo et avons eu l'impression de perdre notre temps. Pas sûr qu'on retente l'expérience dans les prochaines années.

♠ Côté expos :

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Manchu nous accueille dès l'entrée du festival. 25 ans de travail et d'illustrations sont ici exposés. Couvertures de romans pour Folio SF notamment, de BD chez Delcourt, travaux de recherches, croquis... Ce digne héritier de Caza nous en met plein les yeux.

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Au Pôle Jeunesse, nous découvrons Yvan Duque. Dans une aventure arctique, il s'amuse de personnages maladroits, les faisant évoluer dans de riches décors qui le font rêver. Vraiment une chouette découverte ! Je vais creuser du côté de cet illustrateur et quand on aura des nains, c'est tout à fait le genre d'illustrations que nous pourrions mettre dans leurs chambres. Vraiment top !

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(désolée pour les reflets, j'ai fait au mieux)

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(là tu peux laisser tes nains si tu as envie de t'en débarasser le temps d'une journée sans qu'ils soient traumatisés)

Pour les 20 ans de Série B, le festival a vu les choses en grand et nous fait entrer dans les coursives d'un vaisseau ! Fondé au début des années 90 par Fred Blanchard et Olivier Vatine, le label Série B est essentiellement né du désir de redéfinir la bande dessinée de genre, au moment où émergeait la "Nouvelle Bande Dessinée". Ici, ce sont de nombreuses BD, de nombreuses planches et quelques tables de travail qui nous sont données à voir. Très bonne idée !

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L'exposition "Wika" est celle qui nous a le moins plu. Olivier Ledroit, papa des "Chroniques de la Lune Noire", et Thomas Day s'associent et revisitent l'univers des fées. C'est très coloré et les filles sont très poumonnées. C'est sans doute mon côté féministe qui ressort (et celui de Mr K avec) mais la quasi omniprésence des gros nichons dans la BD me sort par les trous de nez...

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(il y avait tout de même de chouettes croquis, pour le reste je vous laisse faire la recherche parce que de notre côté, ça ne nous a pas convaincu...)

"Le Passage errant" de Sarah Scaniglia est un travail intéressant de photomontages mêlant détails architecturaux nantais et univers SF.

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"Galactik bricks" proposait au public pendant toute la durée du festival de créer une flotte galactique d’environ 800 vaisseaux en briques LEGO®. Un projet éphémère, original et unique au monde ! Nous étions là au début mais la flotte après 5 jours de festival fut impressionnante !

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♠ Côté rencontres :

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Nous avons passé pas mal de temps au bar de Mme Spock à discuter bouquins avec une éditrice chère à notre coeur. C'est aussi ça les Utopiales, des rencontres, des mots échangés, des bières éclusées... Nous avons aussi fait la connaissance IRL, très rapidement mais avec plaisir, de Mariejuliet et Ptite Trolle. Un tweet posté, une curiosité assouvie. La suite lors de prochaines éditions !

♠ Côté bouquins et dédicaces :

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Bienvenue dans le supermarché de la défonce des amateurs de lecture et de SF en particulier. Ici, t'as les yeux qui te sortent de la tête, t'as envie de tout acheter et tu fais de la muscu pour les 10 prochaines années de ta vie à trimballer tes sacs de bouquins ! Ici, c'est Nantes messieurs dames, c'est la plus grande librairie SF du monde !

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(ne sont-ils pas beaux tous ces petits Mirobole Editions ensemble !?)

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(et ces petits Folio SF !?)

Alors là tu respires bien fort hein, tu penses à ton banquier et tu te munis de ton plus beau stylo pour noircir les pages de ton carnet de plein de nouvelles idées de lecture ! Comment ça, t'en as pas besoin ? T'as déjà une PAL à faire peur ? Arrête, on n'en a jamais assez !

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(coucou les compétiteurs pour le Prix Utopiale Européen)

Achats Uto
(côté achats, voyez comme nous avons fait soft !)

C'est ici qu'ont lieu les séances de dédicaces. Pas de BD de notre côté cette année mais de belles rencontres et de belles retrouvailles avec nos auteurs favoris.

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Laurent Genefort, que nous avions rencontré l'an dernier, a conseillé Mr K pour la suite de sa découverte des Portes de Vangk, un Troll a rajouté un gag à notre exemplaire de "L'Instinct du Troll", Francis Berthelot a signé l'exemplaire d'"Hadès Palace" de Mr K lu et chroniqué au tout début du blog (que les articles étaient courts à l'époque ! (plus courts que l'article que vous êtes en train de lire !!! (hum !))) et on a pu donner notre avis sur la fin du film "Le Prestige" de Nolan à Christopher Priest (joke de l'an dernier où il avait présenté la séance de l'adaptation de son roman du même nom).

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Michal Ajvaz était tout seul à sa table ! Scandale ! Son roman "L'Autre ville" est tellement incroyable ! Lors d'autres séances, nous avons pu constater que ce n'était plus le cas. Ah quand même ! Jean-Claude Dunyach fut LA rencontre de cette année. Nous l'avions seulement croisé les années passées et suite à la lecture de son roman et quelques échanges sur Facebook, nous ne pouvions pas le louper. Jean-Claude est un amour ! Encore une belle rencontre grâce aux Utos ! Pierre Bordage bien sûr, le local de l'étape, celui que l'on est sûr de voir à chaque édition des Utopiales. Bientôt, je crois que tous les livres de Bordage présents dans la bibliothèque de Mr K (autant dire tous les romans de Bordage) seront dédicacés. C'est ça quand on aime... Et Mr K l'aime ! Et puis Xavier Mauméjean, notre chouchou, nous a donné une nouvelle liste de livres à lire avant l'an prochain. C'est maintenant une tradition et ses conseils sont toujours avisés. On repart avec une bonne dose d'amour pour l'année ! Merci !

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Hey Ho !? Y'a quelqu'un !? Vous êtes toujours là !? Oui je sais, c'est un gros pavé que je vous ai écrit aujourd'hui (je vous dis combien j'ai mis d'heures à sélectionner les photos, les retoucher, les uploader et rédiger ce billet ? Non il ne vaut mieux pas, c'est indécent et je saigne des doigts (des yeux aussi remarquez !)). Merci à vous d'avoir lu mon blabla jusqu'au bout. N'hésitez pas à nous laisser un petit mot en commentaires histoire de me rassurer en me disant que vous êtes toujours en vie ! 

Vivement l'an prochain ! A bientôt les Utos !


lundi 16 novembre 2015

"L'Homme qui a perdu la mer" de Théodore Sturgeon

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L'histoire: Imagine que tu es un gosse, et que par une nuit noire tu cours avec un hélicoptère dans ta main, en disant broûm-broûm-broûm. Tu passes près du type malade et il veut que tu fiches le camp avec ton truc. Le type malade est enfoui dans le sable froid; seuls sa tête et son bras gauche émergent. Il est dans un costume à pressurisation et ressemble à un homme-de-Mars. Il repose là, sans bouger, sans essayer. Disons que tu es le gosse. Et aussi le type malade enfoui dans le sable. Tu as perdu la mer. Pourtant, tu as le mal des profondeurs…

La critique de Mr K: Au cours d'un chinage, je suis tombé sur ce recueil de nouvelles de Théodore Sturgeon écrites dans les années 1940 à 1960. J'aime beaucoup cet auteur qui tient une place à part dans mon panthéon de mes auteurs SF préférés. Il n'a pas son pareil pour percer l'esprit humain, décortiquer les liens qui nous unissent et nous les renvoyer en pleine figure à travers des romans marquants comme Les plus qu'humains et l'incontournable Cristal qui songe. Je ne connaissais pas sa facette de noveliste avant cette lecture, je n'ai pas été déçu.

Huit nouvelles composent cet ouvrage et offre un panel varié de grands thèmes de la SF. La conquête spatiale, la guerre atomique et ses retombées (sic), le savant fou qui veut façonner le monde à son image, la fin du monde, des extra-terrestres belliqueux ou victimes de l'incurie humaine, la figure du monstre ou encore les évolutions futures de l'humanité. Le point commun réside dans l'écriture si remarquable de Sturgeon qui s'intéresse avant tout aux relations entre personnes et / ou entités. Bien que les background soient nourris d'éléments purement science-fictionnels, c'est avant tout les oppositions et rapprochements de personnages qui retiennent l'attention et font basculer ce recueil dans le miroir à humanité et à inhumanité. Une fois de plus, Sturgeon plonge dans la matrice humaine à travers des univers décalés et instables.

On s'attache donc beaucoup aux personnages qu'ils soient humains ou non. Chacun voit sa psyché développée, rien n'est gratuit dans les courtes descriptions ou dans les actes relatés. À travers des trajectoires héroïques, tragiques voir drolatiques (l'excellente nouvelle sur l'évasion d'un bébé alien qui se retrouve à observer une classe de primaire humaine) éclaire le lecteur sur des horizons possibles pour les êtres humains, sur les fautes que les hommes ont tendance à réitérer dans l'histoire et sur la solitude de manière générale qui suinte d'une majorité des courts textes proposés ici. On navigue constamment entre mélancolie, interrogations profondes et désappointement face au sort que réserve l'auteur à ses personnages. C'est assez désarçonnant et du coup excitant d'être bousculé dans ses certitudes et d'être surpris, denrée suffisamment rare pour les gros lecteurs pour qu'elle soit ici notée!

L'écriture de Sturgeon reste un plaisir qui se renouvelle de page en page avec un sommet du genre et l'ambitieuse nouvelle qui donne son nom au volume et qui vous déroutera sans doute. Personnellement, j'ai adoré être baladé au gré de l'écriture étrange qui nous y est servie et qui au final sert complètement l'objectif suivi par Sturgeon: parler de l'humain à travers la SF. Deux / trois nouvelles sont un peu en deça mais l'ensemble est de belle valeur et comblera les afficionados du genre ou de l'auteur. À découvrir!

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mercredi 28 octobre 2015

"Sept jours pour expier" de Walter Jon Williams

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L'histoire: Perdue au fond du Nouveau-Mexique, la petite ville minière d'Atocha se meurt doucement, oubliée à l'orée du XXIème siècle, à peine troublée par le Centre de recherches en physique quantique récemment installé à ses portes.

Jusqu'au jour où cet univers provincial va se détraquer pour Loren Hawn, le chef de la police locale : fermeture de la mine de cuivre, troubles en ville, alerte au Laboratoire de technologie avancée.

Mais ce n'est rien à côté de cet homme qui vient de mourir un soir dans ses bras, criblé de balles. Loren Hawn le connaît bien, comme il connaît tout le monde dans le pays : il est déjà mort dans un accident de voiture vingt ans plus tôt...

La critique de Mr K: Imaginez une petite ville américaine typique de la bordure sud en contact avec le Mexique. Rien d’extraordinaire ne s'y passe et tout est réglé comme du papier à musique. La vie suit son cours entre les déplacements pendulaires des habitants (beaucoup de mineurs), les coups payés au bar, les infidélités des maris désœuvrés et le temps qui passe doucement comme dans un roman de Steinbeck. Les ennuis commencent d'abord quand la mine ferme: la violence fait son apparition dans la ville de Loren Hawn, chef de la police locale. Les nuits se suivent et la violence monte crescendo parallèlement à la tension liée aux licenciements massifs et au désœuvrement qui en découle. Et puis, un événement étrange va tout faire basculer: l'irruption d'un mort qui ne semble ne plus l'être pour re-mourir à nouveau! Loren l'a bien vu lui! Miracle? Manipulation? À lui de trouver la réponse mais il n'est pas forcément très bon de remuer certaines choses... il va l'apprendre à ses dépens.

Première mise au point, Sept jours pour expier est inclassable. Bien que présentant quelques éléments de pure science fiction, il lorgne davantage sur la chronique provinciale, le roman noir et le polar bien couillu (et parfois sans grande finesse il faut bien l'avouer). Loren Hawn est l'archétype du héros à l'américaine type Schwarzenegger. Ancien boxeur clandestin épris de sa ville au point de se l'attribuer, devenu chef de la police, il n'hésite pas à rajouter une bonne touche de violence policière lors de ses arrestations. Fasciste sur les bords, borderline, il ne trouve refuge qu'au sein de sa famille (marié, deux enfants) et la foi qui le réconforte lors de ses périodes de moins bien. Malgré tous ces aspects qui sur le papier me déplaisent, l'alchimie prend et même si le personnage dérange et dégoûte, on s'attache à cet homme lié à un passé qu'il ne veut pas lâcher, prisonnier de schémas mentaux dont il ne peut se défaire.

Et pourtant, le monde évolue, même son pasteur lui dit. Ainsi, depuis quelques années, un laboratoire de haute technologie s'est installé dans le voisinage et le secret plane sur ses réelles activités. Une milice privée est chargée de sa sécurité et les fuites d'information ne sont pas pour rassurer notre policier vieux-jeu. La mort de son ami d'enfance déjà décédé (sic) coïncide pile poil avec le début de la semaine d'expiation, 7 jours où chacun va à l'Église suivre les sermons des révérends passant en revue les sept pêchés capitaux. Peu à peu, on fait le lien entre les événements qui se précipitent et cette période spirituelle très particulière.

En creusant, Loren Hawn va se confronter à un monde peu reluisant où corruption et intérêts privés se confondent au détriment des simples citoyens. Des pressions lui sont imposées, la tension s'accentue sur lui et ses proches. Flirtant avec le danger, il ne veut pas dévier de sa route. Les dégâts collatéraux sont nombreux et il flotte une odeur de souffre et de sang sur son passage. Le chef de la police va se battre seul contre tous: la hiérarchie stupide et intéressée, la naïveté des gens d'église, la cruauté et le sadisme des attachés de pouvoir… C'est littéralement Sin City transposée dans une ville du désert du sud qui nous est proposé ici! Les âmes sensibles feraient bien de s'abstenir tant on est parfois bousculé par des propos et des actes type hardboiled à vous faire décrocher la mâchoire (à mettre en parallèle avec les tabassages type Marv que l'on retrouve dans ce livre).

Walter Jon Williams a un sens du rythme narratif remarquable. Le début est certes un peu lent mais à la centième page (sur 520 en tout), l'intrigue décolle pour ne plus atterrir avant une fin tout bonnement apocalyptique, où à l'instar de l'inspecteur Mills dans Seven, le héros va déchaîner sa fureur. La lecture est aisée, plaisante, parfois très drôle (il y a des répliques vraiment tordantes, flirtant avec les punchlines ringardes de film d'action de seconde zone) mais aussi touchante à l'occasion (les scènes dans l'intimité familiale du héros) et tripante lors de scènes d'actions vraiment dantesques!

Un chouette moment de lecture en somme qui ne révolutionne pas le genre mais au caractère addictif et immersif certain. Une expérience que vous ne regretterez pas si vous êtes amateur du genre.

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samedi 17 octobre 2015

"La Face des eaux" de Robert Silverberg

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L'histoire: Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies. Mais lorsque l'armateur Delagard commet l'irréparable, les Gillies décident de chasser les humains. Où fuir ? L'espace est inaccessible. Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu'à se confier à l'océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l'autre côté du monde. S'il existe...

La Critique de Mr K: Un "petit" Silverberg de 509 pages à mon actif aujourd'hui avec La Face des eaux dégoté à petit prix lors d'un chinage de plus. Retour sur une lecture enthousiasmante au possible d'un auteur que j'affectionne tout particulièrement.

L'humanité a essaimé dans l'univers suite à la destruction de sa planète-berceau. Parmi ces mondes nouveaux qui les accueillent bon gré mal gré, il y a Hydros. Largués sans espoir de retour sur ce monde constitué uniquement d'eau, les humains vivent sur des îles artificielles construites par les indigènes locaux: les mystérieux et stoïques Gillies. Ils doivent tout réinventer car la technologie est quasiment inexistante chez ces peuplades paisibles qu'il ne faut pas pour autant aller chatouiller de trop près. La cohabitation se passe cependant sans heurt. C'est sans compter l'avarice et l'ambition propre à notre espèce, personnalisée ici par l'armateur Delagard qui va briser un tabou tacite et provoquer l'exode de toute une communauté humaine insulaire (plusieurs îles coexistent et seule une se voit condamner à partir en exil). Un mois de préparatifs leur est alloué et c'est le grand saut vers l'inconnu, un continent mythique nommé Face des eaux dont les indigènes se sont toujours méfiés et sur lequel circulent les rumeurs les plus folles. Le voyage s'annonce long et pénible…

On peut diviser le présent ouvrage en deux parties. La première nous présente la communauté humaine de Sorve dans sa diversité et son fonctionnement. On retrouve tout le talent de Silverberg pour caractériser ses personnages avec finesse et intelligence. Il dément par là même les avis trop nombreux qui qualifient parfois la SF de genre froid et impersonnel. La SF se fait ici légère et discrète au profit d'existences bien réglées qui vont se voir bousculer par l'incurie de certains. On suit l'action par les yeux de Lawler, médecin officiel de l'ilôt qui nous raconte son île à travers ses souvenirs et ses efforts pour réparer les corps et parfois, les âmes. Le personnage est très attachant car loin des clichés, profondément humain avec ses fêlures et ses aspirations. L'existence est difficile dans ce monde désolé baigné par l'eau à la fois paisible et menaçant, et chacun a sa place, rouage parmi un ensemble qui ne peut fonctionner que par l'imbrication de chacun et des ses aptitudes. Très vite, cet équilibre fragile disparaît pour céder la place à l'inconnu avec la nécessité de partir.

Le voyage commence et l'on se retrouve pleinement dans une œuvre lorgnant vers les romans d'aventures classiques de voyage en mer: la vie à bord avec les tâches routinières, les rapports humains parfois difficiles (crise d'autorité sur le navire, maladie, début de panique...), les accidents de mer, et en plus ici des rencontres étranges avec des créatures vraiment effrayantes. Monstres marins surgis des abysses (on pense à Lovecraft et même à la Bible parfois!), poissons indigènes agressifs, plantes empoisonnées et rampantes sont des adversaires redoutables qu'il va falloir combattre ou contourner. La flottille a fort affaire pour rejoindre le mystérieux continent qui semble se refuser à eux obstinément et agir directement sur leur environnement. Le mystère s'épaissit à l'image des espaces traversés et l'on sent bien que la conclusion du voyage risque d'être amère. On ne se trompe pas avec une fin abrupte mais logique, d'une originalité surprenante (honnêtement, je n'ai pas vu venir le concept) et réussie.

La lecture est immersive à souhait et a fait le bonheur de l'amateur de SF et d'aventure que je suis. Accessible même pour les non initiés, ce roman fait la part belle à l'inconnu, les actes de bravoures et des moments de remise en question plus intimistes. On passe par tous les états et on se demande bien ce qui les attend de l'autre côté de la mer vide. La réponse est cinglante et conclut à merveille une belle expérience littéraire rare et précieuse. Un grand merci à sieur Silverberg qui une fois de plus propose un roman détonant, exaltant et humaniste dans le sens où il propose une belle réflexion sur notre nature profonde. Un must dans le genre!

Déjà chroniqués du même auteur:
- La Guerre du froid
- Le Temps des changements

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jeudi 1 octobre 2015

"FUTU.RE" de Dmitry Glukhovsky

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L'histoire: Dans un avenir pas si lointain… l'humanité a su manipuler son génome pour stopper le processus de vieillissement et jouir ainsi d'une forme d'immortalité. L'Europe, devenue une gigapole hérissée de gratte-ciel où s'entasse l'ensemble de la population, fait figure d'utopie car la vie y est sacrée et la politique de contrôle démographique raisonnée. La loi du Choix prône que tout couple qui souhaite avoir un enfant doit déclarer la grossesse à l'État et désigner le parent qui devra accepter l'injection d'un accélérateur métabolique qui provoquera son décès à plus ou moins brève échéance.

Une mort pour une vie, c'est le prix de l'État providence européen.

Matricule 717 est un membre de la Phalange qui débusque les contrevenants. Il vit dans un cube miteux de deux mètres d'arête et se contente du boulot de bras droit d'un commandant de groupe d'intervention. Un jour, pourtant, le destin semble lui sourire quand un sénateur lui propose un travail en sous-main : éliminer un activiste du parti de la Vie, farouche opposant à la loi du Choix et au parti de l'Immortalité, qui menace de briser un statu quo séculaire.

La critique de Mr K: Attention chef d’œuvre! Sans doute la plus grande claque littéraire dans le domaine de la SF que je me sois pris par un auteur contemporain depuis ma découverte de la trilogie des Guerriers du silence de Pierre Bordage et du Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite. Grand prix des Utopiales 2014 avec son ouvrage précédent (pas encore lu mais ça ne saurait tarder!), Glukhovsky prouve avec ce livre-somme de 736 pages que les comparaisons avec Huxley et Orwell circulant à son propos ne sont pas usurpées. J'en reviens toujours pas tant ce livre m'a procuré à la fois évasion, réflexion et tout un cortège d'émotions contradictoires.

Dans l'Europe de FUTU.RE, les hommes sont devenus des Dieux: ils ont vaincu la Mort. Mais à quel prix? À cause de la surpopulation (120 milliards d'individus rien que sur notre continent), il interdit d'avoir des enfants. Les contrevenants sont soumis à la loi du Choix où un des parents peut échanger sa vie contre celle de sa progéniture. Le héros n'est qu'un petit maillon de la chaîne en apparence. Enfant élevé par l'État suite à la défection (Disparition? Exécution?) de ses parents, le Matricule 717 est un membre de la Phalange, bras armé de l'ordre chargé de faire respecter la loi du Choix avec des pouvoirs étendus. Véritable milice fasciste, rien ne le prédispose à sortir du lot, il traverse sa vie d'immortel sans passion, bourré de tranquillisants comme l'ensemble de la population. Son destin va basculer lorsqu'un sénateur haut placé va lui confier une mission peu ordinaire. Il va devoir assassiner un opposant politique qui prône notamment la suppression de la loi du Choix. La mécanique s'installe et une rencontre fortuite va lui faire découvrir un sentiment qu'il n'avait jamais éprouvé jusque là: l'Amour. Perturbé, déphasé et perdu, 717 rentre alors dans l’œil du cyclone entre questionnements intérieurs, complot mondial et course contre la montre dans un monde devenu mortifère et aseptisé.

Ce livre est une merveille d'intelligence et de virtuosité narrative. Le lecteur est captivé dès le premier chapitre et je vous assure qu'il est tout bonnement impossible de ne pas penser à ce livre, à cette histoire quand on n'est plus en pleine lecture (au travail, durant les repas, même dans mes rêves, je vous jure!). C'est suffisamment rare pour être souligné, l'addiction est puissante tout comme le souffle qui règne sur l'ensemble de cet ouvrage.

La dystopie est ici d'une grande noirceur comme dans les livres des deux auteurs pré-cités. L'Utopie d'origine a engendré un monstre totalitaire cloisonnant les gens et leurs esprits. Dieu est mort, place à l'éternelle félicité programmée, standardisée et chimique car on assomme les populations sous les cachetons pour éviter les "pétages de plomb" qui plomberaient (sic) la belle perfection de cette Europe radieuse et puissante. Le pouvoir en place s'appuie sur les immortels (guerriers cachés sous le masque d'Apollon / Méduse, superbe couverture soit dit en passant!) qui distillent la peur et maintiennent l'ordre mou ambiant. C'est le règne de l'apparence et de la superficialité, tout être vieillissant (les fameux injectés punis pour avoir désobéi) est montré du doigt et mis à l'écart. Aux portes de l'Europe, les migrants s'amassent, attirés qu'ils sont par les promesses d'un continent prospère où chacun peut vivre éternellement. Mais comme dans notre monde réel, ils sont rejetés, ignorés et décriés. Toute ressemblance avec une actualité récente ne serait que fortuite bien évidemment! Le background fait vraiment froid dans le dos, l'humanité par son accession au savoir suprême semble avoir perdu toute empathie et morale (déjà qu'à la base ce n'était pas gagné!).

L'Europe n'est plus qu'une grande forêt de tours hautes de plusieurs kilomètres reliées entre elles par des tubes et des transports en commun. C'est le règne de la technologie qui a vaincu la Nature, disparue depuis longtemps au profit de la "Culture". Le roman nous transporte dans une vision du future d'une grande froideur et d'une précision chirurgicale. L'auteur nous propose des descriptions grandiose teintées d'amertume comme rarement j'ai pu en lire auparavant, le tout dans un style léger et très accessible. On voyage beaucoup entre les dortoirs glaçants où sont "éduqués" les futurs immortels, les cellules-blocs servant d'appartements aux plus modestes, les quartiers déshérités de Barcelone la rebelle, les bains-publics alvéolaires, les bureaux des puissants perchés à plus de 500 étages de hauteurs, des parcs artificiels recréant une illusion de nature, les usines automatisées où est fabriquée la nourriture.

Au milieu de tout cela, 717 se débat entre son éducation qui l'a transformé en être violent et primal et ses différentes rencontres notamment Annelie. Loin des poncifs, des attentes classiques, le personnage principal attise tour à tour la curiosité du lecteur, son agacement, son horreur parfois mais aussi le dégoût, la compassion et même la tristesse. A deux reprises, je n'étais pas loin de verser ma petite larme. La fin du livre est d'une intensité redoutable pour le personnage principal et le lecteur pris en otage. De manière générale, Glukhovski est un orfèvre, les personnages sont fouillés, complexes et leurs interactions ne laissent rien au hasard. Le scénario général fait place à des ramifications multiples et saisissantes, les révélations sont nombreuses (jusqu'à l'ultime page tout de même!). Il n'y a pas de trop plein avec ces plus de 700 pages, quand on referme le livre, on regretterait presque que ce soit fini!

FUTU.RE fut une lecture immersive et prenante comme jamais. On ressort avec l'impression d'avoir lu un texte clef, unique et marquant. Je n'oublierai pas de sitôt cette dystopie à la fois thrash (des passages sont bien rudes, âmes sensibles méfiez-vous), poignante (le passage dans la mission catholique est tout bonnement cristallin et magnifique) et prophétique (Mon Dieu, on fonce vers ce genre de société!). Un grand, un très grand, un énorme moment de littérature comme on en vit peu dans une vie. Il rentre directement dans mon panthéon des dix meilleurs romans que j'ai jamais lu. Alors franchement… Qu'attendez-vous? Foncez, le futur est à portée de page!

mardi 29 septembre 2015

"L'Arrière-monde" de Pierre Gripari

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L'histoire: On ne fait pas ce qu'on veut dans l'imaginaire. Chaque monde parallèle a ses lois qui, pour être inconnues, n'en sont pas moins précises. Si vous croyez y pouvoir fuir la tyrannie que vous reprochez aux lois du monde réel, vous vous trompez. Il ne s'agit ni d'invention, ni d'évasion, mais d'expérience! Le monde réel est une croûte, une surface à crever, c'est vrai. Mais une fois crevée cette surface, la vérité, l'erreur, la surprise et l'effort gardent tout leur sens…

La critique de Mr K: Les Contes de la rue Mouffetard ont bercé mon enfance. Quand j'y pense, une douce nostalgie m'envahit en me remémorant ces historiettes décalées que j'ai lu et relu en leur temps (m'est avis d'ailleurs que je remettrai bien la main dessus pour les relire encore! Aie ma PAL!). C'est le hasard une fois de plus qui me mit sur la route de ce recueil de treize nouvelles destinées cette fois ci à un public adulte. Un post nostalgique sur la blogosphère m'y fit penser et je décidai d'entreprendre cette lecture.

Gripari dans son recueil L'Arrière-monde verse dans la SF et l'absurde. On y croise nombre de personnages étranges et autres créatures improbables: une limace à l'appétit gargantuesque créée de toute pièce par un savant fou, un fabricant de rêve qui en obtenant une promotion se voit confier la mission de créer un cauchemar, un robot femelle au grand cœur qui vient au secours de deux amoureux, une bonne-sœur mariée au Bon Dieu dans tous les sens du terme, un personnage qui raconte sa propre histoire (beau challenge narratif!), un compte rendu d'exploration spatio-temporelle de notre planète par cinq espions extra-terrestres, une interview déjantée du Père-Noël, le récit d'une prostituée racontant une histoire à la Benjamin Button, des extra-terrestres qui colonisent la Terre sans désir de la changer, un homme qui fait transplanter son cerveau dans un corps robotique, deux personnages dotés du don d'ubiquité (dans une nouvelle rédigée sous forme théâtrale), une bonne témoignant pour son maître-vampire et Dieu lui-même qui apparaît à tous dans une ultime nouvelle aussi divine que pessimiste.

C'est autant de petites histoires qui au-delà de ce qu'elles racontent nous font réfléchir à des sujets plus graves qu'il n'y paraît. Daté de 1969, en filigrane il y a des notions qui aujourd'hui n'ont plus lieu d'être, notamment la Guerre Froide qui transparaît dans 4 / 5 nouvelles. La lutte des deux blocs faisant rage, l'auteur l'utilise notamment dans ses nouvelles prospectives où il imagine le futur de notre Planète bleue. À ce petit jeu, la critique est acerbe et nul n'est épargné que ce soit les capitalistes libéraux américains ou les soviets collectivistes de l'est. Il flotte donc un petit parfum désuet sur certaines histoires qui n'est pas pour me déplaire et flatte nos connaissances de cette époque pas si lointaine et qui influence encore aujourd'hui la géopolitique mondiale (notamment l'interventionnisme forcené de Poutine en Ukraine au hasard…).

Il y a aussi dans ces nouvelles des réflexions sur l'humain en lui-même: sa capacité de nuisance notamment que l'on retrouve condamnée avec finesse au détour des histoires qui nous sont ici proposées avec parfois des êtres artificiels ou d'autres venus de l'espace bien plus sages que nous autres Homo Sapiens Violens. Beaucoup d'interrogations aussi sur Dieu et la foi, le rapport qu'entretiennent les hommes avec leurs croyances. Gripari était un athéiste forcené et il ne se prive pas pour livrer sur deux nouvelles un avis rigolard et décomplexé sur le sujet. Rafraîchissant sans pour autant tomber dans la charge anticléricale aveugle!

Ce livre se lit aisément et avec intérêt. Le style Gripari reste le même: accessible et limpide. On retrouve un sens du rythme rapide et efficace, des changements de ton parfois déconcertant (j'adore cela dans une lecture!) et un univers farfelu vraiment prenant avec ici des saillies connotées sexuellement qui se destine comme dit précédemment principalement vers les adultes. Ces nouvelles réservent beaucoup de surprises et malgré quelques fins de récit parfois "faciles", on ressort de cette lecture enthousiaste et heureux. Une belle expérience pour un trip "revival" de plus.

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