jeudi 15 septembre 2016

"La Vie des autres" de Neel Mukherjee

la vie des autresL'histoire : Calcutta, fin des années 1960. Prafullanath règne en patriarche sur la vaste maison qui abrite plusieurs générations del a famille Gosh, sans se rendre compte que les fondations sur lesquelles repose l'harmonie domestique menacent de s'effondrer. Minée par les rivalités entre belles-filles et par les secrets, la famille se délite en même temps que la société bengalie se transforme. Au moment où la prospère affaire familiale se désagrège, Supratik, l'un des petits-enfants qui rêve de changer cette société sclérosée et profondément inégalitaire, choisit la voie de l'activisme radical maoïste.
A travers cette puissante saga familiale, Neel Mukherjee illustre brillamment les fractures de la société indienne et le fossé creusé entre les générations et entre les nantis et les pauvres dans un pays à l'aube d'un tournant historique.

La critique Nelfesque : "La Vie des autres" de Neel Mukherjee est un roman à part, un ouvrage exigeant qui demande de l'attention et qui ne se lit pas aussi vite qu'un page turner. Pour autant, c'est une chronique fascinante de la vie des indiens à la fin des 60's. Une époque où les intouchables, les domestiques et esclaves des champs se révoltent contre la caste dominante, celle des nantis, des patrons et des propriétaires terriens.

Peu (voir pas) habituée à lire des ouvrages traitant de l'Inde, un temps d'adaptation a été nécessaire pour s'habituer aux noms propres, prénoms et autres noms de lieux présents dans ce roman. Un glossaire est également à retrouver à la fin de l'ouvrage pour expliquer certains noms communs n'ayant pas d'équivalents en français ou que la traductrice, Simone Manceau, n'a pas souhaité traduire pour plonger le lecteur dans la vie indienne. Commence alors une gym du cerveau, en plus de l'arbre généalogique de la famille Gosh qu'il faut intégrer dès les premières pages du roman, qui rend difficile la lecture. Oui, "La Vie des autres" est une lecture exigeante, un roman pour lequel il faut être en condition (oubliez les 2 ou 3 pages lues à la va vite dans les transports en commun) mais les sessions de lecture au calme et totalement imprégnées de l'histoire qui se déroule sous nos yeux se révèlent des plus prenantes et passionnantes pour qui se laisse happer.

Nous suivons ici la vie de la famille Gosh au complet. Prafullanath, le patriarche qui a fondé l'empire Gosh, et sa femme Charubala qui est l'âme de la maison familiale au coeur de Calcutta. De leur union est née 5 frères et soeurs, avec des places bien déterminées dans la famille selon leurs rangs de naissance, leurs sensibilités et leurs capacités. Avec autant de maris et de femmes et plus encore d'enfants, la famille Gosh est un microcosme qui vit sous le même toit comme le veut la tradition. Au sein même de la famille existe déjà des différences de traitements, des injustices et des passe-droits. Sur plus de 500 pages, le lecteur va s'apercevoir que ce fonctionnement est transposable à l'ensemble de la société indienne. Une société où seuls les riches vivent correctement et où les pauvres se font exploiter, spolier du peu qu'ils possèdent et meurent chaque jour au bord des routes dans l'indifférence générale.

Cette différence de traitement, cette injustice, Supratik, un des 6 petits enfants de Prafullanath et Charubala, ne peut plus le supporter. Il quitte alors la grande maison familiale et son confort bourgeois pour rejoindre les rangs de la résistance maoïste. Il va alors mettre en pratique ses grands principes et se rendre compte que le chemin de la théorie à la pratique est physiquement éprouvant et jonché de cadavres...

"La Vie des autres" est un roman marquant. Le prologue est d'une telle puissance qu'en à peine 3 pages, il ébranle le lecteur et lui fait réaliser que ce qu'il s'apprête à lire va le malmener, le bousculer dans ses petites habitudes confortables et sa petite vie douillette. Neel Mukherjee marque les esprits, malmène le lecteur avec cette vie des autres si différente de la nôtre, si injuste et si éprouvante. Une ouverture sur le monde, une empathie qu'il est bon d'éprouver dans une époque où le repli sur soi est le courant dominant en France.

Dépaysant, poignant et passionnant, ce roman est un savant mélange de saga familiale, avec ses secrets et ses petits arrangements, et de chronique sociale qui plonge le lecteur dans une découverte de l'Inde bien loin des clichés idylliques de touristes européens. Le lecteur est ici ramené avec force dans l'âpre réalité de la vie dans ces contrées, en ville comme à la campagne. Un roman saisissant de réalisme, dense et profond. 3 générations, un quotidien qui fait froid dans le dos et une fin glaçante. Un roman de cette Rentrée Littéraire qu'il ne faut pas laisser passer.