mardi 3 février 2015

"Les Cauchemars de Lovecraft : L'Appel de Cthulhu et autres récits de terreur" de Horacio Lalia

couv lalia1

L'histoire: Il n'existe aucun langage pour décrire d'aussi atroces contradictions des lois les plus élémentaires de la force et de l'ordre cosmique.
Ce ne fut, peut-être, qu'un effet de l'imagination ou un phénomène d'écho, mais un des hommes que j'ai pu interroger me confia qu'il avait entendu un faible battement de grandes ailes, entrevu des yeux luisants ainsi qu'une énorme forme blanche, derrière les arbres les plus lointains.

La critique de Mr K: Nouvelle chronique d'un cadeau d'anniversaire aujourd'hui avec le présent que m'a fait mon plus vieux pote. Il s'agit d'une adaptation BD d'une série de texte de Lovecraft, un de mes auteurs fétiches dans le domaine du fantastique. Les Cauchemars de Lovecraft présente ainsi 18 récits mis en image de fort belle manière par Horacio Lalia, dessinateur argentin que je ne connaissais pas auparavant et qui désormais aura une place à part dans mon panthéon personnel. Cet ouvrage révèle un talent assez exceptionnel au niveau du dessin pur et dur ainsi qu'un sens aigu, précis, efficace et respectueux de l'adaptation.

lovecraft
(clic sur les planches pour voir en plus grand)

L'univers de Lovecraft est vraiment particulier. Il a crée de toute pièce une mythologie entière constituée de monstres antédiluvien (les grands anciens dont le plus connu est Cthulhu) qui ont régné sur notre monde et n'attendent que de revenir sur Terre. On retrouve toujours au centre de ses histoires un groupe de personnes ou un personnage retiré(s) du monde qui compulse(nt) fiévreusement un des livres interdits inventés eux aussi de toute pièce par Lovecraft (le plus connu est le Nécronomicon) et cherche à nouer le contact avec les entités des mondes inférieurs. On navigue constamment entre délire paranoïaque, folie, satanisme, rituels ésotériques et l'horreur la plus indicible qui soit.

lovecraft 1

Le présent ouvrage m'a permis de redécouvrir certains classiques du maître comme L'Appel de Cthulhu (un de ses textes les plus célèbres), Je suis d'ailleurs (relu en fin d'année dernière dans un recueil de nouvelles fantastiques), La Couleur tombée du ciel (un des plus angoissants) ou encore L'Abomination de Dunwich (un de mes récits préférés avec Dagon). J'ai aussi découvert quelques textes plus méconnus comme Le Molosse, Le Trou des sorcières ou encore Le Festival. Le résultat est le même quoiqu'il en soit, on frémit beaucoup et on ne peut qu'admirer le talent déployé par Lalia qui retranscrit à merveille l'univers et les personnages torturés de Lovecraft.

lovecraft 2

Tour à tour vous entendrez des bruits suspects et terrifiants dans les murs, vous assisterez au réveil de grands anciens, suivrez la folie communicative de chercheurs mis au ban de l'université, explorerez des mondes parallèles au notre, plongerez dans les abîmes de la terre et bien plus encore. Le quotidien devient inquiétant, les lieux encore plus avec des illustrations bien gothiques de forêts, cimetières et autres universités. Même la ville deviendrait inquiétante au détour de la nouvelle Air froid, la ville qui est rarement le décor premier auquel on pense dans le genre. Vous n'échapperez pas pour autant aux cabanes isolées au fond des bois ou l'inévitable grande maison bourgeoise hantée! Les ambiances sont remarquablement traduites par un auteur manifestement amoureux du matériau originel et très soucieux de coller au maximum au plaisir de lecteur qu'il a du ressentir.

lovecraft 3

C'est d'ailleurs une BD qui se regarde et se lit beaucoup. Les textes de Lovecraft envahissent largement les planches et contribuent à distiller la peur et l'étrange au détour de toutes les cases. Ainsi le côté littéraire (voir pompeux pour ses détracteurs) de Lovecraft est respecté et l'immersion est totale. Les dessins sont ultra-réalistes et très fournis en détails, idéal pour l'entreprise menée. La lente déstructuration des personnages et leur chute dans la folie sont très bien rendues, les passages plus fantastiques sont traités pas forcément de manière frontale, laissant l'imagination du lecteur faire le reste. Je trouve ce parti pris particulièrement judicieux quand on se frotte au fantastique, il est bon de laisser son esprit vagabonder entre mots / images de l'auteur et vision personnelle fantasmée. Rajoutez à cela que cette œuvre est admirablement reliée et éditée, vous obtenez en plus un très bel objet qui ornera fièrement votre Bdthèque.

Que dire de plus, si ce n'est que cet ouvrage est à mes yeux à classer dans les indispensables, que tous les amateurs du genre se doivent d'avoir au moins parcouru une fois. Très très beau cadeau en tout cas vers lequel je reviendrai régulièrement pour me procurer quelques frissons et angoisses supplémentaires. Un must parmi les must!

Posté par Mr K à 19:36 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

samedi 24 janvier 2015

"La dimension fantastique" volume 1, Anthologie présentée par Barbara Sadoul

dimension f1

L'histoire: Fantômes, revenants, monstres, automates grinçants, objets menaçants, personnages aux pouvoirs surnaturels... Ils sont tous là! Ils approchent! Ce sont nos peurs qui se réveillent et prennent forme, grouillent et rampent à nos pieds... Entendez-vous les loups! Surgis de l'imagination des plus grands écrivains classiques et modernes, ces personnages sont éternels. Ils raniment, le temps d'une lecture, la magie mais aussi les terreurs de l'enfance.

La critique de Mr K: Cette anthologie parue aux éditions Librio est le premier tome d'une série de trois consacrée au genre très particulier de la nouvelle fantastique. Une fois de plus, c'est au cours d'une errance toute innocente chez l'abbé que je dégotai ce volume et ses deux petits frères, je me propose aujourd'hui de parler de l'aîné. Dans les semaines à venir viendront les deux suivants.

Auteur jeunesse, spécialiste du fantastique, comédienne et professeur de théâtre, Barbara Sadoul nous convie ici à un voyage fort en émotion dans les domaines du fantastique et ceci en terres littéraires françaises, allemandes et américaines notamment. Elle couvre donc un espace géographique large mais aussi une temporalité étendue depuis le XIXème siècle (âge d'or dans le domaine) au début du XXème siècle. À travers une préface courte et enlevée, elle plante le décor avec un mini-historique du genre et quelques références bien senties. Je ne suis pas forcément adepte de préfaces que je lis ou non selon l'humeur mais celle-ci a le mérite de bien nous préparer à la suite sans atermoiements inutiles.

L'ouvrage commence par la nouvelle L'Homme de sable de Hoffmann. Un échange épistolaire nous fait part d'une peur irraisonnée envers un croquemitaine qui erre dans la maison d'un des deux protagonistes. Rajoutez à cela un mystérieux horloger au sourire rapace et la folie qui gagne peu à peu un des personnages et vous obtenez un petit classique du genre quelques peu ampoulé dans le style mais diablement efficace dans sa phase finale. On enchaîne ensuite avec le texte culte de La Cafetière de Théophile Gautier d'ailleurs tombé à l'épreuve de français du DNB professionnel il y a deux ans. Un invité se retrouve plongé dans un univers fantasmagorique dans la chambre où il passe la nuit. Le style de Gautier se fait ici léger et inquiétant à souhait à travers une histoire allant crescendo. Un vrai bijou d'angoisse et d'immersion dans un quotidien devenant mystérieux.

On passe à l'inénarrable Edgar Allan Poe avec la nouvelle Le portrait ovale avec cette histoire de fascination poussée à l'extrême entre un jeune homme et un tableau bien étrange. Quelle idée lui a pris de se réfugier en pleine nuit d'orage dans ce château inhabité? Il y en a qui cherchent vraiment les ennuis! Très court, ce texte est d'une redoutable grâce mortifère et quand le passé ressurgit, le lecteur est littéralement cueilli. Une merveille de plus au chapelet de cette anthologie! Plus légère est l'histoire suivante Le Monstre vert de Gérard de Nerval où il est question d'une sarabande fantomatique de bouteilles et d'une engeance particulièrement monstrueuse. Pour ma part, je suis resté sur ma faim tant je n'ai pas été renversé par le style et l'histoire. Correct mais sans plus. On revient à du plus efficace avec La montre du doyen de Erckmann-Chatrian qui nous met aux prises avec une ville plongée dans la terreur par un mystérieux assassin qui frappe sans être inquiété. Une troupe de musiciens errants sert de bouc émissaire, le héros doit agir vite pour trouver le vrai coupable. On alterne ici scènes de vie et enquête policière, la peur n'apparait qu'en filigrane mais se révèle bien sentie au moment opportun. Un très beau texte qui m'a marqué et emporté.

Lu dans ma prime jeunesse, L'homme à la cervelle d'or d'Alphonse Daudet (elle fait partie des Lettres de mon moulin) a gardé tout son charme et sa poésie. Belle parabole sur le temps qui passe et sur l'avidité du genre humain, on a affaire ici à un fantastique plus merveilleux qu'effrayant et permet de faire une pause entre tueurs, spectres et créatures diverses qui peuplent l'ouvrage. Une très belle relecture qui me donne bien envie de relire l'ouvrage originel dont elle est issue. On embraye sur L'orgue du titan de George Sand. Lors d'un séjour en Auvergne, un organiste et son jeune apprenti vont vivre une expérience mystique près des roches Tuillières (que nous avons vu avec Nelfe lors d'un séjour estival il y a quelques années). J'ai été quelque peu déçu par le style de l'auteur que j'ai trouvé lourdaud et lent, sans pour autant densifier les tenants et aboutissants de l'histoire. Une mini-déception en somme! Dans Véra, Auguste Villiers de l'isle-Adam nous fait vivre l'effroi du veuvage, le héros n'arrive pas à surmonter la mort de sa tendre femme et vit dans l'illusion. Une très belle nouvelle qui mêle souffrance et folie de fort belle manière. Un beau coup de cœur pour ma part!

S'ensuit un classique de plus avec l'archi-connu La chevelure de Guy de Maupassant où un homme tombe sous la coupe d'une mystérieuse chevelure trouvée dans un meuble ancien. Plongée sans concession dans la folie tel que peut le faire le maître du genre, on a beau connaître l'histoire, le résultat est toujours là: un trésor de narration et d'intérêt. Un must dans le genre! On passe ensuite à Je suis d'ailleurs de mon chouchou américain H.P Lovecraft, histoire bien tordue d'un être non défini prisonnier d'un château et qui tente de découvrir un ailleurs plein de promesses en grimpant en haut d'une tour délabrée. Gare à la chute en fin de texte qui plonge le lecteur dans des interrogations sans fin! Sans doute, la plus belle claque de cet ouvrage malgré le fait que ce soit une fois de plus une relecture! Je le dis et je le répète, tout amateur de fantastique doit lire Lovecraft! On revient avec du plus classique dans son déroulé avec La Choucroute (mon plat préféré! Sic!) de Jean Ray, où le narrateur descend à un arrêt de gare mystérieux où il va être confronté à une ville fantôme où les choucroutes prennent feu! Dis comme cela, ça a l'air bien ringard mais l'effet est ici garanti avec une angoisse suintante à souhait et un final échevelé. Une belle surprise!

Seule incursion dans le fantastique faisant référence aux légendes locales, dans Le Meneur de loups, Claude Seignolle (un spécialiste du genre) nous entraîne dans un hiver bien rigoureux et dans une famille de pauvres paysans qui va recevoir la visite d'un mystérieux berger dont le troupeau est peu recommandable. Cette nouvelle est un petit bonheur de rusticité, de peurs ancestrales, de rencontre mystérieuse avec un final surprenant et très humain. Pour clôturer ce premier volume, Richard Matheson et sa nouvelle Escamotage est idéale. Un homme voit peu à peu son univers familier disparaître. Belle ambiance schizophrénique avec un texte qui fait la part belle à l'incompréhension et la paranoïa. Sans doute la plus flippante des nouvelles, servie par un style toujours aussi économique en mot mais très efficace.

Vous l'avez compris, ce fut une très agréable lecture qui fait la part belle à la redécouverte de textes essentiels. Très peu de déceptions (deux petites) et une atmosphère qui baigne le lecteur bien après avoir refermé cet ouvrage. Il propose un très bon premier contact avec un genre toujours aussi fascinant et apprécié des jeunes. Il conviendra très bien aussi aux néo-lecteurs et aux fans absolus du genre qui veulent se replonger avec délice dans leurs souvenirs! J'ai déjà lu le volume deux et je peux déjà vous dire qu'il est du même acabit. Chronique à suivre!