jeudi 29 juin 2017

"Le Purgatoire" de Chuck Palahniuk

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L’histoire : À sa grande surprise, Madison, 13 ans, morte dans de mystérieuses circonstances, est allée directement en enfer. Lors d’une soirée d’Halloween, elle a néanmoins l’occasion de revenir sur terre. Cette petite parenthèse chez les mortels va être riche en événements. Madison va en effet essayer de combler quelques blancs de son histoire en enquêtant sur un horrible meurtre, dont elle est peut-être l’auteure, et tenter de savoir pourquoi elle a été damnée. Elle va surtout découvrir une conspiration millénaire, dans laquelle elle joue le rôle principal.

La critique de Mr K : Ça faisait bien cinq ans que je n’avais pas remis le nez dans un livre de Palahniuk. Et pourtant, moi qui suis fan de thrash militant, j’ai toujours eu de bonnes lectures en sa compagnie avec notamment le cultissime Fight club ou le très bon Survivant. L’occasion s’est présentée pour que je lise ce Purgatoire qui fait lui-même suite à Damnés. N’ayant pas lu l’opus précédent, j’avais peur d’être perdu mais il n’en a rien été, ce livre pouvant se lire indépendamment de l’autre même si certaines allusions ou références ont pu m’échapper. Quoiqu’il en soit, ce fut une lecture une nouvelle fois terrible et jubilatoire.

Madison, une jeune adolescente bien déglingos est morte assassinée. Manque de bol, n’ayant pas eu une courte vie des plus vertueuses, la voila qui débarque en Enfer. Passée la surprise initiale, elle se fait plutôt bien à son nouveau lieu de villégiature et quand arrive la nuit d’Halloween, la voila en capacité de passer du temps sur Terre. L’occasion pour elle de faire flipper ses anciennes camarades de classe, de rendre visite à sa famille de bargeots et surtout d’explorer les zones d’ombres de son passé. Elle ne va pas être déçue du voyage entre passé revisité et révélations choc !

Comme souvent avec cet auteur, il y a de forts risques d’être perdu au départ. Personnellement, j’aime cela mais si vous êtes plutôt adepte du easy-reading bien balisé, passez votre chemin. On atteint ici des sommets du délire verbieux dont est capable Chuck Palahniuk avec des syntaxes et du contenu complètement frappadingues, des formulations délirantes qui se font écho entre elles et emmènent le lecteur loin, très loin dans un univers complètement branque. Les situations ubuesques et les rapports pseudo-humains s'enchaînent avec une fougue incroyable et il ne faut pas avoir peur de se faire mal et de donner du mou à un auteur en roue libre. Rien ne nous est épargné dans le scabreux, la folie et le glauque, même si l’ensemble est saupoudré d’un humour cynique et corrosif, ça attaque sévère et tous les bien pensants feraient mieux de s’écarter de la route de cet ovni livresque totalement invraisemblable.

Madison nous raconte donc à travers son blog virtuel (petits chapitres très courts aux titres évocateurs) son expédition sur terre avec une visite surprise à ses "camarades" de dortoir, des souvenirs sur son enfance difficile en compagnie de ses parents et un séjour qui va virer au cauchemar chez ses grands-parents (le passage dans les toilettes publiques est vraiment atroce), ses discussions avec ses amis vivants en enfer (sous forme de questions / réponses comme dans un forum numérique). Cela donne lieu à autant de tranches de vie et de pensées borderline qui surprennent, agacent, déroutent et bien souvent poussent le lecteur dans ses retranchements entre rire et dégoût. La lecture est vraiment fascinante, ce n’est pas un livre de plus que l’on lit ici, c’est véritablement une expérience que l'on vit.

C’est en grande partie dû au personnage même de Madison et surtout à sa famille qui vit en dehors des conventions morales établies. La vie de famille est bien déviante et à travers quelques flash-back bien sentis, c’est l’occasion d’assister à des pratiques bien thrash où drogue, médocs et sexe ont la part belle. Difficile dans ces conditions de se développer normalement pour une enfant qui de plus se sent mal-aimée par ses richissimes parents overbookés par leurs activités de mécénats et de communication. Parfois too much, en filigrane on ne peut s’empêcher de penser que derrière cette grosse caricature, Palahniuk n’épargne pas notre époque faite de simulacres, de marchandisation à outrance et de travestissement des sentiments au nom des sacro-saintes déesses du paraître et de la consommation. Certes la finesse n’est pas forcément de mise tout le temps ici (quoique…) mais le brûlot a le mérite d’être sans concession et totalement jusqu’au-boutiste.

Tour à tour, religion, consumérisme, rapports familiaux, bien-pensance, notion de mal et tout un ensemble de thématiques chères aux USA sont ainsi abordées, détournées et vidées de leur sens par cette œuvre iconoclaste et royalement écrite. Parfois ésotérique pour le lecteur non habitué, l’écriture est cependant d’une pureté incroyable, constituée de fulgurances ahurissantes qui explosent les conventions et l’écriture classique. C’est certes éprouvant et exigeant mais mon dieu que c’est bon ! On en redemanderai presque tant l’ensemble se lit vite et avec délectation si l’univers de l’auteur vous plaît. Le Purgatoire est un petit bijou de plus dans ma bibliothèque pour un auteur décidément très doué, peut-être même un des plus doués de sa génération outre-atlantique !

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lundi 6 février 2012

"Survivant" de Chuck Palahniuk

chuckL'histoire: «Personne ne peut voir ses problèmes résolus. Ses drames, ses égarements, ses histoires réglées, sa vie débarrassée de ses merdes. Sinon, que resterait-il à tout à chacun? Rien que l'inconnu qui fiche la trouille».

Tender Branson est bien placé pour le dire. Il est le dernier survivant d'une secte d'allumés et il navigue seul, après l'avoir détourné, dans un boeing 747 mis en pilotage automatique à 13 000 mètres d'altitude. Destination l'Australie et le crash assuré. Plus que sept heures de vol à vivre pour raconter à la boîte noire ses incroyables secrets. Quelques litres de kérosène avant de finir éclaté en milliards de petits débris...

La critique de Mr K: Autant j'avais été déçu lors de ma lecture de Peste du même auteur (Fight Club quand même!), autant Palahniuk m'a bien calmé et cueilli avec Survivant. On suit ici la confession d'un allumé total lors des dernières heures de sa vie et quelle existence! De son enfance au sein de la secte des Creedish à sa survie après le suicide collectif de ses frères, en passant par son élévation au statut de nouveau prophète, c'est à un récit s'apparentant à des montagnes russes que nous convie l'auteur. Mettez bien vos ceintures car ça secoue!

Écrit à la première personne, le lecteur est dès les premières pages immergé dans cet esprit que l'on devine malade. Plus on avance, plus la lumière se fait sur les raisons réelles de ces névroses. On se rend compte qu'on a face à soi un homme qui depuis sa prime enfance est manipulé et quasiment télécommandé par des personnes ou des groupes. Il y a la secte bien sûr, ensuite il y a l'assistante sociale chargée de son cas suite au suicide collectif de ses proches puis l'agent qui va "s'occuper" de lui lors de son accession à la célébrité. Autant vous le dire de suite, c'est rude et éprouvant car Tender est finalement plus une victime qu'autre chose et la boule à l'estomac ne fait que grandir au fil de la lecture. On retrouve donc ici les thématiques chères à l'auteur comme la manipulation mentale, les camisoles chimiques et leur empreinte sur un esprit, la violence des foules et les destins individuels brisés face à des intérêts privés puissants.

L'ensemble est habillé du style inimitable de Palahniuk. Beaucoup de cynisme tout d'abord avec un portrait au vitriol de l'Amérique et de ses habitants (le passage concernant la finale du Superbowl est édifiant dans ce domaine!), ça taille dans le vif et personne ne s'en sort indemne entre les politiques, la police et les acteurs de l'entertainment. L'humour est corrosif, d'un noir épais mais toujours au service d'une réflexion bienvenue en ces temps de doute sur le bienfondé du modèle capitaliste-libéral. La conclusion est d'ailleurs sans appel et aboutit à l'effacement de l'individu au profit de la conscience grise commune. L'écriture est toujours aussi limpide, abrupte et parfois virtuose (notamment les lignes relatant les pensées contradictoires du "héros"). Petit détail et non des moindres, le chapitrage est inversé (du chapitre 47 au chapitre 1) ainsi que le numéro des pages (365 à 1) ce qui rajoute en intensité et en tension, on a l'impression d'assister à un véritable compte à rebours à l'image de Tender qui n'a qu'environ 7 heures pour témoigner au monde de son parcours de vie.

C'est tout chamboulé mais heureux que je suis sorti de cette lecture qui fera date. Expérience peu commune et assez radicale, on ne perd pas son temps et on en ressort un peu différent. C'est pour moi le signe d'une grande et enrichissante rencontre entre le lecteur et l'auteur. Un petit bijou de plus en somme!

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lundi 14 décembre 2009

"Peste" de Chuck Palahniuk

chuck_palack_peste_09L'histoire:

Mais qui est donc Buster Casey, alias Rant? Dans un futur où une partie de la population est "diurne" et l'autre "nocturne" selon un couvre-feu très strict, Peste prend la forme d'une biographie orale faite de rapports contradictoires émanant de témoins qui ont connu le mystérieux Buster de près ou de loin. Garçon aux moeurs étranges, friand de morsures animales en tous genres pour certains, génial tueur en série ou répugnant individu pour d'autres, le véritable Buster casey, au fil des récits, de plus en plus insaisissable et protéiforme. De quoi alimenter le mythe...

La critique de Mr K:

Beaucoup d'entre vous connaissent l'oeuvre majeure de Palahniuk sans savoir qu'il en est l'auteur: Fight Club. On a tous en mémoire le sublime métrage de Fincher avec les interprétations mémorables de Pitt et Norton. Le livre était du même acabit ainsi que je l'avais découvert, une fois n'est pas coutûme, après le film. Peste est une demie-réussite.

On retrouve le phénomène Palahniuk dans le style et la forme. Une écriture fragmentaire, directe comme un uppercut en pleine face. On rentre dans le vif du sujet très rapidement et l'auteur ne s'embarasse pas de faux fuyants et de figures de style pesantes masquant un vide créatif. La grosse originalité est celle de la forme choisie par Palahniuk pour relater la vie et la mort de Rant: celle de la biographie orale. Le livre est exclusivement constitué de témoignages fictifs de personnes ayant connu Buster durant sa vie: amis, famille, voisins, professionnels diverses (vendeur de voiture -excellent-, le médecin, le prêtre). Ils livrent des éléments documentaires, des récits des actes de Buster (le thrash est omniprésent durant toute l'oeuvre). Le portrait du héros se dégage donc peu en peu en filigramme à travers les filtres du ressenti et de la subjectivité.  Le lecteur se retrouve en quelque sorte devant un "livre-mosaïque" non dénué d'intérêt.

Cette qualité est aussi le principal défaut de l'oeuvre. Le modèle est intéressant mais prouve vite ses limites. Difficile de s'y retrouver et de se faire une idée précise du personnage et de ses actes. À peine avons nous semblé capter quelque chose que le témoignage suivant vient contredire la construction mentale du lecteur. D'où un sentiment de ballotement et quelque part de frustration. J'ai bien senti que je tenais entre les mains un "livre-somme", une expérience inédite de lecture... mais malheureusement je crois que je n'ai pû en retirer la "substantifique moëlle".  Enfin certains éléments de l'univers ici décrit me semblent inutiles et seulement présents pour le fun et pour en rajouter une louche (À trop vouloir en faire, le livre perd en crédibilité: ex. de la division entre diurnes et nocturnes qui finalement n'est presque pas exploitée).

Un livre moyen, difficile à pénétrer et une expérience unique en son genre. À chacun, je pense, de se faire sa propre opinion tant ce tome s'apparente à un ovni littéraire!

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