mardi 21 mars 2017

"Génération Clash" de G.-M. Dumoulin

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L’histoire : Donner la meilleure éducation possible à ses enfants : voilà ce dont rêve chaque parent. Alors, dans ce futur pas si lointain, les professeurs ont été remplacés par des machines ultra-perfectionnées, faisant de chaque enfant un génie en puissance. Et c’est bien là le problème : puisqu’ils sont plus intelligents que les adultes, pourquoi devraient-ils leur obéir ? Pourquoi ne prendraient-ils pas le pouvoir ? Évidemment, ils n’ont que 12 ans...

La critique de Mr K : Retour sur une lecture SF aujourd’hui avec ce premier tome d’une trilogie tout juste rééditée chez French Pulp Editions. C’est ma première visite dans la bibliographie de G.-M. Dumoulin, auteur très prolifique (plus de 200 ouvrages !) et même si je n’ai pas été convaincu à 100% par ce volume, il est indéniable que l’auteur a du talent et du mordant.

Génération Clash est un roman d’anticipation se déroulant quelques décennies après les temps présents. La technologie a bien évolué et s’est développée dans tous les secteurs de la vie humaine mais va-t-elle dans le sens du progrès pour l’humanité ? C’est la question principale qui se pose quand on se rend compte que ce sont les machines qui désormais enseignent et éduquent les enfants. Ceux-ci voient leurs connaissances, compétences et capacités bondir, les résultats suivent et l’on peut se dire que le pari éducatif est gagné. Pour autant, quelque chose a disparu, une naïveté, une innocence qui va transformer ces jeunes pousses en esprits retorses avec comme objectif d'éradiquer les adultes du pouvoir tant ils sont perçus comme des freins et des obstacles à leur existence.

Cet ouvrage n’est finalement qu’une mise en bouche, l’auteur y lance ses personnages et son intrigue d’où le sentiment qu’il ne s’y passe pas grand-chose mais il faut bien débuter un jour. Du coup Dumoulin s’attelle à nous présenter ses personnages par petites touches et c’est seulement à la moitié du livre que l’on commence à se faire une idée précise des forces en présence et du background général. Au menu, des jeunes déboussolés qui tentent de sauver leur peau , des gangs qui se font la guerre, une oligarchie d’adultes avachis dans leur vanité qui contrôle la société et ne sent pas qu’un mouvement est en marche et qu’il pourrait tout remettre en question. Peu à peu, les tenants et aboutissants apparaissent et l’on ne peut que s’extasier à l’idée que ce livre a déjà plus de trente ans !

La langue inventive, imagée et rythmée de l’auteur permet une lecture rapide et enthousiasmante. Dumoulin nous plante un décor et un monde crédible, propose des personnages plutôt fouillés aux relations complexes et ménage des ficelles scénaristiques riches en promesses. Le bât blesse tout de même au niveau de l’originalité que je n’ai pas vraiment trouvé dans cet ouvrage faisant bien le boulot mais sans réelle étincelle qui vous laisse scotché dans votre meilleur fauteuil. Bon, c’est vrai que je suis un vieux briscard dans ce genre de littérature, il en faut pas mal pour me surprendre... Et puis, ce n’est que le premier volume d’une trilogie, j’espère que la suite portera le matériel de base à des niveaux insoupçonnés, plus thrash et porteur de sens.

Pour conclure, on peut dire que Génération Clash est une sympathique récréation littéraire qui comblera les amateurs d’anticipation intelligente qui n’ont pas encore un gros bagage de lecteur derrière eux. Pour les autres, je préfère attendre la suite pour donner un avis plein et entier sur une œuvre qui en tout cas ne peut laisser indifférent et possède un charisme certain par les thématiques qu’elle aborde et l’écriture virevoltante et feuilletonnesque de l’auteur. Wait and read...

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lundi 6 mars 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 5 et 6 de G. J. Arnaud

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L'histoire : La lune a explosé et la Terre connaît une nouvelle ère glaciaire. L'humanité est complètement dépendante des grandes compagnies ferroviaires, qui ne se privent pas d'exercer un pouvoir tyrannique. Un homme, Lien Rag, a déjà tenté de se soulever contre leur joug. Désormais réfugié chez les hommes-roux, ces étranges humanoïdes résistants au froid, il n'a plus qu'un seul souhait : cacher le fils hybride qu'il a eu avec une femme-roux, ce qui est formellement interdit...

La critique de Mr K : Retour en terres glaciaires, dans la gigantesque saga d'anticipation de G-J Arnaud qui reparaît depuis quelques temps chez la jeune maison d'édition French Pulp. Ce volume réunit les volumes 5 et 6 de la saga, intitulés respectivement L'Enfant des glaces et Les Otages des glaces, et fait une nouvelle fois la part belle à l'aventure, la prospective et la dénonciation du genre humain à exploiter les autres au mépris de la compassion et du partage. 

On retrouve Lien Rag, le héros principal de la série en bien mauvaise posture. Il se cache des autorités car il a commis l'irréparable : aimer et frayer avec une femelle des hommes roux. De leur union est né Jdrien, enfant métisse des deux races qui représente une abomination aux yeux des compagnies qui luttent contre les échanges inter-raciaux et pourchasse sans pitié celles et ceux qui transgressent ce qui s'apparente à un tabou. Les volumes précédents mettaient en lumière les politiques de déportation et d'asservissements dont étaient victimes les hommes roux, ici les propos se veulent plus intimistes même si l'on retrouve par moment quelques éléments de réflexion plus généraux avec l'évolution du conflit en cours. 

Car les colonies dans ces deux romans sont plus que jamais en guerre les unes contre les autres, les équilibres sont fragiles et on explore un peu plus la planète avec notamment un séjour dans la lointaine Sibérie où les règles tribales ont repris le dessus et l'inatteignable Amérique, terre d'invention, de renouvellement idéologique mais aussi d'apartheid, clin d’œil aux états esclavagistes du sud. Une fois de plus, on ne peut s'empêcher de faire de nombreux parallèles avec ce que nous avons connu et/ou connaissons encore. G-J Arnaud s'y entend comme personne pour proposer un récit vivant mais aussi intelligent. Ainsi, rien ne nous est épargné des dérives liées à la guerre, notamment le traitement réservé aux prisonniers mais aussi aux civils qui se voient convoyés d'un point à un autre sans autre choix que d’obéir. Bel éclairage en tout cas sur l’état de guerre permanent entretenu par un pouvoir oligarchique prônant des mesures liberticides pour mieux contrôler les masses et par là-même le monde. 

L'aventure est une fois de plus prenante, plus particulièrement dans L'Enfant des glaces qui voit notre héros en perpétuelle fuite, le récit s'apparentant à un road movie SF bien maîtrisé et sans temps morts. Les Otages des glaces m'a paru plus lent, parfois répétitif et même quelque peu frustrant. Gageons que la suite reprendra des couleurs et perpétuera l'aspect feuilletonnesque tellement prenant des tomes précédents. Reste des personnages attachants, des passages mêlant évasion, passion et actes de bravoure du quotidien. Je me souviendrais ainsi longtemps de la nourrice lapone qui se sacrifie pour que le fils de Rag puisse vivre, figure christique et innocente confrontée à la haine et au fanatisme. De manière générale, on passe un très bon moment malgré quelques redites et des passages érotiques qui tournent un peu au ridicule, comme si une majorité de personnages pensaient tout le temps à la chose malgré les températures polaires qui règnent sur terre. Mais bon, on ne se refait pas, l’auteur est un coquin, il aime à décrire éveil des sens et autres parties de scrabble sous la couette...

Malgré quelques scories, l'écriture de C. J. Arnaud reste toujours aussi foisonnante et simple d'accès, les amateurs de sensations fortes et d'imaginaires bien trempés seront comblés. Nombre d’éléments de fond sont en suspens et de nouveaux groupes / personnages font leur apparition, garantissant une source inépuisable de développements futurs. Affaire à suivre ici même dans les semaines à venir !

Déjà lus et chroniqués de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
- La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
- La Compagnie des glaces tomes 3 et 4

jeudi 16 février 2017

Craquage de février, PAL explosée !

Le moment fatidique est finalement arrivé... Nous avons fini par céder aux sirènes de l'abbé et avons fait un petit tour à notre Emmaüs préféré hier (ceux qui nous suivent sur IG sont déjà au courant !). Une fois de plus, cette petite visite innocente (sic) s'est révélée fructueuse avec pas moins de 16 nouveaux volumes qui viennent rejoindre leurs petits camarades dans nos PAL respectives. Voici la photo de famille des nouveaux arrivants et le fameux post de nos dernières acquisitions !

Acquisitions fev 2017 ensemble

Je vous laisse deviner qui a craqué le plus... 15 livres pour moi et 1 pour Nelfe ! Irrécupérable, je sais mais c'est vraiment impossible de résister à tous ces séduisants volumes qui vous tendent leurs petites pages en implorant votre pitié. La vraie raison? Je n'ai aucune volonté face à certains auteurs ou certaines couvertures / quatrièmes de couverture. Comme en plus, je me plante rarement sur mes choix... Y'a pas de raison que ça change ! En plus, ça vous donne une bonne raison de vous moquer de moi. Et ça, c'est vraiment sympa de ma part, non ? Trève de bavardage, c'est l'heure du déballage !

Acquisitions fev 2017

- Chroniques de San Francisco et Babycakes d'Armistead Maupin. Chinage après chinage, je me rapproche de mon objectif de réunir la série complète pour un trip re-reading de fou pour cet été. Oui, je sais, je suis prévoyant et ambitieux ! J'avais adoré cette saga lors de ma première lecture et j'ai hâte de m'y replonger. Il ne m'en manque plus que 4 volumes sur les 9 que compte la collection. Miam miam !

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Le rayon littérature asiatique était plus fourni que d'habitude, il m'a fallu choisir parmi une vingtaine de titres, ces deux là ressortaient nettement du lot :

- Hotel Iris de Yôko Ogawa. Vous n'imaginez pas ma joie en tombant sur ce livre, je l'ai embarqué sans même regardé la quatrième de couverture tant je suis tombé amoureux de la sensibilité à fleur de mot de Yôko Ogawa, une auteur japonaise qu'il faut absolument découvrir si ce n'est déjà fait. Elle dépeint l'âme humaine comme personne et se détourne des sentiers battus pour fournir de fortes émotions à ses lecteurs. Ici, on nous promet une histoire d'amour, de désir et de mort. Tout un programme !

-English de Wang Gang. Coup de poker que cette acquisition vu que je ne connais pas du tout cet auteur chinois. En pleine révolution culturelle en Chine, un jeune garçon va découvrir la langue de Shakespeare et s'ouvrir au monde grâce à un précepteur très gentleman. Ca risque de détoner en pleine dictature maoïste ! Bien hâte de voir ce que ça va donner. 

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Voici les fameux auteurs à qui je ne peux décemment pas dire non. Des génies, des immortels ? Chacun jugera mais pour moi, ils font partie des classiques et de mes chouchous que j'adore. Non non, je ne suis pas gaga !

- Bestiaire magique de Dino Buzzati. Voici un titre de l'auteur que je ne connais pas et pourtant je l'ai beaucoup pratiqué. Il s'agit d'un recueil de nouvelles propulsant au centre des récits des animaux pour mieux dépeindre la condition humaine. Naturaliste scrupuleux, il n'hésite pas dans le présent volume à le mêler de fantastique et de merveilleux. Je suis bien curieux de lire ça !

- Le Soleil se lève aussi d'Ernest Hemingway. Encore un monstre sacré pour une oeuvre moins connue et que je vais découvrir au plus vite. On suit la destinée d'un jeune américain séjournant en France, partagé entre un amour contrarié et une amitié plus que pesante. J'espère retrouvé le style inimitable du maître et sa propension à nous transporter loin, très loin dans l'universalité de ses récits.

- Les Raisins de la colère de John Steinbeck. Re-reading ultra-séduisant que celui-ci, un livre qui a marqué mon adolescence et désacralisé le monde tel que je le percevais alors. J'avais adoré à l'époque, tellement que j'en ai oublié que je l'avais déjà en bibliothèque ! Je lirai quand même cet exemplaire que je transmettrai à mon tour... Un incontournable, une bombe, un bonheur d'engagement et d'humanisme. Steinbeck quoi !

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SF quand tu nous tiens ! Bel effort aussi dans le rayonnage pour ce genre souvent trop boudé par le grand public. Là encore, du très très lourd en perspective !

- Le Silmarillion et Les Aventures de Tom Bombadil de J.R.R Tolkien. Culte de chez culte, un re-reading avec Tom Bombadil et une lecture trop longtemps repoussée pour le Silmarillion. C'est tout bonnement mon auteur de fantasy préféré juste devant George R.R. Martin (la feignasse qui n'écrit pas la suite de sa saga, vous savez ?). Trop hâte d'y être et de replonger en Terre du Milieu surtout qu'injustement, Peter Jackson a évincé le bon Tom de sa néanmoins très bonne adaptation du Seigneur des anneaux

- Les Déportés du Cambrien de Robert Silverberg. Plus de place dans les prisons ! Oubliez les solutions toutes faites proposées par les gugusses en campagnes, Bob a la solution ! Envoyez tout ce petit monde en pleine préhistoire quand la vie n'a pas encore émergé de l'eau. Le concept est tentant, non ? la plume poétique et alerte de l'auteur saura sans nul doute me convaincre... Mais qu'entends-je ? Tout ne se passerait pas comme prévu ?

- Le Monde de la mort d'Harry Harrisson. Clairement, la série B du lot avec une histoire de joueur professionnel envoyé sur une planète hostile à la suite d'un deal truqué. Il va devoir survivre dans la nature hostile et affronter les inquiétants habitants de ce monde en friche. Une histoire bien sympathique pour se détendre après un bon vieux classique !

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Gasp ! Le rayon fantastique / épouvante est lui aussi bien fourni... Horreur, malheur !

- Le Jour J du jugement de Graham Masterton. Le concept est délirant : un tank hanté par des GI morts sur le champ d'honneur! Je le concède, c'est plutôt "space" écrit comme ça. Mais quand on sait que c'est Masterton qui tire les ficelles, je dis que ça se tente. C'est un auteur qui ne m'a que très rarement déçu. Vous reprendrez bien un peu de gore Mr K ?

- Le Disciple de Laird Koenig. Un ersatz de Jésus écume les États-Unis accompagné de fidèles accros aux miracles. À priori, il y a anguille sous roche et le Paradis se transforme en Enfer. Je ne sais pas pour vous mais j'aime bien les histoires d'apocalypse même si je dois bien avouer que celle-ci flirte avec la série B. Qui lira verra !

 - L'Horreur du métro de Thomas Monteleone. La couverture est bien cheap (laide diront certaines, chuuuut Nelfe !) mais cette histoire de bestioles vivant sous terre et grignotant les pauvres humains passant à leur portée me tente bien. On nous promet une vengeance terrifiante de la nature sur le cancer humain régnant sur notre planète. Il m'en fallait pas plus pour basculer dans le côté obscur...

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Enfin, deux ouvrages US pur jus dont le fameux livre dégoté par Nelfe. Si ça, ce n'est pas un teaser de dingue !

- Pandemonium de Les Standiford. Un pur hasard que cette acquisition basée uniquement sur une quatrième de couverture intrigante où il est question d'armes chimiques en circulation sur le territoire américain. Un cauchemar à page ouverte selon certains, je me suis laissé tenté. Gageons que j'ai eu raison !

- Dalva de Jim Harrison. Le voila, le fameux, l'unique, le précieux ouvrage dégoté par Nelfe ! Un Jim Harrison plein de promesse, roman des grands espaces comme ma douce les affectionne doublé d'une saga familiale et d'un hymne à la vie. Franchement, si elle n'est pas contente avec cela, on ne peut plus rien pour elle...

Voili voilou. De belles trouvailles non ? Il ne reste plus qu'à trouver le temps de les lire mais je pense que je m'en arrangerai. Ne soyez pas trop triste pour Nelfe, elle va bientôt prendre sa revanche. En effet, ce samedi, c'est la vente de destockage de livres chez le même Emmaüs et les réserves sont à priori immenses (dixit le libraire de l'assos) et libres d'accès. Pour ma part, je suis puni et je n'irai pas (sinon, une pièce entière serait à consacrer à ma PAL) par contre Nelfe y sera et peut-être ses pas croiseront des ouvrages qui sauront la séduire à son tour. Wait and see...

mardi 24 janvier 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 3 et 4 de G.J. Arnaud

GJarnaudvol2L'histoire : Lien Rag poursuit toujours son combat contre la dictature établie par les grandes compagnies ferroviaires. Mais sur un monde recouvert de glace, comment échapper à l'emprise du chemin de fer ?

Peut-être en se tournant vers le mystérieux peuple Roux, une tribu à moitié sauvage que le froid ne semble pas indisposer.

Et si le secret de leur origine représentait un énorme danger pour les compagnies ?

La critique de Mr K : Il n'a pas fallu longtemps à la toute nouvelle maison d'édition French Pulp pour poursuivre la réédition de la saga de La Compagnie des glaces de G.-J Arnaud dont le premier volume réunissant les deux premiers romans du cycle m'avait tant séduite il y a quelques mois. La réussite est une fois de plus au RDV avec une lecture prenante, dépaysante et provoquant une évasion immédiate. Et dire que trois autres volumes sont prévus pour le courant de l'année 2017 !

Rien ne va plus sur Terre qui comme l'auteur nous l'avait expliqué lors du tome précédent est désormais recouverte de glace et est devenue quasiment invivable pour l'espèce humaine. Les Compagnies ferroviaires règnent hégémoniquement sur notre planète et seule une poignée d'individus s'opposent à l'ordre établi avec plus ou moins de réussite. Lien Rag est de ceux-là et même si on le retrouve au début de cet ouvrage à travailler pour l'armée de la compagnie ferroviaire, on le sait sceptique sur cette dernière et sur les buts qu'elle poursuit. Ayant échappé à la prison et à la mort bien des fois lors des deux premiers romans, le voila plongé en plein conflit interplanétaire entre les deux principales compagnies. Son cœur balance toujours entre son monde et celui des hommes roux, êtres sauvages à la constitution spéciale leur permettant de résister au froid et exploités par le pouvoir en place. Malheureusement pour lui, plus que jamais des obstacles insurmontables semblent se dresser devant lui et il lui faudra tout son courage et toutes ses relations pour s'en sortir...

On retrouve toutes les qualités énoncées lors de ma chronique précédente dans ce volume qui fait la part belle à l'aventure. Ainsi les rebondissements sont nombreux entre quête initiatique, révélations fracassantes, amours et attirances contre-nature, trahison et vengeance. Plus que jamais l'aspect feuilletonnesque de l’œuvre monumentale de G.-J Arnaud (99 romans dans ce cycle tout de même !) éclate au grand jour avec une multitude de personnages secondaires qui viennent enrichir une galerie principale déjà bien fournie. On explore ainsi certaines stations jusque là inconnues et spécialisées dans certaines domaines comme le bois et son recyclage ou encore l'élevage. Point de visite des beaux quartiers avec ce volume mais plutôt une plongée dans le quotidien plus rude des simples gens, des oubliés de la compagnie et surtout des êtres manipulables à souhait.

Car au centre de ce volume, on retrouve le fameux peuple des hommes roux qui attisent la haine et le ressentiment. S'étant détourné des humains qui les exploitaient, le gouverneur de la compagnie lance une grande chasse à l'homme pour les ramener dans le giron du pouvoir et ainsi les réaffecter à leurs emplois désertés. S'ensuivent des dérives que l'on a déjà connu comme les chasseurs négriers d'antant, les camps de triage, l'esclavage et les camps de concentration. Il n'y a qu'un pas à franchir pour faire le lien avec l'esclavage des noirs par les occidentaux ou encore le sort réservé aux tsiganes et aux juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. En sous-texte, la propagande xénophobe et extrémiste religieux avec les néo-catholiques qui se verraient bien revenir au bon temps de l'inquisition et du tout moral qui pénètre les esprits et donne lieu dans la deuxième partie de l'ouvrage à de purs moments d'abjections comme les êtres humains sont capables de commettre quand ils sont plongés dans l'affliction et la souffrance. Certains passages sont donc très rudes et donnent au texte une profondeur encore plus poussée, faisant passer la saga dans une autre dimension, celle des œuvres utiles et divertissantes à la fois.

La SF est donc ici virevoltante, érotique parfois (quel coquin cet auteur !) mais aussi dénonciatrice des travers naturels de notre espèce. L'écriture sert remarquablement bien l'histoire et permet à certains personnages de gagner nettement en densité. On continue aussi à explorer dans cette saga le background inquiétant et saisissant de cette terre privée des rayons salvateurs du soleil qui se retrouve livrée à l'incurie des hommes. Une belle réussite qui en appelle d'autres, je me réjouis déjà à l'idée de lire la suite.

mercredi 18 janvier 2017

"Rogue One" de Gareth Edwards

Rogue One affiche

L'histoire : Situé entre les épisodes III et IV de la saga Star Wars, le film nous entraîne aux côtés d’individus ordinaires qui, pour rester fidèles à leurs valeurs, vont tenter l’impossible au péril de leur vie. Ils n’avaient pas prévu de devenir des héros, mais dans une époque de plus en plus sombre, ils vont devoir dérober les plans de l’Étoile de la Mort, l’arme de destruction ultime de l’Empire.

La critique Nelfesque : Depuis sa sortie en salle mi-décembre dernier, tout le monde, ou presque, a vu "Rogue One". Tous les fans de Star Wars en tout cas. De notre côté, on a fait durer le plaisir et on ne l'a vu au cinéma que la semaine passée. Pourquoi cette attente ? Les fêtes de Noël tout d'abord où on a profité plus de la famille que des salles obscures et on procède ainsi en général pour tous les blockbusters qui sortent en fin d'année et que l'on souhaite voir. Ainsi, on n'est pas les uns sur les autres dans la salle, on ne se coltine pas les bouffeurs de pop-corns et on n'a pas besoin de réserver sa place à l'avance (non mais réserver pour voir un film, ça je ne m'y ferai pas !). Oui, je sais, je suis une râleuse !

Ces considérations mises à part, qu'ai-je pensé de "Rogue One" ? Je trouve l'idée de nous faire passer derrière les célèbres lignes qui défilent à chaque début d'épisode de Star Wars très bonne. Pas de petites lignes jaunes cette fois ci donc (et ça fait bizarre (conditionnement quand tu nous tiens)) mais plus de 2 heures d'explications et de mises en situation sur le pourquoi du comment de la saga. A réserver aux fans donc, d'autant plus qu'il y a certains clins d'oeil ou franches références qui ne seront pas accessibles à ceux qui n'ont pas vu les épisodes précédents (ou à suivre... enfin, bref, ceux diffusés avant mais qui sont dans le futur de l'histoire présente (STOOOOOOP !)).

Rogue One 2

Côté spectacle, on y est. Visuellement, c'est chouette. Les bastons sont spectaculaires, les vaisseaux aussi, l'étoile noire n'en parlons pas. Mais ça s'arrête à peu près là en ce qui me concerne. De toute façon, je ne suis pas allée voir "Rogue One" pour autre chose que passer un bon moment et j'en ai eu pour mon compte. Si vous cherchez de la profondeur, vous pouvez repasser, c'est creux. Mais bon, à la vue de la bande annonce, on s'y attendait un peu. Je ne crierai donc pas au scandale ni au génie, je dirai juste que ça fait le job.

Rogue One 7

Parce que si on creuse, et notamment du côté des dialogues et des jeux d'acteurs, on va tomber sur pas mal d'os et niveau psychologie et empathie, "Rogue One" est zéro. Les scènes dramatiques me sont passées au dessus de la tête, les phrases chocs ne donnent pas le frisson et quand certains perso meurent, je suis limite en train de me refaire les ongles... Ou alors je me marre parce que non vraiment côté dialogue c'est nullissime parfois.

Je ne m'étalerai donc pas plus sur le sujet et je vais laisser la place à Mr K. "Rogue One" est pour moi un bon divertissement, un film du dimanche, un film que l'on peut effectivement aller voir avec son paquet de pop-corns (mais c'est le seul hein, on est bien d'accord) et pour passer une soirée entre potes c'est parfait. C'est d'ailleurs ce que l'on a fait et en rentrant, on s'est jeté sur l'épisode IV, parce que rien ne le remplacera jamais ! Allez, que la force soit avec vous !

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La critique de Mr K : 3,5/6. Belle déception pour ma part, ce premier spin-off étant aussi beau que creux et pour ma part inutile si ce n’est pour remplir le tiroir caisse de Mickey et compagnie. Et pourtant, je m’étais laissé convaincre par la bande annonce qui laissait augurer d’un beau spectacle, des références multiples à la trilogie originelle et notamment l’épisode 4. Je suis fan de l’univers de George Lukas mais sur ce coup là... ça a du mal à passer !

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La faute tout d’abord à un scénario hyper prévisible et à des personnages caricaturaux jusqu’à la nausée. Je me suis par exemple surpris à esquisser un sourire lors de pseudos scènes dramatiques tellement le pathos était de rigueur : sortez la guimauve et les attitudes de poseurs pour des personnages au final très peu attachants. Ainsi lorsqu’un protagoniste disparaît, aucune émotion ne transparaît vraiment et perso, je me fichais de leur destin. Pour revenir à l’histoire et notamment les dialogues, c’est le minimum syndical écrit par un gamin de douze ans. Très décevant surtout quand on regarde l’épisode 4 juste après et qu’on se rend compte qu’au moins les dialogues étaient plus poussés, les personnages ne se contentant pas de balancer une punchline à deux balles à chaque dialogue.

Rogue One

Ça sent aussi le réchauffé et certains choix esthétiques m’ont laissé pantois et limite en colère tant j’ai trouvé cela épouvantable. Ainsi, ils ont osé faire revenir Peter Cushing sous forme numérique. Dès sa première apparition, le malaise s’installe tant la créature virtuelle ne possède pas 1% du talent de cet incroyable acteur. C’est plat, c’est moche et carrément irrespectueux. Sachez qu’ils font la même chose avec un autre perso clef en toute fin de métrage et vous obtenez des aigreurs d’estomac garanties pour tous les authentiques Fanboys. Sinon, on peut quand même saluer la présence au générique de Mads Mikkelsen, toujours impeccable avec une classe de dingue même s’il cabotine un peu dans ce métrage. Forest Whitaker n’est pas mal non plus. Il relève le niveau tant j’ai trouvé de manière générale les scènes plutôt surjouées.

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Bon alors ? Pourquoi la moyenne ? Le spectacle tout simplement ! Le film est très beau avec un voyage épatant à travers la galaxie sur un nombre assez conséquent de mondes bien reconstitués et au charme terrible. Inspirés de ce que l’on peut trouver sur Terre avec un mix de fantasmes purement SF, on s’amuse beaucoup entre créatures bizarres, paysages dépaysants et civilisations bien différentes. La claque est magistrale à ce niveau et quand l’action se met en branle, clairement on en a pour son argent. La scène finale est digne des plus belles bastons de la saga et quel plaisir de revoir les X-Wings en action. J’ai toujours rêvé d’en piloter un, c’est comme si c’était fait avec cette bataille spatiale immersive à souhait. Un sacré trip ! Bien que trop courtes, les apparitions de Vador font toujours leur petit effet même si ça pourrait apparaître comme gadget pour les plus extrémistes des contradicteurs.

Rogue One 5

Vous l’avez compris, je suis mitigé. Personnellement, je ne crois pas que je reverrai ce film tant il manque cruellement de finesse et surtout de souffle épique. C’est un très bon divertissement mais il ne faut pas en attendre beaucoup plus par rapport aux ressorts dramatiques que l’on a pu voir dans les épisodes de la saga et surtout il manque d’originalité et se contente de suivre le cahier des charges. Inutile de vous dire qu’il perdra tout son intérêt sur petit écran...

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samedi 7 janvier 2017

"Drone land" de Tom Hillenbrand

Drone-landL’histoire : Dans un futur proche où les citoyens européens sont constamment surveillés par les drones fédéraux, le meurtre d’un politicien à la veille du Brexit va bouleverser le système établi.

La critique de Mr K : Très belle lecture pour débuter 2017 que ce Drone land de Tom Hillenbrand tout juste sorti chez la très bonne maison d’édition Piranha qui nous régale à chaque lecture. Cet ouvrage (best-seller en Allemagne lors de sa sortie outre-Rhin) est un croisement très réussi entre roman policier à l’ancienne et dystopie cauchemardesque dans un futur probable. L’ensemble est saisissant et procure un plaisir de lecture hors norme. Suivez le guide !

Dans un futur aseptisé et ultra-surveillé survient l’impensable : la mort d’un élu du parlement européen ! Malgré la fin du droit à l’intimité au nom de la sacro-sainte Sécurité et une technologie poussée à l’extrême, la violence et le crime existent toujours et l’enquêteur Aart Westerhuizen va devoir enquêter sur une affaire beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît de prime abord. Au fil de ses découvertes, il va lever le voile sur des vérités dangereuses et mettre à mal ses certitudes. Constamment sur le fil du rasoir, il va devoir être malin et surtout discret pour mener à bien ses investigations sans éveiller les soupçons des autorités qui surveillent H24 l’ensemble de la société.

Dans son déroulé, on retrouve tous les éléments classiques d’un bon roman policier à l’ancienne. Ainsi, le héros est un super flic au passé douloureux. Il a perdu sa femme, vit reclus dans un minuscule appartement et se refuse à refaire sa vie. Il boit plus que de raison ce qui n’entame en rien son esprit d’analyse et sa vocation de membre des forces de l’ordre. Nostalgique de l’ancienne époque, celle d’avant le tout technologique, ce n’est pas un hasard si le héros a pour modèle Humphrey Bogart. Il est aidé par son analyste attitrée, Ava. Ces deux là sont faits pour s’entendre et vont pénétrer très loin dans les arcanes du pouvoir et mettre à jour des luttes d’influences qui les dépassent totalement. On retrouve aussi la figure du mystérieux indic' que les sociétés tentent à tout prix de bâillonner, les puissants entrepreneurs cul et chemise avec le pouvoir politique et la lente descente aux enfers pour des héros victimes de leur idéalisme qui ne colle pas avec le monde corrompu dans lequel ils vivent.

Peu à peu donc, ce meurtre en cache d’autres plus anciens et difficile de faire le lien tant les pistes sont brouillées par de mystérieuses forces en action dans l’ombre. La paranoïa guette dans ce cas là surtout quand la technologie en place semble ne plus être totalement neutre. Ainsi, les enquêteurs travaillent essentiellement avec des données recueillies par les innombrables drones qui circulent partout, surveillant et enregistrant toutes les interactions possibles entre les humains. C’est directement avec un réseau informatif très puissant (nommé Terry dans l'Europe futuriste décrite ici) que les policiers sont en lien et travaillent en analysant les données, recoupant les habitudes de chacun et déduisant des éléments clefs de l’enquête. Cette dernière avance donc bien jusqu’au moment où l’on sent qu’ils ont touché juste et que cela dérange en haut lieu. Commence alors une véritable course contre la montre, haletante à souhait et bien stressante pour le lecteur qui se demande bien comment tout cela va se terminer.

C’est assez désarçonnant de voir que finalement, les hommes sont devenus totalement dépendants de la technologie dans le futur envisagé dans ce livre. Voitures automatiques, lunettes connectées pour tout le monde, drones et insectes artificiels espions mais aussi drones livreurs, drones tueurs, voitures automatisées, reconnaissances rétiniennes à tous les étages... L’auteur nous immerge dans un monde profondément déshumanisé, livré à un individualisme forcené. Pas d’effet de style en surenchérissant sur les progrès de la science pour autant, simplement la création d’un background totalement bluffant et surtout crédible. C’est peut-être cela le pire... On se dit qu’à l’allure où va le monde, on pourrait très bien se retrouver dans cette Europe liberticide, libérale et aseptisée au point de bafouer les libertés fondamentales. Très très inquiétant mais assez libérateur dans le genre car on lit plus qu’un simple divertissement, on s’offre une belle réflexion sur le genre humain et sa propension à causer sa propre perte.

De surcroît, Drone land se dévore littéralement tant l’écriture se révèle un bonheur d’accessibilité et de simplicité. Le rythme fluide contribue beaucoup à la plongée enivrante du lecteur dans un univers à la fois fascinant et foisonnant. Il est donc très difficile de relâcher l’ouvrage dans ces conditions, l’addiction naissant immédiatement et c’est ravi que l’on achève cette lecture qui démarre plus que très bien l’année. À lire !

jeudi 5 janvier 2017

"Premier contact" de Denis Villeneuve

premier contactL'histoire : Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.
Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain...

La critique Nelfesque : "Premier contact" est le dernier film que nous sommes allés voir au cinéma en 2016 et je ne sais pas si c'est mon coup de coeur de l'année (je n'ai pas regardé ça de plus près) mais une chose est sûre c'est que ce film m'a énormément marquée. Histoire, ambiance, réalisation, bande son, rythme, jeux d'acteurs... Tout est là, tout est cohérent.

Et ce sentiment d'être devant un film qui compte, qui ne ressemble à rien de ce que l'on peut voir actuellement sur nos écrans et qui va me taper en plein coeur, je l'ai ressenti dès les premières minutes. On découvre Louise, dans des moments de sa vie passés en accéléré, des moments forts et durs où elle va apprendre la maladie de sa fille et la perdre. C'est très court, c'est silencieux et pour autant c'est d'une efficacité terrible sans s'encombrer de pathos. Je me suis dis à ce moment précis que j'étais au bon endroit et que j'allai prendre une sérieuse claque. Avoir la larme à l'oeil en moins de 2 minutes, parce que viscéralement une oeuvre vous parle par son esthétique, son approche et les sentiments qu'elle véhicule, c'est une expérience très forte.

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"Premier contact" est l'histoire d'étranges objets / vaisseaux arrivés en même temps à différents endroits de la planète. Ils sont "posés" là, en lévitation à quelques mètres du sol, ne bougent pas, n'émettent aucun son. Sont-il habités ? Pourquoi sont-ils là ? Que va-t-il se passer ? La parano envahit le monde, les populations se fractionnent, les états doivent réagir vite. Dit comme ça, c'est un banal film de SF. Détrompez-vous, "Premier contact" est beaucoup plus que cela.

Finalement, nous ne voyons que très peu cet aspect extérieur et le film est focalisé sur l'étude d'un de ces objets aux Etats-Unis. Avec un parti pris très intimiste, le réalisateur Denis Villeneuve, qui m'avait déjà scotchée avec "Prisoners", fait un focus sur l'équipe de recherche dont Louise, linguiste, fait partie. Le premier contact entre cette linguiste et ce physicien, nouvellement arrivés sur place, et le vaisseau est magistral ! Le spectateur ressent l'appréhension, la fascination, la curiosité, l'angoisse des protagonistes dans une scène à la réalisation parfaite autant par les choix de cadres que par la quasi absence de son. Superbe !

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Et tout le reste du film est à l'avenant. De mon point de vue, il n'y a rien à jeter ici, rien qui fait tiquer la spectatrice que je suis. On suit le travail linguistique et le dialogue qui est entrain de s'instaurer entre Louise et les créatures (superbes créatures et superbe façon de communiquer (promis j'arrête les superbes !)) avec passion. Pendant ce temps là, les autres pays réagissent d'une autre façon et l'urgence est palpable...

Pour autant, l'ensemble de ce long métrage n'est pas abscons, incompréhensible, froid et désincarné. Bien au contraire ! Plusieurs thèmes sont ici abordés tels que l'inconnu, le langage, le féminisme, le deuil... Tout un panel de sujets s'imbrique judicieusement et le personnage de Louise, jouée par Amy Adams, est savoureux. Un vrai rôle de femme dans un film de SF, à l'égal de l'homme et non pour le mettre en valeur. Une femme qui a un cerveau, qui s'en sert et qui ne se contente pas de courir avec des talons aiguilles. Ça fait du bien ! Merci Denis Villeneuve ! Un scénario original aussi bien foutu ça fait plus que plaisir, c'est indispensable au Cinéma !

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La critique de Mr K : 6/6. Quelle claque! Typiquement le genre de film qui marque durablement l’esprit et le cœur. On rentre ici dans ce que je préfère en film de SF : intimisme et universalisme se mêlent pour proposer un film hors norme, redoutablement scénarisé, d’une beauté à couper le souffle, l’ensemble laissant le spectateur complètement tremblant dans son siège, conscient d’avoir vu une œuvre à part qui rentre immédiatement dans le cercle fermé des films cultes de science-fiction.

Premier contact se déroule essentiellement via le point de vue du personnage de Louise, une linguiste surdouée qui est appelée par les autorités américaines pour tenter de communiquer avec des extra-terrestres qui viennent tout juste d’atterrir dans d’étranges vaisseaux dans 12 endroits bien distincts sur Terre. On ne voit pas l’arrivée des aliens à proprement parlé, le réalisateur préférant s’attarder sur les réactions des gens et surtout celle incrédule de Louise, une femme que la vie semble ne pas avoir épargnée. C’est lorsqu’elle se rend pour la première fois sur un des sites qu’on voit clairement à quoi a affaire l’humanité.

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En cela, ce film détone par rapport aux grosses productions en vogue du type Star Wars où l’action est au cœur de la SF et souvent au détriment de la profondeur du propos. Ici, malgré la gravité des faits entre présence alien imposante et réactions en chaîne dans le reste du monde (vues par des écrans que peut consulter l’héroïne à l’occasion), on se retrouve dans la bulle intimiste de la jeune femme entre éléments traumatiques personnels, prises de conscience et poursuite de ses recherches malgré une pression de plus en plus forte. Amy Adams explose l’écran par sa présence, son jeu d’actrice fin et son incarnation totale d’un personnage si fragile et si solide à la fois. Les autres acteurs ne sont pas en reste et crédibilisent Louise et le background installé avec finesse et rapidité par un réalisateur surdoué.

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Car ce film se veut réaliste par la façon de représenter la gestion de cette "crise". On imagine très bien que si demain le même postulat se présentait à la Terre, nous réagirions de la même manière entre puissances curieuses et avides de connaissances, celles qui ne réagiraient pas ou encore celles qui tenteraient d’éliminer cette présence malgré sa passivité. Tout est donc très bien rendu ici depuis la fac désertée par des étudiants fascinés par le phénomène à l’arrivée de Louise sur la base où elle va travailler et où toutes les mesures de sécurité sont respectées à la lettre et donnent à voir un protocole de mission tel qu’il pourrait être mis en place. Ce pendant pragmatique renforce lui aussi le personnage principal habité par sa foi absolue en la matière et la primauté du langage sur tout le reste.

Nous avions aimé Prisoners, j’ai personnellement adoré Enemy (Nelfe un peu moins), avec ce film  Denis Villeneuve nous a littéralement conquis et emporté loin. Pas de doute, ce réalisateur est un des plus doués de sa génération. Il est peut-être moins connu que d’autres comme Christopher Nolan par exemple mais ce film est une véritable prouesse scénaristique (à part un ultime retour de situation un peu short à mes yeux) et d’une beauté / inventivité de quasiment tous les instants. On ne compte plus les plans improbables et originaux qu’il donne à voir, l’alternance de pression et de relâche de la tension, ces longs silences qui saisissent le spectateur et lui donnent à penser, à réfléchir sur nombre de choses comme sa propre vie, le but d’une existence humaine et sur l’humanité en elle-même. Le véritable but des extra-terrestre une fois révélé apporte un début de solution ou du moins des pistes à suivre.

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On passe donc un excellent moment avec un réalisateur qui aime balader son public, lui propose un film magnifique en terme formel et l’incite à réfléchir, le tout sans jamais sacrifier au plaisir simple du cinéma : c’est à dire divertir et faire rêver. Un grand et beau moment à voir absolument au cinéma.

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samedi 3 décembre 2016

"Points chauds" de Laurent Genefort

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L’histoire : Depuis le mois de septembre 2019 et l’ouverture des premières Bouches, ces passages spatio-temporels par lesquels des myriades d’aliens se sont engouffrés sur terre, rien n’est plus pareil.

Effervescence, exultation, panique… À présent nous ne sommes plus seuls.

Face à ces extraterrestres d’origines, de mœurs et d’aptitudes diverses, il faut faire face, s’adapter.

Oui, mais comment ?

La critique de Mr K : Première chronique d'un ouvrage acquis aux Utopiales cette année. C’est à Laurent Genefort et son Points chauds d’entamer cette série avec un ouvrage qui en fait en contient deux. Tout d’abord, il s’agit d’une réédition "augmentée" de la nouvelle Rempart primée à plusieurs reprises (Grand prix de l’imaginaire 2011 et prix Bob Morane 2011). A été rajouté à ce texte, Le Guide de survie en situation de contact alien qui comme son nom l’indique doit permettre au lecteur d’appréhender au mieux le nouvel ordre mondial découlant de ces migrations célestes et des rencontres du troisième type qu’elles peuvent engendrer.

Dans la première partie s’étalant sur une période de 17 ans (2019 à 2036), l’auteur nous convie à observer l’arrivée massive d’extraterrestres via des passages qui apparaissent au gré du hasard selon les humains. Ces bouches venues d’ailleurs viennent toujours par deux, une pour l’entrée une pour la sortie. Les aliens qui en surgissent n’ont pour la plupart comme but que de passer par notre monde pour ensuite poursuivre leur migration vers un monde meilleur. Ces événements ont forcément des conséquences que Laurent Genefort se plaît à nous raconter via différents points de vue de spectateurs ou acteurs du récit, mais aussi des articles de presse ou des retransmissions télévisées.

Tour à tour, on suit les différentes missions qui incombent à un membre de la force Rempart qui est sensée protéger les aliens lors de leur migration entre une bouche d’entrée et une bouche de sortie. C’est l’occasion de scènes d’actions bien réussies et de réflexions diverses sur l’usage de la force et le ressenti des populations humaines face à ce déferlement venu d’autres mondes. On suit aussi une jeune médecin officiant dans l’humanitaire qui voyage à travers le monde pour venir au secours de réfugiés de tout bord (humains comme extraterrestres). Elle va être confrontée à la realpolitik et au chaos régnant dans les zones de guerre. On suit aussi un groupe d’humains qui va escorter de leur propre chef une colonie d’aliens jusqu’à bon port malgré les obstacles naturels et humains qui vont se dresser entre eux et leur objectif. Par petites touches supplémentaires, on croise aussi un entrepreneur en sécurité, une jeune fille d’origine allemande qui va franchir le rubicond des bouches pour explorer l’espace intersidéral et aux travers d’articles et d’émissions télévisées, nous pouvons entr'apercevoir l’évolution des lois et règlements en vigueur sur Terre concernant les visiteurs de l’espace.

Le récit en lui-même est de facture assez classique, on retrouve des archétypes vus et lus ici ou là avec le personnage qui peu à peu évolue au fil de ses rencontres avec les extraterrestre, l’utopiste qui va aller au bout de sa mission au nom de l’entente entre les peuples, le grand patron avide de pouvoir et d’argent que les barrières morales ne freinent pas, la foule haineuse emportée par la peur de la différence, les cortèges de réfugiés livrés à eux même et confrontés aux réticences des sédentaires bien installés et aux tendances nationalistes exacerbées par la situation. Cependant, on suit avec plaisir les bonds dans le temps qui nous sont proposés et même si la surprise est rarement au RDV, on passe un très bon moment. Surtout que plus qu’un livre d’invasion d’êtres venus de l’espace, Points chauds est aussi une remarquable étude de la nature humaine, de l’organisation de nos sociétés et leur tendance à sur-réagir et tomber dans la paranoïa. La tonalité du livre est donc globalement sombre et ne donne une fois de plus pas beaucoup de place à l’optimisme même si par moment, une petit victoire humaniste émaille un background plus rude et parfois éprouvant. Les parallèles sont en effet aisés à faire avec l’actualité récente dont en premier lieu le traitement médiatique et politique de la crise des migrants.

La deuxième partie du livre consacrée à un guide de survie en cas d’invasion extraterrestre est beaucoup plus légère bien que sérieuse dans son traitement. En vrac, l’auteur nous donne des pistes pour lier un premier contact avec les aliens, vivre en bon voisinage avec eux (voir plus !), voyager en dehors des mondes connus avec tout un tas de conseil sur les compétences à posséder et le sac de voyage à préparer avant de sauter dans une bouche. C’est drôle, illustré de façon maligne et on se plaît à suivre cette étude à la fois sociologique, historique et psychologique calquant les guides de voyage bien connus des routards et autres explorateurs des temps modernes. On finit la lecture du volume avec un petit sourire aux lèvres ce qui n’était pas forcément gagné vu la teneur de la nouvelle entamant le livre.

Comme toujours avec Genefort, la forme est délicate et développée à souhait. L’écriture est un bonheur de tous les instants présentant un savant mélange de descriptions courtes mais denses et de scènes d’action immersives au possible. On ne voit pas le temps passer, les pages se tournent toutes seules et c’est tout surpris qu’on se retrouve déjà en fin de lecture. Belle réussite que ce double ouvrage qui offre une vision novatrice d’une présence étrangère sur notre planète, pas forcément la plus positive pour l’homme (qui se retrouve ici plus prédateur que proie des aliens) mais nous éclaire aussi sur le temps présent. Une belle expérience que je vous encourage à entreprendre au plus vite.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
Mémoria
Les Opéras de l'espace
- Une Porte sur l'éther

Posté par Mr K à 19:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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jeudi 1 décembre 2016

Nos Utopiales 2016

Du 29 octobre au 3 novembre dernier, se tenait à Nantes, notre festival de Science-fiction préféré : les Utopiales ! C'est maintenant une habitude depuis plusieurs années, nous ne ratons aucune édition. Et cette année, petite nouveauté, nous avons décidé de ne pas nous contenter d'une seule journée mais de doubler la mise en étant présents à la Cité des Congrés de Nantes sur 2 jours. Le thème 2016 était "Machine(s)"...

Affiche

C'est sur les bords de la Loire, à 15 minutes à pied du lieu du festival, que nous avons posé nos bagages. On change de quartier, face à l'Ile de Nantes, on profite d'une balade sympathique matin et soir. Ça réveille ou ça décrasse selon l'heure de la marche. L'environnement est sympa et calme et ça nous permet d'arpenter un coin de la ville que nous ne connaissions pas encore. Bref, c'est tout bénef !

Bords de Loire

Lorsque les Utos approchent et que le programme est enfin dispo sur le net, c'est la course aux réservations de logement pour dégoter THE bon plan. Tout est une question de méthode. On imprime le programme que l'on checke chacun de notre côté puis on met tout cela en commun afin de déterminer quel jour conviendra le plus à l'un ou à l'autre. Cette année, encore plus que les années précédentes (ou alors c'est l'âge qui commence à me faire perdre la boule), aucun jour ne se détachait vraiment et la frustration pointait déjà le bout de son nez. Voilà pourquoi nous avons supprimé cette année notre journée en ville avec shopping et pause thé à La Cigale pour 2 journées complètes à la Cité. Ceux qui nous suivent sur Instagram ont eu un petit aperçu en live de nos pérégrinations. Ceux qui le font sur twitter ont pu suivre quelques conf' avec moi (chanceux !).

Check programme

Trève de blablas et pénétrons maintenant là où tout se joue en matière de SF pendant presque une semaine. Nous sommes samedi matin, nous arrivons à la Cité des Congrés en passant au dessus de l'Erdre. Avouez que je n'ai pas menti et que la promenade matinale est on ne peut plus agréable ! Surtout sous le soleil !

Erdre

Je ne vais pas vous faire ici de comptes-rendus détaillés de chaque conférence. Tout simplement parce que je ne prends pas de notes, que je préfère profiter de l'instant et que tout simplement d'autres l'ont déjà fort bien fait. De mon côté, je vais plutôt vous donner un aperçu de tout ce que l'on a fait sur 2 jours. Pour les conférences en particulier, je vous renverrai vers des vidéos ou documents audios disponibles sur le net et que je vous conseille vivement de visionner / écouter tant les contenus sont intéressants (ben oui, on est pas maso, c'est pas pour rien que l'on aime les Utos !). N'hésitez pas à cliquer sur les liens !

Arrivee Utos

♠ Côté conférences :

On commence samedi dès 11h avec "Voitures volantes, souvenir d'un rétro-futur" que nous ne suivrons pas jusqu'au bout car après une première moitié intéressante où j'ai appris que ma voiture avait existé en version volante (si si je vous jure, il y a vraiment eu une Fiat Punto lancée dans les airs...), les intervenants ont dévié du sujet... Je vous laisse juger par vous-même.

Conf vue de haut

Pour "Qu'est-ce qu'une Intelligence Artificielle ?", le public est au RDV et à la guerre comme à la guerre, c'est le cul posé au sol que nous suivrons cette conférence. Pour la voir ou la revoir confortablement dans son canapé, une vidéo Youtube est disponible ici.

Conf AI

Dans "Le Vaisseau spatial comme personnage" nous tentons de déterminer si la machine à voyager est devenue un protagoniste récurrent et nécessaire de la science-fiction et chacun y va de son vaisseau préféré. "Le Voyage fantastique", conférence animée par des scientifiques, nous apprend que l'on peut désormais programmer des mini-pompes présentes dans nos corps pour délivrer directement des médicaments et stimuler le cerveau.

Conf Vaisseau spatial

La Rencontre avec François Rouiller clôturera notre journée côté conférence. Une rencontre qui restera longtemps dans nos mémoires tant le personnage est sympathique, intéressant et jovial ! Mr K a lu et adoré son "Métaquine". Après cette rencontre, je pense vraiment lui emprunter ce roman tant l'auteur a piqué ma curiosité et m'a beaucoup amusée. François Rouiller est un véritable couteau suisse (ça tombe bien il est suisse) ! Pharmacien, il est également membre fondateur et premier président de l’association des Amis de la Maison d’Ailleurs et bien sûr un passionné de science-fiction et de bandes dessinées. Il est aussi illustrateur et écrivain. Une exposition consacrée à "Métaquine" était présentée aux Utopiales cette année (voir plus bas) et son roman était également nommé au Prix Européen des Utopiales.

Rencontre Rouiller

Dimanche, à 11h, nous assistons à la Rencontre avec Anna Starobinets. Pour ne rien vous cacher, c'est pour elle que nous sommes ici ce jour. Mr K ayant adoré "Refuge 3/9", il voulait absolument rencontrer l'auteure et pouvoir discuter avec elle. De mon côté je ne l'ai jamais lu mais après avoir assisté à cette rencontre, je pense que je me laisserai également tenter. L'auteure est incroyable et on se demande bien où ce petit bout de femme de 38 ans qui en parait 30 va chercher tout ça ! Elle est surnommé la "Reine russe de l'horreur" et à priori, ce n'est pas pour rien... A suivre de mon côté, confirmé pour Mr K. Son roman, "Le Vivant", était également nommé cette année au Prix Européen des Utopiales et l'a d'ailleurs remporté ! Une récompense bien méritée tant il a aussi fait son effet au Capharnaüm éclairé (la chronique de Mr K qui a lu l'ouvrage depuis est à retrouver ici).

Rencontre Starobinets 1

Rencontre Starobinets 2

On continue de suivre Anna Starobinets dans ses conférences du jour avec "Les Machines nécrophoniques" (en plus, on retrouve Xavier Mauméjean à la modération ce qui promet une discussion passionnante). Et si la machine gardait infiniment trace de nous ? Si nous pouvions écouter les morts ? Lorsque l'on voit que les comptes FB des personnes décédées restent ouvertes après la mort de leurs propriétaires et que chacun peut aller y mettre un petit mot comme autant de témoignages ou de recueillements sur une tombe, on est en droit de se poser la question... Qui n'a jamais été confronté à la situation de voir une personne décédée apparaître dans son fil d'actualité parce qu'un "ami" a publié quelque chose sur son profil ? 

Conf Machines nécrophoniques

Puis nous avons assisté à l'"Interro surprise sur les machines dans Ulysse 31" qui s'est plutôt transformée en un cours sur Ulysse 31. J'ai vu quelques épisodes quand j'étais gamine mais j'ai pu constater ici qu'il y a de vrais fondus de la série. Mr K les a tous revu il y a peu et Hervé de La Haye, qui a mené cette rencontre avec le public (et qui est également chercheur indépendant dans les domaines du dessin animé et de la musique pour le cinéma et la télévision), connaissait son sujet !

Interro surprise Ulysse 31

Après avoir assisté à la fin de la conférence dédiée à "La Machine mythologique", retour sur une conférence en présence d'Anna Starobinets pour "Les Machines sont-elles nos esclaves ou... ?". Gros coup de fatigue à ce moment là (et oui, c'est intense 2 jours d'Utos et pour l'instant je n'ai parlé que des conférences...), nous décidons de tester pour la première fois les casques de traduction simultanée. N'ayant pas de problèmes majeurs avec l'anglais, d'habitude nous ne les utilisons pas mais je dois dire qu'après en avoir fait l'expérience, je suis conquise ! Quel confort ! Confortablement installés, nous avons pu profiter pleinement des interventions et nous en sommes ressortis ravis. Sommes-nous encore capables de nous passer des machines ou bien avons-nous troqué notre  autonomie pour la sécurité et le confort ? Oups... Avec nos casques récemment empruntés, on est en plein dans la problématique ! Ce fut pour nous la meilleure conférence. Grâce aux machines ? Possible...

Traducteurs

Conf Machines esclaves

Enfin, nous clôturons ce week-end Utopiales avec la remise du Prix Julia Verlanger qui fut attribué cette année à Karim Berrouka pour "Le Club des punk contre l’apocalypse zombie" :

Remise du Prix Julia Verlanger

D'autres conférences du festival ont été enregistrées et mises en ligne sur le site d'Actu SF. C'est par là que ça se passe et c'est du super boulot !

Conf public

♠ Côté expos et animations :

Nous avons pu nous promener sur Mars grâce au projet VR2Planets issu des travaux de recherche du laboratoire de Planétologie et Géodynamique de Nantes. En s'inscrivant à l'avance, par petit groupe de 12 personnes, nous avions accès à une salle d'étude immersive dont seuls les planétologues et étudiants en géodynamiques ont accès habituellement. Une expérience inoubliable ! Un planétologue nous a équipé chacun d'une paire de lunettes spéciales et nous a fait une visite de Mars. Nous avons découvert ainsi la diversité des paysages martiens, avons observé son relief, parlé de sa géologie... De vraies données, des éléments à notre échelle, une explication à la fois simple d'accès et passionnante. Nous y étions. J'ai adoré !

Dans les allées des Utos, nous avons également croisé plusieurs fois Pepper, un robot japonais créé en 2014 et qui est disponible en France depuis cette année. Il communique par la voix, par la gestuelle, mais aussi de manière visuelle grâce à sa tablette intégrée. Il peut comprendre des mots et des phrases, permettant ainsi des interactions naturelles et intuitives avec les personnes. Il est aussi reconnu comme le premier robot humanoïde au monde à posséder la capacité de reconnaissance émotionnelle, ce qui lui permet d’adapter son comportement. Une attraction qui a attiré pas mal d'enfants à ses côtés.

Rencontre avec Pepper

Cette année, c'est Bajram qui a fait l'affiche des Utopiales et son travail était mis à l'honneur dans une grande exposition donnant à voir ses planches BD, ses esquisses, ses recherches, ses dessins... Une somme de productions qui en a mis plein les yeux aux festivaliers ! De notre côté, on aime particulièrement avoir accès aux documents de travail, voir les "brouillons", les premiers prémisses d'images raturées et déjà structurées.

collage Bajram

L'une des meilleures expositions cette année, pour ne pas dire la meilleure, était celle consacrée à "Métaquine" de François Rouiller. "Métaquine" est un roman de SF (que Mr K a lu et adoré) autour duquel l'auteur, également pharmacien, a développé tout un univers semant ainsi le doute dans l'esprit des lecteurs et de collègues chercheurs qui ont réellement cru à son projet de médicament. Ainsi en plus de son excellente production littéraire, nous avions déjà découvert chez nous le site de son produit pharmaceutique. Aux Utopiales, nous avons pu voir ses carnets de croquis, ses dessins et peintures (non mais ce gars est bourré de talent dans tous les domaines c'est dingue !) mais également tout le travail autour du packaging de la Métaquine®, ce médicament qui transforme les cancres en écoliers modèles. Une exposition vraiment très chouette qui a elle seule valait le déplacement.

Expo Metaquine 3

Expo Metaquine 2

Expo Metaquine 1

Expo Metaquine 4

Nous sommes restés assez hermétiques à l'expo "Science Machina" que nous avons survolée, sans doute à cause du manque d'informations et parce qu'aucun intervenant n'était là lors de nos passages. Exposition mise en place par le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) et l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), elle présentait les machines à l’origine des découvertes les plus extraordinaires de ces dernières années.

Expo Science Machina

Site

L'exposition "Prototypes du Grand Napotakeu" fut également une expérience assez déroutante avec les installations de Jérôme Lefdup (plasticien, musicien, réalisateur et artiste vidéo) entre attractions bizarroïdes et cabinet de curiosités high-tech. Il a réalisé de nombreuses expérimentations vidéo et musicales, des clips, des émissions de télévision (comme "L’Oeil du Cyclone"), des spectacles...

Expo Jérôme Lefdup

Celle consacrée à "La Petite Bédéthèque des Savoirs" m'a quant à elle beaucoup plus parlé. Avec notamment l'humour de Marion Montaigne et son Professeur Moustache toujours présent pour vulgariser des notions scientifiques avec humour et justesse.

Expo La Petite BDtheque des savoirs

Sans oublier le Pôle Ludique toujours aussi attrayant et agréable. Malheureusement, les parties de RP étant assez longues (ouais je vis avec un ancien MJ de JDR (et avec toutes ces abréviations, je viens de perdre les lecteurs non rôlistes...)), nous n'avons fait que passer cette année encore... Qui sait, peut-être qu'un jour nous nous attarderons plus longtemps à ces tables. En tout cas, ça donne envie !

Pole ludique 1

Pole ludique 2

♠ Côté rencontres et boissons :

Oui parce que tout ça, ça donne soif quand même ! Comme vous pouvez le voir, quand on va aux Utopiales, on est assez "studieux" mais ça ce n'est que de la façade...

D'ordinaire, nous ne sommes pas présents la première journée du festival et nous ratons systématiquement le discours inaugural et le pot qui va avec. Ce ne fut pas le cas cette année et pour avoir fortement apprécié ce moment de convivialité autour d'un verre nous permettant de discuter tranquillement avec auteurs et éditeurs avant de rentrer dans nos pénates, je pense que ce ne sera pas la dernière ! J'ai pu notamment échanger avec Vincent Gessler, venu incognito cette année, et discuter de ses futurs projets. Je l'avais déjà dit lorsque je l'avais rencontré pour la première fois en 2011 mais cet homme est une perle. Disponible, gentil et à l'écoute, c'est toujours un plaisir d'échanger avec lui. Nous avions aussi prévu de nous voir avec Nadège Augullo, éditrice de la maison du même nom, après avoir pas mal échangé par le passé. Ce moment convivial, qui fut prolongé le lendemain avec Anna Starobinets et dans les allées de la librairie, nous conforte vraiment dans ce que nous faisons au Capharnaüm éclairé. Tant de moments enrichissants ont découlé de sa création... Nous sommes chanceux et ravis !

Inauguration

Le Bar de Mme Spock est un incontournable aux Utos. C'est là que l'on se repose entre deux conférences, que l'on reconnaît quelques copinautes (coucou Mariejuliet et BlackWolf) et où on discute le bout de gras. Et puis il parait que son punch est délicieux. De notre côté, nous ne pouvons pas nous prononcer, la journée on reste sobre...

Bar Spock

Mais c'est pour mieux nous lâcher quand arrive la soirée et ses happy-hour ! Ben quoi, on est dans une grande ville, il faut en profiter !

Cocktail Nantes

♠ Côté bouquins et dédicaces :

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L'un des plus gros kiff des Utos est sans conteste sa librairie ! Chaque année c'est un plaisir pour les yeux, une torture pour nos nerfs et le sentiment d'être un enfant dans un magasin de jouets. Dorénavant nous n'achetons plus à cette occasion que les romans que nous souhaitons faire dédicacer sur place et que nous ne possédons pas déjà. Sans ça, c'est la ruine assurée et une belle scoliose avec une valise de 18kg à se trimballer toute la journée...

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(avec la désormais traditionnelle photos des productions Mirobole Editions !)

Forcément avec ses 25.000 ouvrages présents et représentant toutes les maisons d'édition, si t'es amateur de SF et de littérature de l'imaginaire, t'as les yeux qui te sortent de la tête. T'inquiète, c'est normal, ça nous fait ça à nous aussi...

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(coucou les compétiteurs pour le Prix Utopiale Européen, dont les excellents "Métaquine", "Futu.re" et "Le Vivant")

C'est ici qu'ont lieu les séances de dédicaces. Pas de BD de notre côté cette année mais de belles rencontres et de belles retrouvailles avec nos auteurs favoris. Ces séances sont une des choses que nous préférons aux Utos. C'est l'occasion d'échanger, parfois brièvement, parfois plus longuement, avec des auteurs qui nous ont fait vivre des émotions fortes dans leurs romans. C'est le moment où des solitaires se retrouvent sur une passion commune. L'auteur seul face à l'écriture de son oeuvre, le lecteur seul face à sa lecture. J'aime beaucoup ce moment de convergence !

collage Starobinets

Nous avions amené avec nous notre exemplaire de "Refuge 3/9" et Mr K a pu dire à Anna Starobinets tout le bien qu'il pense de ses bouquins. Nous avions commencé à suivre cette auteure chez Mirobole, nous la suivrons désormais chez Agullo. Si vous ne la connaissez pas encore, vous pouvez lire nos chroniques et vous jeter sur ses écrits. Chanceux que vous êtes !

collage Rouiller

Nous rencontrions également pour la première fois François Rouiller pour une dédicace particulière. Quand vous rencontrez un auteur, vous ne pensez pas repartir avec un dessin... L'auteur l'a signalé dès le début, il va falloir être patient pour obtenir sa signature car chaque dessin est unique et demande du temps mais quand c'est à notre tour d'être devant lui, cela laisse tout le loisir de parler de "Métaquine" avec lui. Posologie et prescription comprises !

Et puis il y a les retrouvailles. Ceux que l'on a déjà vu 1, 2, 3 fois (voir plus pour certains !) et que l'on a toujours plaisir à retrouver !

collage Spinrad

Norman Spinrad, un monument de la SF ! On le retrouve aux Utos chaque année et parfois nous sommes surpris de le voir seul face à sa table de dédicace... Non mais les gens ! On parle de Spinrad là !!! Du coup, systématiquement, on passe le voir, on échange deux ou trois mots, on est amusé de le voir former avec sa femme un petit couple haut en couleur et on repart avec du baume au coeur.

collage Genefort

L'an dernier, nous avions assisté à l'Interro surprise de Laurent Genefort sur les extraterrestres. Du coup, cette année, nous lui avons pris son ouvrage, histoire de savoir quoi faire en cas d'invasion !

collage Bordage

Pierre Bordage, pour Mr K, c'est une grande histoire d'amour... On a tous ses ouvrages à la maison et un jour ils seront tous dédicacés... Bordage est particulier lorsqu'on le rencontre pour la première fois. Un peu impressionné, on peut vite être déconcerté par son côté évaporé. Une mouche passe et le déconcentre, on perd son attention. Il faut savoir apprivoiser "la bête"... Cette année c'était chouette ! On a même parlé de peinture et d'art en général et il nous a même montré une de ses productions en photo sur son smartphone. C'est bon, je crois que maintenant on est quasi potes ! (GENRE !)

collage Xavier

Et puis, il y a Xavier... Notre chouchou ! Oui, je sais, il faut pas le dire, c'est pas sympa pour les autres et le favoritisme c'est mal... N'empêche que Xavier Mauméjean, c'est l'auteur le plus chouette qu'il nous ait été donné de rencontrer. Cela fait maintenant 5 ans que nous nous croisons en festival et c'est toujours un vrai bonheur d'échanger avec lui (et le mot n'est pas choisi au hasard). Comme d'habitude, on a parlé de tout plein de choses, on s'est nourri mutuellement de références, on est reparti avec notre liste de choses à lire ou à voir. C'est toujours stimulant d'échanger avec Xavier et c'est un peu notre instant bonbon des Utos. Celui que l'on attend et que l'on savoure.

Lights

C'est sur ce moment bisounours, et encore la tête dans les nuages d'avoir pu assister à tant de belles choses encore cette année, que je vais terminer mon loooooong billet consacré à nos Utopiales 2016. Hého, y a quelqu'un !? Vous êtes tous partis !? Non, il reste encore quelques lecteurs !? A l'année prochaine les Utos ! On compte déjà les jours !

mercredi 30 novembre 2016

"Virus L.I.V.3 ou la mort des livres" de Christian Grenier

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L’histoire : "Délivrez-nous des livres !". Face à la tyrannie des Lettrés qui ont interdit tous les ordinateurs au profit du livre, les Zappeurs ont trouvé un moyen radical de ramener l’image au cœur de la vie. Leur arme ? Un virus diabolique, qui efface les mots des livres à mesure qu’ils sont lus et transporte le lecteur à l’intérieur des pages. Allis, une jeune fille favorable aux technologies modernes, représente la dernière carte des Lettrés : elle seule est capable d’identifier l’inventeur du virus et de trouver un antidote.

La critique de Mr K : Je vous ai dit sur mon IG il y a quelques temps que j’avais eu la bonne surprise en début d’année scolaire de trouver dans mon casier de boulot deux ouvrages de SF tout droit sortis du fond du CDI. Virus L.I.V. 3 ou la mort des livres de Christian Grenier en faisait partie et le pitch de base m’a interpellé. Il est plutôt rare en effet que les lettrés tiennent la première place dans une autocratie ou une dictature. De plus, ça fait un petit bout de temps que je n’ai pas fait une incartade en littérature-jeunesse, le prochain sera le dernier Harry Potter que je lirai pendant la période de Noël (et que Nelfe a déjà lu).

Ici l’action se déroule en France à la fin du XXIème siècle. C’est une oligarchie de lettrés qui règne en maître sur la société. Tous les citoyens doivent absolument lire à certaines heures, la lecture est devenue un devoir et les écrans de toute sorte ont été bannis. Les adeptes des nouvelles technologies ont été marginalisés et refoulés en dehors de la capitale dans des zones de non-droit où ils survivent comme ils peuvent. Comme souvent, l’utopie de base a cédé la place à la tyrannie et l’injustice.

Allis, notre héroïne est une écrivaine en devenir qui vient tout juste d’être élue à l’académie des lettres qui dirige le pays. Dès son arrivée, ses confrères lui parlent d’un mystérieux virus (L.I.V.3) venu des confins de Paris et qui efface les mots que l’on est en train de lire. À plus ou moins longue échéance, c’est l’objet livre et le plaisir de lecture qui risquent de disparaître. L’ennemi est tout désigné, le mal a été créé chez les zappeurs, ces êtres qui n’ont jamais abandonné leur goût impie pour les écrans et ont créé cette monstruosité pour prendre leur revanche. Allis va se voir charger de la délicate mission de découvrir l’identité du créateur du virus et ses objectifs. Sa quête va mettre à mal ses certitudes et lever le voile sur des vérités cachées qui ne sont pas forcément agréables à entendre...

On est clairement ici dans la SF pour jeunes. Si vous êtes habitués au genre ou que votre enfant en a déjà dévoré pas mal, passez votre chemin car le récit proposé ici, bien qu’efficace et bien mené, est très balisé. Il faut comprendre par là qu’il n’y a pas de réelle surprise pour le connaisseur mais par contre, les aventures d’Allis raviront celles et ceux qui veulent s’essayer à la SF pour la première fois. L’auteur balaie beaucoup de thématiques du genre et propose une œuvre synthétique qui donnera sans doute l’envie de continuer l’exploration de la galaxie SF en littérature. On retrouve pêle-mêle la traditionnelle opposition entre les anciens et les modernes (ici autour de l’objet-livre), le modèle d’une société dictatoriale dépassée par des éléments incontrôlables qui vont frapper au cœur des idéaux prônés par l’autorité, la technologie fantasmée au travers de quelques passages (cybernétique appliquée à l’être humain, les réseaux virtuels...).

Pour un lecteur confirmé, il ne faut pas plus de deux heures pour en venir à bout. Malgré le balisage énoncé plus haut, on se prend au jeu et on accompagne le sourire aux lèvres cette jeune fille courageuse qui se révèle être la clef consensuelle qui pourrait résoudre tous les maux. Sa particularité physique lui ajoute une aura particulière (son handicap est important mais ne l’empêche pas de vivre) et le personnage est d’une fraîcheur revigorante. L’écriture est très accessible et souple, elle privilégie les dialogues et ne s’appesantit pas sur les descriptions de lieux et de personnes. Je trouve cela légèrement dommage tant mon imagination se serait encore plus nourrie de quelques détails supplémentaires. Pour autant, pas de réelle frustration, n’oublions pas que ce livre se destine avant tout aux plus jeunes.

Au final, un bon moment de lecture qui a le mérite de se lire très vite et accrochera sans aucun doute les marmots et les lecteurs occasionnels : c’est simple, finaud et bien mené sans temps morts. À tenter si le cœur vous en dit !

Posté par Mr K à 16:34 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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