mercredi 8 juin 2016

"Un Blues de coyote" de Christopher Moore

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L'histoire : Que sommes-nous de plus pour les dieux que des mouches importunes et lubriques qu'ils écrasent pour le plaisir ? Vaste question... que Sam Hunter, trente-cinq ans, parfait golden boy, n'avait pas eu à se poser avant que le Coyote ne débarque dans sa vie pour y semer la pagaille. Car l'animal en question n'est pas celui de Tex Avery (quoique) mais l'incarnation d'une divinité Crow bien décidée à rendre infernal le quotidien de sam. Pourquoi lui ? Dans quels buts ? ...

La critique de Mr K : Lors de sa lecture, j'avais été enthousiasmé comme rarement par L'Agneau de Christopher Moore. Ce dernier levait un voile romanesque sur les années non révélées du Christ dans les Écritures avant sa crucifixion, dans un récit virevoltant et drolatique. Je m'étais juré de replonger dans l'univers si particulier de cet auteur à l'écriture multiforme et séduisante en diable (sic). Un chinage de plus mettait sur mes pas ce Blues de Coyote que j'ai littéralement dévoré, pris que j'ai été par un style toujours aussi florissant et efficace, et une histoire délirante mâtinée de mythologie, un de mes nombreux centres d'intérêts. Préparez-vous à un voyage trépidant à nul autre pareil!

Sam Hunter a bien réussi: agent d'assurance sans pitié et bankable, il possède un bel appartement-villa, une belle Mercedes et collectionne les conquêtes féminines. Mais derrière cette image de la réussite à l'américaine se cache des secrets depuis trop longtemps enfouis. Sam est en fait un indien Crow qu'un acte impétueux de jeunesse a forcé à quitter sa tribu et ses proches pour le transformer en Blanc. Mais cela ne plaît pas à tout le monde, surtout aux divinités protectrices dont son animal totem, le Coyote du titre. Ce dernier veut faire rentrer Sam dans le droit chemin et il va utiliser tous les subterfuges et les stratagèmes pour parvenir à ses fins. Et croyez-moi, il va aller très très loin...

Pendant les 2/3 du roman, les chapitres alternent entre le Sam adulte accompli qui commence à accumuler les coups du sort (ses copropriétaires veulent le forcer à partir, son associé de toujours menace de le virer...) et le jeune Crow qu'il a été qui traîne avec son oncle Pokey (medecine man alcoolique littéralement "habité"). Procédé bien connu mais redoutablement efficace ici, le personnage de Sam gagne en profondeur et en complexité au fil du déroulé, passant du golden boy infréquentable à un véritable être humain dans le sens que cette expression prend dans la bouche d'un amérindien. Cette métamorphose lorgnant vers la Révélation va se faire insidieusement à la faveur de rencontres rocambolesques et de péripéties bien alambiquées.

On rit beaucoup durant la lecture de cet ouvrage. Il faut dire qu'on croise pas mal d'êtres hallucinés et complètement barges. Il y a bien sûr Coyote, divinité errante attirée par les mauvais coups, le vice et la tentation. Pas le Diable pour autant mais l'incarnation de la jouissance et du principe vital. Il mettra bien plus d'une fois Sam dans l'embarras pour le plus grand bonheur du lecteur. Pokey est pas mal non plus dans son genre, oncle affectueux mais tout même bien dérangé de la cafetière qui va initier son neveu à l'élevage de lombrics, à l'alcool et finalement à la spiritualité quand il le préparera pour sa séance initiative qui doit lui révéler son animal totem. Autour de ce trio gravitent un nombre considérable de personnages plus déjantés les uns que les autres, figures d'opposition extrêmes et aide miraculeuse dont un agent de casino serviable et très attachant.

La tension monte crescendo et l'amorce d'une possible romance à mi-parcours rajoute du poids à un ensemble qui ne se contente plus de faire rire mais également de faire frémir et d'éclairer une partie de l'histoire américaine. Calliope (la douce promise du héros, mère célibataire courageuse) a un charme ravageur, une répartie bien sentie et on aimerait beaucoup que l'histoire puisse s'écrire avec Sam... Mais nombreux sont les obstacles, dont un ex-possessif et fasciste à la mode Hell's angels. Le rythme s'accélère, le roman se transformant en un road movie implacable où l'humour peut surgir de n'importe où sans prévenir pour le plus grand plaisir du lecteur captif et captivé. Par petite touche, l'auteur nous conte quelques vieilles légendes Crow autour de Coyote ou nous décrit quelques coutumes de ce peuple à l'agonie. Des passages sont à ce propos très poignants pour tout ceux que la cause amérindienne touche et intéresse. J'y reviendrai sans doute dans de prochaines lectures.

Dans ces conditions de plaisir littéraire optimum, le temps passe à une vitesse folle bercé par le style inimitable d'un auteur au sommet de sa forme. Cynisme, double-sens, saillies drolatiques s'accumulent et hameçonnent irrémédiable le lecteur conquis par cette liberté de ton et une histoire aux ramifications complexes. Rajoutez là dessus un soupçon de sagesse indienne et une belle réflexion sur le sens de la vie et vous obtenez un authentique chef d’œuvre. À lire absolument!

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mercredi 3 juin 2015

"La Ligue des gentlemen extraordinaires" de Alan Moore et Kevin O'Neill

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L'histoire: Londres, 1898. L'ère victorienne vit ses dernières années et le XXe siècle se profile. À cette époque de grands bouleversements, les champions sont plus que jamais nécessaires. Allan Quatermain, Mina Murray, le capitaine Nemo, le Dr Henry Jekyll, Edward Hyde et Hawley Griffin forment la Ligue des Gentlemen extraordinaires. Ces justiciers sont les seuls à pouvoir contrer la menace mortelle qui pèse sur Londres, la Grande-Bretagne, et la planète entière !

La critique de Mr K: On ne présente plus Alan Moore, un des plus grands scénaristes de BD de notre époque avec à son actif notamment le classique V pour Vendetta ou encore plus récemment le Néonomicon. C'est encore le hasard qui me mit sur le chemin de ces deux volumes à la réputation flatteuse et à l'adaptation cinématographique catastrophique (mais mon Dieu qu'est-ce que Sean Connery est allé faire dans cette galère!) . Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour rentrer dans l'univers peu commun de ces aventures échevelées au sein de l'Angleterre victorienne. Accrochez vos ceintures, le voyage se promet d'être dantesque!

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L'État anglais face aux grandes menaces a de tout temps créé des ligues de champions, de justiciers pour combattre le crime organisé et les menaces d'outre-monde. En début de volume, on retrouve Mina Harker (au cou mystérieusement recouvert d'un foulard) contactée par un certain M. Bond qui lui enjoint de partir au Caire pour retrouver Alan Quatermain, un aventurier légendaire qui s'est perdu dans les fumées d'opium. Au fil des pages, nous allons aussi faire la connaissance de Némo (un capitaine de sous-marin des plus ombrageux), de l'homme invisible qui s'avère être un incorrigible pervers et du docteur Jeckyll qui a de sérieux soucis de dédoublement de personnalité. Une fois réunis (et ce n'est pas de tout repos croyez moi), l'enquête peut commencer. Il se trame de drôles de choses à Chinatown et quelqu'un tire les ficelles depuis les plus hauts sommets de l'État. Le deuxième volume mettra nos héros aux prises avec une invasion extra-terrestre qui n'est pas sans rappeler celle dépeinte dans La Guerre des mondes de Wells.

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Belle réussite que cette mini saga avec de l'aventure avec un grand A et des personnages attachants. Ils vont en effet en voir de toutes les couleurs dans cette Angleterre du XIXème siècle très bien retranscrite. Ainsi les mœurs sont bien différents comme en témoigne le statut de femme dévoyée que porte Mina car elle est divorcée ou encore les rapports entre les différentes classes sociales entre condescendance et mépris. On voyage beaucoup aussi avec un passage au Caire et sous la mer en compagnie de l'énigmatique Némo. Pour une BD de divertissement pur, je trouve que les personnages sont assez fouillés et chacun a son petit fil rouge personnel qui pousse le lecteur dans sa lecture pour connaître le fin mot de l'histoire.

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Le côté jubilatoire intervient dans le principe même de cette ligue qui ne comprend que des personnages légendaires ou inscrits dans le patrimoine culturel européen du XIXème siècle: l'homme invisible, le docteur Jekyll et son double Hyde terriblement impressionnant dans cette version, Némo (un de mes personnages préférés toute littérature confondue), Mina Harker toute droite sortie du fabuleux Dracula de Bram Stocker sans oublier ensuite dans le récit les Moriarty, Fu Manchu et d'autres que je vous laisse découvrir par vous-même. Divertissante, cette BD est chargée culturellement et Moore se plaît à croiser les destins, modifier l'Histoire pour nous fournir une uchronie virevoltante et parfois intimiste car les personnages sont aussi exposés dans leur vie plus personnelle (j'ai adoré ainsi la relation complexe qui se tisse entre Quatermain et Harker).

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Le scénario est donc béton, maîtrisé de bout en bout avec une fin ouverte qui ne demande qu'à être poursuivie. Les dessins sont au diapason, dynamiques et colorés, ils mettent bien en valeur l'époque, les personnages et les scènes dites d'action. En bonus en fin de chaque volume, on retrouve pèle mêle des illustrations inédites, des jeux, une nouvelle "stupéfiante" de Moore racontant un voyage intérieur de Quatermain après une prise de drogue et même un almanach recensant les lieux magiques du globe (bel exercice de style mêlant lieux réels, localités imaginaires et légendes du crû). Ces ajouts apportent une plus value non négligeable à une entreprise d'une beauté et d'une profondeur vraiment intéressante et fascinante.

Vous l'avez compris, ce diptyque saura séduire les amateurs d'aventure décomplexée et de références culturelles savoureuses. Un must pour moi en tout cas!

jeudi 20 novembre 2014

"Neonomicon" de Alan Moore et Jacen Burrows

couvL'histoire: New York, de nos jours.
Les agents du FBI Brears et Lamper enquêtent sur une sinistre affaire de meurtres rituels. Les premiers éléments de l'enquête les mènent sur la piste d'Aldo Sax, un ancien confrère détenu dans un asile hautement sécurisé de la région. Sans le savoir, cette première rencontre, brève et indéchiffrable, marque le début d'une descente aux enfers vers un monde insoupçonné, peuplé de dealers mystiques, de fétichistes sectaires et de créatures dignes des plus angoissants romans fantastiques.

La critique de Mr K: C'est aux Utopiales 2014 que je suis tombé par hasard sur cette BD qui faisait partie de la compétition officielle BD. Alan Moore et Lovecraft, une grande histoire d'amour que ce scénariste de talent décide de porter à l'image via un récit original inspiré fortement de l'œuvre du génie de Providence. Ayant une grande admiration des deux bonshommes, je ne pouvais laisser passer l'occasion d'adopter ce volume. Belle découverte et un bon moment de lecture à la clef!

Les auteurs nous plongent directement dans une ambiance bien déviante avec un agent du FBI infiltré dans une cité-ghetto où sont commis des crimes rituels d'une rare violence. Il creuse son trou et, via un contact, rentre dans un cercle ésotérique fermé où la prise d'une mystérieuse drogue permet de communiquer (communier?) avec les grands Anciens chers à Lovecraft. Bond dans le temps ensuite avec deux agents qui marchent sur les traces de leur prédécesseur, devenu fou, marmonnant un étrange langage et enfermé dans un asile d'aliénés. L'enquête progresse et va plonger les deux héros dans un univers interlope dépassant leur imagination.

L'univers de Lovecraft est très bien retranscrit dans ce petit récit. On retrouve les obsessions du maître entre paranoïa et mythologie des grands Anciens. Transposé à notre époque, l'aura perdure et l'on sent que l'univers lovecraftien reste actuel et marquant. J'ai particulièrement apprécié les personnages-adeptes, littéralement possédés et illuminés par leurs croyances et ne reculant devant rien pour assouvir leur soif de pouvoir et de plaisirs.

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(cliquez sur les planches pour voir en plus grand)

Absente de façon frontale dans les œuvres originales, Moore a rajouté la dimension sexuelle qui n'était qu'évoquée à travers les monstruosités décrites par Lovecraft (les Profonds, Cthullu ou encore Shub-Niggurath). Loin d'être une vitrine pour attirer le chaland, elle rajoute une dimension infernale qui l'ancre dans un quotidien d'êtres humains déviants aux frontières de la folie. Les deux enquêteurs ne sont pas en reste, entretenant une relation trouble et lourde de sous-entendus. L'agent Lamper quant à elle sort d'une désintox après une longue période de vie agitée sous la couette! Héhé! Climax poisseux, absence d'espoir... L'ambiance est pesante et plus le récit se déroule plus on se dit que toute cette affaire va mal finir!

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Le scénario ne déçoit pas et ne s'accroche que modérément au matériau d'origine. On sent la patte Moore dans sa description des rapports humains notamment entre riches et pauvres, citoyens et forces de l'ordre. Méfiance, faux-semblants, autant de thématiques ici déroulées dans le cadre du fantastique, de façon intelligente et nuancée malgré des planches parfois très crues en gore et relations intimes de toute sorte. Abstenez-vous en cas d'extrême sensibilité parce qu'ici ça déroule sec! Pour public averti, c'est noté sur la couverture de mon exemplaire! Jacen Burrows illustre à merveille le propos général avec des planches de toute beauté, descriptives à souhait mais aussi dynamiques pour une histoire sans temps morts. Trait fin, cases majoritairement basées sur la bichromie, il contribue grandement à la réussite de l'entreprise. L'Art book final est très beau et les illustrations de grands anciens sont parmi les plus belles qu'il m'ait été données de voir.

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Au final, je ne m'étais pas trompé. Ce volume est absolument à découvrir pour tous les amateurs de Lovecraft, l'auteur de V pour Vendetta réussissant à rendre un bel hommage en imposant sa touche personnelle que l'on sait fertile et talentueuse. Un must dans le genre!

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dimanche 2 novembre 2014

Nos Utopiales édition 2014 - Nantes

Comme tous les ans maintenant, ce week-end, nous nous sommes dirigés vers Nantes pour les Utopiales, Festival International de Science-Fiction, qui se tient cette année du 29 octobre au 3 novembre. Pour cette édition 2014, le thème est "Intelligence(s)", la plus lointaine, la plus exaltante et la plus centrale de toutes les aventures. Il y a plusieurs formes d'intelligences (terriennes, artificielles, extraterrestres et le cerveau humain). Vaste programme qui au détour de conférences, expositions, rencontres, projections... va plonger le festivalier dans un monde de savoir et de questionnement.

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Les Utopiales, on aime y aller pour la diversité de ce qui nous est proposé. Nous y étions cette fois ci uniquement sur la journée du samedi. On apprend des choses en s'amusant, la SF est présente sous toutes ses formes et chacun à de quoi trouver son bonheur ! Parce que les Utopiales, c'est quoi ?

♠ Des conférences :

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Un coup d'oeil au programme nous a permis de déterminer en amont à quelles conférences nous souhaitions assister. Nous avons commencé à 10h avec "La fabuleuse épopée des inadaptés en science-fiction" avec Catherine Dufour, Olivier Paquet, Philippe Curval et Jo Walton. Plutôt intéressante dans le fond, nous n'avons pourtant pas véritablement accroché puisqu'on était plus là dans l'énumération de romans aux héros ou personnages secondaires attardés ou idiots alors que nous attendions ici plus qu'une bibliographie. De plus, la modération ne nous a pas vraiment aidé puisque nous avons assisté à beaucoup mieux au cours de cette journée.

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Du coup on jette un nouveau coup d'oeil sur son programme, on ne suit pas vraiment ... Mais on ne se décourage pas !

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En début d'après-midi, place est prise pour la "Rencontre avec François Bourgeon", auteur de BD que l'on ne présente plus tant ses cycles sont cultes, notamment "Les Passagers du vent". Un des plus grands talents de la bande dessinée française mais aussi un homme à l'écoute et très gentil. Cette rencontre est passionnante.

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Nous passons jeter un rapide coup d'oeil et d'oreille à la "Rencontre avec Claudio Maccone, l'homme de SETI" mais celle ci étant trop pointue d'un point de vue scientifique à notre goût, nous passons notre chemin. Claudio Maccone est un astronome italien qui n'a jamais cessé de se battre pour stimuler la recherche radio d'une intelligence extraterrestre dans le cadre du programme SETI. Sa venue à Nantes, dans un festival de science-fiction, est un évènement.

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♠ Du cinéma :

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Nous nous sommes rendus à la projection du film de Christopher Nolan, "Le Prestige", adapté du roman du même nom de Christopher Priest. Ce film n'est pas récent (2006) et faisait partie d'un cycle rétrospective. Avant la projection, nous avons eu la chance d'avoir une présentation de l'oeuvre par Christopher Priest himself ! Le papa du "Prestige" nous donne alors sa vision du film, nous parle de sa création ... Une belle entrée en matière qui met l'eau à la bouche et nous permet de profiter du film pleinement. On vous en reparle tout bientôt dans un prochain billet dédié. On a adoré !

♠ Des expos :

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Celle de Chris Foss, dont l'affiche de l'édition de cette année est une de ses oeuvres, est la grande vedette de ce festival. Déjà présent l'an dernier à Nantes pour parler de son travail graphique sur le film "Dune" de Jodorowski, il revient pour une exposition retraçant sa carrière d'illustrateur de science-fiction et de designer.

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"Les Enfants de Foss" présente le travail de plusieurs dessinateurs influencés par les oeuvres de ce dernier. Denis Bajram, Manchu, Serge Pellé, Aleksi Briclot, Hubert de Lartigue, NOXX, Fred Blanchard, Patrice Garcia, Sparth, Pascal Blanché, Philippe Buchet et Benjamin Carré sont autant d'artistes exposés ici. Et oui, ça en fait du monde !

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"François Bougeon", décidément à l'honneur, tient une place importante dans l'espace expo. Ce sont ici des planches BD qui sont données à voir aux visiteurs. Egalement des maquettes de sa création et des croquis d'étude. Tout un matériel de travail et des planches originales de "La Source et la sonde" dont il vient de terminer la saga. Une création de plus de vingt ans et une masse de travail considérable.

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"La Recherche de l'Art" est une expo photo. Depuis 2011, un partenariat signé entre l'Inserm et l'Ecole nationale supérieure de la photographie d'Arles permet de jeter des ponts entre deux mondes : le scientifique et l'artistique. Ici, il s'agit de travaux d'étudiants en 2ème année.

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"Les Super Brikabraks" était présente à l'espace jeunesse et les grands enfants que nous sommes ont adoré ! Je crois que c'est la plus fun expo que j'ai pu voir jusqu'à ce jour. Il s'agit là de sérigraphies et sculptures de robots aux supers pouvoirs, réalisées à partir d'objets du quotidien. Ce sont les sérigraphies qui m'ont le plus plu. Nous rions tous les deux comme des gosses à la découverte de leurs caractéristiques farfelues. Durée de vie, pouvoirs, autonomie, attaque, défense et vitesse de Voltard et autres Atomic Planchapin sont vraiment très drôles.

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♠ Des expériences sensorielles :

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"Sons d'encre" nous appâte avec son flyer nous promettant amplification d'univers, ondulation des temps, bruits du futur et résonances sauvages... Dans une pièce plongée dans le noir sont installés des transats et des coussins géants permettant à chacun, chanceux à trouver une place, de pouvoir se coucher et profiter de créations sonores, histoires déclamées par des auteurs et/ou OST de films de science-fiction. Un chouette espace pour souffler un peu.

♠ Des espaces ludiques :

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Ici, les JDR et jeux de plateaux sont rois ! Je pense que si on restait plus d'une journée, on se laisserait tenter (surtout Mr K qui masterisait dans ses plus jeunes années). On aime bien néanmoins faire un tour dans cet espace pour se tenir informés des derniers jeux. Sympa pour lier de nouvelles connaissances pour de futurs jeux. Dommage que nous ne soyons pas sur Nantes, ici, on n'a plus vraiment d'amis rôlistes...

♠ Des bouquins, des dédicaces, des rencontres :

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Les Librairies Complices de Nantes présentent le Salon du Livre et de la BD avec plus de 25 000 ouvrages représentant toutes les maisons d'édition. Le Salon devient ainsi, le temps des Utopiales, la plus grande librairie de science-fiction au monde et disons le tout net le supermarché de la défonce ! Là, il faut être très fort psychologiquement pour ne pas s'endetter sur 5 générations et succomber à la tentation qui est PARTOUT !

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Au Capharnaüm éclairé, on a maintenant une règle que l'on s'efforce de suivre. On ne craque plus que pour les ouvrages d'auteurs présents afin de pouvoir aller les voir, discuter un petit peu, avoir une dédicace et repartir avec un beau souvenir d'échange. Pour les autres tentations, on respire un grand coup, on dégaine notre carnet et notre stylo et on note les références. Ainsi, on échelonne dans l'année les craquages possibles. Je vous l'accorde, au bout du compte, ça revient au même mais ça nous évite un coup de fil du banquier !

Laurent Genefort

Cette année, nous avons rencontré Laurent Genefort dont Mr K a lu "Les Opéras de l'espace" il y a peu. Comme il n'a pas de tête (hum hum), il a oublié son exemplaire à la maison et a donc dû acheter un autre roman (oh non ! trop dur !). Ce fut une belle rencontre et la promesse de longues heures de lecture quand on voit l'étendu de sa bibliographie.

Xavier Mauméjean

Xavier Mauméjean ! Ah, notre Xavier ! Lui, on l'aime d'amour depuis notre rencontre de l'an dernier. Si il ne fallait rencontrer qu'un seul auteur en dédicace c'est lui ! Souriant, attentif, il parle vraiment avec vous, ne regarde pas à droite et à gauche à l'affût de la moindre mouche quand vous lui faites un compliment. Il est vraiment content de vous parler et c'est réciproque. Même problématique que pour Laurent Genefort, Mr K a oublié à la maison son exemplaire de "American Gothic" (là, je crois qu'il le fait exprès...) qu'il avait pourtant adoré. Ensemble on discute de ce dernier, de celui qu'il nous dédicace et comme ça commence à devenir une habitude maintenant quand on parle avec lui, on digresse vers d'autres auteurs, d'autres univers, on parle polar et thriller... on sort un bout de papier et il nous note nos devoirs pour l'année à venir. On repart avec un grand sourire et une liste d'ouvrages à découvrir. Pour mieux revenir ... Oui, on a été le voir 2 fois cette année tellement on aime passer du temps avec lui ! A l'année prochaine Xavier !

Priest

Plus tôt dans l'après-midi, Christopher Priest avait indiqué lors de la présentation de la projection du film de Nolan qu'il n'aimait pas la fin du film et qu'elle était radicalement différente dans son roman "Le Prestige". Bon, ben, je crois qu'on n'a pas trop le choix là, il faut qu'on découvre sa fin ! On échange quelques mots in english please sur le film et sur son oeuvre. Christopher Priest est un homme charmant et ses yeux pétillent. Une belle rencontre.

J'ai également été discuter avec Jo Walton dont j'ai écorché le nom sur twitter et sur facebook hier. Elle n'avait qu'à pas me dire que j'avais le même prénom qu'une chanteuse québécoise célèbre aussi ! Non mais ! Sur les conseils de Xavier Mauméjean, qui a vu son roman inscrit sur ma wish-list du jour, j'ai acheté son roman "Morwenna" et lui ai fait dédicacé. Je n'ai pas de photo de cette rencontre, Mr K étant un goujat, il n'y a pas pensé pendant que je discutais avec elle. Si "Morwenna" ne me plaît pas, il faudra que j'aille me plaindre auprès de Xavier m'a-t-elle dit. Très gentille et rigolote, elle est speed et il faut suivre mais ça restera un chouette souvenir. Même si je n'aime pas spécialement Céline Dion...

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♠ Des craquages :

Et on termine donc ce long billet avec les acquisitions et les dédicaces du jour. On a été raisonnables ! Je suis fière de nous ! Seule une BD faisant partie de la compétition pour le Prix du Meilleur Album de SF 2014 (mais qui ne l'a pas obtenu hier soir) vient constituer l'exception qui confirme la règle de notre bonne résolution.

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Ont donc rejoint nos PAL :
- "Memoria" de Laurent Genefort
- "Le Prestige" de Christopher Priest
- "Neonomicon" d'Allan Moore et Jacen Burrows
- "Ganesha" de Xavier Mauméjean
- "Morwenna" de Jo Walton

On a aussi acheté le badge du festival et quelques affiches pour notre déco perso mais ça ça compte pas vraiment !? Si !? Ah ben oui un peu quand même...

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Avec déjà très hâte de revenir l'an prochain, nous avons quitté la Cité des Congrés hier soir et avons retrouvé le chemin de notre chez nous où Tesfa nous attendait sagement. Intelligence artificielle ou extraterrestre la concernant ? Je ne sais pas très bien !

Ces journées passent décidément trop vite ! Vivement 2015 !

lundi 19 décembre 2011

"V pour Vendetta" d'Alan Moore et David Lloyd

vendetta couvertureL'histoire: Bonsoir Londres!

Il est neuf heures, et vous écoutez la Voix du Destin sur 275 et 285, ondes moyennes. Nous sommes le 5 novembre 1997.

Il est demandé aux habitants de Londres d'éviter les quartiers de Brixton et de Streatham, actuellement en quarantaine pour des raisons de santé publique et de sécurité.

La police a organisé une rafle dans le secteur de Birmingham tôt ce matin, mettant à jour ce qui semble être un important réseau terroriste. Vingt personnes, dont huit femmes, ont été mises en détention préventive.

Le beau temps sera interrompu par une petite averse entre 00h07 et 1h30 du matin.

Bonne soirée.

La critique de Mr K: Voici un roman graphique aussi ambitieux qu'intelligent et remarquablement bien mené. A l'instar de Maus de Spiegelman, cette Bande Dessinée transcende son genre trop souvent sous-estimé pour trouver sa place à côté d'Orwell, Huxley ou encore Levin. Un copain me l'avait prêté il y a déjà un certain temps, j'étais allé voir l'adaptation au cinéma (plutôt réussie malgré certains passages et messages aseptisés) et les Utopiales 2011 ont été l'occasion de l'acquérir et surtout de rencontrer David Lloyd le dessinateur, homme chaleureux et généreux qui nous a charmé Nelfe et moi. J'ai d'ailleurs du coup eu la chance de faire dédicacer notre exemplaire à nos deux noms, c'est dire qu'on va le bichonner notre ouvrage!

V pour Vendetta a été conçu pendant les années Thatcher et il cristallise toutes les inquiétudes de l'époque concernant la perte de liberté et le totalitarisme. Presque trente ans plus tard, rien ne semble avoir changé quand on observe attentivement le monde dans lequel on évolue même si les procédés sont plus discrets et font appel davantage aux désirs de chacun qu'à sa conscience propre. L'Angleterre fasciste présentée dans la BD est proprement terrifiante. Tout est contrôlé en permanence, les marginaux ont été écartés de la société, emprisonnés et éliminés (homosexuels, étrangers, opposants politiques). La population baigne dans le tiède, endormie par les médias contrôlés par les autorités (les différents organes du pouvoir renvoient aux sens avec le nez, l'oreille, le doigt etc..., belle illustration du contrôle que l'État souhaite posséder sur ses administrés).

vendetta maskMais voilà qu'un homme masqué amateur de Shakespeare (aaah les belles citations!) semble décider à changer cet état de fait, à réveiller les consciences, un homme au lourd passé aussi mystérieux que romantique: le dénommé V. Nous le découvrons au fil des pages à travers les yeux de Evey, jeune fille qu'il sauve des doigts de la milice gouvernementale et qui représente à elle seule la condition des anglais dans ce régime totalitaire: innocente mais aussi inconsciente et endormie. La révélation sera lourde et l'éveil à la liberté méthodique et implacable à l'image de V, héros au charisme hors norme auquel on se prend à penser à de nombreuses reprises tant il est un symbole plus qu'un être humain à part entière, le symbole de l'esprit humain dans ce qu'il a de plus juste et de libérateur. Sa vengeance personnelle telle des dominos se suivant va s'abattre sans concession et mener une révolution comme jamais vous aurez pu en lire auparavant.

Les dessins de Lloyd très rétro dans le style, illustrent à merveille un récit mené de main de maître par un Alan Moore visionnaire et halluciné. Il n'y a jamais de concession à la morale bien pensante mais une réflexion aussi profonde qu'instructive sur des notions telles que l'anarchie et la propension de chacun d'obéir ou non à un ordre juste ou injuste. Il est question donc de liberté mais pas dans le sens que lui donne Sartre (Elle commence là où se termine celle des autres) mais dans un sens absolu, extrémiste. Ça vous donne des frissons dans le dos et des velléités de foutre un bon coup de pied dans la fourmilière des intérêts économiques et politiques qui nous gouvernent je vous le jure! Finalement, ce roman graphique relève vraiment du brulot révolutionnaire, un brulot basé sur l'humanisme et le refus de plier face à l'injustice.

Essentielle! Parfaite! Jubilatoire! Voici les trois mots qui résument le mieux ma lecture de cet ouvrage clef dans le façonnement d'une identité et d'une manière de penser. Une grande œuvre au service de l'Homme dans ce qu'il a plus de noble. Quoi??? Vous ne l'avez toujours pas lue?

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lundi 31 octobre 2011

"L'agneau" de Christopher Moore

agneauL'histoire: L'ange Gabriel était bien tranquille dans ses nuages à faire le ménage de ses fourreaux d'éclairs et de ses traînées de joie lorsque la tuile lui est tombée dessus. Le Fils lui-même le désigne pour redescendre incognito chez les humains remplir une mission de confiance: retrouver le meilleur pote du Christ qui, deux mille ans plus tôt, faisait les quatre cents coups avec lui. Ce dénommé Biff -littéralement Labeigne- est une terreur qui a expérimenté pour son pote tous les pêchés. Il sait tout. Gabriel va tomber des nues. Lui qui devait lui faire raconter son histoire dans la plus grande discrétion va bien involontairement orchestrer le chaos. Comme le dit Biff lui-même: «Vous pensez connaître la fin de cette histoire, mais vous vous trompez. Je sais de quoi je parle: j'y étais». Jubilatoire!

La critique de Mr K: Ne vous laissez pas abuser par la couverture, cet excellent livre a été mal "classé", il ne relève aucunement du policier. On ne peut en vouloir à la maison Folio pour cet écart tant il paraît difficile d'étiqueter une œuvre telle que celle-ci. Pour faire simple, je dirai que c'est une variation autour de la vie de Jésus. Pas un pastiche pour autant, l'auteur prenant le risque culotté de faire découvrir Jésus à travers les yeux de son meilleur ami, Biff (alias Lévy) et suivant la chronologie de la vie du messie entre données bibliques et hypothèses personnelles.

C'est donc une plongée dans l'antiquité qui nous est proposée ici. Les tableaux sont criants de vérité dans tout ce qui concerne la vie quotidienne, l'exercice de la domination territoriale par les romains et les tensions inter-confessionnelles. Là où l'auteur marque sa différence (et elle est de taille) c'est concernant Jésus (aka Joshua). Si l'on se fie uniquement aux écrits bibliques, on ne connaît finalement pas grand chose du "fils de Dieu". Il y a un gigantesque "trou" entre sa naissance et ses trente ans, âge où il va exercer son magister, c'est-à-dire qu'il va rencontrer ses apôtres et prêcher ses idées auprès des foules. Ce vide est d'autant plus frustrant que c'est pendant ces années d'ombre qu'il a du se forger en tant qu'homme et messie. Tout y est abordé dans ce livre, autant vous dire que l'on s'éloigne de l'orthodoxie catholique pour aborder les rivages des supputations et des hypothèses.

Ce qui m'a marqué c'est que les révélations-hypothèses avancées dans cet ouvrage rejoignent les quelques réflexions et déductions que j'avais pu émettre lors de mes cours d'histoire des religions à la fac. Pendant ce laps de temps inconnu, Jésus a du faire des rencontres pour se construire lui et ses idées. Pour cela, rien de tel que les voyages. C'est de cette hypothèse que Christopher Moore a bâti ce livre: Jésus est parti en compagnie de son meilleur ami découvrir le monde et par là même sa destinée. Une fois ce fait admis par le lecteur c'est le début d'une lecture fortement enrichissante et jubilatoire à souhait comme le précise la quatrième de couverture. Par le truchement du personnage de Biff, compagnon haut en couleur et fidèle parmi les fidèles, c'est la rencontre entre le monde juif et les religions orientales, et la mise en exergue de principes qui dépassent le cadre d'une religion et qui devrait régir les communautés humaines. En ce sens, ce roman est un réel écrit d'apprentissage mâtiné de passages humoristiques à souhait. On rit et on s'enrichit beaucoup.

On croise nombre de personnages croustillants. Au premier rang, il y a Biff qui va accompagner son meilleur ami durant toutes ses vertes années et qui collectionne les casseroles. Il y a aussi l'ange Gabriel obnubilé par la société de consommation moderne (il a ressuscité Biff à notre époque pour qu'il écrive sa propre évangile, sa version des faits), amateur de soap et autres conneries télévisuelles. Ne parlons pas des rois mages qui s'apparentent à des gourous et autres mystificateurs. On rit énormément mais on sent que l'auteur n'est pas là pour détruire un mythe mais plutôt pour apporter un éclairage différent. En ce sens, c'est parfaitement réussi avec toujours comme ligne directrice le respect des croyants. Ainsi, à mes yeux, un chrétien peut tout à fait lire L'agneau et garder sa foi intacte.

J'ai littéralement dévoré ce volume. L'écriture est une merveille d'efficacité entre érudition et humour, simple d'accès et rythmée à souhait. On ne s'ennuie jamais et on veut savoir la suite sans vraiment pouvoir relâcher son attention. Prouesse conséquente en soi quand on sait déjà comment l'histoire se termine. Une très bonne et distrayante expérience que je vous convie à tenter au plus vite afin, peut-être, de voir le monde des religions autrement.

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