vendredi 10 juillet 2015

"Les Tendres plaintes" de Yoko Ogawa

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L'histoire: Blessée par l’infidélité de son mari, Ruriko décide de disparaître. Elle quitte Tokyo et se réfugie dans un chalet en pleine forêt où elle tente de retrouver sa sérénité. Ruriko est calligraphe. Non loin, dans un autre chalet, s’est installé Nitta, un ancien pianiste de renom devenu facteur de clavecins, un homme habité par un calme particulier qui semble absorber les sons des instruments qu’il fabrique. Bien qu’assisté chaque jour dans son ouvrage minutieux par une jeune femme prénommée Kaoru, il vit seul avec un vieux chien aveugle et sourd. Invitée en ces lieux par Kaoru, la calligraphe observe et s’interroge sur la relation du facteur et de son aide. Ainsi elle apprend que Nitta ne peut plus jouer en présence d’autrui, que seule persiste en lui la capacité de vivre avec des sons invisibles. Mais, un matin, la calligraphe surprend Nitta installé au clavecin jouant “Les Tendres Plaintes” pour Kaoru.

La critique de Mr K: Il y a un peu plus d'un an, je vous faisais part de mon enthousiasme après la découverte d'une auteure japonaise qui m'avait subjugué avec son très beau roman: La Pièce hexagonale. Une blogueuse-amie m'avait encouragé à poursuivre ma découverte de Yoko Ogawa mais aucune occasion ne s'était présentée à moi lors de nos chinages compulsifs à Nelfe et à moi. C'est une fois de plus par l'intercession de notre cher abbé que j'ai pu dégoter le présent ouvrage dont la quatrième de couverture promettait isolement, introspection et amour à la japonaise… Pas déçu pour un yen, le Mr K! J'ai lu ce roman en un temps record et j'ai apprécié au plus haut point cette nouvelle incursion dans le pays du soleil levant.

L'action débute dans la nuit, en pleine montagne. Ruriko est une femme bafouée. Elle subit depuis trop longtemps le libertinage de son mari qui ne cache même plus sa relation adultère et lui manque régulièrement de respect. La jeune femme a donc décidé de tout quitter précipitamment et de rester un temps indéterminé dans le vieux chalet familial perdu dans les hauteurs. Adieu Tokyo, son stress et ses souvenirs! Le temps est à la reconquête de l'estime de soi, la réorientation de sa vie et les nouvelles rencontres. Elle va nouer des rapports avec ses voisins immédiats, un étrange duo qui fabrique des clavecins et partage une passion dévorante pour la musique. Découverte de l'autre, levée de secrets inavoués, révélations intérieures… voila ce qui attend le lecteur tout au long de sa lecture.

Ce livre ne fait pas exception à la règle qui veut que de nombreux auteurs japonais aiment installer très progressivement leur intrigue, conjuguant lenteur et subtilité avec un talent sensuel et d'une finesse remarquable. Yoko Ogawa prend donc le temps pour poser les valises de son héroïne, petit bout de femme qui pour la première fois de sa vie prend son destin en main et essaie de se révolter contre un mari qui ne l'aime clairement plus. Mélancolique, elle fait écho au paysage qui l'entoure, le moindre arbre, le moindre ruisseaux lui renvoyant ses chagrins intimes, ses fêlures à vifs. L'auteure mêle balades, visites chez les voisins et souvenirs d'enfance avec un étrange rythme hypnotique qui fonctionne à plein sur le lecteur dérouté et fasciné. Rien d'extraordinaire de prime abord: un sentiment exprimé, un dialogue impromptu, une situation, un vieux chien en fin de vie (sic)… autant de détails insignifiants qui font un tout d'une beauté brute et immaculée. Oui, on est bien en pleine littérature japonaise. Le temps a suspendu son vol, en témoignent les deux nuits où mon réveil a du me rappeler à l'ordre!

À la fantasmagorie des lieux, des rêves et des souvenirs s'ajoutent des rapports humains très terre à terre: la relation quasi maternelle de la tenancière de l'auberge avec Ruriko qu'elle ravitaille régulièrement, le lien tissé entre la jeune calligraphe et sa professeur d'université, l'aigreur qui a remplacé l'amour dans les rapports entre Ruriko et son mari et surtout le triangle relationnel établi entre Nitta, Kaoru et Ruriko. Mélange délicat d'amitié, d'amour, d'attirance, de répulsion, les lignes bougent beaucoup durant le roman. Les situations se lient et se délient entre les protagonistes alternant espoir, quasi rédemption et déception amère au croisement de la musique, du rapport homme/femme et de la nature sauvage. C'est prenant et très poétique, un climax unique et très japonais. J'adore.

L'écriture est un ravissement de chaque instant: petit roman, économie des mots, la pureté de la formulation densifie et magnifie une histoire universelle en fin de compte. Ce parcours de femme m'a ému comme rarement et ne fait que renforcer mon attachement à ce type de littérature et à cette auteure tout particulièrement. Un petit bonheur que je vous recommande chaudement!

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samedi 15 février 2014

"La Petite pièce hexagonale" de Yoko Ogawa

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L'histoire: Dans les vestiaires d'une piscine, une jeune femme est soudain attirée par une inconnue pourtant banale, effacée et silencieuse. Quelques jours plus tard, elle croise à nouveau l'inconnue qui marche dans la rue accompagnée d'une vieille dame et, fascinée, elle les suit à travers la ville jusqu'à une loge de gardien au milieu d'un parc. À l'intérieur, les deux femmes sont assisses sur des chaises, elles semblent attendre leur tour. La plus âgée se lève, entre dans une haute armoire hexagonale: la petite pièce à raconter...

La critique de Mr K: Une belle découverte aujourd'hui que je dois une fois de plus à l'abbé de Rédéné! Aaah, lieu de perdition littéraire entre tous, il a bien développé ses rayonnages asiats et ce petit volume à la belle couverture me tendait ses petites pages d'un air suppliant. Rajoutez à cela une quatrième de couverture énigmatique et fascinante, je l'adoptai dans l'instant. Une fois de plus, je me laissai piéger par mon attrait pour la littérature japonaise qui se caractérise souvent par la concision de sa langue et l'universalisme des thèmes abordés. On plonge ici dans le domaine de l'introspection personnelle.

Tout commence dans une piscine publique où l'héroïne se rend pour soigner un mal de dos récurrent. On sait d'elle peu de choses si ce n'est qu'elle vient de mettre fin à une relation avec un homme, relation qui ne lui convenait plus de par sa routine et son aspect liberticide. Comme dit dans le résumé, elle va faire une rencontre à la fois banale et étrange. Elle se sent irrémédiablement attirée par cette jeune femme, une attirance inexplicable qui va la mener dans un endroit hors du commun où d'autres qu'elles se rendent pour pénétrer dans une mystérieuse "pièce à raconter". Elle va bien évidemment se laisser tenter et va à son tour se raconter à elle et au lecteur voyeur (dans le bon sens du terme) que l'on devient en poursuivant cette lecture.

D'un style très épuré, rien ne semble extraordinaire de prime abord avec ce récit. Les banalités s'accumulent et le rythme est lent. Peu à peu, les pièces du puzzle commencent à s'assembler pour amener le lecteur à s'interroger sur cette jeune femme au vide intérieur grossissant mais qui en fait n'est qu'un prétexte pour fournir des éléments de réflexion sur notre vie quotidienne. Quel sens doit-on donner à sa vie? La vie a-t-elle un sens en elle-même? Autant de questionnements philosophiques abordés ici avec douceur et accessibilité. Loin d'être un pensum ronflant et rébarbatif, un peu à la manière d'un Murakami (en moins poétique tout de même), Yoko Ogawa nous inspire une introspection à la manière de celle effectuée par l'héroïne dans la fameuse pièce hexagonale. Mi confession, mi psychanalyse, mi libération, l'expérience vécue par la jeune femme va la libérer des poids qui alourdissent son existence et va lui permettre de poursuivre sa route de manière plus sûre et plus légère.

Ce fut une lecture aussi aisée que plaisante, le lecteur est bercé par cette langue à la fois simple et évocatrice. Les personnages sont ciselés à merveille, nous n'ignorons rien des espoirs et aspirations de l'héroïne. Le lecteur partage ses peurs, ses doutes et ses renoncements tout en ayant un recul suffisant pour en tirer quelques enseignements pour sa propre existence. J'ai vraiment adoré cette expérience que je vous invite à tenter si l'univers et l'esprit japonais ne vous rebutent pas.

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mercredi 8 janvier 2014

Acquisitions parisiennes

Comme vous le savez, nous étions jusqu'à samedi dernier en vacances à Paris. Une semaine à cheval sur 2013 et 2014 qui, à l'image de notre séjour londonien d'il y a 2 ans, nous a fait le plus grand bien. Bon, je ne suis pas là aujourd'hui pour développer notre semaine en long en large et en travers, d'autres posts sont à venir pour ça.

Il y a une chose de bien à Paris, une chose formidable, une chose que l'on a du mal à oublier quand on change de région comme nous il y a maintenant 6 et 7 ans: le quartier St Michel! A chaque passage par Paris, que ce soit pour un week-end ou plusieurs jours, nous DEVONS faire notre pèlerinage là bas. Gibert Jeune, Gibert Joseph, Boulinier, Crocodisc... pour faire le plein de mots à mettre sous nos yeux et de sons à mettre dans nos oreilles. Ce sont des lieux incontournables! Rajoutez à cela la nouvelle boutique Métaluna, anciennement Movies 2000 dans le 9ème, qui s'est installée il y a quelques mois rue Dante et vous comprendrez que pour nous il est impossible de faire l'impasse sur St Michel!

Trêve de blabla, voici le carnage (et encore, je trouve qu'on a été soft (enfin... surtout moi...)).

Côté lecture:

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- Pete Dexter - "Deception point" parce que j'ai adoré "Un amour fraternel"
- Alexandre Dumas - "Vingt ans après" pour renouveler le plaisir de lecture de "La Reine Margot"
- Patrice Garcia - "Allande, Le Secret d'Alcande" pour son prix modique et une expérience inédite
- Sara Gruen - "De l'eau pour les éléphants" parce qu'encensé par beaucoup
- Nick Hornby - "Vous descendez?" parce qu'il n'est plus édité et que je suis une grosse quiche puisque je l'avais déjà dans ma PAL... Donc je veux bien le troquer! ^^
- Imbert et Gaukler - "Suicide commando" pour son prix modique et une expérience inédite (bis repetita)
- Jeff Lindsay - "Ce cher Dexter" parce qu'après avoir vu l'intégralité de la série, il faut bien que je découvre les romans originels (je commence donc par le premier)
- Yogo Ogawa - "La Petite pièce hexagonale" afin de découvrir un nouvel auteur japonais
- Ryü Murakami - "Les Bébés de la consigne automatique" depuis le temps que Mr K le cherchait d'occaz'!
- Ian Rankin - "La Mort dans l'âme" pour un Rebus de plus
- Jean-Jacques Reboux - "Le Poulpe, La Cerise sur le gâteux" parce qu'un Gabriel Lecouvreur ça ne se refuse pas
- Duong Thu Huong - "Au zénith" pour découvrir la face cachée de Ho Chi Minh
- Robert Charles Wilson - "Mysterium" pour retrouver un auteur hautement apprécié

Côté musique et DVD:

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- Ghost BC - "Infestissumam" groupe découvert au Hellfest sur la scène du Temple
- Seb Martel - "Re-ragalet" pour les souvenirs de fucking concerts parisiens!
- Nightwish - "Imaginaerum" parce qu'il nous fallait la BO de ce film vu aux Utopiales
- Opeth - "Ghost reveries" le meilleur album d'un groupe que Mr K vénère
- Oranssi Pazuzu - "Valonielu" ENFIN le second album en import!
- Satyricon - "Now, diabolical" album cultissime
- Wall of death - "Main obsession" parce qu'après un super concert à Lorient pendant le Festival IndisciplinéEs on voulait pouvoir le réécouter à la maison
- "The Theatre Bizarre" de collectif (Richard Stanley, Buddy Giovinazzo, Douglas Buck, Tom Savini, Karim Hussain, David Gregory, Jeremy Kasten) parce qu'on attendait sa sortie en salle et qu'il n'est pas passé par chez nous...

Bon ben y'a plus qu'à! :)