jeudi 20 octobre 2011

"Les Mange-Rêve : La route du Nord" de Jean-Luc Le Pogam

routedunordL'histoire: 2024. Les ordinateurs des gouvernants ont cerclé l'Europe d'un mur électromagnétique infranchissable, y programmant des hivers de neuf mois, flanqués de températures à -50°. Dessinateurs, peintres, musiciens, danseurs, écrivains ou photographes... Tous sont pourchassés par les Mange-Rêve car leur métier d'artiste est désormais interdit.

2. La route du Nord: Deux cataskis géants! Voilà ce que Torg, Nag et leurs hommes ont vu surgir du bunker aux aurores. Deux vaisseaux des glaces que les Mange-Rêve prennent immédiatement en chasse sans même avoir la moindre idée de la destination des fuyards. Où qu'il ait choisi de se rendre, ce convoi qui file vers le nord ne devra jamais atteindre le but de son voyage.

À bord du Seagull et du Bugale Ar Mor maintenant engagés sur la faille ouest, Iwan, Thibault et Mélanie, conscients de la cible qu'ils représentent pour les Mangeurs, poussent avec Yvon et Jack les machines au maximum de leur puissance, à la limite de la rupture.

Mais, avec un thermomètre à -50°, des aubes blanches, des tempêtes de neige et la pression de poursuivants en motos-neige, la vie se fait au fil des jours de plus en plus difficile... Surtout quand la malchance se met de la partie!

La critique de Mr K: C'est avec un plaisir non feint que je me suis replongé dans les pérégrinations de Jack, Yvon, Mélanie, Iwan et Thibault dans le volume 2 de la série des Mange-Rêve, "La route du Nord". J'avais très apprécié le précédent opus ("Le grand dérèglement") et j'avais hâte de connaître la suite.

"La route du Nord" s'apparente sur bien des rapports à un road-movie. On suit tout au long de ce livre, la course poursuite en terre bretonne entre nos héros et les terribles brigades qui les ont pris en chasse à la fin du volume 1. C'est l'occasion pour l'auteur de peaufiner le background ambitieux de son œuvre en essaimant çà et là des éléments de réponse sur les catastrophes sismiques intervenues auparavant (la fameuse faille) et sur l'État totalitaire mis en place par Bogdich. Soyons clairs, n'attendez pas de réponses précises dans ce tome 2, c'est prévu pour la suite...

Nous entrons, dans "La route du Nord", dans l'intimité des cinq principaux héros. Les rapports entre jeunes gens et anciens sont à cet égard particulièrement bien rendus entre solidarité, amour et fous rire (j'ai bien ri à deux passages, chose rare quand je lis en général). Les vieux de la vieille sont toujours aussi attachants mais ils laissent davantage voir leurs faiblesses bien humaines. On se surprend plusieurs fois à trembler face aux péripéties qu'ils doivent affronter. Les rapports entre générations sont empreints de respect mutuel, chose bien agréable à lire face à l'état actuel des choses dans notre société. C'est aussi pour deux protagonistes, l'apprentissage de l'Amour, ce qui donne lieu à des passages tantôt attendrissants tantôt comiques (que c'est maladroit un ado quand même!). À la faveur d'un changement de point de vue, on se retrouve en compagnie de la brigade des Mange-rêve et l'on peut mesurer à cette occasion l'étendue de leur haine viscérale de ceux qu'ils pourchassent et leur degré d'embrigadement dans le système mis en place.

Le rythme reste lent dans ce volume, l'auteur comme dit précédemment cisèle davantage les rapports entre les personnages qu'il ne fait progresser son intrigue générale. Pour autant, les morceaux de bravoure ne manquent pas avec notamment l'avarie que subit l'un des deux cataskis et une attaque musclée des chasseurs de rêveurs. C'est aussi au détour d'une trahison, l'occasion pour les jeunes de se frotter au monde réel et de réfléchir à la notion de confiance et de solidarité. Malgré leurs interrogations quant à leurs proches disparus, la meute lancée à leurs trousses, ils prennent conscience que c'est ensemble et soudés qu'ils parviendront à surmonter leurs difficultés. Loin du pathos, c'est à travers toute une série de sentiments et d'émotions contradictoires qu'ils tracent leur chemin intérieur.

Lu très rapidement et avec plaisir, le livre nous laisse avec les héros en vue de leur objectif: la mystérieuse forteresse de Tombmor qui donne son titre aux deux ouvrages suivants de la série des Mange-rêve. Affaire à suivre donc!

A lire également:
"Les Mange-Rêve : Le Grand Dérèglement"

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lundi 10 octobre 2011

"1Q84: Livre II, Juillet - Septembre" d'Haruki Murakami

1q84-livre-2L'histoire: Les choses qui restent enfermées dans notre cœur n'existent pas en ce monde. Mais c'est dans notre cœur, ce monde à part, qu'elles se construisent pour y vivre.
Le Livre 1 a révélé l'existence du monde 1Q84.
Certaines questions ont trouvé leur réponse.
D'autres subsistent: qui sont les Little People? Comment se fraient-ils un chemin vers le monde réel? Pourquoi deux lunes dans le ciel? Et la chrysalide de l'air, est-elle ce lieu où sommeille notre double?
Ceux qui s'aiment ne sont jamais seuls.
Le destin de Tengo et d'Aomamé est en marche.

La critique de Mr K: Vu l'engouement qui me possédait littéralement pendant ma lecture du volume 1, j'ai pris mes précautions et je suis allé m'acheter le deuxième volume avant la fin du volume précédent. Je vous l'ai dit précédemment, ce livre est une tuerie et se révèle extrêmement addictif. C'est donc tout naturellement que j'ai enchaîné directement sur le Livre 2 couvrant l'année 1984 (1Q84?) sur les mois de juillet à septembre.

On retrouve donc Tengo et Aomamé pour la suite de leurs existences qui sont de plus en plus placées sous le signe de l'étrange. Un étau invisible semble se resserrer autour d'eux, les événements inexplicables se multiplient et les révélations vont s'enchaîner pour mieux déboucher sur de nouvelles interrogations. Plus que jamais, la tension est palpable et ce volume est à classer sous le sceau de l'isolement et du questionnement de soi.

Après le coup de maître du Livre I, l'effet de surprise n'est plus là mais pour autant le lecteur ne peut relâcher son attention et son intérêt de l'univers décalé qui nous est présenté. La "faute" à l'écriture et le récit de Murakami qui entretient à merveille le suspens et multiplie les pistes d'interprétation possibles. Loin de baisser en intensité, 1Q84 se renouvèle sans cesse, se nourrissant des zones d'ombre pour étoffer le background et le récit principal. Des clefs ont été livrées mais finalement, les portes se multiplient avec l'impression d'être manipulé par un marionnettiste hors pair... Et c'est le cas! Murakami nous amène là où il veut quand il le veut, il est donc impossible d'échafauder la moindre théorie ou alors elle se révèle fausse. En tous les cas pour moi, je me suis à chaque fois cassé les dents et il me tarde d'avoir les réponses qu'apportera forcément le dernier volume.

L'ambiance lynchienne à souhait est toujours présente, on explore encore plus profondément les confins de la psyché des personnages et certains personnages secondaires prennent de l'épaisseur. Les légers décalages deviennent de véritables gouffres et l'instabilité s'installe, bousculant les normes, déstabilisant les protagonistes et réjouissant au plus haut point le lecteur que je suis (c'est mon côté sadique!). La conclusion de ce volume est abrupte et sans appel... connaissant désormais un peu mieux l'auteur, j'imagine que la suite nous réserve bien des surprises. Vivement 2012!

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mardi 4 octobre 2011

"Point de rupture" de Carlos Trillo et Eduardo Risso

point_de_rupture_image2

001L'histoire: Dans les ruines d'un monde post-apocalyptique, deux ombres traquent une même proie. L'un de ces prédateurs est une femme cyborg, autrefois appelée Lisa, et répondant aux seuls ordres du Conseil. L'autre chasseur s'appelle Emil, c'est du moins ce que lui dit cette voix intérieure qui l'obsède. Nouvelle recrue au service de la Commune, il éxécute tant bien que mal les directives de sa supérieure tyrannique. Lisa et Emil poursuivent la même cible, mais avec des objectifs bien différents.

La critique de Mr K: Aujourd'hui, un grand merci à l'ami Franck pour m'avoir fait découvrir cette série en 4 tomes qui s'inscrit pleinement dans le style hard-boiled à l'instar d'une série comme Sin City de Miller. Un monde déchiré, deux clans rivaux, une lutte sans merci, peu ou pas d'espoir pour une humanité au bord de002 l'extinction. La trame est sombre, les dessins en noir et blanc, on entre dans un monde pourri et le dégommage peut commencer!

Il est surtout question de guerre pendant les quatre opus de la série. Rivalité tout d'abord entre deux entités concurrentes pour tenir sous leur coupe l'ensemble de la population, il s'agit du Conseil et de la Commune. Évidemment, ils ne reculent devant aucun moyen pour maintenir leur domination: répression sanglante par l'envoi de mercenaires dévoués et sur-armés, propagande nihiliste, distribution de drogue hallucinogène pour masquer la réalité et les entretenir dans l'addiction et donc la soumission. Dans cette société totalitaire, on retrouve au bas de l'échelle les infraslumpens, restes d'humanités pervertis par les drogues, la violence et les radiations atomiques. Mi hommes, mi bêtes, ils errent tout au long des pages, vision terrifiante d'une espèce en voie de disparition. Ils sont tour à tour repoussants, touchants voir marrants (c'est tout de même assez rare de sourire dans Point de rupture.

003Au milieu de ce chaos, nous suivons toute une série de personnages plus branques les uns que les autres. Il y a Lisa, une femme cyborg, vendue par son amant à des trafiquants d'organes et qui se retrouve esclave du Conseil et exécutrice des basses œuvres de l'organisation. Elle n'a pour seule confidente qu'une poupée qui lui répond (fantastique? schizophrénie?). Elle est à la recherche de réponse sur son passé et va devoir se faire une place dans ce monde en pleine déliquescence. Émil est lui aussi chasseur mais dans le camp adverse, une voix lui parle dans sa tête et ils se pose aussi beaucoup de questions. C'est deux là sont bien entendu appelés à ce rencontrer! Personnellement, je me suis davantage attaché aux personnages secondaires: le lycanthrope (chasseur de tête sans compassion, bête de combat sans cœur), les deux supérieures de Lisa (lesbiennes passionnées qui s'entre-dévorent), le comte (chef du Conseil qui livre une course sans fin contre le vieillissement en élevant ses propres clones), Madame Ursula la gigantesque supérieure d'Émil qui cherche par004 tous les moyens à susciter le désir... Autant de personnages qui se cherchent, s'entre-croisent, se heurtent souvent.

Si on est amateur de l'esprit cyber-punk, si on ne tourne pas de l'œil face à des scènes d'une violence extrême, si les discours convenus et la morale yankee (voir de plus en plus européenne) vous répugnent, si le noir et blanc suscite chez vous un intérêt tout particulier, cette série est pour vous. Depuis Miller et Templesmith je n'avais pas pris un tel plaisir à lire de la BD d'anticipation hard boiled. C'est violent, crû mais diablement bien ficelé et mené. Les récits sont assez courts, s'accumulent et finalement forment un tout qui se révèle dans toute sa puissance lors du dernier acte, qui vous l'avez compris, ne peut qu'être apocalyptique! Un brulot énergique, libérateur et qui suscite la réflexion que je vous invite à découvrir!

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lundi 3 octobre 2011

"1Q84, Livre I, Avril-Juin" d'Haruki Murakami

1q84_-_livre_i_avril-juin_404L'histoire: Le passé – tel qu'il était peut-être – fait surgir sur le miroir l'ombre d'un présent – différent de ce qu'il fut?
Une oeuvre hypnotique et troublante
Un roman d'aventures
Une histoire d'amour
Deux êtres unis par un pacte secret
Dans le monde réel de 1984 et dans celui dangereusement séduisant de 1Q84 va se nouer le destin de Tengo et d'Aomamé...

La critique de Mr K: Sans doute ma claque littéraire la plus importante depuis un sacré bout de temps. Je suis venu à Murakami par hasard lors de la lecture d'un hors série de la revue Trois Couleurs. Ne suivant pas vraiment l'actualité littéraire, je ne connaissais même pas cet auteur avant le portrait que j'ai pu découvrir de lui. Anticonformiste, ce qui est plutôt original pour un japonais, l'aura de mystère qui planait autour de la trilogie 1Q84 a attisé ma curiosité. L'accroche a été immédiate et deux jours seulement m'ont suffi pour dévorer ce premier volume.

La construction de l'ouvrage est simple. On change de point de vue à chaque nouveau chapitre. Un coup nous suivons Tengo, trentenaire japonais, professeur de mathématiques et apprenti écrivain à qui un ami éditeur va confier un travail de réécriture d'un texte rédigé par une jeune fille étrange de 17 ans. En devenant le ghostwriter d'une œuvre envoutante et étrange La Chrysalide de l'air, il met les pieds dans un univers décalé et inquiétant. Le chapitre suivant, on suit Aomamé, jeune femme de 29 ans qui s'acquitte de missions bien spéciales: elle supprime des êtres ignobles pour le compte d'une vieille dame énigmatique. Je n'en dirai pas plus pour ne pas lever les nombreux secrets qui composent ce premier tome mais sachez qu'on navigue constamment entre plusieurs genres: l'étude de caractère, l'histoire d'amour, le thriller par moment ou encore le fantastique, voir l'anticipation pour certains thèmes évoqués.

Il faut le savoir, ce livre est un piège pour tout amateur de bonne littérature contemporaine. Aussitôt avez vous fait connaissance avec Tengo et Aomamé que la mécanique infernale chère à Cocteau se referme sur vous et il est tout bonnement impossible de s'échapper et de quitter cet univers aussi étrange qu'attirant. Haruki Murakami a le don de l'écriture simple, aérienne et évocatrice qui englobe, cisèle ses personnages et les actions qu'ils mènent. Une ambiance purement japonaise sans pour autant tomber dans les clichés et la lenteur exacerbée. Certes, le démarrage prend du temps mais c'est pour mieux cerner les protagonistes, leurs caractères et leurs espérances. Loin de se contenter de s'occuper des deux principaux héros, les personnages secondaires sont aussi traités avec beaucoup d'attention, de Tamaru le garde du corps gay de la vieille dame, en passant par la mystérieuse Fakaeri, l'auteur tisse une gigantesque toile d'araignée et une série de liens plus déroutants les uns que les autres. Sachez qu'à la fin du présent volume, nombre d'interrogations restent en suspens et que dans le deuxième d'autres se rajoutent (je chroniquerai le volume 2 d'ici peu et je devrais attendre 2012 pour lire le troisième et ultime volet).

Autre point très intéressant, le balancement presque imperceptible parfois entre rêve et réalité. Quid du monde réel? Quid d'un pseudo univers parallèle? Les descriptions des lieux sont remarquables de justesse mais aussi d'étrangeté. C'est seulement au détour d'une phrase, d'une formule voir d'un mot que parfois tout semble basculer pour ces deux êtres esseulés que sont Tengo et Aomamé. Franchement, j'ai rarement été scotché à ce point par une œuvre qui, à bien des égards, se rapproche des travaux de David Lynch. On voit percer certaines obsessions de l'auteur (il paraît qu'on les retrouve dans ses autres livres) comme le sexe (l'érotisme est omniprésent dans cet ouvrage), le rapport à la violence et la domination, la religion, l'ordre établi... Autant de thèmes en filigrane qui enrichissent une histoire déjà fort développée aux méandres innombrables.

Un grand moment de lecture donc qui n'est pas simplement un événement éditorial comme claironné en quatrième de couverture mais pour moi un renouveau certain de la littérature, un mélange des genres hors norme et une rencontre culturelle époustouflante. Ce serait dommage de passer à côté...

mardi 6 septembre 2011

"Les Mange-Rêve : Le Grand Dérèglement" de Jean-Luc Le Pogam

LMR1L'histoire: 2024. Les ordinateurs des gouvernants ont cerclé l'Europe d'un mur électromagnétique infranchissable, y programmant des hivers de neuf mois, flanqués de températures à -50°. Dessinateurs, peintres, musiciens, danseurs, écrivains ou photographes... Tous sont pourchassés par les Mange-Rêve car leur métier d'artiste est désormais interdit. 

1.Le Grand Dérèglement: Iwan et Thibault sont amis depuis la maternelle.

Pour les deux garçons et leur copine Mélanie, début septembre rime depuis toujours avec rentrée. Sauf que cette fois, elle a eu lieu au collège.

Alors, quoi de plus banal que le petit coup de stress d'une rentrée de septembre à la veille des premiers grands froids?

Rien, si ce n'est qu'un soir, fuyant un cours de guitare qui a tourné au drame, Iwan et Thibault se réfugient chez eux mais doivent se rendre à l'évidence: leurs parents ont dispaeru!

C'est avec la complicité d'Yvon et Jack, deux grandsz-pères qui ont oublié de vieillir, que le trio se lance sur des cataskis bourrés d'électronique à la poursuite du train qui emmène ses prisonniers vers le nord.

Tous les cinq découvrent rapidement qu'ils sont la proie des Mange-Rêve qui les ont pris en chasse dès la première heure de l'expédition...

La critique de Mr K: Petit coup de projecteur aujourd'hui sur ma lecture du premier tome de la série des Mange-Rêve. Une amie m'en avait parlé et lors d'une soirée de crémaillère, elle m'a fait rencontrer l'auteur qui est un de ses proches. Le tome 1 en poche, je suis rentré chez moi. Il s'est passé quelques mois depuis et vacances obligent, le présent volume a dû attendre que ma PAL diminue pour que je m'y consacre. 

Ce premier volume nous plonge dans un monde à peine futuriste (son auteur parle d'anticipation) mais terriblement flippant. L'Europe s'est refermée sur elle-même et un hiver quasi permanent a été instauré par un pouvoir dictatorial qui fait régner la terreur aux seins des rêveurs (artistes) à l'aide d'une milice impitoyable (les fameux "Mange-Rêve"). Voilà un background comme je les aime et ce qu'il y a de bien chez cet auteur, c'est qu'il ne sacrifie jamais au pathos du genre pour se consacrer pleinement à ses personnages. Vous ne saurez donc pas grand chose sur le fond, Jean Luc Le Pogam distillant les révélations par petites touches successives, instaurant une attente chez son lecteur qui ne peut que poursuivre en espérant être davantage éclairé. 

La grande force de ce livre réside dans le traitement des personnages. Tout d'abord, les trois pré-ados sont loin des caricatures que l'on retrouve trop souvent dans la littérature pour "djeuns". Il y a du J. K. Rowlings dans sa manière de leur donner vie: beaucoup de malice, de sensibilité et de sens du détail qui font qu'on y croit, que les personnages prennent vie devant nous et surtout se révèlent crédibles. On passe donc un bon moment en compagnie d'Iwan, Thibault et Mélanie. Mais les personnages que j'ai préféré sont les deux grand-pères baroudeurs qui vont devoir s'occuper d'eux suite à la disparition des parents. Certes, ils sont hauts en couleur et des passages sont à la limite du vraisemblable mais qui n'a jamais rêvé d'avoir un super-papi à l'image de Jack et Yvon, retraités des services spéciaux toujours aussi pro et efficaces mais qui sont avant tout aimants et attentionnés envers ces trois jeunes livrés à eux mêmes. 

L'action se déroule dans ma chère Bretagne et c'est la deuxième raison principale de mon engouement. Loin de tomber dans le ringard, j'ai aimé parcourir les abords du golfe du Morbihan en cataski et me promener en compagnie de Mélanie et Iwan du côté du château de Suscinio. Ce n'est pas tous les jours qu'on lit une transfiction (genre cher à Francis Berthelot) se passant du côté de chez soi! En plus, ça tient la route et l'auteur évite l'écueil de l'écriture régionaliste en nous proposant une histoire universelle dans laquelle chacun peut se retrouver. Et puis... qu'on le veuille ou non, la Bretagne ça vous gagne! 

Ce premier volume est très rapide à lire, il s'agit de la mise en place d'une intrigue bien plus vaste qui se lance véritablement dans le deuxième volume que je vais bientôt lire. J'ai passé un agréable moment. L'écriture est fluide et agréable à lire, ce roman est à classer dans le "Cross-age", il est à conseiller aux jeunes mais il est aussi destiné à un public plus adulte adepte du genre (et j'en suis!). J'ai hâte de suivre les pérégrinations de nos héros dans le volume suivant: "La route du Nord"

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mercredi 31 août 2011

"Melancholia" de Lars Von Trier

MelancholiaafficheL'histoire: À l'occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la soeur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre...

La critique Nelfesque: Quel film! Autant l'annoncer tout de go et sans fioriture: "Melancholia" est un putain de film! Un des meilleurs Von Trier à mon sens. Laissons de côté la polémique qu'a pu susciter le réalisateur au Festival de Cannes, l'objet cinématographique qui nous est servi ici mérite bien plus de publicité.

La réalisation, le jeu d'acteur, le climax, la photo, la musique, tout est réuni pour captiver le spectateur. Et ce, dès la première minute. Se suivent quelques plans au ralenti composés tels des tableaux qui mettent tout de suite dans l'ambiance. C'est beau, c'est intrigant, ça suscite des émotions, ça ne laisse pas indifférent. On est assis dans notre fauteuil et rien que pour les 5 premières minutes, on est content d'avoir payé nos places, content que de tels productions soient produites.

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Ce long métrage se découpe en deux parties. La première partie est centrée sur Justine, le soir de son mariage. Kristen Dunst interprète à merveille ce personnage dépressif et secret. On ne sait si elle est heureuse ou pas, ni ce qui cloche exactement mais on ressent un malaise. Tout est pourtant réuni pour faire un magnifique mariage et le lieu de réception est sublime mais Justine porte en elle un mal-être qui est palpable. Elle mérite amplement le prix d'interprétation qu'elle a reçu pour ce rôle. Autour d'elle, sa famille semble étrange... Son père est du genre coureur, sa mère met les pieds dans le plat et sa soeur est à cheval sur tout. On ne sait pas ce qui se passe dans cette famille mais leur mode de fonctionnement est particulier.

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Arrive la seconde partie du film centrée sur le personnage de Claire, la soeur de Justine, interprété par Charlotte Gainsbourg. J'aurai aussi donné le prix d'interprétation féminine à Charlotte Gainsbourg. J'aime énormément cette actrice qui sait tout jouer. Ayant déjà eu ce prix pour "Antechrist" il y a deux ans, avec le même réalisateur aux commandes, on comprend pourquoi elle n'a pas été nommé cette année. Il en faut pour tout le monde! Toujours est-il que son désir de voir sa soeur guérir et sa peur de voir la planète Melancholia heurter la Terre et tout ravager sur son passage sont patents.

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Oui parce qu'il est question d'un évènement cosmique et de la fin du monde dans ce film. En même temps qu'une planète flirte avec la Terre et menace son existence, une famille se déchire, essaye de se comprendre et s'aime. Tout est lié. Peu à peu, les rôles s'inversent, Justine s'apaise et Claire semble perdre pied...

Un film magnifique sur la nature humaine, sur les relations fraternelles. Un film qui évoque la fin du monde de manière pudique, dans un huit clos éprouvant, loin des films catastrophes hollywoodiens. Une fin magnifique qui fait écho aux scènes d'intro et nous laisse pantelants face à un écran noir dépourvu de générique. Une belle expérience cinématographique.

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La critique de Mr K: 6/6, encore un chef d'oeuvre à mettre à l'actif de Lars Von Trier. J'ai beau cherché, il n'y a aucun de ses films que je n'ai pas au minimum apprécié. Avec celui-ci, j'ai pris une sacré claque. Rassurez-vous, c'est moins "violent" dans le thème et la forme qu'un "Antechrist" mais on retrouve le sens de l'esthétique si admirable chez ce danois pur souche (image, musique et conduite d'acteur parfaites). Alors peu importe ses débordements et son côté antipathique, le cinéaste est remarquable et on aurait tort de passer à côté de cette apocalypse filmée avec maestria.

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Après une scène d'ouverture aussi incroyable que magnifique (on est gâté cette année avec le dernier Malick), la première partie du film s'attache à suivre le mariage de Justine (Kirsten Dunst). On retrouve ici le goût de Von Trier pour disséquer les relations qui existent dans une famille qui va mal, avec le personnage central qui devrait être au comble du bonheur mais dont la nature profonde assombrit les festivités. Ajoutez à cela, la menace cosmique qui pèse sur la Terre et vous aurez une vague idée de la tension qui peut prendre le spectateur à la gorge. La seconde partie est centrée sur Claire (Charlotte Gainsbourg) et se situe quelques jours après la cérémonie. Complètement différente de sa soeur, elle a peur et essaie de se rassurer. Son mari a beau l'assurer d'une issue heureuse (Kiefer Sutherland impec), elle ne peut s'empêcher de s'inquiéter notamment pour son adorable petit garçon (très bon choix au casting).

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Les deux actrices principales portent littéralement le film sur leurs épaules. Kirsten Dunst est magnifique (en bonus pour les fans mâles, elle est totalement nue au bord d'une rivière!) et d'une justesse troublante, sa palme est méritée. Pour autant, elle aurait du être partagée avec Charlotte Gainsbourg toujours aussi impressionnante, au jeu calibré à la perfection mais tellement naturel. On est ébloui par la performance livrée mais pas surpris quand on connaît le talent (et la rudeur) avec lequel Von Trier dirige ses actrices (trois palmes d'or d'interprétation féminine cumulées tout de même).

La scène finale est éblouissante et laisse le spectateur pantelant, conscient d'avoir vécu un moment rare du septième art. On est littéralement cueilli et conquis par ce film de SF intimiste et bouleversant. Un grand prétendant pour le film de l'année à mes yeux.

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lundi 29 août 2011

"Griots célestes" de Pierre Bordage

griotscelestes1L'histoire: Enfant illégitime abandonné dans le désert de Jezomine, Qui-vient-du-bruit a grandi parmi les Skadjes, un peuple si insaisissable que certains en viennent à douter de son existence. La vie paisible que le garçon a connue jusqu'alors prend un tour inattendu le jour où son chemin croise celui de Marmat Tchalé, un Griot Céleste. Il l'ignore encore, mais il est lui aussi promis au destin exceptionnel de ces conteurs qui colportent à travers l'espace et le temps le souvenir de l'humanité. Car, dispersés sur de nombreux mondes, les hommes ont oublié que, jadis, leur espèce ne faisait qu'une et qu'ils étaient capables de voyager entre les planètes...

La critique de Mr K: C'était mon Bordage des vacances et ce fut une fois de plus une lecture exaltante et enrichissante comme souvent avec le génial vendéen. Comble de la réussite avec ce diptyque, on se rapproche dans le mode de narration, les thématiques et la construction de ce space-opéra du chef d'oeuvre absolu du maître: Les guerriers du silence (non chroniqué pour le moment sur ce blog car c'est une lecture antérieure à l'ouverture du Capharnaüm Éclairé).

On suit ici le destin extraordinaire d'un jeune garçon fruit d'un amour interdit qui se retrouve abandonné dans le désert dans ses premiers jours d'existence. Il va être recueilli par des êtres hors norme qui vont lui enseigner le décryptage du "son des formes". C'est lors de son adolescence qu'il va faire une rencontre décisive qui va bouleverser sa vie et celle de millions d'êtres humains. Commence alors le récit de son apprentissage au sein de la caste des Griots Célestes, êtres humains choisis par la Chaldra (mystérieuse entitée qui leur permet de voyager à travers les mondes humanisés) dont le rôle est de conserver l'Histoire de l'humanité après la grande dispersion (diaspora humaine à l'échelle universelle suite à l'abandon de la Terre) et surtout de la transmettre en rendant visite aux populations éparpillées dans tout l'univers. Mais voilà... une menace rode et s'étend. Les partisans du vide et du retour au néant absolu, au grand rien qui absout tous les pêchés font de plus en plus d'adeptes et ont comme cible prioritaire les Griots qui incarnent l'inverse de leurs aspirations. S'ensuit à partir de la première confrontation, un gigantesque road-movie ayant pour décor des galaxies entières...

griotscelestes2Je suis ressorti enchanté de cette lecture. Tout d'abord, j'ai retrouvé l'extraordinaire talent de Bordage pour tisser une histoire et embarquer le lecteur. Difficile de décrocher tant on s'attache aux personnages et à leurs destins. Qui-vient-du-bruit (alias Seke plus tard) est à lui seul tout un symbole d'une humanité qui se cherche, se perd parfois, cherche des repères, finalement c'est l'être humain qui par nature cherche à donner un sens à sa vie. Il est aidé en cela par son maître Griot (Marmat Tchalé) aussi étrange que fascinant, ne disant les choses qu'à demi mot, s'absentant régulièrement pour revenir transfiguré voir parfois débraillé... Une ambiance mystérieuse se forme autour de ce duo improbable qui va devoir affronter de nombreuses menaces. Il serait impossible de parler de tous les personnages qui m'ont plu tant on en croise énormément dans cette œuvre. Sachez simplement que vous allez être confronter à un périple éprouvant, parfois amusant, parfois mystique, souvent oppressant... En effet, les forces en œuvre sont immenses et les partisans du dragon aux plumes de sang (le néant) sont particulièrement retors et fascisants (des scènes sont assez rudes et peuvent heurter les esprits plus jeunes).

On retrouve dans les Griots Célestes des thématiques essentielles de l'œuvre de Bordage. Tout d'abord, l'idée que les hommes en allant trop loin dans leur développement vont devoir partir du berceau des origines pour s'installer sur d'autres systèmes (selon les mondes où leurs bonds successifs vont les mener, nos deux héros vont se retrouver confronter à des modèles et des niveaux de développement différents), on retrouve aussi l'importance du respect mutuel entre tous, l'importance aussi de la nature avec des passages qui frisent l'animisme et le chamanisme (déjà omniprésents dans la trilogie des Guerriers du silence). Le thème central porte cependant sur l'importance de la mémoire collective. Ex étudiant d'Histoire, j'ai été profondément touché par cet aspect de cette œuvre. Là, où Bordage est malin, c'est qu'il couple le devoir de mémoire (concept classiquement occidental) avec l'univers typiquement africain des griots et autres arbres à palabre. Il en ressort une universalité et une nécessité absolue qui donne au texte une profondeur impressionnante.

Ce livre est donc à lire tant il permet au lecteur de s'évader mais aussi de s'interroger sur le monde actuel à travers une histoire purement SF. L'écriture et la narration font merveille et contribuent à une lecture aisée, agréable et addictive. Un must que je ne saurais trop vous conseiller!

Autres Bordage chroniqués par mes soins:
- Wang
- Abzalon
- Orcheron
- Les derniers hommes
- Ceux qui sauront
- Porteurs d'âmes
- L'Evangile du Serpent

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samedi 27 août 2011

"Incarceron - Livre II - Le Cygne noir" de Catherine Fisher

Incarceron 2

ATTENTION: Ne lisez pas ce qui suit si vous n'avez pas lu le tome 1

L'histoire: Alors que Finn s'est évadé d'Icarceron et s'apprête à devenir roi, une nouvelle menace surgit, qui met sa vie, et celle de Claudia, en danger.
Toujours enfermés dans la Prison, Keiro et Attia espèrent s'échapper grâce au pouvoir d'un gant magique. Mais face aux obstacles qui s'accumulent, le rêve de liberté s'éloigne.
Pendant ce temps, Incarceron poursuit ses propres désirs d'indépendance. En secret, la Prison se fabrique une arme ultime, une arme qui pourrait bien détruire le monde...

La critique Nelfesque: Cela faisait un moment que ce tome 2 trainait dans ma PAL. J'avais bien apprécié la lecture du premier volet mais il y a tellement de romans à lire et si peu de temps que j'ai toujours mis à plus tard la suite. Rien de mieux qu'une lecture commune pour se donner la motivation de sortir ses romans "oubliés". C'est avec Elise que je me suis lancée dans "Le Cygne noir".

Même si la lecture du premier tome remontait à quelques mois je n'ai pas eu trop de mal à me replonger dans l'histoire. "Le Cygne noir" débute quelques jours après la fin du premier tome. On peut donc facilement tout lire d'un coup et ne prendre l'ensemble que pour un seul et unique roman. Toutefois, j'ai préféré ce tome ci que j'ai trouvé plus "adulte". Mensonge, faux semblants et illusions sont au premier plan. L'avenir du royaume se joue et ça conspire sec à tous les niveaux. Qui est qui? Peut-on vraiment faire confiance aux proches? Rien n'est moins sûr.

Dans ce second volet, la Prison tient une place importante en tant que "personne". Dans le premier, le lecteur fait connaissance avec son univers, ici, il a affaire à la tête pensante, l'oeil inquisiteur qui tire les ficelles et détient le pouvoir de vie et de mort dans ce monde. L'auteur nous expose ses désirs et son rêve le plus cher ainsi que les moyens mis en oeuvre pour atteindre ce but. La rumeur d'un "Extérieur" de la Prison et la légende de Sapphique tiennent encore une place importante dans ce tome. Mais l'extérieur est-il si idyllique? Est-ce vraiment mieux "dehors"? Rien n'est moins sûr...

Avec "Le Cygne noir", Catherine Fisher donne de l'épaisseur à l'ensemble de la saga en complexifiant les rapports entre les différents personnages et en faisant de ce roman jeunesse un roman plus adulte. Seul bémol (et non des moindres): la fin... qui me fera préférer d'autres romans adulte plus aboutis. Toutefois, il offre une bonne approche de l'univers fantasy à ceux qui n'ont pas encore osé franchir le pas.

A lire également, l'avis de ma compagne de lecture Elise.

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lundi 8 août 2011

"Ces garçons qui venaient du Brésil" d'Ira Levin

iralevinL'histoire: De nuit, à Vienne, Yakov Liebermann, "le chasseur de Nazis", reçoit un appel du Brésil: "Six SS partent demain en mission...". La voix s'étrangle. Quelqu'un raccroche.
Aussitôt Yakov alerte un de ses amis de l'agence Reuter. Oui, toute information utile lui sera transmise.
Et presque aussitôt, partout dans le monde, des hommes tombent. En chaîne. Tués sur le coup. Des "accidents" très étranges...
Liebermann l'infatigable remonte chaque piste et fait une découverte: toutes les victimes étaient des fonctionnaires paisibles, âgés. Chacun d'eux a laissé un fils très, très jeune. Et tous ces fils se ressemblent... tels des jumeaux.
Les jumeaux! L'obsession du Dr Mengele quand il était médecin et "expérimentateur" à Auschwitz. Mengele, aujourd'hui réfugié au Brésil...

La critique de Mr K Voici aujourd'hui un livre dont on m'avait beaucoup parlé. Je suis amateur d'Ira Levin (voir liste des chroniques en fin de post) et cette œuvre-ci m'avait échappée jusqu'alors. On se trouve ici face à un roman à suspens teinté d'éléments historiques. Sans dévoiler l'histoire, sachez que vous allez être confrontés à une conspiration ourdie par des anciens nazis revanchards au but hallucinant (la révélation est tardive, il faut être patient) et qu'un homme seul (avec l'aide de son réseau de connaissances) va devoir partir en chasse tant ce qu'il a découvert est incroyable. Je n'en dirais pas plus, pas de spoiler sur ce blog!

Mon avis est très mitigé, il faut dire aussi que j'apprécie beaucoup cet écrivain et que jusqu'alors il ne m'avait jamais déçu. La grande force de ce livre est son ancrage dans une histoire encore récente et douloureuse: les abominations nazies. Certains des tortionnaires ou responsables ont pu être «évacués» avec des complicités chez les Alliés et sont allés s'installer en Amérique du Sud en toute tranquillité. De cette réalité historique (allez voir la Bio de Mengele, c'est édifiant!), Levin coud un scénario haletant dans les tenants et aboutissants sont effarants. On plonge dans le délire de Mengele obsédé par la pureté du sang et refusant la Défaite du IIIème Reich. Après moultes circonvolutions, la vérité est révélée et laisse le lecteur pantelant. Vraiment fort surtout que le suspens est excellemment entretenu par une attente et une appréhension qui ne quitte pas le lecteur du début à la fin.

C'est au niveau de la forme que se livre pèche. A-t-il mal vieilli? Sans doute car l'écriture est très abordable mais manque de relief et de puissance évocatrice. C'est plat et malgré la trame scénaristique addictive, l'ennui guette parfois au détour d'une page. Les personnages sont à l'image de la prose, convenus et raides. Les rapports entre eux m'ont semblé caricaturaux et dénoués de chaleur humaine. Malgré la noblesse de sa cause, je n'ai pas été séduit par le personnage deYakov (ersatz littéraire de Simon Rosenthal -chasseur de nazi-): manque de charisme, superficialité de ses rapports avec les autres personnages... Je suis resté indifférent à son sort et à celui de ses proches. Mengele et ses comparses sont bien rendus, et comme disait Hitchcock: "Quand le méchant est réussi...".

Pour conclure, c'est tout de même une grosse déception. Pour du Levin c'est très moyen et Ces garçons du Brésil s'apparente plus à un très bon roman de gare. Beaucoup d'ambition dans le thème traité mais la lecture s'avère décevant car commune et sans réelle efficacité à faire "décoller" le roman. J'ai entendu parlé sur la blogosphère d'une adaptation ciné plutôt sympa à priori. Je testerai sans doute.

Autres romans d'Ira Levin chroniqués sur le blog:
Un Bonheur insoutenable
Un Bébé pour Rosemary
Les Femmes de Stepford

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vendredi 1 juillet 2011

"La Ferme des animaux" de George Orwell

LA-FERME-DES-ANIMAUXL'histoire: Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Snowball et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement:
"Tout ce qui est sur deux jambes est un ennemi. Tout ce qui est sur quatre jambes ou possède des ailes est un ami. Aucun animal ne portera de vêtements. Aucun animal ne dormira dans un lit. Aucun animal ne boira d'alcool. Aucun animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux."
Le temps passe. La pluie efface les commandements. L'âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer:
"Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d'autres."

La critique Nelfesque: Me voici plongée dans la lecture d'un classique. "La Ferme des animaux" fait partie des incontournables de la littérature et honte à moi je ne l'avais encore jamais lu. Omission réparée!

J'ai beaucoup aimé ce roman qui avec des mots et des situations simples met en scène des évènements politiques et explique l'Histoire. Il n'y a pas d'identification mais on peut aisément y retrouver quelques épisodes connus à travers le monde.

Les animaux, qui en ont plus que marre de trimer tous les jours pour enrichir le fermier et n'avoir en retour qu'une gamelle tout juste remplie, décident de se révolter, de mettre à la porte leur maître et de s'organiser par eux-même afin de pourvoir à leurs besoins et ainsi vivre en harmonie et heureux. C'est du moins l'idée de départ de cette révolution... Mais très vite, des clans se forment. Les puissants, ici les cochons, vont s'octroyer des avantages à la barbe des autres animaux de la basse-cour, animaux qui n'y verront que du feu puisque les cochons savent manier la parole et tourner les situations à leur profit.

Ces animaux qui au départ étaient tous égaux, vont, à l'image des hommes, jouer des coudes et mettre en place une quasi dictature. George Orwell nous propose là une fable qui nous fait réfléchir sur les manoeuvres des hommes politiques pour arriver à leurs fins. On peut certes lire ce roman en restant sur la forme et le trouver drôle ("huhu des animaux qui se prennent pour des hommes" et blablabla) mais si on creuse, on s'apperçoit que dans ce roman, l'auteur nous montre les limites de la démocratie avec habileté. Tout y est: un hymne "national", des "lois" sous forme de commandements, des "citoyens" animaliers, des "meetings" à la ferme, des promesses "électorales" sous forme de doubles rations de nourriture... mais très vite l'injustice et les privilèges vont montrer le bout de leur nez et certains simples animaux en viendront à se comporter comme des hommes.

Une façon de nous dire que quoi que l'on fasse, qui que nous soyons, nous ne pouvons être égaux et devrons toujours être gouverné par des puissants aux dents longues? Chacun se fera sa propre opinion. Une chose est sûre, la lecture de "La ferme des animaux" est fortement conseillée!

Cette lecture entre dans le cadre des Babies-Challenges Drame et Contemporain 2011.

BCT

BCT

Posté par Nelfe à 17:50 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
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