dimanche 4 février 2018

"Star Wars épisode 8 : Le Dernier Jedi" de Rian Johnson

star wars 8 afficheL'histoire : Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé...

La critique Nelfesque : Bon ok, ça fait 2 mois qu'on a vu ce film au cinéma et à peu près le même temps que Mr K me demande sans arrêt si j'ai écrit ma chronique sur "Star Wars". Bon... Ben non en fait... Et je traîne, je traîne, tout ça pour pondre ces quelques lignes qui n'apporteront sans doute rien au schmilblick mais qui permettront à mon cher et tendre de pouvoir (ENFIN) poster sa chronique.

Les épisodes de Star Wars se suivent et ces dernières années se ressemblent tous. Alors oui c'est de plus en plus creux et ça agace les puristes de la saga mais visuellement ça claque toujours autant la tronche et pour ma part, je continue d'aller les voir pour ça. Côté fond, ici, ben... 2 mois plus tard je n'en retiens pas grand chose et c'est sans doute révélateur mais pour le spectacle ça vaut la place de ciné (sans compter les créatures mignonnes qui fleurissent à chaque nouveau film (oui je sais, je suis une gamine)).

Non mais regardez-moi ça :

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(J'en veux un !)

Bon sinon, à part ça, on continue de suivre les pérégrinations de la nouvelle bande et ici le personnage de Finn est plus en retrait. Kylo Ren prend de l'épaisseur et son lien avec Ray est assez intéressant. Pas tout à fait noir finalement l'Adam Driver, voyons voir comment tout cela va évoluer. Avec des gros sabots peut-être mais la saga peut ici prendre un virage autre que celui du happy end (ok, c'est Disney mais laissez-moi rêver !).

Tout le monde ou presque a vu et a donné son avis sur cet épisode 8, je suis un peu à la bourre et vais abréger pour laisser Mr K, qui avait écrit sa chronique juste après le visionnage (contrairement à moi (feignasse)), poster son ressenti. Il y aurait des choses à dire et il va vous en parler (comme la mort de Luke). Vous l'aurez compris, perso, les Star Wars, j'aime aller les voir au ciné avant tout pour le fun, sans plus rechercher autre chose, comme ce fut le cas avant. Les temps changent.

Ah si dernière chose, elles aussi je les ai adorées !

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La critique de Mr K : 3,5/6. Je n’irai pas par quatre chemins, ce volume 8 est un des plus faibles de la saga après un numéro 2 catastrophique. Disney a gagné, on nage bien souvent dans la niaiserie, la bien-pensance et le souffle épique a disparu au profit d’effets humoristiques trop souvent placés au mauvais moment. Pour autant, j’ai pris plaisir à regarder ce film à grand spectacle qui ne ménage pas le spectateur par une action quasiment non stop et certaines scènes diablement séduisantes.

Dans les points forts, il y a tout d’abord la beauté formelle (à part les renards de cristal que j’ai trouvé complètement foirés). On prend une fois de plus des claques à n’en plus finir avec des planètes et des mondes incroyables et dépaysants, des créatures variées et délirantes (mention spéciales aux petites bébêtes trognonnes de l’île de Luke Skywalker) et des engins spatiaux toujours aussi fascinants (les croiseurs impériaux, les X-wing). On en prend plein les mirettes mais aussi plein les oreilles avec de vieilles mélodies remises au goût du jour mais qui fonctionnent toujours aussi bien.

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Les acteurs sont valables une fois de plus même si à mon goût on ne voit pas assez Finn au détriment du décérébré patron de BB8 (beau gosse ténébreux à 2 de QI) mais Ray reste toujours impeccable. Mention spéciale à Mark Hamill qui campe un Luke Skywalker bad-ass à souhait, torturé et finalement héroïque. Que de souvenirs sont remontés à la surface d’un perso qui m’a toujours plu avec Han Solo comme compère loustic. J’aurais aimé aussi le voir plus mais je ne boude pas mon plaisir et Luke a été bien traité. Leia fait du Leia... Le personnage qui a le mieux évolué et pour qui j’ai une tendresse particulière est celui de Kylo Ren , le nouveau bad boy, très ambigu, sale gosse en mal de reconnaissance et joué avec talent par Adam Driver. Ma scène préférée dans le repaire de Snoke prend une tournure magistrale, c’est d’ailleurs le seul moment où j’ai ressenti un authentique frisson de plaisir et d’excitation.

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Car le reste bien que distrayant est d’une platitude sans nom : l’armada rebelle qui résiste comme elle peut pendant 2h30 de film (les gars faut se bouger les doigts du c...), les archétypes des épisodes précédents ressucés à mort (purée, ils nous refont deux / trois scènes de L’Empire contre attaque, le meilleur opus à mes yeux !), un rythme hyper haché qui gâche certaines scènes qui auraient pu devenir cultes, un humour mal dosé par moments, des personnages qui n’évoluent pas assez ou totalement plats (Laura Dern méritait mieux, fuck you Disney ! (les amateurs de Twin Peaks apprécieront la référence)) et franchement, aucune réelle surprise.

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Au final du plaisir mêlé de déception, Star Wars n’est plus qu’un produit commercial comme les autres, un film qui ne sort pas du lot ce qui m’attriste profondément vu mon amour pour la saga originelle (4, 5, 6). Mais comme je suis un geek au dernier degré par moment, j’irai voir le 9 pour voir comment tout cela va s’achever mais je pense que ce sera le dernier que j’irai voir au cinéma si la déception est une fois de plus au rendez-vous.

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lundi 22 janvier 2018

"Metro 2033" de Dmitry Glukhovsky

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L’histoire : 2033. Une guerre a décimé la planète. La surface, inhabitable, est désormais livrée à des monstruosités mutantes. Moscou est une ville abandonnée. Les survivants se sont réfugiés dans les profondeurs du métropolitain, où ils ont tant bien que mal organisé des microsociétés de la pénurie. Dans ce monde réduit à des stations en déliquescence reliées par des tunnels où rôdent les dangers les plus insolites, le jeune Artyom entreprend une mission qui pourrait le conduire à sauver les derniers hommes d'une menace obscure... mais aussi à se découvrir lui-même à travers des rencontres inattendues.

La critique de Mr K : Voilà un ouvrage qui n’est pas resté longtemps dans ma PAL ! À peine cinq jours après sa réception, il rejoignait ma sélection d’ouvrages pour mon séjour en terres prétocoriennes pour Noël. Beau record de non-longévité, non ? Pour la petite histoire, c’est la toute première fois que je gagnais un quelconque concours et quel bonheur de remporter Metro 2033 de Dmitry Glukhovsky. Vouant un culte à cet auteur depuis mes lectures enthousiastes de Sumerski et FUTU.RE, je n’ai pu donc résister longtemps à l’attrait fascinant de cet ouvrage à la quatrième de couverture alléchante en diable... Grand bien m’en a pris !

En 2033, une guerre globale a totalement atomisé la surface de la Terre, réduisant les civilisations en cendres, les terres irradiées peuplées de monstres mutants ont été déserté par les humains survivants qui se sont réfugiés sous terre, dans les galeries du métro de Moscou dans cet ouvrage. L’auteur nous fait suivre le destin du jeune Artyom, orphelin recueilli suite à l’invasion de sa station par les rats et la mort épouvantable de sa mère. Surprotégé par son père adoptif qui le cantonne dans l‘espace étriqué d’une station isolée du reste du réseau, le hasard va mettre sur sa route un mystérieux personnage qui va lui confier une mission à priori anodine mais qui va changer à jamais son existence... Sur IG, beaucoup de personnes m’avait annoncé que je prendrai une sacrée claque avec ce titre, ils n’avaient vraiment pas tort !

Quel univers tout d’abord ! La post-apo est ici très séduisante par son aspect jusqu’au-boutiste et sombre. En 850 pages, on pénètre dans un univers neuf, très complet. Je ne verrai plus jamais le métropolitain comme avant... Une carte judicieusement réalisée, présente en tout début d'ouvrage, nous invite à suivre le périple d’Artyom au fil de ses pérégrinations avec notamment les nouveaux rapports de puissances qui se sont instaurés dans les sous-sols : stations indépendantes, ligue communiste, néonazis adeptes du quatrième Reich, la ligue de la Hanse mais aussi des stations anarchistes ou occupées par d’étranges peuplades inconnues sont au menu. On tombe de Charybde en Scylla dans cet enchevêtrement de lieux, d’organisations, de coutumes, de croyances et de rapports politiques et / ou commerciaux. Cela donne une densité incroyable au roman qui n’hésite pas à l’occasion de quelques chapitres à explorer des espaces secrets, oubliés de tous et même parfois une montée à la surface qui donne à voir directement les conséquences désastreuses d’un conflit apocalyptique qui hantent encore toutes les mémoires de ceux qui l’ont vécu.

Le jeune héros dans tout cela est totalement paumé et du coup en devient très attachant. Ce Metro 2033 s’apparente sans conteste à un récit initiatique qui verra ce jeune déraciné en apprendre beaucoup sur lui-même au fil des expériences et des rencontres qu’il va faire. En effet, il se révèle bien souvent maladroit et ignare à l’occasion car beaucoup de références historiques et culturelles variées ne lui parlent pas. Sa naïveté et son inexpérience lui jouent bien des tours et il passe à de nombreuses reprises tout prêt de la mort et de bien pire même ! Heureusement pour lui, sur son chemin vont apparaître des figures tutélaires et des auxiliaires qui le guideront, l’aiguilleront et le formeront. Ces personnages ont d’ailleurs un destin souvent tragique car il ne fait pas bon croiser la route du jeune homme à priori... Ce dernier va vivre des choses traumatisantes, côtoiera l’inconnu et des dangers inimaginables qui le feront grandir et l’amèneront à changer totalement de point de vue dans une fin d’ouvrage grandiose dans le bouleversement mental qui s’opère chez lui. Royal !

Comme toujours avec Glukhovsky, nous n’avons pas simplement affaire à un récit de l’imaginaire, il nous offre certes une immersion parfaite dans un univers surréel mais il porte aussi à notre connaissance ses propres réflexions sur l’humain et sa condition. Politique, jeux de pouvoir, symbolique et religion, parentalité, la survie, don de soi mais aussi l’amitié, la souffrance et le sacrifice sont au rendez-vous de ce livre-somme vraiment impressionnant par son caractère addictif, maîtrisé et d’une rare intelligence. Pour preuve, je l’ai dévoré en deux jours et demi sans temps-mort ni aucune lassitude. Un pur bonheur de lecture !

Et puis, il y a la plume de Glukhowsky, d’une profondeur sans faille qui explose les schémas établis, décortique l’âme humaine sans fard ni artifices (de très beaux passages sur les rêves / cauchemars du héros) et propose un climax assez unique en son genre. Franchement, un MUST, une lecture inoubliable qui contribue à renforcer l’aura d’un auteur qui frappe une nouvelle fois les esprits. À lire absolument !

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mercredi 10 janvier 2018

"Le Pêcheur" de Clifford D. Simak

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L’histoire : Finalement les fusées étaient trop lentes. Mieux valait confier l'exploration spatiale à des hommes aux pouvoirs télékinésiques prononcés. Leurs facultés psy leur permettaient, sans se déplacer, de projeter leur esprit jusqu'aux étoiles. Leur centre, surnommé l'Hameçon, commercialisait ensuite les idées et les techniques que les explorateurs avaient rapportées des planètes lointaines.

Lorsque Shepherd Blaine ramène une entité extraterrestre qui a pénétré dans son esprit, il sait que l'Hameçon, ne prendra pas de risques : dans ce cas-là, on supprime l'explorateur. Il doit fuir. Mais, hors de l'Hameçon, les hommes doués de facultés psy sont massacrés par la foule qui a peur d'eux. Blaine est donc perdu. Toutefois, il n'est plus seul désormais, une entité aux pouvoirs inconnus l'habite...

La critique de Mr K : Ça fait déjà un petit bout de temps que j’étais tombé sur cet ouvrage de Simak, un auteur de l’âge d’or de la SF US que j’aime pratiquer à l’occasion. Il faut dire que je ne me suis jamais vraiment remis du choc de ma lecture de Demain les chiens, un classique de la SF prospective et inventive. Le Pêcheur ne navigue clairement pas dans les mêmes eaux, l’auteur produisant ici un ouvrage de série B type, qui a pour but principal de divertir. Cependant, on peut compter sur Simak pour y introduire quelques éléments de réflexion sur le genre humain. Au final, cette lecture fut une belle expérience.

Sheperd Blaine est un explorateur des temps futurs. La science ayant échoué à réussir à envoyer des hommes loin et très longtemps, elle s’est rabattue sur les possibilités qu’offrait l’esprit avec le développement des voyages psychiques. Chaque "voyageur" explore donc des mondes lointains et essaie d’en ramener des souvenirs et des données qui sont ensuite exploités pour faire progresser l’humanité. Sheperd n’en est pas à son premier voyage quand il revient dans la base en compagnie d’une présence incongrue au fond de son cerveau, une entité extra-terrestre intelligente et curieuse. Ni une ni deux, il s’enfuit le plus loin possible de ses collaborateurs car il se sait condamné car tout contact direct est interdit avec des êtres venus d’ailleurs. Commence alors une fuite en avant qui le verra combattre ses anciens alliés et essayer d’échapper à un monde replongé dans l’obscurantisme chassant toutes les manifestations scientifiques qui sont sources de mal pour eux, les vieilles superstitions étant revenues au goût du jour. Autant vous dire que ce n’est pas gagné pour lui !

Le roman commence dare-dare avec le retour sur terre de Sheperd qui doit prendre immédiatement la décision qui va faire basculer sa vie dans une course sans fin. Le rythme ne se relâche plus jamais, laissant libre cours à une course poursuite dantesque qui voit le héros s’engluer dans un monde transformé en gigantesque toile d’araignée pour un être comme lui. Traître aux yeux de ses anciens compagnons, il représente une sérieuse menace aux yeux des humains dits normaux c’est-à-dire sans pouvoirs psy. Il trouvera donc nombre d’obstacles sur sa route, devra démêler faux-semblants et situations inextricables (sur qui peut-il compter ? Comment échapper à une foule en colère ? Comment apprivoiser l’entité qui lui parle dans ses pensées ?). La tension semble ne jamais devoir retomber et Sheperd est soumis à rude épreuve et devra faire preuve de la plus grande prudence et d’une adaptabilité sans faille.

La télékinésie au centre récit est très bien rendue car Sheperd peut en effet lire dans les pensées des uns, envoyer des images dans l'esprit des autres et communique avec son passager intérieur. Ces passages efficaces rajoutent une touche bien délirante à l’ensemble. De plus, comme dans beaucoup d’ouvrage de Simak le livre sent bon la nature, la bonne terre avec des passages descriptifs très poétiques lorsque le héros remonte une rivière en canoë ou grimpe un chemin escarpé à travers les collines ou les montagnes. Rappelons que Simak était un amoureux de la nature qu’il aimait introduire dans ses ouvrages de SF, comme une sorte de mythe du Paradis perdu que les héros essaient de retrouver à travers leurs pérégrinations. Ces passages ici, même s’ils n’effacent pas les tensions sous-jacentes, introduisent une certaine forme de douceur, d’accalmie devant les problèmes soulevés par la situation précaire du héros. Encore un bon point !

On retrouve ici tout le talent de conteur de Simak avec sa langue souple et efficace qui alterne moments de bravoure et apports contextuels finement entremêlés, brossant un monde futuriste inquiétant car redevenu rétrograde et méfiant. L’humain est véritablement un loup pour l’humain dans ce récit impitoyable et sans réel espoir apparent pour ces humains aux capacités psy pourchassés sans vergogne par les apôtres d’un ordre moral rigide et intolérant. Bien que moins présentes que dans d’autres ouvrages du maître, ses thématiques bien qu’effleurées restent prégnantes et apportent une densité intéressante à une histoire plutôt classique où toute surprise semble absente quand on est un vieux briscard de la lecture SF tel que moi. Rien de rédhibitoire en terme de plaisir de lecture pour autant, on passe un bon moment et aucun regret ne pointe à l’horizon lorsque l’on referme définitivement le volume. Avis aux amateurs !

Autres lectures de Clifford D. Simak chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
Demain les chiens
L'empire des esprits
Mastodonia
Carrefour des étoiles
- Les Visiteurs

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vendredi 15 décembre 2017

"Histoires de voyages dans le temps" Anthologie

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Le contenu : Voyager dans l’avenir, c’est prévoir ce qui va se produire, le prévenir si c’est un malheur, le mettre à profit si c’est un avantage ; voyager dans le passé, c’est retrouver la saveur des souvenirs heureux et rectifier les erreurs, les échecs, les coups du sort déjà révolus. Tout cela est fort beau, à condition de ne pas revenir au point de départ pour jouir en paix du fruit de l’entreprise ; mais, dans la quasi-totalité des récits, il y a le retour...

La critique de Mr K : C’est le hasard qui avait une fois de plus mis sur ma route cet ouvrage lors d’un passage chez l’abbé. Histoires de voyages dans le temps est le dixième volume de la grande anthologie de la SF parue dans les années 70 chez Le livre de poche, le présent ouvrage réuni 19 nouvelles plus ou moins longues mais ayant en commun d’explorer le thème à travers des auteurs anglais et américains qui ont renouvelé le genre après des débuts fracassants sur le vieux continent. On alterne entre signatures célèbres et plumes plus méconnues, mais le plaisir lui a été quasiment au RDV de chaque texte. Au final, j’ai passé un très agréable moment, teinté d’un esprit vintage qui n’est pas pour me déplaire.

Le but de l’éditeur à l’époque n’est pas d’être exhaustif et d’accumuler les textes cultes, c’est une sorte de guide du voyage dans le temps à travers des textes choisis par leur impact thématique, le style parfois étrange et l’impression durable qu’ils peuvent imprimer dans l’esprit du lecteur. Après une préface bien sentie plantant le décor et surtout les grands principes régissant le thème retenu, on peut entamer la lecture des récits en eux-mêmes, chacun se voyant doté d’une mini-introduction justifiant fort à propos et souvent avec humour le choix fait par l’éditeur. Une certaine progression a été donc donnée à ce recueil, ce qui permet au lecteur confirmé ou aux newbies de se sentir accompagnés tout au long de leur lecture. C’est nickel pour le confort du lecteur et donne une cohésion bienvenue à ce regroupement de textes qui nous emmène loin, très loin dans les abîmes du temps et de l’esprit humain.

Tour à tour, nous passons d’époques différentes à des personnages très variés avec des scénarios très souvent imprévisibles qui feront la joie des amateurs d’uchronie, de circuits fermés, de fatum implacable et de chaînes évolutives changeantes. Ainsi un voyageur temporel provoque un krach boursier, un individu rencontre son double de 30 ans son aîné, un gamin passe dans une autre dimension temporelle lors d’un cours rébarbatif, on suit les pérégrinations d’éclaireurs des temps futurs, une patrouille temporelle spécialisée dans la réparation d’accidents liés aux voyages dans le temps, un homme sort du travail et ne retrouve plus sa voiture à cause d’un glissement temporel, un homme voyage dans le temps à travers le corps d’un de ses aïeuls, un autre a des hallucinations le menant dans un monde parallèle, dans une autre nouvelle le temps peut devenir une arme redoutable lors d’un conflit interstellaire, la création artistique n’est pas en reste dans un récit où l’on se demande bien qui est réellement un peintre reconnu et adulé... Bien d’autres histoires étranges mais édifiantes nous sont proposées dans ce volume qui joue sur la forme mais aussi la longueur avec des nouvelles oscillant entre 5 et 70 pages !

Au cœur de ces textes : le temps, ses méandres et les imbroglios qui peuvent résulter de l’apparition d’un être explorant une époque autre que la sienne. L’avenir et le passé se partagent la vedette avec une confrontation avec des voyageurs conscients ou alors totalement dépassés par le phénomène qu’ils vivent. Les personnages principaux sont donc très variés, approchés de multiples façons par des auteurs vraiment épris de leur sujet. On retrouve des classiques comme Poul Anderson ou encore Richard Matheson mais aussi des seconds couteaux bien affûtés qui donnent libre cours à une imagination débridée, mâtinée d’un certain classicisme dans l’écriture et la manière d’exposer les situations. Il souffle donc un charme nostalgique sur ces pages, celui de l’âge d’or de la SF outre-atlantique (et outre-manche aussi), époque bénie des dieux qui prend la relève d’une Europe plus tournée vers la littérature contemporaine loin des genres transfictionnels. Le genre a un succès monstre à l’époque en Amérique, où toute une génération va être bercée par les écrits d’auteurs prestigieux dont K. Dick, Silverberg et autres Asimov.

Le plaisir est renouvelé à chaque nouvelle écriture, chaque nouvelle histoire. Faisant la part belle aux expériences inconnues, aux paradoxes temporels et aux conséquences d’une intervention extra-temporelle, les auteurs s’amusent beaucoup avec nos nerfs et l’on est bien souvent surpris par le chemin pris par des récits parfois tortueux (souvent métaphoriques). Le temps et ses circonvolutions ont moins de mystères après cette lecture mais l’humain aussi. Car derrière tout acte de transgression temporel ou décision prise se cache un esprit, un simple esprit humain avec ses aspirations mais aussi ses contradiction et ses désirs. C’est souvent de là d’ailleurs que le grain de sable apparaît et déconstruit un équilibre ou une ligne de vie réglée comme du papier à musique. La part distrayante ne cède en rien donc à l’intelligence des récits et leur portée dépassant le simple récit nébuleux et purement fictif.

C’est un ouvrage à découvrir absolument si la thématique vous intéresse. Les textes sont très différents, quelques uns m’ont paru un peu plus faibles mais c’est avant tout histoire de goût et le genre anthologique ne peut échapper à cet aspect de la lecture et du ressenti du public. Tous les auteurs sont des écrivains de talent mais les styles divergent et séduiront un panel de lecteurs vaste mais peut-être pas de manière exhaustive sur l’ensemble du recueil. Pour ma part, la lecture fut très instructive, parfois dérangeante, inspirante et toujours source d'évasion. Les amateurs seront comblés de ce petit voyage dans la quatrième dimension et ses lois. Une sacrée bonne lecture !

mercredi 6 décembre 2017

"Les Solariens" de Norman Spinrad

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L’histoire : Disséminés sur des centaines de mondes, les hommes mènent une guerre désespérée contre les cruels Doglaaris. La lutte est inégale. Mais la riposte semble imminente : pour construire la plus terrifiante des armes, une partie de l'humanité a trouvé refuge durant trois cents ans sur Sol, la légendaire planète des origines. Les Solariens sont de retour. Et avec eux l'espoir d'une victoire définitive. Mais à quel prix ?

La critique de Mr K : Les Solariens est le tout premier roman que Norman Spinrad a fait paraître. Autant dire qu’on touche au Sacré ici, surtout si comme moi, vous êtes amateur de ce grand nom de la SF qui m’a séduit lecture après lecture, puis rencontre après rencontre lors de passages aux Utopiales de Nantes. Ce titre diverge pas mal de mes précédentes lectures du maître, ce premier récit narrant une guerre intergalactique impitoyable, mais à travers les développement de la trame, l’auteur annonce déjà la couleur sur ses interrogations et ses préoccupations futures.

La guerre est donc totale entre les Doglaaris et les humains désormais répartis en diaspora à travers l’espace. L’humanité est en train de perdre bataille après bataille, la supériorité du nombre et de la technologie de leurs adversaires font que l’inéluctable semble proche. L’art de la guerre est désormais entièrement informatisé et aux mains d’une intelligence artificielle qui ne laisse guère de chance à l’élaboration de stratégies novatrices qui pourraient faire la différence. Suite à un combat spatial perdu de plus, le héros Jay Palmer, capitaine de vaisseau va se voir confier une mission toute particulière : accompagner de mystérieux solariens (habitants restés sur la planète d’origine de l’humanité) qui viennent de refaire surface pour une mission à l’apparence suicidaire au cœur de l’empire doglaarien. C’est le début d’un voyage hors norme, aux marges de l’initiation et de la découverte pour Jay qui va peu à peu entr'apercevoir la nature du plan et les capacités insoupçonnées des solariens.

On rentre très facilement dans cette œuvre de jeunesse qui propose un mix fort intéressant entre récit de guerre, échanges entre êtres très différents et réflexion légère sur une évolution possible de l’humanité. Pour mieux faire levier et explorer ces trois axes, l’auteur nous livre un héros brut de pomme, sans trop de finesse au départ et totalement dévoué à la cause humaine qui voit son avenir s’assombrir. Respectueux de l’ordre établi mais parfois agacé par la faible marge de manœuvre dont il dispose pour gérer sa flotte, sa rencontre avec les solariens va changer sa vie. Ces derniers cultivent énormément le mystère qui les entourent et c’est par petite touche que la vérité se fait jour avec de nombreuses surprises. Le héros changera à leur contact, ne reniera jamais sa personne mais prendra conscience des vérités cachées par ses supérieurs et la société dans laquelle il évolue. C’est drôlement bien mis en lumière par un auteur ici accessible et redoutablement efficace.

L'oeuvre se concentre sur la rencontre entre des êtres totalement différents qui ont chacun évolué dans un sens différent. Les frictions et incompréhensions sont d’abord légion puis vient le temps de l’écoute et ensuite celui des échanges. Le processus est très bien retransmis à travers le voyage entrepris qui dure et laisse le temps à l’auteur de tisser sa toile et d'emberlificoter le lecteur dans ses attentes (ce qui est une excellente chose, vous en conviendrez) et un récit équilibré où chaque amateur de SF pourra y trouver son compte. Space opera, SF plus classique et moments intimistes forts peuplent ses pages hypnotisantes qui font la part belle à l’action, la réflexion sur soi et finalement un panorama de l’espèce humaine comme elle pourrait être dans quelques siècles. Bien que la formule soit éprouvée, quand on pense qu’on a affaire à un premier roman, on ne peut qu’être admiratif du talent en germe avant les cultissimes Rêve de fer et autre Chaos final.

Plus aisé d’approche que d’autre œuvres de Spinrad, on ne tombe ici jamais dans la simplicité et le pathos. Bien que brassant des thématiques et des personnages déjà lus et vus, on prend un plaisir certain à suivre les aventures de Jay et sa découverte de la face cachée des connaissances humaines. Le rythme soutenu donne une impulsion et un plaisir de lire immédiat, et c’est tout étonné et ravi que l’on arrive à la fin sans s’en rendre compte. Sans doute pas le meilleur titre de l’auteur mais une bonne mise en bouche pour toute personne qui souhaiterait le découvrir.

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dimanche 26 novembre 2017

"Le Passager de la maison du temps" de Jean-Pierre Andrevon

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L’histoire : Hiver 1439. Ayant trouvé refuge dans une demeure solitaire et cachée au fond d'un vallon, Luc de Melun croit découvrir le repaire du Diable. Le vieillard qui l'habite meurt bientôt, lui léguant cet étrange lieu doté de moyens technologiques incroyables, et capable de voyager dans le futur. A la fois prisonnier et maître de la maison du temps, Luc observe le monde ; il devient le témoin de l'histoire de l'humanité. Mais la belle mécanique se détraque. L'explorateur temporel, au terme d'un ultime périple, va enfin découvrir son rôle et la raison d'être de cette bâtisse extraordinaire.

La critique de Mr K : Petite incartade en littérature jeunesse aujourd’hui avec un livre de SF bien malin signé Jean-Pierre Andrevon. Le Passager de la maison du temps est un petit bijou de construction et de pédagogie qui ouvre les portes de l’anticipation et en même temps explore notre Histoire. Cette double valence est ultra-efficace et accompagnée d’un récit d’aventure haletant et sans temps mort. Suivez le guide !

Luc Moreau est un ancien étudiant en médecine qui ne survit plus que par de modestes rapines. En 1439, il est très difficile de grimper l’échelle sociale et ses origines modestes l'empêchent d’aller vers son aspiration première : soigner les gens. Au début du roman, c’est un fugitif qui fuit les autorités. Par le plus grand des hasards, ses pas le mènent dans un vallon reculé où se trouve une demeure qui va changer à jamais son existence. Il ne réfléchit pas longtemps et pénètre à l’intérieur. Il y rencontre un vieillard sans âge qui lui dit qu’il l’attendait et qu’un destin hors du commun lui est promis. Il va devoir surveiller le monde, emmagasiner un maximum d’images et de souvenirs du temps qui passe. Mais pourquoi ? Est-il veilleur ou prisonnier ? Les réponses viendront au fil des siècles et millénaires qui défilent sous les yeux de Luc...

Ne perdant pas de temps en terme d’exposition, Andrevon nous plonge d’emblée dans un récit d’aventure aux rebondissements nombreux. La présentation brève mais suffisante de Luc fait vite place à la fuite, l’arrivée dans la maison puis les nombreuses découvertes et expériences qu’il va faire. Allant à l’essentiel, Andrevon soigne ce personnage atypique qui se retrouve plongé au milieu d’une technologie qui le dépasse, la confrontation des deux mondes / deux époques est assez farfelue au départ. On se plaît à lire l’effarement et les doutes qui animent Luc qui au départ se croit entraîné dans des diableries qui vont lui coûter son âme. Mais la curiosité est plus forte, l’esprit éclairé reprend très vite la place du superstitieux du Moyen-âge et il va finir par se faire à la situation même si des expériences désagréables notamment des "visites" à l'extérieur vont éprouver sa foi en ce projet hors-norme.

Au fil du voyage temporel de Luc, Andrevon se plaît à remonter l’Histoire depuis le Moyen-âge à un futur très lointain. Soucieux de la vérité historique sans pour autant alourdir le propos, il propose de belles pages de vulgarisation appétantes pour le moindre pré-ado allergique à l’Histoire. De plus, le héros découvre les faits avec son esprit propre ce qui nous renvoie à nos propres interrogations, surprises et écœurements. En effet, très vite, Luc va se rendre compte que les maux de son époque se retrouvent, voire s’amplifient dans les siècles qui passent : extrémisme religieux, puissants iniques, massacres et guerres ne font que s’enchaîner en parallèle de progrès certains qui ne peuvent effacer l’ardoise d’une humanité auto-destructrice qui peu à peu détruit son monde. Le message utopiste et écologiste est bien pensé, sans fioriture ni exagération, chaque jeune pousse y trouvera un chemin éclairé et éclairant.

Et puis, il y a les talents de conteur d’Andrevon qui ne sont plus à prouver. Ici, il adapte son style et sa langue à un public plus jeune ce qui ne l’empêche pas de proposer un contenu dense, intelligent et très attrayant. C’est bien simple, les pages s’enchaînent toutes seules et il faut se faire violence pour refermer cet ouvrage au pouvoir d’attraction fort. Certes un public habitué devinera la fin très facilement mais cet ouvrage est une belle fenêtre sur la SF et il permettra à un novice de découvrir un monde foisonnant où les exploits n’empêchent pas la réflexion, bien au contraire. Une petite perle de pédagogie sur l‘imaginaire futuriste que je vous invite à lire et à faire découvrir au plus vite si ce n’est déjà fait.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Un Horizon de cendres
Tout à la main
Le Monde enfin
La Fée et le géomètre
Le Travail du furet
Cauchemar... cauchemars !
Gandahar
- Hôpital nord

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lundi 6 novembre 2017

"La Servante écarlate" de Margaret Atwood

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L’histoire : Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, "servante écarlate" parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler... En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

La critique de Mr K : Attention chef d’œuvre ! Cet dystopie féministe et glaçante est un piège à lecteur amateur de SF. Une fois la lecture débutée, impossible de lâcher l’ouvrage tant on est happé par l’univers proposé et la langue envoûtante de l’auteure. Je me suis laissé tenter à cause du succès grandissant de la série qui a été adaptée depuis ce livre et comme Nelfe possédait l’e-book, c’était aussi l’occasion pour moi de lire en virtuel sur la liseuse de ma douce. À ce propos, même si je n’ai pas été à 100% converti, j’ai apprécié le changement malgré le manque d’odeur de papier et d’encre ! Mais revenons à ma lecture de l’ouvrage de Margaret Atwood.

Nous suivons le récit à travers les yeux d’une servante écarlate, une de ces femmes dont la fonction est la reproduction. Dans ce monde dictatorial où les intégristes chrétiens ont pris le pouvoir, la fécondité est en berne et les plus riches peuvent avoir sous leur coupe une servante vêtue de rouge pour avoir un enfant, elles ne sont qu’un réceptacle vide qui doit concevoir un enfant lors de ses phases d'ovulation avec le maître des lieux lors d’une cérémonie rigide et codifiée. L’héroïne nous fait part de son quotidien très routinier et à travers lui les changements qui ont été opéré par l’instauration de ce nouveau régime patriarcal et impitoyable envers tous ceux qui n’obéissent pas au dogme. S’intercalent entre ces passages narratifs quelques flashback sur sa vie d’avant, celle qu’elle vivait dans un monde libre et sans entraves. Peu à peu, on apprend à mieux la connaître et quelques menus changements dans son existence vont bouleverser sa vision du monde et sa volonté de suivre les préceptes. Le grain de sable fera boule de neige et va précipiter les événements...

Étrange ambiance que celle tissée par l’auteure durant tout l’ouvrage, l’approche intimiste adoptée par la focalisation interne donne lieu à un rythme lent et posé très dérangeant. À travers les souvenirs et expérience de l’héroïne, on prend connaissance d'un certain nombre d’atrocités qui paraissent presque banales vu la façon de les relater de la fameuse servante écarlate. La première partie est surtout consacrée à la vie dans la maison du commandant avec ses règles, ses personnels et les rapports instaurés entre chacun. Le monde est devenu froid, impersonnel et terriblement clos. Nulle place pour les sentiments ou le moindre loisir ou amusement, tout le monde est à plaindre entre les serviteurs dévoués corps et âmes à leurs employeurs (un rêve pour le MEDEF -sic-) et des femmes-épouses désespérées de ne pouvoir avoir d’enfants qui s’abrutissent à l’alcool, jalouses des prérogatives du mari sur les servantes écarlates. La tension est palpable tout au long du roman, le lecteur navigue en eaux troubles se demandant bien comment la situation va évoluer tant on sent que l’équilibre instauré par la famille et les autorités est instable et précaire.

Le monde qui nous est donné à voir est assez effroyable dans son genre. La dictature aliène les individus et ici plus particulièrement les femmes qui se retrouvent du jour au lendemain reléguée au bas de l’échelle sans plus aucune possibilité de s’émanciper et sans droits réels, cantonnées à vivre à travers leur père, leur frère, leur mari ou leur employeur. La dénonciation est ici forte et sans appel sans pour autant être frontale. Elle est plutôt insidieuse, grandissante au fil du récit lors des différentes révélations qui nous sont faites lors des journées de la servante ou de ses flashback relatant sa vie d’avant le changement. Le souffle est à la fois puissant et précis, d’une redoutable efficacité. L’unité de lieu contribue à cette puissance, l’action se déroulant essentiellement dans la maisonnée qui en elle-même est le symbole de la nouvelle société parfaite voulue par un pouvoir réactionnaire.

Ce livre est aussi une belle dénonciation des rouages d’un système totalitaire avec en premier lieu la mollesse des foules et des démocrates de tout bord au moment de la prise du pouvoir, cette tendance à se dire que finalement ce n’est pas si grave et que ça passera. Sauf qu’ici (comme en 1922 en Italie, en 1933 en Allemagne ou dans une moindre mesure en 2016 aux USA) le résultat est terrifiant avec la suppression de toutes les libertés individuelles, le flicage généralisé et la répression féroce qui en découle avec des humiliations et exécutions publiques. Pour autant, rien de moralisateur ou de grossier dans cette condamnation, simplement l’observation froide des faits et du déroulé. Je vous garantis qu’on en a les tripes et le cœur chamboulés, quand on voit l’évolution du monde contemporain, on se dit qu’il est plus que temps de lire un tel livre.

logo-epubL’action finit par s’accélérer avec son cortège de circonvolutions scénaristiques où l’on retrouve des ficelles classiques mais efficaces comme l’alliance de deux personnages, de la jalousie et de la trahison, des drames épouvantables mais aussi de petites joies. Tout coule et découle à merveille avec une science de la narration hors pair et une écriture fluide, simple et accessible. On ressort à la fois choqué, émerveillé et conquis par un ouvrage vraiment réussi. Un must dans son genre, ne passez pas à côté. Quant à moi, je vais au plus vite regarder l’adaptation pour voir si elle est à la hauteur de sa réputation.

lundi 30 octobre 2017

"Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve

Blade Runner afficheL'histoire : En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies...

La critique Nelfesque : Qu'il est bon de voir de la SF de cette qualité au cinéma ! Après avoir fortement apprécié l'excellent "Premier contact" de Denis Villeneuve l'an passé, et pour aimer sa réalisation dans d'autres genres de films (notamment du côté du polar avec "Prisonners"), il était tout naturel pour moi d'aller voir le dernier né de ce réalisateur, "Blade Runner 2049".

Quelle maîtrise une fois de plus ici ! Le long métrage ne dure pas moins de 2h45 et pourtant à aucun moment on ne regarde sa montre. Le temps file à toute allure, hypnotisés que nous sommes par la beauté des images et l'histoire en elle-même. On ne présente plus "Blade Runner", film culte sorti en 1982 situant son histoire en 2019 et très apprécié des amateurs de SF. "Blade Runner 2049" prend la suite et nous donne à voir le monde tel qu'il est 30 ans après l'oeuvre originelle.

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On retrouve ici tout ce qui fait la beauté et la portée du premier du nom. Denis Villeneuve ne trahit pas le premier opus et vient moderniser l'ensemble. Les plans sont sublimes, il n'y a rien à dire sur la photographie, le choix des couleurs et l'ambiance qui en découle. Tout est maîtrisé à l'extrême et c'est un pur bonheur de contempler l'architecture futuriste, se promener dans les rues de Los Angeles, en prendre plein les yeux avec les pubs géantes et les prouesses technologiques présentées.

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Côté émotion, on est aussi servi ici avec une histoire d'amour qui n'est pas sans rappeler celle présente dans "Her" et qui bien que virtuelle est on ne peut plus palpable et émouvante. Ryan Gosling fait du Ryan Gosling, il est assez froid et joue sensiblement toujours pareil mais ici cela se justifie par sa condition de Blade Runner (je serai tout de même curieuse de le voir un peu évoluer côté rôle pour voir ce qu'il a vraiment dans le ventre...). On a plaisir à retrouver Harrison Ford et les seconds rôles tels que ceux de Robin Wright ou Jared Leto ne sont pas en reste. Dommage qu'on ne les voit pas un peu plus à l'écran et que justement le personnage de Niander Wallace (Jared Leto) ne soit pas plus exploité. Cela restera le seul léger bémol du film car j'aurais aimé en apprendre plus sur son cas mais peut-être y aura-t-il un jour un long métrage centré sur ce personnage (on peut rêver !). Mention spéciale pour la sublime Ana de Armas qui en plus d'être très jolie (si si il faut le dire, elle est magnifique) interprète avec brio le rôle d'une créature "holographique" générée par une application permettant à l'officier K de ne pas vivre seul. Un rôle loin d'être évident à tenir et qu'elle tient avec talent.

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Jeu d'acteurs, réalisation, visuel, musique... Tout est ici réuni pour faire de ce long métrage un film que l'on n'oubliera pas de si tôt ! Ambiance sombre et avenir déshumanisé, l'espoir n'est pas ce qui caractérise le plus ce long métrage et pourtant à travers quelques touches d'optimisme (histoires d'amour, relations filiales...), l'ensemble prend une teinte plus claire et laisse entrevoir de belles perspectives. Un monde de nouveau de retour à la vie. Très beau !

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La critique de Mr K : 6/6. Encore une sacrée claque cinématographique avec cette vraie / fausse suite d’un film culte, tiré d’un texte tout aussi culte de Philip K. Dick qu’on ne présente plus, MON auteur favori de SF. C’est un sacré tour de force que réalise Denis Villeneuve, un réalisateur que nous aimons beaucoup au Capharnaüm éclairé. Pour résumer ma pensée, ce film s’est révélé puissant, beau, magnétique et hyper respectueux de l’œuvre originelle. Franchement, je suis épaté.

Au centre de l’intrigue, l’agent K un réplicant travaillant pour la LAPD de 2049 interprété par Ryan Gosling, un blade runner chassant les anciens modèles qui se sont infiltrés dans la population humaine. Lors d’une opération de contrôle habituelle, l’interpellation se révèle musclée, le Nexus 8 en question résistant par la force et finissant occis par le héros. En opérant un scan de la zone, l’agent K va mettre à jour un secret enfoui à 30 mètres sous terre, une vérité qui révélée pourrait tout changer notamment le sort réservé aux réplicants, esclaves robots pour le moment entièrement soumis aux hommes. Commence une enquête qui le mènera aux limites du droit et de la légalité, au dépoussiérage de vieux dossiers faisant référence au film de 1982 et l’amènera surtout à se questionner sur lui-même, son passé et sa réelle nature. Il faut bien 2h45 pour montrer tout cela et croyez moi, on ne les voit pas passer !

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Tout d’abord, quelle beauté formelle. Tout en respectant l’original, Villeneuve propose une vision extra-ordinaire du futur, un avenir sombre, incertain et profondément pessimiste. Il pleut toujours autant, certaines zones irradiées cachent bien des secrets et l’on rejette aux marges les populations déshéritées vivant comme des marginaux (terrible passage sur l’orphelinat qui ne peut que rappeler une réalité bien présente en 2017). Malgré cet aspect repoussoir, c’est vraiment bluffant, intriguant et fascinant. On retrouve les grandes pubs qui couvrent les immeubles, les voitures volantes, les armes futuristes et l’on rentre dans l’appartement de K avec son intelligence artificielle qui lui tient lieu de compagne. Très cohérent, chaque détail compte, ne tombe pas dans le gadget ; c’est une véritable immersion qui nous est proposée ici. On s’en remet difficilement !

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La musique est terrible, rappelant sans la copier la BO originelle qui a tendance à tourner en boucle à la maison quand il s’agit de corriger des copies. Vangelis ne rempile pas mais la relève assure. Denis Villeneuve propose quant à lui toute une série de séances chocs avec son inventivité qui le caractérise si bien, renversant les schémas établis, aimant perdre le spectateur pour mieux le retourner ensuite. C’est une fois de plus un travail d’orfèvre avec une photo incroyable, un travail sur les couleurs et un foisonnement d’effets spéciaux bien maîtrisé qui ne prend jamais le dessus sur le propos et les personnages.

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Et puis, que d’émotions ! J’avoue avoir versé ma petite larme à plusieurs reprises avec notamment une scène d’amour profondément triste (du genre de la scène de la baignoire dans The Foutain de Darren Aronofski), la scène finale reprenant le morceau Tears in the rain (Culte de chez culte la scène originelle sur le toit dans le film originel) et un Harrison Ford toujours aussi charmeur et touchant. Je dois avouer que la bonne surprise vient de Ryan Gosling que je qualifierai volontiers d’habitude d’acteur-moule, je trouve qu’il joue en général toujours de la même manière. Il est parfait dans ce métrage, le rôle lui va comme un gant et l’on guette la moindre de ses réactions pour assister à l’humanisation de cet être voué à servir. Les autres acteurs sont au diapason avec un Jared Leto impeccable mais que l’on ne voit malheureusement que trop peu (THE défaut du film, le méchant reste un peu trop caricatural, j’aurais nuancé davantage en creusant le perso – purée on ne me demande jamais mon avis !-) et des actrices au top avec une méchante bien teigneuse mais non dénuée de nuances et une IA adorable et sensible à souhait.

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Le fond du film est tout aussi intéressant avec une charge sans complexe contre la destruction de toute vie naturelle par l’homme (la symbolique de l’arbre mort est sans appel), une frontière entre réel et irréel qu’il est de plus en plus dure à repérer, l’acharnement de l’homme à asservir pour asseoir son pouvoir et avec un constat sans appel sur notre nature profonde et la curieuse humanisation des robots qui prennent le sens inverse des êtres humains. Ce sont les replicants qui nous émeuvent le plus au final comme le personnage joué par Rudget Hauer dans l’original. On ressort clairement bouleversé de cette séance et on prend conscience très vite que ce film fait partie des suites réussies qui n’ont pas à rougir de la comparaison à l’original même si ce dernier reste indépassable. Une sacrée expérience que tout amoureux de SF se doit de voir au cinéma et sans 3D c’est très bien aussi !

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mardi 10 octobre 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 11 et 12 de G. J. Arnaud

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L’histoire : Voilà des siècles que la Terre subit une nouvelle glaciation. L’humanité, transie, s’est résignée à vivre sous des dômes, oubliant peu à peu son passé. Pourquoi, de toute façon, se souvenir de l’ancien monde ? Il n’est pas près de revenir...

Mais lorsqu’un groupe de scientifiques se met en tête de faire réapparaître le soleil, Lien Rag, le Kid, Jdrien et tous les autres personnages de la Compagnie des Glaces commencent à comprendre que bientôt, très bientôt, les glaces se mettront à fondre... et provoqueront un bouleversement sans précédent !

La critique de Mr K : Retour dans la fabuleuse saga SF de La Compagnie des glaces de GJ Arnaud avec ce volume réunissant les tomes 11 et 12, tout justes réédités par French Pulp édition début septembre dans le cadre de la rentrée littéraire. Les volumes passent et le plaisir reste, ce n’est pas cette nouvelle lecture qui va me fait mentir entre aventure, ambiance de fin du monde et critique acerbe à travers une métaphore filée certes glacée mais non dénuée d'ardeur.

Nous retrouvons nos héros là où nous les avions laissés. La guerre fait toujours rage entre les compagnies sibériennes et européennes, chacune ne sachant plus vraiment pourquoi le conflit a été déclaré. La trans-américaine elle, continue de prospérer et d’étendre son influence. Jdrien s’est enfui et l’enfant-roux, messie annoncé, commence à développer ses pouvoirs ce qui n’est pas sans attiser les convoitises. Lien Rag a rejoint le Kid et ils travaillent désormais main dans la main. Un événement va bouleverser la donne. En effet, les rénovateurs du soleil, un obscure groupuscule de scientifiques chassés de toute part (la censure est bien en vogue dans ce monde futuriste) ont décidé de faire réapparaître l’astre caché par les poussières de la Lune disparue. L’expérience va fonctionner de manière partielle et provoquer une mini apocalypse. C’est le début de la panique, les compagnies doivent s’unir si elles veulent survivre (du moins certaines) et chacun essaie de sauver ce qu’il peut l'être.

Le tome 11 est l’occasion pour l’auteur de détruire un petit peu tout ce qu’il a élaboré et conçu dans les volumes précédents. En effet, le pire arrive et les compagnies des glaces se retrouvent démunies face à ce changement brusque de climat. Les glaces commencent à fondre, la chaleur monte (chose impensable pour ces millions d’humains enfermés dans des dômes et des trains climatisés), l’ordre établi vacille car tout lui échappe et le chaos s’installe. Cela donne lieu à de belles scènes de chaos, de fuites éperdues de populations terrifiées et le rapprochement étonnant entre puissants qui naguère se méprisaient. Les forces se rééquilibrent et la possibilité que le Soleil rebrille constamment dans le ciel est une éventualité plus que sérieuse.

Au delà des hommes, ce sont surtout les hommes roux qui sont à la peine. Ne supportant pas la chaleur, ils risquent de tous périr. Au même moment que l’astre du jour refait son apparition, répondant à un mystérieux appel, ils s’élancent sur la banquise vers l’Amérique lointaine en emportant le corps conservé dans la glace de leur déesse, la maman de Jdrien. Ce dernier, pressenti comme une sorte de messie se dirige lui-aussi vers ce point de réunion. Véritable récit de l’exode que l’on peut comparer à celui des hébreux dans l’ancien testament (certaines scènes font irrémédiablement penser au récit biblique d’origine), on entre encore plus dans l’intimité et la pensée de ces hommes-bêtes déconsidérés et même asservis par les humains. On sent bien que quelque chose de puissant va se produire, la suite nous le dira sans doute.

J’avais fait part dans ma chronique précédente d’une légère déception concernant le héros principal (Lien Rag) que je trouvais uniquement préoccupé par les joies de la bagatelle, la série glissant malheureusement vers le mauvais roman érotique de gare. Il n’en est rien dans ces deux romans réunis ici, Lien Rag reprend la stature qu’il possédait au début : celui d’un scientifique dégoûté par le pouvoir en place, qui continue ses recherches sur les origines des hommes roux et cherche à améliorer le quotidien de l’humanité. Il est très bien secondé par sa nouvelle compagne Leouan, dont les charmes n’ont d’égal que sa sagacité et sa ruse. Les deux forment un duo détonnant, plongé notamment dans une mission secrète en plein territoire ennemi. Ce fut aussi un réel plaisir de retrouver le Kid qui n’est pas loin de tout perdre et qui d’une épreuve terrible va devoir se relever pour continuer son chemin. On a beau se dire que l’auteur a déjà beaucoup développé ses personnages, il trouve encore le moyen de nous surprendre et d’innover de chapitre en chapitre. C’est en cela qu’on reconnaît les grands feuilletonistes.

L’aventure avec un grand A reprend donc ses droits, les péripéties sont nombreuses et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde. Lire le premier chapitre, c’est l’engagement certain d'entrer dans une lecture addictive et plaisante qui procure sensations et réflexions. Du grand art qui n’est pas près de s’arrêter vue l’étendue de la saga originelle. Quitte à me répéter, vivement la suite !

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
La Compagnie des glaces tomes 3 et 4
La Compagnie des glaces tomes 5 et 6
La Compagnie des glaces tomes 7 et 8
- La Compagnie des glaces tomes 9 et 10

mercredi 20 septembre 2017

"La Vénus anatomique" de Xavier Mauméjean

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L’histoire : 1752. L’Europe en dentelles est teintée de sang. Le philosophe-chirurgien Julien de la Mettrie, dont les ouvrages ont jadis été brûlés, mène une vie sans histoire derrière les remparts de la bonne ville de Saint-Malo. Repos troublé, un soir, par une convocation fort déplaisante : le Secret du Roi, ce cabinet obscur qui conduit la diplomatie souterraine de Louis XV, souhaite l’exposer aux feux de Versailles... Une telle invitation ne se refuse pas, amis qu’attend-on de lui ? Sur la route, les Mousquetaires noirs menacent le carrosse ; à Paris, la Chambre ardente, redoutable tribunal d’inquisition qui aime peu la science et la raison, entend bien faire respecter la justice de Dieu.

Du paradis à l’enfer, le chemin est tout droit... Ainsi bascule la vie de la Mettrie. Biomécaniciens et sculpteurs de chair, monarques cyniques, séducteurs emperruqués et femmes de tête se succèdent en des lieux que la morale réprouve – magasin d’enfants, mausolée des plaisirs ou Manufactures de cadavres -, tandis que plane en coulisse l’ombre mécanique des automates, anatomies mouvantes de chair et d’acier...

La critique de Mr K : C’est toujours avec un plaisir non feint que je me plonge dans un roman de Xavier Mauméjean. Celui-ci date déjà d’un petit bout de temps et je m’en étais porté acquéreur lors des dernières Utopiales de Nantes où nous avons l’habitude Nelfe et moi de nous rendre chaque année. C’est l’occasion entre autre de discuter avec cet écrivain au talent immense et à la gentillesse qui ne se dément jamais. Cet ouvrage lorgne vers l’uchronie et pourrait se résumer en un mix improbable (mais très réussi) de roman d’aventure de cape et d’épée et de récit fantastico-SF. Un mélange des genres étrange au départ mais fort bien maîtrisé, pour un plaisir de lecture optimal.

Julien de la Mettrie, un philosophe-chirurgien (si si à l’époque des Lumières c’est possible !) vit tranquillement à St-Malo derrière les remparts centenaires de la cité maritime. Il a déjà bien vécu entre des expériences parfois traumatisantes sur le Front en tant que médecin et les autodafés dont il a été victime par les autorités religieuses voyant d’un mauvais œil ses travaux scientifiques mettant à mal les certitudes théologiques en vogue dans les hautes sphères du pouvoir. Le siècle des Lumières est celui des idées nouvelles certes mais aussi celui de confrontations parfois rudes et la mise au placard de grands penseurs comme l’exemple de Diderot abordé au détour de l’histoire narrée ici. Tout au long du roman, Mauméjean y fait constamment référence en glissant ici et là quelques éléments véridiques qui contrebalancent l’uchronie ambiante.

Le récit de La Vénus anatomique bascule quand le cabinet secret du roi Louis XV convoque de force Julien de la Mettrie pour lui confier à lui et d’autres savants une mission de la plus haute importance : participer à un mystérieux concours scientifique où ils seront en concurrence avec les puissances allemandes et vénitiennes. Julien fera la connaissance de deux autres spécialistes qui avec son concours vont devoir construire une vie artificielle, n’en déplaise aux défenseurs de la Foi. C’est le début des ennuis avec une fuite en Allemagne pour pouvoir élaborer leur projet. Cependant, les fanatiques ont plus d‘un tour dans leur sac et de grands moyens pour combattre ceux qu’ils considèrent comme hérétiques : entre escarmouches, complots et intrigues, la mission de Julien n’est pas de tout repos pour le plus grand bonheur du lecteur qui se plaît à suivre les aventures tumultueuses des tenants de la Raison.

Le mélange des genres fonctionne quasi immédiatement avec un Xavier Mauméjean qui n’a pas son pareil pour reconstituer un passé glorieux, à savoir ici l’époque moderne et plus particulièrement un XVIIIème siècle à la croisée des chemins entre un Ancien Régime à bout de souffle et l’émergence de la bourgeoisie éclairée qui s’en remet de plus en plus à la science et la raison. Volontiers érudit, le récit est d’une densité incroyable, mêlant aventures palpitantes avec des scènes qui ne souffrent pas de la comparaison avec un Alexandre Dumas au sommet de sa forme (l’attaque du carrosse, la scène du duel, l’attaque de l’atelier) et passages plus intimistes donnant à lire les troubles et doutes qui habitent un narrateur un peu dépassé par les enjeux que sa mission implique. Lui et ses amis se révèlent être des apprentis sorciers qui jouent avec la nature et l’ordre des choses, actes qui déplaisent au plus haut point aux représentants de l’ordre ancien qui voient d’un mauvais œil le développement de la science.

Dans ce roman, on visite tour à tour les salons dorés de Versailles (avec une entrevue avec le roi bien rendue et tendue à souhait), les laboratoires secrets d’hommes de science émergents, les bas fonds des villes avec les premiers grognements d’une révolution à venir, les cachots obscurs où l’on enferme les grands esprits pour éviter la contamination de la modernité mais aussi des lieux interlopes où la vie d’un enfant est monnayable ou d’autres endroits où le vice est à la portée de toutes les bourses. Très réaliste, La Vénus anatomique est un miroir fidèle d'une époque emblématique de notre histoire. Mais le malicieux auteur s’en donne aussi à cœur joie en y introduisant des éléments purement uchroniques qui font basculer le récit dans l’irréel et le délirant. Quel plaisir pour le lecteur de démêler le vrai du faux, de séparer les éléments historiques des ajouts SF qui teintent le roman d’un fantastique de bon aloi, classique dans sa forme mais sacrément efficace.

Ainsi les savants s’apparentent en milieu d’ouvrage aux savants fous classiques de la littérature au premier rang desquels Victor Frankenstein qui plane au dessus de l’ouvrage. Les esprits s’échauffent, l’action s’accélère et l’histoire cède la place à une rétro-SF au charme indéniable qui fait mouche et hypnotise le lecteur prisonnier d’une histoire éternelle : celle du créateur, de sa créature et des oppositions qui vont en naître. Rajoutez là dessus, quelques rencontres avec des personnages devenus célèbres comme Casanova ou encore le chevalier d’Eon et la lecture devient jubilatoire. C’est bien simple, une fois bien avancé dans la lecture, il est impossible de reposer le volume tant on est happé par ce souffle si singulier qu’insuffle Mauméjean par son style à la fois érudit, joueur et si littéraire dans son approche des mots et de la langue. Ici, les phrases se goûtent, se savourent et se digèrent lentement entre finesse et traits d’esprit nombreux et bien pensés. Un pur bonheur de lecture.

Inutile d’en dire plus, au risque de lever trop le voile sur le contenu de ce récit décalé, Xavier Mauméjean signe une fois de plus un roman conjuguant à la fois exigence formelle, malice narrative et puissance du propos. Un bijou littéraire qui plaira à tous les amateurs d’Histoire uchronisée.

Lus, appréciés et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Kafka à Paris
Poids mort
Ganesha
American gothic
Lilliputia

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