lundi 16 novembre 2015

"L'Homme qui a perdu la mer" de Théodore Sturgeon

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L'histoire: Imagine que tu es un gosse, et que par une nuit noire tu cours avec un hélicoptère dans ta main, en disant broûm-broûm-broûm. Tu passes près du type malade et il veut que tu fiches le camp avec ton truc. Le type malade est enfoui dans le sable froid; seuls sa tête et son bras gauche émergent. Il est dans un costume à pressurisation et ressemble à un homme-de-Mars. Il repose là, sans bouger, sans essayer. Disons que tu es le gosse. Et aussi le type malade enfoui dans le sable. Tu as perdu la mer. Pourtant, tu as le mal des profondeurs…

La critique de Mr K: Au cours d'un chinage, je suis tombé sur ce recueil de nouvelles de Théodore Sturgeon écrites dans les années 1940 à 1960. J'aime beaucoup cet auteur qui tient une place à part dans mon panthéon de mes auteurs SF préférés. Il n'a pas son pareil pour percer l'esprit humain, décortiquer les liens qui nous unissent et nous les renvoyer en pleine figure à travers des romans marquants comme Les plus qu'humains et l'incontournable Cristal qui songe. Je ne connaissais pas sa facette de noveliste avant cette lecture, je n'ai pas été déçu.

Huit nouvelles composent cet ouvrage et offre un panel varié de grands thèmes de la SF. La conquête spatiale, la guerre atomique et ses retombées (sic), le savant fou qui veut façonner le monde à son image, la fin du monde, des extra-terrestres belliqueux ou victimes de l'incurie humaine, la figure du monstre ou encore les évolutions futures de l'humanité. Le point commun réside dans l'écriture si remarquable de Sturgeon qui s'intéresse avant tout aux relations entre personnes et / ou entités. Bien que les background soient nourris d'éléments purement science-fictionnels, c'est avant tout les oppositions et rapprochements de personnages qui retiennent l'attention et font basculer ce recueil dans le miroir à humanité et à inhumanité. Une fois de plus, Sturgeon plonge dans la matrice humaine à travers des univers décalés et instables.

On s'attache donc beaucoup aux personnages qu'ils soient humains ou non. Chacun voit sa psyché développée, rien n'est gratuit dans les courtes descriptions ou dans les actes relatés. À travers des trajectoires héroïques, tragiques voir drolatiques (l'excellente nouvelle sur l'évasion d'un bébé alien qui se retrouve à observer une classe de primaire humaine) éclaire le lecteur sur des horizons possibles pour les êtres humains, sur les fautes que les hommes ont tendance à réitérer dans l'histoire et sur la solitude de manière générale qui suinte d'une majorité des courts textes proposés ici. On navigue constamment entre mélancolie, interrogations profondes et désappointement face au sort que réserve l'auteur à ses personnages. C'est assez désarçonnant et du coup excitant d'être bousculé dans ses certitudes et d'être surpris, denrée suffisamment rare pour les gros lecteurs pour qu'elle soit ici notée!

L'écriture de Sturgeon reste un plaisir qui se renouvelle de page en page avec un sommet du genre et l'ambitieuse nouvelle qui donne son nom au volume et qui vous déroutera sans doute. Personnellement, j'ai adoré être baladé au gré de l'écriture étrange qui nous y est servie et qui au final sert complètement l'objectif suivi par Sturgeon: parler de l'humain à travers la SF. Deux / trois nouvelles sont un peu en deça mais l'ensemble est de belle valeur et comblera les afficionados du genre ou de l'auteur. À découvrir!

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mercredi 28 octobre 2015

"Sept jours pour expier" de Walter Jon Williams

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L'histoire: Perdue au fond du Nouveau-Mexique, la petite ville minière d'Atocha se meurt doucement, oubliée à l'orée du XXIème siècle, à peine troublée par le Centre de recherches en physique quantique récemment installé à ses portes.

Jusqu'au jour où cet univers provincial va se détraquer pour Loren Hawn, le chef de la police locale : fermeture de la mine de cuivre, troubles en ville, alerte au Laboratoire de technologie avancée.

Mais ce n'est rien à côté de cet homme qui vient de mourir un soir dans ses bras, criblé de balles. Loren Hawn le connaît bien, comme il connaît tout le monde dans le pays : il est déjà mort dans un accident de voiture vingt ans plus tôt...

La critique de Mr K: Imaginez une petite ville américaine typique de la bordure sud en contact avec le Mexique. Rien d’extraordinaire ne s'y passe et tout est réglé comme du papier à musique. La vie suit son cours entre les déplacements pendulaires des habitants (beaucoup de mineurs), les coups payés au bar, les infidélités des maris désœuvrés et le temps qui passe doucement comme dans un roman de Steinbeck. Les ennuis commencent d'abord quand la mine ferme: la violence fait son apparition dans la ville de Loren Hawn, chef de la police locale. Les nuits se suivent et la violence monte crescendo parallèlement à la tension liée aux licenciements massifs et au désœuvrement qui en découle. Et puis, un événement étrange va tout faire basculer: l'irruption d'un mort qui ne semble ne plus l'être pour re-mourir à nouveau! Loren l'a bien vu lui! Miracle? Manipulation? À lui de trouver la réponse mais il n'est pas forcément très bon de remuer certaines choses... il va l'apprendre à ses dépens.

Première mise au point, Sept jours pour expier est inclassable. Bien que présentant quelques éléments de pure science fiction, il lorgne davantage sur la chronique provinciale, le roman noir et le polar bien couillu (et parfois sans grande finesse il faut bien l'avouer). Loren Hawn est l'archétype du héros à l'américaine type Schwarzenegger. Ancien boxeur clandestin épris de sa ville au point de se l'attribuer, devenu chef de la police, il n'hésite pas à rajouter une bonne touche de violence policière lors de ses arrestations. Fasciste sur les bords, borderline, il ne trouve refuge qu'au sein de sa famille (marié, deux enfants) et la foi qui le réconforte lors de ses périodes de moins bien. Malgré tous ces aspects qui sur le papier me déplaisent, l'alchimie prend et même si le personnage dérange et dégoûte, on s'attache à cet homme lié à un passé qu'il ne veut pas lâcher, prisonnier de schémas mentaux dont il ne peut se défaire.

Et pourtant, le monde évolue, même son pasteur lui dit. Ainsi, depuis quelques années, un laboratoire de haute technologie s'est installé dans le voisinage et le secret plane sur ses réelles activités. Une milice privée est chargée de sa sécurité et les fuites d'information ne sont pas pour rassurer notre policier vieux-jeu. La mort de son ami d'enfance déjà décédé (sic) coïncide pile poil avec le début de la semaine d'expiation, 7 jours où chacun va à l'Église suivre les sermons des révérends passant en revue les sept pêchés capitaux. Peu à peu, on fait le lien entre les événements qui se précipitent et cette période spirituelle très particulière.

En creusant, Loren Hawn va se confronter à un monde peu reluisant où corruption et intérêts privés se confondent au détriment des simples citoyens. Des pressions lui sont imposées, la tension s'accentue sur lui et ses proches. Flirtant avec le danger, il ne veut pas dévier de sa route. Les dégâts collatéraux sont nombreux et il flotte une odeur de souffre et de sang sur son passage. Le chef de la police va se battre seul contre tous: la hiérarchie stupide et intéressée, la naïveté des gens d'église, la cruauté et le sadisme des attachés de pouvoir… C'est littéralement Sin City transposée dans une ville du désert du sud qui nous est proposé ici! Les âmes sensibles feraient bien de s'abstenir tant on est parfois bousculé par des propos et des actes type hardboiled à vous faire décrocher la mâchoire (à mettre en parallèle avec les tabassages type Marv que l'on retrouve dans ce livre).

Walter Jon Williams a un sens du rythme narratif remarquable. Le début est certes un peu lent mais à la centième page (sur 520 en tout), l'intrigue décolle pour ne plus atterrir avant une fin tout bonnement apocalyptique, où à l'instar de l'inspecteur Mills dans Seven, le héros va déchaîner sa fureur. La lecture est aisée, plaisante, parfois très drôle (il y a des répliques vraiment tordantes, flirtant avec les punchlines ringardes de film d'action de seconde zone) mais aussi touchante à l'occasion (les scènes dans l'intimité familiale du héros) et tripante lors de scènes d'actions vraiment dantesques!

Un chouette moment de lecture en somme qui ne révolutionne pas le genre mais au caractère addictif et immersif certain. Une expérience que vous ne regretterez pas si vous êtes amateur du genre.

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samedi 17 octobre 2015

"La Face des eaux" de Robert Silverberg

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L'histoire: Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies. Mais lorsque l'armateur Delagard commet l'irréparable, les Gillies décident de chasser les humains. Où fuir ? L'espace est inaccessible. Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu'à se confier à l'océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l'autre côté du monde. S'il existe...

La Critique de Mr K: Un "petit" Silverberg de 509 pages à mon actif aujourd'hui avec La Face des eaux dégoté à petit prix lors d'un chinage de plus. Retour sur une lecture enthousiasmante au possible d'un auteur que j'affectionne tout particulièrement.

L'humanité a essaimé dans l'univers suite à la destruction de sa planète-berceau. Parmi ces mondes nouveaux qui les accueillent bon gré mal gré, il y a Hydros. Largués sans espoir de retour sur ce monde constitué uniquement d'eau, les humains vivent sur des îles artificielles construites par les indigènes locaux: les mystérieux et stoïques Gillies. Ils doivent tout réinventer car la technologie est quasiment inexistante chez ces peuplades paisibles qu'il ne faut pas pour autant aller chatouiller de trop près. La cohabitation se passe cependant sans heurt. C'est sans compter l'avarice et l'ambition propre à notre espèce, personnalisée ici par l'armateur Delagard qui va briser un tabou tacite et provoquer l'exode de toute une communauté humaine insulaire (plusieurs îles coexistent et seule une se voit condamner à partir en exil). Un mois de préparatifs leur est alloué et c'est le grand saut vers l'inconnu, un continent mythique nommé Face des eaux dont les indigènes se sont toujours méfiés et sur lequel circulent les rumeurs les plus folles. Le voyage s'annonce long et pénible…

On peut diviser le présent ouvrage en deux parties. La première nous présente la communauté humaine de Sorve dans sa diversité et son fonctionnement. On retrouve tout le talent de Silverberg pour caractériser ses personnages avec finesse et intelligence. Il dément par là même les avis trop nombreux qui qualifient parfois la SF de genre froid et impersonnel. La SF se fait ici légère et discrète au profit d'existences bien réglées qui vont se voir bousculer par l'incurie de certains. On suit l'action par les yeux de Lawler, médecin officiel de l'ilôt qui nous raconte son île à travers ses souvenirs et ses efforts pour réparer les corps et parfois, les âmes. Le personnage est très attachant car loin des clichés, profondément humain avec ses fêlures et ses aspirations. L'existence est difficile dans ce monde désolé baigné par l'eau à la fois paisible et menaçant, et chacun a sa place, rouage parmi un ensemble qui ne peut fonctionner que par l'imbrication de chacun et des ses aptitudes. Très vite, cet équilibre fragile disparaît pour céder la place à l'inconnu avec la nécessité de partir.

Le voyage commence et l'on se retrouve pleinement dans une œuvre lorgnant vers les romans d'aventures classiques de voyage en mer: la vie à bord avec les tâches routinières, les rapports humains parfois difficiles (crise d'autorité sur le navire, maladie, début de panique...), les accidents de mer, et en plus ici des rencontres étranges avec des créatures vraiment effrayantes. Monstres marins surgis des abysses (on pense à Lovecraft et même à la Bible parfois!), poissons indigènes agressifs, plantes empoisonnées et rampantes sont des adversaires redoutables qu'il va falloir combattre ou contourner. La flottille a fort affaire pour rejoindre le mystérieux continent qui semble se refuser à eux obstinément et agir directement sur leur environnement. Le mystère s'épaissit à l'image des espaces traversés et l'on sent bien que la conclusion du voyage risque d'être amère. On ne se trompe pas avec une fin abrupte mais logique, d'une originalité surprenante (honnêtement, je n'ai pas vu venir le concept) et réussie.

La lecture est immersive à souhait et a fait le bonheur de l'amateur de SF et d'aventure que je suis. Accessible même pour les non initiés, ce roman fait la part belle à l'inconnu, les actes de bravoures et des moments de remise en question plus intimistes. On passe par tous les états et on se demande bien ce qui les attend de l'autre côté de la mer vide. La réponse est cinglante et conclut à merveille une belle expérience littéraire rare et précieuse. Un grand merci à sieur Silverberg qui une fois de plus propose un roman détonant, exaltant et humaniste dans le sens où il propose une belle réflexion sur notre nature profonde. Un must dans le genre!

Déjà chroniqués du même auteur:
- La Guerre du froid
- Le Temps des changements

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jeudi 1 octobre 2015

"FUTU.RE" de Dmitry Glukhovsky

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L'histoire: Dans un avenir pas si lointain… l'humanité a su manipuler son génome pour stopper le processus de vieillissement et jouir ainsi d'une forme d'immortalité. L'Europe, devenue une gigapole hérissée de gratte-ciel où s'entasse l'ensemble de la population, fait figure d'utopie car la vie y est sacrée et la politique de contrôle démographique raisonnée. La loi du Choix prône que tout couple qui souhaite avoir un enfant doit déclarer la grossesse à l'État et désigner le parent qui devra accepter l'injection d'un accélérateur métabolique qui provoquera son décès à plus ou moins brève échéance.

Une mort pour une vie, c'est le prix de l'État providence européen.

Matricule 717 est un membre de la Phalange qui débusque les contrevenants. Il vit dans un cube miteux de deux mètres d'arête et se contente du boulot de bras droit d'un commandant de groupe d'intervention. Un jour, pourtant, le destin semble lui sourire quand un sénateur lui propose un travail en sous-main : éliminer un activiste du parti de la Vie, farouche opposant à la loi du Choix et au parti de l'Immortalité, qui menace de briser un statu quo séculaire.

La critique de Mr K: Attention chef d’œuvre! Sans doute la plus grande claque littéraire dans le domaine de la SF que je me sois pris par un auteur contemporain depuis ma découverte de la trilogie des Guerriers du silence de Pierre Bordage et du Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite. Grand prix des Utopiales 2014 avec son ouvrage précédent (pas encore lu mais ça ne saurait tarder!), Glukhovsky prouve avec ce livre-somme de 736 pages que les comparaisons avec Huxley et Orwell circulant à son propos ne sont pas usurpées. J'en reviens toujours pas tant ce livre m'a procuré à la fois évasion, réflexion et tout un cortège d'émotions contradictoires.

Dans l'Europe de FUTU.RE, les hommes sont devenus des Dieux: ils ont vaincu la Mort. Mais à quel prix? À cause de la surpopulation (120 milliards d'individus rien que sur notre continent), il interdit d'avoir des enfants. Les contrevenants sont soumis à la loi du Choix où un des parents peut échanger sa vie contre celle de sa progéniture. Le héros n'est qu'un petit maillon de la chaîne en apparence. Enfant élevé par l'État suite à la défection (Disparition? Exécution?) de ses parents, le Matricule 717 est un membre de la Phalange, bras armé de l'ordre chargé de faire respecter la loi du Choix avec des pouvoirs étendus. Véritable milice fasciste, rien ne le prédispose à sortir du lot, il traverse sa vie d'immortel sans passion, bourré de tranquillisants comme l'ensemble de la population. Son destin va basculer lorsqu'un sénateur haut placé va lui confier une mission peu ordinaire. Il va devoir assassiner un opposant politique qui prône notamment la suppression de la loi du Choix. La mécanique s'installe et une rencontre fortuite va lui faire découvrir un sentiment qu'il n'avait jamais éprouvé jusque là: l'Amour. Perturbé, déphasé et perdu, 717 rentre alors dans l’œil du cyclone entre questionnements intérieurs, complot mondial et course contre la montre dans un monde devenu mortifère et aseptisé.

Ce livre est une merveille d'intelligence et de virtuosité narrative. Le lecteur est captivé dès le premier chapitre et je vous assure qu'il est tout bonnement impossible de ne pas penser à ce livre, à cette histoire quand on n'est plus en pleine lecture (au travail, durant les repas, même dans mes rêves, je vous jure!). C'est suffisamment rare pour être souligné, l'addiction est puissante tout comme le souffle qui règne sur l'ensemble de cet ouvrage.

La dystopie est ici d'une grande noirceur comme dans les livres des deux auteurs pré-cités. L'Utopie d'origine a engendré un monstre totalitaire cloisonnant les gens et leurs esprits. Dieu est mort, place à l'éternelle félicité programmée, standardisée et chimique car on assomme les populations sous les cachetons pour éviter les "pétages de plomb" qui plomberaient (sic) la belle perfection de cette Europe radieuse et puissante. Le pouvoir en place s'appuie sur les immortels (guerriers cachés sous le masque d'Apollon / Méduse, superbe couverture soit dit en passant!) qui distillent la peur et maintiennent l'ordre mou ambiant. C'est le règne de l'apparence et de la superficialité, tout être vieillissant (les fameux injectés punis pour avoir désobéi) est montré du doigt et mis à l'écart. Aux portes de l'Europe, les migrants s'amassent, attirés qu'ils sont par les promesses d'un continent prospère où chacun peut vivre éternellement. Mais comme dans notre monde réel, ils sont rejetés, ignorés et décriés. Toute ressemblance avec une actualité récente ne serait que fortuite bien évidemment! Le background fait vraiment froid dans le dos, l'humanité par son accession au savoir suprême semble avoir perdu toute empathie et morale (déjà qu'à la base ce n'était pas gagné!).

L'Europe n'est plus qu'une grande forêt de tours hautes de plusieurs kilomètres reliées entre elles par des tubes et des transports en commun. C'est le règne de la technologie qui a vaincu la Nature, disparue depuis longtemps au profit de la "Culture". Le roman nous transporte dans une vision du future d'une grande froideur et d'une précision chirurgicale. L'auteur nous propose des descriptions grandiose teintées d'amertume comme rarement j'ai pu en lire auparavant, le tout dans un style léger et très accessible. On voyage beaucoup entre les dortoirs glaçants où sont "éduqués" les futurs immortels, les cellules-blocs servant d'appartements aux plus modestes, les quartiers déshérités de Barcelone la rebelle, les bains-publics alvéolaires, les bureaux des puissants perchés à plus de 500 étages de hauteurs, des parcs artificiels recréant une illusion de nature, les usines automatisées où est fabriquée la nourriture.

Au milieu de tout cela, 717 se débat entre son éducation qui l'a transformé en être violent et primal et ses différentes rencontres notamment Annelie. Loin des poncifs, des attentes classiques, le personnage principal attise tour à tour la curiosité du lecteur, son agacement, son horreur parfois mais aussi le dégoût, la compassion et même la tristesse. A deux reprises, je n'étais pas loin de verser ma petite larme. La fin du livre est d'une intensité redoutable pour le personnage principal et le lecteur pris en otage. De manière générale, Glukhovski est un orfèvre, les personnages sont fouillés, complexes et leurs interactions ne laissent rien au hasard. Le scénario général fait place à des ramifications multiples et saisissantes, les révélations sont nombreuses (jusqu'à l'ultime page tout de même!). Il n'y a pas de trop plein avec ces plus de 700 pages, quand on referme le livre, on regretterait presque que ce soit fini!

FUTU.RE fut une lecture immersive et prenante comme jamais. On ressort avec l'impression d'avoir lu un texte clef, unique et marquant. Je n'oublierai pas de sitôt cette dystopie à la fois thrash (des passages sont bien rudes, âmes sensibles méfiez-vous), poignante (le passage dans la mission catholique est tout bonnement cristallin et magnifique) et prophétique (Mon Dieu, on fonce vers ce genre de société!). Un grand, un très grand, un énorme moment de littérature comme on en vit peu dans une vie. Il rentre directement dans mon panthéon des dix meilleurs romans que j'ai jamais lu. Alors franchement… Qu'attendez-vous? Foncez, le futur est à portée de page!

mardi 29 septembre 2015

"L'Arrière-monde" de Pierre Gripari

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L'histoire: On ne fait pas ce qu'on veut dans l'imaginaire. Chaque monde parallèle a ses lois qui, pour être inconnues, n'en sont pas moins précises. Si vous croyez y pouvoir fuir la tyrannie que vous reprochez aux lois du monde réel, vous vous trompez. Il ne s'agit ni d'invention, ni d'évasion, mais d'expérience! Le monde réel est une croûte, une surface à crever, c'est vrai. Mais une fois crevée cette surface, la vérité, l'erreur, la surprise et l'effort gardent tout leur sens…

La critique de Mr K: Les Contes de la rue Mouffetard ont bercé mon enfance. Quand j'y pense, une douce nostalgie m'envahit en me remémorant ces historiettes décalées que j'ai lu et relu en leur temps (m'est avis d'ailleurs que je remettrai bien la main dessus pour les relire encore! Aie ma PAL!). C'est le hasard une fois de plus qui me mit sur la route de ce recueil de treize nouvelles destinées cette fois ci à un public adulte. Un post nostalgique sur la blogosphère m'y fit penser et je décidai d'entreprendre cette lecture.

Gripari dans son recueil L'Arrière-monde verse dans la SF et l'absurde. On y croise nombre de personnages étranges et autres créatures improbables: une limace à l'appétit gargantuesque créée de toute pièce par un savant fou, un fabricant de rêve qui en obtenant une promotion se voit confier la mission de créer un cauchemar, un robot femelle au grand cœur qui vient au secours de deux amoureux, une bonne-sœur mariée au Bon Dieu dans tous les sens du terme, un personnage qui raconte sa propre histoire (beau challenge narratif!), un compte rendu d'exploration spatio-temporelle de notre planète par cinq espions extra-terrestres, une interview déjantée du Père-Noël, le récit d'une prostituée racontant une histoire à la Benjamin Button, des extra-terrestres qui colonisent la Terre sans désir de la changer, un homme qui fait transplanter son cerveau dans un corps robotique, deux personnages dotés du don d'ubiquité (dans une nouvelle rédigée sous forme théâtrale), une bonne témoignant pour son maître-vampire et Dieu lui-même qui apparaît à tous dans une ultime nouvelle aussi divine que pessimiste.

C'est autant de petites histoires qui au-delà de ce qu'elles racontent nous font réfléchir à des sujets plus graves qu'il n'y paraît. Daté de 1969, en filigrane il y a des notions qui aujourd'hui n'ont plus lieu d'être, notamment la Guerre Froide qui transparaît dans 4 / 5 nouvelles. La lutte des deux blocs faisant rage, l'auteur l'utilise notamment dans ses nouvelles prospectives où il imagine le futur de notre Planète bleue. À ce petit jeu, la critique est acerbe et nul n'est épargné que ce soit les capitalistes libéraux américains ou les soviets collectivistes de l'est. Il flotte donc un petit parfum désuet sur certaines histoires qui n'est pas pour me déplaire et flatte nos connaissances de cette époque pas si lointaine et qui influence encore aujourd'hui la géopolitique mondiale (notamment l'interventionnisme forcené de Poutine en Ukraine au hasard…).

Il y a aussi dans ces nouvelles des réflexions sur l'humain en lui-même: sa capacité de nuisance notamment que l'on retrouve condamnée avec finesse au détour des histoires qui nous sont ici proposées avec parfois des êtres artificiels ou d'autres venus de l'espace bien plus sages que nous autres Homo Sapiens Violens. Beaucoup d'interrogations aussi sur Dieu et la foi, le rapport qu'entretiennent les hommes avec leurs croyances. Gripari était un athéiste forcené et il ne se prive pas pour livrer sur deux nouvelles un avis rigolard et décomplexé sur le sujet. Rafraîchissant sans pour autant tomber dans la charge anticléricale aveugle!

Ce livre se lit aisément et avec intérêt. Le style Gripari reste le même: accessible et limpide. On retrouve un sens du rythme rapide et efficace, des changements de ton parfois déconcertant (j'adore cela dans une lecture!) et un univers farfelu vraiment prenant avec ici des saillies connotées sexuellement qui se destine comme dit précédemment principalement vers les adultes. Ces nouvelles réservent beaucoup de surprises et malgré quelques fins de récit parfois "faciles", on ressort de cette lecture enthousiaste et heureux. Une belle expérience pour un trip "revival" de plus.

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samedi 26 septembre 2015

Acquisitions automnales de Mr K

Il a bien fallu que ça arrive... J'avais pourtant réussi à rester sage quelques mois, ma PAL avait bien diminué et j'étais dans la bonne dynamique pour la réduire de manière conséquente. Interdit d'Emaüs depuis maintenant presque 4 mois, je résistais tant bien que mal à la tentation. Et puis ce matin, après une nuit difficile suite à une angine persistante dûe à mon troupeau de gamins renaclants (merci les gars!), Nelfe la perfide m'a proposé de son air candide qui lui sied si bien d'aller faire un tour chez l'abbé. Mon esprit affaibli n'a pu résister à ce chant des sirènes et c'est le coeur emballé que nous montions en voiture, direction ce lieu de perdition qui régulièrement fait le bonheur de nos PAL respectives.

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Vous voyez le résultat?! Et encore, il ne s'agit ici que de mes acquisitions décrochées pour la modique somme de 32 euros. Celles de Nelfe suivront dans un post à venir car elle aussi a craqué largement cette fois-ci. Mais ceci est une autre histoire, en attendant (et avec l'aide de Tesfa!), je vais vous présenter mes nouveaux bébés dont vous découvrirez les chroniques dans les jours, mois et années à venir. Ca commence à se bousculer sérieusement au portillon là!

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Une fois n'est pas coutume, mes acquisitions SF ne sont pas très nombreuses mais la qualité est au rendez-vous et riche de promesses en devenir!

- L'île des morts de Roger Zelazny. Voila un livre que j'ai croisé nombre de fois dans des bacs d'occaz divers et variés et à travers toute la France. Précédé d'une réputation flatteuse, c'est l'occasion pour moi de plonger dans une histoire bien perchée et de découvrir un auteur reconnu dans le milieu.

- Cité de la mort lente de Daniel Walther. Ici une dystopie des plus sombres est au menu dans cette nouvelle faisant partie d'une collection que j'ai découvert à travers un ouvrage de Xavier Mauméjean (un de mes chouchous!) qui m'avait bien plu. Réfléchir au présent à travers des récits d'anticipation bien sentis et courts, telle est la mission que ce sont données les éditions du Rocher avec cette collection Novella SF. Nous verrons ce que cela donne avec cet ouvrage!

- L'Homme qui a perdu la mer de Théodore Sturgeon. Véritable trouvaille que ce roman de cet auteur au talent incroyable dont le poétique et prophétique Cristal qui songe m'a marqué au fer rouge lors de sa lecture. J'ai bien hâte de le retrouver dans cette étrange histoire de jeune garçon jouant près du rivage rencontrant un homme venu d'aillleurs... 

- Gandahar de Jean-Pierre Andrevon. Un auteur que j'aime pour un dessin animé que j'ai regardé bien des fois et qui lui aussi m'a construit et ouvert l'esprit. Je suis bien curieux de découvrir le récit originel, j'espère y retrouver l'humanisme et l'onirisme du long métrage de René Laloux.

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Par contre, cette fois-ci, je me suis plus lâché sur la littérature plus contemporaine et classique. Il faut dire que la Providence était avec moi, abbé oblige...

Les Années cerises de Claudie Gallay. La lecture des Déferlantes au printemps m'avait ravi, c'est donc avec une joie non dissimulée que je mettais la main sur ce petit roman faisant la part belle à la mélancolie sous forme de chronique familiale. Il fera partie de mes toutes prochaines lectures! Avant de rejoindre la PAL de Nelfe (copieuse!)...

Après le tremblement de terre et Le Passage de la nuit d'Haruki Murakami. A chaque fois que je vais chez l'abbé, il me propose toujours de nouveaux livres d'Haruki Murakami que je n'ai toujours pas lu. Peu importe la trame, le genre, je suis preneur! Jamais déçu par le maître orfèvre de l'écriture, il explore ici les traumatismes post-séïsme et la vie de deux soeurs. Bien hâte d'y être là encore!

Le Zéro et l'infini d'Arthur Koestler. Un livre culte que je n'ai toujours pas lu, honte à moi! L'occasion était trop belle d'explorer les rouages du totalitarisme à travers ce procès fictif inspiré des fameux procès de Moscou sous Staline. Je m'attends à une grande claque!

Le Cas de Sneijder de Jean-Paul Dubois. Voici un autre auteur auquel je ne sais pas dire non. Il a toujours été synonyme de plaisir littéraire quelque soit le genre qu'il aborde. Il est question dans ce roman de deuil et de la manière d'essayer de le surmonter. Pas la grand joie donc mais la promesse d'une oeuvre intimiste et touchante. 

- Les Autres d'Alice Ferney. Un pitch assez fou avec ce roman qui nous conte une soirée d'anniversaire peu commune où un jeune homme se voit offrir un jeu de société qui va semer la zizanie. Décalé, étrange sont les qualificatifs qui me sont venus à l'esprit lors de ma lecture de la quatrième de couverture. Inutile de vous dire qu'il me presse de tirer cela au clair!

- Les Agneaux du seigneur de Yasmina Khadra. Là encore un auteur phare dans ma bibliothèque que je respecte énormément par son engagement et ses talents d'écrivain. Ce roman nous plonge dans une Algérie partagée entre modernité et tradition. On peut compter sur l'auteur pour nous éprouver une fois de plus à la lueur des fanatismes sommeillant en chacun de nous. Grosse expérience littéraire à venir certainement! 

- Dans la nuit Mozambique de Laurent Gaudé. Recueil réunissant quatre nouvelles qui explorent la culpabilité, la violence et les souvenirs; en arrière plan, une ombre, une idée: l'Afrique. Tout un programme! Et quand on a Gaudé en maître d'orchestre, ce serait un crime de passer à côté!

- L'Écoulement de la Baliverna de Dino Buzzati. Un auteur que j'affectionne beaucoup depuis mon ébahissement devant Le Désert des Tartares, lu pendant mon adolescence. Il s'agit ici d'un recueil de contes pour adultes qui procure plaisir et angoisse selon certains. Tout pour plaire donc et une lecture à venir bien tentante! 

- Des Amis de Baek Nam-Ryong. Petite immersion en Corée du nord avec cet ouvrage sur lequel souffle le vent de l'interdit et de la censure. Cette enquête autour de la vie d'un couple bizarrement assorti (une cantatrice et un ouvrier) est surtout prétexte à la découverte d'un pays fermé et très secret. Il s'agit ici d'un achat "coup de poker", nous verrons bien si c'est une réussite ou non.

- Une ordure d'Irvine Welsh. J'aime les histoires mettant en scène des antihéros particulièrement retors. Je crois que je vais être servi avec ce brigadier écossais amateur de cul et de stupéfiant. Je ne pense pas que je serai déçu par l'auteur notamment du cultissime Trainspotting.

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Aaaah! Enfin! Tesfa vient à la rescousse! Mais bon, je ne sais pas vraiment si elle va être d'un grand secours... Voici mes acquisitions dans le domaine policier au sens large.

- Revanche de Dan Simmons. À priori le copain de Tesfa et, même si je préfère Simmons en auteur de SF, son style efficace et bien hardboil a toujours été source de plaisir de lecteur. Nous verrons si cette histoire de vengeance et de destruction massive (la quatrième de couverture est très éloquante sur le sujet!) remplira son office.

- Vomito Negro de Jean-Gérard Imbar. Extrême droite et vendetta semblent être au programme de cet ouvrage bien noir. Perso, je ne loupe pas une occasion de taper sur du facho en matière littéraire. Un bon plaisir en perspective!

- L'Ange et le réservoir de liquide de frein d'Alix de Saint-André. Anges et serial-killer se croisent dans une trame bien hallucinée où meurtre et religion semblent faire bon ménage. Belle promesse de lecture en tout cas! Noir c'est noir...

- Causes mortelles de Ian Rankin. Un des seuls Rebus qu'il me manquait à ma collection et le voila à portée de main! Impossible de résister là encore à ce Rankin! Il est ici question de règlements de comptes dans les milieux nationalistes avec en toile de fond un festival théâtral dans cette bonne vieille Edimbourg. Hâte hâte, hâte!

- La Baleine scandaleuse de John Trinian. Un tueur en cavale, une baleine échouée, un flic à cheval... c'est tout ce que je sais de cet ouvrage qui semble promettre une trame bien noire et sans fioriture. Là encore, c'est le hasard qui a décidé et qui procurera plaisir ou déception. Wait and see!

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Pour finir, ma sélection étiquetée fantastique / terreur avec quatre ouvrages qui m'ont aimantés et me procureront (je l'espère) frissons et angoisses quand la nuit tombera! 

Carmilla de Sheridan Le Fanu. Pionnier du roman de mystère anglais, contemporain de Bram Stocker, Le Fanu nous conte dans ce court roman une histoire d'amour entre passion et interdit. Étant fan du genre, je ne pouvais décemment passer à côté!

Ossements de Sheri S. Tepper. Un petit plaisir coupable que ce roman d'épouvante où il est question de maison possédée et d'une mère célibataire qui va devoir sauver sa petite famille. Rien de bien original mais à priori c'est gore et il y a une pièce cachée dans la dite maison... Alors franchement, il fallait bien que je le prenne... non?

Gare au garou! anthologie présentée par Barbara Sadoul. J'ai adoré les deux premiers volumes de l'anthologie de Barbara Sadoul consacrée à la nouvelle fantastique (le troisième me reste à lire). Elle s'attaque aux loulous bien poilus dans cet unique recueil qui fera la part belle je l'espère à la sauvagerie et aux instincts primaux. 

Récits de terreur Weird Tales de Robert Bloch. Maître de l'horreur, entre 1935 et 1945, Rober Bloch a beaucoup publié dans la revue Weird Tales. Ce recueil nous présente 9 nouvelles qui font la part belle à l'étrange et l'horreur la plus pure. Ca s'annonce très bien cette affaire!

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Au final, deux conclusions s'imposent:

- Tesfa est tout de même une belle glandeuse, mono-maniaque de Dan Simmons et adepte forcenée du farniente sur la terrasse! On ne peut vraiment pas compter sur elle notamment en terme de lecture. Quelle béotienne!

- Ma PAL explose littéralement et mes efforts déployés depuis juin se sont avérés vains. Mon côté optimiste me fait dire qu'elle n'a pas pour autant augmenté par rapport au mois de mai... On se console comme on peut!

mercredi 16 septembre 2015

"Cauchemar... Cauchemars !" de Jean-Pierre Andrevon

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L'histoire: Le train l'emporte loin de Paris. Jean-Marie Perrier regarde sans le voir le paysage qui défile. Le jeune homme rêve, s'inquiète, s'interroge. D'où vient-il ? Et où va-t-il ? Sur son billet, il lit : Paris - Saint-Expilly. Malgré ses instants d'amnésie et le sentiment d'irréalité qui l'enveloppe, il se souvient de Saint-Expilly : sa ville natale. Et il reconnaît la petite cité, sa maison, mais lorsque sa mère apparaît sur le seuil, elle ne le reconnaît pas et ajoute avant de refermer : "Mon fils est mort depuis deux ans, monsieur." Dans les rues, Jean-Marie erre, déboussolé, hagard... quand un miroir lui renvoie l'image d'un inconnu, durement marqué par l'âge. Qui est-il ? D'où venait-il ? Où ira-t-il ?

La critique de Mr K: Retour dans la galaxie SF avec ce nouvel ouvrage de Jean-Pierre Andrevon, Cauchemar… cauchemars!. Une fois de plus, c'est notre cher abbé qui s'est fait le pourvoyeur d'une œuvre décalée et addictive au possible. Il m'a fallu deux séances intenses pour le dévorer, littéralement captivé que j'étais par cette histoire étrange qui fait la part belle à l'onirisme et l'intimisme. Prêts?

Notre héros se réveille dans un train en partance pour Paris. Sur son billet est inscrit sa destination: Saint-Expilly. L'émergence est difficile, Jean-Marie Perrier est comateux et en totale perte de repères. Peu de souvenirs affleurent dans son esprit et encore dans les vapes, il sait seulement qu'il sort d'une hospitalisation et qu'il se rend dans sa ville natale. A part cela et une pièce d'identité dans son porte-feuille… Rien! Bizarre bizarre et le monde qui l'entoure n'est pas pour le rassurer: les autres personnes croisées montrent peu d'empathie à son endroit, le train se vide et se remplit sans logique aucune et quand il arrive enfin en ville, les rues / magasins ne correspondent à rien dans sa mémoire. Sa propre mère ne le reconnaît pas et lui dit que son fils est mort déjà depuis un petit bout de temps! Vous croyez que j'en ai trop dit? Détrompez-vous! Ceci n'est que le début! Le pire est à venir et je vous assure qu'il faut s'accrocher tant on tombe de Charybde en Scylla.

Pourtant racontée à la troisième personne, cette histoire peu commune est immersive au possible tant Andrevon se plaît à coller au maximum avec son personnage principal. Rien ne nous échappe de ses tracas physiques et psychologiques et force est de constater que cette caractérisation est d'une grande finesse et flippante à souhait. De simples désagréments amnésiques, on vire assez vite dans une paranoïa angoissante qui nous prend à la gorge comme le héros. Là où Jean-Marie Perrier ne sait plus à quel Saint se vouer, le lecteur perd aussi pied ne sachant plus sur quoi reposer ses certitudes. Le déboussolement est total et même si l'on se doute vers les 2/3 de l'ouvrage où veut nous emmener l'auteur, on assiste impuissant à une tension qui monte crescendo avec une intensité rare.

On retrouve en fait la même sensation que l'on peut éprouver lorsque l'on vit un cauchemar récurrent et étrange où toute logique cartésienne est proscrite. Vous savez, ces rêves désagréables où les couloirs s'allongent, le vide apparaît sous vos pieds et vous tombez, des personnes énigmatiques voir effrayantes qui apparaissent à de nombreuses reprises… autant d'éléments déstabilisant à la sauce 4ème Dimension qui sont revisités avec brio par un Andrevon inspiré et inspirant. Et non, ce livre n'est pas un compte-rendu de rêve! Pas de spoilers dans nos critiques, non mais!

Il faut donc attendre les ultimes pages du livre pour se voir livrer la solution au mystère. Entre temps, mon esprit aura battu la campagne: j'aurai explorer les abysses de l'esprit humain (il y a un côté kafkaïen dans le destin qui semble s'acharner sur le héros, j'ai adoré!), je me serai baladé dans des villes mornes et inquiétantes et finalement, ce livre confirme que voyager en train n'est pas forcément synonyme de rapidité et d'espace-temps paisible (Déjà que Pouy m'avait bien fait flipper avec un ouvrage sur le même thème, ils ne sont pas prêts de me faire préférer le train à la SNCF!).

L'écriture d'Andrevon reste fidèle à ce qu'elle est: un mélange de simplicité apparente pour une exploration sans fard d'une certaine forme de condition humaine. Simple et efficace, au détour de ce petit roman de 159 pages, on se surprend à se questionner sur nous et notre espèce au milieu d'un récit décidément bien étrange. Une petite bombe littéraire sans prétention mais aux effets dévastateurs que je vous conseille grandement.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
Un horizon de cendres
Tout à la main
Le monde enfin
La Fée et le géomètre
- Le Travail du furet

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mercredi 9 septembre 2015

"AAAAAAAAH Ma copine est une extra-terrestre!!!" Ouvrage collectif

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Le contenu: Un garçon qui rattrape une fille qui tombe. Un petit Woody Allen trop amoureux. Un dragueur suivant une femme tentaculaire. Un homme des bois qui attend qu’une femme lui tombe du ciel. Une mante religieuse pleurant son ami astronaute. Des mâles, des femelles, humains ou extraterrestres, se retrouvent croqués par la jeune scène d'auteurs alternatifs dans un délire trash, passionnel, fleur bleue pour nous confronter aux sensuels complications de nos relations...

La critique de Mr K: C'est au cours de mon passage en compagnie de Nelfe au Festival Interceltique de Lorient que j'ai jeté mon dévolu sur le présent volume paru chez une jeune maison d'édition pleine d'avenir: Le Moule-à-Gaufres (charmant nom n'est-il pas?!). Basée en Lorraine, elle édite essentiellement de jeunes auteurs en devenir. Cet ouvrage rassemble plusieurs d'entre eux autour d'une thématique vieille comme le monde: l'Amour! Mais ici point de niaiserie ou de clichés car il s'agit d'explorer ce noble sentiment quand il est partagé entre mondes et espèces différentes! Accrochez-vous, ça secoue et ça trashe dur!

Composé de 150 pages, AAAAAAAAH Ma copine est une extra-terrestre!!! se veut avant tout être un recueil bien délirant qui commence par une édito bien senti. Ben c'est vrai les filles, vous êtes quand même bien étranges et combien de fois, nous autres pauvres mâles ne vous comprenons pas et demeurons interdits devant certaines de vos attitudes ou comportements! Je sais, vous en avez autant pour nous mais ici, point d'image métaphorique, les extra-terrestre nous désirent, nous aiment, nous engueulent et parfois même… nous éliminent!

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Tour à tour, le lecteur pourra compulser des fiches type Meetic sur des extra-terrestres femelles en mal d'amour, voir Cary Grant passer l'aspirateur, vivre l'amour passion d'un homme pour une femme à l'équilibre instable, suivre le quotidien d'un couple amoureux aux aventures courtes et divertissantes, passer un moment avec Woody Allen et son étrange compagne, s'émouvoir face au destin d'une femme extra-terrestre fondant une famille sur Terre (franchement, j'en ai eu la larme à l’œil pour celle-là), apprendre quelques rudiment d'auto-reproduction (si si c'est possible chez certains vertébrés chevelus!), philosopher sur Mozart avec des martiens en goguette, attendre la femme de ses rêves avec un trappeur du grand nord et bien d'autres récits décalés entre lesquelles viennent s'intercaler des illustrations et folios magnifiques sur le thème traité.

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Comme tout ouvrage collectif, il y a forcément du bon et du moins bon. Je n'ai été que rarement déçu, trouvant l'ensemble novateur et frais. Certains traits et univers m'ont rappelé des dessinateurs œuvrant dans l'excellent magazine Psychopat et même chez Charlie. Très souvent thrash et bien branché cul (évitez de montrer la BD aux plus jeunes), on se marre beaucoup, on s'émeut parfois mais jamais l'ennui ne s'invite sauf sur une BD trop étirée en longueur que j'ai trouvé plutôt plate et mal dessinée (cela reste un avis personnel bien évidemment). On retrouve des thématiques secondaires propres à la SF: l'invasion extra-terrestre, l'extermination massive, l'exploration et la rencontre de l'autre, la technologie de pointe… mais aussi des thèmes universels comme l'attachement parfois outrancier des pères envers leur fille (le final de l'histoire concernée est hilarant, attention les mecs on est mal!), l'amour qui rend aveugle (Woody change tes lunettes!) et parfois très très con!

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On passe donc un très bon moment en compagnie de ces jeunes pousses de la production française et on se prend à regarder sa femme d'un œil différent. Car oui, moi aussi, j'ai épousé une extra-terrestre!

samedi 29 août 2015

"Simulacres" de Philip K. Dick

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L'histoire: 2040. La Troisième Guerre mondiale a ravagé des zones entières de la planète et en a modifié le climat, les spots publicitaires sont vivants et sèment la zizanie, le Président est un robot, et sa femme ne vieillit pas d'un pouce depuis un siècle... Avec la cohérence implacable de la logique paranoïaque qui le rendit célèbre, Philip K. Dick, maître incontesté de la science-fiction, dépeint un monde où rien ne garantit plus la stabilité de la frontière entre la réalité et l'illusion.

La critique de Mr K: Un petit plaisir estival aujourd'hui avec un ouvrage d'un de mes auteurs préféré de SF, Philip K. Dick. J'ai eu une période monomaniaque (à la fin de mes études) où je ne lisais que lui et j'avais acheté une belle anthologie du maître parue chez Omnibus. Il s'agit ici d'une relecture car Simulacres faisait partie justement des quatre recueils pré-cités. Il ne m'a fallu que quelques pages pour me retrouver en territoire connu et me faire littéralement happé par l'univers créatif si propre à cet auteur hors-norme.

On suit dans ce roman les destins croisés de cinq personnages principaux autour desquels gravitent un certain nombre de personnages secondaires qui vont se révéler tout aussi importants ce qui a tendance à brouiller les pistes. Comme à chaque fois avec K. Dick, il faut s'accrocher au départ pour pouvoir bien apprécier la suite. En 2040, la Terre a subi un conflit qui a détruit des zones entières de la biosphère, la Guerre Froide est toujours d'actualité et met en opposition les Etats-Unis d'Europe et d'Amérique avec un bloc Est fantasmé par des occidentaux repliés autour d'un libéralisme débridé et aliénant.

Le futur comme souvent avec cet auteur est inquiétant voir angoissant. On retrouve les thématiques chères à l'auteur comme un pouvoir politique fort et liberticide qui n'hésite pas à manipuler les masses pour les amener à voter dans son sens, la démocratie n'étant qu'une arme de plus à leur disposition pour parvenir à leurs fins. Les multinationales règnent en maître et l'individu lambda se débat dans un monde où réalité et fiction se confondent, brouillant par la même les frontières du réel et des perceptions de tout à chacun. Les Simulacres sont partout même au plus haut sommet de l'État! La recherche de la vérité est rude, dangereuse, la logique paranoïaque de K. Dick implacable. Vous l'avez compris, ici on lorgne dans la SF pessimiste, flirtant volontiers par moment avec La Société du spectacle de Debors, livre visionnaire lors de sa sortie.

Bien que bien menés et caractérisés, ce n'est pas les destins individuels que je retiendrai de cette lecture qui s'élève au dessus des productions du genre par un côté prophétique, spéculatif par moment. On ne peut s'empêcher de penser à notre propre époque et au côté quelque peu fascisant de certains aspects de notre société avec des règles et des normes qui nous dominent, un discours de plus en plus manichéen, l'élévation vers l'individualisme prôné comme idéal du bonheur… Dans Simulacres, K. Dick nous propose une vision sans concession de ce vers quoi on tend et je peux vous dire que ce n'est pas rassurant. Bien sûr certaines analyses sont erronées (la bipolarisation du monde, la place des Allemands dans tout cela…) mais certaines images et idées sont d'une grande pertinence et font écho à certaines de nos réalités géopolitiques et économiques actuelles.

J'ai passé un excellent moment dans ce que je pourrais appeler un "trip revival". Bien que dense, le livre se lit bien et vite malgré une exigence littéraire certaine. On retrouve le style impeccable de l'auteur entre délires prospectifs et passages plus intimistes avec un goût certain pour les paumés et les êtres à part. Malgré un certain cynisme par moment et des visions traumatisantes, il ressort une grande humanité et un goût pour la liberté sans égal. Un bon et beau roman de SF comme je les aime!

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mardi 25 août 2015

Acquisitions estivales multiples

Ensemble

Le début de l'été est une période propice aux destockages en tout genre, ce fut le cas notamment dans deux bibliothèques municipales de par chez nous. En apprenant ces événements à venir, Nelfe s'est vue investie d'une mission quasi sacrée chez nous: compléter nos PAL avec d'éventuelles affaires à ne pas manquer! Pour info, je n'étais pas là lors de ses petits craquages ce qui explique pourquoi ils sont restés plutôt relatifs! Voici un petit tour d'horizon des acquisitions qui vont venir rejoindre nos réserves à lire!

Poulpe

C'est ainsi que ma douce a pensé à moi en me ramenant trois volumes de la série du Poulpe que je n'ai toujours pas lu. Ceux qui nous suivent depuis un certain temps savent que j'affectionne tout particulièrement les aventures de Gabriel Lecouvreur et de sa coiffeuse de copine. On peut dire que je suis gâté avec ici tour à tour une enquête sur des militaires français ayant sévi au Rwanda, le meurtre épouvantable d'un immigré dans les beaux quartiers de la capitale et l'assassinat d'une jeune femme naviguant dans les sphères de l'aéronautique à Toulouse. Beau programme en perspective!

autre

- 1275 âmes de Jim Thompson: Petite trouvaille nelfesque qui s'apparente à un roman bien noir, mâtiné de policier. La quatrième de couverture sent le souffre et le pétage de plomb d'un shérif au bout du rouleau. Ça promet de dépoter et Nelfe m'a confié qu'elle avait bien hâte de le lire!

- L'École d'impiété d'Alexandre Tisma: Petit recueil de nouvelles sur la seconde Guerre mondiale qui m'attire beaucoup étant friand de récits courts à l'occasion (Nelfe ne pratique pas trop, préférant les romans). Intimisme et monstruosité de la guerre semblent se mêler dans ce livre dont j'ai eu des échos très positifs! Qui lira, verra!

- L'Homme aux yeux de napalm de Serge Brussolo: Nelfe n'a pu s'empêcher de me prendre un Brussolo tant elle connait mon goût pour cet auteur prolifique à l'oeuvre très variée. Il s'agit de SF ici avec une rencontre du troisième type qui se déroule très mal. Traque impitoyable, mutations inquiétantes, imagerie et mythes de Noël revus par l'auteur... Je suis bien curieux de lire ça!

- Anthologie officielle des Utopiales 2010: Chaque année, nous allons aux Utopiales de Nantes et à chaque fois j'hésite à prendre le recueil de nouvelles SF qui sort pour l'occasion. Nelfe m'a dégoté celle-ci avec notamment comme auteurs conviés pour l'occasion Vincent Gessler, Peter Watts ou encore Thomas Day et Iain McDonald. La thématique retenue est la notion de frontière, je pense que l'aventure sera au RDV. Affaire à suivre!

Lire

Enfin, la mistinguette s'est trouvé quelques vieux exemplaire du magazine Lire (ici janvier, mars et mai 2013) auquel elle s'est d'ailleurs abonnée très récemment. En plein rush de la Rentrée littéraire, il est parfois bon de revenir en arrière et trouver des idées de lecture dans des romans déjà sortis il y a quelques temps. Il n'y a pas que les nouveautés, les petites pépites sont partout, ce n'est pas une course! M'est avis que l'état de sa PAL ne va pas s'améliorer!

Bon ben, vous pouvez vous rendre compte que malgré mon absence c'est encore ma PAL qui va le plus grandir! Au choix Nelfe remplit à merveille ses devoirs conjugaux ou alors elle cherche à me torpiller! La réflexion reste ouverte...