mardi 26 février 2013

"Le Diable et Daniel Silverman" de Theodore Roszak

lediableL'histoire: Daniel Silverman, un romancier dont le dernier succès remonte à près de vingt ans, est invité par le collège évangélique d'une petite ville perdue du Minnesota: on lui demande de faire une conférence. Lorsqu'il arrive à destination, il découvre que les membres du collège en question sont des fondamentalistes chrétiens, dont le mode de vie et la vision du monde sont plutôt déroutants. Quel intérêt présente alors à leurs yeux Daniel Silverman, juif athée et homosexuel, autrement dit l'incarnation quasi parfaite de l'Antéchrist? Alors que le blizzard se déchaîne, Daniel va de surprise en surprise et vit un véritable cauchemar.

La critique de Mr K: Une excellente lecture aujourd'hui avec un deuxième livre de Théodore Roszak à mon actif après une lointaine mais superbe lecture de son opus le plus connu: La conspiration des ténèbres, livre que j'avais adoré en son temps. On change d'univers ici et l'on suit les pérégrinations de Daniel, juif homosexuel vivotant de médiocres cours à la fac en attendant le retour de l'inspiration. En effet, depuis son premier roman et un certain succès d'estime, il tourne à vide, reproduit les mêmes schémas d'écriture, ne surprend plus et du coup... ne vend plus! Ainsi, quand une association chrétienne le contacte pour qu'il vienne participer à un colloque en échange d'une belle petite somme, il lui est quasiment impossible de refuser. Bien mal lui en prend comme le lui avait plus ou moins prédit son petit ami.

Passé les quarante premières pages de présentation du personnage principal, de sa vie et de ses attentes, on rentre très vite en contact avec une étrange communauté pieuse et renfermée sur elle-même. Peu à peu, au fur et à mesure que la météo se dégrade, un sentiment de défiance envahit à la fois Daniel et le lecteur, le brouillard d'hiver ne pourra pas masquer longtemps la réalité: Daniel est cerné par des fanatiques fous furieux! L'ambiance devient alors très pesante et je dois avouer que c'était aussi très éprouvant pour le lecteur, gage d'un récit à la fois prenant et réaliste. La dimension psychologique est très développée à la fois pour les personnages principaux que pour le moindre personnage secondaire ce qui donne à ce roman une densité peu commune, à la manière de La conspiration des ténèbres dont je parlai plus haut.

Mais ce livre ne se contente pas de faire peur, on rit aussi beaucoup. Vu le pitch du roman, on pourrait se dire que c'est déplacé... Et bien pas du tout! Ces moments de répit sont salutaires et bienvenus. Le personnage de Daniel en devient encore plus attachant car profondément humain et juif (l'humour est bien typé dans ce livre, on aime ou on aime pas, moi j'ai adoré!). Cela donne donc un cocktail détonnant où l'on passe très vite du rire à l'effroi avec notamment une scène de prise de parole de Daniel dans une église face à un parterre de fachos intégristes à la fois drolatique et dramatique. J'ai aussi beaucoup apprécié la relation amoureuse entre Daniel et son copain, sensible, loin des clichés et du pathos habituel, et une relation de confiance bien rendue entre vannes et moments tendres. Très touchante, je crois que c'est la première fois qu'une relation homosexuelle me touche à ce point là.

Rajoutez à cela une écriture aérienne, souple mais cependant exigeante et vous obtenez une vraie petite bombe littéraire qui se parcourt en à peine deux jours et dont on ressort à la fois réjoui et un peu inquiet (y'a vraiment des dingues sur terre, les actus nous le rappellent tous les soirs!). Une belle expérience que je vous conseille de tenter au plus vite!

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mardi 29 décembre 2009

"La conspiration des ténèbres" de Théodore Roszak

roszakL'histoire:

En fréquentant une salle d'art et d'essai miteuse dans le Los Angeles du début des années 60', le jeune Jonathan Gates, passionné de cinéma, est fasciné par l'oeuvre de Max Castle, un réalisateur allemand arrivé à Hollywood en 1925 et mystérieusement disparu en 1941. Jeune prodige, il a réalisé quelques films géniaux, pour la plupart perdus, avant d'être obligé de se contenter de tourner des séries B puis de tomber dans l'oubli.

L'élucidation des mystères qui entourent la vie et l'oeuvre de Max Castle va devenir une véritable obsession pour Gates. À l'issue de sa quête, qui le mènera des sommets de l'industrie cinématographique (Orson Welles, John Huston...) jusqu'au coeur des sociétés secrètes, où plane l'ombre des cathares, il apprendra l'incroyable vérité sur ce maître des illusions que fut Max Castle et mettra à jour un terrifiant complot.

La critique de Mr K:

Attention danger! Risque de contamination menant à l'addiction la plus extrême! Pendant 5 jours, je n'ai pu me détacher de ce pavé (environ 800 pages). Cadeau de Noël de mes géniteurs, je suis encore sous le choc de cette lecture! Enterrés les Dan Brown (mauvaise écriture et données trafiquées), Roszak est un Maître. Je ne le connaissais pas avant cette lecture mais cet écrivain-chercheur en sociologie nous propose avec ce volume un thriller-historico/culturel une pièce de toute beauté.

La première partie se concentre sur Jonathan et sa "formation" auprès d'une critique intransigeante Clare. Comme le papillon sortant de sa chrysalide, nous assistons à la naissance d'un individu en tant qu'être pensant qui presque par hasard va faire une rencontre déterminante pour le restant de son existence: Max Castle, espèce de cinéaste maudit au génie précoce. Au fur et à mesure de l'élaboration de son mémoire, il va découvrir des éléments troublants dans sa filmographie, interroger des témoins de l'époque et finalement mettre à jour une conspiration ourdie depuis des siècles... Je n'en dirais pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte mais sachez simplement que l'auteur tient ici toutes ses promesses avec une fin particulièrement réaliste et implacable... tout ce que j'aime! J'ai retrouvé pendant cette lecture, des émotions et des sentiments que je n'avais plus éprouvé depuis ma lecture clef: "Les racines du mal" de Dantec.

Difficile d'en dire plus tant cet ouvrage est pétri de qualités... Des personnages scuptés au scalpel, réalistes et maîtrisés à la perfection par un auteur faisant preuve d'une érudition impressionnante concernant le cinéma et ses techniques, le tout sans aucune pédanterie. Le livre est très facile d'accès mais ne tombe pas dans les facilités que l'on peut retrouver dans un Dan Brown (au par ailleurs divertissant mais granguignolesque au possible!). Roszak loin du pathos inhérent au genre, laisse le mystère s'insinuer dans l'esprit du lecteur et chaque fin de chapitre nourrit un peu plus le désir d'en savoir plus, une drogue que je vous dis! Les éléments historiques sont respectueux de la Vérité (j'étais médiéviste dans un passé pas si lointain) et la jubilation atteint son comble lors de la révélation finale.

Ce livre appartient donc à cette catégorie d'opus qu'on ne peut lâcher avant la fin, une fièvre s'emparant de moi à chaque fois qu'on m'appelait avant d'aller manger ou se balader. Les nuits se sont terminées tardivement et Nelfe a plus d'une fois râlé. Mais à part le danger de devenir autiste ou de vous engueuler avec votre conjoint, ce livre est du bonheur en barre que je ne saurais que conseiller à tous les amateurs!

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