dimanche 5 juillet 2015

Satané vide-grenier !

Le week-end dernier, Nelfe et moi nous sommes rendus au vide-grenier de notre quartier comme chaque année. Galettes-saucisses (miam miam!) et grillades côtoient des personnes venues céder à des prix imbattables tout ce qu'ils ne veulent plus chez eux. C'est l'occasion d'observer la grande capacité des êtres humains à conserver un nombre incroyable de bibelots ringards et autres objets farfelus! On est tous pareils et ça m'a rassuré quand je pense aux caisses qui encombrent encore le grenier depuis notre aménagement, il y a plus de deux ans!

Là où la problématique se corse c'est que ses personnes vendent aussi des livres... Vous connaissez ma faible propension à résister à la tentation en matière d'occaz livresque! En plus, cette année une dame vendait un grand nombre des livres de SF de son fils parti habiter en Amérique. Gasp! C'était un combat perdu d'avance... Jugez-plutôt!

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- Le Cycle d'Elric de Michael Moorcock. J'avais adoré l'intégrale Hawkmoon et je recherchais depuis un certain temps cette intégrale qui m'a tendu ses petits bras et surtout ses sept volumes impeccablement conservés. Wahou! Ca c'est de l'occaz! Je prends et je pense lire le tout pendant notre séjour à la montagne cet été.

- Les Solariens de Norman Spinrad. Un des papes de la SF avec en plus ce roman qui s'avère être son tout premier, le récit d'une guerre future de l'humanité disséminée dans l'espace devant faire face à une menace terrifiante venue d'ailleurs. Je suis bien curieux de lire cela! Là encore, un livre qui ne traînera pas dans ma PAL.

- Intrusion de Richard Matheson. Il s'agit du volume 2 de l'intégrale de ses nouvelles rééditées chez Flammarion en 1999. On ne peut pas dire non à cet auteur surtout en matière de nouvelles de SF. J'en connais déjà certaines mais d'autres vont me permettre de poursuivre mon exploration de l'univers de ce grand auteur, classique des classiques en matière d'anticipation.

- Le Chat passe-muraille de Robert A. Heinlein. Rencontre improbable entre la SF et un multivers farfelu constellé de personnages délirants, j'attends beaucoup de ce livre qui semble sortir des sentiers balisés de ce grand nom de la SF. Wait and see!

- L'Âge des étoiles de Robert A. Heinlein. Livre cadeau de la vendeuse (ben oui, on inspire la gentillesse, nous!), il est question de voyage interstellaire et d'une drôle de créature tour à tour séduisante et inquiétante. Une drôle d'histoire que j'attends de découvrir avec impatience.

- Contes de la rose pourpre de Michel Faber. Il s'agit de l'auteur de Under the skin, livre que je n'ai toujours pas lu et qui est dans ma PAL depuis trop longtemps. J'avais adoré le film qui en avait été tiré, un de mes gros coups de coeur cinéma de 2014. La réputation de cet auteur est flatteuse et ce portrait de l'Angleterre victorienne a tout pour me séduire vu les avis lus sur la blogosphère. Je le lirai après le sus-cité que je pratiquerai durant l'été.

- Chiens sales de François Barcelo. Coup de poker que cette acquisition où il est question de ripoux et de bavures au Québec. J'aime beaucoup la collection Série Noire de Gallimard. Nous verrons ce que cela donne.

- 35 kg d'espoir d'Anna Gavalda. Il s'agit de la seule acquisition de Nelfe cette fois ci et encore c'est parce qu'elle l'a vu avant moi! Je le lirai aussi, un extrait de ce roman parlant du passage à l'adolescence a été utilisé il y a quelques années pour l'épreuve de français du DNB professionnel et ce sujet m'avait beaucoup plu. Ce sera sans doute une lecture plaisante et rapide.

Le craquage fut tout de même limité comme vous pouvez le constater. Ma PAL a pris un petit coup cette fois ci, heureusement que mon rythme de lecture est assez soutenu.

Il ne reste plus qu'à lire tout cela, chroniques à suivre dans les mois à venir.


jeudi 7 mai 2015

"Otage de la nuit" de Richard Matheson

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L'histoire: Un bord de mer désert, hors saison, sur la côte est des États-Unis. Un chalet de vacances isolé. Un couple en crise venu là dans l'espoir de retrouver une harmonie. Ellen est nouée par le ressentiment d'avoir été trahie, David est rongé par sa culpabilité: la comédie de la réconciliation est difficile à jouer. D'autant plus difficile qu'une mystérieuse beauté rôde dans les parages, sapant les bonnes intentions du mari repenti. Qui est cette Marianna dont chaque apparition fait flamber la sensualité de David? Une voisine en quête d'aventure? La projection des fantasmes érotiques d'un homme mal dans sa peau? Ou une créature surnaturelle qui hante les lieux comme une araignée dans sa toile, attirant tous les hommes de passage dans un piège fatal?

La critique de Mr K: On ne présente plus Richard Matheson, un auteur culte de SF à qui l'on doit notamment Je suis une légende et L'homme qui rétrécit. Le hasard a voulu que je mette la main sur Otage de la nuit qui est plus tardif dans sa production littéraire et qui lorgne vers le thriller intimiste et fantastique. Je ne savais pas encore que l'auteur avait touché à d'autres genres et j'étais bien curieux de voir ce que ça allait donner. La lecture fut rapide, mon jugement plutôt mitigé, je m'attendais à nettement mieux de sa part.

Un couple au bord de la rupture veut rallumer le feu de leur amour (sans faire appel à Johnny Hallyday je vous rassure!) en revenant dans le chalet de bord de mer où ils avaient séjourné lors de leur voyage de noces. Elle a la rancœur tenace, il s'en veut toujours de l'avoir trompé. La tension est palpable dès les premières pages avec des pics et des sous-entendus assénés dès qu'ils s'adressent la parole. Ça promet d'être rock and roll! Très vite, le mari fait la connaissance d'une mystérieuse jeune femme qui le charme au moment même où il la rencontre. Commence alors une lente descente aux enfers entre fantasmes inavoués, malheurs conjugaux et fantastique larvé. Qui est cette Marianna? Que veux-t-elle vraiment?

Le gros point fort de ce roman réside dans le traitement des personnages et des relations que l'auteur tisse entre eux. La chronique des problèmes conjugaux est d'une grande finesse et justesse. Chaque mot prononcé amène une réaction, un énervement, une répulsion identifiable instantanément par le lecteur. On croit peu à cette possibilité de rédemption que tente de se donner ces deux personnages tant leur couple paraît irrémédiablement abîmé. Ils tentent de se parler, de faire un pas vers l'autre mais finalement ils ne font que se croiser. Par moment une éclaircie semble être de mise cependant une péripétie, une apparition ou un doute détruit tous les efforts consentis. C'est un peu les montagnes russes émotionnelles durant tout l'ouvrage, en la matière le talent de Matheson n'est plus à prouver.

J'ai moins adhéré à l'aspect fantastique représenté par cette femme étrange venue de nulle part qui semble avoir ses entrées dans le chalet. Elle apparaît et disparaît à son bon plaisir. La tentation incarnée, elle est la source de tous les maux du héros perdu entre la réalité et ses fantasmes. Au départ, j'ai aimé tout l'aspect provocant et incendiaire de Marianna, belle métaphore à elle seule des désirs et aspirations d'un mâle en pleine perte de virilité avec sa femme. Malheureusement, au lieu de rester dans le crédo de la crudité simple et efficace, l'auteur se sent obligé d'en rajouter et l'on tombe alors dans le pathos et le délirant. On pourrait presque parler par moment de sexisme mal placé tant l'auteur veut décharger son héros de toute responsabilité. Le malaise du couple devient alors une gène pour le lecteur partagé entre un ennui qui s'installe (dans la deuxième partie du livre) et l'envie de savoir le fin mot de l'histoire.

Heureusement le style reste léger et abordable, on finit par connaître tous les tenants et aboutissants de l'histoire qui s'avère finalement très classique. Petite déception donc que cette lecture qui me fait dire que Matheson reste avant tout un bon auteur de SF. Dans le genre thriller-fantastique, Otage de la nuit reste un titre dispensable. À réserver aux fans ultimes de cet auteur.

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samedi 24 janvier 2015

"La dimension fantastique" volume 1, Anthologie présentée par Barbara Sadoul

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L'histoire: Fantômes, revenants, monstres, automates grinçants, objets menaçants, personnages aux pouvoirs surnaturels... Ils sont tous là! Ils approchent! Ce sont nos peurs qui se réveillent et prennent forme, grouillent et rampent à nos pieds... Entendez-vous les loups! Surgis de l'imagination des plus grands écrivains classiques et modernes, ces personnages sont éternels. Ils raniment, le temps d'une lecture, la magie mais aussi les terreurs de l'enfance.

La critique de Mr K: Cette anthologie parue aux éditions Librio est le premier tome d'une série de trois consacrée au genre très particulier de la nouvelle fantastique. Une fois de plus, c'est au cours d'une errance toute innocente chez l'abbé que je dégotai ce volume et ses deux petits frères, je me propose aujourd'hui de parler de l'aîné. Dans les semaines à venir viendront les deux suivants.

Auteur jeunesse, spécialiste du fantastique, comédienne et professeur de théâtre, Barbara Sadoul nous convie ici à un voyage fort en émotion dans les domaines du fantastique et ceci en terres littéraires françaises, allemandes et américaines notamment. Elle couvre donc un espace géographique large mais aussi une temporalité étendue depuis le XIXème siècle (âge d'or dans le domaine) au début du XXème siècle. À travers une préface courte et enlevée, elle plante le décor avec un mini-historique du genre et quelques références bien senties. Je ne suis pas forcément adepte de préfaces que je lis ou non selon l'humeur mais celle-ci a le mérite de bien nous préparer à la suite sans atermoiements inutiles.

L'ouvrage commence par la nouvelle L'Homme de sable de Hoffmann. Un échange épistolaire nous fait part d'une peur irraisonnée envers un croquemitaine qui erre dans la maison d'un des deux protagonistes. Rajoutez à cela un mystérieux horloger au sourire rapace et la folie qui gagne peu à peu un des personnages et vous obtenez un petit classique du genre quelques peu ampoulé dans le style mais diablement efficace dans sa phase finale. On enchaîne ensuite avec le texte culte de La Cafetière de Théophile Gautier d'ailleurs tombé à l'épreuve de français du DNB professionnel il y a deux ans. Un invité se retrouve plongé dans un univers fantasmagorique dans la chambre où il passe la nuit. Le style de Gautier se fait ici léger et inquiétant à souhait à travers une histoire allant crescendo. Un vrai bijou d'angoisse et d'immersion dans un quotidien devenant mystérieux.

On passe à l'inénarrable Edgar Allan Poe avec la nouvelle Le portrait ovale avec cette histoire de fascination poussée à l'extrême entre un jeune homme et un tableau bien étrange. Quelle idée lui a pris de se réfugier en pleine nuit d'orage dans ce château inhabité? Il y en a qui cherchent vraiment les ennuis! Très court, ce texte est d'une redoutable grâce mortifère et quand le passé ressurgit, le lecteur est littéralement cueilli. Une merveille de plus au chapelet de cette anthologie! Plus légère est l'histoire suivante Le Monstre vert de Gérard de Nerval où il est question d'une sarabande fantomatique de bouteilles et d'une engeance particulièrement monstrueuse. Pour ma part, je suis resté sur ma faim tant je n'ai pas été renversé par le style et l'histoire. Correct mais sans plus. On revient à du plus efficace avec La montre du doyen de Erckmann-Chatrian qui nous met aux prises avec une ville plongée dans la terreur par un mystérieux assassin qui frappe sans être inquiété. Une troupe de musiciens errants sert de bouc émissaire, le héros doit agir vite pour trouver le vrai coupable. On alterne ici scènes de vie et enquête policière, la peur n'apparait qu'en filigrane mais se révèle bien sentie au moment opportun. Un très beau texte qui m'a marqué et emporté.

Lu dans ma prime jeunesse, L'homme à la cervelle d'or d'Alphonse Daudet (elle fait partie des Lettres de mon moulin) a gardé tout son charme et sa poésie. Belle parabole sur le temps qui passe et sur l'avidité du genre humain, on a affaire ici à un fantastique plus merveilleux qu'effrayant et permet de faire une pause entre tueurs, spectres et créatures diverses qui peuplent l'ouvrage. Une très belle relecture qui me donne bien envie de relire l'ouvrage originel dont elle est issue. On embraye sur L'orgue du titan de George Sand. Lors d'un séjour en Auvergne, un organiste et son jeune apprenti vont vivre une expérience mystique près des roches Tuillières (que nous avons vu avec Nelfe lors d'un séjour estival il y a quelques années). J'ai été quelque peu déçu par le style de l'auteur que j'ai trouvé lourdaud et lent, sans pour autant densifier les tenants et aboutissants de l'histoire. Une mini-déception en somme! Dans Véra, Auguste Villiers de l'isle-Adam nous fait vivre l'effroi du veuvage, le héros n'arrive pas à surmonter la mort de sa tendre femme et vit dans l'illusion. Une très belle nouvelle qui mêle souffrance et folie de fort belle manière. Un beau coup de cœur pour ma part!

S'ensuit un classique de plus avec l'archi-connu La chevelure de Guy de Maupassant où un homme tombe sous la coupe d'une mystérieuse chevelure trouvée dans un meuble ancien. Plongée sans concession dans la folie tel que peut le faire le maître du genre, on a beau connaître l'histoire, le résultat est toujours là: un trésor de narration et d'intérêt. Un must dans le genre! On passe ensuite à Je suis d'ailleurs de mon chouchou américain H.P Lovecraft, histoire bien tordue d'un être non défini prisonnier d'un château et qui tente de découvrir un ailleurs plein de promesses en grimpant en haut d'une tour délabrée. Gare à la chute en fin de texte qui plonge le lecteur dans des interrogations sans fin! Sans doute, la plus belle claque de cet ouvrage malgré le fait que ce soit une fois de plus une relecture! Je le dis et je le répète, tout amateur de fantastique doit lire Lovecraft! On revient avec du plus classique dans son déroulé avec La Choucroute (mon plat préféré! Sic!) de Jean Ray, où le narrateur descend à un arrêt de gare mystérieux où il va être confronté à une ville fantôme où les choucroutes prennent feu! Dis comme cela, ça a l'air bien ringard mais l'effet est ici garanti avec une angoisse suintante à souhait et un final échevelé. Une belle surprise!

Seule incursion dans le fantastique faisant référence aux légendes locales, dans Le Meneur de loups, Claude Seignolle (un spécialiste du genre) nous entraîne dans un hiver bien rigoureux et dans une famille de pauvres paysans qui va recevoir la visite d'un mystérieux berger dont le troupeau est peu recommandable. Cette nouvelle est un petit bonheur de rusticité, de peurs ancestrales, de rencontre mystérieuse avec un final surprenant et très humain. Pour clôturer ce premier volume, Richard Matheson et sa nouvelle Escamotage est idéale. Un homme voit peu à peu son univers familier disparaître. Belle ambiance schizophrénique avec un texte qui fait la part belle à l'incompréhension et la paranoïa. Sans doute la plus flippante des nouvelles, servie par un style toujours aussi économique en mot mais très efficace.

Vous l'avez compris, ce fut une très agréable lecture qui fait la part belle à la redécouverte de textes essentiels. Très peu de déceptions (deux petites) et une atmosphère qui baigne le lecteur bien après avoir refermé cet ouvrage. Il propose un très bon premier contact avec un genre toujours aussi fascinant et apprécié des jeunes. Il conviendra très bien aussi aux néo-lecteurs et aux fans absolus du genre qui veulent se replonger avec délice dans leurs souvenirs! J'ai déjà lu le volume deux et je peux déjà vous dire qu'il est du même acabit. Chronique à suivre!