vendredi 28 octobre 2016

Direction les Utos !

Utos affiche

C'est l'heure ! Comme tous les ans, c'est le moment de se diriger vers Nantes pour quelques jours de folie aux Utopiales ! Le festival a choisi pour thème cette année "Machine(s)".

Il est encore temps pour vous de prendre vos billets et de vous diriger vers le Centre des Congrès. De notre côté, c'est un rendez-vous que nous ne raterions pour rien au monde et nous savons d'avance que nous allons passer un très chouette moment.

Le programme de cette année est dispo ici. Au plaisir de se croiser au détour d'une expo, pendant une dédicace, autour d'un verre au bar de Madame Spock ou de partager un moment lors d'une conférence ou d'une séance ciné ! Le Capharnaüm éclairé se met donc sur pause pour mieux revenir après le festival et vous raconter tout ça. Pour les curieux et impatients, n'oubliez pas que nous sommes sur Instagram et twitter. M'est avis qu'il y va y avoir du teaser et du live-report !

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vendredi 14 octobre 2016

"Hier je vous donnerai de mes nouvelles" de Pierre Bordage

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Le contenu : "J’inspecte les rayonnages de ma bibliothèque, je n’y trouve aucun livre d’Homère, pas la moindre trace du grand inspirateur. Qu’ai-je bien pu faire du vieux bouquin tant de fois corné qu’il avait fini par renoncer à sa forme livresque ? Comment ai-je pu le laisser s’exiler de chez moi ? Qui me l’a volé ?

Puis je souris. Quelle importance ? Ces œuvres qui m’ont vivifié, nourri, enchanté, ne sont-elles pas mieux dans des mains avides que sur des planches de bois grises de poussière ? Ne sont-elles pas mieux à voyager et à s’ouvrir à de nouvelles âmes ? Les livres (que dire des versions électroniques ?) se déplacent, se prêtent, jaunissent, se déchirent. Je les ai sans doute offerts de bon cœur, mû par le plaisir unique de partager un secret, un vertige… Les personnages que j’ai aimés, eux, ne meurent pas, à jamais admis dans l’olympe des archétypes.

Et moi, j’essaie de me faire une petite place, modeste laboureur des mots, dans le sillon éternel et fécond tracé par les grands faiseurs d’histoires."

Pierre Bordage pour ce troisième recueil nous offre quinze nouvelles et un préambule.

La critique de Mr K : Hier je vous donnerai de mes nouvelles est le dernier ouvrage paru à ce jour de Bordage. Il s'agit ici d'un recueil de nouvelles écrites entre le début du millénaire et l'année 2015, certains écrits étant restés inédits jusque là, d'autres ayant été insérés dans des ouvrages collectifs ou dans certains journaux dont Télérama ou le journal Libération. Après un prologue prenant où l'auteur nous explique son amour immodéré pour les œuvres imaginaires, le lecteur oscillera pendant quinze nouvelles entre anticipation, SF pure et fantasy. Beaucoup de variété donc pour une majorité de textes réussis, addictifs et sacrément bien menés. Mais qu'attendre d'autre d'un tel talent ? (je sais je me répète)

Tour à tour, l'auteur nous convie à remonter le temps en compagnie d'un voyageur recherchant ses origines et qui va rencontrer un certain nombre de ses aïeuls et constater malheureusement que l'Histoire se répète. On suit la révélation que va faire un grand-père à son petit-fils en sortant de leur confort habituel et en explorant le grand monde. Au détour d'un autre texte, on suit les pérégrinations existentielles d'un rescapé d'un crash spatial qui va se retrouver confronter à un choix cornélien puis juste après, l'auteur nous offre un petit "morceau" de son œuvre culte Les Guerriers du silence qu'il a ôté du substrat originel. L'occasion pour moi de renouer avec les terribles Scaythes d'Hyponéros ! Ceux qui n'ont pas lu cette trilogie doivent absolument se ruer dessus, je l'ai littéralement dévoré à l'époque et ceci bien avant le blog (d'où l'absence de chronique, je sens que je vais devoir le relire !).

Par la suite, on croise aussi un extra-terrestre qui observe l'humanité depuis très longtemps et en dresse un portrait peu flatteur, des migrants fuyant le réchauffement climatique se heurtant au protectionnisme nationaliste (ça ne vous rappelle rien ?) et d'autres fuyards luttant contre une invasion végétale des plus ragoûtantes ! Quelques pointes de fantasy font aussi leur apparition avec la quête d'une jeune reine à la recherche de son empathie perdue et un tueur à gage pris de remords quand il découvre la cible qui lui a été vendue... Et puis, du post-apocalyptique des familles avec une zone de quarantaine isolée du reste du monde, un barde en panne d’idées qui cherche l'inspiration auprès d'une sirène captive, le jugement d'un autocrate par d'anciennes victimes et pour finir un très beau texte faisant la part belle aux origines de toute vie à travers un voyage sans retour.

Sacré programme donc ! On retrouve les thématiques chères à Pierre Bordage notamment son goût pour l'humanisme à travers des luttes parfois vaines mais souvent portées par de magnifiques personnages allant du vieux sage au jeune en devenir. Rien n'est jamais gratuit ici, tout n'est que volupté de la langue, enrobé de messages sous-jacents. Mélange d'aventure, de scènes de partage et d'échange, de quêtes intérieures, on retrouve un souffle épique, universaliste qui fait que le récit le plus irréaliste peut nous parler et nous interroger sur nous et surtout sur le monde que nous construisons. C'est aussi une vision sans fard des destructions et exactions de l'homme sur ses congénères et sur son berceau, belle planète bleue sacrifiée au nom des raisons économiques et nationalistes. Certains passages font réellement froid dans le dos dans leur caractère prophétique mais les habitués de l'auteur ne seront pas surpris, les fans de SF encore moins...

On passe donc de bien bons moment avec des récits certes courts mais d'une densité de contenu important, des personnages charismatiques et un style d'écriture toujours aussi entraînant et facteur de rêve et d'évasion. Par forcément le meilleur Bordage (je lui préfère ses romans) mais de belles parenthèses enchantées (ou non) en attendant le prochain long récit du maître. À lire !

Autres ouvrages de Bordage chroniqués par mes soins au Capharnaüm éclairé :
- Chroniques des ombres
- Les Dames blanches
- Graine d'immortels
- Nouvelle vie et autres récits
- Dernières nouvelles de la Terre
- Griots célestes
- L'Evangile du Serpent
- Porteurs d'âmes
- Ceux qui sauront
- Les derniers hommes
- Orcheron
- Abzalon
- Wang

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mardi 11 octobre 2016

"Fin de la parenthèse" de Joann Sfar

fin de la parenthèseL'histoire : Seabearstein met fin à son exil d’artiste maudit pour participer à une expérience artistique hors normes. L’art étant à ses yeux la seule issue possible pour une société en prise avec un obscurantisme croissant, le peintre est chargé de réveiller le seul prophète non-religieux possible, qui n’est autre que Salvador Dali, maintenu cryogénisé à Paris. Il devra pour cela invoquer son esprit grâce aux mises en scènes de quatre modèles de haute couture qui recomposent des tableaux de Dali. Coupés de toute communication avec le monde extérieur, ils embarquent pour un trip mystique et philosophique totalement inédit.
Sauront-ils faire renaître l’esprit du peintre surréaliste ? Et s’ils y parviennent, que pourront la culture, la connaissance et l’amour dans un monde chahuté ? Questions d’autant plus fondamentales que notre héros sera, à l’issue de cette parenthèse, confronté à une réalité violente.

La critique Nelfesque : Voici une BD singulière et bien particulière dont la rédaction de la chronique dédiée me donne du fil à retordre... "Fin de la parenthèse" ne ressemble à aucun autre ouvrage que j'ai pu lire par le passé. Avec un style très marqué "Joann Sfar" tant dans le trait de dessin que dans certains thèmes abordés, elle ne fait pas pour autant dans la facilité et Sfar n'hésite pas à bousculer le lecteur quitte à le perdre complètement par moment.

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Résumer cet ouvrage est déjà en soi un exercice. Seaberstein, artiste déjà rencontré dans la précédente oeuvre de l'auteur, "Tu n'as rien à craindre de moi", décide de rentrer à Paris et se lance dans une performance artistique surprenante : s'enfermer pendant plusieurs jours dans un hôtel particulier avec 4 mannequins dans le plus simple appareil pour invoquer par ses dessins et par les expériences qu'ils vont partager l'âme de Salvador Dali. Entre trip mystique, voyage sous substances, menaces terroristes et résurrection, Sfar brouille les pistes et offre à ses lecteurs une expérience hors du commun où il fait bon lâcher prise.

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Car il faut savoir s'abandonner pour lire "Fin de la parenthèse". L'histoire que je vous ai tout juste évoquée précédemment est bien plus complexe et distendue que ce qu'il n'y parait. Oubliez vos certitudes, laissez vos points de repère de côté, Joann Sfar vous propose une Expérience avec un grand E et un sacré challenge de lecteur.

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Le voyage est tellement déroutant que ce soit graphiquement que dans les problématique qu'il soulève et les leviers qu'il utilise, que la lectrice que je suis est restée complètement pantelante à la fin de la lecture. On est à la fois séduit, heurté, décontenancé et, n'ayons pas peur des mots, complètement paumé !  Impossible de déterminer avec certitude si on a aimé cette lecture mais une chose est sûre c'est qu'elle provoque des émotions et remue en chacun de nous des choses insoupçonnées. N'est-ce pas là le propre de l'Art ? "Fin de la parenthèse" est une BD ovni qui se ressent plus qu'elle ne s'explique. A chacun de tenter l'expérience !

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vendredi 7 octobre 2016

"Mémo" d'André Ruellan

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L'histoire : 1962. Paul est chercheur en psychopharmacologie. Ayant mis au point une substance qui stimule la mémoire, il en fait l'essai sur lui-même. Dans son existence et celle des autres, c'est le début d'un bouleversement irréversible. Paul n'est pas un apprenti sorcier. C'est un vrai sorcier, comme tous les chercheurs qui trouvent. Car s'il est vrai qu'on ne fabrique jamais un outil qui ne puisse pas blesser, est-ce une raison pour cesser d'en fabriquer? C'est le progrès, et il n'y a pas de progrès sans retombées. Et puis, si Paul renonce, un autre prendra le relais, tant il est vrai qu'il n'est jamais qu'un des maillons d'une chaîne infinie et éternelle.

La critique de Mr K : Il s'agit de ma deuxième lecture d'André Ruellan après le très "Bis" Tunnel qui m'avait laissé un sentiment partagé entre plaisir immédiat de lecture et ficelles un peu trop voyantes. Mémo m'a fait de l’œil lors d'un chinage de plus avec sa quatrième de couverture alléchante et sa quatrième faisant la part belle aux promesses de récit bien barré et d'une réflexion sur la science et le progrès. Au final, vous verrez que l'auteur m'a encore fait la même impression et que mon avis est assez mitigé.

Paul est un chercheur surdoué, il a réussi à mettre au point une substance permettant de recouvrir la mémoire et de stimuler le cerveau (Mémo 1 aka Mémoryl dans le roman). Cette découverte incroyable lui a apporté succès et richesse. Pour autant, il ne s'en satisfait pas et le démon de la recherche l'encourage à toujours pousser ses expériences plus loin, quitte à franchir éhontément les frontières de la morale élémentaire et les protocoles médicaux. Il finit par s'injecter la mystérieuse découverte S24 qui va le faire basculer dans des univers, des souvenirs et des futurs possibles. Véritable descente en enfer, le lecteur halluciné suit les délire de Paul et explore avec lui sa psyché et les différentes possibilités de vie qui s'offrent à lui...

Autant le dire de suite, tout de monde n'aimera pas cet ouvrage qui par bien des aspects se mérite vraiment. Il faut avoir le cœur et l'esprit bien accroché pour suivre les méandres du récit qui s'avère complexe et tordu à souhait. Chaque paragraphe est une surprise et l'on ne sait jamais où l'auteur veut nous emmener. Loin des narrations classiques, on saute ici les époques et les dimensions, passant allégrement du rêve, au cauchemar en faisant parfois un détour vers la réalité. C'est très déstabilisant ce qui n'est pas pour me déplaire. L'effet est assez bluffant, on aime à se perdre avec Paul dans ces différentes identités et vies auxquelles il peut prétendre (lointaine filiation avec deux films géniaux que sont Mr Nobody et Predestination). On en perd son latin et on se demande qui fait quoi et pourquoi... C'est d'ailleurs tellement tripant qu'on en vient presque à l'overdose et cela a érodé quelque peu mon enthousiasme ne voyant pas forcément là où l'auteur veut nous mener. D'ailleurs la fin en elle-même ne m'a pas surpris ce qui est plutôt dommage quand durant 150 pages on ne sait pas sur quel pied danser...

Ce qui est appréciable par contre c'est  l'ambiance qui règne dans le laboratoire et les chercheurs qui le peuple. L'auteur cerne bien les contradictions qui guident la science entre bien-être de l'humanité et recherche de la gloire et des lauriers. C'est nuancé et assez juste dans la façon d'aborder ces vocations qui se trouvent ici confrontées aux limites qu'imposent l'éthique et la morale. Expériences, tests, mise au norme, fabrication industrielle et mise en vente sont tour à tour abordés de près ou de loin, éclairant les pratiques et principes en vogue encore aujourd'hui. Le contre-point est fascinant avec le personnage de Paul livré à ses psychoses et névroses, luttant pour retrouver la réalité et la raison par la même occasion. Bien vu d'ailleurs la relation qu'il dérègle avec sa chercheuse de femme (Isabelle) qui par sa "normalité" grossit le trait et révèle l'étrangeté de l'expérience que vit Paul.

L'écriture de Ruellan est accessible et jamais complexe à l'inverse des mécanismes de son récit qui ralentissent le rythme de lecture, ce qui personnellement m'a empêché d'être complètement emporté par une histoire pourtant singulière et séduisante au départ. Une série B d'anticipation à réserver aux fans du genre et aux amateurs des thématiques abordées.

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mardi 4 octobre 2016

"Demain les chats" de Bernard Werber

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L’histoire : Pour nous, une seule histoire existait : celle de l’humanité.
Mais il y a eu LA rencontre.
Et eux, les chats, ont changé à jamais notre destinée.

La critique de Mr K : Werber est un auteur que j’ai déjà pratiqué et que j’ai apprécié à différents niveaux. Autant sa trilogie des Fourmis m’avait bien plu mais sans plus, autant j’avais adoré Les Thanatonautes. A chaque fois je convenais de sa grande maîtrise du récit et son appétence pour la connaissance au sens large. Lire un Bernard Werber apporte toujours quelque chose au lecteur entre culture générale et récit bien ficelé. L’occasion s’est présentée de lire son petit dernier (sorti hier en librairie). J’ai découvert alors qu’il traitait du roi des animaux (oui, les chats ont tout compris à la vie !), et ni une ni deux, je plongeai dans ce volume de 305 pages que j’ai vite dévoré et qui au final me laisse un sentiment mitigé...

Bastet est une jeune chatte domestique qui vit tranquillement dans l’appartement de sa servante (ou sa maîtresse selon le point de vue qu’on adopte). Elle se croit immortelle, au sommet de l’évolution et dirige d’une patte de fer la maisonnée. Du moins le croit-elle... Sa rencontre avec Pythagore, le chat siamois de la voisine va bouleverser son existence. Ce dernier est étrangement savant, porte une curieuse calotte sur la tête et lui révèle nombre de secrets que les chats ne sont pas censés connaître. De révélation en révélation, la vie de Bastet va s’en trouver définitivement changée car en arrière plan, le monde des hommes semble s’écrouler entre terrorisme, guerre civile et épidémie mondiale.

Composé de chapitres très courts, ce roman se dévore quasiment d’une traite et même s’il est parsemé de défauts (voir plus tard dans la critique), le rythme haletant tient en haleine le lecteur pris par le destin contrarié de l’héroïne et de son foyer. On alterne scènes d’actions pures et discussions alambiquées apportant de l’eau au moulin de l’histoire. On prend plaisir à découvrir les réactions typiquement félines des principaux protagonistes, on voit d’ailleurs bien tout le travail de recherche qu’a dû effectuer l’auteur pour fournir un portrait fidèle de la race des seigneurs (sic). Le lecteur suit l’histoire à travers les yeux de Bastet, à sa hauteur et via sa compréhension de chat. Ce point de vue est rudement original et apporte beaucoup au récit qui verse dans l’étrange et parfois le délirant (dans le même style, La Promeneuse de Didier Fourmy était bien sympa aussi).

Le lecteur embarque donc facilement dans cette histoire abracadabrantesque grâce à ses personnages charismatique : la jeune héroïne à qui le monde se révèle, le vieux sage siamois adepte du Tao, certains passages sont tout bonnement géniaux lors de ses cours qui nous expliquent bien des choses sur nos amis félins à travers l’Histoire. Il y a aussi le coloc nonchalant obsédé de bouffe et d’échanges torrides (là encore un chat), un lion échappé d’un zoo combattant de l’extrême, des rats en pleine conquête mondiale, une maîtresse gâteuse mais infanticide, un président peureux, des jeunes humains luttant pour l’avenir de l’humanité et tout un tas de personnages bien trouvés, caractérisés comme il faut et qui donnent à l’ensemble une cohérence intéressantes. On vit nombre de péripéties entre humour, amour, drames et tristesse, et au travers des chats, c’est un peu l’homme qui est jugé et placé face à sa nature profonde. Le bilan n’est pas joli joli, pas très original non plus, mais il a le mérite d’être énoncé clairement.

Au rayon des déceptions, il y a tout d’abord le caractère archiconvenu de nombres de passages. On est très rarement surpris et c’est toujours dommage lors d’une lecture. Tout s’emboîte parfaitement (et heureusement) mais on sait très bien où l’auteur veut nous mener gâchant quelque peu l’addiction liée à l’écriture simple et accessible de l’auteur. Le principe d’évolution chez l’héroïne était bien trouvé mais je l’ai trouvé trop rapide pour être crédible. J’aime croire à l’incroyable en terme de lecture mais ici, les effets sont un peu trop grossiers pour moi et Bastet est bien trop humanisée dès le départ pour qu’on apprécie sa "transformation" et sa prise de conscience. Dommage car le terreau originel était vraiment ambitieux et aurait pu donner une petite bombe littéraire. Remarque au passage, le titre se veut une référence à un classique d’entre les classiques de Simak (j’insiste, il faut absolument lire Simak !) mais on est loin d’atteindre la maestria et la densité de Demain les chiens en terme d’écriture et de portée philosophique sur le genre humain.

Au final donc une lecture enthousiasmante dans sa forme, sa maîtrise des ressorts dramatiques mais sans surprise et assez plate. C’est vraiment rageant car le sujet me plaisait beaucoup et l’auteur possède une réelle aura. Espérons qu’il fasse mieux la prochaine fois côté déroulement du récit car niveau documentation il est bien présent !


lundi 26 septembre 2016

"Le Clin d'oeil du héron" de Jean-Claude Dunyach

le clin d'oeil du héron

L'histoire : J’ai souvent parlé de magie avec Ayerdhal. Pas la force extérieure manipulée par des thaumaturges, mais celle qui naît dans le cœur et la volonté des hommes et que j’ai voulu illustrer dans ce recueil. Il en a donné sa propre définition dans Parleur ou les chroniques d’un rêve enclavé : "Parleur parlait et nous suivions. Il y avait quelque chose de magique dans cette sujétion, quelque chose qui ne tenait pas seulement de ce charisme, dont Mescal me parla par la suite, et qui ne dépendait pas uniquement du parfait usage qu’il faisait de ces connaissances humaines. Aujourd’hui, je sais que cette magie s’appelle intégrité et qu’elle fonctionne par la conscience que nous en avons, car tous nous connaissons les limites de notre propre honnêteté. Nous ne savions pas au juste ce que Parleur pensait, mais nous n’avions jamais détecté le moindre décalage entre ses paroles et ses agissements."

La critique de Mr K : Ce volume est le huitième du genre à paraître chez l'Atalante pour l'auteur qui affectionne tout particulièrement le genre de la nouvelle. Pour ma part, je n'avais lu de lui jusqu'alors qu'un excellent pastiche de fantasy intitulé L'Instinct du troll qui compilait quatre nouvelles contant les mésaventure d'un troll qui se retrouvait du jour au lendemain responsable d'un stagiaire pas très doué... Ici point de tout ceci mais sept nouvelles ayant en fil rouge commun la magie (au sens large) et définitivement tournées vers la SF et l'anticipation.

Un couple amoureux fou voit leur affection mise à l'épreuve par les merveilles de la technologie moderne qui permet à chacun de prolonger sa vie et de littéralement fusionner avec l'être aimé, deux sœurs en séjour à Amsterdam vont être confrontées à un illusionniste qui va leur rendre service, une astrophysicienne enceinte découvre avec son équipe un nuage spectral étrange, serait-il possible que ce soit Dieu ? Un jeune homme un peu paumé va trouver dans une ruelle un mystérieux passage avec un gardien énigmatique, cette rencontre va changer à jamais sa perception de la vie. On retrouve aussi une histoire bizarre mélangeant magie et incarnation terrestre des anges, une compagnie capable de ressusciter les stars disparues mais aussi une traqueuse à qui l'on confie une enquête déjà résolue cachant une manipulation à grande échelle.

Comme vous pouvez le constater, on retrouve de grands thèmes de SF classique comme la course au progrès et ses conséquences entre déshumanisation des populations, consumérisme institutionnalisé et planète en péril. C'est aussi au détour de certaines nouvelles des réflexions sur la place de l'être humain dans l'univers et la quête de sens que nous poursuivons tous au milieu des multiples signaux "pseudo" enchanteurs que médias et société nous renvoient. Peu de place à l'optimisme donc mais de beaux portraits de personnages bien différents qui se débattent avec réussite ou non d'ailleurs avec leur existence et le monde qui les accueille. Il est aussi beaucoup question du réel et du virtuel, de la frontière de plus en plus ténue qui peut exister entre les deux et la confusion qui peut en découler. C'est très intéressant de se projeter avec l'auteur vers ces futurs plus si lointains que ça...

Avec Dunyach, on passe par toutes sortes d'émotions contradictoires avec par moment des sourires et de la légèreté puis quelques lignes après, les affres de l'existence humaine et son lot de doutes et d'échecs. C'est très particulier et même si toutes les nouvelles ne sont pas du même niveau, on passe un bon moment, pris dans des textes concis mais non dénués de nuances et de circonvolutions scénaristiques parfois déroutantes. Bien moins amusant que l'opus précédemment cité, on retrouve dans Le Clin d'oeil du héron la verve dans l'écriture, une accessibilité de toutes les lignes et des formulations qui claquent là où ça fait du bien.

Une bien belle lecture pour tous les amoureux de courts récits et du genre SF qui trouvent là un bel ambassadeur que j'approfondirai de mon côté en essayant de dégoter quelques autres recueils de ses nouvelles. À bon entendeur...

mercredi 14 septembre 2016

"Les Temps assassins : Rouge vertical" de Pierre Léauté

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L'histoire : La mort vous libère de tout. Sauf de vos démons intérieurs. Après une vie de trahisons, d'aventures et de défis, les flammes de l'enfer lui sont interdites. Condamnée à errer sur Terre, Charlotte Backson va réapprendre son humanité et laisser derrière elle sa dernière incarnation, Milady de Winter. Du moins, c'est ce qu'elle croit...

La critique de Mr K : Retour sur la lecture du premier volume d'une trilogie qui vient tout juste de sortir chez la petite maison d'édition Le Peuple de Mü. Je découvre aussi au passage Pierre Léauté, un écrivain à la réputation plutôt flatteuse déjà auteur de textes où l'uchronie à la part belle, sous-genre SF que j'affectionne tout particulièrement. C'est à la faveur du temps radieux de la mi-août que j'entreprenais la lecture de ces Temps assassins qui ne m'a pas résisté longtemps (trois jours à peine pour 390 pages environ) tant j'ai été pris par le souffle épique du récit et la verve langagière de l'auteur. 

Charlotte Backson a une vie bien compliquée. Comprenez par là, qu'elle en vit plusieurs ! Elle est bien loin la jeune fille orpheline de bonne famille confiée à Dieu aux bons soins d'un couvent comme cela se passait si souvent à l'époque (l'histoire débute en 1625). Elle va cependant connaître l'amour, la déchéance, la mort puis la renaissance... Oui, vous avez bien lu, dans la droite lignée de Lazare, elle se relève et parcourt à nouveau le monde. Car Charlotte a un secret et pas des moindres, elle est immortelle ou presque... Très vite les choses s'accélèrent autour d'elle : des existences qui s’enchaînent et la voient passer du côté obscur, un passé douloureux qu'elle n'arrive pas à refouler, des inconnus pressants et inquiétants qui lui expliquent qu'elle doit accomplir son destin, une mystérieuse jeune femme qui lui propose la vérité et son amitié...

Attendez-vous tout d'abord à un sacré roman d'aventure teinté d'Histoire et d'uchronie. Haletant est un terme caractérisant parfaitement le rythme effréné que nous impose un auteur avide de faire plaisir à ses lecteurs via des rebondissements en cascade et un amour de la matière littéraire. On lorgne d'ailleurs vers Alexandre Dumas et ce n'est pas seulement l'identité secondaire de l'héroïne qui nous l'indique : amour, cavalcades, ressentiments, vengeance et la présence de grandes figures historiques donnent un goût très savoureux à l'ensemble. Belle maîtrise aussi de la matière historique qui est ici torturée pour notre plus grand plaisir avec en toile de fond l'effet papillon qui provoque des bouleversements incontrôlable si l'on modifie le passé. On touche là aux fondements du roman qui ouvre des voies métaphysiques qui seront davantage explorées dès le volume 2, Les Uchronautes (date de sortie non précisée pour l'instant). Vu la présentation de l'auteur en fin d'ouvrage, je table fortement sur le fait qu'il soit prof d'Histoire ce qui explique la jubilation avec laquelle il joue avec les époques, les mœurs et les ressentis. Perso, j'ai adoré et adhéré totalement, étant moi-même du même moule et féru d'anecdotes historiques.

Les révélations pleuvent littéralement au fil des pages à partir du premier tiers du roman avec notamment le voile qui se lève sur notre monde, son fonctionnement et les forces cachées à l’œuvre dans l'ombre. L'auteur se plaît à multiplier les pistes et les détours. Le lecteur pris en otage se doit d'être patient avant que la lumière soit faite sur les tenants et les aboutissants. Et encore, la fin de cet ouvrage réserve son lot de suspens avec un aperçu de ce qui va suivre. Rassurez-vous, je réussirai à dormir d'ici la sortie de l'opus 2 mais Dieu sait que j'aurais bien suivi les aventures de Charlotte un peu plus longtemps. Le personnage est charismatique et accroche quasi immédiatement le lecteur, surtout qu'elle nous déroule sa vie sans fards ni arrangements avec la réalité. Loin d'être une sainte, lors d 'une confession avec un prêtre, elle arrive tout de même à le faire fuir ! Certes, certains aspects m'ont un peu rebuté notamment sa période "in love" que j'ai trouvé ringarde et un peu décalée vis-à-vis de son parcours mais l'ensemble se tient et tous les personnages principaux sont du même tonneau avec leur part de clarté et d'obscurité. Ça fait du bien, ça crédibilise l'ensemble et donne à cette histoire une portée bien plus dense et impactante.

Comme dit précédemment la lecture est aisée et engageante comme jamais. La langue est limpide, inspirante et inspirée ; elle nous procure une immersion totale et dépaysante. Les pages se tournent toutes seules, sans effort et avec un plaisir renouvelé. Il est d'ailleurs difficile d'éteindre la lumière le soir lorsque l'on est pris dans les toiles finement tissées par Pierre Léauté. J'émets un petit bémol pour le côté classique et sans surprise de certaines situations dont les phases d'apprentissages mais dans le genre il est difficile de passer à côté. L'ouvrage réserve cependant son lot de révélations bien senties et n'oublions pas qu'il reste deux volumes pour mener à bien la quête qui s'amorce pour Charlotte.

Une bien belle découverte pour ma part pour un livre qui a le mérite de distraire et d'emporter loin ses lecteurs. N'est-ce pas l'essentiel en matière de lecture de fiction ?

dimanche 4 septembre 2016

"Star trek : sans limites" de Justin Lin

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L'histoire : Une aventure toujours plus épique de l’USS Enterprise et de son audacieux équipage. L’équipe explore les confins inexplorés de l'espace, faisant face chacun, comme la Fédération toute entière, à une nouvelle menace.

La critique de Mr K : 4/6. C'est avec l'ami Yann que je suis allé la semaine dernière voir le dernier opus de la licence à succès Star Trek. Nelfe ne goûtant guère au space opera, elle n'est pas venue avec nous et ne chroniquera pas ce film. Pour ma part, j'ai passé un bon moment devant un film certes pas très original mais qui ne se prend pas trop au sérieux ce qui fait toute la différence avec les grosses machineries habituelles du style Independance day (que je n'ai pas vu et que je ne verrai pas d'ailleurs).

On retrouve donc l'équipage de l'Entreprise dans son exploration de l'espace. Après plus de quatre ans de vol ininterrompu, les voilà qui se posent sur une station spatiale de Starfleet du tout dernier cri. Mais ils n'ont pas le temps de se reposer qu'ils sont appelés à aller secourir un vaisseau perdu dans une mystérieuse constellation suite à la captation d'un signal de détresse. Très vite, ils se font attaquer par de mystérieux engins spatiaux et ils se retrouvent séparés les uns des autres sur une planète inhospitalière...

Je vous l'accorde le scénario est léger et ultra-classique. Ce n'est pas du Kubrick, du Tarkowski ou du Nolan, clairement Simon Pegg (acteur dans le film et surtout Shaun de l'énormissime Shaun of the dead) s'inspire de ce qu'il a pu aimer en SF pour écrire le troisième opus des nouvelles aventures de l'Entreprise. Malgré tout, on se prend au jeu grâce notamment aux personnages qui se renvoient la balle de manière jouissive. L'humour est omniprésent, dédramatise les péripéties et donne un bon bol d'air frais dans les productions SF qui ont tendance souvent à jouer la carte de la froideur et à militariser à outrance. Il détend largement l'atmosphère dans une salle conquise par le spectacle servi.

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Et quel spectacle ! Un déluge d'effets spéciaux vraiment bluffants (c'est de moins en moins surprenant, mais ça fait toujours son petit effet), des créatures diverses et variées, des paysages vraiment splendides et des technologies futuristes (notamment les vaisseaux spatiaux) que l'on explore et ré-explore à l'envie. Les amateurs adoreront notamment les séances de course-poursuite nombreuses et inventives en terme de mise en scène. On est vraiment plongé dans l'action (et dieu sait qu'il y en a dans le métrage) et on se prend à s'accrocher à son siège par moment. Musique efficace quoique commune sauf au moment clef de l'intrigue avec le super morceau Sabotage des Beastie Boy qui a fait se dresser les poils du dos du fan que je suis. Un pur moment de bonheur !

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On n'échappe pas par contre aux passages niaiseux obligés de ce genre de production avec des dialogues WTF par moment, le déroulé de bons sentiments à l'américaine (malgré une production en grande partie chinoise) mais le tout est bien emballé et le message humaniste général passe admirablement notamment l'acceptation des différences et le vivre ensemble que prône Starfleet. Pas de cynisme du tout, mais une naïveté générale touchante qui fait oublier le temps de deux heures notre monde de brutes qui part à vau-l'eau. Petit caméo au passage aussi pour Léonard Nimoy disparu l'année dernière et le jeune acteur d'origine russe présent au générique malgré sa tragique disparition au début de l'été. Les acteurs servent la soupe à la perfection avec une préférence marquée pour ma part pour Pegg, Urban et Pinto dont les personnages sont drôles et charismatiques.

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Star trek sans limites est un bon film de SF au final. Il n'invente rien mais recycle parfaitement les attentes du spectateur et offre un spectacle virevoltant, touchant et vraiment magnifique. Idéal pour se détendre et rêver quelque peu. C'est déjà beaucoup, non ?

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jeudi 18 août 2016

"Le Caillou rouge et autres contes" de Caza et Bazzoli

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Le contenu : Recueil d'oeuvres de jeunesse de Caza, rééditées en 1985.

La critique de Mr K : C'est béni des dieux que nous sommes revenus d'une expédition chinage à Périgueux cet été, rappelez-vous mon poste enthousiaste en retour de vacances. Parmi ces très belles trouvailles, il y avait cette BD de Caza et Bazzoli proposée à un prix défiant toute concurrence et dans un état de conservation plus qu'honorable. Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour me plonger dedans et le moins que l'on puisse dire, c'est que j'ai été bien inspiré de me porter acquéreur de ce Caillou rouge et autres contes. Bon, je ne partais pas vraiment dans l'inconnu vu mon admiration pour Caza et son travail... Cet ouvrage propose une compilation de micro-récits parus dans Pilote ou totalement inédits. Pour l'inspiration, Caza a demandé à un ami de lui fournir des idées mais aussi quelques phrases en adéquation avec ses dessins. C'est François Bazzoli qui s'y colle avec un rare bonheur comme je vais vous l'expliquer.

On retrouve tout d'abord une série de cinq histoires numérotées portant le titre loufoque de Quand les costumes avaient des dents. Si vous ne le saviez pas, longtemps avant l'apparition des êtres humains, les costumes vivaient en paix et se retrouvaient confrontés à de sacrés problèmes comme des ceintures venimeuses, la nécessaire survie en milieu hostile, l'apparition d'une mystérieuse main constituée d'ombre, des concours de jeux de mots idiots (un de mes récits préférés) et même le pêché originel revisité par un Caza totalement branque pour le coup (superbe variation autour de la fable Les animaux malades de la peste de La Fontaine). Ces historiettes se rapprochent esthétiquement du film Yellow Submarine des Beatles (cultissime et à voir absolument !) et des animations de Terry Gilliams pour les Monty Python. On vire donc dans le psychédélisme le plus pur avec une beauté de toutes les cases et de toutes les pages qui nous font basculer définitivement dans une autre dimension. J'ai adoré les références et l'humour qui pullulent dans les dessins et mots composant cette hagiographie des costumes. Un pur délire qui fait mouche !

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S'ensuivent trois contes hystériques comme les auteurs se plaisent à les appeler. Tour à tour, on suit l'histoire d'une princesse très laide à la recherche de la beauté, d'une autre fille de roi enfermée car menacée par une funeste prédiction et un roi qui possède une poule pondant des romans à succès. On retrouve des éléments de contes bien connus que les auteurs s'amusent à détourner sans vergogne. N'escomptez pas de happy-end mais plutôt un sadisme hors pair pour maltraiter des personnages en mal de reconnaissance que le malheur et le destin rattrapent assez tôt. Le trait est ici plus léger (plus propre au Caza que je connais déjà) pour des récits aussi brefs que drôles pour tout amateur de bons pastiches mêlant références cultes et petites blagues bien senties. On passe là encore un bon moment !

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Vient ensuite un aparté littéraire avec une courte nouvelle de Bazzoli illustrée par Caza. Une dame âgée trouve une étrange créature qu'elle va adopter et ramener à son logis. Le temps va passer et le protégé ne fait que grandir. Les illustrations sont tops et la nouvelle bien menée quoique plutôt classique dans son déroulé. Une belle incartade qui n'est pas pour autant mémorable. On retrouve ensuite la BD pure avec l'histoire éponyme du recueil mettant en scène Caza lui-même trouvant un jour sur son chemin lors d'une ballade une étrange pierre rouge. Les jours s'enchainent et il faut se rendre à l'évidence, tout se teinte en rouge autour de lui. Mais quel est ce mystère ? La révélation finale est assez bluffante et drolatique. Les textes sont toujours aussi incisifs et évocateurs et les dessins très réussis. Une des meilleures historiettes du volume. Pour finir, deux pages d'un projet avorté par Caza autour d'un robot amoureux. Sa présence est plutôt anecdotique et ne ravira que les grands amateurs du maître...

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Au final, on passe un très bon moment quoiqu'un peu cours devant ce recueil d'oeuvres oubliées de Caza qui avec son compère propose des récits amusants, parfois philosophiques et d'une grande beauté formelle. Un incontournable pour tous les amateurs du dessinateur, de l'époque et de l'art psyché qu'elle a diffusé. Un petit bijou !

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mardi 19 juillet 2016

"Le Chaos final" de Norman Spinrad

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L'histoire : Beurk ! Voici Sangre la planète rouge : tortures - terreur – cannibalisme. Ouais ! Voilà Bart Fraden le libérateur : embuscades – rapines – victoire. La révolution est en marche. C'est ça le Chaos Final !

La critique de Mr K : Troisième roman dans l'ordre chronologique d'écriture de Norman Spinrad, ce Chaos final s'apparente beaucoup à Rêve de fer, un ouvrage qui m'avait fait forte impression à la confluence de la fascination et du dégoût. Je vous préviens de suite (mais je crois que la couverture de cette édition parle pour elle-même...), si vous entamez cette lecture c'est la promesse de massacres, tueries, étripailles, tortures, bains de sang par m3, hurlements, MEURS MEURS MEURS, stratégies, traîtrises, hyper-défonces, retours-sur-soi, amour, mort, carnages, pillages, cannibalisme, fanatisme, égocentrisme, cynisme... Un sacré programme donc entre SF, récit de guerre et théorisation de la Révolution.

Chassé du système solaire par une révolte globalisée, Bart Fraden, accompagné de ses deux fidèles compagnons, est à la recherche d'une nouvelle planète à conquérir. Le plan est simple : trouver une planète habitable, mener une révolution pour renverser le pouvoir en place et se dorer la pilule. Programme séduisant s'il en est et en plus la planète Sangre paraît parfaitement convenir : une société féodale basée sur la loi du plus fort qui écrase sans vergogne ses administrés qui acceptent une loi naturelle qui implique torture, séquestration et cannibalisme ! Tablant sur la volonté des plus humbles de se réveiller et de prendre le pouvoir, Bart va s'immiscer dans les arcanes du pouvoir pour tenter de comprendre la logique régnant sur Sangre et la faire basculer. Il n'est pas au bout de ses peines et il ne ressortira pas indemne de cette aventure.

En effet, la caste dirigeante de la planète, la Confrérie de la Souffrance, est composée d'un ramassis de sadiques ayant à leur botte une armée de bêtes à massacre (on se croirait dans Mad Max avec des tueurs aux dents limées et obsédés par le meurtre) et dont l'unique raison d'être est infliger un maximum de souffrance pour en retirer un maximum de plaisir. Leur régime alimentaire est basé exclusivement sur l'anthropophagie ! Des fermes élèvent les hommanimaux qui constituent les cheptels des puissants et la population ne vit que sous le fouet des seigneurs et la soumission totale au sacro-saint ordre mis en place. Cela donne lieu, vous l'imaginez, à des scènes d'une extrême cruauté, gore à souhait (j'avoue je suis amateur) mais aussi à de belles pages plus théoriques sur les notions d'asservissement et d’avilissement consenti. Franchement fascinant et effrayant.

341 pages compose cette édition et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on les sent passer ! Un peu à la manière d'Orange Mécanique, l'auteur fait appel à tout ce que l'homme peut faire et penser d'abject pour dénoncer nos travers. C'est d'ailleurs ce qui transforme ce qui ressemble au premier abord à une série B littéraire en expérience terrifiante entre spectacle dantesque (au sens propre cette fois-ci) et raisonnement sur les mécanismes du pouvoir. Il est question notamment de raison d'État, de propagation de rumeurs et l'utilisation de la propagande pour manipuler les esprits (y compris via des drogues puissantes et addictives), les amener à penser comme le héros pour mieux les utiliser par la suite. En cela, le héros est fort intéressant car clairement ambivalent. Il a un petit côté gentil vaurien à la Han Solo dans la première trilogie Star Wars qui m'a séduit avec un langage argotique fleuri et délirant. Et puis, il y a le côté sombre, calculateur et cynique de Bart Warden qui ressurgit à l’occasion lors des grandes prises de décision et notamment le passage terrifiant de son initiation en tant que membre à part entière de la confrérie de la souffrance. Il est le symbole à lui tout seul de notre égocentrisme et de notre propension à vouloir plus sans questionnement moral. Il ressort du livre totalement éprouvé, ébranlé sur ses bases et changé à jamais.

Pas grand chose en terme d'espoir à se mettre sous la dent, l'écriture virevoltante de Spinrad n'en laisse que quelques miettes au détour de passages plus intimes notamment entre Bart et Sophia, ersatz de Sonia La Rousse qui va lui faire connaître des joies insoupçonnées mais qui ne suffiront pas à lui faire fuir la réalité. A vouloir changer la planète Sangre, c'est peut-être elle qui l'a changé... La lecture bien qu'éprouvante est diablement prenante et propose un savant mélange entre aventure dans un monde apocalyptique et exploration des mécanismes régissant un régime totalitaire. Clairement, je ne lirais pas un ouvrage comme celui-ci tous les jours, mais c'est le genre de lecture que l'on peut qualifier à la fois de déviante et de constructive. Une pure expérience que les plus courageux d'entre vous tenteront peut-être...

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