lundi 6 février 2012

"Survivant" de Chuck Palahniuk

chuckL'histoire: «Personne ne peut voir ses problèmes résolus. Ses drames, ses égarements, ses histoires réglées, sa vie débarrassée de ses merdes. Sinon, que resterait-il à tout à chacun? Rien que l'inconnu qui fiche la trouille».

Tender Branson est bien placé pour le dire. Il est le dernier survivant d'une secte d'allumés et il navigue seul, après l'avoir détourné, dans un boeing 747 mis en pilotage automatique à 13 000 mètres d'altitude. Destination l'Australie et le crash assuré. Plus que sept heures de vol à vivre pour raconter à la boîte noire ses incroyables secrets. Quelques litres de kérosène avant de finir éclaté en milliards de petits débris...

La critique de Mr K: Autant j'avais été déçu lors de ma lecture de Peste du même auteur (Fight Club quand même!), autant Palahniuk m'a bien calmé et cueilli avec Survivant. On suit ici la confession d'un allumé total lors des dernières heures de sa vie et quelle existence! De son enfance au sein de la secte des Creedish à sa survie après le suicide collectif de ses frères, en passant par son élévation au statut de nouveau prophète, c'est à un récit s'apparentant à des montagnes russes que nous convie l'auteur. Mettez bien vos ceintures car ça secoue!

Écrit à la première personne, le lecteur est dès les premières pages immergé dans cet esprit que l'on devine malade. Plus on avance, plus la lumière se fait sur les raisons réelles de ces névroses. On se rend compte qu'on a face à soi un homme qui depuis sa prime enfance est manipulé et quasiment télécommandé par des personnes ou des groupes. Il y a la secte bien sûr, ensuite il y a l'assistante sociale chargée de son cas suite au suicide collectif de ses proches puis l'agent qui va "s'occuper" de lui lors de son accession à la célébrité. Autant vous le dire de suite, c'est rude et éprouvant car Tender est finalement plus une victime qu'autre chose et la boule à l'estomac ne fait que grandir au fil de la lecture. On retrouve donc ici les thématiques chères à l'auteur comme la manipulation mentale, les camisoles chimiques et leur empreinte sur un esprit, la violence des foules et les destins individuels brisés face à des intérêts privés puissants.

L'ensemble est habillé du style inimitable de Palahniuk. Beaucoup de cynisme tout d'abord avec un portrait au vitriol de l'Amérique et de ses habitants (le passage concernant la finale du Superbowl est édifiant dans ce domaine!), ça taille dans le vif et personne ne s'en sort indemne entre les politiques, la police et les acteurs de l'entertainment. L'humour est corrosif, d'un noir épais mais toujours au service d'une réflexion bienvenue en ces temps de doute sur le bienfondé du modèle capitaliste-libéral. La conclusion est d'ailleurs sans appel et aboutit à l'effacement de l'individu au profit de la conscience grise commune. L'écriture est toujours aussi limpide, abrupte et parfois virtuose (notamment les lignes relatant les pensées contradictoires du "héros"). Petit détail et non des moindres, le chapitrage est inversé (du chapitre 47 au chapitre 1) ainsi que le numéro des pages (365 à 1) ce qui rajoute en intensité et en tension, on a l'impression d'assister à un véritable compte à rebours à l'image de Tender qui n'a qu'environ 7 heures pour témoigner au monde de son parcours de vie.

C'est tout chamboulé mais heureux que je suis sorti de cette lecture qui fera date. Expérience peu commune et assez radicale, on ne perd pas son temps et on en ressort un peu différent. C'est pour moi le signe d'une grande et enrichissante rencontre entre le lecteur et l'auteur. Un petit bijou de plus en somme!

Posté par Mr K à 17:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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lundi 14 décembre 2009

"Peste" de Chuck Palahniuk

chuck_palack_peste_09L'histoire:

Mais qui est donc Buster Casey, alias Rant? Dans un futur où une partie de la population est "diurne" et l'autre "nocturne" selon un couvre-feu très strict, Peste prend la forme d'une biographie orale faite de rapports contradictoires émanant de témoins qui ont connu le mystérieux Buster de près ou de loin. Garçon aux moeurs étranges, friand de morsures animales en tous genres pour certains, génial tueur en série ou répugnant individu pour d'autres, le véritable Buster casey, au fil des récits, de plus en plus insaisissable et protéiforme. De quoi alimenter le mythe...

La critique de Mr K:

Beaucoup d'entre vous connaissent l'oeuvre majeure de Palahniuk sans savoir qu'il en est l'auteur: Fight Club. On a tous en mémoire le sublime métrage de Fincher avec les interprétations mémorables de Pitt et Norton. Le livre était du même acabit ainsi que je l'avais découvert, une fois n'est pas coutûme, après le film. Peste est une demie-réussite.

On retrouve le phénomène Palahniuk dans le style et la forme. Une écriture fragmentaire, directe comme un uppercut en pleine face. On rentre dans le vif du sujet très rapidement et l'auteur ne s'embarasse pas de faux fuyants et de figures de style pesantes masquant un vide créatif. La grosse originalité est celle de la forme choisie par Palahniuk pour relater la vie et la mort de Rant: celle de la biographie orale. Le livre est exclusivement constitué de témoignages fictifs de personnes ayant connu Buster durant sa vie: amis, famille, voisins, professionnels diverses (vendeur de voiture -excellent-, le médecin, le prêtre). Ils livrent des éléments documentaires, des récits des actes de Buster (le thrash est omniprésent durant toute l'oeuvre). Le portrait du héros se dégage donc peu en peu en filigramme à travers les filtres du ressenti et de la subjectivité.  Le lecteur se retrouve en quelque sorte devant un "livre-mosaïque" non dénué d'intérêt.

Cette qualité est aussi le principal défaut de l'oeuvre. Le modèle est intéressant mais prouve vite ses limites. Difficile de s'y retrouver et de se faire une idée précise du personnage et de ses actes. À peine avons nous semblé capter quelque chose que le témoignage suivant vient contredire la construction mentale du lecteur. D'où un sentiment de ballotement et quelque part de frustration. J'ai bien senti que je tenais entre les mains un "livre-somme", une expérience inédite de lecture... mais malheureusement je crois que je n'ai pû en retirer la "substantifique moëlle".  Enfin certains éléments de l'univers ici décrit me semblent inutiles et seulement présents pour le fun et pour en rajouter une louche (À trop vouloir en faire, le livre perd en crédibilité: ex. de la division entre diurnes et nocturnes qui finalement n'est presque pas exploitée).

Un livre moyen, difficile à pénétrer et une expérience unique en son genre. À chacun, je pense, de se faire sa propre opinion tant ce tome s'apparente à un ovni littéraire!

Posté par Mr K à 15:18 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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