mardi 20 novembre 2012

"Home" de Toni Morrison

home

L'histoire: Toni Morrison nous plonge dans l'Amérique des années 1950.

La critique Nelfesque: La quatrième de couverture est pour le moins énigmatique mais le décor  est planté: avec "Home" nous sommes dans l'Amérique des 50's. Je suis aventureuse, je suis dingue, je me lance dans cette lecture comme on se jette dans le vide, l'inconnu droit devant.

Toni Morrison à 80 ans, prix nobel de littérature en 1993, nous livre là son dixième roman. J'avoue mon ignorance sur ce coup là, "Home" fut pour moi la découverte de cet auteur. Son écriture est belle, fluide, visuelle. "Home" est la confession de Frank Money, parcourant les Etats-Unis à une époque où le racisme est une violence ordinaire. Sur sa route de Seattle à Atlanta où il va retrouver sa soeur Cee après son appel à l'aide, il va nous conter ses souvenirs de la guerre de Corée, guerre dont il est revenu traumatisé, mais aussi ses souvenirs d'enfant noir parmi les Blancs.

Les années 50 aux Etats-Unis est une période difficile de l'Histoire pour les hommes de couleurs: les Noirs sont persona non grata aux restaurants, ont des places réservées dans les bus, ne sont pas non plus les bienvenus dans les milieux culturels... En plein maccarthisme, les noirs américains sont rabaissés et les lois raciales font légion. 

C'est dans cette ambiance haineuse que Frank parcourt le pays, son "Negro Motorist Green Book" à la main. Entre noirs la solidarité est de mise et les restaurants et pensions accueillants les gens de couleur sont autant de bonnes adresses qui passent de main en main. Entre angoisses dûes à la guerre et peur pour sa soeur grandement malade, il va braver les difficultés pour l'ultime voyage, celui qu'il fera avec sa petite soeur sur les routes de son enfance.

Sa route sera un exutoire à sa vie passée, un long chemin fait de souffrances et de résignations pour trouver le pardon, celui qu'il doit donner aux hommes blancs et à sa vie pour avancer et se délester de sa rancoeur. Avec sa soeur, il retournera à la source, Lotus, ville où ses parents se sont réfugiés chez ses grands-parents après avoir été chassés du Texas, ville où ils se sont épuisés dans les champs de coton, ville où sa grand-mère désignera Cee comme la cause de tous ses malheurs et lui en fera payer le prix...

Un roman dur qui avait tout pour me plaire mais qui au final me laissera, contre toute attente, distante. Même si l'écriture de Toni Morrison est de qualité, même si les faits relatés sont émouvants, je n'ai pas été touchée. Le roman est court (153 pages) et tout n'est qu'effleuré. Je ne suis pas fan du pathos à outrance mais il y a un tel détachement dans cette oeuvre qu'on survole les faits sans grande émotion. Sans doute trop épuré pour moi.

Je ne suis pas habituée des notes (je déteste cela) mais pour permettre aux organisateurs des Matchs de la Rentrée Littéraire de "compter les points", exceptionnellement et par respect des règles, je me prête au jeu. J'attribue donc à ce roman 8/20.

Posté par Nelfe à 18:43 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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samedi 20 novembre 2010

"Les fleurs d'Hiroshima" d'Édita Morris

hiroshimaL'histoire: Nos voix ne sont que des murmures et nous chantons ces complaintes qui nous sont si chères. [...] C'est avec toute notre passion que nous lançons ce cri du coeur: "Jamais plus Hiroshima!" - Comme nous nous sentons proches les uns des autres! Nous sommes une espèce à part.

Yuka a 30 ans. Elle et sa famille ont survécu à la bombe jetée sur Hiroshima quinze ans avant le début de cette histoire. Yuka fera tout pour que sa famille et ses proches aient une vie normale, même à l'arrivée de ce jeune Américain qui lui loue une chambre et qui a la joie de l'innocence.

C'est l'histoire simple de gens incapables d'oublier mais qui font preuve du courage immense des rescapés et des sacrifiés: celui de cacher au reste du monde leurs souffrances.

La critique de Mr K: Un pur chef d'oeuvre! Difficile de résumer en quelques phrases l'empreinte indélébile qu'un tel livre laisse dans votre coeur. C'est un livre difficile, d'une tristesse infinie où la pudeur toute japonaise de l'héroïne cache l'une des pires atrocité de l'histoire contemporaine: le largage de la bombe d'Hiroshima et ses conséquences sur la population.

Nous plongeons avec Sam-san (le locataire américain) au sein d'une famille de rescapés. Il y a tout d'abord la narratrice, Yuka, qui s'évertue à masquer les apparences pour protéger les siens et épargner leur invité car dans la culture japonaise ce dernier doit être traité avec tous les égards (l'hôte a un devoir quasi sacré de bien recevoir). Il y a Fumio son mari irradié tout comme elle qui rechute et qui irrémédiablement s'enfonce vers la mort. Ohatsu, jeune soeur de la narratrice à la sensibilité à fleur de peau, éperdument amoureuse d'Hiroo jeune homme de bonne famille. Et puis, il y a Sam, jeune américain idéaliste et naïf qui n'a aucune idée des secrets dissimulés dans cette maison et qui peu à peu, à force de faux pas et d'indiscrétions va découvrir un à un les traumatismes vécus par Yuka et les siens (le récit de la mort de sa mère lors du jour J est douloureux et pénible tant pour Yuka que pour nous lecteur-voyeur).

Au delà des souffrances morales et physiques que l'on découvre et vivons au fur et à mesure de notre lecture, ce qui marque le plus c'est l'ostracisme dont sont victimes les survivants de la bombe. Considérés comme des parias, ces hommes "radios-actifs" sont mis à l'écart du reste de la population et sont marqués du sceau de la honte, le souvenir de la défaite impériale de 1945. Ainsi, lors de l'introduction d'Ohatsu dans la maison de son amoureux Hiroo, sa "candidature" est rejetée par les parents du jeune homme qui la considère comme une pestiférée. En effet, les radiations même quinze ans après le bombardement, pourrissent encore les coeurs et les corps. La jeune fille ne sera jamais à 100% sûre de pouvoir enfanter ou du moins, mettre au monde un enfant dit "normal" sans déformations ou autres "défauts". Ce passage est rude à l'image de celui où le mari de Yuka doit retourner à l'hopital car la maladie se déclare à nouveau. Fumio tombe à terre lors d'une fête familiale et ne veut aucunement montrer à son invité occidental (américain de surcroît!) qu'il est en état de faiblesse, les visites à l'hopital de sa femme auxquelles nous assistons par la suite se révèlent de plus en plus épouvantables à suivre tant cette attitude pudique devient pesante. Les larmes ne sont pas loin...

L'écriture est simple, fine, légère et poétique à l'image de l'attitude de Yuka. Édita Morris ne verse jamais dans l'apitoiement ou le misérabilisme, la vie doit continuer malgré tout malgré cela. Petit à petit le voile se lève, l'émotion grandit, noue l'estomac et finit par nous achever par un dernier chapitre éprouvant. Pour ces raisons et bien d'autres que je n'ai pas évoqué, c'est un livre qu'il faut lire absolument car chaque lecteur, en partageant les douleurs et souffrances de cette famille, ne peut que garder en mémoire le bouquet de fleur évoqué dans le titre de l'ouvrage (déposé par Ohatsu chaque jour à un endroit bien précis de la rive du fleuve), symbole du souvenir de l'atrocité commise au nom de la guerre un certain 6 août 1945... Préparez vos mouchoirs, prenez une bonne inspiration et tentez l'expérience... vous en ressortirez changé(e) à jamais.