samedi 17 juin 2017

"L'Horreur du métro" de Thomas Monteleone

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L’histoire : Le cadavre était presque réduit à l'état de squelette. Sur quelques lambeaux de chair verdâtre rampaient encore une multitude de choses voraces, grouillement informe de gélatine visqueuse, agitée de convulsions obscènes. Soudain les "choses" parurent remarquer la présence de Whitney, l'exterminateur de rats, et son hurlement de terreur et d'agonie résonna longuement dans les couloirs déserts du métro.

De Whitney, on ne retrouva que quelques os bien blancs, bien propres. De Jeff, le surveillant des égouts, et de Sam, le vieux poivrot, pas davantage.

Et l'inspecteur Corvino, chargé de l'affaire, soupçonne que ces meurtres inexplicables ne font que commencer. Comme si, en creusant ces tunnels immondes dans les entrailles de la terre, l'homme l'avait violée et devait dès lors payer pour ce crime.

La critique de Mr K : Aujourd’hui, présentation d’une lecture bien récréative qui m’a soulagé lors d’une "session angine" bien pénible le mois dernier. Quand on est malade, il est parfois difficile de se concentrer sur une lecture surtout quand elle est ardue ou ambitieuse. Hors de question pour moi par exemple de m’atteler à un Rushdie dans ces conditions mais par contre, un bon roman d’épouvante peut très bien faire l’affaire surtout qu’en général les personnages de l’écrit concernés souffrent bien plus que le lecteur, ce qui en soi est un réconfort bien sadique (sic). Me voila percé à jour ! Focus aujourd’hui donc sur L’Horreur du métro, un authentique titre de série B qui en tant que tel ne révolutionne pas le genre mais permet au lecteur amateur de frisson de passer du bon temps et de ressortir bien content d’une lecture certes anecdotique mais efficace.

Dans ce roman, il ne fait pas bon traîner tard dans le métro de New York surtout hors des stations et des rames. Clochards, exterminateurs de rats et techniciens ont tendance à disparaître de manière impromptue et violente. Mais tout finit par réapparaître à la surface entre les victimes d’un tueur en série insaisissable et les victimes déchiquetées de mystérieuses créatures. La police est sur les dents, en perd son latin et pour certains agents même le sens commun ! Très vite, les personnages principaux se retrouvent confrontés à quelque chose qui les dépasse, une force occulte qui grandit en se nourrissant de la peur et du ressentiment. Sa soif inextinguible d’espace fait que la confrontation avec le genre humain sera violente et à priori à sens unique. Inutile de vous dire que la simple enquête de police se transforme quasiment en croisade...

On est clairement ici dans de la série B assumée aussi simple qu'efficace. Ainsi, vous ne trouverez pas de grande originalité dans la caractérisation des personnages : le flic intègre esseulé qui vit son métier comme un sacerdoce, la journaliste arriviste mais pas trop à laquelle on s’attache vite, le spécialiste mystérieux qui officie à la faculté et se nourrit de sa passion pour les rites étranges... Rajoutez dessus cela un soupçon d’idylle naissante, de vieilles fêlures qui se rouvrent, des découvertes extraordinaires annonçant un apocalypse latent et vous vous retrouvez entre de bonnes mains. La mayonnaise prend instantanément (beaucoup mieux que quand je tente d’en faire une vraie en cuisine), le récit très rythmé n’est pas avare en circonvolutions et la tension est très bien dosée. On est rarement surpris mais l’addiction est immédiate si ce genre de plaisir coupable vous tente car Monteleone est généreux en effets horrifiques et maîtrise très bien son sujet.

J’ai beaucoup aimé l’exploration des bas fonds de New York et notamment le véritable gruyère que se révèle être son sous-sol. C’est un aspect de la big pomme que je n’ai pas visité lors d’un séjour ancien dans cette ville fascinante (à faire une fois dans sa vie même si comme moi vous êtes plus un rat des champs). Vu ce qui s’y passe, je ne suis pas sûr d’avoir envie d’aller sur les chemins de traverse se cachant sous les rues et à côté des lignes régulières du métro. Ambiance poisseuse, monde interlope peuplés d’être avilis, nuisibles de toute sorte et une présence étrange qui ne fait que grossir et qui ne révélera sa vraie nature que dans le dernier tiers d’un roman fourni en détails et qui emmène littéralement le lecteur avec lui dans un univers glauque et bien déviant. Petit bonus à l’occasion de scènes bien épouvantables, un clin d’œil au mythe de Prométhée (un de mes préférés dans la mythologie classique) et des références à Lovecraft. L’auteur connaît ses classiques et ça me parle ! Voici un exemple tiré du livre d’une discipline qui intéresse le docteur Carter (rien à voir avec Urgences), un des piliers de l’équipe enquêtrice du livre: La mégapolisomancie. (Carter hocha la tête d’une mine sombre.) C’est une théorie mystique compliquée énoncée par un occultisme du début du siècle, un nommée Thibault de Castries dont le livre avait pour titre La Mégapolisomancie. Traduit librement, ce terme signifie à peu près la magie noire urbaine. De Castries était persuadé que quand une ville vieillit, elle acquière une vie métaphysique propre en attirant certaines des formes de vie les plus éthérées de la nature: esprits, démons et autres nébuleuses. Moi aussi, j’en suis arrivé à y croire tout récemment. Tripant, dans le genre.

D’une lecture très rapide, accessible mais pas simpliste (faut pas pousser quand même, il y a tellement de livres à lire), j’avoue qu’il m’a bien accompagné deux jours durant entre frissons, visions ésotériques et romance à deux balles. Certainement pas le livre de l’année ni le meilleur dans le genre mais un très bon divertissement qui remplit royalement son office. Vous avouerez que c’est déjà pas mal, non ?

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mardi 7 janvier 2014

"Lyrica" de Thomas F. Monteleone

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L'histoire: "Ma star s'est transformée en monstre! S'écrie l'imprésario de Lyrica, affolé. Elle a choppé la lèpre. Sa peau part en lambeaux!" Mais le lendemain, il a tout oublié.
Lyrica connaît une carrière fulgurante; elle est splendide mais, en Europe comme aux États-Unis, elle sème la mort avec désinvolture. Pour demeurer en vie, poussée par une faim insatiable, elle consomme les hommes qui tous dépérissent mystérieusement.
Qui est-elle donc? Une nymphomane? Un être chimérique? Une lamie? Et pourquoi disparaît-elle à chaque nouvelle lune?
Mathieu Cavendish, un écrivain à l'affût des phénomènes étranges, pressent l'épouvantable secret de Lyrica. Il la traque sans répit. Éliminera-t-il l'ensorceleuse au cours de leur ultime face à face?

La critique de Mr K: Cela faisait un petit peu de temps que je n'avais pas lu un roman dit "d'épouvante". C'est un genre que j'affectionne tout particulièrement et même si bien souvent, je me retrouve face à des écrits ordinaires et pas forcément mémorables, je reconnais volontiers leur côté page-turner et distrayant. Avec Lyrica, on rentre complètement dans cette catégorie de livres!

Tout commence par une étrange profanation de cimetière dans un petit village de montagne italien. Un caveau familial a été forcé et quelque chose semble en être sorti... pas des plus rassurant surtout quand dès le chapitre suivant, nous faisons la connaissance de Lyrica, une femme fatale aux pouvoirs surnaturels, pouvoirs qu'elle exerce exclusivement sur les hommes. Elle les hypnotise pour mieux les séduire et après l'acte de chair, ces derniers se retrouvent vidés de leur substance vitale. Lyrica laisse donc derrière elle des traces bien macabres ce qu'il va attirer l'attention d'un écrivain spécialisé dans l'étrange et le paranormal: Mathieu Cavendish.

Alternativement, nous suivons Lyrica et Mathieu Cavendish. La sublime créature va traverser l'océan pour tenter sa chance en Amérique. Au delà de ses actes immondes, on l'accompagne dans sa recherche de succès: rencontre avec son impresario, ses premières photos, le premier rôle décroché... Monde impitoyable à la clef, Lyrica est dans son élément, un monstre dans un monde de requin ne peut manquer de faire des ravages! De temps à autre, des flashbacks nous renseigne sur sa longue vie passée dans laquelle elle a charmé quelques hommes célèbres comme Mozart ou encore Van Gogh, la belle aimant se trouver des amants hors du commun pour renforcer ses pouvoirs et sa force. En parallèle, on découvre un écrivain anglais pas des plus sympathique: raciste affiché envers les français (cela donne une belle avalanche de clichés qui personnellement m'ont mis mal à l'aise), intransigeant et intéressé. Il va enquêter sur les morts suspectes qui accompagnent le parcours d'une jeune femme intrigante. Personnage repoussoir, je dois avouer que je ne souhaitais qu'une chose: qu'il disparaisse!

Ce livre se lit très vite avec un léger plaisir coupable. Le rythme est assez haletant et bien que l'écriture ne soit pas exceptionnelle, on peut dire qu'elle se révèle efficace en ce qui concerne le suspens. Pourtant, une impression de déjà vu (et en mieux!) s'installe et la fin m'a particulièrement déçue comme si l'auteur l'avait bâclé en une dizaine de pages. Attendue et prévisible, il gâche tous les effets qu'il avait mis en œuvre pour envelopper Lyrica de mystère. Monteleone aurait pu aussi se dispenser facilement d'une cinquantaine de pages qui s'apparentent clairement à du remplissage et les scènes de sexe deviennent vite lassantes et gratuites. Dommage car les premières du genre sont remarquables de sensualité et instaurent un climat bien glauque, mais très vite on a l'impression d'être devant un grand déballage!

Au final, voici une lecture assez dispensable mais qui peut se révéler utile si vous devez prendre le train ou perdre trois / quatre heures sans avoir besoin d'une concentration extrême. Loin d 'être inoubliable, vous ne regretterez pas non plus de passer à côté...

Posté par Mr K à 19:14 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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