jeudi 1 septembre 2016

"Conte de la plaine et des bois" de Jean-Claude Marguerite

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L'histoire : De retour dans son pays natal, le patron d'un grand studio de dessins animés entend aboyer Dick, son premier chien, pourtant mort il y a longtemps.

Il sort à sa recherche, traverse la rivière, se perd dans les bois... où il croise un garçon qui accompagne "son" Dick pour son ultime voyage. Débute un périple à la frontière du fantastique – ils dorment dans une maison hantée, partagent la dernière noisette de Mister Kreekle, son personnage fétiche... Toute fin étant une question de point de vue, chacun des trois voyageurs proposera la sienne.

La critique de Mr K : Jean-Claude Marguerite m'avait littéralement ensorcelé avec son premier roman Le Vaisseau ardent. Celui-ci conjuguait la grâce et la profondeur d'une histoire hypnotisante faisant de cet ouvrage l'une des pierres angulaires de la SF à la française. L'auteur ayant mis tout de même 18 ans pour accoucher de ce roman fleuve de plus de 1500 pages, je m'inquiétais quant à la date de sa prochaine production. Me voila rassuré avec ce Conte de la plaine et des bois, tout juste sorti aujourd'hui aux éditions Les Moutons électriques (K. Dick quand tu nous tiens !). Je vous l'accorde, le volume est bien moins gros (126 pages) mais la magie opère de suite et c'est encore une belle claque pour ma pomme.

Un octogénaire croit entendre aboyer le chien qu'il a possédé pendant son enfance alors qui est décédé depuis belle lurette. Récemment revenu chez lui après des décennies aux USA, c'est l'occasion pour lui de s'enfoncer dans son domaine où la nature foisonne entre plaine et forêt. Il va y rencontrer un étrange jeune garçon qui promène son vieux chien au bord de la mort. Une curieuse relation commence à se nouer, faisant basculer le récit entre naturalisme poétique, voyage initiatique et étude du temps qui passe dans une vie humaine.

Cet ouvrage est tout d'abord un merveilleux hommage aux souvenirs de l'enfance et à la nature. En suivant les pas du héros, on s'attache à lui irrémédiablement et l'on se nourrit de ses sensations et de ses réflexions. Un bruissement de vent, des animaux en goguettes, une fleur qui s'épanouit, une clarté diffuse sous les frondaisons, le doux ruissellement d'un ru, le silence de la nuit... autant de petits détails que l'auteur se plaît à nous décrire et à magnifier par une langue riche et poétique, où les images se mêlent pour mieux perdre le lecteur dans les méandres du domaine exploré et de l'imaginaire. On touche à la grâce dans ces descriptions à nulle autre pareilles, immersives au possible et qui touchent en plein cœur par leur côté novateur et émotionnel. Observations et souvenirs se mélangent et donne un résultat incroyable qui transporte littéralement le lecteur hors de lui-même. Puissant !

En parallèle, il y a la rencontre avec le jeune Manu et son chien en fin de vie qui comme par hasard porte le nom du compagnon disparu du vieil homme. On ne peut y voir qu'un signe, une coïncidence prévue par les voies de la vie qui va provoquer la réflexion et l'introspection. Entre balade, discussions à l'emporte-pièce et raisonnements de tous les jours, se dégage un dessein plus grand, qui nous dépasse tous, des pistes pour dégager le sens de la vie, de nos vies. Initiatique, ésotérique et hautement symbolique parfois, ce roman au détour de certaines situations et de certaines phrases échangées font pencher le récit dans la métaphysique : le poids des ans et le parcours de vie effectué, les regrets et remords qui peuvent jalonner certaines existences, les souvenirs bons et mauvais, le passage vers l'au-delà / l'après-vie qui nous attend tous... Sans pathos, ni lourdeurs, simplement par le verbe et l'imaginaire collectif, Jean-Claude Marguerite se révèle une fois de plus être un peintre hors pair de l'humanité, de ses affres et de ses petits bonheurs cumulés.

Ce Conte de la plaine et des bois ne vous laissera pas indemne, moi-même j'ai été sacrément secoué par la conclusion de cette petite pépite, cette fiction qui rejoint notre réalité partagée. La lecture est fluide, rapide, enivrante et procure attendrissement, émerveillement mais aussi une douce mélancolie qui envahit le cœur et l'âme. Une sacrée expérience que je vous convie à vivre au plus vite. Ce livre est une perle incontournable et un classique en puissance.