lundi 8 août 2011

"Ces garçons qui venaient du Brésil" d'Ira Levin

iralevinL'histoire: De nuit, à Vienne, Yakov Liebermann, "le chasseur de Nazis", reçoit un appel du Brésil: "Six SS partent demain en mission...". La voix s'étrangle. Quelqu'un raccroche.
Aussitôt Yakov alerte un de ses amis de l'agence Reuter. Oui, toute information utile lui sera transmise.
Et presque aussitôt, partout dans le monde, des hommes tombent. En chaîne. Tués sur le coup. Des "accidents" très étranges...
Liebermann l'infatigable remonte chaque piste et fait une découverte: toutes les victimes étaient des fonctionnaires paisibles, âgés. Chacun d'eux a laissé un fils très, très jeune. Et tous ces fils se ressemblent... tels des jumeaux.
Les jumeaux! L'obsession du Dr Mengele quand il était médecin et "expérimentateur" à Auschwitz. Mengele, aujourd'hui réfugié au Brésil...

La critique de Mr K Voici aujourd'hui un livre dont on m'avait beaucoup parlé. Je suis amateur d'Ira Levin (voir liste des chroniques en fin de post) et cette œuvre-ci m'avait échappée jusqu'alors. On se trouve ici face à un roman à suspens teinté d'éléments historiques. Sans dévoiler l'histoire, sachez que vous allez être confrontés à une conspiration ourdie par des anciens nazis revanchards au but hallucinant (la révélation est tardive, il faut être patient) et qu'un homme seul (avec l'aide de son réseau de connaissances) va devoir partir en chasse tant ce qu'il a découvert est incroyable. Je n'en dirais pas plus, pas de spoiler sur ce blog!

Mon avis est très mitigé, il faut dire aussi que j'apprécie beaucoup cet écrivain et que jusqu'alors il ne m'avait jamais déçu. La grande force de ce livre est son ancrage dans une histoire encore récente et douloureuse: les abominations nazies. Certains des tortionnaires ou responsables ont pu être «évacués» avec des complicités chez les Alliés et sont allés s'installer en Amérique du Sud en toute tranquillité. De cette réalité historique (allez voir la Bio de Mengele, c'est édifiant!), Levin coud un scénario haletant dans les tenants et aboutissants sont effarants. On plonge dans le délire de Mengele obsédé par la pureté du sang et refusant la Défaite du IIIème Reich. Après moultes circonvolutions, la vérité est révélée et laisse le lecteur pantelant. Vraiment fort surtout que le suspens est excellemment entretenu par une attente et une appréhension qui ne quitte pas le lecteur du début à la fin.

C'est au niveau de la forme que se livre pèche. A-t-il mal vieilli? Sans doute car l'écriture est très abordable mais manque de relief et de puissance évocatrice. C'est plat et malgré la trame scénaristique addictive, l'ennui guette parfois au détour d'une page. Les personnages sont à l'image de la prose, convenus et raides. Les rapports entre eux m'ont semblé caricaturaux et dénoués de chaleur humaine. Malgré la noblesse de sa cause, je n'ai pas été séduit par le personnage deYakov (ersatz littéraire de Simon Rosenthal -chasseur de nazi-): manque de charisme, superficialité de ses rapports avec les autres personnages... Je suis resté indifférent à son sort et à celui de ses proches. Mengele et ses comparses sont bien rendus, et comme disait Hitchcock: "Quand le méchant est réussi...".

Pour conclure, c'est tout de même une grosse déception. Pour du Levin c'est très moyen et Ces garçons du Brésil s'apparente plus à un très bon roman de gare. Beaucoup d'ambition dans le thème traité mais la lecture s'avère décevant car commune et sans réelle efficacité à faire "décoller" le roman. J'ai entendu parlé sur la blogosphère d'une adaptation ciné plutôt sympa à priori. Je testerai sans doute.

Autres romans d'Ira Levin chroniqués sur le blog:
Un Bonheur insoutenable
Un Bébé pour Rosemary
Les Femmes de Stepford

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vendredi 1 juillet 2011

"La Ferme des animaux" de George Orwell

LA-FERME-DES-ANIMAUXL'histoire: Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Snowball et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement:
"Tout ce qui est sur deux jambes est un ennemi. Tout ce qui est sur quatre jambes ou possède des ailes est un ami. Aucun animal ne portera de vêtements. Aucun animal ne dormira dans un lit. Aucun animal ne boira d'alcool. Aucun animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux."
Le temps passe. La pluie efface les commandements. L'âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer:
"Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d'autres."

La critique Nelfesque: Me voici plongée dans la lecture d'un classique. "La Ferme des animaux" fait partie des incontournables de la littérature et honte à moi je ne l'avais encore jamais lu. Omission réparée!

J'ai beaucoup aimé ce roman qui avec des mots et des situations simples met en scène des évènements politiques et explique l'Histoire. Il n'y a pas d'identification mais on peut aisément y retrouver quelques épisodes connus à travers le monde.

Les animaux, qui en ont plus que marre de trimer tous les jours pour enrichir le fermier et n'avoir en retour qu'une gamelle tout juste remplie, décident de se révolter, de mettre à la porte leur maître et de s'organiser par eux-même afin de pourvoir à leurs besoins et ainsi vivre en harmonie et heureux. C'est du moins l'idée de départ de cette révolution... Mais très vite, des clans se forment. Les puissants, ici les cochons, vont s'octroyer des avantages à la barbe des autres animaux de la basse-cour, animaux qui n'y verront que du feu puisque les cochons savent manier la parole et tourner les situations à leur profit.

Ces animaux qui au départ étaient tous égaux, vont, à l'image des hommes, jouer des coudes et mettre en place une quasi dictature. George Orwell nous propose là une fable qui nous fait réfléchir sur les manoeuvres des hommes politiques pour arriver à leurs fins. On peut certes lire ce roman en restant sur la forme et le trouver drôle ("huhu des animaux qui se prennent pour des hommes" et blablabla) mais si on creuse, on s'apperçoit que dans ce roman, l'auteur nous montre les limites de la démocratie avec habileté. Tout y est: un hymne "national", des "lois" sous forme de commandements, des "citoyens" animaliers, des "meetings" à la ferme, des promesses "électorales" sous forme de doubles rations de nourriture... mais très vite l'injustice et les privilèges vont montrer le bout de leur nez et certains simples animaux en viendront à se comporter comme des hommes.

Une façon de nous dire que quoi que l'on fasse, qui que nous soyons, nous ne pouvons être égaux et devrons toujours être gouverné par des puissants aux dents longues? Chacun se fera sa propre opinion. Une chose est sûre, la lecture de "La ferme des animaux" est fortement conseillée!

Cette lecture entre dans le cadre des Babies-Challenges Drame et Contemporain 2011.

BCT

BCT

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jeudi 30 juin 2011

"L'Evangile du Serpent" de Pierre Bordage

Evangile-serpentL'histoire: Jeune Indien d'Amazonie élevé en Lozère, Vaï Ka'i incarne la sagesse du serpent double, symbole chamanique de l'ADN. Il prône l'abandon des possessions, le respect de la Terre et accomplit des miracles.
Quatre évangélistes, Mathias, tueur à gages, Marc, journaliste désabusé, Lucie, strip-teaseuse sur le Net, et Yann, premier disciple, racontent celui que la presse surnomme le Christ de l'Aubrac...

La critique de Mr K: Et un Bordage de plus à mon actif! Et quel Bordage! Il prend directement place dans mon top 5 de la bibliographie de cet auteur que j'affectionne tout particulièrement. J'ai littéralement dévoré ce petit pavé de 676 pages et ceci en trois jours (et encore je bossais!). Impossible de détourner les yeux et de penser à autre chose tant je me suis fait embarquer par l'histoire et le style de l'auteur.

L'histoire se déroule à notre époque voire dans un futur proche. Un messie d'un nouveau genre fait son apparition et prêche exactement l'inverse de la doctrine libérale-capitaliste qu'on nous sert matin, midi et soir. Face à cet énergumène qui connaît un succès grandissant les autorités avec l'appui des médias vont tout faire pour clouer le bec à ce néo baba-cool écolo et altruiste.

Extrait d'un prêche de Vaï Ka'i (page 300-301): La croyance mythologique, le vécu psychologique et l'expérience scientifique sont les facettes également légitimes d'une connaissance globale, elle-même contenue dans une banque de données infinie appelée le serpent double chez les chamans de l'Amazonie et ADN chez les scientifiques. Les Occidentaux sont partis à la découverte de cette base de donnée par l'extérieur, parce qu'ils ont toujours vécu dans l'idée d'un dieu intervenant dogmatique, d'un principe mâle, paternel. Les chamans l'ont explorée par l'intérieur, l'expérience individuelle, la connaissance intime de leur environnement. Les uns ont accusé la femme du jardin d'Éden et rejeté le concept de la déesse-mère pour mieux isoler et disséquer les mécanismes du monde. Les autres n'ont jamais cessé de regarder la terre comme leur nourriture, et, plutôt que de chercher à la comprendre, ils ont joui de son amour comme des enfants, accepté ses bienfaits, partagé ses secrets, cette connaissance symbolisée par le serpent dans la plupart des traditions. Pour résumer, le néo-nomadisme prôné par le Christ de l'Aubrac est une résurgence New Age mâtinée de préceptes et sagesses animistes. Aux yeux des puissants, il passe de gourou illuminé à ses débuts à un dangereux agitateur (il fait beaucoup d'émules) mettant à mal les valeurs individualistes et financières sur lesquelles reposent désormais l'occident.

Le point fort du bouquin c'est la construction de l'ouvrage en lui-même. Nous suivons la trame à travers les yeux de quatre personnes différentes. La lecture est donc cyclique, le même personnage revenant tous les quatre chapitres. Mathias, Lucie, Marc et Yann sont tous très différents et rien ne semble pouvoir les réunir, et pourtant... A travers ces quatre destins, ces quatre combats intérieurs, ces quatre regards croisés, nous assistons peu à peu à l'émergence d'une nouvelle manière d'appréhender de monde, de se comporter. Cela donne concrètement des passages entiers du livre où l'on assiste aux regroupements autour de ce nouveau messie qui prône avant tout la tolérance et l'écoute. On baigne totalement dans le discours christique du respect mutuel et de tendre la main à ses ennemis. D'ailleurs, les quatre voies sont autant d'évangiles pour donner corps à une idée, à une utopie incarnée par Vaï Ka'i.

Cependant L'Évangile du Serpent n'est pas seulement un trip mystique. C'est l'occasion aussi pour Bordage de régler ses comptes et de balancer à la face du monde tout ce qu'il pense de l'évolution humaine, notamment en occident. Le constat est rude mais a le mérite d'être sans appel et non enrobé derrière des discours abscons. Nous sommes dans l'erreur et nous courons à la catastrophe. Il revient sur des sujets que l'on retrouve à travers toutes ses œuvres: la place de la femme, l'écologie, la "zombification" des populations par les médias et les autorités, l'inertie de la masse, le "martyrisat" de quelques uns pour sauver une espèce qui pourtant ne le mérite peut-être pas... Des passages sont très difficiles tant certaines scènes sont crûes et font écho à une réalité très proche: les violences faites aux femmes, le tabassage de militants pacifiques, les bavures policières, les compromissions entre politiques et médias, le grand cirque du show business etc... C'est le grand huit et on dirait que ça ne s'arrête pas. On a beau être conscient de tout cela, se le faire rappeler avec talent par un immense auteur c'est autre chose. Livre somme et livre choc, je suis ressorti heureux de cette lecture mais quelques peu désabusé. En même temps, je ne suis pas d'un naturel optimiste quand il s'agit d'évoquer l'évolution de nos sociétés...

L'écriture de Bordage reste toujours aussi limpide, imagée et efficace. Les pages se tournent toutes seules et l'addiction est immédiate. Malin comme il est, il nous faut attendre en plus quatre chapitres plus loin pour savoir la suite des pérégrinations des quatre personnages principaux: infernal et dangereux pour la santé car quand il faut se lever tôt et que l'envie irrépressible d'en lire un peu plus vous tenaille, le coucher est tard et les lendemains parfois difficiles. Bref, un ouvrage très réussi que je recommande vivement! A bon entendeur...

Autres Bordage chroniqués par mes soins:
- Wang
- Abzalon
- Orcheron
- Les derniers hommes
- Ceux qui sauront
- Porteurs d'âmes

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mardi 21 juin 2011

"L'ultime fléau" de Frederik Pohl

ultimefleauL'histoire: Tout commence par le président des États-Unis, qui se met à bredouiller des paroles incompréhensibles devant des millions de téléspectateurs pendant son allocution de Noël...

Puis, c'est la Terre toute entière qui semble possédée du Démon et se mettre à commettre des horreurs. Viols, meurtres, suicides... l'humanité vient-elle de rencontrer le Fléau, l'ultime fléau qui la détruira?

Victime lui aussi de ces forces inconnues, Chandler cherche désespérément à en savoir plus: qui plonge ainsi le monde dans le chaos? Les démons sont-ils revenus? Les extraterrestres sont-ils arrivés? Ou bien faut-il chercher plus près, du côté de l'humanité elle-même?

La critique de Mr K: Voilà un petit livre de SF sympatoche que j'ai trouvé "par hasard et mal rasé" à Boulinier lors de notre escapade parisienne de début de mois de juin. Je l'ai pris uniquement par rapport au quatrième de couverture qui me paraissait bien mad, je ne connaissais pas du tout cet auteur avant ma lecture.

Le scénario n'est pas révolutionnaire: quelque chose ou quelqu'un réussit à contrôler les êtres humains et leur fait faire ce qu'il veut. Les puissants perdent la tête, les viols et meurtres se multiplient, les armes nucléaires sont lancées les unes contre les autres... l'humanité semble devenir folle. Tout l'objet du roman et la quête de Chandler sera de découvrir ce qui se trame derrière ces éléments inexpliqués et inexplicables. Cette manipulation des corps et des esprits m'a fait irrémédiablement penser à L'échiquier du mal de Dan Simmons, roman que j'ai érigé au rang de classique. Forcément, L'Ultime fléau souffre de la comparaison et se situe bien en dessous de ma référence. Cependant, on ne peut dénier une qualité à Frederik Pohl: sa capacité à maintenir et entretenir le suspens.

On suit donc les pérégrinations d'un humain ordinaire: Chandler. Le volume commence par son jugement pour viol et meurtre d'une jeune fille de 16 ans. Il était "possédé" et ne contrôlait plus ses faits et gestes. Cependant les autorités ont des doutes. À partir de là, suite à une intervention quasi-miraculeuse, il va errer dans les États-Unis dévastés, rencontrer une communauté religieuse luttant contre ces possessions à répétition et finir par rencontrer les responsables de ce fléau. Le livre se lit facilement mais le reproche qu'on peut lui faire, c'est son manque d'originalité. On a l'impression de l'avoir déjà lu, aucun élément ou personnage ne le font sortir du lot, on baigne dans le déjà vu et le classique pur et dur. Nulle surprise donc même au niveau du switch révélateur. L'écriture est simple mais aussi sans réelle qualité narrative, peu accrocheuse. Il arrive que l'on n'ait pas envie de replonger dans l'histoire ce qui en fait pour moi un défaut majeur.

Reste cependant une histoire maîtrisée qui absorbera sans aucun doute les lecteurs moins expérimentés dans le genre SF. Une lecture tout juste moyenne qui ne m'encourage pas à explorer davantage la bibliographie de cet auteur. Petite déception donc!

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lundi 20 juin 2011

"Dehors les chiens, les infidèles" de Maïa Mazaurette

dehors-les-chiensL'histoire: "Dehors les chiens, les enchanteurs, les impudiques, les meurtriers, les idolâtres. Moi, Jésus, je suis l'étoile brillante du matin." Apocalypse de Jean, XXII, 15-16.

Quatre-vingts ans après la défaite des forces de la Lumière face aux Ténèbres, le monde ne connaît plus que la nuit éternelle. Seul espoir de voir un jour se lever le soleil: la Quête. Tous les cinq ans, un groupe de cinq adolescents spécialement entraînés part à la recherche de l'Etoile du Matin, arme légendaire, seule capable de lever la malédiction divine qui frappe l'humanité.

La critique Nelfesque: J'avais gagné "Dehors les chiens, les infidèles" à un concours sur le net et depuis quelques mois, ce roman trainait dans ma bibliothèque. Quand Cachou a proposé une lecture commune, j'ai sauté sur l'occasion pour enfin le lire.

Dès le premier chapitre, on rentre dans le vif du sujet. Avec l'impression de prendre le train en marche, il faut s'accrocher pour situer l'action et les différents personnages de cette histoire. On fait tout de suite connaissance avec Spérance et Vaast, respectivement Guide et espion, lors d 'une mission importante dans leur Quête vers l'Etoile du Matin: l'attaque d'une Bibliothèque et la torture d'un Lettré dans le but de lui soutirer des informations. Ca commence fort. Nous rencontrerons ensuite les 3 autres quêteurs de la bande: Astasie, Inquisitrice et soeur de Vaast, Lièpre, sentinelle, et Cyférien, garant royal.

Chaque personnage a sa fonction et son caractère propre, assez caricatural mais se complétant bien. Sans surprise, j'ai deviné bien avant le déroulement de l'intrigue certains rapprochements et certains destins mais il n'empêche que "Dehors les chiens, les infidèles" est un très bon page turner avec son lot d'action et de rebondissements. Ah ça, on ne s'ennuie pas et je pense que c'est en partie là que réside la force de l'écriture de Maïa Mazaurette. En partie seulement car l'autre bonne surprise vient du fait que malgré une quatrième de couverture laissant entrevoir les gentils d'un côté (Auristelle et son peuple) et les méchants de l'autre (l'Occident Noir), on s'aperçoit très rapidement que c'est bien plus complexe que ça en a l'air. Loin du manichéisme, on découvre des parts d'ombre chez les Quêteurs mais aussi chez les membres de la famille royale ou encore chez les hommes de foi. Pour bon nombre de personnages, on retrouve des envies de vengeance et de pouvoir. Rien n'est tout blanc ou tout noir, l'équilibre est précaire et même si chacun tend vers le même but, les chemins pour l'atteindre sont multiples.

Je ne comprends pas vraiment pourquoi "Dehors les chiens, les infidèles" est classé en "Fantasy". Il n'y a là pas de magie ni de magiciens, pas de sorciers non plus. Certes la religion et les croyances prennent une place importante dans le récit mais cela suffit-il? Je ne suis pas assez calée pour répondre à cette question mais je vois plus ce roman comme un ouvrage post-apocalyptique. Le progrès a mené le monde dans une nuit sans fin, les hommes ont régressé, présentant même des transformations physiques pour certains afin de s'adapter à ce nouveau mode de vie. Une catastrophe a eu lieu et peu à peu, une époque proche du Moyen-Age donnant une place importante à la religion a fait son apparition. Les croyances ont pris le pas sur les sciences et c'est la Foi qui régit le monde.

Au final, même si j'ai eu l'impression de lire un tome 2 et non une oeuvre unique et que ce roman ne restera pas dans les annales, j'ai été séduite par la qualité qu'a l'auteur de tenir le lecteur en haleine et par la vision du Bien et du Mal qu'elle nous propose.

challenge_fin_du_monde_apocalypse_post_apo_7A lire également les avis de mes compagnons de lecture: Cachou, Endea, Guillaume, Julien Naufragé, Lhisbei, Val et Calenwen.

(j'ai programmé la mise en ligne de cet article et ne peux donc pas linker l'ensemble des billets de mes compagnons de lecture commune. Je complèterai au fur et à mesure.)

Ce roman entre aussi dans le cadre du Challenge [Fins du Monde] de Tigger Lilly.

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jeudi 16 juin 2011

"Si tu savais..." de Richard Plourde

situsavaisL'histoire: "Il progressait d'un pas assuré. La neige fine cédait immédiatement sous son poids et laissait une trace solitaire. Son corps s'arrêta aux feux de circulation à l'intersection de l'avenue Decelles. Ses yeux attendaient le feu vert pour redonner le signal aux jambes de poursuivre. Bill ressentit soudainement une très brève, mais intense sensation d'étourdissement et fut brusquement sommé de répondre à une alerte interne. Ses yeux avaient fait appel au cerveau afin d'exiger son attention immédiate. Quelque chose d'important semblait alerter sa vigilance. Bill ignorait complètement que dans 3.2 secondes, sa vie ne serait plus jamais la même."
Inspiré du courage et de la détermination d'un enfant et de sa famille face à la maladie, ce roman relate les péripéties d'un jeune étudiant qui, en route pour l'université, est, bien malgré lui, plongé dans son futur. Il deviendra alors témoin de ce que l'avenir lui réserve. A la suite d'aventures parfois palpitantes, tantôt émouvantes et, à l'occasion, cocasses, il finira par être devant un choix capital... Choisira-t-il de mettre cet enfant au monde?

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La critique Nelfesque: Il y a quelques mois, j'ai été contacté par mail par Richard Plourde qui souhaitait soumettre son roman, "Si tu savais...", à ma "critique". Ravie par cette proposition et après avoir lu la 4ème de couv' accrocheuse, je l'ai accepté et c'est un roman en provenance directe du Canada qui est arrivé dans ma boîte aux lettres un beau matin.

Il m'est aujourd'hui délicat de donner un avis négatif sur ce roman, suite à la démarche spontanée et généreuse de Mr Plourde mais c'est un fait: je n'ai pas vraiment apprécié ma lecture de "Si tu savais...". Il y a plusieurs raisons à celà. La première est que la quatrième de couverture aux accents SF n'est qu'un prétexte à parler avant tout de la maladie de Gabriel. Les détails sur les traitements médicaux et les effets indésirables de la maladie sont étalés sans pudeur. Je comprends le besoin qu'a ressenti l'auteur de coucher sur papier son histoire, la dure épreuve qu'a vécu sa famille et son petit garçon (le fils de Richard Plourde a fait une rechute et a subi une greffe de moëlle osseuse) mais quand je me détends avec un roman ce n'est pas un essai sur la leucémie que je souhaite lire.

Mais l'aspect qui m'a le plus déplu et qui m'a vraiment agacée (non, le mot n'est pas trop fort), c'est  les références omniprésentes à la religion. Si l'on se met à comptabiliser toutes les références au Christ, à la Vierge Marie, au Destin et même à Moïse (!!!), on est vraiment surpris. Certes la Foi prend une place importante dans les moments difficiles pour les personnes croyantes (ce n'est pas ça que je remets en cause et je le conçois tout à fait) mais en lisant ces pages, j'avais plus l'impression de lire un prêche de pasteur qu'un véritable roman. Mr Plourde chercherait-il à évangéliser avec son roman qu'il distribue à la blogosphère?

Je crois que la référence à Moïse, arrivant comme un cheveux sur la soupe, a été la goutte d'eau à la page 141:
"- Lise. Je comprends ta déception, mais tu es beaucoup trop dure à ton égard et trop sévère envers cette providence que tu assailles à tort. Tu oublies que, sans Moïse, le peuple n'aurait jamais atteint la terre promise. Ne m'as-tu pas déjà parlé de ces vieilles âmes, sans dette karmique, qui ne choisissent de se réincarner que pour aider et soutenir de pauvres jeunes âmes comme la mienne? Le club élite que tu rêves d'atteindre, tu en fais déjà partie. Tu n'as pas à entrer dans la terre promise, tu y habites déjà."

Mouais...

Avec tout ça, je vous laisse imaginer la réponse à la question posée dans la quatrième de couverture...

Je ne suis pas anticléricale, je suis moi même croyante, mais je n'ai vraiment pas aimé cette atmosphère emplie de bons sentiments et de bondieuseries. Pire que cela, cela m'a entravée dans ma lecture et finalement je ne ressors pas si touchée que ça par ce roman, me sentant bien plus prise en otage que simple lectrice. Même si j'ai été jusqu'au bout de ma lecture, je n'en suis pas ressortie émue. Un bon gros flop.

mardi 14 juin 2011

"Monsieur Sourire" de Ray Bradbury

sourire4L'histoire: Le succès de l'album Planète Rouge, l'enthousiasme de nombreux lecteurs, et de Ray Bradbury lui-même, rendaient nécessaire ce deuxième recueil de BD adaptées de l'œuvre du grand écrivain.

Mais là où Planète Rouge s'inscrivait dans un univers familier (celui des Chroniques Martiennes et du Bradbury SF), Monsieur Sourire a l'ambition de révéler au lecteur un autre Bradbury, plus secret mais tout aussi fascinant. Monsieur Sourire est une plongée inquiétante dans un univers oppressant, celui des morts-vivants et des ectoplasmes, des messes noires et des abominations, en un mot, Monsieur Sourire a le sourire de la mort, le rictus de l'horreur.

La critique de Mr K: Voilà encore un très bon recueil trouvé par hasard lors de l'une de nos pérégrinations dans une brocante. Avant la lecture de cet ouvrage, Bradbury se résumait uniquement pour moi à ses œuvres SF. Bien mal pensé tant cette BD au parfum de Tales from the crypt est efficace et distrayante à souhait.

13 récits sont donc compilés dans ce Monsieur Sourire. On retrouve les thématiques classiques du fantastique: l'ambition et l'avidité punies, une obsession qui vire au cauchemar (récit L'empreinte sans doute la plus belle pièce de ce recueil), le voyage dans le temps et le principe de l'effet papillon, la curiosité mal placée qui finira par se retourner contre son initiateur, la vie éternelle et sa contrepartie, une personne enterrée vivante qui essaie de se faire secourir, un lac hanté par des créatures innommables, des enfants pas si innocents que ça (récit Poison, Poison assez terrifiant dans le genre), le paradis qui se trouverait quelque part dans l'espace... Vous le voyez, la variété est au RDV et les histoires sont plus étranges et morbides les unes que les autres.

L'ensemble se dévore sans aucun souci, cette œuvre couplant à merveille le talent de compteur de Bradbury avec les dessins en noir et blanc d'un collectif de dessinateurs US (certains ont aussi officié pour les Tales from the crypt). Le tout a un parfum de nostalgie et de noirceur profonde qui n'est pas pour me déplaire. Happé par les récits, on frissonne et parfois on sourit face aux mésaventures qui nous sont ici comptées. Amateurs du genre, ce recueil est un must qu'il vous faudra dénicher car il n'a pas été réédité depuis un certain temps... Bonne chasse!

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lundi 9 mai 2011

"Guerre aux invisibles" d'Eric Frank Russell

guerreinvL'histoire: C'était un savant américain; il venait de faire une importante découverte, mais il n'eut pas le temps de la communiquer car il mourut aussitôt, foudroyé.

C'était un homme très équilibré, un chercheur d'une grande valeur. Or, après avoir fait une prodigieuse découverte, il décida de... se suicider.

C'est un très brillant enquêteur et il tient à savoir pourquoi, aux États-Unis, dans toute l'Europe et en Asie, les plus grands savants sont frappés d'une mort brutale après avoir fait une découverte capitale.

La critique de Mr K: Retour à la Science-Fiction aujourd'hui avec un ouvrage datant de 1939. C'est mon premier livre d'Eric Frank Russell et il m'a été prêté et chaudement recommandé par mon futur ex-collègue Georges (bientôt retraité). Il m'avait prévenu en me disant que le style n'était pas forcément remarquable mais que l'intérêt du bouquin résidait dans son propos et que la révélation était formidable. Cette sentence lourde de mystère ayant fortement aiguisé ma curiosité, je me lançais dans cette lecture...

Nous suivons Bill Graham, agent spécial du gouvernement dans une enquête étrange et haletante: la mort soudaine de nombreux savants du monde entier travaillant notamment dans le domaine de l'optique. Je ne vous en dirais pas davantage afin d'éviter d'éventer la teneur de l'histoire, nous avons une politique rigoureuse en matière de refus de «spoiler» au Capharnaüm éclairé! Sachez simplement qu'arrivé à la moitié du livre, Graham va comprendre ce qui se passe (un peu à la manière de Néo découvrant l'existence de la matrice dans Matrix), sa vision du monde va changer irrémédiablement et une réaction va s'avérer plus que nécessaire! Cette révélation qui fait la force du livre est vraiment inattendue et donne une bonne claque au lecteur. L'histoire est bien menée et malgré quelques défauts (peu ou pas de personnages féminins -ici réduits à leur plus simple expression-, les États-Unis une fois de plus désignés comme sauveurs), je n'ai pas été déçu par le dénouement plutôt attendu.

Rien d'exceptionnel au niveau du style effectivement, ça se lit bien, sans souci mais aussi sans fioritures. L'auteur déroule son histoire classiquement et les éléments s'accumulent sans réels effets de manche. Par contre, l'intérêt ne faiblit pas et malgré une certaine platitude stylistique, on reste «accroché» jusqu'au bout malgré une baisse d'intensité dans la dimension dramatique dans le dernier acte.

Un bon roman de SF qui résiste assez bien à l'épreuve du temps et qui mérite le détour pour l'originalité de son twist et le suspens grisant qui précède sa révélation. Avis aux amateurs!

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jeudi 28 avril 2011

"Tout à la main" de Jean Pierre Andrevon

001L'histoire: Le fleuve de boue coule à une cinquantaine de mètres de chez moi. Il remplit la vallée jusqu'à la chaîne de montagnes en face. La boue est brûlante, elle a surgi en une nuit, du néant, ou du cœur en fusion de la Terre.

Elle aurait pu m'engloutir pendant mon sommeil. Mais non. Elle s'est arrêtée de monter juste à temps, juste avant de submerger ma maison isolée au sommet de la colline. Il n'y a plus d'électricité, la radio est morte, j'ignore ce qui a pu se passer. Guerre atomique, Tchernobyl à l'échelle de la France, catastrophe naturelle? Je ne sais pas...

Dans ma petite maison sur la colline, entre ciel et boue, je suis seul avec Lascard, mon vieux matou castré. Seul aussi avec Françoise, Cathy, Marie-Thé, Josy, Mariangela... toutes ces femmes que j'ai connues, que j'ai aimées, et dont le souvenir aigre ou brûlant m'aide à tenir le coup. Je n'ai rien d'autre à faire qu'à penser à elles, pour le temps qui me reste à vivre. Pas longtemps, de toute façon. Parce que, pour autant que je puisse le supposer...

Je suis le dernier homme sur la Terre.

La critique de Mr K: C'est mon premier Andrevon et c'est le hasard d'une visite chez l'abbé qui a déterminé le premier titre que je parcours de cet auteur. A postériori, je pense que ce n'était pas le meilleur pour aborder cet écrivain. Non par défaut de qualité (ce livre en a) mais plutôt par rapport au thème et à la forme prise. En effet, Andrevon sous couvert de SF nous livre une sorte d'analyse de l'existence d'un individu lambda face à une fin proche, cet homme est le double de l'écrivain et son curseur d'analyse est sa sexualité.

Et là, on peut le dire, on est en plein dedans! Le titre de l'ouvrage aurait dû me mettre sur la voie mais n'ayant rien lu à propos de "Tout à la main" avant de tomber dessus, j'ai pris une petite claque au bout d'une dizaine de pages quand le narrateur-héros s'empoigne vigoureusement pour s'offrir une petite tranche de plaisir solitaire... et ce n'était que le début! Repensant à sa vie passée, il passe en revue son carnet d'adresses comportant les noms des femmes qui ont partagé un temps ou plus longtemps sa vie: sources de flashbacks aussi crûs que fantasmés, on se rend vite compte que l'on dépasse la pornographie pure et dure pour une sorte de bilan sans tabou d'une vie. Attendez-vous tout de même à des scènes qui peuvent choquer tant Andrevon ne prend pas de gants (sans mauvais jeu de mot) et enchaîne les «moments de bravoures» dans la recherche de l'extase!

Il faut rajouter à ces épisodes bien salés, un cadre assez inquiétant qui entoure le héros et son chat castré (sic!). Il n'a plus de contact avec personne et l'apocalypse a eu lieu. Sans jamais donner plus de précision, la tension monte, la solitude se fait sentir et on est face à quelqu'un de profondément humain. C'est sans doute cela qui sauve ce roman: la possibilité de s'identifier par moments (pas tout le temps je vous rassure, le personnage est bien barré tout de même!) à un être esseulé et néanmoins lucide.

La langue utilisée est elle aussi particulière. Proche du langage oral, très crû, Andrevon se joue de la syntaxe et de l'écriture classique. Il coupe et charcute ses phrases, se répète à l'envie, donnant un surplus de fièvre et d'obsession à cette quête très intime. Franchement, je n'ai jamais lu quelque chose de cet acabit et ça se révèle rafraichissant et surprenant (et Dieu sait que j'aime être surpris dans mes lectures).

Certes ce n'est pas le livre de l'année pour moi mais cela reste une découverte intéressante pour qui remise sa pudeur et sa morale le temps d'une lecture aux accents parfois épiques. Pour lecteurs avertis uniquement!

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dimanche 10 avril 2011

"Le diable l'emporte" de Barjavel

BarjavelL'histoire: Ceci est la très vraisemblable, la très féroce et humoristique histoire des 3e et 4e guerres mondiales.
C'est pour la Lune qu'on se bat.
Mais à 1500 mètres au-dessous du Sacré-Coeur, un homme mystérieux a construit l'Arche enterrée...

La critique Nelfesque: Ca fait du bien de retrouver Barjavel! Voilà des années que je ne m'étais pas replongée dans un roman de cet auteur. "Ravage" est pour moi un incontournable et sa bibliographie est truffée de très bons ouvrages. Ayant acquis "Le diable l'emporte" dans un vide grenier, je me suis lancée dans cette lecture, tête baissée.

Cette fois ci, nous suivons une famille, les Collignot, et un groupe de scientifiques dans ce qui est la 3ème et la 4ème guerre mondiale. La technologie nucléaire a atteint son apogée et une catastrophe s'annonce. Vraiment étrange de lire ce roman au moment où le Japon vit justement une catastrophe nucléaire. Cet évènement actuel donne au roman une autre dimension.

Un riche scientifique, Mr Gé, décide alors de constituer une arche, à l'image de celle de Noé, et d'envoyer son bestiaire sur la Lune. Le roman ayant été écrit en 1948, l'homme n'avait pas encore marché sur le satellite de la Terre. Ce roman compile tous les fantasmes concernant cet astre. Qu'il y a-t-il là haut? A quoi ressemble la surface lunaire? Pourrait-on s'y retrancher en cas de catastrophe ou d'attaque?... Autant de questions et de spéculations qui montrent bien les interrogations de l'époque. Les Etats-Unis, la Russie et la France se disputent la propriété de la Lune et les tensions apparaissent. Les Anglais construisent une nouvelle ville, Moontown, utopique et exemplaire, plaçant à son sommet le "civilisé inconnu", sorte d'homme modèle, à la constitution biologique modifiée à grand coup de robotique pour atteindre la perfection. Le monde devient fou...

Les catastrophes se succèdent, des pays sont innondés suite à une attaque aux missiles du Pôle Nord. La météo se trouve chamboulée et l'Arche est constituée à plusieurs centaines de mètres sous Paris. Là, Mr Gé regroupe 12 femmes et 12 hommes, séparés par quartier et ayant pour mission de peupler la Lune lors de leur arrivée. Sous certains aspect, "Le diable l'emporte" m'a fait beaucoup penser à "Abzalon" de Pierre Bordage. Il regroupe également deux familles et compte recréer les nouveaux Adam et Eve.

L'amour sera-t-il plus fort que la folie humaine? Ce roman est riche de rebondissements et de destructions massives. Guerre nucléaire, missiles lancés sur le Pôle Nord, guerre bactériologique et modifications chimiques. L'Homme pourra-t-il survivre? Rien n'est moins sûr mais l'histoire est fascinante.

challenge_fin_du_monde_apocalypse_post_apo_7Ce roman d'anticipation entre dans le Challenge [Fins du Monde] de Tigger Lilly.

Posté par Nelfe à 15:22 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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