lundi 8 juillet 2019

"Terre il faut mourir" de James Blish

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L’histoire : De mort naturelle ou de mort violente, il faudra bien, sans doute, que la Terre meure un jour. Cependant, d'ici là, même s'ils ne parviennent jamais à embrasser le temps dans la vision panoramique que leur donnerait l'omniscience, les hommes peuvent espérer avoir colonisé assez de planètes pour que la fin de la Terre ne signifie pas la fin de l'humanité. Mais le prix de cette conquête de l'inconnu - conquête simultanée de l'espace et du temps - est souvent l'équilibre mental de ceux qui la tentent.

La critique de Mr K : Voilà un petit bout de temps que cet ouvrage traînait son ennui dans ma PAL. À la faveur du mois de juin, je décidai de l’exhumer après avoir lu des avis très concluants sur cet auteur apprécié dans le milieu de la SF et que je n’avais toujours pas lu jusque là. Terre il faut mourir a donc été un test pour moi pour découvrir James Blish et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne s’est pas révélé concluant...

Huit nouvelles constituent ce recueil et malheureusement un certain nombre d’entre elles ne m’ont pas plu du tout, la faute essentiellement à un style très ampoulé, des récits pas si originaux que ça, mais aussi une quatrième de couverture qui trompe un peu sur la marchandise. Je m’attendais à des récits sur la fin de notre belle planète bleue, ce qui s’est révélé ne pas être le cas. Je vous en dis plus de suite !

L’ouvrage débute avec Les Pompes cervelles, un récit qui se déroule sur une Terre marquée par une guerre ouverte entre les USA et l’URSS (on sent l’histoire écrite du temps de la Guerre Froide). Une unité du bloc ouest va explorer le site d’un crash et tenter de soutirer des informations au pilote décédé grâce à la technologie de pointe en vogue. Sur place, ils vont découvrir une activité cérébrale étrange qui ne semble pas venir de notre planète... Bien que suranné dans son écriture, ce récit fonctionne bien avec notamment une fin surprenante que l’on ne voit pas venir avec au passage une charge antimilitariste qui n’est pas pour me déplaire. Dans L’affaire du VS1, un astronaute seul sur une station orbitale pète un plomb dans les grandes largeurs : il veut larguer une bombe atomique sur Washington DC ! Confondant le réel et l’irréel, il croit avoir un équipage et recevoir des ordres... Un homme est envoyé pour lui faire entendre raison. Là encore, ça marche bien, on lit l’histoire avec un plaisir renouvelé malgré une forme parfois marquée par le temps. Reste cependant des personnages un peu caricaturaux et une folie galopante qui aurait méritée d’être plus fouillée...

Dans Sautes de temps, un astronaute se réveille durant son voyage vers Alpha du Centaure. Il se rend compte avec stupeur que le temps est déréglé et qu’il doit repenser systématiquement à chaque action qu’il doit effectuer. Cette nouvelle riche en promesses retombe comme un soufflé. Finalement très classique dans son contenu, elle se révèle indigeste à la lecture. Dommage dommage... Dans Oeuvre d’art, Richard Strauss est vivant ! Du moins, son esprit à été reconstitué et il recommence à écrire des pièces musicales, essayant d’atteindre l’apogée de son art. La fin m’a totalement pris au dépourvu, la nouvelle s’avère très plaisante à lire avec notamment un rythme soutenu qui garde captif le lecteur. On enchaîne avec Le Joueur de flûte. Les hommes se sont réfugiés sous Terre suite à une guerre bactériologique désastreuse. Des solutions s’opposent pour reconquérir la surface, les personnages s’entre-déchirent à ce propos. Raison d’État, mensonge, manipulation des populations sont au menu de ce court texte plutôt bien mené même si la forme se révèle rébarbative. À noter le parallèle intéressant avec le conte éponyme.

Dans Les Étoiles sont des prisons, un vaisseau voyage vers Titan avec un équipage et des passagers. Grâce à un nouveau moyen de propulsion, on peut aller plus loin plus vite mais gare aux mauvaises surprises ! Télépathie généralisée, l’infiniment petit, l’enfermement et ses conséquences sur un groupe humain sont autant de thématiques qui m’ont semblé sous-exploitée ici avec un style franchement repoussoir. Mauvaise pioche encore une fois ! La nouvelle suivante Bip nous présente une agence spéciale qui peut prévoir l’avenir et envoie des agents pour faire respecter ces prédictions. Sous fond de guerre galactique avec une bonne dose d’espionnage, l’ambiance de cette nouvelle est bien prenante, on se prend au jeu et malgré un style toujours ampoulé, on passe un bon moment. Le recueil se termine avec la nouvelle éponyme Terre il faut mourir qui nous parle de la nécessaire conquête spatiale pour l’Homme qui détruit à petit feu sa planète d’origine. Sous la domination d’un pouvoir matriarcal (et oui !), le héros va rencontrer une intelligence extra-terrestre qui lui annonce la destruction définitive de la Terre. Sympathique mais pas transcendante, cette lecture a le bénéfice de poser des questions très intéressante sur l’Homme, son développement et son rapport à sa planète mais franchement, là encore, il n’y a pas de quoi crier au génie.

Je suis donc ressorti plutôt déçu de cette lecture, je suis pourtant amateur du genre et de cette époque littéraire. Malheureusement, le temps a passé et les textes ont vraiment vieilli. La tentation fut grande d’abandonner cette lecture a de multiples reprises, j’ai tout de même voulu donner sa chance jusqu’au bout à cet auteur. Force est de constater qu’il ne m’aura pas transcendé et que je ne le pratiquerai sans doute pas de nouveau... À réserver uniquement aux fans de James Blish et aux amateurs transis de SF vintage de chez vintage !

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jeudi 20 juin 2019

"Jack Barron et l'éternité" de Norman Spinrad

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L’histoire : Vous avez un problème ? Alors appelez Jack Barron !
Au 212.969.6969, en PCV !
Et retentissent des dizaines de milliers d'appels. Et cent millions d'Américains de l'an 1995 attendent chaque mercredi soir sur leur petit écran... le séduisant, le fascinant, le provocant Jack Barron. Ce redresseur de torts qui ne craint ni le gouvernement, ni les banques, ni la C.I.A. Rien ! Jusqu'au jour où Jack Barron affronte le tout puissant, l'immonde et immensément riche Benedict Howards. Qui détient le secret des secrets : celui de l'Immortalité humaine !
Alors, sur l'écran, de semaine en semaine va faire rage un combat toujours plus sauvage et impitoyable – combat de deux hommes qui se haïssent, mais surtout combat, entre deux pouvoirs terrifiants : l'information et l'argent.
L'enjeu ? L'Immortalité humaine. Mais conquise à quel prix ?

La critique de Mr K : Lire Norman Spinrad, c’est toujours une expérience à part. Auteur culte, insoumis et toujours en verve, il propose à la fois évasion et réflexion à chacun de ses ouvrages. Jack Barron et l’éternité est une de ses pièces maîtresse dans sa bibliographie et il m’avait échappé jusque là. Suite aux élections européennes et mon désarroi face aux résultats avec deux partis de droite en tête, je me suis dit qu’il fallait que je me lise un ouvrage subversif et bien engagé dans le sens de mes convictions. Je ne me suis pas trompé et je peux déjà vous dire que cet ouvrage rentre directement dans le cercle très fermé de mes classiques en SF. Voici pourquoi...

Ce roman décrit un combat titanesque entre Jack Barron, un présentateur vedette bouffi d’orgueil qui est suivi par plus de 100 millions d’américains et l’homme d’affaire le plus influent de son époque qui fait commerce de l’hibernation cryogénisée et bientôt peut-être la vie éternelle. Deux puissances s’affrontent : celle des médias et leur influence face aux puissances financières, les lobbys et de la rapacité d’un homme, Benedict Howards. Joutes oratoires en direct à la télévision, rencontres impromptues et secrètes entre décideurs, pacte faustien, expériences subliminales et charnelles, course à l'élection présidentielle, révélations terrifiantes sont au programme d’un livre coup de poing dont on ne peut sortir avant le mot fin.

Quelle lecture ! On peut dire que Spinrad est particulièrement en forme ici avec un style toujours aussi direct et incisif. Ne ménageant pas son lecteur, on avance en eaux troubles avec pour commencer un héros au départ plutôt désagréable, à la limite du repoussoir. Vivant dans sa tour d’ivoire, Jack Barron, malgré un passé gauchiste, est rentré dans le moule et profite sans vergogne du système ultra-libéral. Son opposition au magnat de la vie éternelle va mettre à mal ses convictions profondes et son assurance. Surtout qu’il retrouve au passage Sara, son amour perdu qui renaît de ses cendres. Cette passion le consume, l’emporte vers un bonheur qu’il croyait perdu et donne de superbes pages sur l’amour que l’on peut porter à l’autre quand on a trouvé la bonne personne et que rien d’autre ne compte. C’est touchant, extrême même parfois et essentiel au déroulement de l’histoire.

Écrit en 1969, ce roman s’interroge beaucoup sur des thématiques qui étaient centrales dans les USA de l’époque. Il y a d’abord les tensions raciales entre blancs et noirs qui trouvent ici de très beaux représentants entre une ligue cherchant à promouvoir l’émancipation des afro-américains, les suprémacistes blancs qui détiennent le pouvoir et l’argent et qui pensent que cet ordre des choses est naturel et ne changera jamais. En parallèle, on retrouve comme souvent chez Spinrad une critique vive du système capitaliste ultra-libéral qui nie les individus et leurs droits au profit d’une oligarchie qui ne dit pas son nom et se cache derrières les oripeaux de la démocratie pour mener sa barque et s’enrichir encore plus. Sans fioriture ni concession, l’ouvrage est une charge puissante, intelligente et tout en finesse que l’on prend plaisir à lire en ces temps de macronisme aiguë et de lepénisme larvé.

L’histoire avance lentement mais sûrement. Proposant un parcours vers la rédemption à son personnage principal, qui se rapproche de ses anciennes connaissances et va tout faire pour lever le voile sur les secrets de Benedict Howards, on sent bien que chacun ici va y laisser des plumes. On ne sait pas vraiment d’où les coups vont partir et les révélations finissent par se succéder plus effrayantes les unes que les autres. Plongeant dans les âmes de chacun, explorant les psychés parfois plus que tourmentées de certains personnages (c’est vraiment perché par moment), on finit littéralement sur les rotules avec un dernier acte vraiment éprouvant. Ouvrage volontiers métaphysique et philosophique par moment au détour des aléas de l’histoire, on se prend à réfléchir à la mort, sa signification, le rêve de l’immortalité, les conditions pour y accéder ou encore les choix qui influencent une vie et le rapport à l’autorité et à la notion de désobéissance civique.

Très bien construit, ce roman est écrit de manière virevoltante, profonde et avec un souci d’immédiateté qui ne se dément jamais. Cette lecture procure des émotions diverses qui ébranlent le lecteur et lui donnent à réfléchir. Bien que daté par moment, finalement rien n’a vraiment changé et l’on retrouve des éléments totalement applicables au monde d’aujourd’hui. Un grand roman de science fiction que tout amateur du genre doit avoir lu !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Les Solariens
- Chaos final
- Rêves de fer

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mardi 18 juin 2019

"Godzilla 2 : Roi des monstres" de Michael Dougherty

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L'histoire : L'agence crypto-zoologique Monarch doit faire face à une vague de monstres titanesques, comme Godzilla, Mothra, Rodan et surtout le redoutable roi Ghidorah à trois têtes. Un combat sans précédent entre ces créatures considérées jusque-là comme chimériques menace d'éclater. Alors qu'elles cherchent toutes à dominer la planète, l'avenir même de l'humanité est en jeu...

La critique de Mr K : 4/6. Aaaah les joies du blockbuster ! Quand c’est bien fait, on peut laisser son cerveau au vestiaire et profiter d’un spectacle total. J’avais regretté de ne pas avoir vu certain gros cartons du box office au cinéma ces dernières années, le prix des places étant parfois prohibitif, on se doit de faire des choix et se concentrer sur les sorties qui nous intéressent vraiment. Mais voila, en mars 2019, je me suis porté acquéreur d’une carte d’abonnement qui me permet d’y aller pour moins cher ce qui m’autorise quelques écarts et plaisirs régressifs. Godzilla 2: King of the monsters fait partie de cette catégorie de film complètement cons mais qui font du bien ! Suivez le guide.

L’histoire tient sur un ticket de métro, un méchant pas beau décide de réveiller des titans éparpillés à travers le monde pour détruire l’humanité qui ne mérite que de crever vu la gangrène qu’elle se révèle être pour la planète bleue. L’éco-terrorisme a le vent en poupe en ce moment dans les fictions littéraires et on se prend à rêver que pour une fois le machiavélique de l’histoire (Charles Dance tout de même !) gagne et que notre espèce disparaisse. Mais non, ici pas de danger, Godzilla va venir à la rescousse. S'enchaînent recherches, bastons, focus sur les ersatz d’humains qu’on nous donne à voir puis re-baston et re-recherche. C’est balisé, guidé, pas moyen de se paumer...

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Commençons directement par les éléments qui fâchent : le scénario est indigent et les dialogues dignes parfois d’un enfant de huit ans. Cela donne quelques passages bien ridicules où les adultes ne le sont que d’apparence. D’ailleurs de manière générale, tous les rôles humains sont caricaturaux, mal écrits, incohérents et d’une rare stupidité. Ça pose beaucoup, ça cause peu et finalement on se prend à bien se marrer ce qui est toujours dommage quand on est sensé frissonner face aux destins effroyables qui les attendent. Bon, je vous avouerai qu’on s’en fiche un peu, on sait très bien qu’en allant voir ce film, on va tomber sur du pur entertainment pour gamins (en témoigne la faible moyenne d’âge dans la salle). Aucune surprise donc durant le métrage, pas de révélations fracassantes pour une histoire cousue de fil blanc avec cependant un soupçon de propos écologique misanthrope qui n’est pas pour me déplaire.

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C’est bon la régression ! Déjà, on est aucunement déçu par les bestiaux. Franchement, ils sont de toute beauté et on prend claque sur claque dès qu’ils apparaissent. Les amateurs de monstres cyclopéens seront comblés, et même si certains plans sont perfectibles, franchement c’est de la pure adrénaline en barre. Je me suis surpris à retrouver mon âme d’enfant devant les apparitions, bastons et passages plus calme mettant en scène Godzilla and co. Le pire, c’est que j’ai plus éprouvé d’empathie à leur endroit qu’envers les humains au casting ! On l’aime notre Godzilla même s’il est légèrement radioactif sur les bords et quelques peu pataud parfois ! Et puis, il y a Mothra qui s’avère bien plus expressive que certains acteurs et qui provoque un petit pincement au cœur de l’amoureux de monstres que je suis. Bref, ça envoie du pâté, c’est efficace et niveau SFX on est servi. Du bon plan brut pour les truands !

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Niveau réalisation, on est donc dans du spectaculaire maîtrisé, les acteurs font le minimum sans vraiment briller (même la gamine de Stranger things est plutôt quelconque) reste des monstres digitaux parfois plus justes et plus émouvants. Bon climax général, la musique et le son sont aux petits oignons et clairement on en a pour son argent. Sûr qu’il ne restera pas dans les annales mais niveau plaisir pur, j’y ai trouvé mon compte. À voir au cinéma en tout cas pour ceux qui apprécient le genre et veulent s’en mettre plein la tête (un petit conseil, restez jusqu’à la fin du générique). Les autres pourront passer leur chemin...

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mercredi 17 avril 2019

"Ortog et les ténèbres" de Kurt Steiner

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L'histoire : Après une héroïque mission dans l'espace, Ortog, le jeune Chevalier-Naute, est revenu sur la Terre. Mais soudain sa victoire, son triomphe lui apparaissent dérisoires: Kalla Karella, sa fiancée, est morte en son absence.
Désormais il n'a plus qu'un but : retrouver sa bien-aimée dans l'au-delà, l'en arracher peut-être, ou la rejoindre dans la mort.
Or, en ce XXXe siècle, les hommes ont construit une nécronef capable, croit-on, de braver le Temps et l'Espace. Ortog en sera le premier navigateur.
Dédoublé, à la fois vivant et inanimé, il va s'enfoncer dans le royaume des morts, traversant les cercles infernaux du feu, du poison, de la démence, pour atteindre enfin un labyrinthe à quatre dimensions.
Nouvel Orphée que rien n'arrête, Ortog y pénètre...

La critique de Mr K : Derrière le pseudo de Kurt Steiner se cache un auteur français (André Ruellan) que j'ai déjà côtoyé avec les lectures de Tunnel et Mémo, deux ouvrages de SF lorgnant vers la série B, aussi distrayants qu'addictifs à leur manière. C'est donc avec un certain plaisir que j'entamai Ortog et les ténèbres dont la quatrième de couverture annonçait une variation SF autour du mythe d'Orphée. Je dois bien avouer que mon sentiment est mitigé au moment d'en faire le bilan...

Ortog est un héros revenu sur Terre après une mission particulièrement délicate (décrite dans un ouvrage écrit auparavant et que je n'ai pas lu, cela n'a aucune incidence). Malheureusement pour lui, sa fiancée est morte entre temps, le voilà inconsolable, au bord du suicide même... Alors qu'il s'apprête à commettre l'irréparable, un inconnu l'aborde. Un mystérieux moine lui fait entrevoir la possibilité de retrouver sa bien-aimée et peut-être de la ramener avec lui dans le monde des vivants. D'abord septique, il décide finalement de se lancer dans cette exploration de l'au-delà. Vous imaginez que les risques sont grands à laisser son corps inerte sur Terre alors que votre double astral (pour schématiser) explore le Royaume des morts qui très vite s'apparente à un monde parallèle régit par ses propres règles.

Les débuts de la lecture s'avèrent difficile, Kurt Steiner se livrant à des explications absconses dont je défie quiconque de comprendre le sens profond. Ça part dans tous les sens et honnêtement ça ralentit le récit. Ces trente pages m'ont ennuyé au plus haut point et je n'étais pas très loin d'abandonner ma lecture (chose que je ne fais que rarement). De plus le héros est plutôt stéréotypé et le style ampoulé n'arrange rien, je pense notamment aux dialogues qui se révèlent vraiment nanardesques par moment. Bref, j'ai pris peur mais je laissais tout de même une chance à l'histoire de décoller.

C'est au bout de trente pages que la mayonnaise commence à prendre. Une fois l'expédition lancée, un autre roman semble commencer. Le style devient plus aérien voire psychédélique ce qui n'est pas pour me déplaire. En effet, bien étrange est l'univers que l'on découvre incrédule en compagnie d'Ortog et de son comparse (ils sont deux à entreprendre ce voyage). Ils traversent de multiples couches, croisent d'étranges personnages / créatures, la violence est omniprésente et les règles physiques semblent absentes. Très vite, nous comprenons qu'un conflit a lieu entre deux camps irréconciliables et nos deux héros se retrouvent plongés dans cette lutte quasi fratricide. Pour autant, ils n'oublient pas leur quête principale et le final bien que plutôt convenu fait son petit effet.

Mal dosé et inégal, Ortog et les ténèbres ne m'a pas vraiment plu alors que je suis passionné de mythologie antique depuis tout petit et que je trouvais intéressante l'idée de mêler les deux (le cycle Ilium de Dan Simmons est un modèle du genre - critiques tome 1 et tome 2 -). Un coup dans l'eau donc ici même si je garderai tout de même en mémoire de bons passages bien perchés. À réserver vraiment aux fans de l'auteur, les autres passeront leur chemin sans regrets...

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jeudi 4 avril 2019

''Underground Airlines" de Ben H. Winters

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L'histoire : Ils sont quatre. Quatre États du Sud des États-Unis à ne pas avoir aboli l'esclavage et à vivre sur l'exploitation abjecte de la détresse humaine. Mais au Nord, l'Underground Airlines permet aux esclaves évadés de rejoindre le Canada. Du moins s'ils parviennent à échapper aux chasseurs d'âmes, comme Victor. Ancien esclave contraint de travailler pour les U.S. Marshals, il va de ville en ville, pour traquer ses frères et sœurs en fuite. Le cas de Jackdaw n'était qu'une affaire de plus... mais elle va mettre au jour un terrible secret que le gouvernement tente à tout prix de protéger.

La critique de Mr K : Ce livre a une histoire particulière. Je l'ai acheté aux Utopiales l’année dernière suite à une conférence où intervenait Ben H. Winters. Le personnage a un charisme incroyable mêlant classe américaine décontractée et érudition impressionnante. Comme il était en dédicace juste après, j'en profitai pour acquérir Underground Airlines et tailler un peu la bavette avec lui. Sympathique et accessible, nous avons pu échanger Nelfe, lui et moi autour de la situation en Amérique et sur les thématiques chères à l'auteur qui se retrouvent au cœur du présent roman, un récit enlevé et passionnant.

Cette dystopie part d'un postulat glaçant : quatre États américains n'ont jamais aboli l'esclavage, cette pratique innommable est donc toujours en cours de nos jours. Au centre du récit, on trouve Victor, un homme pour le moins mystérieux qui est employé par une agence gouvernementale occulte qui traque les esclaves échappés du sud pour les remettre à leurs maîtres. Le voilà à la poursuite de Jackdaw, un jeune noir en fuite dont le cas ne semble pas sortir de l’ordinaire. Mais ce qui semblait être une affaire de routine va se révéler plus retorse, faisant ressurgir les souvenirs du narrateur et laisser deviner des implications beaucoup plus importantes.

Dès le départ, Victor marque le lecteur car c'est un personnage empli de contradictions. Noir et ancien esclave, désormais affranchi, son activité consiste à récupérer des esclaves en fuite. Formé à cela, très entraîné et redoutable d'efficacité (il a déjà 210 cas à son actif), il semble au départ imperméable à tout type d'empathie vis-à-vis de ses proies. Au fil de la lecture, on se rend compte que sa situation est loin d'être claire. Est-il vraiment libre ? Qui tient la laisse invisible qui semble le retenir d'exprimer ses sentiments profonds ? Ses accointances philosophiques ? L'auteur joue avec les certitudes du lecteur, construit et déconstruit successivement la trajectoire de son personnage principal avec un art raffiné du brouillage de piste. Personnage complexe qui inspire des sentiments ambivalents au lecteur, j'ai aimé suivre Victor qui dans ce récit se livre comme jamais, à travers des flashback saisissants sur sa vie d'avant, sur ce qu'il a gagné et ce qu'il a perdu et va au gré de l'enquête devoir remettre en question son existence.

L'ambiance générale est sombre et dérangeante. Cette dystopie est vraiment effroyable car en fait, elle est très réaliste à sa manière et fait irrémédiablement penser à des aspects de l'Amérique d'aujourd'hui. Depuis que Trump est au pouvoir, tout semble possible et dans le pire des scénarios envisageables. Libération de la parole raciste, exploitation de l'humain par l'humain, morale et pensée humaniste foulée au pied sont plus que jamais d'actualité et Ben H. Winters à travers cette œuvre de fiction la retranscrit parfaitement en proposant une variation science fictionnelle implacable et très bien ficelée. S'amusant à mêler chronologie historique et ajouts imaginaires, il fait dévier son pays dans une trajectoire qui donne le frisson en explorant les dimensions sociale, politique et économique qu'impliquent le maintien de l'esclavage. Mais au final, on peut y voir en filigrane les nouvelles pratiques en vogue dans nos sociétés pseudo-modernes qui développent l'exploitation sous toutes ses formes : la course à la consommation, l'individualisme forcené, la perte des droits acquis au profit de quelques-uns et au final une humanité qui se fourvoie... Le constat est terrifiant et l'on ne sort pas indemne d'une telle lecture.

Underground Airlines est aussi un excellent thriller avec son lot de pistes alambiquées et un sens du suspens d'une rare intensité. On ne s'ennuie pas une seconde dans ce voyage littéraire mélangeant avec bonheur deux genres qui s'allient ici parfaitement proposant une enquête tortueuse aux ramifications nombreuses et surtout aux implications insondables. Système inique, indifférence des puissants sont au rendez-vous ainsi que la résistance à l'oppression qui prend la forme des fameuses underground airlines, réseaux cachés qui apportent leur aide comme ils peuvent aux néo-clandestins qui tentent d'échapper à leur sort funeste (on les comprend vu les passages décrivant leurs conditions de vie et donnant à voir une vision infernale d'un esclavage moderne). Peu à peu, la vérité se fait jour et il est bien difficile de deviner le dénouement avant d'avoir tourné la dernière page.

Facile d'accès, très bien écrit donc, mêlant trame policière, passages intimistes et dystopie léchée, on passe un très bon moment de lecture avec Ben H. Winters qui est vraiment un auteur à découvrir quand on est amateur de transfiction et qu'on apprécie les ouvrages qui ne se contentent pas de fournir une évasion mais incitent aussi à réfléchir au monde qui nous entoure et à ses logiques cachées. Nul doute que pour ma part, je retournerai voir dans la bibliographie de cet auteur qui m'a totalement séduit avec ce titre.

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vendredi 29 mars 2019

"Bolchoi Arena, T1 : caelum incognito" de Boulet et Aseyn

bolchoiArenaT1L'histoire : Et si vous pouviez explorer l'Univers tout entier ? Être qui vous voulez, ce que vous voulez ? Partir à l'assaut des étoiles, survoler les volcans de glace de Ganymède, voir Saturne se lever à travers les brumes de Titan ? Si vous pouviez être Immortel ? Être pilote, chevalier, ou champion de rallye, tout ça en étant confortablement installé dans votre fauteuil ? Si vous pouviez gagner votre vie en la rêvant ?
Bienvenue dans le Bolchoi, un monde sans limites. Un monde où tout est possible. Un monde presque aussi réel que le monde réel.

La critique Nelfesque : C'est parti pour la saga "Bolchoi Arena" avec ce premier tome, "Caelum incognito", avec Boulet au scénario et Aseyn au dessin. Grande adepte de Boulet depuis plus de 15 ans, j'étais curieuse de découvrir ce nouvel univers. Le connaissant très branché astronomie et sciences, je me doutais que ça allait être foisonnant et passionnant. Autant l'annoncer tout de suite, je suis conquise.

On suit ici Marjorie. Etudiante dans la vraie vie, elle écrit une thèse sur Titan. Son amie Dana, adepte du Bolchoi, va l'initier à ce monde virtuel. Sous le pseudo de Marje, elle va se prendre au jeu, trouvant la l'occasion rêvée de se déplacer sur ce satellite tant aimé et qui la passionne au plus haut point, mais aussi s'amuser à être ce qu'elle n'est pas IRL. Tout cela n'est pas sans rappeler au cinéma "Ready player one" de Spielberg. Marjorie va se révéler être une joueuse hors pair et très douée pour une newbie, elle va très vite se faire remarquer par la communauté.

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Marjorie est une jeune femme passionnée et elle ne va pas tarder à tomber dans la marmite du Bolchoi. Dans ce gigantesque monde cosmique virtuel, elle va découvrir les hangars à vaisseaux où grouillent de nombreux avatars, faire ses premiers pas dans l'espace et piloter un engin, marcher là où elle n'aurait jamais espérer pouvoir le faire, découvrir l'immortalité...

La nouveauté est attrayante (comme je la comprends, l'univers est extrêmement bien fait) : elle navigue entre les deux mondes avec ses amis, s'en fait de nouveaux et peu à peu elle va négliger son quotidien, passant les grosses parties de ses nuits et tout son temps libre sur le réseau. Qui n'a jamais fait son no-life dans une nouvelle activité ? Alors imaginez-vous un peu que l'univers soit sans limite et que vous puissiez explorer des mondes jusqu'alors inaccessibles ? Forcément on se doute que ça va être chronophage...

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Je ne suis pas une grosse adepte de SF. Je regarde quelques films de temps en temps mais n'en lis quasiment jamais (à la différence de Mr K qui navigue entre ouvrages vintage et nouveautés). Pour autant, les sujets soulevés par ce genre me posent question et je prends beaucoup de plaisir à approfondir les choses au moins une fois dans l'année avec Les Utopiales (oui, je ferai un article sur la dernière édition avant la prochaine...). Ici le ton est parfait pour ceux qui n'y connaissent pas grand chose mais aussi pour les aficionados. Le fait de suivre Marje, complètement vierge dans le domaine, nous fait entrer pas à pas dans le monde du Bolchoi. Les codes nous sont expliqués au fur et à mesures et ce qui est visible pour l'instant a tout pour plaire également aux férus du genre. Loin de faire dans la SF absconse et élitiste, tout est ici mis en oeuvre pour parler au plus grand monde. C'est appréciable de se sentir inclus dans une histoire qui pourrait à priori être destiné à une bulle de passionnés.

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C'est Aseyn qui est au dessin et je dois avouer qu'au début j'ai eu du mal avec son trait. Pourtant, très vite, force est de constater qu'il est en total adéquation avec l'histoire. Il y a un côté très manga dans son style qui peut dérouter au départ et les couleurs pastel sont aussi assez déstabilisantes. Vintage or not vintage, ça devient difficile de dater cet ouvrage et du coup ça rajoute du charme à l'ensemble. Plutôt malin.

Dans ce premier tome, au delà de la découverte et du plantage de décor pour les prochains tomes, c'est le sujet de la dépendance au virtuel qui est abordé de plein fouet. Très rapidement addict, Marjorie va négliger son petit ami et accumuler du retard sur son travail de thèse. Jusqu'à une scène finale qui va la laisser décidément en très mauvaise posture. Découvrir le Bolchoi n'était peut-être pas une si bonne idée...

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Très prenant, diablement malin et très actuel dans ses propos, ce premier tome de "Bolchoi Arena" se révèle être une très bonne mise en bouche. Je ne sais pas combien de tomes sont prévus mais si vous lisez ce présent ouvrage, il y a fort à parier que vous aurez très envie de découvrir la suite ! C'est mon cas !

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vendredi 18 janvier 2019

"La Mort vivante" de Stefan Wul

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L'histoire : Loin de la terre désertée, Joachim désire poursuivre des recherches biologiques en un temps où le Consistoire l'interdit, car, désormais, la hiérarchie religieuse a reconquis sa toute-puissance.

Il fuira donc une planète d'exil pour poursuivre ses travaux en toute liberté.

Martha a vu mourir sa fille. Elle dispose de la puissance et de la fortune. Joachim ne peut ressusciter la fille de Martha, mais, peut-être est-il en son pouvoir d'en créer, l'exacte réplique.

Au risque de déchaîner La mort vivante.

La critique de Mr K : Petit trip revival SF avec La Mort vivante de Stefan Wul. Dégoté à notre Emmaüs préféré pour un prix modique, j'aime à l'occasion replonger dans des ouvrages des années 70. On y trouve souvent une fraîcheur dans l'écriture et des thématiques transgressives de bon aloi dans notre époque actuelle bien trop sage à mon goût et plutôt dans une optique réactionnaire depuis quelques temps. Dans cet ouvrage, il est question de recherche scientifique et notamment de la notion de Création. À la manière d'un baron de Frankenstein dont la créature lui échappe, Joachim est lui aussi un Prométhée mais des temps futurs ! Sous ses airs de ne pas y toucher et de série B littéraire assumée, ce livre va très loin et m'a ravi !

Joachim, un biologiste vénusien voit ses activités scientifiques bridées par la théocratie au pouvoir qui encadre sévèrement tous les aspects de la société au nom d'une foi unique et omnipotente. Le vieil homme s'en accommode malgré des regrets, il ne peut poursuivre ses travaux comme il le souhaite et sent bien qu'il est à deux doigts d'une découverte fondamentale. C'est dans cette période de doute qu'un étrange colporteur toque à sa porte et lui propose de lui vendre de vieux ouvrages mis à l'index par le pouvoir en place. Peu à peu se noue une relation faite d'attirance et de répulsion, le scientifique étant partagé entre son appétit inextinguible en matière de connaissances et la menace d'être mis au ban de la société à laquelle il appartient. De fil en aiguille, Joachim va apprendre l'existence d'une organisation basée sur Terre et dont fait partie le marchand itinérant.

Exilé de force par sa nouvelle relation, Joachim fait alors connaissance du chef de cette organisation : Martha. Endeuillée par la mort de sa petite fille suite à la morsure d'un animal venimeux, elle ne se remet pas de cette perte à priori irréparable... Joachim comprend mieux alors pourquoi il a été enlevé et mené sur Terre : il travaille justement sur une technique de reproduction asexuée, méthode de clonage qui s'offre comme une solution miraculeuse pour opérer la résurrection de la jeune disparue. À partir de tissus prélevés sur le cadavre, il va tenter l'impossible : rendre une fille décédée à sa mère. Tout paraît bien se passer au départ mais attention... à vouloir jouer à Dieu, on réveille souvent des forces insoupçonnées. Gare aux conséquences !

En 153 pages, l'auteur réussit le tour de force de nous proposer une histoire prenante, au suspens insoutenable et au sous-texte riche. Ne perdant pas beaucoup de temps pour planter le décor, le background et caractériser ses personnages, Stefan Wul privilégie clairement les événements, leur enchaînement et leur amplification. Quelle tension crescendo durant tout le roman ! Partant de la traditionnelle opposition entre Foi et Raison, les vingt premières pages sont un modèle du genre. On s'oriente ensuite sur un récit d'expérimentation scientifique à la manière du classique de Shelley évoqué en ouverture de chronique. Les meilleures intentions menant souvent au pire, l'expérience dérape et l'on ne sait plus à quel saint se vouer. Le clonage initial se révèle être vite être le truchement d'un être humain et quelque chose d'autre, une entité insatiable qui va grandir, grossir et dont on ne peut garantir le contrôle ! En parallèle par petites touches au milieu d'événements qui les dépassent, on explore aussi les destinées de Joachim et Martha entre amour naissant, affres de la parentalité et obsessions qui peuvent en découler...

Très série B dans son écriture, simplissime à comprendre au départ, aux deux-tiers on vire dans l'abstraction, le délire mental (la couverture m'avait déjà mis sur la voie...). Au delà du mythe du Prométhée à la sauce SF, c'est l'humanité, son libre-arbitre et sa soif de connaissance qui est ici questionnée. Quelles limites doit-on poser à la science ? La Foi apporte-t-elle toutes les réponses ? Le dénouement dramatique remet tous les compteurs à zéro et m'a paru d'une logique implacable et assez jouissive dans son genre. Sans concessions, ce roman laisse peu d'espace à l'espoir mais nous marque durablement par sa vision globale pessimiste d'une terrible actualité. Un très bon moment de lecture que je ne peux que conseiller à tous les afficionados de SF vintage. Stefan Wul a encore frappé !

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Oms en série
- Le Temple du passé
- Niourk

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lundi 14 janvier 2019

"Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes" de Serge Brussolo

brussolo

L'histoire : Dans un Paris en partie vitrifié par un récent conflit nucléaire, la crise énergétique fait rage. Pour remédier à la pénurie, un groupe de savants a imaginé de convertir l'âme des morts en électricité. Désormais, les kilowatts sortent tout droit des cimetières ! L'énergie-fantôme, c'est la mort mise au service de l'électroménager, c'est l'au-delà commandé par un interrupteur, le fleuve des morts qui court sur le filament d'une ampoule électrique, le carburant d'outre-tombe grâce auquel vous pourrez, demain, mettre un fantôme dans votre moteur ! Mais comme l'apprendra Georges, le médium-dépanneur qui guérit les téléviseurs par simple imposition des mains, l'énergie-fantôme, c'est aussi... l'enfer !

La critique de Mr K : Retour sur une lecture bien space aujourd'hui avec une nouvelle incursion chez un de mes auteurs français préférés : Serge Brussolo. Écrivain à l’œuvre multiforme, dans Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes, on se retrouve dans un univers SF où l'anticipation se fait rageuse et particulièrement préoccupante. Même si l'ouvrage n'est pas exempt de défauts, j'ai passé un excellent moment, voici pourquoi...

Suite à une guerre nucléaire généralisée, la planète Terre est irrémédiablement changée. Les trois quarts de la population a disparu et les sociétés qui se relèvent péniblement du désastre doivent faire face à une crise énergétique sans précédent. L'énergie de l'atome étant désormais bannie et totalement tabou (on le comprend aisément !), les hommes ayant perdu les savoirs liés à l'énergie solaire, ils se rabattent sur une ressource nouvelle : la conversion des âmes des morts en énergie pure ! Ainsi, on peut même se servir des morts pour améliorer le sort des vivants ! Vous vous imaginez bien qu'en jouant aux apprentis sorciers et aux nécromants d'un nouveau genre, l'homme court à sa perte. Le lecteur s'en rendra compte en suivant les destins croisés de Georges, médium-dépanneur pour objets "possédés" et Sarah, une jeune femme tout feu tout flamme qui travaille pour une mystérieuse organisation dirigée par l'État. Quel lien y'a-t-il entre ces deux êtres que tout semble séparer ? Que cache vraiment cette nouvelle technologie ? Voila les deux questions principales qui vont guider le lecteur durant sa lecture.

Ce roman est assez bluffant dans son approche d'un monde post-apocalyptique. On s'y croirait vraiment avec des descriptions hallucinantes de sociétés à l'agonie où les tensions sont nombreuses. Villes semi-désertes, groupes de pression extrémistes en goguette dans les rues (fortement teintés de bleu-marine...), habitants calfeutrés dans leurs logements vivant quasiment en autarcie et bâtiments détruits / vitrifiés, figures errantes et hagardes dans les rues... On prend tout cela en pleine face dès les premiers chapitres qui plantent d'entrée de jeu une ambiance pesante et un climax oppressant. Sans pour autant alourdir la lecture, ces passages plus contemplatifs qu'autre chose donnent à voir un monde déchiré et en proie à une déchéance qui semble inéluctable. Et puis, il y a l'utilisation au quotidien par tous de cassettes renfermant l'énergie tant convoitée mais qui parfois fait se détraquer les objets qui les utilisent... Cet élément proche du fantastique donne une saveur alors toute particulière à un ensemble déjà bien singulier.

Au milieu de tout ça, on retrouve deux personnages attachants aux motivations bien différentes et au charisme certain. L'auteur s'amuse beaucoup avec eux, nous menant sur de fausses pistes et les hypothèses les plus folles. Entre un réparateur doué de pouvoirs surnaturels ayant du laisser tomber sa famille (femme et fille) au profit d'une cause supérieure et une jeune fille qui va de découverte en découverte sur la vraie nature de ses activités, on navigue vraiment en eaux troubles. Certes on devine certaines choses assez vite, mais on se plaît à suivre ces existences bouleversées qui tendent à se raccrocher à tout ce qui pourrait donner du sens à leur vie. Quand la roue tourne ou qu'une révélation a lieu, gare aux dégâts! Crédibles et en constante évolution, Georges et Sarah sont vraiment des personnages à part, toujours sur le fil du rasoir. Ces deux existences malmenées vont être confrontées à une vérité pas forcément bonne à entendre et qui aura des répercussions énormes sur leurs existences respectives.

Bien mené, le roman se lit vite et bien. On oscille entre polar, roman initiatique, SF et même fantastique dans une aventure rythmée et séduisante. On peut cependant déplorer par moment quelques lenteurs, des scories narratives pas forcément très utiles mais quand l'auteur revient à l'essentiel, quelle claque ! Méandres de l'esprit humain, les effets de choix hasardeux, la raison d'État qui sacrifie des innocents sont certains des nombreux thèmes que l'on trouve traités dans ce volume bien malin où l'on retrouve l'imagination débordante de l'auteur et son goût pour les intrigues tortueuses. Un très bon livre de SF, à recommander aux amateurs du genre, friands d'écrits différents et originaux.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"
"Le Livre du grand secret"
"Trajets et itinéraires de l'oubli"
"Le Nuisible"
"Le Murmure des loups"
- ''Le Cycle des ouragans"
- ''L'Armure de vengeance"

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mercredi 2 janvier 2019

"En route" d'Adam Rex

adamrexenroute

L'histoire : Comment ne pas paniquer lorsque vous vivez, comme Gratuity, sur la Terre envahie par les Boovs, d'étranges extraterrestres à huit pattes, et que votre mère a été enlevée par ces mêmes créatures ?

Aucun problème : décidée à partir à sa recherche, l'adolescente, accompagnée de son chat lunatique Porky et de Oh, un alien déserteur, maladroit, pot de colle et malheureusement bricoleur, embarque pour un voyage rocambolesque à bord d'une voiture qui à présent vole...

Mais qui sait les surprises que la route leur réserve ? La belle équipe n'est plus à un dérapage près.

La critique de Mr K : Première chronique littéraire de 2019 au Capharnaüm éclairé avec un livre dont le titre semble tout à fait convenir à l'événement ! Petit voyage en littérature jeunesse dans le domaine de l'imaginaire aujourd'hui avec En route d'Adam Rex, roman très fun et bien mené qui oscille entre road trip, SF et roman initiatique avec toute une galerie de personnages attachants. Une adaptation animée a été réalisée en 2015 par les studios Dreamworks et ne nous avait pas vraiment convaincu Nelfe et moi. Pour autant, je ne m'en laissais pas compter en exhumant ce livre de ma PAL. Bien m'en a pris tant l'ouvrage est réussi et m'a beaucoup plu. Suivez le guide !

On retrouve donc Gratuity (aka Tif), une jeune héroïne de neuf ans en bien fâcheuse position. Suite à l'invasion de notre planète par d'étranges extra-terrestres à huit pattes (les Boovs), sa mère a été enlevée. Depuis quelques semaines, elle survit comme elle peut en compagnie du chat de la famille, Porky. Quand elle apprend que les êtres humains embarqués de force sont peut-être en Floride, elle décide de prendre la voiture familiale et de partir à la recherche de sa génitrice. Débrouillarde, malicieuse et dotée d'un tempérament de feu, la voilà partie sur les routes où elle va finir par faire une rencontre qui changera sa vie. Il s'appelle Oh ! Il s'agit d'un boov rejeté par les siens, ingénieux, goinfre et bavard qui va par la force des choses devenir son compagnon de route. Leur relation d'abord chaotique et faite de méfiance (surtout de la part de Tif) va peu à peu évoluer au fil des péripéties qu'ils vont devoir traverser ensemble.

Ce roman est écrit à la première personnes et comme si c'était un devoir d'écriture à rendre car Gratuity participe à un concours pour écrire un message pour les générations futures. Plongés que nous sommes dans l'esprit de cette enfant de neuf ans, le récit est très rafraîchissant, drôle mais aussi décousu avec une série de flashback et de flashforward qui vivifient l'histoire qui en elle-même est plutôt basique. La narration est donc la botte secrète de cet ouvrage qui se démarque des productions habituelles en mêlant aussi des passages illustrés réalisés par l'auteur lui-même. Ainsi Adam Rex nous relate l'histoire du développement des Boovs depuis leur origine sous forme de huit planches de BD hilarantes et remarquablement réalisées. On trouve aussi à l'occasion des schémas, des photos et tout un tas d'iconographies qui accompagnent le texte, l'illustre brillamment et lui donne une dimension supplémentaire. Loin d'être seulement un artifice ou de la poudre aux yeux, on est confronté à une œuvre bien pensée qui touche pleinement sa mission première : divertir !

En route 1 (1)

L'alchimie entre les personnages fonctionne parfaitement bien. Le duo Tif / Oh ! est tour à tour surprenant, comique et touchant. Derrière leurs différences, on sent bien qu'ils ont bien plus en commun qu'ils ne veulent se l'avouer au départ. Récit initiatique propre à nombre de romans jeunesse, belle parabole sur la tolérance et le respect mutuel, on ne tombe jamais vraiment dans la guimauve sirupeuse souvent présente dans les productions cinématographiques orientées jeunesse. Car Tif est pudique et élude les moments plus tendus, intimistes sans pour autant les occulter totalement. Ainsi, un mot, une expression ou une simple phrase suffit à faire passer le message positif sans roulement de tambour ni pathos malvenu. Et puis, il y a l'humour bien tranchant qui parsème l'ensemble et désamorce bien les clichés avec clairement des influences venues de Terry Pratchett et surtout de Douglas Adams, le créateur du Guide du voyageur galactique. No sense, surréalisme larvé et passages WTF s'enchaînent, libérant les zygomatiques et faisant souffler un doux parfum de folie sur le récit. On ne tombe pas pour autant dans la surenchère, le récit gardant tout de même son importance, ce qui est crucial pour ne pas perdre en route nos jeunes lecteurs...

En route 2

Les personnages secondaires sont tout aussi bien croqués avec une mention spéciale pour Porky qui aura un rôle central à jouer dans la résolution du roman et qui confirme à lui seul ce que j'ai toujours pensé : les chats cachent bien leur jeu ! En terme d'histoire pure, rien d'original par contre, le terrain est balisé et aucune grosse surprise n'est au rendez-vous en terme de trame. L'enrobage est cependant suffisant pour combler ce manque d'originalité et l'écriture en elle-même est d'une grande efficacité en terme d'immersion. Nul doute que les jeunes lecteurs se prendront au jeu, s'identifieront à cette jeune héroïne rebelle et se prendront d'affection pour Oh !.

Vous l'avez compris, j'ai passé un très agréable moment avec En route, premier roman très réussi d'Adam Rex. Divertissant, malin et bien écrit, il constitue une belle porte d'entrée sur la SF pour de jeunes lecteurs qu'on ne prend pas pour des imbéciles et qu'il amusera beaucoup avec les facéties de ses personnages et ses ajouts graphiques bien sentis. Une belle expérience que je vous invite à tenter !

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samedi 1 décembre 2018

"La Machine à explorer l'espace" de Christopher Priest

priest

L'histoire : 1893. Victoria règne sur un empire aux dimensions du monde. Le savant Percival Lowell clame l'existence de canaux artificiels à la surface de Mars. Expédiés sur la planète rouge par une machine à explorer le temps passablement rétive, Edward et la charmante Amelia, citoyens de Sa Majesté, y découvrent stupéfaits les préparatifs d'une invasion de grande ampleur visant la Terre. La guerre des mondes est imminente... Les deux jeunes gens parviendront-ils à regagner l'Angleterre pour déjouer les plans des sinistres envahisseurs ? Sauront-ils découvrir le point faible des tripodes, les terribles machines de guerre martiennes ? Edward pourra-t-il enfin avouer ses nobles sentiments à l'élue de son cœur ? Et que fait donc H. G. Wells himself, terré dans la végétation rouge des bords de la Tamise ?

La critique de Mr K : Chronique d'une lecture bien "vintage" aujourd'hui avec La Machine à explorer l'espace de Christopher Priest, un ouvrage qui prenait la poussière depuis trop longtemps dans ma PAL et qui s'est rappelé à mon bon souvenir durant notre séjour si plaisant aux Utopiales. En effet, j'ai pu assister au festival cette année à une interview radio de Christopher Priest pour France Culture et se fut l’occasion de mieux connaître le fameux auteur du Prestige notamment et d'apprendre entre autres qu'il est tombé dans la marmite de la SF grâce à H.G. Wells. L'oeuvre que je vous présente aujourd'hui est un ouvrage de jeunesse qui diffère donc sensiblement du reste de la bibliographie du maître car il y rend hommage à Wells sous forme d'un roman rétro-SF mâtiné d'humour qui m'a tenu en haleine de bout en bout. Suivez le guide !

Tout commence dans un hôtel de la campagne anglaise où Walter, un représentant de commerce rencontre la belle Amélia, assistante-secrétaire d'un inventeur de génie. Le jeune homme n'est pas insensible au charme pétillant de cette jeune femme libre qui détone en cette période victorienne puritaine (l'action débute en 1893). De fil en aiguille, il en vient à rendre visite à Amélia sur son lieu de travail et à essayer une curieuse machine sensée permettre le voyage dans le temps. Malheureusement pour eux, une erreur de manipulation va les propulser dans l'espace, très très loin de chez eux, sur la planète rouge ! Et comme cela ne suffisait pas, ils découvrent très vite qu'une invasion martienne se prépare et qu'ils sont peut-être les seuls à pouvoir prévenir le monde qu'une catastrophe se prépare... Aventures et rencontres se télescopent, les deux voyageurs galactiques involontaires vont de découverte en découverte et finiront peut-être par sauver le monde...

Vous l'avez compris, le ton est très vite donné. On a affaire ici à une SF plutôt récréative et destinée aux amoureux de Wells et autres anciens de la SF. Volontiers désuet dans sa manière d'écrire, Christopher Priest se cale sur les deux classiques dont il s'inspire, La Machine à voyager dans le temps et La Guerre des mondes, pour mieux rendre hommage à son maître d'écriture. Cela lui a valu les foudres de nombres de critiques lors de la sortie du texte, on l'accusait alors de plagiat (dixit Priest lui-même lors de l'interview sus-cité). Il n'en est rien, je peux vous le confirmer car certes des éléments sont empruntés mais tout est transformé à la sauce Priest qui excelle dans la distanciation, l'humour et même une jolie amourette drolatique comme j'aime en lire à l’occasion.

Ainsi, les personnages plutôt engoncés au départ vont se libérer progressivement au fil de leurs pérégrinations. Autant les hommes et femmes dans l'Angleterre du XIXème siècle devaient être dans une réserve de tous les instants lorsqu'ils se fréquentaient alors qu'ils n'étaient pas mariés, autant quand on se retrouve du jour au lendemain sur Mars, on imagine que les choses peuvent changer ! Volontiers féministe par moment grâce au personnage d'Amélia, le roman est un petit bijou de filouterie dans les rapports entretenus entre les protagonistes principaux qui chauffent tour à tour le chaud et le froid sur leur relation, donnant du piquant au récit et faisant bien sourire le lecteur face aux rebondissements de leur relation.

Il faut dire aussi qu'ils sont mis à rude épreuve. Au delà de leur première rencontre impromptue qui se termine en eau de boudin, ils vont vivre des expériences hors du commun dont plusieurs voyages spatiaux, la découverte d'un monde totalement étranger et nouveau, lancer une révolution de classe sur Mars (du moins essayer), se retrouver séparés pour mieux se rejoindre par la suite, rencontrer un certain H.G. Wells qui va les aider à lutter lors de l'invasion martienne... de quoi raffermir des rapports à travers l'adversité, vous en conviendrez ! D'ailleurs, ils traversent tout cela un peu à la manière d'un Candide, ils sont loin d'être des scientifiques ou des explorateurs accomplis, ce qui donne un aspect très touchant et parfois très drôle à leurs aventures car ils ne comprennent pas vraiment tout ce qui se passe, nageant dans une ignorance parfois déconcertante. Loin d'être dans les poncifs des vieux romans de SF avec des héros accomplis, on sent ici des faiblesses et des fêlures qui enrobent cette aventure invraisemblable d’une humanité et d'une mélancolie touchante.

La lecture a été addictive à souhait, difficile en effet de ne pas continuer sa lecture tant on est séduit par l'histoire et les personnages, une langue qui fait mouche, très abordable et un petit peu surannée. Mais vous savez ce qu'on dit, c'est dans les vieux pots que l'on fait les meilleures soupes, et l'adage se vérifie parfaitement ici. Très différent de ce que j'ai pu lire de Priest auparavant, La Machine à explorer l'espace est une fenêtre sur ses amours de jeunesse en littérature et donne un supplément d'âme à un auteur que j'aimais déjà beaucoup auparavant. Vivement ma prochaine lecture !

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