lundi 4 avril 2016

"10 Cloverfield Lane" de Dan Trachtenberg

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L'histoire : Une jeune femme se réveille dans une cave après un accident de voiture. Ne sachant pas comment elle a atterri dans cet endroit, elle pense tout d'abord avoir été kidnappée. Son gardien tente de la rassurer en lui disant qu'il lui a sauvé la vie après une attaque chimique d'envergure. En l'absence de certitude, elle décide de s'échapper...

La critique Nelfesque : "10 Cloverfield Lane" est un film que nous sommes allés voir un peu à l'aveugle. La bande-annonce visionnée quelques jours avant donne envie, John Goodman (Walter forever) est au générique, l'affiche est top, c'est le Printemps du Cinéma ? Allez hop, on saute dans la voiture et on va se faire une toile. Moui, bon, heureusement que c'était 4€ la séance...

C'est dans un climat de huit-clos qui se veut angoissant que se déroulent les 1h45 de film. Michelle vient de quitter son copain et, la larme à l'oeil, a un accident de la route. Elle se réveille quelques temps plus tard dans une chambre spartiate, à même le sol et une perfusion dans le bras. Soit l'hôpital dans lequel elle se trouve a vu ses subventions coupées, soit elle a du mouron à se faire. Un rapide coup d'oeil vers sa jambe. Une chaîne la retient au mur de sa cellule. La seconde solution est sans doute la bonne !

Son "ravisseur-sauveur", John Goodman, est un homme étrange. Froid et paranoïaque, il prétend qu'une attaque chimique a eu lieu pendant sa convalescence. Que croire ? Ce qui semble évident ou un étranger solitaire et survivaliste ? Selon lui, il faudrait rester enfermer dans ce bunker pendant au moins 4 ans en attendant que les effets se dissipent à la surface. Peu à peu la tension monte chez Michelle et avec Emmett, également présent dans ce refuge souterrain, elle va monter un plan pour rejoindre la surface.

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Voici une histoire qui augurait du bon. Un thriller psychologique, huit clos oppressant où le spectateur doit démêler le vrai du faux n'est pas pour me déplaire. Malheureusement, la sauce ne prend pas et je n'ai pas vraiment ressenti quoi que ce soit pour les personnages du début à la fin du film. Qu'ils s'en sortent ou qu'ils crèvent dans d'atroces souffrances ne me faisait ni chaud ni froid. Zéro empathie pour Michelle, Emmett ou même Howard (aka Walter). Le temps passe, je ne trouve pas le film véritablement mauvais mais il manque la petite étincelle qui allume le coeur de la cinéphile que je suis.

Quand arrive la fin (oui déjà), mes yeux s'écarquillent, les bras m'en tombent et je me demande quelle drogue a pris le réalisateur... On tombe dans le grand n'importe nawak ! Le What The Fuck à l'état brut ! Michelle se transforme, c'est une putain de badass ! Pourquoi n'avons-nous pas pensé à elle plus tôt pour sauver la planète ou éradiquer la faim dans le monde !? Mais oui c'est ELLE notre sauveuse ! Un final qui frôle le ridicule (non en fait il s'y vautre tout à fait) et qui fait perdre toute crédibilité, déjà difficilement acquise, à l'ensemble.

"10 Cloverfield Lane" a une belle affiche (c'est déjà ça), une belle scénographie (un bunker aussi bien décoré moi je dis, ça se tente !) et un John Goodman inquiétant... Et c'est tout... Passez votre chemin, vous ne regretterez rien !

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La critique de Mr K : 2,5/6. Grosse déception avec un métrage qui ne tient vraiment pas ses promesses malgré une bande annonce plutôt prometteuse et la perspective de retrouver John Goodman (inoubliable Walter dans le cultissime The Big Lebowski des frères Coën) dans un rôle bien branque. Pour ma part la mayonnaise n'a jamais pris, le film étant cloué au sol par les clichés qui s'accumulent, un climax foireux et une fin what the fuck même pas surprenante et surtout moralisatrice! Seul iceberg surmontant cette demi bouse, Big John qui assure le service.

Pourtant, l'idée de départ est plutôt sympa, un survivaliste kidnappe une jeune femme et l'enferme dans un bunker en compagnie d'un autre gus. Il est persuadé que la fin du monde a été déclenché et qu'il leur a sauvé la peau. Goodman est assez impressionnant dans ce rôle tout en nuance qui ménage la chèvre et le chou, entre attirance et répulsion, clairvoyance et folie douce. Il sauve le film du naufrage définitif par son jeu fin qui égare à loisir le spectateur fasciné par ce colosse pas si solide que cela.

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Malheureusement, l'ambiance de claustration est très mal rendue. La faute à deux jeunes acteurs pas top top, une musique envahissante qui pourrit l'atmosphère avec des notes grandiloquentes qui court-circuitent l'ambiance glauque que le réalisateur souhaitait. Rajouter là dessus des clichés qu'on enfile comme des perles et vous obtenez un film sans surprise et finalement assez plat. Dommage car le décor quasi unique (les 3/4 du film se déroulent dans le bunker) est saisissant de réalisme, on y passerait presque un week-end entre potes (sans John Goodman quand même!). Mais voila, perso je me fichais complètement de ce qui pouvait arriver à Michelle, interchangeable avec nombre de figures héroïques féminines bien ricaines. Jolie, sensible mais à qui il ne faut pas la raconter et qui va finalement prendre les choses en main. À ce propos, la scène finale est assez risible tant on a l'impression qu'elle devient une Rambo des temps modernes.

La fin... Je m'y attendais comme je savais que ce film reprend l'univers abordé dans le film Cloverfield de 2008, found footage plutôt malin que j'avais apprécié sans pour autant crier au génie. Ici, la semi surprise vire rapidement au n'importe quoi avec des effets vus mille fois et ici inefficaces, on en montre un peu sans trop pousser pour accorder à l'ensemble une profondeur qui n'existe pas. La machine tourne à vide pour déboucher vers une fin absolument ringarde où un choix crucial s'offre à une Michelle épuisée mais guerrière et fière. J'ai failli en arracher mon siège tant on versait dans la morale à la Independance Day (Mon Dieu, la suite est pour cet été!).

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Vous l'avez compris, ce film est totalement dispensable sauf si vous êtes un(e) fan inconditionnel(le) de mister Goodman. Ça sent le ressucé et la bonne vieille propagande, la recette est éculée et on s'ennuie même par moment. Heureusement que c'était le Printemps du Cinéma et que nous avons payé nos places à un prix raisonnable...

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samedi 2 avril 2016

"L'Agence secrète" de Alper Canigüz

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L'histoire : Bien sûr, les clowns m'amusent toujours beaucoup. Même les clowns assassins qui débarquent d'une autre planète.

Musa, jeune rédacteur publicitaire désœuvré, se fait recruter par un bien curieux employeur: l'Agence Secrète. Au même moment, une certaine École du Bonheur Intergalactique ouvre ses portes dans l'immeuble où vit Musa avec Saban, son colocataire dévot féru de magazines érotiques. Cette École se révèle l'unique client de l'Agence secrète. Puis un des responsables de l'agence disparaît. Une odeur de bizarre qui va enflammer les fanatsmes conspirationnistes de Musa. Commence alors une sorte d'OSS 117 à Istanbul...

La critique de Mr K : Attention, petit chef d’œuvre littéraire délirant en vue avec cet ouvrage de l'auteur turc Alper Canigüz dont Nelfe vous avait déjà parlé lors de sa chronique de L'assassinat d'Hicabi Bey, un roman drôle et caustique qui l'invitait à voyager loin, très loin dans l'imaginaire d'un auteur qui l'avait fortement séduite. C'est avec son dernier né que je me laissai embarquer à mon tour grâce notamment à une quatrième de couverture bien barrée comme je les aime. Je n'ai vraiment pas été déçu!

Musa est depuis peu sans travail, il traîne sa langueur et son dépit quand une rencontre impromptue va lui ouvrir les portes d'une mystérieuse agence où il retrouve un poste de rédacteur. Mais voila… le travail qu'il occupe est bien nébuleux, peu de choses lui ont été dites sur la nature de son activité et ce que l'on attend de lui. Rajoutez là dessus une séduisante collègue qui lui fait du rentre dedans, un chat aux capacités télépathiques, une voisines parano obnubilée par sa tranquillité et ses chouchous de chiens, le goût immodéré du héros pour l'alcool, le prince Charles, Superman, un collègue bigot et amateur de belles filles, vous mélangez le tout et obtenez un ovni littéraire virevoltant, frappadingue et qui touche juste et fort!

On rit beaucoup durant toute la lecture de ce court roman de 245 pages. On enchaîne les situations cocasses ou absurdes, l'auteur nous confrontant vraiment à une matière neuve et inventive entre toute. Si vous aimez être surpris, vous allez êtes servis. Loin de se contenter de rester dans le même type comique, on alterne ici détails triviaux, cas ubuesques et personnages truculents. Les révélations sont nombreuses, souvent abracadabrantesques mais une fois que l'on a accepté de se laisser porter par le souffle tragi-comique de l'ensemble (oui des passages sont plus tristes aussi!), c'est le gage de passer des moments inoubliables et vraiment rafraîchissants. Personnellement, dès les 10 premières pages, j'étais conquis.

Il faut dire que cet auteur est très doué pour caractériser un personnage en quelques paragraphes et décrire une situation complexe en un nombre de pages record. Musa est de suite attachant ainsi que son ami Saban, ils forment un duo atypique que rien ne semblait prédisposer à réunir. Les personnages secondaires ne sont pas en reste et en très peu de temps, un microcosme plus qu'intriguant navigue devant nos yeux, finesse et détournements nombreux sont au RDV donnant à l'ensemble un parfum et un charme très particulier au goût d'inédit savoureux. Plus on avance dans le récit, plus l'absurde devient prégnant mais loin de décrédibiliser l'ensemble, il met encore plus en valeur personnages et écriture ciselée d'un auteur vraiment incroyable.

Mais ce livre n'est pas seulement qu'une énorme farce, ce serait bien trop réducteur de le cantonner dans cette dimension. L'Agence secrète provoque aussi de beaux moments d'émotions et de réflexions qui nous renvoient à nous-mêmes et à nos existences plus conventionnelles. J'ai été par exemple très touché par les description d'un amour naissant avec notamment une scène de coup de foudre d'une rare intensité entre grandiloquence et émoi intérieur profond, un passage sur l'amitié indéfectible qui lie les deux jeunes hommes ou encore le deuil d'une personne qui nous est chère. Ce livre est la garantie d'un voyage dans le grand train des émotions d'une vie humaine, beaucoup de rires donc mais aussi des larmes et des regrets. J'en suis ressorti tout retourné je dois bien l'avouer. Félicitons au passage la traductrice qui a fait un travail remarquable pour pouvoir rendre accessible ce livre unique et jubilatoire.

J'ai lu cet ouvrage en un temps record, impossible de relâcher le roman de Alper Canigüz tant il a une force narrative et immersive impressionnante. Très drôle, extrêmement fin dans son écriture et dans l'approche de ses personnages, ce livre est déjà un petit classique dans son genre, une friandise à déguster et re-déguster sans modération. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

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samedi 26 mars 2016

"Le Cycle de Tschaï" de Jack Vance

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L'histoire : En découvrant la planète Tschaï, le vaisseau terrien Explorator IV est aussitôt détruit par un missile. Unique survivant de la catastrophe, Adam Reith va devoir affronter un monde baroque, violent et d'une beauté envoûtante. Un monde peuplé de quatre races extraterrestres: les belliqueux Chasch, les impénétrables Wankh, les farouches Dirdir et les mystérieux Pnume. Déjouer les traquenards, explorer les secrets des cités géantes, percer le mystère des hommes hybrides: autant d'étapes pour une extraordinaire odyssée, qui permettra peut-être à Reith de rentrer chez lui...

La critique de Mr K : Dépoussiérage de PAL avec cette tétralogie du Cycle de Tschaï de Jack Vance exhumée de mon stock perso où elle traînait sa peine depuis trop longtemps. Du même auteur, j'avais dévoré La Planète géante, bon roman de Space opéra où Vance faisait preuve d'une grande maîtrise en terme de création d'un univers et présentait un super récit d'aventure à l'ancienne. Je n'ai pas été dépaysé avec ce cycle qui présente les mêmes qualités et m'a fait passer un très bon moment de lecture.

Naufragé de l'espace, Adam Reith se retrouve plongé dans un monde très étrange. La planète Tschaï est bien différente de la Terre et il va devoir faire appel à toutes ses capacités d'adaptation pour pouvoir survivre et peut-être rentrer chez lui. Complètement démuni à son arrivée, confronté très tôt à l'adversité (sa navette d'exploration est détruite peu après son crash, son compagnon d'infortune exécuté devant ses yeux sans qu'il puisse intervenir). À travers les quatre tomes ici réunis, il va devoir explorer Tschaï, il sera aidé dans sa quête par deux êtres mis au ban de leurs sociétés respectives. Le récit se partage alors entre voyage exploratoire, quêtes insensées, projets d'évasion, entre-aide et traîtrises diverses. Impossible de s'ennuyer durant les 860 pages de ce volume.

On a affaire à un pur récit classique dans le Cycle de Tschaï de Vance. Si vous cherchez de la surprise, de l'originalité, passez votre chemin, vous risquez d'être déçu. C'est d'ailleurs le seul reproche que l'on peut faire à cette entreprise. Notre héros est très bien sous tout rapport, il conjugue aptitudes physiques hors norme, intelligence pratique et diplomatique, morale à toute épreuve même sous la menace et esprit d'ouverture. Dit comme cela, on pourrait être rebuté. Mais il n'en est rien tant ce personnage 100% terrien (américain diront les mauvaises langues), sort du lot dans ce monde inconnu. Il déteint singulièrement par rapport aux us et coutumes en vigueur sur Tschaï, et ce qui paraît surfait et caricatural dans un livre de littérature plus classique permet ici de donner un point d'ancrage au lecteur se retrouvant à des millions d'années de ses certitudes et de ses références culturelles.

Dans sa tâche, Adam Reith est aidé par Anacho, un sous-homme Dirdir, et Traz, un exilé des steppes. Adam Reith partage avec eux un statut de paria, de marginal. L'incompréhension première va vite céder la place à la curiosité puis peu à peu à l'amitié. C'est un peu le syncrétisme de toute relation naissante entre des êtres différents que nous voyons se dérouler devant nous: dogmes et pensées aux références distinctes donnent lieu à des moments savoureux entre déconcertation et rapprochement. C'est assez finement mené par Jack Vance qui se révèle très psychologue et construit une relation vraiment spéciale et attachante entre ces trois larrons. Loin d'être un long fleuve tranquille, cette odyssée va mettre à l'épreuve leur nouvelle amitié, la fortifier à travers les épreuves. Cet aspect du roman est très réussi et accroche le lecteur.

Le gros point fort de cette saga réside dans le background, Jack Vance excelle dans la création d'une planète entière entre naturalisme, sociologie et géopolitique. Il fournit un ensemble cohérent, impressionnant de densité, immersif à souhait. On tremble vraiment à l'évocation des terribles dirdirs et leurs mœurs sauvage, on est fasciné par les mystérieux Wankh qui vivent reculés en dehors du monde, on est troublé et désorienté par la race troglodyte des Pnumes... On voyage donc énormément entre cités cosmopolites grouillantes et inquiétantes, vastes espaces vides où le danger est omniprésent, les forêts sacrées impénétrables, les mers oubliées peuplées de pirates, les zones de fouilles archéologiques aux mirages mirifiques... autant de lieux décrits avec précision qui assurent variété, intérêt et fascination au lecteur. On ne peut s'empêcher d'ailleurs de penser par moment à un roman de fantasy tant de lieux commun à ce genre sont présents dans cette tétralogie: les incontournables passages à l'auberge, les phases de marchandages, les scènes d'action et la technologie peu présente dans les pages sauf à des moments clefs. Il en résulte une impression étrange, une originalité de bon aloi qui encourage le lecteur à poursuivre sa découverte.

Ce fut donc une lecture très agréable malgré un côté fléché pour le lecteur vétéran du genre. Pas de souci pour autant en terme d'accroche tant l'auteur se plaît à explorer de multiples pistes et sait nourrir les attentes suscitées par sa trame principale. Quel talent déployé dans ce domaine et dans celui de la stylistique: la langue est très abordable mais d'une finesse bienvenue qui sort un récit classique de ses limites, les personnages sont choyés par leur créateur et les visions proposées saisissantes de réalisme. Une très bonne tétralogie qui ravira les amateurs de voyage et de SF à l'ancienne.

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jeudi 10 mars 2016

"Under the skin" de Michel Faber

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L'histoire: Isserley, jeune femme mystérieuse et aguicheuse, passe son temps à sillonner les routes d'Écosse. Le parfait auto-stoppeur doit être jeune, grand et musclé. Quand elle trouve enfin la perle rare et l'embarque dans sa voiture, les choses se compliquent un peu… Que fait-elle de tous ces hommes au corps parfait qui disparaissent mystérieusement? Quel destin les attend?

La critique de Mr K: Under the skin fut pour moi le meilleur métrage de l'année 2014 au cinéma, j'avais adoré la beauté mortifère de Scarlett Johansson (ma chouchoute avec Kate Blanchet), le rythme hypnotique de la narration et le côté complètement barré et ésotérique du scénario. J'achetai dans la foulée le roman de Michel Faber dont est tiré le film et le laissait mûrir dans ma PAL. Je l'ai ressorti à l'occasion d'un déplacement professionnel à Toulon où j'ai pu mesurer l'étendue du talent de cet auteur et redécouvrir le fond originel de l'histoire d'Isserley. Le film n'était que l'adaptation personnelle du réalisateur, le livre va beaucoup plus loin et m'a ébloui par sa noirceur profonde. Suivez le guide!

Isserley est une jeune femme des plus charmantes, comprendre par là qu'elle a tout ce qu'il faut, là où il le faut. Cliché machiste ambulant, elle rode au volant de sa voiture sur les routes d'Écosse à la recherche de proie, de préférence de beaux mâles plein de vigueur qu'elle embarque puis neutralise avant de les emmener dans une mystérieuse ferme perdue au milieu de nulle part où des comparses récupèrent leur corps encore endormi. Étrange étrange me direz-vous? Croyez-moi, vous n'êtes pas au bout de vos surprises! Rien dans le film ne me prédisposait à soupçonner la moindre once de vérité que cache Isserley et ses acolytes! Attendez-vous à du surprenant et du tétanisant tant on dépasse le genre SF pour verser dans la parabole et la réflexion sur le genre humain.

Car ce livre porte remarquablement son nom: Under the skin, "Sous la peau", est à sa manière une étude sociologique qui inspire à chacun le goût de regarder derrière les apparences. Sous ce charmant minois se cache la plus redoutable chasseresse, Diane sans remords ni regrets... du moins au départ. On suit le rythme hypnotique de ses trajets en voitures, de ses tactiques pour jauger sa proie pour mieux l'attraper et peu à peu, au fil des chapitres qui s'ensuivent, la vérité est levé sur sa vraie nature et celle de l'organisation qui l'emploie. Vous me trouvez trop nébuleux? Je me garderai bien d'en dire plus pour ne pas lever le voile sur un ouvrage vraiment déstabilisant dans sa deuxième partie et dont la révélation gâcherait votre découverte d'un ouvrage à part et pour ma part incontournable.

Tour à tour, nous sommes dans la tête d'Isserley mais aussi des malheureux auto-stoppeurs qu'elle récupère. Enfin… malheureux, certains s'avèrent être des sociopathes libidineux! Certains sont aussi très touchants de part leurs histoires personnelles entr'aperçues le temps d'une pensée intime ou d'un échange verbal avec la dangereuse conductrice. Véritable scanner du genre humain, ces rencontres aussi courtes que létales donnent à voir ce qu'il y a de mieux mais aussi de pire dans la nature humaine, le tout révélé par les yeux et les pensées de l'héroïne venue d'on ne sait où... Cette dernière évolue fortement à partir de la deuxième moitié du roman, révélant une facette fascinante du personnage qui gagne en densité et en profondeur. On a alors affaire à un tout autre roman où remises en cause et révélations multiples s'accumulent dans un crescendo de tension impressionnant. On finit littéralement sur les rotules mais heureux d'avoir vécu une expérience hors du commun.

Pour couronner le tout, l'écriture de Michel Faber est un modèle d'efficacité entre descriptions cliniques, passages plus oniriques et pointes d'humour noir bienvenue pour parfois alléger un fond assez effroyable. Vous l'avez compris, vous avez ici un roman prenant, addictif et indispensable dans toute bibliothèque d'amateur de SF élégante, british et porteuse de sens.

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dimanche 28 février 2016

"Salammbô" de Gustave Flaubert et Philippe Druillet

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L'histoire : Il fallut mille ans pour construire l'Empire de l'étoile et mille ans furent nécessaires pour le détruire en ces temps de la fin. Seule la planète-mère, centre de l'étoile, coupée de l'empire respirait encore dans des flots de sang. À Carthage devenue République vivait Salammbô, beauté façonnée par les dieux, gardienne du voile sacré de Tanit. Carthage, perle écarlate du monde de l'étoile, et Salammbô sa vierge sacrée. Les textes disent que le glaive brûlant qui consuma la cité et dévasta l'empire vint du ciel par l'homme aux yeux de feu qui recouvrit le monde de l'étoile d'un océan de sang. Et la vierge divine succomba. Car c'était le temps où les barbares conquérants firent tomber les dieux de leurs piédestals. La fin de l'empire… mille années, océan du temps… Écoutez… Écoutez au loin monter vers nous le sourd grondement des armées en marche que rien ne pourra plus arrêter. Ô dieux, entendez notre plainte !

La critique de Mr K : Monstrueuse claque que cet album initié par Druillet suite à une discussion à priori anodine avec le rédacteur-chef de l'époque de Rock and folk: transposer l'action du Salaambô de Flaubert dans un futur lointain. Pari réussi haut la main, tant cette intégrale procure jubilation de chaque instant dans le choc continu entre texte originel et dessins hors norme du maître. Pour précision, j'ai lu lors de mon cursus littéraire l’œuvre originelle qui m'avait bien plu mais dont le temps malheureusement avait quelque peu effacé le souvenir, la piqûre de rappel fut donc salutaire et a permis de redécouvrir un classique à la langue si moderne et dont le fond est toujours d'actualité.

Carthage a vaincu mais elle se retrouve avec des alliés bien encombrants sur les bras. Elle les renvoie en dehors des murailles en leur promettant richesses et remerciements pour leur engagement à ses côtés. Bien évidemment rien ne se passe comme prévu surtout qu'un chef mercenaire se permet de voler l'objet sacré confié à la vierge et divine Salammbô, grande prêtresse protectrice de la cité. Se mêle à cette intrigue générale, l'attrait irrépressible qu'attise la belle vestale bien malgré elle sur un chef barbare, Mathô (réincarnation de Lone Sloane, héros récurrent de Druillet). Tout cela ne peut que finir mal et encore… vous êtes en dessous de la réalité.

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Malgré l'explosion de couleurs et de détails chère à Druillet, l'ensemble garde la cohérence du roman d'origine. On retrouve donc tous les éléments qui ont fait de Salammbô un classique qui résonne encore aussi talentueusement aujourd'hui: les deux anciens alliés qui se retrouvent ennemis, le destin contrarié de deux êtres perdus dans un combat qui les dépasse et qui va les pousser à leur perte (légère différence dans la version Druillet, c'est Lone Sloane tout de même!), la cruauté et l'injustice de la guerre, la religion aussi porteuse d'espoir que d'extrémisme, les femmes exploitées et victimes de l'incurie des hommes et des dieux. Toutes ces thématiques sont transcendées ici par une forme incroyable au service d'un récit qui n'a rien perdu de sa force immersive et de sa puissance narrative.

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Plus qu'une BD, cet ouvrage s'apparente quasiment à un livre d'art tant on a l'impression de feuilleter page après page un catalogue d'exposition composé de tableaux plus mirifiques les uns que les autres. Druillet est au sommet, dynamite les règles de son art et propose des images marquantes et totalement délirantes: statues et bâtiments cyclopéens, scènes de bataille dantesque (dont se sont sans doute inspirés les auteurs des Chroniques de la Lune noire), expérience mystique virant au psychédélisme (je suis fan!), décors et paysages sublimes et une Salammbô belle à se damner! Contrairement à beaucoup de BD, celle-ci se digère lentement, le lecteur se prenant à rester admirer le travail de l'artiste plusieurs minutes tant les détails et références pullulent et donnent une densité incroyable à l’ensemble. Quelle beauté! Quelle maestria!

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On ressort ébloui par cette expérience totale qui nous conduit très loin dans notre imaginaire et comble toutes les attentes de l'amateur de SF et de classiques littéraires que je suis. La relecture de Salammbô est brillante car subtile et bien menée, les éléments nouveaux s'imbriquant parfaitement aux anciens et permettant une translation efficace et respectueuse dans un univers SF. À lire absolument!

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vendredi 19 février 2016

"Mémoire des écumes" de Caza et Lejalé

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L'histoire : Une allégorie sur la création, la vie, la civilisation…

La critique de Mr K : Objet artistique non-identifié aujourd'hui avec ce cadeau d'anniversaire inclassable se situant à la lisière de la BD, du storyboard, du livre illustré et de l'objet d'art. Quel bon choix de l'ami Yannovitch que ce Caza que je ne connaissais pas mais dont je salivais à l'avance la lecture et la découverte tant j'apprécie l'auteur par son dessin et ici ses intentions.

Comme le laisse présager mon rapide résumé (impossible de faire autrement), avec Mémoire des écumes nous ne sommes pas face à une narration classique. L’œuvre en elle-même se divise en quatre grandes parties qui correspondraient à l'évolution de l'univers et de notre monde: La nuit des temps, Mémoire des écumes, Les Dieux et les masques et Comme l'ombre d'un souvenir. Caza et Lejalé nous invitent à suivre ce développement à travers les yeux et le ressenti d'une mystérieuse entité mêlant humanité et démiurge. Il est le témoin de la création du monde issue du néant absolu jusqu'à la destruction de toute vie. Incroyable voyage s'il en est, le lecteur étant bercé par des images fantasmagoriques mâtinées de textes prophétiques et poétiques.

Peu ou pas grand chose à lire donc, si ce n'est quelques pistes pour débrouiller l'ensemble, des indices spirituels nous éclairant sur le Big Bang originel, l'apparition de la vie puis de l'homme et des civilisations. Il faut se laisser transporter sans trop se poser de questions, guidé par les images et les rapprochements que l'on peut faire entre elles. Je dirai qu'ici, le procédé est totalement inverse à la saga initié par Jens Harder et que nous avions grandement apprécié Nelfe et moi. Point de surcharge de contenu ici mais plus une invitation au voyage et au rêve. L'effet est garanti, le dépaysement total et l'éclairage novateur efficace à sa manière, nous conduisant sur des chemins de traverses de la BD. On ne ressort pas tout à fait indemne de ce trip envoûtant et remarquable dans sa construction.

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Le contenu fait penser immédiatement au concept d'Ouroboros, le fameux serpent qui se mord la queue, l'idée que tout est une question de cycle qui se répète à l'infini: un monde se crée un autre se meurt, des espèces disparaissent d'autres évoluent ou apparaissent à leur tour. L'homme dans tout cela, dans l'immensité du système naturel en place n'est qu'un grain de sable, un accident de parcours dans sa capacité à vouloir dompter la nature mais qu'importe… le cycle perdure et nous aussi finissons par disparaître. Il ressort de cette œuvre une mise en abyme bienvenue et une vision distanciée sur notre espèce que je trouve de bon aloi en cette période troublée que nous connaissons déjà depuis un petit bout de temps. C'est rafraîchissant et enthousiasmant, vecteur de réflexion et d'évasion. La totale quoi!

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La forme esthétique en elle-même est aussi originale. On retrouve l'incomparable trait de Caza notamment concernant les quelques personnages qui émaillent les pages et le grain si caractéristique des plages de couleur de cet artiste. Il a aussi beaucoup travaillé sur des photos pour tout ce qui touche aux paysages et aux décors, les retouchant pour relever les contrastes et les couleurs. L'ensemble rajoute à la puissance poétique du message et densifie une œuvre qui n'a comme seul défaut le fait qu'elle se parcourt assez vite. Cependant, l'immersion reste bien après qu'on ait refermé l'ouvrage avec l'impression tenace qu'on a lu / admiré une œuvre à part.

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dimanche 7 février 2016

"Soucoupes" de Obion et Arnaud Le Gouëfflec

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L'histoire : La Terre est ronde, mais la vie est plate…

La critique de Mr K : Un paquet bien particulier m'attendait sous le sapin de Noël, celui contenant le cadeau de belle-maman! Là où beaucoup se seraient protégé avec un bouclier du RAID ou une combinaison ignifugée, j'y allai sereinement (quel courage!) connaissant la propension de Nelfe à glisser de bonnes idées à sa génitrice pour de telles occasions. Quelle ne fut pas ma joie en découvrant la BD Soucoupes d'Obion et Le Gouëfflec (album BD coup de coeur du public aux Utopiales 2015), deux auteurs que j'ai adoré à travers leur précédent ouvrage commun Villebrequin. Ils font coup double avec ici un récit SF teinté de mélancolie et de remise en question de la condition humaine. Un petit bonheur que je vais de suite partager avec vous.

Christian vend des disques (surtout des vinyles, on a des principes ou pas!) dans une petite boutique. Râleur devant l'Éternel, marié mais plus amoureux, il a une jeune maîtresse ardente mais cela n'empêche pas le spleen et le vide de l'envahir. Il éprouve la sensation fort désagréable que sa vie lui échappe, qu'il ne contrôle plus grand chose et ce n'est pas l'irruption de soucoupes tout autour de la Terre qui vont le perturber! Du moins dans un premier temps!

Ces habitants du cosmos à l'aspect proche de Robby le robot du cultissime Planète interdite (sorti en 1956 avec Leslie Nielsen jeune!) ne semblent pas nous vouloir de mal et leurs représentants se baladent sur Terre pour étudier nos us et coutumes. Christian va en rencontrer un. La méfiance va laisser la place à l'indifférence puis à un début de réel contact et échange. Sa vie va en être bouleversée à jamais.

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Sous son aspect plutôt classique en terme de caractérisation du personnage principal et du background se cache un récit drôlement malin qui lorgne vers l'introspection et le questionnements sur le sens que l'on peut donner à sa vie. Christian est perdu, sa vie est fade, nulle étreinte ne peut le sortir de sa solitude et c'est finalement au contact d'un être venu d'ailleurs qu'il va se révéler à lui même quitte à mettre à sac sa vie personnelle. Cela donne lieu à de très beaux moments notamment au musée avec l'entrée dans le tableau, cette quête vers un bonheur qui serait durable et épanouissant. J'ai aussi beaucoup aimé son évolution par rapport aux personnages secondaires, de nature plus fléchée et sans réelle surprise, elle crée cependant les conditions idéales pour dérouter le lecteur avant l'acte final qui va pour le coup très très loin au sens propre comme au sens figuré et qui en surprendra plus d'un par son caractère savoureux et quelque peu extrême.

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Le dessin d'Obion se fait ici différent de l'album pré-cité. Adieu le noir et blanc, bonjour aux couleurs chatoyantes qui englobent personnages et décors, dégageant une chaleur éclairante sur les rapports humains et même inter-espèces. Il est beaucoup question d'art et de sa fonction cathartique dans cet ouvrage et le dessin d'Obion magnifie le propos et transporte le lecteur dans une uchronie pleine d'humanisme, de sensibilité et de poésie.

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Drôle de sensation pour un album à part qui se lit et s'admire avec délice. Tout amateur du genre perdrait beaucoup à ne pas suivre la quête de sens de Christian. Tenez-le vous pour dit!

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mardi 2 février 2016

"Chroniques des ombres" de Pierre Bordage

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L'histoire : Après la guerre nucléaire, une pollution mortifère a confiné la partie privilégiée de la population mondiale dans des mégapoles équipées de filtres purificateurs d'air. La plupart des capitales sont désormais regroupées en Cités Unifiées. NyLoPa, la plus importante et stable des CU, réunit New York, Londres et Paris et compte 114 millions d'habitants. Les citoyens sont équipés d'une puce d'identité et la sécurité est assurée par une armée suréquipée qui fait office de police, les fouineurs, sorte de super détectives, un corps spécial composé d'individus sélectionnés pour leurs capacités analytiques. Dans ce monde en survie à l'équilibre plus que précaire, des centaines de meurtres sont soudain perpétrés, dans toutes les villes et en quelques minutes, par d'invisibles assassins. On soupçonne une secte d'en être à l'origine, mais l'enquête menée par les fouineurs va les plonger dans un enchevêtrement de complots et de luttes de pouvoir, tandis que les Ombres continuent de frapper de plus belle. Remontant la piste, les fouineurs vont être entraînés hors des cités, dans le "pays vague", à l'extérieur du monde civilisé, le lieu inconnu de tous les dangers...

La critique de Mr K : Lire un Pierre Bordage est synonyme d'évasion, de réflexion et de plaisir pur pour l'amateur de roman. C'est un de mes auteurs favoris, il est de ceux qui ne m'ont jamais déçu ou si peu... La lecture est un bonheur immédiat tant les talents de conteurs sont ici déployés avec une maestria littéraire qui n'est plus à prouver et une pureté sans fard ni paillettes. À l'image de cet homme évasif et luneux, ses ouvrages font la part belle au mysticisme et au romanesque intemporel. Très productif, il ne m'en reste pas grand-chose à lire et cet ouvrage en faisait partie jusqu'à notre séjour rituel à Nantes pour les Utopiales 2015. Profitant de la dédicace annuelle que je ne veux rater sous aucun prétexte, j'acquis les Chroniques des ombres et les fis signer par Master Bordage himself. Il m'invitait alors à l'ombre des Ombres… La Lumière est venue à moi peu à peu et elle fut éblouissante lors de notre séjour de nouvel an en bordure de Loire, cadre idéale pour une lecture de ce type.

Le futur une fois de plus est angoissant chez Bordage. Proche dans les thématiques des Derniers hommes, l'espèce humaine a une fois de plus dérapé et une grande guerre atomique a ravagé la belle Bleue ne laissant que des cités unifiées repliées sur elles-mêmes et des territoires irradiés où tentent de survivre des clans revenus aux temps primitifs. À la manière des feuilletons du XIXème siècle (quelle divine époque pour la production littéraire!) comme Les mystères de Paris d'Eugène Sue, Bordage alterne un chapitre sur l'autre entre les cités ultramodernes et aseptisées où se débat Ganesh un jeune fouineur avide de vérité (il y a du Fox Mulder chez lui, ce qui ne me déplaît pas, mais alors pas du tout!) qui va se confronter à une menace insidieuse et implacable et la hors zone en compagnie de Demi Lune, un jeune guérisseur à qui les aléas du destin vont jouer bien des tours avant de le délivrer. C'est à un rythme haché, lent et remarquablement construit que l'on suit ces deux trajectoires qui vont en rejoindre d'autres et finalement confluer vers une révélation aussi glaçante que logique et perverse.

36 chapitres en tout (X2 à cause des points de vue adoptés) auxquels se mêlent des paragraphes à la typographie différenciée qui exposent des extraits de journal télévisé, des extraits de journaux intimes, des citations de pensées et sentences ancestrales, des rapports de mission et toute une pléthore d'autres éléments qui éclairent le background dans sa structure générale, ses ramifications, les us et coutumes en vogue, la technologie en place… Narration classique et textes informatifs densifient un univers très fouillé, pensé intelligemment dans le seul but d'éclairer le lecteur, de le transporter dans un ailleurs et un temps bien marqué qui font écho aux temps actuels et parfois aux dérives auxquelles on assiste impuissant.

Bordage ne nous épargne rien dans cette vision apocalyptique du monde où les êtres humains des cités ne sont que des pions asservis par des biopuces implantées dans leur cortex. Le pire étant qu'ils acceptent cette situation au nom de la sacro-sainte Sécurité de tous. Les barrières de la morale et de nos valeurs démocratiques sont bafouées depuis longtemps et des forces de l'ombre manipulent les ficelles sans faillir vers un but mystérieux des plus ultimes. Ganesh va devoir faire appel à toutes ses capacités et toute sa méfiance pour démêler le vrai du faux et trouver qui ou quoi se cache derrière ces mystérieuses Ombres qui font tant de victimes. La technologie se fait ici utile par moment mais surtout liberticide. Belle réflexion sur l'évolution possible d'une société autocentrée ayant peur du changement.

Ils sont coupés de l'extérieur où survivent tant qu'ils peuvent des humains oubliés de tous, livrés aux radiations et au chaos. Des passages saisissants nous décrivent ces sociétés humaines elles aussi repliées sur elle-même et régulièrement en conflit. Le long cortège des maladies et des exactions se succèdent sur ces terres désolées où l'espoir n'a plus fait son nid depuis longtemps. On retrouve alors le caractère quasi prophétique de la mission d'un héros sorti du ruisseau en quête de lui-même et du Salut du genre humain. On est dans du 100% Bordage et on retrouve son goût pour la spiritualité qui émane des pores de tous ses personnages qu'ils soient bons ou mauvais. Très riche, la caractérisation des personnages épouse à merveille décors et intrigues comme une savante pièce à tisser d'une grandeur et d'une trame incomparable. Amour, revanche, fuite en avant, complot, aide et traîtrise, survie pure et manœuvres d’alcôves sont au rendez-vous dans ce pavé de 750 pages qui se lit passionnément du premier au dernier mot.

Que dire de plus! Un bonheur de tous les instants, une langue à la fois simple et riche, un sens du récit hors-pair et une intrigue bluffante et marquante. Des émotions à fleur de peau, un grand train fantôme où alternent surprises, révélations et un intérêt qui ne se dément jamais, les marques d'un bon et long roman. Un grand et beau Bordage tout simplement.

Autres Bordage chroniqués par mes soins au Capharnaüm éclairé:
Wang
- Abzalon
Orcheron
Les derniers hommes
Ceux qui sauront
Porteurs d'âmes
L'Evangile du Serpent
Griots célestes
Dernières nouvelles de la Terre
Nouvelle vie et autres récits
Graine d'immortels
- Les Dames blanches

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mardi 26 janvier 2016

"L'île des morts" de Roger Zelazny

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L'histoire: Francis Sandow est le doyen de la race humaine bien que son corps soit celui d'un jeune homme. Sa fortune est l'une des plus colossales de l'univers connu, mais surtout il est l'un des vingt-six Noms vivants. C'est-à-dire qu'en lui-même réside, en plus de sa personnalité humaine, celle du dieu Shimbo de l'Arbre Noir. Jadis il a façonné, par sa seule puissance psychique, l'île des morts sur une des planètes de son domaine. Aujourd'hui, un inconnu a rappelé à la vie plusieurs amis ou ennemis de Sandow, disparus depuis des siècles. Celui-ci est obligé de quitter son monde de luxe et d'oisiveté pour affronter l'ennemi qui cherche sa perte. Mais ce dernier a usurpé le Nom d'une autre divinité et deux forces cosmiques colossales vont se heurter sur l'île des morts.

La critique de Mr K: Fruit du hasard, cette trouvaille est due en grande partie à sa couverture, une réinterprétation du tableau L'île des morts de Böcklin par le dessinateur Caza dont le talent n'est plus à démontrer. J'avais étudié l'oeuvre originelle dans un cours d'Histoire des arts à la fac, entre fascination et goût pour le mysticisme qu'elle m'inspirait. Je retournais le présent ouvrage et prenais connaissance de la quatrième de couverture qui m'intrigua de suite. C'était la promesse d'un texte bien barré comme je les affectionne, l'avis final est plus mitigé entre fulgurances vraiment borderline et accrocheuses et un style finalement très convenu dans les trois-quart du roman.

Dans L'île des morts de Zelazny, nous suivons les pas d'un magnat pluri-séculaire dans un monde futuriste plutôt sombre entre inégalité, concentration du pouvoir et planète en péril. Francis Sandow semble avoir tout ce qu'il veut et l'ennui le guette. Au fil des pages, il va se rendre compte qu'il est au centre d'une manipulation qui va le mener vers la fameuse île du titre, lieu énigmatique qui va le confronter tour à tour avec son passé et son destin, entre rencontres improbables et un duel méta-psychique (c'est le mot qui me vient à l'esprit au moment d'écrire cette chronique -sic-).

Je vous préviens d'avance, il faut s'accrocher. La faute essentiellement à un style que j'ai trouvé décousu, parfois très plat pour décrire un background pourtant très riche et source d'intérêt. Intéressant en effet de partager la vie d'un homme hors du commun, mi humain, mi démiurge, que le temps semble épargner et dont la vie a été bien remplie. On passe allégrement à la description purement humaine avec les joies et vicissitudes de sa position dominante et ses pouvoirs divins de création du monde, maître du tonnerre notamment. Car il partage son esprit avec celui d'un antique dieu, rien de moins! Les références sont nombreuses au détour des chapitres qui s'égrainent, elles ont ravi l'amateur de sciences des religions que je suis. Cela donne des passages vraiment bluffant que l'on pourrait rapprocher des meilleurs passages d'American gods de Gaiman que j'avais grandement apprécié lors d'une précédente lecture.

Malheureusement, il ne suffit pas d'avoir une belle inspiration et de bonnes idées pour fournir un livre porteur. C'est la forme qui m'a largué ici. Non que cette lecture soit particulièrement complexe (les fils de l'intrigues sont assez classiques) mais le style dessert une histoire pourtant très attrayante. Le lecteur doit suivre les errances du héros, on passe souvent du coq à l'âne sans réelle cohésion de sens. J'aime être dérouté en lecture si c'est justifié à la fin avec un minimum d'explications. J'ai été déçu sur ce point et au fil du livre ça ne s'arrange pas. La deuxième partie, concentrée sur le fameux pèlerinage sur l'île, relève l'ensemble avec un affrontement au sommet entre deux entités à la fois opposées et complémentaires. Les meilleures pages s'y trouvent et font penser à certains moment à du K. Dick ou du Silverberg, deux de mes références ultimes en matière de SF.

C'est mon premier Zelazny qui a sa petite réputation dans le milieu des fans de SF. Peut-être ai-je mal choisi cette première incursion mais ce titre ne restera pas dans les annales du Capharnaüm éclairé. Format trop court, écriture parfois bâclée, sentiment de déjà-lu / déjà-vu... L'écrivain m'a perdu en route et c'est sans grand enthousiasme que j'ai terminé ce livre. Un ouvrage dispensable donc, tant l'offre est importante et de qualité dans l'univers SF.

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mercredi 20 janvier 2016

"Star Wars VII : Le Réveil de la Force" de J.J. Abrams

star wars afficheL'histoire : Dans une galaxie lointaine, très lointaine, un nouvel épisode de la saga "Star Wars", 30 ans après les événements du "Retour du Jedi".

La critique Nelfesque : Ah ! Le 7ème volet de la saga Star Wars, on peut dire qu'on l'attendait ! Et qu'on avait hâte de le voir ! Mais bon, comme on est un peu maso, on a attendu avant de nous ruer dans les salles. Justement pour éviter cette ruée... Devoir réserver sa place de cinéma plusieurs semaines à l'avance pour avoir une chance de voir un film dans une salle bondée de mangeurs de pop-corns, c'est au dessus de nos forces. Question de principes et de tranquillité.

C'est donc la semaine passée que nous sommes allés voir le film. Sans en lire quoi que ce soit pour ma part, en essayant d'éviter les articles sur le net et les spoilers à la radio (oui, même France Info s'y est mise). J'étais assez curieuse de découvrir ce 7ème opus et juger par moi-même si J.J. Abrams s'était ramassé ou au contraire apportait un nouveau souffle à la série. Avec tout le tapage qu'il y a eu autour de la sortie du film, les produits dérivés, les campagnes publicitaires, il n'y avait pas de droit à l'erreur et l'overdose n'était pas loin (je ne serai pas surprise de découvrir du PQ Star Wars...).

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Dès les premières secondes, l'excitation monte. Le texte défile sur l'écran, les premières notes de musique du célèbre générique se font entendre, je n'en peux plus, j'ai 10 ans d'âge mentale !

On retrouve dans "L'Eveil de la Force", l'humour bien présent dans les volets 4, 5 et 6. Ça ne se prend pas au sérieux, ça joue, c'est efficace. Heureuse de retrouver Han Solo et Chewie, je n'ai pas non plus bouder mon plaisir à la découverte des nouveaux personnages. J'attendais au tournant celui de Rey, interprété par Daisy Ridley, ayant lu (et oui même en essayant de ne pas trop en voir, on finit toujours par tomber sur des infos (merci les réseaux sociaux!)) que c'était un personnage féministe. Oui... Alors... Bon... Comment dire... Quand une fille ne minaude pas, ne frise pas l'hystérie, ne court pas en talons aiguilles mais fait les choses par elle-même, se défend et prend ses propres décisions, on sort le drapeau "féministe" ? C'est ça l'idée ? Bon ben désolée hein mais elle se comporte tout simplement normalement ! Bienvenue dans le monde actuel !

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J'apprécie beaucoup la saga Star Wars mais ne suis pas une fan absolue. Je n'ai pas de petites culottes Dark Vador ni d'affiches du film dans mon salon. Pour autant, j'ai toujours pris beaucoup de plaisir à me plonger dans cette univers et avec "Le Réveil de la Force", j'ai retrouvé ce plaisir. Je ne crierai pas au génie (on est quand même dans une franchise ultra codifié) mais le réalisateur ne se moque pas des spectateurs avec ce nouvel opus. Les paysages sont superbes (ambiance Burning Man), le rythme est bien géré, les perso sont crédibles (bon mis à part peut être Kylo Ren qui ne fait pas flipper pour 2 sous avec sa tête de Mickey mais passons). La saga est repartie pour un tour et on voit déjà au final pointer quelques indices pour la suite. Une suite que j'attends donc avec impatience !

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La critique de Mr K : 5/6. Après une attente voulue pour éviter les foules et la frénésie qui régnait autour de l’événement, c'est le cœur enjoué et plein d'espérances que Nelfe et moi avons enfin été voir le dernier né d'une saga incontournable en matière de SF et surtout de space opéra. Je n'avais guère goûté les épisodes I, II et III très beaux visuellement mais plutôt creux et sans âme malgré de purs moments de délire dans chacun des épisodes et quelques persos marquants. Il me manquait le second degré, l'humour et l'esprit libre qui soufflait sur la trilogie originelle: je ne me suis jamais vraiment remis de mon premier visionnage du cultissime épisode V L'Empire contre attaque. Au final, le VII est le meilleur film depuis ce dernier et laisse augurer de belles suites malgré quelques légers défauts. Mais vous me connaissez, j'aime pinailler!

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Pour reprendre la réplique culte de Han Solo dans la bande annonce de Star Wars VII: L'Éveil de la Force, on est à la maison! J'ai retrouvé mon esprit d'enfant durant 2h15 que l'on ne voit pas passer, où le récit fait la part belle à la présentation de nouveaux personnages, des retrouvailles avec de vieilles connaissances adorées et des morceaux de bravoures transcendés par les techniques modernes d'effets spéciaux. Je me tairais sciemment sur les ressorts de l'histoire et ses nombreuses ramifications et pistes ouvertes, à chacun de les découvrir par soi-même le jour J mais on retrouve pêle-mèle: les drames familiaux, les deux factions rivales, la découverte d'un nouveau pouvoir par de jeunes pousses en devenir, nouvelles alliances et traîtrises iniques, technologie à gogo et menace insidieuse en marche.

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La réussite principale de ce film réside dans ses deux personnages principaux Ray et Finn, tous les deux porteurs d'un nouveau souffle entre interrogation sur soi et dépassement personnel pour progresser et trouver sa voie. Le ton est redevenu léger entre humour et drame, savant dosage d'orfèvre apportant nuance et crédibilité à deux individus attachants. Les deux acteurs sont impeccables, très justes, versant souvent dans l'auto-dérision, les remords pour Finn et blocage/ouverture pour la belle Rey. Pour une fois, les jeunes premiers sont très charismatiques et n'ont pas à pâlir du côtoiement avec des légendes.

Ce n'est plus un secret pour personne, l'équipage du Faucon Millénium est de retour avec mes deux personnages préférés de la saga originelle: Han Solo et Chewbacca. Le duo fonctionne une fois de plus à merveille et le fan que je suis était ravi de repartager leurs aventures rocambolesques et leurs répliques toujours entre désespoir et complicité ironique. Votez Chewie! Je suis plus réservé sur Leia qui a morflé avec le temps et tient une place bien plus secondaire. Et puis deux ombres planent sur la scène: Vador et son influence toujours aussi forte malgré sa mort et Luke Skywalker mystérieusement disparu et que tous cherchent pour des raisons bien particulières. Mention spéciale aussi à BB8 qui réussi à égaler R2D2 en terme de ressort comique et technologique, il est très attachant et rempli son rôle parfaitement.

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J'ai aussi beaucoup aimé la présence de beaucoup de paysages et décors naturels. Les effets spéciaux inondent l'écran par moment mais le réalisateur semble avoir fait le choix de refuser le tout numérique. Pari gagnant, l'immersion est bien plus efficace, plus crédible aussi. On retrouve John William à la baguette pour la musique, les premiers accords ne trompent pas, c'est du classique et c'est efficace. Certains diront que c'est le choix de la facilité (ils n'ont pas entièrement tort) mais Star Wars c'est aussi des codes et des repères ancrés dans l'inconscient collectif, au même titre que la séance d'ouverture et son fameux déroulé narratif. Non vraiment tout est fait pour passer un bon moment, se caler bien au chaud dans son fauteuil et profiter d'un spectacle total où les émotions s'enchaînent sans discontinuer à un rythme soutenu, millimétré et brillamment pensé.

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Pas de note maximum pour autant à cause de quelques défauts et scories qui viennent entacher quelque peau un tableau général pourtant jubilatoire. Le scénario tout d'abord presque calqué parfois sur l'opus 4 et des surprises qui n'en sont plus vraiment. Le fan-service c'est bien mais ça a ses limites, les références sont nombreuses en terme de scènes cultes et j'espère que les épisodes suivant s'affranchiront davantage à ce niveau là. J'ai trouvé le méchant pas si angoissant non plus, il manque un peu d'épaisseur et ses rouages intimes sont trop vite exposés gâchant l'effet dramatique qu'il devrait produire pour plus de noirceur et de portée maléfique. Son sabre laser est aussi une originalité que j'ai trouvé laide et sans intérêt, trop proche à mes yeux de l'iconographie médiévale. L'influence nippone sur le sabre original est bien plus mystique et en cohérence avec le reste… Mais passons, il semblerait que le sabre de Skywalker fils fasse son apparition à un moment…

Pour conclure, ce film est à voir au cinéma si on est fan de SF et de récits à tiroir. Impressionnant par sa forme, porteur de sens et d'une histoire universelle, avec L'Éveil de la Force on prend un pied certain à suivre aventures spatiales, complots et destinées personnelles. On en redemande!

Posté par Nelfe à 17:20 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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